I. — Néoplasies épithéliales homoplastiques ou typiques
Formations peu exubérantes et des plus bénignes, les néoplasies épithéliales homoplastiques ne manifestent qu'une faible tendance à la destruction, et en cela elles se rapprochent des tissus normaux et diffèrent des cancers. Aussi, avant d'arriver à l'étude de ces derniers, est-il rationneUe parler tout d'abord de ces altérations, qui se divisent naturellement en deai groupes, suivant qu'elles affectent le tissu épidermique ou le lissu glandulaire.
1*» Néoplasies épidermiques {ichthyoses^ kératoses^ etc.). — Les productions nombreuses qui appartiennent à ce groupe de lésions ont pour point de départ l'épiderme proprement dit ou ses dépendances. Développées au sein de l'épiderme, ces lésions sont les unes diffuses, les autres circonscrites. Les lésions diffuses forment l'ichthyose, aOediou cutanée, souvent congénitale et héréditaire, caractérisée par la présence, à la surface du derme, d'écaillés épidermiques nacrées, grisâtres ou noirâtres, plus ou moins épaisses, et comme imbriquées. Assez peu extensibles, ces écailles se rompent parfois à la suite de tiraillements, et de là des fissures profondes et douloureuses qui donnent un aspect particulier à la peau. Dans ces conditions, la couche d'épiderme est toujours plus épaisse, et l'on voit s'échapper de la racine des poils une matière analogue à la matière sébacée.
HYPEBPLASIES.
CiicoDscrites, les altérations épidermiques homoplasliques sont connues sous les noms de durillons, de cors aux pieds et de cornes cutanées. Les premières de ces altérations sont constituées par des couches superposées de l'épiderme corné, donnant lieu à un cpaississement peu étendu et pjiu ou moins considérable. S'il présente k son centre un noyau dur qui l'eafonce sous Torme de pointe jusque dans le derme, qu'jl comprime ttilrophie, cet épaissi sscmeni porte plus spécialement le nom de cor. En pareil cas, le tissu adipeux dispiitall dans le point comprimé, «l il se forme même parfois une bourse muqueuse dans le tissu celluliire sous-cutané correspondant. Le pied est le sié^c exclusif de celte •ilératioD, qui survient à la suite de pressions répétées ou d'actions irritintes,
Les cornes cutanées sont des excroissances d'une longueur variable et J'one grande ressemblance avec les cornes des animaux. Fermes et pisàtres, souvent recourbées en spirale, elles revêtent la forme d'un piime arrondi avec des cannelures longitudinales et des rendements (pli correspondent chacun à une papille cutanée. La corne tout entière * pour base un groupe de papilles; elle est d'ailleurs formée de cellules épithéliales superposées, imbriquées et intimement soudées entre elles.
La peau et les muqueuses sont le siège constant des productions cornées. A il peau, les comes occupent de pré- Knnce le cuir chevelu, le front et la
fé^on temporale, plus rarement le
Ironc et les membres [fig. 130). Dans
quelques cas elles prennent naissance
dans la couche épidermique qui revêt
la face interne d'un follicule sébacé
hypertrophié, et deviennent saillantes
après l'ouverture de cette cavité kystique. Les membranes muqueuses où
ces lésions ont été observées sont la
conjonctive, la muqueuse de la langue,
celles du prépuce et du gland.
Plus fréquentes chez la femme que
chez l'homme, les comes cutanées
sont ordinairement solitaires, mais
quelquefois aussi elles sont multiples
et en assez grand nombre. Comme la plupart des formations épider-
miques, elles se développent de préférence h un Âge avancé et sont quel- LXKCEauDx. Tnilé d'àml, 1. — 36
G. 130. — Main droîM prfienlant une
corne cuUinje dûieloppée k m régioD dorule au niveau det deux pramien mjtacnrpicnl. (Huiéc DupujbVD.)
(l02 ANATOHIB PATR01.0GIQUK.
quefois héi^éditaircs. On cite des cas où le traumatisme » pani provoquer leur apparition.
Les ongles, et particulièrement ceux du gros orteil, peuvent être le siège d'une altération qui n'est pas sans analogie avec les nomes de la peati. Plusieurs fois j'ai rencontré à la Salpètrière des femmes ftgées dont les ongles, recourbés, avaient une forme prismatique el untlongueur qui, au pouce, n'avait pas beaucoup moins d'un déciinèlrewi longueur et d'un centimètre en épaisseur {lig. 131). Cet accroissement du tissu des ongles est commun dans certains pays; j'en ai vu plusienn échantillons au muséo nnatomi)pathologique de Leyde, où il résulte de la fâcheuse liabitudequ'oBl les habitants de celte ville el des environs d'user de sabots sain bride. De celte hyperplasie gén^ïlo de l'ongle il convient de rappn^ cher une formaliou limitée du lisiu unguéal. Chez un enfant qui perdit l'ongle de l'un des doigts ii 1* FiG. 131. — HnonRladugrosoflfil ayanl suite d'un panaris, le professeur BcquU un BCcroiîsemenl excessif, „ , "^ . ' ,
Broca vit apparaître un ongle nouveau, irrégulier et creusé de cannelures; mais en même temps il » produisit entre la phalange et le bord postérieur d» cet ongle une petite tumeur mobile, dure, qui ayant la forme d'un pain de sucre soulevait el amincissait la peau. Cette tumeur reposait sur une surface analogue, quant à l'aspect, à la matrice du l'ungle ; elle avait une structure i( tique avec celle du tissu unguéal.
Les cheveux et les poils, dont la nutrition et la reproduction se lientl^ l'intégrité du follicule pileux, sont quelquefois le siège d'un accrolsstmesl anormal en longueur et en épaisseur, chez la femme aussi bien que cM l'homme. L'accroissement exagéré de ces organes a lieu suiloul au nivWt des UEPVUS (voy, lig. 118); mais il n'est pas prouvé qu'il se produise d ces endroits, non plus que sur d'autres points de la surface cutanée, de) cheveux véritablement nouveaux, quoique ces appi^ndices cutanés h développent fréquemment à l'intérieur des kystes dennoïdes, et qu'on iM ait observés sur la conjonctive. Tout porte à croire que les prétendue formations pileuses des muqueuses de la vessie, du vagin cl de l'intestin ne sont le plus souvent que des produits de kvste dermoide ouvert n l> surface de l'une do ces membranes.
HYPËRPLASIES. &03
Les dents, qu'il faut ranger parmi les formations épithéliales, sont quelquefois produites de toutes pièces dans des conditions anormales; tantôt uniques elles ont été rencontrées dans la région temporale du cheval (anomalie hétérotopique)^ tantôt multiples elles faisaient partie de kystes dermoïdes (voy. fig. 27 et 28, page 1 06) . D'autres fois une seule des substances qui entrent dans la composition de ces organes venant à proliférer, il en résulte des tumeurs dentaires diverses dont il sera question dans la seconde partie de ce travail.
Les altérations que nous venons de passer en revue ont toutes une évo» lution lente et progi*essive, sans aucune tendance vers une guérison spontanée. Plusieurs fois des malades atteints de cornes cutanées ont vu la chute spontanée et en quelque sorte périodique de ces productions, qui recommençaient à pousser presque aussitôt après comme les bois d'un cerf. C'est pourquoi, malgré leur peu de gravité, ces dernières altérations constituent une infirmité ennuyeuse, si Ton ne vient à les extraire ; d'un autre côté, on voit quelquefois des cancroïdes se développer à la base de ces formations anormales et aggraver leur pronostic. La cause de ces diverses lésions est peu connue, on sait seulement que l'ichthyose et les productions cornées peuvent être héréditaires.
