‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 46 sur 104 · VI. — Néoplasics de tissu osseux. — Ostéomes · texte numérisé non relu

VI. — Néoplasics de tissu osseux. — Ostéomes

Le tissu osseux consiste morphologiquement en une substance fondamentale et en un grand nombre de petites cavités microscopiques disséminées dans son intérieur. La substance fondamentale, dure et rigide, est blanche, homogène, granuleuse ou fibreuse, le plus souvent lamelleuse ; elle résulte de la combinaison intime d'une substance collogène, complètement identique avec celle du tissu conjonctif, avec certains composés inor-

HYPERPLASISS. 355

pniques, parmi lesquels le phosphate el le carbuimle de chaux tiennent le premier rang. Les cavités osseuses (corpuscules osseux des au(eui's) ont de O»*, 013 à 0"-,031 de longueur el de 0™,006 à 0-",015 de largeur. De forme généralement lenticulaire, elles communiquent les unes avec les mires par un grand nombre de fins prolongements ou canalicules osseux; çielques-unes s'ou^Tent, par l'intermédiaire de ces derniers, & la surface eilrme des os ou dans les espaces médullaires plus ou moins larges qui nislont dans leur épaisseur. Chacune d'elles renTerme une cellule étoilée, utklf osseuse, avec une paroi propre, un no\au ovalaire, long en Boyonne de 0"'',006 Lts os contiennent en outre des vaisseaux el des Btrfs accompagnés d une subslance particulière qui les soutient , la moelle. Composée d'un tissu conjonctif tres-lâche, ayant dans ses mailles un grand nombre de petites cellules si>éciales, appelées cellules médullaires, et de rares cellules de ,îraisse, la moeilu remplit les cavités de la lubstance spongieuse des os, les canalicules qui parcourent la substance compacte et qui s' ou- Trent à la surface exlene ou interne de I os {(anaux vasculaircs de HiTwa].

I L'os ne provient pas d'ireclument des cellules de l'embryon, maisbien I d un lissu cartilagineux I on d'un tissu fibreux ! çii redevient embryon- I Bsire pour se transfor- ' nifr ensuite en tissu osMux. L'accroisse - ' niflil de l'os en loni pieiirs'efTectueausdé- |iens du cartilage; son I sœroissement en épais- «nralieu parrinlermédialra du périoste, au- I Jfssous duquel existe mw couche de cellules ™ndes ou polygonales {blasti i^lles de la moelle embrvi ■Wreinissu osseux.

Ftc. IIQ. -- OMéome bilobé de l'os maxillaire lupèrieur, qui a luxi la mâchoire inférieure. [MuiÉe Dupujtreo.j

le toia-périoslal, Ollier), semblables à et destinées comme elles à se tronsfor-

356 ANATOMIB PATflOLOGlQUE.

Le tissu osseux fait partie ds tous les ns du srgueletle, y comprir 1 les osselets de l'ouïe, l'os hyoïde, les os du système musculaire o sésamoîdes; il compose la croûte osseuse ou cément des deuts, HË à un âge avancé il remplace assez ordinairement les cartilages du Inryii.'fl Ce tissu est le siège de végétations nombreuses, dont quelques-u plus spéciales au groupe des phlegmasies, sont connues sous les noms d'exotlosea et d'énoatoses, suivant qu'elles occupent la périphérie de l'os Qii sa cavité médullaire. A la périphérie de l'os, oii elles forment des saillies plus ou moins volumineuses et irrégulières, les exostoses otil am structure semblable à celle de l'os normal, avec cette différence que les canaux de Havers qui cnti'ent dans leur composition ont une direction giaépaiement perpendiculaire à celle des canaux de Ilavers de l'os aiici«ii> Otle disposition résulte de la direction des vaisseaux ostéo-périostiqDes, qui sont, comme on le suit, perpendiculaires à la surface de l'as et qo^J lorsque la moelle sous-périostiquc se transforme en tissu c

minent la direction des canaux de Havers et la disposition des li Les énostoses qui prennent naissance dans l'épaisseur même de 1^ offrent celle même disposition : elles sont habituellement formées par* tissu compacte et comblent plus ou moins le canal médullaire. 1

HYPKRPLASIES.

eiosloses sont les unes liées au déveluppetnont du tissu osseux (exosloses Dstéof!éiii({ut.'s], les autres produites par des maladies générales, telles que la syphilis, le riiumatisme, etc. Je n'insiste pas sur la description de «s lésions, qui auront leur place dans l'élude que nous ferons plus loin lies altérations du tissu osseux.

Dotriptian. — Les osléomes proprement dits sont des formations osseuses, ordinairement isolées et circonscrites, de forme et de volume Tariables. Le plus sou-

Tenl arrondies, ces pro- .^^^

duclions sont quelquefois spislies , lamellaires, plus ou moins îrré- ' filières, et ces dilTéren- «s soiil fréquemment Eabordoonées au siège des tumeurs, qui est tan- IM le tissu osseux, tan- IM le tissu conjonclif. La composition histologique lie ces tumeurs est celle du tissu osseux; on y trouve de la substance tsseuse avec ses ostéoplastes, de la moelle "Bsease et des vaisseaux.

Toutes les vai'iélés dn tissu osseux (compacte, 'pODgieux, etc.) peuvent f rencontrer dans ces uitneurs. L'osléome compacte est une tumeur Tenue, plus ou moins >Hongé« et^ aplatie, constituée par du tissu osseux compacte, avec ses Onaui de llavers et ses ostéoplastes. La substance osseuse y est disposée Ml lamelles concentriques entourant les canaux vasculaires, qui n'ont B^nÀralement pas la disposition régulière et parallèle de la substance I ^isphysaire des os longs (lig. 116 et 117). L'ostéome spongieux a l'aspect ^nne masse rougefttre Irès-vasculaire, friable, d'une dureté médiocre. Il I ''l formé de lamelles ou d'aiguilles osseuses, avec des ostéoplastes con- ■snïntdans leurs intervalles une moelle li^s-abnndanle, le plus souvent Mi(ir>onnaire, gélatini forme, lihreuse ou adipeuse (lig. 118).

L'ostéomc ébumé forme des masses extrêmement dures et plus ou

iloses "

f., its

— ZxXti

nilé»

upérieure J

(émiT

sur le Lord

duqael se

un oilèdm

spiing

euïo doiil

le pain

de dépuri

est le

rênosle OL.

tes lit

ui le* plui

358 ANATOMIE PATHOLOGIQDS.

moins lisses. Il su pi-ésoutc quelquefois sur la face interne des us dn crâne, sous fornie de lamelles concentriques parallèles ii la surface de la tumeur (Virchow]. Au milieu de ces lamelles existent des corpuscules osseux dont les canaliculcs sont pour la plupart dirigés vers 1» périphérie, comme dans le cément des dents; un n'y distingue point de canaux vasculaires. Cette variété se retrouve dans les cavités de la ^, où elle présente une remarquable analogie avec les calculs vésicaDiil couches concentriques, sauf cette différence que jamais les dépôts iè substance osseuse ne s'incrustent autour d'un noyau de matière élnsgère; sa vascularisation est si faible qu'il semble que la tumeur seiKWrisse par imbibition de voisinage.

Les variétés de siège des ustéomes sont d'autant plus nombi-euses <(h ces tumeurs peuvent se développer, non-seulement dans le tissu ossen; mais encore dans tous les tissus de substance conjonctive, principalemot les aponévroses et les muscles, la dure-mére et l'œil. Au seindulttll

Fie. ll'J. — Ostéume double de la voûte crânienne, a, ottéome illué <ur la f el latérale gauche du Trontal ; b, ottéome plus petit iiég:e«nl au nive poBtérieuT et supérieur des pariétaux. (Huiée Dupujtreo,)

osseux, ces tumeurs sont disposées comme les corps fibreux dans IM parois de l'utérus, elles soulèvent les couches osseuses qui les recoumal au fur et à mesure qu'elles se développent, les amincissent cl finis par les détruire (fig. 119). Les os du crftne et principalement la fronto-orbito-ethmoïdale, le maxillaire supérieur, sont les poinli leur localisation habituelle ; Cruveilhier en rapporte trois cas qui n'avai pas d'autre siège. Quelquefois, on les observe à la surface de l'os, p périoste en est le point de départ.

Les ostéomes des fosses nasales et des sinus de la face, pour élre r.i[

HYPERPLASIES.

n'en ont pas moins été l'objet d'une étude attentive. Ce sonl des lumeui-s isolées, habiluellement ovoïdes, présentant des sillons et des bosselures saillantes, dont la surrace lisse ne dépasse guère 5 à 6 centimètres de diamètre. Immobiles dans la cavité qu'elles remplissent plus ou moins complètement, ces productions paraissent implantées sur le squelette et reposer sur une base solide; cependant il est possible de les énucléer, carelles sont souvent libres et indépendantes. Dans quelques cas seulement, il csisle un point d'implantation à l'os caractérisé par des rugosités du s<|uelette et de la portion correspondante de la tumeur et par l'absence d'une membrane tomenteuse; partout ailleurs la nouvelle formation est recouverte d'une enveloppe.

