II. — Myélites suppuratives
La moelle épinière, mise à l’abri des agents extérieurs par sa situation profonde, et peu prédisposée, par sa structure, à la purulence, n’est guère accessible aux phlegmasies suppuratives ; celles-ci peuvent cependant s’y rencontrer à la suite d’une suppuration de voisinage, d’une métastase purulente ou gangreneuse, ou encore après un traumatisme. Les myélites traumatiques devant être traitées plus loin, il ne sera question ici que des myélites suppuratives par propagation et par infection.
Les myélites suppuratives par propagation, effets de désordres matériels des parties voisines de la moelle épinière (lésion vertébrale ou méningée) sont le plus souvent accompagnées de la suppuration des méninges. La substance médullaire de teinte rougeâtre ou jaunâtre, plus ou moins injectée, est généralement ramollie, infiltrée de pus et rarement abcédée. Ces désordres se rencontrent surtout à la périphérie de la moelle, et dans une étendue qui varie avec celle de la lésion initiale; mais il y a lieu de faire remarquer que dans plusieurs circonstances, avant l’emploi du microscope, on a pris de simples ramollissements pour des myélites suppuratives.
Les abcès situés au voisinage du canal vertébral et qui viennent à s’ouvrir dans ce canal, et la méningite suppurée, sont les principales sources des myélites suppuratives par propagation. Celles-ci néanmoins ne se produisent pas forcément dans ces conditions, les méninges molles parvenant quelquefois à^préserver la substance médullaire.
Les myélites par infection ou myélites métastatiques , peu fréquentes
par elles-mêmes, s.emb!ent encore plus rares qu’elles ne le sont réellement, à cause de la négligence que l’on apporte d’ordinaire à l’examen de la moelle. Elles se montrent sous deux formes distinctes et sont caractérisées les unes par la présence à la périphérie ou dans la profondeur du centre médullaire, de foyers de suppuration peu volumineux et circonscrits par un tissu à peine altéré; les autres par l’existence, à la surface de la moelle, de bandes de ramollissement grisâtre qui, de la partie inférieure de cet organe, remontent plus ou moins haut. L’infiltration purulente ou gangreneuse, dans ce dernier cas, est l’efl'et du passage dans le canal rachidien de la sanie des eschares de la région sacrée, survenant au cours de l’aliénation mentale ou encore dans certaines paraplégies graves. Quant aux abcès métastatiques, ils pi’oviennent du transport par le sang arl^ériel de principes septiques développés au sein d’un foyer quelconque de suppuration ou à la suite d’une endocardite ulcéreuse.
En résumé, la myélite suppurative est une affection des plus rares, et toujours consécutive, soit à une suppuration de voisinage, soit cà une métastase, soit encore à un traumatisme.
La myélite suppurée primitive n’est pas démontrée; il semble même, si, comme nous le pensons, la suppuration est forcément subordonnée à la présence d’un germe ou microbe, que la moelle épinière ne suppure guère spontanément en dehors de la méningite cérébrale épidémique. Nous verrons plus loin que l’encéphalite suppurée est ordinairement consécutive à une lésion de voisinage, ainsi que nous avons cherché à l’établir ailleurs.
Bibliographie. — Velpeau, Abcès de la moelle (Revue médicale, 1826). — Larswell, Illustrât. of the elementary forms of diseuse. London, 18.38. ■ — Eairbrotiieii, Faraplcgia, Abcès of spinal Marrow (Med. Times and Gaz., 1852). — E. Gintrac, Cours theoriq. et prat. de pathol. int., t. VU, p. 745. Paris,