III. — Myélites prolifératives
Ces myélites, qui comptent pai’mi les lésions les plus communes de la moelle épinière, ont des origines variées. Elles sont l’effet de maladies nettement définies comme la syphilis, la lèpre, la tuberculose, ou bien elles ont une origine obscure, et sont alors désignées sous le nom de scléroses médullaires. Ces phlegmasies ne diffèrent pas de celles des autres organes ; nous les. classerons sous les mêmes chefs et nous décri-
TOUS successivement des myétites scléreuses ou scléroses médullaires, une myélite syphilitique, une myélite lépreuse et une myélite tuberculeuse.
Myélites scléreuses. — Ces myélites, dont les causes, vraisemblablement diverses, ne sont pas bien connues, peuvent être divisées, d’après leur siège, en myélites en plaques, myélites périphériques ou corticales et myélites péri-épendymaires ou centrales. En effet, elles sont tantôt irrégulièrement disséminées sous forme d’îlols plus ou moins étendus dans
Fig. 110. — Sclérose en plaques. Coupe fine de la moelle épinière à la partie supérieuredu renflement cervical. Dans les plaques scléreuses situées au niveau des cordons latéraux et aussi du cordon postérieur gauche, on aperçoit encore des tubes nerveux ayant conservé leur myéline.
les différentes régions de la moelle épinière, tantôt limitées à la portion centrale ou à la périphérie de ce centre nerveux.
Les parties malades se distinguent à l’œil nu des parties saines par une semi-transparence, une consistance plus ferme, un léger retrait, une coloration gris jaunâtre ou gris clair. Tous ces changements sont l’effet de modifications opérées tant dans la structure du stroma que dans celle des éléments nerveux de la moelle. Le stroma conjonctif, siège initial de cette altération, bourgeonne ici comme dans la plupart des autres organes, et ce bourgeonnement se traduit par l’apparition, au sein des diverses substances de la moelle, de petits éléments ronds, ou cellules embryonnaires, lesquels se transforment peu à peu en éléments allongés et iibrillaires. Facilement appréciables sur des coupes fines obtenues après durcissement dans le liquide de Müller et coloration par le
MOELLE EPINIERE.
carmin, ces éléments se rencontrent au sein d’une substance amorphe granuleuse; ils sont disséminés entre les faisceaux et les tubes nerveux qu’ils compriment modérément; les vaisseaux de la région altérée ont leurs gaines périvasculaires dilatées et remplies de cellules lymphatiques granuleuses. A cette période, les tubes nerveux sont peu ou pas modifiés, mais il n’en est pas de même plus tard, car les éléments embryonnaires, au fur et à mesure de leur transformation en tissu librillaire, se rétractant à la façon d’un tissu de cicatrice, compriment et étouffent les tubes ner-
t’iG. 111. — Coupe pratiquée à la partie inférieure du même renflement. Les plaques de [ sclérose ont à peu près le même siège que dans la figure ci-dessus. Un croissant de tissu I scléreux coiffe les cornes antérieures.
veux (fig. 110 et suivantes). Dans cette seconde phase, on constate sur des coupes fines, durcies et colorées par le carmin, un épaississement manifeste des faisceaux connectifs qui rayonnent sur le trajet des vaisseaux, du centre de la moelle à sa périphérie, et de plus un épaississement de la gangue qui sert de charpente aux tubes nerveux. Cette gangue est formée de fibrilles extrêmement fines, disposées en faisceaux, et infilj trées de petites cellules rondes, souvent aussi de corpuscules dits amyloïdes. Les tubes nerveux compris dans son épaisseur sont les uns, à j peine altérés, tandis que d’autres ont leur myéline granuleuse et seg-
j mentée, et d’autres enfin, plus profondément envahis, sont réduits à leur
cylindre-axe (fig. ill). Les cellules nerveuses sont soumises aux mêmes I modifications; elles deviennent granuleuses, s’atrophient et parfois dis- I paraissent en partie ou en totalité, en sorte qu’il y a un moment où la
sulistance nerveuse ayant été résorbée, la moelle se trouve pour ainsi dire réduite à son squelette fibreux. Cette lésion se rapproche donc des
Fig. ] 12. — Coupe pratiquée à la région dorsale supérieure. La sclérose occupe les cordons latéraux et les cordons postérieurs.