Les ostéomes de la dure-mère ne sont pas extrêmement rares; ils se développent principalement sur la faux cérébrale, où ils forment des lames de 1 à 3 centimètres de longueur et de plusieurs millimètres d'épaisseur, comparables à des crêtes de coq (Hg. 120). Dans un cas qui m'est personnel, c^^ttË végétation ne tenait k la dure-mère que par un mince filament libreus renfermant quelques vaisseaus Les ostéomes de 1 arachnoïde générale ment multiples revêtent la lorme de mmces la* melles appliquées à la surface de cette mem brane De semblables formations ont etc quelquefois rencontrées dans i œil ou elles occupaient soit la choroïde sott le corps vitré.

Certains cartilages, no- F>o- t^o. — ûBiéomedi . __ . , , e, 01 pariélat: tf, ili

tamment ceux du larjTix, ^j, j ^^ priieniani de la trachée et des bronches, sont quelquefois atteints d'ossification, sous l'inHucnce des progrès de l'rtge. Les cellules cartilagineuses commencent par proliférer, les capsules primitives s'ouvrent les unes dans les autres, les capsules secondaires se dissolvent ; il se forme ainsi un tissu embryonnaire dont le développement est exaclement conforme à celui de l'état physiologique, puisque au sein de ce tissu apparutsscDt des Irabécules dans lesquelles les cellules embrjonnaires deviennent des corpuscules osseux. Un sem-

360 ANATOMIB PATHOLOGIQUE.

blable travail s'opère quelquefois à la surface interne des cartilages trachéaux irrités par la présence de tubercules. La figure 110, p. 3li5, est un exemple de ces productions chondro-osseuses.

Les ostéomes qui affectent les tendons se montrent généralement au voisinage des os, et seulement chez des individus jeunes; ils débutent par la portion adhérente à Tos et se prolongent sous forme de longues aiguilles ou stalactites dans la continuité de ces cordons fibreux, jusque dans les muscles. J'ai vu au musée anatomique de Louvain un squelette dont la plupart des os étaient couverts d*ostéomes en même temps qu un grand nombre de muscles, notamment ceux du cou et de l'épaule; les muscles adducteurs de la cuisse étaient transformés en tissu osseux. Rokitansky signale l'existence assez fréquente d'un ostéome dans le biceps chez les fantassins, dans les adducteurs de la cuisse chez les caviliers de l'armée autrichienne.

Les ostéomes naissent, comme le tissu osseux, tantôt aux dépens d'un tissu cartilagineux préalablement formé, tantôt aux dépens d'un tissu conjonctif embryonnaire, et par conséquent leur développement s'opère suivant le mode physiologique.

Ces tumeurs ne peuvent être confondues anatomiquement avec aucune autre tumeur; les tumeurs fibreuses, incrustées de sels de chaux, s'en distinguent par l'absence de corpuscules et de canaux osseux. Le pronostic de ces lésions est tout entier dans les désordres locaux qu'elles déterminent : l'usure des os, la compression et l'altération des tissus mous. Si elles sont quelquefois multiples, ces tumeurs ne deviennent jamais infectieuses.

L'ostéome est une affection du jeune âge plutôt que de la vieillesse. C'est entre quinze et trente ans qu'ont été observés la plupart des cas d'ostéome des sinus de la face, c'est-à-dire à une époque où la muqueuse de ces sinus atteint son maximum de vitalité, ce qui conduit à rattacher les ostéomes à un phénomène de nutrition anormal et non à un processus phlegmasicpie. La coexistence, dans quelques cas, de ces tumeurs avec des polypes muqueux ou fibreux, semble indiquer qu'elles peuvent se développer sousl'influence de modifications nutritives de la muqueuse assez semblables à celles qui président à la formation des myxomes ; cependant, il n'est pis démontré que les ostéomes ne soient que des polypes muqueux ossifiés. U traumatisme n'a ici, comme dans la plupart des cas de tumeurs conjonctivesy d autre action que celle de cause déteiminante ; le cal exubéranttles ostéomes développés au voisinage d'une fracture sont des preuves de cette influence. Les formations osseuses sont du reste communes partout où su^ vient une irritation de l'os ou du périoste, au niveau des ulcères de la peau, des dents cariées ou retenues dans leurs alvéoles. La s}'philis, le rhu-

matisme et toutes les maladies générales prédisposant aux exostoses sont au contraire sans influence sur la production de Tostéome.

Bibliographie. — Ostéomcs dépendants du tlsso ommeuiL. — RuYScn, Thésaurus cmatom, — J.-L. Petit, Traité des maladies des os. Paris, 1735. — Duverney, Traité des maladies des os. Paris, 1751. — Morgagni, De sedibus et causis morborum epist, — Clossius, Krankh, de Knochen. Tubingue, 1798. — A. Bonn, Descriptio thesauri ossium morbosorum Hoviani. Amsterdam, 1783. — Ribell, Dissertât, sur les exostoses, Paris, 1823. — Scarpa, De anat, et pathoL oss. comment, Ticini, 1827. — J.-F. Lobstein, Traité d'anatomie pathologique, t. Il, p. 103. Paris, 1833. — Aïtley Cooper, CEurres complètes. Trad. fr. parRichelot. Paris, 1837. — Ducrest, Recherches sur les productions osseuses chez les femmes mortes en couches {Mém, de la Soc, méd. d' observât, ^ t. H, iSUU). — Al. Moreau, Bulletin de la Société anatomique^ 1865. — Gluge, Atlas derpath. Anat. y liv. II.

— Stanley, On diseases ofthe bones. London, 18/i9. — Pag et, Lectures on surgical pathology. London, 1853. — Cruveilhier, Traité d'anat. pathologique générale^ t. III, p. 866 ; Paris, 1856; et Anatomie path. gén.^ 1. XXI, pi. 2. — Lebert, Traité d' anatomie paiholog. y 1857, t. I. — Foerster, Handbuch der allgemeinen pathologischen Anatomie, t. I. — Virchow, Die Krankkaften Geschwûlste, t. II. Berlin, 1866. — Soulier, Du parallélisme parfait entre le développement du squelette et celui de certaines exostoses. Thèse de Paris, 1866. — Broca, Des exostoses de croissance (Bulletin de la Société de chiiitrgie et Gaz. des hôpitaux, 295, 1865). — Verneuil, Gaz. des hôpitaux, 1870, n* 67.

Ostéomes Indépendants des os. — I. — Folun, Tumeurs osseuses sans conneonon avec les os {Comptes rend, de la Soc, de biologie, 1850-51 ). — Dolbeau, Mém, sur les exostoses du sinitë (Bull, de VAcad. de médecine, 1866). — Gaubert, Des ostéomes de Vorgane de l'olfaction. Thèse de Paris, 1869. — Ouvier, Sur les tumeurs osseuses des fosses nasales et des sinus de la face. Thèse de Paris, 1869. — Rendu, Afch. gén. de méd,, 1870, t. II, p. 216. — J. Colignon, Gaz, méd, de Paris, 1876, p. 101 et 138.

II. — LuYS, Gaz, méd., 1855, p. 701 . — Ranvier, Bull, de la Soc, anatomique, 1862, p. 219. — Meschede, Archiv f. path, Anat,, 1866, t. XXXV, p. 673. — W. Ebstein, Grosses Osteom der Iviken KleinhimhemispK (Archiv f. pathohg. Anat undPhysioL, 1870, t.XLIX,p. 165).— Lebert, A«as, pi. XXXIII, fig. 1-6, flg. 32 ; pi. CLXVII, fig. 3, 6, 5.— Bruns, Atlas, pi. Mil, fig, 6, 8, 9, 11, 16.

— FoERSTEii, Atlas, pi. XX, fig. 2. — Lancereaux, Atlas d' anatomie path, , obs. CCL, p. 607. Paris, 1870. — L. Rty, Bull, de la Soc. anat,, 1872, p. 213.