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HYI'ERPLASIES. 605
2« Néopldsies glatidulaires, adénomes. — L'adénome est une néoplasie glandulaire homoplastique ou typique, c'est-à-dire qui a la même structure que les glandes et qui ne manifeste aucune tendance à Tuicéra* tioQ et à l'infection de l'organisme (1).
Toutes les glandes de l'économie sont exposées à cette altération, qui présente naturellement deux types suivant qu'elle appartient aux glandes acineuses (épithéliums polygonaux, sphériques),ou aux glandes à épithéliura cylindrique. Nous appelons le premier de ces types adénomo acineux; le second, adénome tubulé ou cylindrique.
Aiéfiomes acineux. — Connus sous des noms divers par Aslley Cooper, Velpeau et Cruveilhier, les adénomes acineux ont été étudiés surtout par Lebert, Ch. Robin, Verneuil et Broca qui ont fait connaître leur structure semblable à celle des glandes. Leur siège habituel est la mamelle et les glandes cutanées, plus rarement les glandes salivaires, buccales et palatines. Ces dernières glandes et toutes celles qui ne sont composées que d'un seul lobule sont envahies dans leur totalité ; au contraire, les glandes volumineuses, comme la mamelle et la parotide, sont partiellement altérées et souvent dans un seul de leurs lobes.
La tumeur qui résulte de cette altération varie suivant la glande affectée et l'étendue de l'affection; elle a généralement le volume d'une amande, d'une noix ou même d'un œuf. Elle est ferme, élastique, lisse, bosselée, quelquefois saillante ou même polypiforme à la surface de la peau, des muqueuses buccale et palatine. Parfaitement délimitée dans certains cas, elle se confond d'autres fois, dans les gi'osses glandes, la mamelle par exemple, avec le tissu sain. Des éléments glandulaires et un stroma fibrovasculaire entrent dans sa composition. Les éléments glandulaires consistent en une membrane hyaline très-nette, tapissée par une couche épithéliale pavimenteuse régulière; ils sont connus sous le nom de culsde-sac glandulaires et renferment assez habituellement un liquide où nagent quelques cellules granuleuses et détachées de la paroi. Le stroma, interposé entre chacun de ces éléments, est formé de faisceaux fibreux parcourus par des vaisseaux dont la disposition varie généralement avec chaque glande spéciale ; quelquefois, dans des points où la glande bourgeonne, il est constitué par un tissu conjonctif imparfaitement développé. Malgré une structure assez semblable à la struc-
(1) Je m'abstiens de parler ici des hétérolopies glandulaires qui ne sont que des anomalies de formation par in>aginntion de Tun des Teuillel^ externe ou interne du blastoderme.
lure normale, à part un certain degré d'hypertrophie de leurs éléments, les tumeurs adénoïdes (adénomes) n*ont aucune fonction physiologique déterminée, et pour ce fait elles rentrent naturellement dans la classe des anomalies de nutrition.
Les variétés des adénomes acincux sont nombreuses, elles résultent de la prédominance marquée de Tun ou l'autre des éléments constituants et du siège de ces tumeurs, car les culs-de-sac glandulaires de Tadénome sont toujours conformes à ceux de la glande affectée. Si l'élément glandulairi^ est prédominant et que le stroma soit atrophié, l'adénome ressemble a carcinome, il est constitué par des tumeurs un peu molles et souvent asse volumineuses. Quand au contraire c'est l'élément fibreux qui est en pliL =s forte proportion, l'adénome se rapproche du fibrome, avec lequel il es^i^t facile de le confondre. Il forme des tumeurs fermes et dures qui uot^M.t qu'une faible tendance à s'accroître quand le tissu conjonctif a acquis is. m complet développement, mais qui peuvent rester molles et prendre um. n volume plus considérable si ce même tissu est à l'état embryonnaire.
Les variétés qui résultent du siège seront étudiées à propos des alté tions relatives à chaque glande en particulier, et par conséquent no nous contenterons d'indiquer leurs principaux traits.
Les adénomes mammaires sont les plus importants à connaître ; ils affectent un seul ou quelques lobules, rarement la totalité de la glande. Ils forment chez des jeunes personnes des tumeurs circonscrites fermes qui s'accroissent avec lenteur et qui parfois donnent lieu à des douleurs vives, lancinantes. Ces tumeurs sont constituées par une hyperplasiV des éléments épithéliaux qui s'accumulent dans les culs-de-sac glandulaires et les distendent (fig. 132) ; parfois elles subissent une dégénérescence graisseuse ou muqueuse et donnent naissance à des kyst^ athéromateux ou muqueux. Le tissu interstitiel, souvent hypertrophié, est quelquefois embryonnaire. Ces tumeurs, dont l'accroissement est central, refoulent les tissus de leur voisinage plutôt qu'elles ne les envahissent ; elles ne déterminent jamais d'altération métastatique des glandes lymphatiques.
Les adénomes des glandes sébacées et des glandes sudoripares ont été particulièrement étudiés par Vemeuil et Broca. Ils donnent lieu à des tumeurs superficielles fermes, bosselées, constituées par des culs-de^c glandulaires, d'un volume qui varie depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'un marron ou d'un œuf. La prostate, la glande lacrymale, la parotide, les glandes du palais et du pharynx sont exposées à ce même genre d'altération, qui se rencontre encore dans le corps thyroïde, où il forme un certain nombre de goitres, et dans les ovaires, où il engendre quelquefois des kvsles.
aïPKRPUSIBS. /|()7
Lon"incdes idenomesacmeu'i fst un poiiil loujituis obsuii Néanmoins il esl Ifps pi-obablt qm ces productions ne «oiit qu un iKJurgeonimienl qui se produit sinon nu nmment de h foniialion du moins au iiloinpiil dudi vt loppement dts ^laiidts aiinpuses A ce boui {.eonncmont fMuIain 1 ajoute un tissu conjoiiitif nou\(nu ilont le de\ elopptiinent 'M in quelque sorti subordonne a crlui de I otinitnl secrtteur il est lilireiu dans ci rlaines parties embiMinnaire dans d autres ]>oinls L'aciwispineiil de ces lunieursisl luil il d biluliidi i! ics-îc au limit d'un
'^rtain temps d nu un ttal stalionnaire Leui generali-iation n a pas élé ■observée mais un a ptnst quelles pomaienl se transroimcr en carei- 'ïonies Celte b\pothese toutefois nest pas démonlrte f t iM a lieu de <*oire que les prétendues traitsrornialionsdddLnome en tarcinome étaient ^ns le principe de vi niables canci rs
La dégénérescence graisst use di s adi nomes est peu commune et genérn- 'ement incomplète; la dégénérescence colloïdede ces tumeurs n'est pas rare, Hie survient surtout dans 1a cas oîi le tissu interstitiel est jeune el abondant, l'ne substance gélatiniforme intilti'e d'altoinl les cellules épithéliales
/!l08 ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
des culs-de-sac glandulaires, et obstrue plus ou moins complètement leur calibre (fig. 132). 11 en résulte ladilatation de ces canaux, et, par suite delà destruction des cellules, la formation de kystes d'après un mécanisme semblable à celui qui préside à la genèse des kystes du rein.
