V. — Ncoplasics de tissu cartilagineux. — Chondromes
Dur, élastique, de couleur bleuâtre, d'un blanc laiteux ou jaunâtre, le tissu cartilagineux est histologiquemenl formé d'éléments cellulaires et d'une substance intermédiaire (1). Les cellules cartilagineuses, généralement rondes ou oblongues, sont, comme la plupart des cellules, composées d'un protoplasma et d'un noyau ; elles offrent en outre, au bout d'un certain temps, chez les mammifères, une membrane distincte ou capsule de cartilage, couche résistante produite par une sécrétion du proloblaste qu'elle enveloppe étroitement et dont elle peut être séparée par divers réactifs susceptibles de coaguler et de ratatiner son contenu. U substance fondamentale est variable; muqueuse dans les disques inlervébraux, elle est ailleurs homogène ou finement granulée. On la trouve enfin composée» de fibres; les unes pâles et parallèles fournissent de la gélatine, les autres opaques et disposées en réseaux sont constituées par une substance élastique. Les caractères (chimiques des cellules et de la substance intermédiaire homogène ne sont pas identiques: les premières ont une composition qui les rapproche des substances albuminoïdes, la seconde est formée de chondrine, du moins quand elle est homogène.
(1) 11 importe de faire remarquer que, «lans de rares ras, le cartilage n'est qu'un *ïfflple parenchyme de cellules sans substance intermédiaire; tels sont, par exemple, 'fifirtilage de la corde dorsale des embryons, et plusieurs cartilages de fœtus de verlébrés, etc.
34/i ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
Les cartilages se développent aux dépens des cellules primordiales de Tembryon qui se transforment en cellules de cartilage, tandis qu*une substance interstitielle qu'on peut faire dériver d'une exsudation des principes constituants du sang s'interpose entre elles dans la plupart des cas (Kolliker). Or, suivant que cette substance reste homogène ou devient fibrillaire, il se produit un cartilage hyalin, un fibro-cartilage ou un cartilage élastique. L'accroissement des cartilages est assez mal connu ; on sait néanmoins qu'il a lieu, dans la généralité des cas, par multiplication endogène des cellules primitivement formées, et par dépôt incessant de substance intermédiaire entre ces cellules. Ces tissus sont dépourvus de vaisseaux, si ce n'est h l'état pathologique, où ils peuvent se vasculariser. Chez les individus avancés en ftge, certains cartilages, notamment les cartilages costaux et thyroïde, présentent fréquemment une infiltration graisseuse ou amylolde de leurs éléments cellulaires et quelquefois même une dégénérescence muqueuse de leur substance fondamentale, d'où résulte la formation de cavités anfractueuses remplies de matières mu- ((ueuses et de granules graisseux. Toutes ces modifications, nous les retrouverons dans les néoplasies cartilagineuses.
Ces néoplasies étaient désignées autrefois sous les noms de tumeurs cartilaginifornies ou c^irtilagineuses, de chondroîdes ; mais sous ces dénominations on comprenait des productions diverses dont un certain nombre seulement étaient constituées par du cartilage (1). L'application du microscope à l'étude des tumeurs pennit à J. Mûller de tracer une ligne de délimitation plus nette du groupe des chondromes; c'est plus tard et seulement dans ces deniières années que c^s tumeurs ont été bien étudiées par Lebert, Dolbeau, et quelques autres pathologistes.
Les néoplasies cartilagineuses sont des altérations d*une fréquence moyenne, pouvant se développer, soit dîins les os, soit dans les parties molles; il est à remarquer qu elles ne sont jamais ni contiguès ni adhérentes au tissu cartilagineux. Cependant il arrive que certains cartilages irrités, subissant une sorte de travail hyperplasique, donnent naissance à des productions cartilagineuses saillantes, analogues auxexostoses des os. Formées aux dépens des cartilages perm«anents, et appelées ecchmdnm par Virchow, ces végétations resstMublentpeu à une véritable tumeur, mais plutôt à une tuméfaction diffuse» du cartilage par acx^roissement d'une partie plus ou moins étendue de sa périphérie. Elles sont vraiseŒ-
(1) Ajoutons qu'un certain nombre de tumeurs osseuses désignées par les aomi de spina ventosa^ ostéostcatome, ostéosarcom?, etc., paraissent devoir rentrer dans le grwpf des chondromes.
