‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 44 sur 104 · IV. — NcoplnalM de · texte numérisé non relu

IV. — NcoplnalM de

dipeul. — UpoLiii

Le lissu adipeux est formé de vésicules de 0°'°,022 â 0"'",09 de ] diamètri', sphèriques ou polyédriques par pression réetproque, munies ' de noyaux excentriques de O'°",006 à 0"°,009 de diamètre, el contenues dans un lissu conjonctif lAche, doiil elles occupent les mailles. Ces cellules sont cii-conscritea par une mrmhrane lort mince qui enveloppe une g:outto de graisse, el (|u'on peut voir api-ès dissolution du contenu par l'alcool ou par l'élher. Inégalement réparti dans les différents points de l'organisme, le lissu adipeux se trouve principalement dans la peau, â l'état de pannicule graisseux, dans les grands os longs, sous la forme de moelle jaune, dans la cavité orbi taire, autour des reins, dans le mésentère et les épiploons, autom* des capsules arliculaires, prés des nerfs et des vaisseaux et dans les muscles. Le développement de ce lissu a lieu aux dépens des cellules du tissu coiijonctif. dont le proloplasma se change peu à peu en graisse.

L'alwndance du tissu adipeux varie aux différentes périodes de l'existence. Pendant l'adolescence, ce lissu est rare ; plus développé entre quarante el soixante ans, il diminue â mesure qu'on se rapproche de la vieillesse. 11 est le signe oi'dinaii'e d'une bonne nutrition et ne constitue one maladie qu'autanl qu'il devient une cause de troubles fonclionnelE pour certains or^çunes ou |H)ur (organisme tout entier (jiolysarcie), ou qu'il est le point de départ de néoplasies graisseuses circonscrites (lipomes).

La polysarcie est produite par un accroissement exagéré du tissu adipeux, tant sous la peau que dans les autres parties du corps. L'abondance de ce tissu varie avec les l'égions ; en gonéral, il est très-abondant au

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niveau de la paroi abdominale, au pourtour des viscères alidomi dont il peut gêner le ronclionnetnent. Localisées plus spécialeiucnt certains organes, les masses adipeuses sont décrites sous le lipomes capsulaires; elles ont été observées dans la cavité orbtli (Demar({uay ; , dans le sein de la femme, au pourtour du cœur (Lancei-eaui) et des reins (Godnrt). Dnns tous ces points, la masse adipeuse est diffuse (lipome difTus), composée de cellules graisseuses et d'une faible quantité de tissu conjonetif. Le développement anormal du tissu adipeux est con; commun entre les feuillets séreus du mésentère, dans lesappeiidic épiploïques du péritoine, où se forment des tumeurs pédiculées, du v( lume d'une noisette, d'un marron ou d'une noix, pouvant se détacher devenir libres dans la cavité du ventre (fig. 106). Les appendices

ploïques et les franges synoviales des articulations w remplissent quelquefois aussi de lissu gi'aisseux, et de lii des tumeurs multiples tenant à un pédicule commun (lipome arborescent). Enfin, les cellules graisseuses pré-j existantes contiennent simplement une plus grande quuM lité de graisse, la tuméfaction des lobules du lissu adipoÉfl est autant l'elTel de l'hypertrophie que d'une vérilablï leiroméiibre hvpiirplasie graisseuse.

^mlnaîr"* ^^^ différentes lésions se distinguent par leur siège et leur dissémination, des productions circonscrites ou lip<^ mes vrais, et se rapprochent de la polysarcie, désordre anatomique RVtfl lequel elles coexistent fréquemment. Elles reconnaissent à pou près M^ mêmes causes, qui sont une alimentation particulièrement composée de substances grasses ou amylacées, l'usage de ta bière et dos liqueurs alcooliques en excès. Il n'est pas rare de rencontrer chez les buveurs qui ne pi-ennent qu'un faible exercice musculaire une couche de 6 à 10 centimètres de tissu adipeux au niveau de la paroi abdominale antérieure, en même temps que des appendices épiploïques volumineux souvent indurés, et des masses graisseuses considérables autour du cœur el des reins. La genèse de ces amas graisseux est le résultat d'une diminution dans la combustion des tissus ; ainsi survient la polysarcie dans le cours de certaines affections cardiaques avec gêne de circulation, dans l'emphysème pulmonaire où l'activité respiratoire est diminuée, et même dans certaines affections nerveuses pouvant troubler les importantes fonctions de la respiration et de la combustion. Celte circonstance rapproche l'individu obèse du vieillai-d ; l'obésité est l'indice de la caducité.