L'hypertrophie simple des glandes, toujours accompagnée d'une exagération de sécrétion, ne peut être confondue avec Tadénome, dans lequel toute fonction est éteinte. Les néoplasies conjonctives de ces mêmes organes auxquelles s'ajoutent quelquefois une hypertrophie des culs-de-sac et des tubes excréteurs sont plus difficiles à distinguer ; aussi certains auteurs, pour se tirer d'embarras, ont-ils admis des adéno-sarcomes. A notre avis, ces productions mixtes n'existeraient pas; une tumeur est primitivement épithélialc ou conjonctive et toutes les fois que les épithéliums s'y rencontrent dans une certaine proportion, nous n'hésitons pas à la déclarer épithélialc en raison de l'aptitude relativement faible des éléments épithéliaux à la prolifération. D'ailleurs, les végétations conjonctives, loin de favoriser 'hypertrophie des épithéliums, finissent généralement par les étouffer.
Adénomes cylindriques, — Ces- adénomes peuvent occuper les différents points des membranes muqueuses à épithélium cylindrique, mais on les observe de préférence sur les muqueuses do l'estomac et de l'intestin, sur celles de l'utérus et des fosses nasales. Ce sont des tumeurs molles, grisâtres, peu vasculaires, saillantes, et quelquefois appendues à la surface de la muqueuse par un pédicule plus ou moins long, d'où la dénomination de polype sous laquelle elles sont pi^sque toujours désignées. Incisées, ces tumeurs donnent à la pression un liquide simplement muqueux et non lactescent, dans lequel nagent des cellules cylindriques. Vues au microscope, elles diffèrent suivant qu'on examine des coupes longitudinales ou des coupes transversales. Les premières de ces coupes montrent les tubes glandulaires dans toute leur longueur, offrant quelquefois des bourgeons latéraux ou de véritables bifurcations dont les extrémités libres arrivent à la surface de la muqueuse, tandis que les culs-de-sac se terminent à des hauteurs différentes. Les secondes présentent ces mêmes tubes sous forme de cercles bordés de cellules cylindriques, béants ou obstrués par une masse réfringente colloïde. Généralement ces tubes sont volumineux et dilatés, et leurs épithéliums hypertrophiés renferment des globes colloïdes. Le tissu conjonctif qui les réunit est plus ou moins abondant : quelquefois il est tellement mince qu'on l'aperçoit à peine, et que les tubes semblent en contact les uns avec les autres ; d'autres fois il est beaucoup plus épais, et l'adénome se rapproche du fibrome. Les vaisseaux qui le parcourent sont d'ordinaire peu nombreux.
RVPEBPLASrES. !\(}9
hu adénomes cylindriques, en raison de leur siège sur une surface muqueuse, sonl le plus souvent pt>diculés, polypiformos, appendus lanUtàlasurfacede ]'esloniac(iig. 133], (nntâtàla surface des muqueuses du gros intestin, de l'utérus, elc. Itapprochées de l'anus, ces tumeurs, refoulées par les contractions de l'intestin, font quelquefois saillie au dehors ; d'où la transformation, au contact de l'air extérieur, des cellules cylindriques en cellules pavimenteuses. Do la même façon, certains adénomes ilu col de l'utérus peuvent devenir pendants dans la cavité du vagin.
Les adénomes cylindi-i(|ues naissent d'un bourgeonnement des slandes à épithélium cylindri<|ue. (^oi-nll et llanvier ont pu suivre l'es bûur|i;eons glandulaires qui, parlant de l'extrémité terminale simple ™s glandes intestinales, produisaient de nouveaux culs-de-sac, de telle
sorte qu'une glande en tube simple finissait par éti'e transformée en une glande composée. L'accroissement de ces tumeurs a lieu surtout par l'byperlrophie des culs-de-sac auxquels s'ajoutent un tissu conjonctif et parfois des formations papillaires ; il cesse en général au bout d'un certain temps, l'eu exposés i\ la dégénéi'escence graisseuse, les éléments épithéliaux cylindriques s'infiltrent d'une substance réfringente, gélaliniforme ; les tubes se dilatent, et peu à peu il se forme, par rétention du produit, des kystes remplis d'une matière colloïde. Un type pour ainsi dii'e physiologique de ces kystes nous est fourni par
/ilO ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
ce que Ton appelle les œufs de Naboth ou altération colloïde des glandes en tubes de la muqueuse utérine.
Les adénomes cylindriques ne peuvent être confondus avec le fibrome, qui est une végétation simplement fibreuse; nous dirons plus loin en quoi ils diffèrent du cancer épithélial. Le pronostic de ces tumeurs est presque toujours sans gravité, puisqu'elles s'arrêtent le plus souvent dans leur évolution, et ne gênent aucune fonction importante. Ce n est donc que dans des cas particuliers, comme celui d'un polype nasal ou encore d'un polype rectal sorti de l'anus, que le chirurgien trouvera l'occasion d'intervenir.
Je ne parle pas ici de l'adénome des glandes viscérales, telles que le foie et les reins ; ce qui a été décrit sous ce nom se rappoile au carcinome, du moins la chose me paraît claire pour l'altération du foie à laquelle j'ai donné le nom d'hépalo-adénome. L'Age où se développe cette affection, sa tendance à la généralisation et à l'envahissement du système veineux ne me semblent laisser aucun doute à cet égard. J'en dirai autant de laltération décrite par certains auteurs sous le nom d*adé« nome des ovaires.
Étiologie. — Acineux ou cylindriques, les adénomes sont des affections spéciales à la jeunesse. On les observe pendant Tenfance ou l'adolescence, principalement à l'époque de la puberté, quelquefois peu de temps après la naissance ; il y a des raisons de croire que, le plus souvent, ces affections sont congénitales.
Un tableau statistique, consigné dans le Traité des tumeurs de Broca, met dans toute son évidence le fait du développement de l'adénome acineux chez les personnes jeunes, puisque, sur quatre-vingt-dix cas, vingt fois seulement ce développement a paru se faire après quarante ans; encore peut-on douter que le diagnostic ait été toujours exact. Les adénomes cylindriques sont également des lésions du jeune âge ; on sait que l'adénome rectal se rencontre surtout chez l'enfant. Ce fait est des plus significatifs ; non-seulement il montre que la genèse de l'adénome se lie à la formation ou au développement des glandes, mais encore il sépare cette affection du carcinome, qui, nous le dirons plus loin, est avant tout une affection de l'âge de retour, de la période de déchéance organique.
L'activité fonctionnelle semble prédisposer au développement de l'adénome, car on a vu plusieurs fois l'adénome des mamelles débuter pendant la lactation, quelquefois rester stationnaire dans l'intervalle des grossesses, et prendre de nouveau un accroissement marqué pendant la
HYPERPLASIES. ftll
gestation et l'allaitement. Le traumatisme, que Ton a accusé des mêmes effets, n'a dans l'espèce qu'une importance médiocre ou nulle. On sait que Velpeau avait basé sur cette étiologie la théorie des tumeurs fibrineuses consécutives à des épanchements de sang.
Les adénomes sont le plus souvent uniques, excepté dans les mamelles, où Ton a vu une seconde et même une troisième tumeur se produire après plusieurs années , circonstance qui est de nature à expliquer les récidives observées dans quelques cas. Ajoutons qu'aucun état général on diathésique ne parait présider à la formation de ces tumeurs. Ce lait appuie l'idée qui consiste à les rattacher à un vice de conformation ou de développement, sans exclure tout à fait la possibilité d'une transmission héréditaire.
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/il 2 ANATOMIK PATHOLOGIQUE.