HYPEBPLASIBS, SftS
blal)lfiiii'tit prniJiiiies par la dÎTision des cellules rarlilapiiieuses ppéexisloiJles auxquelles s'ajouloiwe substance intei'cellulaii'e nouvelle; c'est un phénomène comparable h celui d'un arbre qui, sur un de ses points, pmduit un nouveau bourgeon. Ces productions s'observent généralement au niveau des articulations malades, principalemcnlde celles qui sont allei nies de rhumatisme chronique; elles se rencontrent encore sur tes cartilapea costaux, où on les voit former chez les rachiliqties de petits nodules tout particuliers, enlin sur le cartilage thyroïde et In trachée, où elles so présentent sous l'apparence de végétations pisiforraes occupant les bordsou la surface interne des anneaux cartilagineux auxquels elles sont quelquefois faiblement adhérenles.Des modifications diverses se produisent assez généralement au sein de ces nouvelles formations; la plupart du temps, il s'y développe une véritable ossification, d'od une Fm. HO. — Tnebie ci groKseï branches , - ■ j i> ,-■ liant la fice interne ei>t tcmèe de netïles
exostose qui proceded un cartilage [u„eur, Mrtilagineu»e.o«in*e,. U m«m- (Hg. 110); quelquefois la néoplasie brnnc muqueuM élnilje liéga duicérasubit une métamorphose régressive, graisseuse ou arayloïde. Ces modes de terminaison et l'iiTilatiou qui généralement préside au début de ces altéralions conduisent à les rapprocher des inOammalions et il les éloigner par conséquent des véritables chondromes.
Description. — lies chondromes sont pour quelques auteurs des néoplasies hétéroplastiques, à cause de leur développement dans les organes où il n'existe pas de cartilage a i'élat normal, comme les os, les glandes Balivaires, la parotide, les testicules, etc. Toutefois, cfis néoplasies, ayant toujours leur origine dans un Itssu de la famille des tissus conjonctifs, c'est-à-dire dans un tisRU qui a les plus grandes aflinilés avec le tissu car- , tilagjneux, ne peuvent être considérées comme telles, au même titre du moins qu'une tumeur épiihéliale apparaissant dans un os. Ainsi cette distinction, k Inquelle on a voulu attribuer une certaine importance, est sans aucune valeur, Lescbimdronies forment des tumeurs arrondies, lobulées, parfaitement limilws, d'un volume très-variable, cor s'il en est qui n'ont que la grosseur d'une noisette ou d'un petit œuf (lig. iW), on en trouve aussi qui présentent un mètre et plus de circonférence. Ces der-
.U6 1NATUMIE PATIIOL0r.lQim.
iiiiii-es sont roritléos du niasses ilistiiicles séjuirécs par rlu lis8u conjunctil.
plus nu nioinii spliériques t!t d'une j;rosseiir iniigale, ayant les uuus li' volume d'une léle d'épiugic.
les autivs les dîmensioui (l'un œuf. Dans cguelques eu, J il i-xisle. en outi'e, au TOiM ^ina^'e de la masse piiimll pnlf, f-oinme l'a vu DulbnHi.n (k- pflils tlots nirtila^im'ui ] isidés, dont l'imporUiiir^ ne I doit pas échapper au cliinar- I ;;ii'n. La cousislaiicv des U- I mcui's carlilagineuses est linti'it dure, tantôt molle, i vaut que l'élément celluli ou la substance înlciwdûil piidonune fcnli'e ces i ' citwmis mi Imuvf lwis|| inolUsse ULst someJit que »
iiiilrames des iluigli iMu* Diipu>lr[
inteimedraiiiîi possibks Dailleui
iibiullat dunr mudilicatiou de la (umeui piimitiVL qui esl ferme résistante dastique Les cliondroineN, cbmme Ii
laf,e normal sont formes
loftiquemeiit de dtus pu tii-^ des Lillules pa liLrfs et unt subilancf >' tertilluluire fondamenttli; les LeltuUi soijlronilr-sco»iitcihezl enibr\ou fusifofW hu I loilees lomine rhfz !* ilulli sou\ent plus iKUse*; ou plus petite» %* Il s et lluleh du cartilage W^ mal mais elles son! 1* (ili*
rtilage c
méiliiiirc hDm(i|ène. I D'après l'^//at iVanal.paili.