phlegmasies scléreuses des auti’es quelques points, comme d’ailleurs
ÆA'A/fMAffJX'-
IG. 113. — Coupe pratiquée à la région La sclérose tend à se limiter au cordon
organes; elle en diffère cependant par ces dernières diffèrent entre elles. En effet, le tissu conjonctif de nouvelle formation revêt toujours les caractères du tissu normal qui lui donne naissance, et comme ce tissu a des caractères spéciaux dans chaque organe, il en résulte que les scléroses ne sont pas histologiquement identiques ; ainsi le tissu de la myélite scléreuse, formé de fibres con-
dorsale moyenne, latéral gauche.
jonctives extrêmement minces, qui rappellent celles de la névroglie, est nettement distinct de celui des hépatites et des néphrites de même ordre.
Myélite scléreuse en plaques. — Celle niyélile, signalée, pour la première fois, dans l’Atlas d'anatomie patholoyique de Cmveilhier qui renferme de beaux spécimens de moelle sciérosée, a ele represenlee égalemenl par Carswell, mais elle esl surloul connue depuis les recherches de Charcol el Vulpian. Elle coexiste le plus souvenl avec une sclérose disséminée de l’encéphale ou même des nerfs, el n’esl pas une lésion exclusivemenl spinale. Examinée à l’œil nu, la moelle épinière oITre à sa surface des lâches grisâtres qui, vues à travers la pie-mère, revêtent une teinte analogue à celle de la chair du saumon. Ces taches ont des contours irréguliers, et se distinguent nettement des parties saines par leur coloration; d’une consistance ferme , elles sont tantôt discrètes, tantôt confluentes, disséminées sans règle apparente dans les diverses régions de la moelle, elles envahissent les différents cordons, la substance grise aussi bien que la substance blanche (fig. 112, 114 et FiG. 115. -
Fig. 111.
Coupe pratiquée à la région dorsale inférieure.
Coupe pratiquée à la région lombaire. Plaque scléreuse ancienne où persistent encore les cylindres axiles. Le sillon postérieur a disparu et la sclérose s’étend de l’un tà l’autre côté. (Ces si.\ coupes microscopiques proviennent de la même moelle; elles ont été préparées par mon interne, M. Doyen.)
115). Une incision perpendiculaire permet de constater leur étendue en profondeur dans Uépaisseur de la moelle, où elles forment des noyaux plus ou moins volumineux. Saillants cà la surface de l’organe peu après leur apparition, ces
idO ANATOMIK PATIIOLOCIQUE.
noyaux sont ensuite de niveau avec les parties avoisinantes, tandis qu a une période plus avancée, ils tendent à se déprimer, ce qui est le fait de toutes les lésions scléreuses.
L’examen microscopique de ces foyers permet de constater que l’altération s’étend au delà du noyau scléreux et qu’elle est d’autant plus accentuée qu’on se rapproche davantage de sa partie centrale, comme si elle partait d’un point initial et s’étendait ensuite dans tous les sens (tig. 113, lld, 115). Elfectivement, à la périphérie delà plaque, il n’existe guère que des noyaux ronds ou éléments embryonnaires se colorant par le carmin, et disséminés sur le trajet des vaisseaux et des trabécules du réticulum dont l’épaississement est manifeste. Par suite, les tubes nerveux paraissent plus distants les uns des autres ; mais en réalité, ils ont surtout diminué de volume, et cette sorte d’atrophie s’est faite aux dépens du cylindre de myéline, car le cylindre-axe conserve son diamètre normal, si même il n’est hypertrophié (Charcot). Il existe en même temps çà et là, à l’état frais, des granulations graisseuses isolées et des corps granuleux.
