Monstres triples
Ces monstres sont peu communs ; la science en possède à peine quelques exemples, ce qui ne peut surprendre, lorsqu'on sait la rareté des accouchements triples. Effectivement, sur un relevé de 37 ûAl accouchements, Dugès {Bévue méd., année 1826, 1. 1, p. 349) n'a trouvé à la Maternité de Paris que cinq accouchements triples. Dans les grossesses triples plusieurs cas peuvent se présenter : les trois jumeaux sont isolés, c'est le cas ordinaire; ils sont soudés à deux, le troisième étant libre; enfin la réunion des trois sujets en un seul constitue le cas de beaucoup le plus rare. On connaît jusqu'ici seulement quatre cas bien authentiques de triplicité monstrueuse chez l'homme.
Le plus important de ces cas est rapporté par les docteurs Reina et Gai vagni, de Catane, qui firent eux-mêmes la difficile extraction du monstre. Sur un tronc unique et volumineux, s'élevaient deux cous, Tun gauche, de forme normale, l'autre droit, très-gros, manifestement double. Le premier portait une tête de conformation régulière ; le second était la base commune de deux têtes distinctes, presque aussi bien conformées que la première. Les membres étaient au nombre de cinq, deux thoraciques régulièrement disposés, un troisième thoracique placé postérieurement, et deux abdominaux. L'appareil générateur, de sexe masculin, était unique de même que Tombilic, de sorte que ce monstre était triple dans la région céphalique, double en apparence dans le cou et la partie supérieure du thomx, et simple dans la moitié sous-ombilicale. Il existait
trois larynx, mais seulement deux trachées-artères*; de même il y avait supérieurement trois œsophages, dont le droit et Tintennédiaire se confondaient plus bas en un seul. On trouvait deux cœurs, deux péricardes et même deux paires de poumons, placées chacune dans l'une des moitiés d'un unique et ample thorax, à deux rangs de côtesi et à un seul sternum antérieur. L'estomac et le duodénum étaient uniques, mais il existait deux jéjunums et deux iléons ; à partir du caecum le canal intestinal redevenait unique. Les autres viscères de l'abdomen étaient simples; il n'y avait qu'un seul rein. Cependant il existait deux colonnes vertébrales complètes, bien que réunies sur quelques points, et deux sacrums.
Les autres cas de monstres triples ont trait à des monstruosités par inclusion. L'un d'eux, publié par BettolietFattori,estrelatifàun fœtus femelle de sept mois, bien développé, qui présentait un parasite inclus dans la région du ventre et un autre dans la région anale, au voisinage de l'intestin. Dans un autre cas rapporté par Aretaeos, médecin à Athènes, il s'agissait encore d'un fœtus de sept mois. Un derïTier cas, étudié par Gaetano Nocito, est celui d'un homme adulte qui finit par guérir après s'être débarrassé de deux fœtus inclus dans son abdomen. On voit par ces faits que la triplicité monstrueuse est possible chez l'homme, mais que le plus souvefnt cette monstruosité est parasitaire. *
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§ 3. — MONSTRES imÇIBles PAR INCLUSION. — Moustrcs doublcs endocymiens
(Is. Geoffroy Saint-Hilaire).
Les monstres par inclusion sont composés de deux individus très-inégaux en volume et en développement, et dont le plus petit ou le parasite, au lieu d'être greffé sur l'individu qui le porte, se trouve renfermé et comme emboîté dans celui-ci. Isolé par une poche flbreuseplus ou moins épaisse, ce parasite est formé de débris de fœtus, dont les uns, adhérents à la poche, vivent d'une vie végétative, tandis que les autres, sans adhérences, dépourvus de toyte vitalité et de toute nutrition , s'altèrent fatalement et subissent une décomposition spontanée à l'abri du contact de l'air. Ainsi
ces tumeurs congéniftiles peuvent s accroître, rester inertes et inoffensîves, mais quelquefois aussi, par suite de leur décomposition, elles deviennent, à la façon des corps étrangers, le point de départ d'un travail inflammatoire qui a pour conséquence l'élimination de leur contenu et un danger réel pour Tindividu qui en est atteint. Celte monstruosité se rencontre dans différents points de Torgane ; mais comme on Tobserve le plus souvent sous la peau ou dans des cavités viscérales, on distingue des parasites inclus superficiels ou sous-cutanés et des parasites viscéraux.