VII. — Néoplasies de substance conjonctive fibrillaire. — Fibromes.

Très-répandu dans Torganisme, où il forme les tendons, les aponévroses, le périoste, le derme cutané, le derme muqueux, les membranes vasculaires, etc., le tissu conjonclif fibrillaire ou tissu conjonctif ordinaire est constitué par une substance d'apparence fibrillaire disposée

SOUS forme de faisceaux, par des fibres élastiques et par des éléments cellulaires. Les faisceaux, finement striés et ondulés suivant leur longueur, ont un diamètre variable de 0"",005 à 0"",050 (Ranvier). Traités par le carmin, ils se colorent en rouge ; examinés dans l'eau ou la glyoérine additionnée d'acide acétique ou formique, ils se gonflent, se décolorent et perdent leur aspect tibrillaire ; en même temps, ils présentait des étranglements sous forme d'anneaux ou de spirales que semble maintenir une sorte de fibre qui reste colorée en rouge. Placées à côté de ces faisceaux, les fibres élastiques sont caractérisées par une forte réfringence, une forme cylindrique, des anastomoses nombreuses et la résistance à l'action des acides ou même des alcalis. Les cellules sont de deux ordres: les unes, situées le long des faisceaux du tissu conjonctif, sont grandes, plates comme les cellules épithéliales des séreuses, et contiennent ob noyau également aplati avec un ou plusieurs nucléoles ; les autres paraissent complètement libres, elles ont tous les caractères des globules blancs du sang ou cellules lymphatiques. En résumé, le tissu conjonctif est formé de faisceaux tapissés par des cellules aplaties, glissant les uns sur les autres et limitant des espaces dans lesquels se trouve un liquide qui tient en suspension des cellules lymphatiques.

La substance fondamentale et les faisceaux de tissu conjonctif donnent par la coction une substance collogène, à l'exception de la cornée, qui fournit de la chondrine; les éléments élastiques renferment de la sabstance élastique, la composition chimique des cellules est incomioe.! l'état embryonnaire, le tissu conjonctif ne contient pas de gélatine et se trouve vraisemblablement formé par une substance protéique. Ainsi, il faut admettre une transformation de la substance albuminoîfe en substance collogène pendant l'intervalle qui sépare la période embryonnaire du développement complet de ce tissu.

Dans la période embryonnaire, le tissu conjonctif est représenté ptf des cellules arrondies à noyaux vésiculeux, dépourvues de membrane, réunies les unes aux autres par une petite quantité de substance iBtc^ cellulaire de nature albuminoïde. Plus tard apparaissent des séries longi' tudinales de cellules fusiformes constituées par un noyau mince alioop et une masse de proloplasma. Ces cellules se modifient peu à pett,^ point de se terminer par des prolongements filiformes, de perdre letf proloplasma, tandis que le noyau persiste et que la substance fondamentale intercellulairc devient striée et se transforme en faisceaux de fibrilles allongés et condensés. Le tissu élastique traverse à peu près les mêmes phases de développement que le tissu fibreux, en ce sens qu'il est représenté à un certain moment par des cellules embryonnaires, plus tard par

HVPERPLAStES. 363

des cellules fusiTormes. A l'état [mlhoIogi(|ue, le tissu conjonctif se développe d'une hçan ideotique ; mais en vertu de circonstances spéciales, mal déterminées, il s'arrête queltiuefois it la Tin de l'une de ses phases d'évolution et ne parvient pas à son complet développement. Nous appelons fibrâmes embryonnaires toutes les formations incomplètes de ce tissu, qui sont généralement décrites sous le nom de sarcomes H), et fibromes adultes les néoplasies dans lesquelles le tissu pathologique accomplit toutes les phases de son évolution. m

l', — Fibromes embryonnaires. I

Les fibromes embryonnaires Torment des tumeurs ovoïdes ou rondes, quelquefois nettement limitées ou même circonscrites par une espèce de capsulelibreuse, le plus souventdirfuses et envahissantes. D'un volume trèsvariable, tantôt un peu molles, lanldt dures et élastiques, ces tumeurs ressemblent, non pas à la chair musculaire de l'homme, mais plutôt fi celle du lapin. Leur surface de section, de teinte blanchâtre ou rougeàtre, lisse, brillante, humide, donne peu de suc à la pression, excepté dans les parties les plus molles qui se laissent facilement déchirer ou réduire en bouillie. Elles sont essentiellement foiTuées de cellules réunies par une substance intermédiaire variable et interrompue par des vaisseaux plus ou moins abondants. Ces cellules ont des formes diverses, et de marne que pour accomplir son développement complet le tissu conjonctif passe par deux états morphologiques distincts, la cellule ronde ou ovale et la cellule fusifonne, de môme les fibromes embryonnaires sont composés plus spéciale meni, tantilt de cellules arrondies (hbrome embryonnaire ginbo-cellulaire), tantôt de cellules fusifoimes (fibrome eml>rj ommîre fuso-cellulaire).

Fibrome embryonnaire glabo^dlulaire. Désignée par Ch. Ilobin sous le nom de tumeur embryo-plastique, celle néoplasie, encore connue sous les dénominations de sarcome à cellules rondes (Billroth] et de sarcome encé-

[1^ Le nnm de sarcome (sspÇ, ebair) déijgnnit «ulreroi», d'après Galien, des lumeun d'apparence cbamue, et plu» particulièrement dee tumeun pol^peiuei. Aprèi qiiel(|u(s eliangeiueiita opétti dans sa aigniDcation et tui oubli asiet complet, ce mot a eu la bonne rorlune d'être remis en honneur i la lin du aiêcle dernier, et dans ces derniers temps la plupart de nos contemporains d'Allemagne en oui dote toute une cloue de tumeurs. Cette dénomination, mal^é sa racine iusignilianle, est tcénéralemcntacceptée en France pour désigner une série de formation» pathologiques, ijui, par leur Icndauct à la généralisation, *e rapprochent du carcinome. Déjà nous avons montré que certaines lésions congé nitilea décrites comme dos sarcomes par le» auteur» clastiquet le» plus compétcnls étaient bien réellement des cas de montruosité» parniilaires fiojei page 103 de ce colume). Le plu« grand nombre des tumeurs sarcomaleuse» rettanlE» nous paraît devoir rentrer dans la clatse de» fibromes; ces lumeun ne sont en elTet que des végétations du lissu conjonctif ordinaire arrêté dans son éyolution.

In

364 A>ATOMIE PATBOLOGIOUE.

phaloïde(CoriiJ]<illtanvici'],se présente sous la foi-me de masses homoifJnes, jaunâtres ou rougeôlres, molles, élastiques, semUranslueidesel^l'apparence médullaire, ce qui lui a valu d'être confondue pendant loD^rteraps avec le cancer encéphaloîde. D'un volume qui varie depuîe^ la grosseur dune lentille jusqu'Jicellcdu poing, ces masses, comprimées ou raclées, oSreal toul d'abord un suc ti-ansparent, et plus tard, par suite de la liquéfacltoii cadavérique de la substance fondamentale el par suite de la mise en liberté des cellules, un suc blanchâtre, laclcscpnt. Elles sont composées de cellules réunies parune petite quanlitédc substance intennédiaire molle et araoqthe, et alimentées pardes vaisseaux. Les cellules petites, globulaires, assez rv^- Hères, sont formées d'un noyau relativement volumineux!, A contours Ihmi tranchés, muni de un à trois nucléoles, et d'un protoplasma peu abondinl, sans membrane propre, qui devient manifeste après durcissement dcUlumeur et coloration de la préparation par le carmin Ainsi, ces éléments nul „ j,| la plus grande ressemblance avec ceux qui com-

posent les bourgeons charnus (lîp. 1 21 ).lx!S vaisseaux sont volumineux, dilatés ou anévrjîmaliquos; leurs parois sont un peu plus épais»'' que celles des vaisseaux du tissu de grannloliou. Comme ces derniers, ils sont coustitoé par une simple couche de cellules ,- aiissi Hr rupture facile donne souvfnl lien ii dcsecrbjmoses ou à des hémorrhagies diiïuses. ^'WuVd'uTfTbm'me^m'b^ïon- ''^ fibrome embryonnaire globoKWlIuIiirewl naire rapidement développé lantiH solitaire, tanlât multiple d'emblée, et il^

2^u!be,elt^mlSm,èUmme I"*"^ " P^"' "^""^ <=*"'^'''^ '^^^^ pouvoirs^

dfldix-feitians.LetiHuObril- généraliser, notamment dans les organcepul-

laire norrn»! M inflUré de morinires. Il prend naissance, le plus souvnil.

jsuneB cellulei rondes tem- r . ,

blablesauxceliiilei desbour- au sciu des membranes conjonctives, et prinri-

geoas charnu.. CruM, , 160. paie^jent dans le périoste et dons les enveloppK

des centres ner\'eux ; on le retrouve encore dans la peau et le tissu con-

jonclif sous-cutané, les membranes muqueuses, les séreuses, les os,te

muscles et même les glandes, siu-lout les mamelles et les leslicul«l')-

Son développement est rapide, et quelquefois même il prend en Irès^

(1) Le nbrome embryonnoire du leslicule peulcompler parmi lei plus m*liai. et !•)■ en raison un) doule de U richctte vagciilaire de ccl organe. Je me soutient d'onir apt" d'une nfTectiun Air cù geiiri;, avec mon muitre U. Uicbo», un de mm «mil. jrune ^ diant hgf. de viii^ itnt, chei lequel, mnigrii tous les wine donnés è ropérstinu, il v ff' duiiit au bout de peu de temps une rtcidiic dnns les ganglians ilén-lorabaire», diailc e c( Uins les poumons, qui fut bienlAt suivie de mari.