substance intercellutajrp B LancBreauxBl LackerLaucr.) varîte, tant(*it lrans(
et homop^ne, lantCit libroïde ou libreiiso. Dans la plupart ^ enfin, les noyaux caililagiiieux sont circonscrits par une nierntir conjonctive qui envoie dans la protbndeur de la tumeur uiip
dr pmlûiifomeiils tiliiriiuiiteux lîmiluril des Jilvwics où si' Irouvi- cmilinuc la substaiici' aiililaginE-usi- (lisposéc en lontie de lolios. '
Les chondromcs n'ont ))&s toujours riiuiuo^'ijiK^nti' itarfniU^ di'S cartilages Dunnaus, souvent la substance foiKlanu'ritiiU^ <|ui H|)[)ai'lient h une mnsst; nnitaiçineusc difît'i'o de celle d'un aulr» ^iTiope ; certains lolies en elTet «iNirorniéspardu carlila^c hyalin, d'autres parducai'tilu^enmqueux, par ioBko-cartilage.du cartilage iici'llules raïuiliêes; la plupart snntrevélutt ^'uilL' membrane fibreuse «jui ti'ur suri de péricltondre cl dans liK]uelk' l'ani- ' des vaisseaux qui .servent à leur nulrition. Au-d«ssoufi de cette meme se rencontrent une courbe de capsules lenticulaires aplaties dans ksriis de la surface, puis des capsules (ïlubuleusea, el au centre osistenl te fEmndes capsules contenant plusieui-s géiiêralious de cellules. La iombinttison du tissu cartilagineux avec les tissus qui composent Vautres tumeurs plus nu moins malignes n'est pus extrêmement rare: lut» l'es c«inditions. la néoplasie cartilagineuse est toujours acceslire.
Les chondromes pri;'s<?nlent dos vurîéti's nonilnvuses déterminées la ^upart par la difTérencr do structure dn tissu r^rlilagineux. Ces variétt's lussi fréquentes que les formes du tissu cartilagineux normal, l't plus fréquentes puisque certains chondromes ont leur type dans les cartilages propres aux animaux inférieurs et qu'ils no se iin-
(mirent pas ii l'état physiologique cben l'Iiomme, Au lieu d'être i-en fermées iiis une capsule, les cellules cartilagineuses, comprises en pareil ti dans une substance fomlamenlale bomo{<ène, présentent des pro-
M^cmcnts pur lesquels elles s'anastomosent les unes avec les autres.
348 ANATOMIE PATHOLOGIOUE.
Ex cep lion ne Heine lit formé parun seul lobule de carlilase hyalin recouvert d'une membrane fibreuse, le chondrome est d'ordinaire enmposêde masses multiples reliées entre elles, soil par un tissu conjonctif (liic. 113], soUpar un liliro-cartilage vasculaire; puis, dans quel(]uescas, kcMf^d'iloUcarlila^ gineus bien organisés, se trouvent des novaux plus ou moins abondants, de tissu embryonnaire mélangées de tissu fibreux ou cartilagineux. Ces demi(>res tumeurs ont èUt considérées ii torl comme des cbondro-^comes ; ce sont des chondromes dont la trame se trouve fonnée de lissii conjonctifen voie de développement. Si par hasard la trame fibreuse vieal il prédominer entre les lobules cartilagineux, la variété de cbondrome qui en résulte est connue sous le nom de ehondrome fibreux. Plus rarement on obsene des chondromes réticulés etdescbondromesàcelluiesr»mitîées; enfin, il n'est pas rare de constater la réunion de plusieurs mriétes dans une même tumeur.
Les chondromes, «irisâmes au |>oinl de vuf è li'iir lopograpbie, présMli'iil des différences SM- \ -ilili's. Dans le tissu m-
Kic. lit. — Cliondrocnfl <le l'e\lréinjl£ BU|iériciirR de l'huménii. Cet ns est le point de départ de 1b tiiineur. (U'spri^t un dessin offert (inr Ni^l^lon su iiius(i> tapujtren.)