H. ~ Néoplasies épitbéliales hétéroplastiques ou atypiques. — Épithéliomes.
Ces néoplasies, plus particulièrement désignées par les anciens sous Isl dénomination générale de cancer, sont les mêmes que les moderne^ appellent des noms à'épUhéliome et de carcinome ; aussi, tout en adoptani le mot épUhéliome, qui indique leur origine, nous senirons-nous india^ tinctement de ces diverses dénominations.
Les altérations de ce groupe sont des plus importantes à connaître surtout à cause de la malignité qui leur est inhérente. Elles déter, minent, à la surface des téguments, des tumeurs plus ou moins valu. mineuses, souvent disposées en fonne de champignon, à rintérieur des parenchymes et dans la profondeur des glandes, des nodosités de la forme et du volume d'un pois, d'une noisette, d'un marron ou d'ujj œuf. Leur coloration varie avec leur siège ; blanchâtres , lardacées au niveau du tégument externe, elles sont plus ou moins rouges et vasculaires dans les autres points de l'organisme. D'abord très-fermes et d'une dureté ligneuse, elles se ramollissent ensuite par places, au bout d'un certain temps, et ne tardent pas à s'ulcérer. Lorsque, après l'ablaliou, on vient à les presser, elles laissent échapper soit un liquide lactescent ou suc cancéreux, soit des grumeaux blanchâtres riziformes.
La composition histologique de ces formations comprend : T des éléments épithéliaux ; T une trame conjonctive et des vaisseaux. Les cellules épitbéliales représentent les différentes variétés de l'épithéliuni normal ; elles ont, par conséquent, des fonnes multiples, rondes, cylindriques, aplaties, polygonales, à angles mousses ou aigus. Elles renferment un ou plusieurs noyaux indépendants les uns des autres, ne sont jamais réunies par une substance intercellulaire, et, en cela, elles se distinguent nettement des éléments conjonctifs. Plus ou moins solidement unies par une substance imperceptible, ces cellules constituent le suc cancéreux; agglomérées et soudées, disposées en couches concentriques, elles forment des masses globuleuses connues sous le nom de globes épidermiçues.
Le tissu conjonctif parcouru par des vaisseaux constitue le squelette ou stroma de la néoplasic épilhéliale atypique. Ce stroma est constant, excepté dans quelques tumeurs épidermiques superficielles. Pour le rendre apparent, on pratique des coupes fines dans les différentes parties de la tumeur, et, une fois le suc enlevé à l'aide d'un pinceau, on aperçoit une charpente de tissu conjonctif dont les travées pu
HYPERPLASIES. 413
trabécules circonscrivent des espaces ovalaires de dimensions variables, et dont Tépaisseur est, jusqu'à un certain point, en rapport avec la largeur des mailles. Dans quelques cas , ce stroma constitue la phis grande partie du cancer, et c est à peine si à Texamen microscopique on trouve quelques petites alvéoles remplies de cellules (squirrhe 00 cancer fibreux). D'autres fois, le stroma et le suc cancéreux sont en proportions égales (cancer iibro-médullaire) ; plus souvent, les cellules l'emportent sur le stroma (fongus médullaire, cancer médul* hire]. Il arrive enfin que le stroma manque presque complètement (fongus médullaire et épithélioma ancien). Ce stroma présente toutes les formes de développement du tissu conjonctif; h son début, il est composé de cellules rondes ou fusiformes, disposées comme celles de certains fibromes embryonnaires; plus tard, il est formé de fibres conjonctives qui^ en général , constituent des travées d'autant plus épaisses que la nouvelle formation est plus ancienne. Des vaisseaux le parcourent, ils existent régulièrement dans toutes les trabécules, i l'exception des plus minces qui n'en renferment pas. Ces vaisseaux proviennent du tissu primitif, ce sont les artères et les veines qui ^ rencontrent à la périphérie de la tumeur; un grand nombre sont <ie nouvelle formation , tels sont les capillaires, qui se relient aux anches artérielles et veineuses, suivant le mode habituel. Dans les poumons et dans le foie, les vaisseaux du cancer ne communiqueraient, suivant certains auteurs, qu'avec les vaisseaux nutritifs (bronchique et hépatique) et non avec les vaisseaux fonctionnels ; mais cette Opinion semble un peu hasai*dée. Non-seulement des artères, des capillaires et des veines, se rencontrent dans le stroma conjonctif; mais on y trouve encore des vaisseaux lymphatiques (1), et comme ce stroma est généralement en rapport avec le siège de la tumeur, il en i^ulte que le système vasculaire des néoplasies épithéliales est très-variable. D'ailleurs, si l'on observe que les vaisseaux sont des parties secondairement formées et pour ainsi dire accessoires, il devient facile de comprendre qu'ils peuvent être plus ou moins abondants, et de s'expliquer la tendance des néoplasies épithéliales à l'ulcération.
La composition chimique des tumeurs épithéliales n'a pas été assez étudiée pour que nous ayons à en parler ; en somme, elle est peu connue, piX ce que Ton en sait n'a qu'un médiocre intérêt , par la raison que
(i) Dès l'année 1842, Schrœder van der Kolk a démontré l'existence de vaisseaux lymphatiques dans le cancer (Dissertation de Lespinasse). Depuis celte époque plusieurs auteur* ont constaté le même fait.
41 /i ANATOMIË PATHOLOGIQUE.
les auteurs n'ont pas fait jusqu'ici de distinction entre ces néoplasies et celles des tissus conjonctifs (voy. page 303) (1).
Les néoplasies épithéliales peuvent amener Tépaississement des parois de certains organes creux, comme l'estomac, l'intestin, et quelquefois donner lieu à des phlegmasies des parties voisines. Elles sont habituellement accompagnées d'une altération générale des tissus, qui offre la plus grande ressemblance avec les modifications que l'âge imprime à l'économie. Le cœur est chargé de graisse et ses fibres musculaires sont souvent altérées ; la tunique moyenne de l'aorte a subi la dégénérescence graisseuse; les poumons sont pâles, emphysémateux; le cerveau est petite! anémié ; les os, friables et raréfiés, se tranchent facilement avec le couteau, plus rarement ils sont sclérosés ; les muscles, lisses ou striés, sont pâles et amincis, parfois stéatosés ; la peau est fine, écailleuse, atrophiée. Ces altérations, à peu près constantes, s'observent chez des individus qui parfois n'ont pas atteint la quarantaine ; elles semblent donc indiquer que le cancer est l'une des expressions de la vieillesse prématurée.
Le sang n'échappe pas à l'influence fâcheuse des afTections carcinomateuses sur l'organisme, car s'il n'est pas prouvé qu'il soit primitivement aflecté, comme l'ont pensé quelques auteurs, il est impossible de nier qu'il le soit secondairement. Les modifications chimiques subies par ce liquide sont cependant peu connues. La diminution des globules est des plus manifestes, elle se traduit par la décoloration des téguments et par l'état des urines qui renferment souvent, en pareil cas, une matière colorante anormale. Quinquaud, profitant, pour doser l'hémoglobine, de la faculté absorbante du sang par l'oxygène, est arrivé à reconnaître que le cancer est l'une des maladies qui abaissent le plus le chifl're de l'hémoglobine. Le sang présente sans doute d'autres modifications ; mais nous nous contenterons de signaler celles qui favorisent la formation des coagulations spontanées, dont la genèse est jusqu'ici restée à peu près inconnue.