BTPBRPLA8IBS. 305

de temps, par suile d'héniorrhagies successives dan» son (épaisseur, un accroissement considémiile. C'est ce qui s'est passé dans un cas récent observé par moi, où un fibrome globo-cetiulaire développé au niveau du bord inrérieur du foie acquit en peu de temps le volume d'une grosse télé d'adulte, h tel point qu'il remplissait toute la cavité nl>domiiinle et pouvait être pris pour U11 kysle de l'ovaire (fig. 122).

Pic. 1 33. — Le foie vu par la face concave présente sur pique du lllirome glubn-cellu

■on borilinférieuruii nbromeemLrjonnaireliémnrrhi- laire représenté (1g. 123. b 6,

f ique I. ti e, pai lia de la tumeur non envahie par t'h£- portioni de lobules hépnti-

morrhHeiejÀ.véïiculfl biliaire diileiiilue par In pèné- que» rntre lesqueli

(ration dam m cavité de la nubstance Ju lllirome; vi-gËtiiliun -, e i, tf, lubes droit et gauche du fuie; c, veine

Les éléments cellulaires du fibrome embryonnaire, au lieu de continuer à se développer, s'indttrcnt, dans les points les plus anciennement formés, de fîranulalions graisseuses fines et de granulations plus grosses et brillantes pouvant faire croire à une conversion des cellules sarcomateuses en cellules graisseuses. Cet état de métamorphose donne

aux points envahis une coloration plus ou moins foncée et jaunâtre. Quelquefois la tumeur est partiellement affectée d'une altération qui se révèle, à Tœil nu, par la transparence, la consistance gélatineuse et tremblotante du tissu, au microscope, par la présence d'une abondante quantité de substance fondamentale muqueuse : c'est la dégénérescence muqueuse. Plus rarement, elle est le siège d'une infiltration calcaire ou pigmentaire. Dans le premier cas, le néoplasme est parsemé de grains calcaires ; dans le second, la tumeur est infiltrée, sur une plus ou moins grande étendue, de granules de pigment qui lui donnent une teinte noirâtre.

Le diagnostic du fibrome globo-cellulaire n'est pas toujours sans difficultés : sa ressemblance avec le tissu des bourgeons charnus peut tromper, mais on évitera Terreur en tenant compte de l'extension de la lésion et de sa persistance à l'état embryonnaire. En effet, tandis que le tissB inflammatoire s'organise complètement ou dégénère, le tissu du fibrooK persiste à l'état embryonnaire. Le lymphome, qui ressemble parfois ao fibrome globoH^Ilulaire, s'en distingue par la présence d'un résen intercellulaire très-délicat qui rappelle le réticulum des follicules lymphatiques de la muqueuse intestinale et que l'on découvre en pratiquant sur la tumeur durcie une coupe très-fine, et en enlevant soigneusement toutes les cellules avec le pinceau. Atteint par la d^éoérescence muqueuse, le fibrome globo-cellulaire ne sera pas confondu stcc le myxome, si l'on tient compte de l'existence des éléments embryonnaires dans les endroits non dégénérés.

Le pronostic du fibrome globo-cellulaire est relativement grave enrusoD de sa facile extension. Constituée par un tissu jeune qui tend à s'aociottre rapidement et à se généraliser, cette altération est dans quelques cask point de départ d'une infection secondaire; il n'est pas très-rare, aprèssœ extirpation, de la voir récidiver sur place ou surun point quelconque (k l'organisme, notamment dans les poumons. L'étiologie de cette affectionest peu connue ; il est cependant quelques faits où son développement pant avoir succédé à un traumatisme; elle est le propre des individus jeunes et des organismes débilités.

Fibrome embryonnaire fuso-^elMaire. — Décrit par Lebert sous le noB de tumeur fibro-plastique, le fibrome embryonnaire fuso-oellulaire est simple ou infiltré de granulations pigmentaires ; par cela même, il f^ sente deux variétés distinctes.

Le fibrome fuso-cellulaire simple forme des masses d'apparence cbamoe» d'un volume variable pouvant atteindre la grosseur d'une tête d'enbntoQ d'adulte (fig. 12/!i). Ces masses, de coloration grisâtre, blandiÀtreourosé^» consistantes, ordinairement fermes, sont, tantôt nettement délimitéeSi

HYPERPLASIES. S67

lUDlfll en partie confondues avec le tissu des or^ncs qui en sont le siège. EUfôsont composées de cellules allongées, réunies par une substance ÏDlainédiaire , et de vaisseaux. Les cellules consistent en un corps ttJIulaire, renllé au niveau du HVBU, (erminé à ses deux ntrémitès par des prolongements uniques ou multiples fsrfois Irès-longs. Le corps cellulaire, liuemenl granulé, B'f«l limilé par aucune ntembnuie; le noyau est ovale, iTec uu sans nucléole Ces lilémeols sont régulièrement Jtposés les un» à côte des au- ^, de telle soi'tc que l'arif^le |igOi resté libre entre les 'Alremilés amincies de deux [tiémeuts voisins, se trou\e iJaopli par rexlréinité edilée ijfnne troisième cellule située (un avant ou eu arrière. De i,«t arrangement resuite une innsse compacte de cellules ||uallèles formant de vérita- [Mes faisceaux qui ont à leur IW une disposition parallèle, ifnp^idiculaire, rayonnée ou l^tirculflire à partir d'un centre 'ïomiDun. On comprend que ^Wnine coupe pratiquée dans ',w Sdmhlahles conditions on ',*pwïoive des tourbillons de ittUules séparés par des tractus f^gilodinaux qui les enlou- (fent. Les tourbillons re|)résen- ^Iwi la section transversale des ,Wsteaux,Ies tractus interposés ï'fprtseiitcnl leur section longitudinale {lig. 125). Les cellules allongées , ""l la plus grande analogie avec celles qui constituent les cicatrices ré- '^te; comme ces dernières, elles sont maintenues par une substance

Fiu. 12t. — Fibrome fuMi-cellulairc. 1,1, (tumeur Qbra- plastique) dévelop|>ée à la partie poitérieure du mollet, vraisemblablement du ni l'aponérrofe ' périoste. (Collect. <lu D' t>âan.)

368 ANATOHIK PATHOLOGIQI'E.

intcrceltulaire qui n'est qu'un ciment amorphe et agglulinatif (dg. 126J. Dans quelques cas, priiicipalenieiil loiïtiue l'altération occupe les os, les mâchoires, etc., on trouve, interposées enlise des corps ruâifoimes, du

fie. 125 — CoLpe microicoiiiquB d'un fibrome Fie. 138. — Deiain microKopiqM ftl

fuED cellulaire, elle repri'senie lies faisteaux nbrome fuso-cellulaire nvec ilèaOK

de lellules rusiformet ajuit, les uni psrrnp- plus volumineux que c«uxdelil(,lltii

|iorl aux Butrei, une direction p«rpcnd]cu- Groieisiement. 220. iaire. GrossiBivment. 220.

cellules munies de deux à quinze ou vingt noyaus, et que le prufessenr Rohin a appelées du nom de cellules à myéloplaxes (fig. 127); des éléments jeunes provenant d'une multiplication exagérée de DOJV qui n'a pas été suivie d'une segmentation correspondante du prolo[)la9Bt Les vaisseaux, généralementnombreux.sui vent ladirection des ratsceai cellulaires les plus considémbles,pui) se distribuent en réseaux comme dl les parenchymes ; c'est donc ^ U qu'on a voulu leur attribuer ladin lion des traînées cetlulaii'es. Ils n quent fi peu près complélemcnl J paroi propre et se présentent sur k coupes comme des canaux creusés dl la substance du ttbrome, avec celle dil renée que les cellules qui limitent 1« lumière sont régulièrement dispi»f(| Ces vaisseaux peuvent être nombreuil volumineux, dilatés el anévrysou

,„, „ ^ ques, d'où la dénomination de Bbroal

Fig 127 — DeBsin microscopique d un nbrome en bryonnaire composé de cei- 'uso-cellulaire tfileangieclasique; W lulM fuBiforme» et de cellules a noyaux rupture est lacause d'hémorrhaijies M multiples. (MjéloplaxM de Ch. Robin.) , . , , . ^ .

laissent a leur suite une pignieutatiûl

partielle, distincte de la pigmentation généralisée du fibrome mélaitiqn».