En se rapprochant du centre, dans une zone intermédiaire, les tubes nerveux, beaucoup plus grêles, sont entièrement dépouillés de leur gaine de myéline, tandis que le cylindre-axe reste volumineux. Les trabécules du réticulum, de plus en plus épaissis, sont, en quelques endroits, constitués par des faisceaux analogues à ceux du tissu conjonctif, et formés de minces fibrilles disposées parallèlement au grand axe des tubes nerveux. Ces faisceaux, vus sur une coupe transversale, figurent un pointillé très fin, et, comme peu à peu ils envahissent les mailles qui contiennent les tubes nerveux, il en résulte que l’aspect réticulé ou alvéolaire de la gangue conjonctive de la moelle tend à s’effacer peu à peu (tig. H5). Dans la région centrale de la plaque, en ell'et, toute trace de réticulum a disparu ; il n’existe plus que des faisceaux de fibrilles conjonctives infiltrées d’un petit nombre de noyaux et rarement aussi de corpuscules amyloïdes, entremêlés de cylindres d’axe persistants, mais amincis, à tel point qu’il est souvent difficile de les différencier des filaments fibrillaires, dont ils se distinguent toutefois par une coloration plus accentuée et par l’absence de toute ramilicatioïi. Les vaisseaux subissent des modifications qui sont en rapport avec ceux de la trame conjonctive, et leurs parois sont d’autant plus épaisses qu’ils se trouvent placés plus près du centre de la plaque (1).
(1) Oiîs. — Mijélile scléreuse disséminée ou sclérose en plaques à forme médullaire.
0. Hug., âgé de quar.inte-huit ans, cordonnier, a perdu son père à quarante-cinq ans, d’un cancer de la bouche, et^sa mère à soixante-trois ans, d’une tumeur abdominale; ils étaient l’un et l’autre maigres et très nerveux. Il vient à Paris, à dix-huit ans, se marie
MOELLE EPINIERE.
Telle est la myélite scléreuse en plaijnes-, adéction chronique, lente dans son évolution, uniquement basée jusi]u’ici sur des caractères anatomiques et cliniques, car les causes n’en ont pas été nettement déterminées. Cette affection a |)our principal symptôme une contracture plus ou moins accusée avec ou sans paralysie des membres.
Bibliographie. — Cruveiliiier, Ana^. pathol. gén. du corps hum., 1835-184!2, 22® et 23® livraisons. — Carswell, Illustrât., 1838. — Mueller, De ûufnratione Med. spin. Bonn., 1842. — Rokitansky, Veber Bmdegewebswucfîerwuj, ■Ole. {Lehrb de pathol. Anutom., 1856, l. II, p. 448). — L. Turck, Sitzungsber. ■d. Kais. Acad. d. Wissensch. (Math, iiaturw. Classe, 1855, t. XVI, p. 329). — Valentiner, liber die sclérosé d. Gehirns und liückenm. (Deutsche Klinili, 1856, n“ 14). — Rindfleiscii, Ilistol. Detail zu der grauen Dégénérât, von Hirn
,à vingt-sept; jusque-là il s’est très bien porté, il accuse simplement des migraines et des névralgies : il n’a eu ni liémorrhoïdes, ni éruptions cutanées, ni varices, ni douleurs articulaires. A trente-quatre ans il éprouve de violents chagrins à la suite de mauvaises affaires; deux ans plus tard il ressent dans le genou gauche des douleurs suivies de raideur et de contracture des muscles extenseurs de la Jambe. 11 voit alors Ducbeiine (de Boulogne) qui lui demande s’il n'a pas eu la syphilis, et qui, en dépit de ses dénégations, lui administre des pilules de Sédillot et de l’iodure de potassium ; plus tard, ce 'médecin diagnostique une sclérose latérale de la moelle. L’affection progresse peu à peu, et lors de son admission dans notre service (hôpital de la Pitié) le 18 décembre 1884, ce malade qui se soigne depuis plus de onze ans, indique comme il suit l’évolution de son mal ; En 1873, il s’aperçoit que sa jambe gauche est plus faible que le membre correspondant; en même temps, elle est rigide, contracturée; quelques années plus tard, le côté droit présente les mômes |diénomènes et bientôt la marche devient impossible; enfin il y a un an environ, le membre supérieur gauche s’est pris à son tour.