Évolution. — Les tumeurs ou végétations épithéliales prennent toujours naissance au sein, ou dans le voisinage immédiat d'un tissu épithélial; lorsqu'elles se rencontrent dans d'autres tissus, les tissus musculairCf osseux, ganglionnaire, etc., ce n'est jamais que comme tumeurs secondaires (2). Ce fait, que tendent à démontrer les recherches de Waldeyer
(i) On trouvera dans le Traité du cancer tXaXjRhtvi la plupart des analyses chinii^ du tissu cancéreux.
(2) Assistant a Tune des séances de la Société anatomique dans le coufast de Tannée 1872, je fus surpris de voir présenter uu énorme ganglion lymphatique docoo,
hyperplâsies. (il 5
et de quelques autres observateurs , est entièrement conforme à notre observation, et considéré par nous depuis longtemps comme ayant force de loi (1).
Les tumeurs épithéliales ont un mode de développement quelque peu variable suivant leur siège. A la surface de la peau, il se produit tout d'abord une sorte de bourgeon épithélial, qui va en s'agrandissant par de nouvelles cellules provenant de la multiplication des éléments primitivement formés. Peu à peu, le nouveau tissu s'étend du corps muqueux de Malpighi dans le fond des espaces interpapillaires, pour pénétrer ensuite, d'une façon plus ou moins complète, dans le derme, et enfin dans les parties plus profondes. Mais, au fur et à mesure de son développement, le bourgeon épithélial est pénétré par un tissu conjonctif embryonnaire, au sein duquel se produisent des vaisseaux. Ce tissu, qui passe peu à peu à Tétat adulte, circonscrit les éléments épithéliaux dans des espaces en forme d'alvéoles, et contribue en même temps, par les vaisseaux qu'il renferme, à entretenir leur nutrition. Semblables phénomènes ont lieu lorsque la tumeur prend naissance dans les follicules pileux, les glandes sébacées ou sudoripares, en un mot dans tous les organes glandulaires, le foie, les reins, etc. Par exemple, Tépithélium contenu dans le tube enroulé de la glande sudoripare se multiplie et s'hypertrophie ; il remplit et dilate d'une façon in^égulière ce tube dont la lumière est obstruée, et dont la paroi propre s'amincit et disparaît, laissant des cylindres pleins, formés d'épithélium pavimenteux. Ces cylindres ne tardent pas à pousser des bourgeons dans tous les sens, en même temps il se produit un tissu conjonctif de nouvelle formation qui bourgeonne à son tour et tend à pénétrer le tissu épithélial, de sorte que le mode suivant lequel l'arrangement de ces tissus pathologiques a lieu est en tout comparable à celui qui s'observe dans le cours du développement normal (voy. page 37). Ainsi mises en rapport avec le tissu conjonctivo-vasculaire, les masses épithéliales de nouvelle formation peuvent vivre et continuer à s'accroître au lieu de dégénérer, ce qui arriverait fatalement si elles étaient privées des éléments de nutrition que ce
comme atteint primitivement d'épithélioma. Après Tinspection de cette pièce, j'affirmai Teiistence d*unc tumeur de la muqueuse de l'œsophage. Cet organe fut ouvert, il présentait sur sa face interne un épithéliome ulcéré.
(1) Un certain nombre d'histologistes des plus distingués, entre autres MM. Gomil etRan* \ier (Man. d*anat. path,, 1873, part. 11, p. 377), soutiennent qu'il existe des carcinomes primitifs du tissu conjonctif et du tissu osseux. Que la néoplasie dite carcinomateuse se puisse rencontrer dans tous les tissus, je l'admets; mais ce que je nie absolument, c'est qu'elle apparaisse primitivement dans un tissu autre que le tissu épithélial.
tissu leur fournit. On conçoit que cet accroissement sera d'autant plus dif6cile que le tissu conjonctif sera moins abondant et moins vasculaire; de là Texplicalion de la destruction et de l'ulcération si rapides des productions épithéliales connues sous le nom de cancroïdes, toujours plus ou moins complètement privées d'un stroma fibreux.
Les néoplasies épithéliales atypiques, au fur et à mesure de leur accroissement, infiltrent et remplissent les lacunes lymphatiques, ce qui a fait croire à tort qu'elles prenaient naissance dans ces espaces. La principale conséquence de cet accroissement est la compression et la destruction des tissus normaux. Les faisceaux musculaires, d'abord séparés par un tissu conjonctif embryonnaire, s'atrophient peu à peu, au fur et à mesure de leur envahissement par les cellules épithéliales; semblable mécanisme existe pour les nerfs dont les tubes, sépares par les éléments de nouvelle formation, finissent par subir la transformation granulo- graisseuse. Dans le tissu osseux, les éléments épithéliaux apparaissent au sein d'une moelle embryonnaire, détruisent les lamelles osseuses, agrandissent les cavités médullaires, et amènent, en fin de compte, la nécrose moléculaire de l'os tout entier, comme j'ai pu m'en assurer autrefois avec mon collègue et ami Dubrueil. Les veines ne résistent pas mieux à l'envahissement des masses cancéreuses. Le mécanisme de la destiniction des parois veineuses par le cancer a été l'objet d'une étude suivie de la part de P. Bérard, Broca, P. Sick et Cornil. Ces parois augmentent d'épaisseur, les plans de fibres conjonctives^ élastiques et musculaires qui les composent sont éloignés par l'interposition d'amas de noyaux et de cellules de nouvelle formation. 11 résulte de là une saillie du côté de la lumière du vaisseau et un refoulement de la tunique interne, une sorte de hernie tapissée par cette tunique ; puis, peu à peu cette mem* brane est détruite et le bourgeonnement a lieu jusque dans la caTilé du vaisseau. Le courant sanguin se trouve ainsi empêché, un coagulum se forme, l'obstruction ne larde pas à devenir complète. Dans des cas rares où le courant sanguin persiste malgré le bourgeonnement épithélial, il peut arriver que le champignon intra-veineux soit emporté à une distance plus ou moins grande de son point d'implantation, et quelquefois jusque dans le cœur droit ou l'artère pulmonaire (embolie cancéreuse). Chez une femme atteinte d'un cancer des poumons, avec pénétration de la masse cancéreuse dans les veines pulmonaires, j'ai trouvé dans l'aorte une masse carcinomateuse arrondie, qui provenait incontestablement de la tumeur des poumons. [Bulletin de la Sociélé analomitp^^^ 1859.)
HYPERPLASIES. Ml
Les artères ne se comportent pas autrement que les veines, si ce n*est qu elles résistent plus longtemps. Or, comme dans ces vaisseaux la coagulation est beaucoup plus difficile que dans les veines, il survient quelquefois, au moment de la destruction, des hémorrhagies abondantes et môme mortelles. Ainsi, da:?s un cas d'épithélioma de Tœsophage, j'ai vu mourir sous mes yeux un malade dont Taorte avait été littéralement perforée par la tumeur. En résumé, les néoplasies épithéliales, contrairement aux tumeurs formées d^éléments conjonctifs, sont peu arrêtées dans leur extension par les tissus qu'elles rencontrent; seuls, les tissus fibreux et élastique leur opposent une résistance momentanée. Les éléments de ces tumeurs infiltrent toujours au delà de leurs limites présumées les tissus qui les entourent, et cela dans une étendue qui varie avecla richesse lymphatique de la région affectée. Ce point est des plus importants à connaître pour le chirurgien ; il nous apprend qu'il ne faut jamais hésiter à porter instrument tranchant au delà du mal.