viennent ensuite les fénmrs, les os du bassin, Taue et de la léte. La plupart des chondromes dépari dans le corps même de l'o
ils se déralopjH'iil presque loujoun il.iiisIespremièresaDD^ -11- la vie.circonslancctjai .1 pu porter k leuraUnbueruneoriginecartil^ineuse. Les os de la main sont plus souvent affed»
que les autres, eleii général plusieurs d'entre «11 sont simultanéiueiil ilteints; lesosdupiwlsi»' beaucoup moins expnses; a dernier lieu les os df « osseux ont leur point J'
1 petit nombre prennent naiitsuii*
(1) I.ea M sont, de Inut In or|i;iinei, ceui qui sont le (ilUK souient «UeinU de cWdmme). Sur 3G cas de choiiilromes mpporlpi par MuUer, lec oi figurtat 3! Ni, >" pnrlies molJet seulement i toit. Sur 104 Tiits réunis par t^bert, le* os KiifSiàh 104 fois 01 le? punies molles 21. Enlln, O. Weber a trouvé 237 rai il'enclionilr^' connut des o» pour 67 drs pnrlies molles.
HYPERPLASIBS. 3b9
diussa partie corticale OU dans le périostt; (lig. 11;!i].Les premiers ne se ré-
jTèi«nt que lardivciuent, au moment où la tumeur devient proéminenlu à hsurface de l'os, tant par la distension de la couche osseuse préexistante
me par la formation de couches osseuses nouvelles sous le périoste irrité.
us seconds sont tout de suite apparents ; ils n'ont pas de coque osseuse. hpeut y distin^er trois couches dilTércnles (Ci-uveilbier) : une couche ïleriie cartilagineuse, une couche moyenne crayeuse ou en voie d'ossiblioii; enfin une couche interne osseuse adhérant aussi solidement à fwque l'exlerne cartilagineuse adhère au périoste encore persistant, Lcschondromes des parties molles se rencontrent dans tous les points oii
ti tl3, — QiondrDine de la parollde igr. nal.j, dulaiit de lrenla«n>. 0 repr£senle une |>ort!aii de la gUnde non eiivaliic p.-ir la néoplaiii^, (Cullection du docteur Vi»n,)
"«le un tissu conjonetïf ; ils ont leur siège de pmiilection dans les glandes «1 particulier dans la parotide (fig. 11j) et le testicule, qu'ils envahis- H rarement tout entiers, bien qu'ils acquièrent parfois un volume
Osidérable. Le jilus souvent la formation morbide se produit par
350 ANATOMIE PATHOLOGKJIE
ikkIuIcs isolés et donne naissance à des masses multiples tantôt réuim'.s. lant()l solitain;s et entre lesquelh^s on constate l'existence de culs-de-sac el de conduits glandulaires dont les éléments se multiplient d'abord et dégénèrent ensuite. Consécutive à un(^ irritation de voisinage, cette altéralion n'est pas spéciale au chondrome ; elle existe pour toute espèce de tumeur glandulaire, notamment le fibrome, et par conséquent n'est en aucune façon rindice d'une tumeur de mauvaise nature. Les glandes, du reste, sonl généralement envahies i)ar des chondromes mixtes et souvent très-complexes où les diffih'entes variétés de cette néoplasie se rencontrent à des j)hases diverses d'évolution, La composition chimique intime du chondrome a été peu étudiée; soumise à une ébullition prolongée, celte végétation, cx)mme le tissu cai'tilagineux nonnal, fournit de la chondrine; e(»|)endanl quel([ues chondromes des parties molles si^mblent faire exw|)tion (*n donnant de la gélatine.
Évolution» — Le chondrome naît d'un tissu embrvonnaire développé aux dépens du tissu osseux 0u du tissu conjonctif ordinaire. Dans le tissu osseux, on observe d'abord, disent Comil et Ramier, des phénomènes semblables à ceux de Kostéite; les cellules de la la nMK'lle et les cellules adipeuses prolifèrent, puis les cellules embrjounaires qui résultent de cette prolifération se séparent bientôt les unes des autres par l'interposition d'une substance transparente. Les trabécules osseuses voisines se présentent avec des échancrures dans lesquelles végètent les éléments de nouvelle forniation. Dans la portion la plus ancienne du tissu embryonnaire, les cellules, distantes les unes des autres» séparées par la substance fondamentale transparente, amventpeuàpe»-j| à constituer un petit îlot de cartilage au centre d'une cavité médullaire agrandie. Autour de cette petite masse de cartilage, les"" cellules embrjonnaires végètent pendant que le travail de médullisation de l'os se complète; en même temps, les trabécules osseuses se résorbent et les cavités médullaires voisines s'ouvrent les unes dans les autres, de façon à constituer une grande cavité au centre de laquelle se trouve le nodule cartilagineux, (lelui-ci s'agrandit par l'adjonction du tissu embryonnaire qui Penloun»; mais plus tard ce tissu se transforme en tissu libreui el constitue à Tilot cartilagineux un véritable périchondre. Alors les capsules périphériques de cet îlot deviennent lenticulaires, s'aplatissent sousl'iD' flu(»n(;e de hi pression du tissu (H)njonelif, tandis que les cellules cartil*' gi lieuses centrales s'arrondissent ou se multiplient de manière à donner naissance ii des cellules (»l à d(\s capsules s(Tondaires dans l'intérieur d(^ grandes capsules primitives». Les mêmes phénomènes se produisent lorsque
IIYl»EKPL\SIKi>. 351
le choiidrome prend naissance dans le tissu conjonelif, car on voit apparaître des îlots de cellules embryonnaires aux dépens desquelles le cartilage naît suivant son type ordinaire de développement. Dans certains cas, lorsque le mouvement formateur est très-lent, la substance fondamentale fibreuse persiste, les cellules s'entourent de capsules, et il se fait ainsi un fibro-carlilage.