Au moment de l’admission de ce malade à l’hôpital, les deux membres inférieurs sont ■tout à la fois paralysés et contracturés; la contracture porte particulièrement sur les muscles extenseurs du pied et de la jambe : le pied est dans la situation du pied varus équin, et la jambe soulevée au-dessus du plan du lit entraîne avec elle l’élévation de la •cuisse et du bassin; les adducteurs sont aussi contracturés. Si on cherche à imprimer aux divers segments du membre inférieur des mouvements variés, en déployant une ■certaine force, on arrive à vaincre cette contracture qui se reproduit un instant après. Exagération du réllexe rotulien ; trépidation épileptoïde lorsqu’on fiéebit brusquement le pied. Amaigrissement considérable des diverses masses musculaire.s. Pas de troubles de la sensibilité, ni subjectifs, ni objectifs. Au membre supérieur gauche, contracture très notable des muscles extenseurs surtout, et diminution du volume de ces organes; la main a conservé quelques mouvements, les muscles de l’éminence thénar sont atrophiés •et répondent peu aux excitations faradiques. La force musculaire est conservée dans le Jiiembre supérieur droit. Aucune anomalie de la sensibilité. Pas de troubles cérébraux, pas d’hésitation dans la parole, pas de tremblement. Depuis dix-huit mois, le malade ne peut retenir ses urines ; celles-ci sont très fortement purulentes; incontinence des matières fécales. — Mort de tuberculose pulmonaire le 7 janvier 1885.
Notons ici, avec notre interne, M. OEttinger, qui a rédigé cette note, la longue durée de la maladie, la contracture qui débute par les membres inférieurs et plus tard gagne le membre supérieur gauche et l’absence complète de troubles de l'intelligence, de la sensibilité générale et spéciale et de désordres pouvant être rattachés à des lésions bulbaires ou protubérantielles.
L’autopsie a été pratiquée par M. Doyen, notre interne, en 1885. — Les poumons sont
mid Rückenmurks (A^'chiv fur pathol. Anat. und PhijsioL, t. XXVI, p. 4-74).
— Leyden, Deutsche Klmik, 1863, n" 13. — Jaccoud, Cliniciue médicale ^ 1864.
— Ordenstein, Sur la paralysie agitante et la sclérose en plaques. Thèse de Paris,
1867. — Zeneer, Zeitschr. f. rationn. Medizin., t. XXIV. — J.-M. Charcot, Compt. rend, de la Soc. de Biologie, 1868. — Le même,Leço/is sur les malad. du système neneux. Paris, 1872-1873, p. 170. — A. Joffroy, ISote sur un cas de sclérose en plaques disséminée (Mém. de la Soc. de Biologie, juillet et nov. 1869 et Gaz.méd., 1870, p. 308). — A. Note sur la scléi'ose en plaques
de la moelle épinière {Union médic., 1866, t. XXX, p. 459, 480). — H. LiouviLLE, Observation de deux cas de sclérose en ilôts multiples (Mém. de la Soc. de Biologie, 1869). — Fr. Barwinkel, Zur Lchre vonder heerdweisen Sclérosé der Nervencentren {Archiv der Heilkunden, 1869, p. 591). — Bourneville et L. Gue- RARD, De la sclérose en plaques, Paris, 1869. — Léo Ludwig, Beitrag zu Er kennung d. Sclérosé d. Gehirn und Bückenmarks {Archiv f. klin. Med., t. IV, p. 151). — H. Hallopeau, Étude sur les myélites chroniques diffuses {Archives
envahis dans leur plus grande étendue par des masses tuberculeuses ramollies et détruits en partie aux sommets. Le système sanguin est sain, le tube digestif et le foie sont peu lésés. La miu[ueuse vésicale est ardoisée, les reins sont normaux.
Rien de bien notable à l’œil nu dans le cerveau, si ce n’est une dépression légère sur quelques points des circonvolutions motrices. La région inférieure de la moelle est le siège d’une méningite ossifiante, les cordons latéraux olfrent une coloration terne et gri.'âtre.