BTPBRPLtStBS. 3fld

Certains auleurs décrivent oomme une seconde Torme de celte altération une tumeur composée de cellules allongées tWts-grandes, {sarcome Tuso-cellulaire à grandes cellules). Les éléments cellulaires de cette Torme, dont les dimensions peuvent être consîdéraliles, U-^.IOO en longueur, O°"°,032 en épaisseur, possèdent au niveau de leur plus grande épaisseur un noyau volumineux, ovaieetmuni d'un nucléole brillant. Fermes et fortement rérringents, ils sont simplement accolés, ou du moins ils ne paraissent pas être réunis par une substance intermédiaire,ce qui les rapproche des endothéliums.ll est donc permis de croire qu'un certain nombre au moins des tumeurs ainsi décrites, au lieu d'élrr des sarcomes fusocelluiaires ave* éléments hypertrophiés, sont simplement des endolhéliomes.

Le fibrome fuso-cellulaire mélanigue est fic.ias. Tête ei p

plus qu'une variété, c'est pour ainsi dire dariiumÉnissUciniiie ntroma mé- ..... ■■ , ■ ... lanique riiBo-cellulaire déve1ani>é aux

une espèce distmcte, car il a la propriété àépem du périoste. de se reproduire sur place ou loin de son

point de dépari en conseiTant toujours les mêmes caracléies ; c'est une néoplasie constituée par des masses ou tumeurs noires, Je plus souvent multiples et disséminées dans un grand nombre d'organes. Du volume d'un grain de millet, d'une lentille ou d'une amande, ces tumeurs (fig. 128) sont formées, comme les fibromes fuso-cellulaires, par des cellules fusiformea, quelquefois arrondies, et par ime substance intermédiaire variable; elles sont de plus envahies par des granulations noires pigmentaires, ré^ctaires à l'acide sulfurique, ce qui leur donne un cachet tout particulier. Ces granulations, obtenues par le raclage, sont libres, arrondies, réfringentes et agitées de mouvement brownien, ou bien elles sont agglutinées par une substance albuminoïde sous la forme de petits blocs entoui-és par une zone claire [fig. 129), Sur fusifome» pijmenunecoupede la tumeur, on les trouve quelquefois libres, nubfionîmélaniqoM mais leplussouvent disposéesdansle proloplasma des (Hiirome mélanique cellules autour du noyau qui, en général, finit par - Tr«il£ a'Anai.

Fig. 129. — CellulM

rtuû-eclluliiire).

s'infiltrer ; quelquefois enfin, ces granulations sont plongées dans la substance intercellulaire, qui se trouve plus fortement pigmentée que les cellules elles-mêmes.

Le globe oculaire, dont certaines membranes, Tiris et la choroMie, présentent, à Tétat normal, des cellules infiltrées de pigment, est Torpiie où débute le plus souvent le fibrome pigmenté ou mélam'que. Cette altération peut toutefois se produire primitivement dans d'autres points du corps; et principalement dans le périoste (fig. 128). 'En pareil cas, il semble bien que la pigmentation soit secondaire ; d'ailleurs toutes les cellules d'une même tumeur sont loin d'être également imprégnées de pigment : il existe parfois des zones de colorations variées, blanches, grises, bronzées et ardoisées, ce qui n'arriverait pas si la mélanose était primitive. Mais alors d'où provient le pigment? D'une part la tumeur mélanique a généralement une coloration plus prononcée dans sa profondeur qu'à son pourtour, d'autre part les vaisseaux qui l'entourent on souvent leurs parois colorées^ et parfois même les cellules lymphoîda qu'ils renferment sont infiltrées d'un pigment qui du reste peut se rencontrer dans d'autres parties du système sanguin et jusque dans les urines. Il y a donc lieu d'attribuer à une précipitation de la matière colorante du sang préalablement dissoute la formation de ce pigment, qui serait fixé par certains éléments en vertu d'une attraction élective, dans l'espèce, par des éléments de nouvelle formation; mais il faut reconnaître que rien n'est encore prouvé à cet égard.

Le fibrome mélanique est relativement rare chez l'homme; mon obse^ vation personnelle m'a appris, et en cela je suis entièrement d'accoid avec le professeur Robin, que la plupart des tumeurs pigmentaires quiM sont propres ont une origine épithéliale. Chez le cheval, au contraire, h mélanose, qui est très-commune, est presque toujours fibreuse, ce qoi signifie que les tissus conjonctifs sont le siège de l'infiltration pigmentaire. On sait du reste, depuis les observations de Brugnone (1781), de Golettr* Latoumelle, de Gohier, de Higot, etc. , que chez les animaux, contrairement à ce qui s'observe sur l'homme, ce sont les chevaux blancs ou tachés de blanc qui sont habituellement affectés de tumeurs mélaniques. De 1^ vient qu'il est généralement admis, depuis Trousseau et Leblanc, que ^ production des colorations et des tumeurs mélaniques conjonctives A» cheval est la conséquence de la non-production du pigment noirdtf* les parties où il se produit normalement, telles que les poils.

Evolution. — Le lieu de développement du fibrome fuso-oeliuIairBptf*'^ de nature à exercer une influence sur les caractères de cette altération. No^

HYPEBPUSIBS. 371

moia que, si elle prend naissance dans t 'œil, cette néoplasie est le plus sou- TCol iniîllrée de pigment. Dans les glandes, elle s'accompngne presque loujours de l'hyperlrophie des éléments épi ihéliaux, mais nous Terons observer ijiiî le Gbrome embrjonnaire de ces organes a été souvent confondu avec l'adéuome. Dans ta mamelle, la végéttilion de tissu conjonctlf peut repousser la paroi des canaux et dtïs culs-de-sac glandulaires dont elle secoilTe, et Ure saillie dans la cavité des conduits galactophores, qui sont toujours plus mmoiusdilalés, ou même enkystée (adéno-sarcomedeBilIrolh). Semblable ^sposilion a été rencontrée dans le testicule et dans d'autres glandes. Le fibrome fuso-cellulaire se rencontre dans tous les points du tissu

wiijoiiclif; mais il occupe de prderenct, le périoste (fig. f30), les TBsmhranes séreuses, lt& faseia, les gaines \asculaircs cl nerveuses, le lissu conjonctiT sous cutam tt sou!rmuqueu\ Il commence par des ^'^its ronds qui rallongent peu a peu et constituent les cellules '''^nrniËS, de telle sorlt quil serait fibromL globo -cellulaire avant

d'être fuso-cellulaire. Parvenu à cette seconde phase de son développement, ce fibrome s'arrête et persiste ainsi, excepté en certains endroits où il arrive à présenter les caractères d'un tissu cicatriciel complet. L'accroissement des fibromes fuso-cellulaires se fait par leur propre masse et par la formation d'éléments nouveaux dans le voisinage des anciens; de la sorte ils acquièrent rapidement un volume considérable. C'est alors que ces néoplasies sont exposées à une dégénérescence graisseuse qui, des parties centrales, gagne les parties périphériques. Il n'est pas rare d'y rencontrer des ecchymoses, de petites hémorrhagies, ou même des points dégénérés et transformés en kystes. Ces tumeurs peuvent se généraliser et aussi injecter l'organisme, bien qu'il soit difficile, lorsqu'elles sont multiples, de pouvoir reconnaître la formation initiale. Leur récidive a été constatée plusieurs fois ; elle est commune dans le cas de tumeurs mélaniques.

Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic des fibromes fuso-cellulaires, indépendamment des caractères anatomiques qui viennent d'être signalés, est aidé par la connaissance du siège de la néoplasie et de l'âge de l'individu malade. Végétation spéciale du tissu conjonctif, le fibrome fuso-cellulaire est essentiellement une affection du jeune âge ou de l'âge adulte, condition importante à connaître quand il s'agit du fibrome pigmenté, souvent confondu avec le carcinome mélanique. L'endothéliome est l'une des lésions qui ont le plus de ressemblance avec le fibrome fuso-cellulaire, à cause de l'apparence fusiforme des cellules qui le composent lorsqu'elles sont vues de champ. Mais si, après avoir isolé ces éléments, on les fait rouler sous le verre du microscope, on reconnaît qu'ils sont extrêmement larges et minces, que, de plus, ils ont la propriété de se grouper de façon à former des globes analogues aux globes épidermiques. Les éléments cellulaires du fibrome fuso-cellulaire, beaucoup plus petits, fusi formes dans tous les cas, ne sont jamais disposés en globes; il est vraisemblable d'ailleurs que les réactions chimiques de ces organites ne sont pas identiques.

Le pronostic de la néoplasie tibro-plastique est le plus souvent sérieux, tant à cause de l'extension rapide de la tumeur que de la possibilité d'une généralisation et d'une récidive, dont les poumons sont plus spécialement menacés. Dans quelques cas, ces tumeurs, ainsi que les ulcères souvent fongueux ou atoniques qui leur font suite, peuvent être atteintes d'inflammation ou même d'une mortification plus ou moins étendue.