Outre la propriété d'envahir les tissus voisins, les tumeurs épithéliales ont encore le triste privilège de se propager à distance, car la néoplasie épilhéliale est toujours primitivement solitaire, et c'est seulement au bout d'mi temps plus ou moins long que surviennent des tumeurs secondaires. Celle propagation s'opère ou par l'intermédiaire du système lymphatique, ou par le système veineux. Les glandes lymphatiques les plus rapprochées de la tumeur, puis de proche en proche les autres glandes du voisinage, se tuméfient, s'indurent de plus en plus ; si on les examine au début de leur altération, on constate que celle-ci est d'abord partielle, et qu'elle occupe 'es travées conjonctives. Comme c'est sur le trajet parcouru par la biïiphe qui vient de la région malade que se montrent les tumeurs ganglionnaires, il en résulte que cette lymphe, soit par elle-même, soit par les substances qu'elle a puisées dans la tumeur primitive, est la cause productrice de l'altération ganglionnaire. Si, en effet, les vaisseaux lymphatiques situés entre le ganglion et la tumeur sont quelquefois solides, 'emplis d'éléments carcinomaleux, de sorte que le ganglion semblerait affecté par voie de continuité, d'autres fois, au contraire, les vaisseaux lymphatiques intermédiaires conservent toute leur intégrité, et c'est en '^lité à un agent irritant transporté par la lymphe qu'il convient de ï^pporter la formation de la tumeur ganglionnaire. Cet agent n'esl-il ^Utre qu'une cellule ou un noyau cancéreux qui n'aurait fait que traverser le vaisseau lymphatique? n'est-il qu'un débris de ces éléments, des granulations charriées par les cellules lymphatiques? C'est la même question qui déjà s'est présentée à propos de l'infection purulente. Or, dans l'un comme dans l'autre cas, que ce soit un noyau, une cellule, unegranu-
LAMCCBKADX. — Traité d'Aaat. I. — 27
418 ANATOMIE PATHOLOÛIQUE.
lation, la chose importe médiocremenl. Ce qu'il faut savoir, c'est que le point de départ de l'altération secondaire est dans laffection primitive.
Cependant, si Ton prend en considération la difficulté de déplacement des cellules épithéliales, qui comptent parmi les éléments les plus volumineux, et si Ton remarque que ce n*est jamais qu'après un certain temps d'existence de la tumeur initiale que se produit la propagation aux ganglions lymphatiques, c'est-à-dire lorsque les éléments cancéreux sont plus ou moins profondément modifiés, il y a des raisons de croire que ceUe propagation est la conséquence des modifications subies par ces éléments. Mais, comme l'une des plus communes et des plus importantes modifications est la formation de granulations, on est conduit à penser que les granulations sont les parties qui, semblables aux ferments, produisent sur place des lésions de même nature et de même structure que celles d'où elles proviennent. Emportées par le courant sanguin, les granulations auraient la propriété d'irriter au loin les tissus conjonctifs, de les faire bourgeonner, et de transformer leurs jeunes éléments en cellules épithéliales. Ainsi, la rapide dissémination des tumeurs mélaniques s'explique par l'abondance et la facile absorption des particules pigmentaires, dont j'ai pu constater la présence dans le sang d'un individu mort avec de nombreuses tumeurs de ce genre.
L'infection ganglionnaire constitue le premier degré, la première étape, en quelque sorte, de l'infection générale. Celle-ci est caractérisée par l'apparition, dans diiïérents organes, de tumeurs identiques à la tumeur primitive. Ces nouvelles tumem's, ou tumeurs secondaires, sont en général multiples et disséminées dans plusieurs points, sans qu'il y ait ordinairement de rapport spécial de circulation entre ces organes et celui qui est le siège primitif de l'altération. Toutefois, les membranes séreuses des cavités viscérales, dont la communication avec le système lymphatique est aujourd hui bien connue, et les organes auxquels aboutissent les grands systèmes veineux, comme le foie et les poumons, sont les parties le plus exposées à ces métastases ; le foie, lorsqu'il s'agit de lésions du tube digestif, les poumons, quand les membres sont affectés. Ajoutons que les tumeurs carcinomateuses secondaires ont d'autant plus de tendance à se. produire que le tissu dans lequel la tumeur primitive a pris naissance est plus vasculaire, et que les éléments qui la constituent sont plus jeunes. Ces tumeurs ont un volume qui varie depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'une noix, d'un marron ou d'un œuf; elles sont arrondies, avec ou sans dépression centrale, d'une forme quelquefois un peu dilTérente de celle de leur foyer d'origine, ilistologiquement elles ne difl%rent pas du tissu de
la production mère ; elles sont composées des mêmes éléments, mais
HYPERPLASIES. 419
ceux-ci peuvent être à une période moins avancée de leur évolution. C'est au moment de leur apparition qu'en général la maladie change d'allure et que Tétat général du malade se modifie (dyscrasie).
L'infection par les capillaires et les veines est la conséquence de la pénétration du cancer dans ces vaisseaux ; elle diffère de Tinfection par les lymphatiques en ce qu'elle se fait directement et sans altération ganglionnaire préalable. Le mode suivant lequel s'opère cette infection offre une grande ressemblance avec l'infection pyémique, et peut lui être comparé, bien qu'il ne soit pas prouvé que l'inoculation d'un produit cancéreux puisse produire des lésions cancéreuses, à l'instar du pus qui, introduit dans les tissus, détermine leur suppuration.
La tendance des tumeurs épithéliales à l'extension et à la génémlisalion a pour conséquence nécessaire de faciliter la reproduction de ces tumeurs après leur extirpation, c'est-à-dire d'en amener la récidive. La récidive des néoplasies épithéliales est un fait des plus communs ; c'est le caractère le plus important de leur malignité. Elle se produit, tantôt sur place, tantôt dans l'un des ganglions en rapport avec la tumeur primitive, tantôt enfin à distance, dans différents organes. La récidive sur place, au niveau ou dans le voisinage de la cicatrice, est de beaucoup la plus fréquente. Elle consiste dans la réapparition plus ou moins prompte d'une production identique à la tumeur primitive ; elle est dite par continuation, si l'ablation du mal a été incomplète; par repullulation, si cette aUation a été complète. En réalité, la différence entre ces deux modes est moins grande qu'on ne pourrait le croire de prime abord, car si, dans le premier cas, la tumeur continue simplement à se développer, dans le second cas, supposé qu'il existe, puisqu'on n'est jamais certain d'avoir enlevé complètement une tumeur maligne, la récidive se produit très-vraisemblablement suivant le mode qui préside à la formation des lumeurs secondaires ; elle est le résultat, non pas du transport à distance, nuûs de l'imbibition, par des granulations, des tissus voisins de la tumeur primitive. Une preuve à l'appui de cette manière de voir se trouve dans 'identité de la tumeur récidivée, comme de la tumeur métastatique, avec ^ tumeur initiale. La récidive dans les ganglions est beaucoup plus rare ; ^lie se produit quelquefois dans les premières semaines qui suivent l'abla- Uon de la tumeur épithéliale ; elle est alors l'effet certain d'une infiltration cancéreuse qui a pu échapper. D'autres fois, elle a lieu plus tard, ^près un ou plusieurs mois, et sans doute par suite d'un transport de granulations. Pendant mon internat dans le service du professeur Laugier, j'ai ^, plus de huit mois après l'extirpation d'un cancroïde de la lèvre inférieure, la récidive de cette tumeur dans une des glandes lymphatiques
Ù2i) ANATOMIK PATnOLOdrQCE,
sous-ninvillaires. .le sais que les partisans de In diathèse ne manquonlBnl pas d'invoi]upr ici une influence dialiiésiiiue ; mais il ost clair que celte influence ne peut exister dans lespèee, puisque l'on ne voil janais de néoplasie épilhéliale se développer primiliveroent ailleurs que dans ud tissu épilhélini. Donc, si la nsiidive a lieu dans un ganjSïlion lyniplialL(|ue, il est (le toute évidence que la tumeur primitive a dû laisser quelque cliose daus ce ganglion. Cette explication s'applique nécessairement sut récidives ù distance, dans des organes ne renfennant pas d'éplthélium. Ainsi comprise, la recidive à dislance n'est qu'une métastase ayant lieu après la disparition du fuyer cancéreux primitif.