La protubérance, le bulbe et la moelle épinière sont traités par le procédé de Weigert. Des coupes fines pratiquées à différentes hauteurs ne dénotent aucune lésion du bulbe ni de la protubérance ; mais la moelle présente, dans toute sa hauteur, des plaques de sclérose disséminée. Ces plaques sont les unes à pou près symétriques et occupent le cordon latéral ; les autres franchissent la corne postérieure et s’étendent irrégulièrement en arrière, des deux côtés du sillon médian postérieur dont il reste à peine de trace (fig. 113 et 115). Sur quelques points, une portion dégénérée coiffe comme un croissant la partie antéro-interne de la corne antérieure (fig. 111). 11 persiste en certains points des tubes à myéline irrégulièrement distribués, soit à la périphérie des plaques scléreuses, soit au voisinage de la substance grise (fig. 115). Cette dernière est, elle-même, irrégulièrement envahie par les plaques de sclérose (voyez les fig. 110 à 115).
Les cellules nerveuses persistent à peu près partout. La coloration au carmin permet de constater l’existence de cylindres d’axe jusque dans les parties les plus atteintes. Sur les points où la lésion est en voie d’évolution, dans la substance blanche, on voit d’abord (coloration de Weigert), entre les tubes, des lacunes remplies par des éléments jeunes de tissu conjonctif; puis la myéline devient de plus en plus rare, et à certains endroits, au milieu des plaques conjonctives on voit des tubes de myéline présentant la même coloration jaune que le tissu ambiant, reconnaissables à leur double contour et à l’existence du cylindre-axe. Nulle part le tissu conjonctif des plaques ne paraît serré au point d’étouffer les éléments parenchymateux.
Les artères n’offrent pas de périartérite notable. L’épaississement du stroma conjonctif n’est pas beaucoup plus considérable au centre qu’à la périphérie des plaques, ce qui lient sans doute à sa rétraction.
Les nerfs périphériques présentent à peine des tubes dégénérés ou en voie de dégénérescence. Il en existait toutefois quelques-uns dans le radial et dans les nerfs de la jambe. La plupart des muscles, dans les endroits les plus altérés en apparence, n’offraient ni lésions de la fibre musculaire, ni épaississement de la trame conjonctive; ils étaient ce qu’ils sont chez les sujets amaigris.
(jén. de mécL, sept. 1871, p. 277). — Troisier, Sur deux cas de lésions scléreuses de la moelle épiniére {Archiv. de Physiol. norm. etpath., 1873, t. 11, p. 709). — Magnan, Oôsera. de sclérose en plaques cérébro-spinale avec atrophie papillaire des deux yeux (Glic. méd. de Paris, 1870, p. 183). — Fr. Schultze, Ueber das Verhaltniss der Paralysis agitans zur multiplcn Sclérosé des Rückenmarks (Archiv fur pathol. Anat. und Physiol., 187G, t. LXVlll, p. 120). — Le même, Ueber combinirte Strangedegenerationen in der Medulla spinalis (Ibid., 1880, t. LXXIX, p. 132). — H. Engesser, Beitrag zur Casuistik der multiplcn Sklerosc des Gehirns und Rückenmarks (Deutsch Archiv /'. klin. Med., t. XVII, p. 557 et Rev. des Sc. méd., 1877, t. IX, p. 155). — E. Killian, Ein Fallvon diffusen Myelitis chronica (Archiv f. Psych. u. Aervenkr., 187G, 1'^*' fasc., t. VII, p. 28 et Rev. des Sc. méd., 1878, t. X, p. 121). — Jacquin, Essai sur l’anatomie et la physiologie de la sclérose en placques. Thèse de Nancy, 1881. — Ribbert, Ueber multiple Sclérosé des Gehirns und Rückcnmarkcn (Archiv f. pathol. Anat '. und Physiol., 1882, t. XC, p. 243). — P. Marie, De la sclérose en plaques chez les enfants (Rev. de méd., 1883, p. 539). — J. Déjerine, Étude sur la sclérose en plaques cérébro-spinale à forme de sclérose latérale amyotrophique (Rev. de méd., 10 mars 1884, p. 193). — F. Raymonp, Sclérose des cordons postérieurs et des cordons latéraux, coexistant chez le même malade, etc. (Archiv. de Phys. norm. et pathol., octobre 1882, p. 457). — J. Rabinski, Recherches sur l’anat. path. de la sclérose en plaques, etc. (Archiv. de Physiol. norm. et path., sér. 3, t. V, p. 18G, et Thèse de Paris, 1885).