Les conditions étiologiques capables d'amener le développement du fibrome fuso-cellulaire sont obscures. L'adolescence est l'âge de prédilection de cette tumeur, qui s'observe depuis l'époque de la dentition jusqu'à Tàge de quarante ans. Le travail de seconde dentition favorise sa localisation à la bouche et dans les mâchoires. Une irritation locale ou

nïPEnPLASIES.

lui traumatisme ont paru lui donner naissance dans quelques ras; ainsi que nous l'avons dit ailleurs, le traumatisme est simplement u circonstance uccasionnelle qui exige uoe pi-édisposition préalable. L'in- Queuce de l'hérédité, douteuse chez l'homme, n'est pas contestable chez le cheval, du moins en ce qui concerne le (ibrome mélanique.

2° — Fibromes adultes.

Les fibromes adultes représentent le développement le plus complet des néopiasies du tissu conjonctif ordinaire ; leur type est le tissu cicatriciel parfait. Ils Torment des tumeurs grisâtres, ou d'un blanc rougeâlre, ordinairement du volume d'une noisette, d'une noix ou d'un œuf, plus ou moins régulièrement arrondies, et d'une, dureté telle qu'elles crient sous le couteau. Tantùt ces tumeurs, composées par un tissu conjonclit lâche, onduleux, blanchâtre, analogue au tissu du derme, sont molles, extensibles, pou élastiques et coriaces (tumeurs dermoïdes) ; tantôt, formées par un tissu plus dense,reutré, parseméd'un grand nombre de nodules arrondis, elles sont fermes, rénileutes, très-élastiques et d'un blanc nacré (tumeurs fibroïdes) (tig. 131). fis. 131.

Elles sont, dans quelques cas, constituées par des éléments très-serrés, qui leur donnent une dureté très-grande et une blancheur translucide (tumeurs cbondroïdes).

Ces végétations sont composées par une masse Tondamenlale librillaire, deséléments cellulaires et des vaisseaux. La substance fondamentale apparaît, sur une coupe Gîte et mmce, sous la forme de faisceaux de Bbres qui s'entixicroisenl dans diverses directions, comme dans le derme, les uns suivant leur longueur, les autres suivant leur section transversale (fig. 132], ou qui sont disposés en cercle autour de plusieurs rentres qui ne sont que des vaisseaux obliléi'és ou des nerfs plus ou moins complètement détruits (vovea Atlas d'analomi'e pat/iologique, pi. XLV, fig, ù', par Lancereaux et

— FJbrome adulte ■< parUe anIËrieure de l'abdomen. La récidive de celte tumeur Ml repréienliîe Ùg. 13B.{Collecl. du D'Péan.j

zu

ANATOMIE PATHOlOfilODE,

Larliei'bauei) . Chacun de ces faisceaux est eonstilué par des fibrilles exlc-, memeiit délicates serrées les unes contre les autres, et i]ui, dissociées j^ l'aiguille, foi-meiit un magnifique cheve/u où existent rarement des fibres élasliques; formés par une substance coUogène, Us jouent le rAle de substance intercellulaiiv fibreuse. Les cellules sont, les unes pf^ tites, arrondies, munies de noyaux brillants; les autres, allongées, fusifornies ou étoilées : ces deiTiières tapissent les laisceaux fibreux. Enfin, il arrive de dans quelques-unes de ces tumeurs év petits foyers atTondis d'éléments nuires, enchâssés par-ci par-lil entra In faisceaux fibreux; mais ces éléments sont vraisemblablement qu'une ronM transitoire (lig. 133).

La vascularité des fibromes est variabl»: les uns ne contiennent presque pas de naseaux; lesautres.quoique peu vasculairan apparence, renreiTuenl beaucoup de vaisseaux artériels et veineux, le démontre une bonne injection. Le réseau veineux est mémelelltmirt large dans quelques cas, qu'il est pour dii-e caverneux. Les artères et les veiaesa^ fondent leurs parois avecle tissu de la souvent elles n'ont pas de tunique adventM aussi, si elles viennent h être entamas pars blessure, elle s ne peuvent se contracternisd la longueur, ni selon la largeur, et leur mière restant béante, il en résulte une héD rhagie qui parfois nécessite l'interventioD chirurgien,

La proportion plus ou moins grande chacun des éléments constituants des fibroiBtl peut donner lieu à autant de variétés; à o^té de ces variétés, il en est d'autres, moins nombreuses, qui dépendent du si# de la néoplasie.

Cetle-fi peut occuper tous les points oij se rencontre un tissu fc substance conjonctive, Mats en réalité la peau <-t les membranes

Pic. 132. — Coupe niicrosi^opiquB à Iraveri un fibrome. Une flbrs de tisiucanjonclireEtvuBlungiludinalemem ; d'aulras flbres, perpenJiculuiremenl scclionnèef, laiisent onlre elles des espaces dans lesquBlB exiilenl des nojaiix el une enveloppe éloilËe qui semble Turmëe par leurs parois. I CrossUse' ment 160.)

0mimm

¥ir,. 133. — Coupe micro.'copîquB d'un poljpe naso-pliarjngien. CvUe végt talion préiculetoiiles Ion variétés de di';veloppement du tissu fibreux, savoir : des nojaux embryon nairet, des cellules allongées et des nbres adultes. (Gro:ïisseraeut, IBO,)

HÏPERPLASIES.

queuses, le tissu celluUiit' sous-culanc', les aponévroses, !e périoste, les cordes vocales, les nerfs, la prostate , les ovaires sont les points de dépari les plus habituels des lîbromes. Or, selon quelles appartiennent à l'une ou l'autre deces régions, ces tumeurs offrent souvent des différences sensibles. Développés au niveau des parties superficielles du derme cutané, lesfibronies revêlent assez volontiers la forme papillaii e et sont (onnus sous le nom de fibromes papillaires ou papiilontes(lig. 13Û ) Produilapai l'hvperplasie des éléments des papilles, d'où émanent des bourgeons quidonneul naissance à des papil les secondaii-es, ils sont, tant<H groupés et re couverts d'une couche commune de cellules identiques à celles du corps muqueux et de 1 épidémie cutané (verrues), tant<^t isolés par un revêtement épidermique propre £i chaque groupe (poireaux). Ces végétations comme celles des muqueuses sont constituées par un tissu conjonclif plus ou moins jeune, dans lequel cheminent des vaisseaux teimi- •'"'■ *3i. — Fibrnine« pspiiioires

,, ,.^. coniécutit» à un eoémn chroni-

nes en anses, dune structure peu diffe- qu^, (Maiéedc rhflpitnl Sainirenle de la structure normale. A ce tissu i-ouii.) s'ajoute un revêtement épithélial consistant en cellules pavimenteuses ou cylindriques, formées, comme dans les cicatrices, par la conversion d 'élémenis conjonctifs jeunes, au contact des cellules épithéliales (hg. 13&j

Les fibromes papillaires des muqueuses, quoique formés d'ordinaire aux dépens des villosilés ou papilles de la muqueuse, peuvent naître sur des parties qui n'ont pas de papilles, par exemple dans les ventricules du larynx et sur l'estomac. Dans ce dernier organe, comme aussi dans l'intestm, ils sont fréi^uemment combinés avec des hypertrophies glandulaires et forment des tumeurs de petit , volume appendues k la muqueuse par un pédicule. A la surfnce des organes génitaux externes, les fibromes papillaires, effet ordinaire de la présence d'un liquide irritant, pus blennorrhagique, sérosité des plaques muqueuse^, revêtent l'apparence de mûres, de framboises ou decboux-neurs,el forment parfois des masses très- volumineuses ffig. 136) qui ont une certaine tendance à repulluler après l'extirpation, si l'écoulement pathologique persiste. Sur la muqueuse de la vessie, les papillomes se présentent sous la forme de longs bourgeounements villeux, riches en vaisseaux; ceux-ci, faiblement soutenus, se dilatent et se rompent facilement, de là des hémorrhagies plus ou moins abondantes, et quelquefois mortelles.

Nés dans la profondeur de In peau, les fibromes constituent des

tumeurs ie plus souvent pédiculêes, et qui pendent iiiullenifiil b. * Gurrace {moUuscum fibrosum). Formées d'éléments semblables à t<eu

Fit.. 13â. — Coupe microscopique à traTereles flbromei pspillairet reprétenUi

o, couche épiihéliale cornée ; b, couche épitbéliale dite ds Hilpiglii ; c, lisHl (IbreuijoA ranfiirmBiil de nombreux dlùmenls BDibryonniirei; il, viiiseaux, (Grouiueincul, 1H.]'

du derme, ces tumeurs constituent une sorte d'hyperplasie parlielleif tégument, avec celle particularité que leur substance fondameiitaie Ml inliltré« de sérosité, dans l'œdème. Déveli>fi|lM dans le tissu sous-cutané< <<ous-muqueu\, les lui libreuses sont represeolM par dis masses amiudidj le plua souvent enui blus , SI ce n'est a Itij point d'impIantnlioi),el ou nioina molles, sui' l'âge dea eleiuents qui tÉ (.onstiluenl Dans la nielle, les fibramei lo^ pàriwB itirvciiu! doiiB le cours d'uno WeniiorrhajiB. tantôt Circonscnls el l*""'' (lÏK- 137] ; tanl<)t diiïus et accompagnés d'une prolifération de l'^pil^ liuin qui tapisse les culs-de-suc et les conduits de la glaude.