Les néoplasios épithéliales primitives et secoudaires, au fur et b mesure de leur évolution, sont soumises à des modifications et à des dégénrâvscences diverses. Il s'étaLlit, entre le tissu conjonctif et le tissu épithélial, une sorte de lutte au détriment de ce dernier ; en effet, le tissu épilièliiil, qui est le premier à végéter, est aussi le premier à se détruire. Cette in- Iructîon, qui consiste en une sorte de désintégration ou de métamorphose graisseuse des cellules épithéliales, commence par le centre de la tumeur, et de là rayonne dans différentes directions. Hais tandis que les épilliélîums se détruisent et disparaissent, le tissu conjonctif qui Tonne les alvéoles s'épaissit et revient sur lui-même, d'oii la rétraction centrale des nodules carcinomaleux. Commun k toutes les tumeurs nancéreusej, ce mode d'évolution appartient plus spécialement à quelques-unes d'culre elles, les tumeurs glandulaires, et en particulier celles de la maiaelli'. Dans le cancer do cet organe, l'altérutioD des épithéliums est parfais si complète, et la prédominance du tissu conjonctif si considérable, qse des auteurs expérimentés ont plusieurs fois été conduits à nier rciislenn de l'élément épithêlial qu'ils ne retrouvaient plus, et fi diaguosliquer un iibrome diffus, quoique cette modiliculion ne diffère pas de «^lle qui s'effectue à l'état normal dans la mamelle (1). Ainsi Billrotti décrite genre d'altération sous le nom de cancer cicatrisant du tissu conjonrlil.
La métamorphose graisseuse, inhérente à l'essence même du cancer. ^ lie rarement ix une oblitération vasculaire. Quelle que soit sa cause, l'iul'l' tration partielle ou généi-ale des éléments épîlliéliaux par des gmnulatinn' moléculaires et graisseuses donne à la tumeur une teinte jaune ou Uuchfttre, une plus grande mollesse et une plus grande rriabilité. Si k b nieti-
Un Tsit dp cv g<'nrc 9'esl prëscuk' ù mon obscrvalion il y a quelques jiiuti:n'>' c, dont un «in avait cli' nmputé pour un concer, fut ntleinte dr celle miine tUfi l'nutre sein, qui se Minlinn snuB s'ulcérer. Celle deruière tumeur êtiil coulil'"' n tiMU fibreut; les êlétneDlg épitljéliaiUBiaienlà peu prèi enlièreineat ditptni-
HYPERPLASIES. &21
morphosedes cellules s'ajoute celle du slroma et des vaisseaux, on voit se produire dans quelques cas des foyers jaunâtres ayant la consistance d'une bouillie plus ou moins épaisse, composée de granulations diverses de cristaux d'acides gras et de lamelles de cholestérine. Beaucoup plus mre que la métamorphose graisseuse, la dégénérescence colloïde est caractérisée par la présence, au sein de la masse carcinomateuse, d'une substance homogène transparente et hyaline, qui change la coloration et la consistance de la tumeur. Cette substance, déposée tantôt entre les éléments cellulaires ou eoDJonctifs, tantôt dans 1 épaisseur même de ces éléments, n'altère pas considérablement leur vitalité ; mais elle donne lieu, dans certains cas, à la formation de kystes qui modifient la forme et la structure de la néoplasie. La dégénérescence calcaire consiste dans l'incrustation, par des sels de chaux, des éléments du stromadu cancer, plus rarement des cellules propres de cette production. Dans quelques circonstances, ce n*est plus une simple incrustation qui se produit, mais une véritable ossification, avec (nmation de corpuscules osseux aux dépens des éléments conjonctifs (carcinome ossifiant). Cette disposition se rencontre surtout dans le squiiThe. Les complications dont le carcinome peut devenir le siège sont de deux Ofdres, les unes phlegmasiques; les autres gangreneuses. Les complications phlegmasiques siègent à la surface, plutôt que dans la profondeur des masses carcinomateuses, fréquemment elles se propagent aux vaisseaux lymphatiques (1), et sont rarement suppuratives. La gangrène est produite par des ferments, elle survient dans des tumeurs ulcérées ou enflammées, et présente les caractères de la gangrène humide ; ou bien elle est due à une obstruction partielle ou totale des vaisseaux qui alimentent k tumeur, et se comporte comme une gangrène sèche. La tumeur, en pareil cas, subit une élimination plus ou moins complète ; mais le malade n'est pas pour cela définitivement guéri, car, dans les quelques cas de cancer véritable où il a été assez heureux pour obtenir une cicatrisation, il n'a pas toujours été à l'abri d'une récidive. L hémorrhagie, complication non moins sérieuse, a lieu dans l'épaisseur même de la tumeur, où se produisent successivement un plus ou moins grand nombre de foyers sanguins qui en accroissent rapidement le volume. J'ai vu un carcinome du foie qui prit en quelques semaines, par le fait d'hémorrhagies successives et abondantes, le volume d'une grosse tète d'adulte. Dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres, la tumeur offre à la loupe un mélange de matière
(1) Troisier, thèse de Paria, 1874. — Debove, Progrès médical^ 7 février 1874. — 11. Kaynaud, Soc. des Hôpitaux et Union médicale^ 3* série, 1874. — V. Cornil, lôiV/.,
cancéreuse et de foyers sanguins plus ou moins altérés. Quelquefc rhémoirhagie se produit à la surface de la tumeur, et le sang se déver^ soit à l'extérieur, soit dans une cavité naturelle, comme les cavités dig^^ tives, pleurales, etc. Deux fois j'ai trouvé la cavité péritonéale remplie pi^; du sang provenant de cancers du foie. Un résultat ordinaire de la dégén^L rescence et des complications des tumeurs épithéliales^ est lulcératioi?. Cette destruction est Tun des caractères les plus constants de ces tumeurs, un de ceux qui permettent le mieux de les distinguer des tumeurs conjonctives. Subordonné au degré de vascularisation de la tumeur, ce phénomène est commun dans les tumeurs épidermiques, où la nutrition est toujours imparfaite, surtout dans les parties centrales.
Ces considérations générales, rapprochées de celles que nous avons consacrées aux néoplasies conjonctives, permettent de montrer toute la distance qui sépare ces deux ordres de formation. Les tumeurs faisant partie de ces groupes diffèrent : 1" par leur origine ,• 2* par leur struclore; 3** par leur évolution et leur mode de généralisation.