Myélite scléreuse corticale. — La myélite corticale, toujours limitée à la zone extérieure de la moelle épinière, occupe une plus ou moins grande étendue de cet organe, mais ne l’envahit jamais dans toute sa longueur. Elle se reconnaît, de même que la sclérose en plaques, à l’œil nu, par la coloration grisâtre du tissu médullaire, sur des coupes microscopiques, par la teinte rougeâtre résultant de l’action du carmin, et enfin par l’épaississement plus ou moins manifeste de la névroglie à la circonférence de l'organe. Gel épaississement, qui donne au tissu médullaire sa coloration, forme une zone plus ou moins ferme et épaisse, à bords irréguliers et festonnés. Histologiquement le tissu de cette zone ne dilfère pas de celui de la sclérose en plaques, car, au sein de la névroglie épaissie, les tubes nerveux ont perdu leur myéline, sont atrophiés, mais ils conservent encore leur cylindre-axe. La pie-mère, généralement épaissie, participe à l’altération des parties sous-jacentes, si elle n’en est le point de départ.
Les causes de cette altération sont encore inconnues. Les troubles fonctionnels varient avec le siège et l’étendue du désordre anatomique, ils sont ordinairement multiples. Dans un cas de sclérose corticale de la moelle observé par Vulpian, ils consistaient en sensations subjectives diverses avec diminution de la force musculaire des membi’es.
•iGi
Bibliographie. — A. Vulpian, Note sur un cas de méningite spinale et de sclérose corticale annulaire de la moelle épinière (Arch. de Phiysiol. norm. et path., 1869, p. 279). — Hallopeau, Bull, de la Soc. anatoin.. 1869, p. 209. ,
Myélite scléreuse centrale ou périépendymaire. — Circonscrite à la portion de la moelle épinière ([ui enveloppe le canal central ou noyau de l’épendyme, cette variété de myélite a été décrite sous le nom de myélite diffuse, de syringomyélie. Considérée comme une néoplasie, elle est désignée, en Allemagne, sous le nom de gliôme médullaire, mais son accroissement limité la fait rentrer dans le cadre des phlegmasies. Cette lésion porte isolément ou simultanément sur chacun des éléments (jui composent le noyau de l’épendyme; toutefois le tissu conjonctif qui entoure le canal central est son principal siège. Ce tissu s’inliltre d’éléments embryonnaires, se vascularisé et s’accroît de dedans en dehors au point d’envahir la substance grise; ainsi se développe, au pourtour du canal de l’épendyme, une couche de nouvelle formation qui, tantôt s’indure et constitue une sorte de tige solide, fixée au centre de la moelle, d’où elle refoule la substance grise, tantôt se ramollit, se creuse de lacunes et aboutit à la production de cavités plus ou moins étendues. Celte couche se montre, sous le champ du microscope, formée par un tissu librillaire réticulé, parsemé de nombreux éléments
Fig. 116. — Myélite scléreuse centrale. — a, région cer vicale de la moelle avec sclérose du noyau de l’épendyme et petit kyste hémorrhagii(ue ; b, partie inférieure du même organe dont le centre est transformé en une sorte de tige solide; c, tissu fihrillaire composant ce centre ; d, vaisseau capillaire dont les parois sont épaissies et infiltrées de grains d’iiématine.
conjonctifs nucléaires et cellulaires, et parcourue par d’abondants vaisseaux à parois épaissies et sclérosées (tig. 116).