HYPERPLAStES. 377

Li's fibromes du périoste oui pour siège habituel les os du crftiie et de laface, principalement la partie inrèrieure du sphénoïde. De céder poiut, ils s'êleiidcnl sous forme de tumeurs polypeuses dans les fosses msiles el dans le pharynx, usaut les os du voisinage, produisant des

FiG. 137. ~> Fibrome double lout-cutanâ de U mnmelle. (Culloclion du docteur Péaa.)

<lérQnnations parfois considérables , et plus ou moins gênantes pour 1^ fonctions de la respiration et de Ih déglutition. Quelques autres os, ^ libia et la clavicule, donnent quelquefois naissance à des tumeurs semblables ; celles-ci se développent encore, mais plus rarement, dans l'^isseur du tissu osseux, et surtout dans les mâchoires. Les nerfs sont odSii exposés à ce genre de tumeurs, décrites à tort sous le uoni de Bévromes ; celles-ci affectent, par rapport aux faisceaux nerveux, une ^iposition taiitûl monilifonne, tantûl plexifonne. Le tissu nouveau wnihjt et emprisonne ces faisceaux qu'il lend à atrophier ; il acquiert un il^ebppement plus ou moins complet, souvent parfait.

Coniil et Ranvier décrivent comme espèce à part une variété de fibrome )> cellules aplaties et à substance fondamenlnfe, qui compi'eud les épais- ■iueinents globuleux, les plaques dîlfuses, translucides, plus ou moins ''aillantes, qui ^couvrent la face convexe de certains viscères abdomi- ^i.notammentde la ruleet du foie. Disposées sous forme de lames pa- "Ufe, il peu près comme les couches de fibrine dans l'intérieur d'une Pûclie auévrysMiale, ces plaques ont une structure qui les rapproche de '' cornée ; conmie cette membrane, elles présentent des espaces plasma- I ''lues communiquant les uns avec les autres, mais leur substance fonda- "•^uiafe, qui est amorphe, diiïère de celle de la cornée, qui contient des

tr.ik

fibrilles. Cette altération qu'il n'est pas rare d'observer, nous semble reu trer par ses caractères anatomico-pathologiques, au moins autant dans le groupe des phlegmasies que dans celui des néoplasies.

Après avoir étudié le fibrome en tant que néoplasie pure de tout mélange, nous ferons remarquer qu'il existe des tumeurs où le tissu conjonctif se trouve associé à des cellules graisseuses ou cartilagineuses. On compreDd qu'en pareil cas la dénomination de la tumeur ne doive pas changer, si le tissu conjonctif est prédominant. Il n'en est plus de même si ce tissu occupe le second rang, ou se trouve associé à un tissu plus élevé. Ce dernier doit alors servir à dénommer la tumeur.

Évolution. — Les fibromes n'étant qu'une forme évolutive avancée du tissu conjonctif, leur développement s'opère suivant les mêmes lois et traverse les mêmes phases que celui du tissu normal. La présence dans ces tumeurs d'Ilots de tissu embryonnaire semble indiquer que chacun des lobules qui les composent possède un développement autogène distinct. Leur accroissement est lent et leur durée souvent très-longue; aussi, bien qu'elles surviennent à un âge peu avancé, on les rencontre communémot chez des personnes âgées. Ces tumeurs, une fois leur développement acheré, n'éprouvent que peu de changements ; elles sont peu accessibles aux dégénérescences de la plupart des néoplasies. La métamorphose graisseuse qui les envahit est toujours partielle, c'est-à-dire qu'elle n'occupe jamais qu'un petit nombre de points. L'inhitmtion calcaire, qui s'en emparedans quelques cas, peut les transformer plus ou moins complètement en masses pierreuses. Superficiellement situées, ces tumeurs sont exposées! l'action des agents extérieurs, qui peuvent y déterminer des inflanunations de diverse nature et même des ulcérations.

Les lumeui*s fibreuses sont isolées ou multiples, et dans ce dernier cas, elles peuvent se montrer simultanément, ou les unes après les autres. Mais, quel que soit leur nombre, elles ne sont jamais l'efTet d'une infectioii locale ou générale. Des fibromes adultes ayant été rencontrés avec d«s fibromes embryonnaires, c'est la preuve convaincante de la parenté, oa mieux de l'identité de nature de ces formations. En pareil cas, tandis qw les tumeurs primitives ont acquis un complet développement, lesautr» sont constituées par un tissu embryonnaire. La récidive du fibrofflf adulte est chose rare ; mais, lorsqu'elle a lieu, la nouvelle tuiiwff n'est pas nécessairement un fibrome adulte, elle peut être un fihrwBC embryonnaire, ainsi qu'il a été constaté dans plusieurs circonstences, et comme le montrent les figures 131 et 138.

Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic anatomique des tumeurs fibrw^

HÏPEBPI.ASIES, 370

n'olîri' pas de grandes diflicullés. Le mode d'iinplantalioii, la l'orme, ht consistance dn la tummir permettcml le plus souvent de lu reconnaître. Toutefois, comme il n'y a dt? fibromes vrais que les tumeurs composées de tissu conjonclir et di' vaisseaux, sans aucun autre élément, on com-

prend la nécessité d'un evameu microscopique, dans les cas de tumeurs milles, ofi le tissu fibreux est abondant. D'ailleurs, le fibrome adulte, sHat \e plus souvent une tumeur circonscrite, ne pénètre pas les tissus, A m cela il se distingue des fibromes embryonnaires ; le fibrome des os Ml un exemple de ce fait.

Le pronostic du fibrome adulte n'est généralement pas grave, k ptri les cas ou il arrive il gêner une gi'andu fonction. Cette tumeur, le pins souvent solitaire, n'a que fort peu de tendance à récidiver. 1> fibrome rétro-pharyngieii semble faire exception à cette donnée ; mai* avant de proclamer la gravitt'^ et la récidive de celte altéra- ' Ucm, il faudrait être bien sur qu'elle a été totalement enlevée. Le ttbrome ïdalle est de toutes les tumeurs conjonctives celle qui a le moins de pBTilé, ce qui est en rapport avec le développement plus complet du lissu fibreux.

tliologie, — Les tumeurs fibreuses sont des lésions de l'àgo moyen de Il vie; rarement elles se développent pendant la première jeunesse, plus iwement encore dans un i'ige avancé, et si elles sont (juelquefois obser- '«es dans le cours de la vieillesse, c'est qu'elles existent depuis 1od|;- Iwiips. Congénitales dans certains cas, ces tumeurs se présentent sous la ^e d'une hyperplasie diiïuse de la peau, ou sous la forme d'une tumeur P^iculée [molhtscum fibruswn). L'héi-édité ne parait pas sans influence !>ur leur production , bien que son action ait été contestée.

Certains agents chimiques ou mécaniques peuvent les provoquer ;

: ainsi M

les fibromes papillaîrcs ou cûiidylomes des parties génitales survienset quelquefois à la suite d'un écoulement leucorrhéiquc, plus souvent au coulact d'un liquide syphilitique, comme celui des plaques muqueuses. La présence du pus lilennorrhagique à la sui'facp des muqueuses et même de la peau est une cause d'excitation el de désordre nutritif suffisante pour donner naissance à des végétations pouvant couvrir toute l'étendue des parties génitales externes, le périnée et même l'anus. Les coups e( les chules ne jouent, comme dans toute tumeur conjonctive, d'auti'e rdleqnl celui de causes adjuvantes.