Description. — Le lipome proprement dit {hnat, gi-aisse) est uae lumeiir

llYPEBPLAStES. 337

h)|ierpla.si(nic qui [iniciilc en ^t>néral du lissu ceiluloadi|H'Uï prfc\islaiil ; cVst.selon l 'expression de Morgafçnî, une véritable exrroissance de lu ineinkrane adipeuse. Aucieiuiementcoiïronduesous lu nom de /ai^ avec dilTénnls kyslos remplis de matière grasse, celte tumeur a i-té ainsi dénommée pirLittre en 1709, ol, fi |Mirtir de cette époque, le groupe des loupes fut itviséeo trots variétés : atliéromesoumélicéris, lipomes et sléatomes, La '(tanière de c<!S variétés est constituée par un kyste («"ftisseus, et la Iroiiièmeesientiérem>Mit imaginaire. Le tissu conjondif sous-cutané est le siège

fie, 107,

^ pliu haliituel du lipome, notamment dans les point.s où la peau est fw li^nduc, |Kir esnmple aux alentours des aisselles et des épaules, caisses, etc. ; mais à la vérité, cette Formation se rencontre dans •mIm les parties renfermant de la graisse, et même en des endroits où il "'■■a existe pas noi-malement, tels que l'estomac, l'intestin, la tunique filiale, le scrotum (fig. 107). Ifs i-eins, le cerveau. U- lipome ofli-e un volume variable, depuis la grosseur d'une noisette uiCERtAUX. — Traité d'Anal. I- — 22

jusqu*à celle d'une lèle d'adulte; son poids varie connue son volume ; uik» tumeur de ce genre, développée dans Tune des aisselles, et obsenée par moi, au début de mes études, pesait 18 kilogrammes. La forme de celle tumeur est ronde lobulée, ses bords sont diiïus, mais nettement limités, do sorte qu'elle se trouve séparée des tissus voisins par une couche condensée d(î tissu conjonctif, et qu'il est facile de la détacher des parties environnantes. Sa consistance est molle et élastique, sa coloration jaunâtre ou blanchàlre. La structure du lipome est semblable à celle du tissu adipeux normal, elle comprend deux éléments principaux : des vésicules adipeuses et un stroma conjonctif auquel s'ajoutent des vaisseaux et des nerfs. Le»» vésicules adipeuses sont hypertrophiées et, comme l'a constaté Vorneuil, deux à trois fois plus grosses qu'à l'état normal; elles sont formées d'une membrane mince et transparente et d'un contenu huileux, elles possèdeiil un noyau refoulé à la périphérie et qui se voit seulement à l'aide de («rtains artifices. Le tissu conjonctif intercepte des aréoles à l'intérieur dtv quelles sont disposées les vésicules adipeuses. Le contenu de ces aréoles forme autant de petits lobules qu'on désigne sous le nom de paquets adi- /jeux, (a's lobules sont ordinairement plus gros dans le lipome quedaus le tissu adipeux normal, parce que les vésicules sont non-seulement hypertrophiées mais encore accumulées en plus^rand nombre dans les aréob du tissu conjonctif. Des vaisseaux, relativement peu abondants, occuptMit le stroma fibreux.

La prédominance marquée de l'un de ces éléments aux dépens drt ' deux autres est la cause des variétés du lipome. Dans certains ras où l'élément adipeux est abondant, tandis que le tissu conjonctif et les vaisseaux existent à peine, le lipome est mou, flasque, presque fluctuant (lipome mou ordinaire). Dans d'autres cas, le tissu conjonctif très-épais el trèsserré emprisonne des grains adipeux très-lins, la tumeur élastique et résistante donne la sensation d'une grande dureté (lipome fibreux). L'élément vasculaire peut enfin acquérir un grand développement sur quelques points, et prendre le pas sur Télément conjcmctif (lipome télangieclasique). Le siège peut aussi, dans ([uelques c^as, modifier les c^ractèi'es du liporw. Situées immédiatement au-dessous d'un tégument, ou dans les mailles* .sa couche profonde, les productions lipomateuses font généralement sailfe ou sont pédiculées, qu'elles lûoui leur point de départ dans le tissu arfclaire du derme (fig. 108), un de leurs lieux d'élection, ou dans le tissu sotts* mu([ueux, un de leurs sièges 1(ïs plus rares (1), De même les lipomes (fc*