L accroissement du chondrome a lieu par l'augmentation des îlots cartilagineux existants et par la formation de nouveaux îlots. L'accroissemeht de l'îlot ou nodule primitif s'effectue par la segmentalion du noyau, puis du protoplasma des cellules cartilagin(îuses ([ui deviennent en même temps très- volumineuses; la croissance des nodules est toutefois limitée et non démesurée. En général, chaque nodule ne dépasse pas beaucoup la grosseur d'un noyau de cerise, et souvent il reste plus petit. Au pourtour d'un premier îlot se forment donc un tissu embryonnaire, puis de nouveaux nodules qui, en s'appliquant aux îlots déjà existants, augmentent le volume de la tumeur, de telle sorte que le chondrome volumineux, malgré une certaine apparence d'unité, est en définitive un produit multiple. Ce mode d'accroissement permet de compretidre la généralisation de quelques chondromes, car l'influence qui préside à la formation de<îes nodules peut bien donner lieu à l'apparition de foyers indépendants dans les os voisins, et quelquefois même? dans les parties molles environnantes. Ainsi s'explique l'existence de chondromes dans plusieurs des os de la main et du pied, dans des extrémités voisines l'une de l'autre, quoique séparées par une articulalion; le fémur et le tibia sont particulièrement exposées à ce mode de généralisation.
Les tumeurs cartilagineuses ont une marche lente et ([uelquefois intermittente; elles peuvent séjourner dans les tissus pendant un temps très-long, vingt et trente ans, sans produire» de désordres sérieux. Leur extension est toute locale, mais il n'en est pas moins vrai qu'une tumeur qui siège primitivement dans l'os s étend peu à peu aux parties molles, tellement qu'on a quehiuefois vu les vaisseaux sanguins et lymphatiques dilatés et obstrués par des végétations cartilagineuses ; les glandes lymphatiques correspondantes sont toutefois rarement altérées. Paget, examinant un chondrome placé au bas de la veine cave et développé dans les glandes lymphatiques, a observé que les vaisseaux de ces glandes étaient dilatés et ren)plis de cartilage. Virehow, dans un cas de chondrome du scapulum se continuant dans les parties molles, trouva une dégénérescence cartilagineuse des glandes lymphatiques du cou. L'infection chondromateuse
352 ANATOMIK PATHOLOGIQUE.
que Ton ne doit pas confondre avec la généralisation qui n'alTecle jamais qu'un seul système organique, paraît devoir éti'e admise bleu qu'elle ne repose que sur un petit nombre de faits. Au nombre de sept ou huit, ces faits présentent cette particularité tout à fait digne de remarque, à savoir que les poumons, à part un cas, ont toujours été le siège de la métastase.
Le chondrome est soumis à des métamorphoses de diverses natures, progressives ou régressives. La vascularisation et l'ossification constituent les métamorphoses progi'essives qui sont rares et toujours partielles. Plus commune , la calciKcation ou incrustation calcaire est due à un dépôt de sels de chaux dans les capsules des cellules cartilagineuses ; elle détermine la formation de cercles solides autour des cellules et une apparence de tissu osseux. Cette modification, qui d'abord aSectek centre de la tumeur, n'est pas toujours l'effet d'un processus passif; elle a parfois une évolution comparable à celle de l'ossiGcation ellemême. Les cellules contenues dans les capsules prolifèrent, puis, celles-ci s'ouvrent les unes dans les autres, et il se forme au centre (h tissu cartilagineux une cavité médullaire à laquelle le périchondR envoie ses vaisseaux. Dans cet état, la moelle embryonnaire peut rester stationnaire, se transformer en tissu adipeux, donner naissance à un tissu fibreux, s'infiltrer de sels de chaux ou produire des trabécules osseuses d'une existence temporaire.