L'éliologie du fibrome adulte ne dilTère donc pas essentiellemenl celle des fibromes embryonnaires, et fa cause de la diiïérence d'évolulion semble résider surtout dans les conditions individuelles. Quant à la jwiïnlij de ces tumeurs, elle ne doit pas nous échapper : non-seulement les divers» formes de fibromes embryonnaires coexistent quelquefois chez le mène individu, mais il est encore possible de les voir associées au fibrome adnlle. Bien plus, l'ablation d'un Fibrome adulte peut être suivie d'une récîdivedti fibrome embryonnaire, el il existe des raisons sérieuses pour croire M la proposition inverse est également vraie. Il est même possible, srJ fibrome embryonnaire, de saisir le passage des éléments globo-celluldil aux éléments fuso-œllulaires; de même la tumeur formée par ces denÙM éléments présente souvent des points où la transformation des c«tM allongées en tissu fibreux est manifeste. Par conséquent, les alléralii»! que nous groupons sous le terme générique de fibrome ont bien unt affinité de nature, et méritaient à tous égards d'être rapprochées dans môme élude.

ii«lF

BiBUOCHAPHlE. — 1. FlbrotucB embrj'aiiBAirea almple*. — J. liRJ

Ejiereilatio med. chirufj. de seiirho, turcinonMte in ijaii ctiam fuiigi et somH^ pertructoatar. Amslel., 17iil. — Boehhaavk, J>e siircomiiic, Hadernick, lï>l' — BuHNs, Spongoid inpumm., dans Lcct. on infl. Glascow, 1800. Heï, WAR[)nop et plusieurs autres auteurs niés plus haut. - Ucberdm fein. Baud. Krankh. GeschwûlsU. Berlin, 1838. — J. VocEL, d'aitatomie pathologique générale, Irad. franc. Paris, 18S7, — Lebmt, logie palhologique. Paris, t. II. p. 120. Traita d' mat. pathohg., t.l, Bull, de la Soc. annt., 1852, 209. it«i. tnédico-chinirg., t. XUI, 1853, p. 23; Archiv. di-méd., 105, t. 1, 1853.— Ch. Robin elM.4BCHAt, i rend, de l'Acad. des se, t. XXll, 18fi6. — Ch. Robis, Comptei «w Soc. de biologie. 18/i9, p. 119; 1852, p. 122. — REiNBAKr^, Anat. Viitersuchung. Berlin, 1853. — Fuehhkb, Deutsche Klinik, 1852. OH surgical pathologf/, t. II, p. 155, 212. London, 1853. — ScnuH, folW.' Pseiidoplasmen, 1854. — Wedl, Grund^ùge der patholog. Histolog., 1854.

BYPBRPLASteS. SRI

Vehnehit., BiilleUdela Société anal., i^5li, 337.— Bennett, Ojicaiieeruwsgi-Dirtfts, p. 85, 88. Edinburg, 18^9 — Wihllez, Anliives générales de médecine, aoill 1852, 153. — Foi-LiN, Archiv. yen. de tnéd., d^c. 1854. — Jaurs, The lancet, May 1855. — Hillieh, Ibid., nov. 1855. — Ch.wsaignac, Gaz, des hôpitaux, 111, 1856. — Poisson et Robin, Gai, méd. de Paris, 9, 1859. — Lahbeï, Bull, de la Soc. de chirurgie de PatHs, t. VIII, 379, 1866. — LEiiiBELEEn, Zur tHagnoft. der sarcomalosen QeichwiUste. Giesscn, 1856. — Senftlebbn, Deatsthe KUtâk, n' ii6, 1857. — Voi-iiMASN, Ueber dirige vom Krebs lu Irenneride Geschwùlste [Archiv f. path. An. imrf Physiol., t. XII, 1858). — P. Sick, Zur ErttwickdangsîjMCft. von Krebs, Eiler und Snrimm (Archio f. pnth. Aniit, umi Physiol., t. XXXI, p. 265, 1864}.— B(u,noTH, Beitriige swpathol. lUalol., 1858.— Eug. NEuton, Des tumeurs à myéhptaxes. Thèse de Paris, 1860. — Vihchow, Pathologie des tumetirs, trad. fr. par Aronssohn, t. II, p. 167. Paris, 1869. — Thèses de Paris, par Lannelongue, 1863; De Lohi>e, 1863 i Carrera, 1865; MalhEnE, 1866; BouRiiï, 1868; Bohijld, 1868. — Bibrett, Guj/'s HospitiU Rejwrls, siîr. 3, vol. IV, p. 531 . — V. Czehnv, Areh. f, kliitischc Chirurgie, 1869, I. XI, p. 230. — CoHML et Ranvieh, Mnmiel d'histologie pathologique, part. It p. 113. Paris, 1869. —Tu. Simon, Vn cas de mrcomalose niguA. BerliiL Klin. Wochensehrift, a* 23, 1870.— Haïem, Gaz. méd., 1874, p. 298.— Chuïeilhibb, Ail>">, liv. XXI, pi. 2. — Lebeiit, Atlas, pi. X.W, XXVI, .VXVII, fig, 1.9; pl..UVIII, flg. 1-9; pi. XXIX, fig. 13-20; pl.CLXVll.Gg.l; pi. CLXX, fig. 1-8. — A. FoHSTEB, Atlas, pi. X, fig. 2.— Lanckbeaux et Lackkbhauks, Atlas d'anatomie pathologique, Paris, 1871.

Fibrome «mbrroualre «aélanliiBe. — GoiilEB, Mém et ob--eiV. SUi la chir. et l<i méd. vétérinaùrs. Lvoii, 1813, I. I, |). 324. — Laennec Joum de tnf.d. de. Corvisart, t. IX, p. 368. — Hubtbel d'Abbohi, Aotii-r irn la mélanose considérée dans le cheval [Bull, de la Soc. mid. d'émulation, mai et juin 1825). — Bbebchet, Considér. sur une altérai, organique appelée dégén noire, mélanose, etc. Paris, 1821. — Noack, Commentatio vetei uini u>-med de melanosicuminhominibus tum in equisobvenienle, Lipsiic, 1826. — Haluhav, LondoH med. Scpository, I, XIX, p. 442; t. XX, p. 202, 1825.- En. Schilling, De WfffnFKwi, Virceburg, 1831. — Tbousskau et Leblanc, Arch. gén. de méd., t. XVII, p. 165, 1828. — Laubenb, Essai sur In mékimse, Thèse de Paris, 1833. — Peiilevé, Contribution à l'étude de la mélanose généralisée. Thèse de Paris, 1866, avec bibliographie. — J. ScuirFEH et 0. 'V/vs,Ein Fitll ron melanot. Sarkom [Arch.f. Path. Anal, und Physiol., I. XXXV, p. 413, 1866),— Vibchow, Pathologie des tumeurs, trad.fr., I. II, 19* leçon. Paris, 1869. — Cobnil et TiUBOOT, De In mélanose. Paris, 1868. — Kepveu, Conlrib, à l'éludi' des tumeurs tailaniques {Gaz. méd.. Paria, 1872). — Cu. Robin, Joum. de Vmiat., 1872, p. 78, et art. Mélamse. — J. Ebebth, TJeber die embolische Verbreitung der Melanosarkome [Arch. f. path. Anat. und Physiol., t. LVIII, p. 58, 1873).

K«lolde. — Alibeht, Clin, de l'hâp. Saint-Louis. 1833, p, 209. — S. Warhen, On lumours. Undon, 1839. — Pollis, Gaz. des kùpitauj:, 1849, 75, 76, 78 —

Lebert, Traité desmiUad. cancer., p. 662, 1851.— Dieberg, Deutsche KUnik, 1 85^ 387. — Langhans, Arch. f. path. Anat. und Physiol., t. XI, p. 330. — Hnmf- Fage, 071 a case of moUmcum fibrosum (Med. chirurg. Tramact,, t. LUI, p. 218.

II. Fibromes adoltes. — Lawrence, 3fedico-cMV. Tramàct,, vol. XVII, p. ih, 1832. — R. Lée, Ibid,, vol. XIX, 1835. — Dupuytren, Ifune espécepart. de tumem fibro-cell, enkystées, Leçons de cHniq, chirurg,, t. IV, p. 257 et 41 /i. Paris, 1839. — Hawkins, London medic. Gaz.^ vol. XXI, p. 935. — Macpherson, te med,, 1845, UUU. — Exgel, Die fibrôsen Geschtvùlste. [Wien. Zeitsehr, avril et mai 1846. — Vogel, Traité d'anatomie pathologique générale. Paris, 1847, p. 195. — Paget, Lectures on surgic. pathology, t II, p. 130. London, 1853. — Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale, t. III, p. 63, 715.- AzAM et Broca, Compt. rend, de la Soc. de biologie, juin 1854. — Vebneotl, Quelques propositions sur les fibromes ou tumeurs formées par les éléments et tissu cellulaire, avec des remarques sur la nomenclature des tumeurs {Gazette «éfr cale de Paris, 1855, p. 59, 95 et 108. Mém. de la Société de biologie, 2* «ér., 1855, t. II, p. 183).— ViRCHow, Kran^/i. GeschwiUste. Pathologie destuaum, trad. fr. par Âronssohn. Paris, 1867, p. 285. — Billroth, Éléments de jKrfi chir. génér., trad. fr. Paris, 1868, p. 700. — Dardel, Oôsejt?. cHniq. iu fibrome. Berne, 1865. — Christot, Contribut. à l'histoire des tumeurs pkaàfirmes {Gazette hebdom. de méd. et de chirurgie, 1870). — Dyce Ddcworth (S. ttrtholomew*s hospital Reports, voL IX, p. 113, 1873). — Heurtadx, Article littw»! du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiqfies. — Badchet, Des tum. ^irM0 du maonll. inf. Thèse de Paris, 1854. — Rigaud, Des fibromes, des tvmm fibreuses et fibro^lastiques de Vos maxillaire inférieur {Revue médicale de ttâ> Nancy 1«' avril 1874).

Page 1