(1) L'cxistiMice (les lipomos daus liî tissu irous-iiiuqueux ne peut nous snrprew'''» quand nous savons que le tissu adipeux est une provenance du tissu coi^onctifr rt f'

IIVt>UPUStKS. 339

loppès duiiti II' tissu soiis-wi-eiix ii-vùlciil oi-diimiit'iin'iil l:i imini' |if.hel pouvwil devenir libres iluus la caviU- séiwiiw (mr iu|»Iurtt de leur dicule (lip. 106); l«s appendices ii(Hploïi|ucs pt les fraiigi's synoviales se apwtenl dt; celle laçou. Contenues dans un tissu cellulaire un peu *(!, ces tumeui-s ftniisscuses se dfi|)lacent quelquefois ut se portent lu ondi'oit à un autre du vfiutre, jusque daiiK le scrotum. L*s!i|ionie5 des os soiil Irt-s-rai-es, ceux des muscles s(tiit iHwucoup

lflB.~U|M>me pédiuiilé du lissii »i>iis- Fii:. lUU.— Lipume île la |iarlie ]irorandede

dinÉilulajiiiiibc; la ]ieaii csldûleii- l'avant- brat; les muscles et lu nerr/sont

Md illoDCiAo \nr II lumpur. refoulés inrli tumeur graiiaeiise I. (t'ii't's

ilË poiée piirVenieuilauinuiËeDi>|iUïtren-)

I fmjueQts, ce ({ui ne doit pas surprendre, quand on sait que ces or- «renrermenl du tissu adipeu<i disposé pHraltéleinent à leurs Taisc^auj. doppés entre les faisceaux musculaires qu'ils refouienl {hg. 109) in'ils respectent conlrairemenl à la plupart des autres tumeurs, les tues des muscles peuvent acquérir des dimensions parfois considtV

*t où ee lÎMu s idus bîpu nuan liU du liuu >ou:

te (lê^pll^p|lL■^. Ajoitlnii it <lcs lelluk'c ik grui^i

340 ANATOMIB PATHOLOGIQUE.

i*ables; Vclpeau a vu un lipome intcrmusculaire de la cuisse qui pesait 16 kilogrammes (1). Les formations adipeuses des glandes acineuses sont rarement circonscrites ; le plus souvent disposés autour des canaux galactophores et des acini , les lipomes de la mamelle ne modifient pas sensiblement la forme de Torgane, qui peut acquérir un volume et un poids énormes.

Évolution, — Le lipome procède d'un tissu embryonnaire qui suit toutes les phases de développement du tissu adipeux, ou bien il provient d*un tissu muqueux, dont les éléments cellulaires se remplissent peu à peu de graisse, et atteignent un volume beaucoup plus considérable que les cellules du tissu adipeux voisin. Il s'accrott lentement par multiplication de ses éléments, et possède une résistance vitale considérable, indépendante dans une certaine mesure du reste de l'organisme. Eflectivcment, un individu porteur d'un lipome et qui maigrit ne voit pas sa tumeur diminuer de volume dans la même proportion que le tissu adipeux, de sorte que, si Ton voulait faire disparaître un lipome par la diète forcée, on amènerait l'extinction dç l'individu tout entier.

Le lipome néanmoins est sujet à des modifications diverses, partielles ou générales. Dans certaines dégénérescences partielles, les vésiculesadipenses se fragmentent en granulations fines, et au lieu de grosses cellules remplies d'une seule gouttelette huileuse, on a des corps granuleux qui rendent la tumeur opaque, grisâtre, et la font ressembler, pour la consistance, au squirrhe en état de dégénérescence graisseuse. Une transformation du même genre peut avoir lieu dans toute l'étendue de la tumeur, si elle se trouve maintenue par un pédicule étroit^ à plus forte raison lorsque ce pédicule vient à se rompre. La graisse alors se décompose, les acides gras se dégagent de la cholestérine et se séparât pendant que la capsule qui entourait la petite tumeur devient très-dense et constitue l'enveloppe fibreuse du kyste qui renferme ces différentes substances. Les tumeurs de ce genre, lorsqu'elles occupent la cavité péritonéale et qu'elles ont subi un degré d'altération avancé, sont quelquefois k point de départ d'une péritonite ; j'en ai trouvé dans cette cavité tout à W saine. La transformation muqueuse du lipome est très-douteuse, cequel'on a considéré comme un lipome gélatineux n'est vraisemblablement qD'o" myxome dans les cellules duquel se dépose de la graisse. L'infiltration calcaire, rare dans les lipomes, se présente sous deux formes : ou bien elle est le résultat de la combinaison d'acides gras avec la chaux et la soiHte»

(1) On peut voir le moule de cette tumeur au musée Dupuytren.