Les métamorphoses régressives, le plus souvent graisseuse ou amyloïde, sont tantôt indépendantes, tantôt concomitantes et disséminées sur des points différents d'une même tumeur. Un de leurs principaux effets est d'arrêter le développement ultérieur de la tumeur. Dans quelques cas, les cellules cartilagineuses subissent la métamorphose graisseuse, tandis que la substance intermédiaire, devenue fibrillaire ou striée, fioil par se convertir eu u|ie masse filante, gélatiniforme, qui renferme une forte proportion de mucine et peut donner naissance à des kjsttf muqueux, ou même à des trajets fistuleux. Ainsi s'expliquent ces points fluctuants que présentent certains chondromes primitivemenl durs dans toutes leurs parties. Un travail d'ulcération superficielle se remarque encore sur celles de ces tumeurs qui distendent la peau, surtout quand ce tégument se trouve exposé à l'action des agents im* tan! s.
Diagnostic et pronostic, — Le diagnostic anatomique du chondrome est facile; sa forme lobulée, les Ilots fermes, blanchâtres, brillants qui le constituent, ne peuvent permettre de le confondre avec te
HYPERPLASIES. 35^
néoplasics déjà étudiées. Le myxome seul pourrait prêter à Terreur, c'est dans le cas où le chondrome a subi une transformation muqueuse ; mais comme cette transformation n'est jamais complète, il en résulte qu'on peut toujours arriver au diagnostic de la néoplasie cartilagineuse.
En dehors de son action locale , le chondrome pouvant entraîner dans quelques cas Tinfection de l'organisme oiïre un danger plus sérieux que le myxome et le lipome. 0. Weber a vu un embolus cartilagineux transporter jusque dans les poumons cette altération dont le degré de gravité est par conséquent variable. Plus les éléments constitutifs de cette néoplasie sont jeunes et plus le développement de sa masse est rapide, plus elle est maligne, c'est-à-dire plus elle tend à détruire localement et à se généraliser. Au contraire, plus le développement des éléments d'un chondrome est lent, plus ces éléments se rapprochent de l'âge adulte et plus ils sont isolés par un tissu fibreux, moins la tumeur offre de danger. Par conséquent, si au pourtour d'un chondrome qui vient d'être extirpé existent des traînées de tissu embryonnaire ou de cartilage en voie de développement, s'il n'y a pas de périchondre fibreux il y a à craindre une récidive sur place, où même la production de nouvelles tumeurs dans divers organes. En d'autres termes^ les chondromes sont d'autant plus malins, que, par la forme de leurs éléments, par leur évolution, etc., ils s'éloignent plus du type physiologique.
Étiologie. — Les chondromes sont des lésions du jeune âge ou de l'âge adulte, souvent ils apparaissent dans les premières années de la vie, rarement dans la vieillesse. D'après une statistique dressée par 0. Weber et comportant 94 cas de chondrome des os, le début du développement de la tumeur remontait dans plus de la moitié des cas aux vingt premières années de la vie, et dans un tiers environ à l'âge de dix ans. Cette altération est d'ailleurs quelquefois congénitale, et l'hérédité a paru à quelques auteurs jouer un certain rôle dans sa production. Paget raconte qu'un malade qui avait un chondrome du radius eut un fils qui fut atteint d'un chondrome du même os ; 0. Weber cite un exemple où l'influence héréditaire aurait été ressentie par toute une famille. L'opinion de quelques auteurs (Lenoir, Virchow) tendant à mettre le chondrome sur le compte du rachitisme ou d'une perversion dans le développement des os (Mûller, Chassaignac) n'est pas suffisamment prouvée. Le traumatisme a une action réelle, car le chondrome survient quelquefois à la suite de fractures ou de contusions ; mais ce n'est là qu'une cause déterminante, vu la rareté des cas où cette néoplasie succède aux influences mécaniques.
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