Il est inutile de rappeler que le point de départ des néoplasies épithéliales est un tissu épithélial, tandis que celui des néoplasies conjonctÎTes est toujours un tissu conjonctif ; mais l'importance pratique de ce fait ne peut être passée sous silence. En effet, s'il en est ainsi, toute tumeur primitivement développée dans un muscle, dans un os, dans la rate, ou dans tout autre organe formé uniquement aux dépens du feuillet moyen du blastoderme, c'est-à-dire dans un organe qui ne renferme pas d'épitbélium, ne peut être une production épithéliale, une tumeur cancéreuse. Par contre, toute néoplasie née au sein d'un organe glandulaire, au voisinage du derme cutané ou muqueux, a des chances sérieuses pour appartenir à la classe des tumeurs épithéliales. Je pourrais donner plusieurs preuves de ce que j'avance. En 1873, je reçus à l'Hôtel-Dieu un malade qui se plaignait simplement d'une sciatique. Il était en même temps pâle, anémié, et l'existence d'un ganglion fortement induré dans l'aine correspondant au c(Mé douloureux me fit penser qu'il s'agissait d'une sciatique symptomatique. Effectivement, l'os iliaque était tuméfié de ce même côté, et la palpation de la fosse iliaque donnait la sensation d'une masse résistante. On aurait pu supposer qu'il s'agissait d'un simple chondrome, car ce genre de tumeur est, comme on le sait, relativement fréquent dans cet os; toutefois, Tinduration ligneuse du ganglion inguinal me fil soupçonner l'existence d'un cancer, c'est-à-dire d'une tumeur ayant son point de départ dans un tissu épithélial ; et, comme l'os iliaque ne renferme aucun épithélium, je fus conduit à diagnostiquer un cancer du rectum ou de la vessie. Or, le toucher rectal ne révélant aucune altération, k
HYPERPLASIES. &23
<ancer vésical fut diagnostiqué, malgré l'absence de désordre appréciable du côté de la fonction urinaire. Un mois plus lard environ, le malade avait une hématurie ; il succombait, quelques semaines après, au progrès de son mal, et présentait dans la vessie une tumeur épithéliale du volume d'un marron. Des tumeurs cancéreuses secondaires existaient en outre dans les os iliaques, les corps vertébraux et les côtes; elles avaient la même composition que la tumeur vésicale.
La composition histologique des tumeurs conjonctives et des tumeurs épithéliales offre les mêmes différences qui, dans les conditions normales, existent entre les tissus de substance conjonctive et les tissus épithéliaux. Cependant, comme ces néoplasies sont fréquemment constituées par des tissus jeunes, leurs éléments réciproques peuvent, à la rigueur, être confondus. Le fibrome embryonnaire globo-cellulaire est peut-être, parmi les tumeurs conjonctives, celle qui prête le plus à Terreur ; mais les éléments de cette tumeur, toujours plus petits que les épithéliums, sont séparés par une substance intermédiaire, et ne sont jamais contenus, comme les cellules cancéreuses, dans un stroma à larges alvéoles, en sorte qu'il est facile d'arriver à un diagnostic certain.
L'évolution des néoplasies conjonctives et celle des néoplasies épithéliales sont d'ailleurs fort distinctes. Les premières ont de la tendance à former des végétations de plus en plus volumineuses; les secondes, au contraire, ont pour principaux caractères la destruction et l'ulcération. Celles-ci se produisent par la segmentation des cellules épithéliales; celles-là naissent par l'intermédiaire d'un tissu embryonnaire. Les unes s'arrêtent quelquefois dans leur évolution ; les autres ont une extension pour ainsi dire indéfinie. Au point de vue de la généralisation et de l'infection, ces néoplasies ne sont pas moins différentes. Les formations conjonctives, primitivement isolées, restent telles, et si elles se multiplient, c'est toujours dans le même système de tissus, et non, comme les tumeurs épithéliales, dans toute espèce de tissus; de sorte que leur multiplication, qui a lieu par l'intermédiaire du sang, est plutôt une généralisation qu'une infection proprement dite. Au contraire, les formations épithéliales, toujours solitaires à leur début, ne se multiplient jamais que par suite d'une infection ayant son point de départ dans la tumeur primitive ; cette infection se produit par l'intermédiaire du système lymphatique.
Le pronostic des néoplasies épithéliales atypiques est des plus sérieux, car, même dans les cas où ces altérations restent stationnaires pendant un certain temps, elles finissent en général par prendre, à un moment donné, une activité nouvelle et quelquefois une marche rapide. La gravité de ces néoplasies est l'effet de leur tendance à produire l'infection
h7'4 ANATOMIE FATBOLOGIQIIE.
lie l'cirgaiiisine, à s'ulcérer, el a récidiver. Malgré la difQcuUé d'étaliliri». ctil égard utie loi rigoui'cuse, on peut cependant avancer que ces tumeur^ sont d'aulanl plus redoulables qu'elles sont plus vasculaires, «t que le^ étémenls qui les composent sont plus jeunes. Les cancers cutanés ox cancroïdes, à peine vasculaires, cl formés de cellules épidermiques, soc-^ en effet moins à craindre que le cancer gland-ulaire (carcinome), compo^, d elémenls jeunes et dont la vascularîté est parfois luxuriante. Com[k^, rées au\ tumeurs conjonctives, les néoplusies épilhélrales sont d'uD« gi'avitê infiniment plus grande. Elles sont, l'expression d'une maladie qui conduit à la cachexie, et presque fatalcnient mortelle, taudis que certaines tumeurs conjonctives peuvent persister indéfininienl sans alliirer la santé générale de ceux qui les portent.
L'etiologîe des tumeurs épilhéliales atypiques esl, comme celle de beaucoup d'autres altérations organiques, entourée d'obscudléa qni tiennent en partie à la difficulté de déterminer l'importance relllive de chacun de ses facteurs. Ceux-ci sont physiologiques ou mécs- , niques. Parmi les premiers, l'iige parait jouer un grand rc>le, carit
' ces tumeurs apparaissent quelquefois dans la période d'état de Yorj^
j nisme, le plus souvent elles surviennent à l'âge de retour, pendant li
' période de déchéance organique. En effet, elles ont leur plus grande Crv-
quenrc entre quaranleet soixante-dix ans, et sont très-rarement observée» avant Tiige de trente ans (1), ce qui porte à croire qu'elles sont plus ou moins intimement liées, non pas, comme les tumeurs conjonctives, t l'accroissement des tissus, mais aux modifications que ceux-ci subissait I par le fait des années, et au ralentissement des excrétions. U y a lî«i de
I se demander si les changements qui, à partir d'une certaine époque de Is
I vie, s'opèrent dans l'organisme, ne donnent pas naissance à des compo-
sés particuliers, sorte de ferments, capables d'irriter les tissus épitbi- , liaux et do les faire végéter, pour peu qu'une cause occasionnelle vieil»
exciter leur activité nutritive. Une étude chimique des tissus aux différcBls
I (1) Ce [ail est pour nous de lu plus haute imporlance; il montre qiie lei néoptuiMCM-
I jnnclivM, ntTi'clioDi apéeisles nu jeune Age, sont absolument dialiaclïB des uéoptasiM*P'
I tliélinle!, et quela coonuisuince de Vige est de uuture à éi.-lnircr le diagnostic clinique d"*
I nlTectiDDi dini un grand nombre de cm. Ccnsultn : S. Tanchou, Rtcheivha tur U ini-
tement médical rfei lunifurs cancéittiiei. Port», 1834, p. 258; — Fnrr, Dt la A'î"'*'
relative dit cnaeer dam les diueri âges (Journ. de chiriirg. de Mslcnigne, t, I, p. )•*.
1843, et Dublin Journn/); — King, Fréquence du ciiucer suivant tes ôyes et If "M" I (Londonmtd. Go:., 1855. e^Gnt.méd., ISâft, p. ï75, septembre 1843);— W. SibkJ,
VoMvihut. In Ihe slalislics of cancer {Med.'c/iirurg. Transncfio>t', vol, XLII, «iWÛ; j