La végétation des cellules propres de l’épendyme est à son tour suivie de l’apparition de petites masses d’un tissu morbide composé d’éléments polyédri(|ues, épithélioïdes, serrés les uns contre les autres ou séparés par une quantité variable de matière amorphe. En raison de leur siège au centre de la moelle, ces éléments peuvent obstruer le canal central et l’elî'acer totalement. Dans quelques cas enfin, ce canal, à peine modifié, conserve son épithélium, bien qu’entouré d’une couche de tissu sclérosé ; mais le plus souvent il se dilate à la suite d’une exsudation de liquide et acquiert des dimensions considérables. Le centre de la moelle se trouve alors occupé par une cavité irrégulièrement circulaire qui se prolonge dans la direction des cornes postérieures, plus rarement vers les cornes antérieures, au point de s’étendre jusqu’à l’émergence des racines (Hallopeau) ; c’est cette cavité qui a été plusieurs fois une cause d’erreur en faisant croire à une bydromyélie. D’un autre côté, l’épithélium cylindrique peut disparaître, et les cellules propres de l’épendyme, venant à se multiplier, envahissent la cavité centrale de la moelle et donnent naissance à des bourgeons plus ou moins saillants d’apparence papillaire. Ce sont ces bourgeons surtout, qui, donnant le change pour un néoplasme, ont été décrits sous le nom de gliôme du canal central.
Née au centre de la moelle, cette altération tend à se propager de dedans en dehors, dans toutes les directions et de préférence vers la substance grise, dont les cellules sont parfois atrophiées. Par son extension, elle peut gagner les faisceaux blancs et principalement les cordons latéraux, dont elle comprime les éléments tubulaires. Ainsi la myélite périépendymaire a une marche centrifuge, et partant, elle diffère de la myélite corticale ou annulaire qui a une marche inverse ou centripète.
Les désordres qui résultent de cette grave lésion varient forcément avec sa plus ou moins grande étendue. Sensations de picotement, de fourmillement ou même anesthésie partielle, tels sont les troubles de la sensibilité observés en pareil cas; paralysies disséminées portant de préférence sur l’un des membres supérieurs, puis sur le membre opposé et enfin sur les membres inférieurs et même sur les muscles du tronc, tels sont les désordres de la motilité ; rarement les muscles affectés sont le siège de mouvements involontaires ou d’atrophie avec perte de la contractilité électro-musculaire.
Bibliographie. — Morgagni, Adv. anat., VI, obs. 14, p. 17. — Nonat, Recherches sur le développement accidentel d'un canal rempli de sérosité dans le centre Lancereaux. — Traité d’Anat. paili. Ht. — 30
delà moelle épinière (Arch. gén. de rnéd., 1838, et Gaz. mécZ.,mênie année, p 301). — E. Lancekeaux, Sur un cas d'hypertrophie de Vépendyme spinal (Mém. de la Soc. de biologie, Paris, 1862, et Gaz. méd. de Paris, 1862, p. 478). — W. Gull, Guy’ s Hospit. Reports, 1862. — O. Sciiuppel, Ueber Hydromyelus (Archiv der Heilkunde, 1865, t. Yl, p. 289). — J. Grimm, Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1869, t. XLVllI, p. 452. — Hallopeau, Contribution à l’étude de la sclérose diffuse périépendymaire {Mém. de la Soc. de biologie, Paris, 1869, p. 169, et Gazette médicale de Paris, 1870, p. 183). — Le même. Étude sur les myélites chroniques diffuses {Archives générales de médecine, 1871, t. II, p 177). — Th. Simon, Ueber Syringomyelie und Geschwulstbildung im Rückenmark {Archiv f. Psychiatrie, 1874, t. V, p. 120). — E. Leyden, Ueber Hydromyelus und Syringomyelie {Archiv fur pathol. Anat. und Physiol., 1876, t. LXVIII, p. 1). — W. Waldeyer, Ueber die Entwickelung des Centralkanales im Ruckenmark {Ibid., t. LVIII, p. 20). — Wlal. Roth, Glyôme diffus de la moelle, syringomyelie, atrophie musculaire {Arch. de Physiol. norm. etpatholog., 1878, série 2, t. V, p. 612). — Thomas Whipham, Tumour {glioma) of the spinal cord and medidla oblongata ; dilatation of the lymphatics ; large cavity ocaipying the position ofthe central canal {syringomyelus) {Trans. of the Pathol. Soc. of London, 1881, t. XXXIl, p. 8). — ErieH. Schultze, Reitrage zur Pathologie und Anatomie des centralen Nervensystems {Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1882, t. LXXXVII, p. 510). — Remak, Un cas de g liomatose centrale {syringomyétie) de la portion centrale de la moelle {Soc. de méd. de Berlin et Compte rendu général des Acad, et Soc. méd., Paris, 1884, p. 487). — Reisingeh, Ueber das Gliom des Rûckcnmarkes, Beschreibung eines hierhergehorigen Balles mit unatomischer Untersuchung von Prof. Marchand {Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1884, t. XCVIll, p. 369).