HYPERPLASIES. 341

substances auxquelles s'ajoulent encore des phosphates terreux, ce qui amène une sorte de mortier ou masse grumeleuse; ou bien elle est produite par I*inflltration calcaire du stroma conjonctif de la tumeur qui prend une dureté et une densité considérables et conserve un état stationnaire ou même diminue de volume.

Exposés à des pressions, à des traumatismes divers, les lipomes sont dans quelques cas aflectés d'inflammation. Le processus phlegmasique, caractérisé le plus souvent par une simple induration, est quelquefois aussi suivi de suppuration ; aussi, il n'est pas très-rare de rencontrer dans ces néoplasies des abcès plus ou moins profonds, des ulcères, qui donnent à la néoplosie la physionomie d'une tumeur maligne. J'ai vu un homme qui, depuis plus de dix ans, portait à la racine du bras droit un lipome du volume d'une grosse tête d'adulte, parsemé d'ulcères sanieux, sanguinolents et fétides. L'ablation qui en fut faite n'a jamais été suivie de récidive.

Diagnostic et pronostic. — Le lipome est d'un diagnostic facile, son état lobule, sa consistance, sa coloration, sa ressemblance avec le tissu celluloadipeux sous-cutané, permettent déjà de le reconnaître à l'œil nu; hislologiquement le tissu qui le compose est trop caractéristique pour être méconnu. Le pronostic de cette altération n'a de gravité qu'autant que les tumeurs adipeuses viennent à s'enflammer, à s'ulcérer ou à troubler par leur volume des fonctions importantes; c'est dans ces conditions qu'il fQxxX être prudent de les enlever. Ces tumeurs, le plus souvent uniques, sont quelquefois multiples, et en nombre considérable. Les lipomes multiples ont un développement tantôt simultané, tantôt successif, et apparaissent en deux ou trois ans, ou même dans un intervalle de temps plus long, comme chez un individu que j'ai observé et qui présentait plusieurs tumeurs de ce genre, symétriquement disposées de chaque côté de la colonne vertébrale. On s'explique de la sorte qu'un nouveau lipome puisse se former après l'ablation d'un premier, sans qu'il y ait pour cela d'infection générale.

Etiologie et pathogénie. — Le lipome se développe à tout âge ; on l'a observé chez des vieil laixls et chez de jeunes enfants; on connaît même des cas de lipomes congénitaux. Toutefois, c'est principalement à partir de l'âge de trente ans qu'il se rencontre, ce qui, selon toute vraisemblance, tient à l'accroissement que prend le tissu adipeux à cette période de la vie. Il n'est pas rare d'observer celte néoplasie sur les points du corps exposés à des pressions prolongées, à la nuque par exemple chez les portefaix, mais il n'est nullement prouvé qu'elle soit l'eRetdirectdu trau-

3/42 ANATOMIE PATBOLOf.lorK.

matisme, car si on voulait la produire artificiellement, il est vraisemblable qu'on ne réussirait pas. D'un autre cote, s'il est vrai que les lipomes multiples dépendent d'une modification générale de l'organisme, il faut bien reconnaître que nous ne connaissons ni la nature de cette modification m sa cause : admettre l'influence d'un état diathésique, c'est faire afeu d'ignorfince. Cependîint l'hérédité des tumeurs adipeuses serait peucontestible d'après quelques observations, une de Murchison notamment, où le père et ses deux filles présentaient des tumeurs de ce genre sur des parties à peu près correspondantes; dans ce cas et dans quelques autres, il est assurément difficile de nier l'influence d'une prédisposition transmise. En résumé, il y a lieu de croire à l'intervention d'une cause locale el d'une cause générale dans la production des lipomes, mais ces causes et leur mode d'action sont h peu près inconnus.

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