hes parasites sous-cutanés occupent généralement la partie postérieure et inférieure du tronc, les régions sacro-périnéale et scrotale où ils forment des tumeurs hémisphériques plus ou moins régulières, de la grosseur d'une lête de fœtus normal, quelquefois assez volumineuses quand une certaine qnantité de sérosité vient à*hjouter au contenu de la poche qui les renferme pour descendre jusqu'aux, jarrets du sujet autosite. Celui-ci n'est J • pas toujours bien conformé dans la région inférieure du tronc ; assez sou-
vent l'anus est ma! placé, rejeté latéralement ou bien placé immédiatement deiTièrc le scrotum ou la vulve ; il peut être imperforé. Les organes sexuels, dans quelques cas, offrent des anomalies de position; la moelle épinière enfin peut se terminer inférieurement d'une manière insolite, par «xemple sans queue de cheval, et l'on a vu la portion 'sacro-coccygienne affectée de fissure spinale. Le fœtus inclus a une conformation très-variable, analogue à celle des derniers omphalosites ; il n'est pas entouré de ses membranes comme dans l'utérus : la peau, une membrane fibreuse et une membrane nmqueuse, telles sont les parties qui entrent dans la constitution habituelle des enveloppes qui le circonscrivent. La peau est tendue, parcourue par des vaisseaux dilatés, la membrane fibreuse est plus ou moins épaisse, et dans certains cas exceptionnels, où une tumeur intra-abdominale est ajoutée à la tumeur sous-cutanée, elle se prolonge d'un kyste à l'autre. La membrane muqueuse, lisse, tapissée d'un épithélium pavimenteux, donne attache au fœtus parasitaire qui lui adhère au moyen de brides fibro-cellulaires.
Des parties liquides et des parties solides forment généralement le contenu de ces tumeurs. Le liquide est une sérosité claire, renfeiTnant de Peau, de l'albumine, du chlorure de sodium, des débris épithéliaux et des globules sanguins. Dans un cas rapporté par Himly, la composition de ce liquide était analogue à celle de^ l'eau de l'amnios; quelquefois enfin, le liquide séro-albumineux faisant défaut, les parties solides sont recouvertes de graisse et de cellules épilhéliales. Ces parties comprennent des portions plus ou moins rx)nsidérables de membres, tan-
MONSTRUOSITES. 97
((MprnJsde leurs tissus et complets, tantôt réduits à Tétat mdiuientaii'e. % .iinsi Ion rencontre quelquefois, isolés ou réunis , un bras , une jambe, ooemain, etc.; le plus souvent on trouve des os ou des fragments d'os, que l'examen fait reconnaître apparletiir aux os des membfes. Dans d'au- Irescas, ces tumeurs renferment des rudiments de squelcU^du crâne et de la colonne vertébrale, ou même des masses intestinales plus ou moins allongée et quelquefois munies d'un mésentère avec ses artères , ses veines, ses nerfs et même ses vaisseaux et ses ganglions lymphatiques. Un certain nombre de ces tumeurs présentent enfin des parties musculaires et nerveuses; on y trouve des masses plus ou moins analogues au cerveau et au cervelet, mais qui ont rarement la structure anatomiqUe de la substance cérébrale. D'ailleurs, les rudiments de vîsoj^ras sont généralement rares dans ces inclusions : les organes glandulaires sont ceux qui y font le plus souvent délipt ; tes ^éléments du foie ne paraissent pas avoir jamais été rencontrés dans ces kystes. Cette moindre fréquence des tissus mous par rapport aux tissds durs et résistants comme les os, tient sans doute à une plus grande facilité de transformation et de désagrégation moléculaire, fourt^t ces tumeurs parasi- ,♦» tairesne sont pas sans se noumr dans une certaine mesure ; elles reçoivent de l'individu autosite des vaisseaux provenant des branches artérielles principales de la région qu'elles occupent. Dans la région scrotale,* elles sont alimentées par les vaisseaux du scrotum, tandis que dans la ïvgion sacro-périnéale ce sont généralement des rameaux émanés de l'artère sacrée moyenne qui s*y distribuent.
Ladescription qui précède se rapporte à des faits où l'origine et la ua • lure foetales de la tumeur ne sauraient faire l'ombre d'un doute. A côté de ces cas, il en est d'autres dans lesquels on ne trouve plus d'organes, maissmiplement des fragments des tissus constituants du fœtus, tissu conjonclif, cartilage, os, fibres musculaires lisses et striées, en même temps que des hstes'nHiltiples. Ces tumeurs, qu'il est impossible de séparer absolomentdes inclusions sous-cutanées dont elles se rapprochent par une sériedefaitsinlermédiaires,ontété généralement désignées sous les noms decjstosarcomesou tumeurs embryoplastiques; elles seront étudiées plus loin sous la dénomination de tumeurs congénitales enkystées.
Us parasites viscéraux ont pour siège ordinaire la cavité abdominale, où ils occupent, soit le sac péritonéal, soit le mésocolon transverse (cas de Dupuytren, Young); ils se retrouvent aussi dans le médiastin antérieur i Gordon, etc.;. On a également signalé leur présence dans les ovaires, fc*s testicules (Vemeuil) ; mais il se peut que dans cçs organes il s'agisse
LARCEitAIJX. — Traité d'Anal. I. — 7
98 ANATOMIB PATHOLOGIQUE.
simplement de kjstes deniioïdes. Enloiirê d'uno forte capsule, le parasite est toujours mdimentaii'e, le plus souvent acéphale, tantôt libre, tantôl relié à la capsule qui Tentoure par des faisceaux fibreux, des vaisseaux, ou même pîir une sorte de cordoii ombilical. 11 présente rarement des organes complets, à part quelques portions d'intestin ; mais souvent il offre des extrémités avec leurs parties molles, des pieds, des mains avec les doigts, des os, etc. Ce parasite n'a pas d'organes vasculaires propres, et sa nutrition ne peut s'effedluer que par l'intermédiaire des vaisseaux de l'autosite. Dans la cavité abdominale, par exemple, celte nutrition s'opère aux dépens des branches des vaisseaux mésentériques.
La préséçce d'un parasite inclus peut ne déterminer aucun accident local ; œ|>endant au sein du péritoine elle n'est pas toujours sans danger. II arrive, en effet, que la tumeur parasitaire, se comportant à la façon d'un corps étranger, donne Jieu à une péritonite, ou produise une perforation intestinale ; ainsi ellejpent se bire j6ur à l'extérieur et se déverser au dehors.
Différentes théories ont été proposées dans le but d'expliquer l'inchision fœtale, mais deux de ces théories seulement méritent notre examen. L'une d'elles fait provenir l'embryon inclus du sujet principal dont il ne serait qu'un produit. Présentée par Meckel, cette hypothèse est fonnellement contredite par tous les cas dans lesquels on trouve l'embryon inclus très-développé ou même complet, et par l'intime analogie qui lie ces cas avec ceux dans lesquels le sujet inclus est réduit à quelques parties amorphes. L'autre considère l'embryon inclus, non plus comme le descendant, mais comme le frère du sujet qui le renferme, conçu dans le même acte générateur. Cette dernière expliciition, qui rapproche les monstres par inclusion fœtale des parasites par implantation et des monstres omphalosites, est celle qui s'accorde le mieux avec les données scientifiques.
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§'4. — tcmburs congénitales enkystées.
i^ar cette dénomination, nous désignons des productions congénitales solides, liquides ou semi-liquides entièrement liées à la formation ou au développement de Tétre humain. Bien qu'on ne soit pas absolument fixé sur Torigine de ces tumeurs, le moment de leur apparition et la nature des parties qui les composent tendent à les faire rattacher à un vice de l'organisation, et, pour ce motif, elles se placent naturellement à côté des monstruosités; elles constituent deux gi'oupes distincts quant à leur origine : 1** les tumeurs sarcomateuses, cystosarcomateuses et kystiques; i» les tumeurs dermoïdes.