Myélite scléreuse d’origine artérielle. — Les myélites scléreuses dont il vient d’étre question ne comprennent pas toutes les variétés de ce genre de lésion. 11 y a certainement d’autres formes qui mériteraient une description à part, et parmi celles-ci se place la myélite ayant pour point de départ l’athérome des artères. Comparable à la lésion rénale que nous avons appelée néphrite artérielle (1), cette myélite, sans être aussi commune, semble exister dans un certain nombre de cas. Nous avons parlé des modifications que subit la moelle épinière par le fait de la vieillesse, mais indépendamment de ces modifications, il survient parfois, même à un âge peu avancé, des lésions du système artériel avec induration de la substance médullaire qui rentrent manifestement dans le cadre de la myélite. Etudiée par Démangé et quelques autres auteurs, cette myélite n’a pas de caractères macroscopiques bien distincts, puis-
(1} Voy. l’article Rein du Diclionnaire encyclopédique des sciences médicales.
MOELLE EPINIERE.
que la moelle est simplement pâle ou congestionnée par places, mais elle est facile à reconnaître à l’examen microscopique. Sur des coupes fines, les parois des petites artères apparaissent épaissies (endartérite), et de ces parois émanent des tractus fibreux qui forment des taches irrégulières, des îlots disséminés se réunissant par places et se jouant des limites qui séparent les systèmes fasciculés de la moelle, en sorte que la presque totalité de la substance blanche et même une partie de la substance grise peuvent se trouver envahies, d’où une sclérose diffuse et souvent généralisée. Suhordonnée aux modifications du système artériel, l’altération des éléments nerveux est très variable; elle se traduit par la segmentation de la moelle nerveuse et sa désagrégation plus ou moins complète.
Cette variété de sclérose se manifeste par une diminution notable de la motilité avec ou sans tremblement ; c’est une affection tenace et progressive, mais qui est loin d’avoir la fréquence de la lésion rénale consécutive à l’athérome artériel.
Bibliographie. — E. Démangé, Contribution à l'étude des scléroses médullaires d’ origine vasculaire (Revue de médecine, 10 octobre 1884, p. 753).
Myélite syphilitique. — Cette myélite se manifeste par des désordres anatomiques spéciaux qui varient suivant que la syphilis est héréditaire ou acquise.
La myélite syphilitique héréditaire a été peu observée, sans doute parce qu’elle n’a pas été suffisamment cherchée, car il y a des raisons sérieuses de croire qu’elle est plus commune que ne l’indiquent les faits connus. Un des plus intéressants, parmi ces derniers, m’a été confié par le docteur Potain (voy. mon Traité de la syphilis, Paris, 1873, p. 430); c’est celui d’un enfant né avant terme, d’une mère syphilitique, et mort trois jours après sa naissance. La moelle épinière de cet enfant, diminuée de volume et indurée, ressemblait à un tendon fibreux, à part sa coloration, qui était d’un gris rougeâtre ; examinée au microscope par le docteur Potain, elle était formée de tissu lamineux condensé, feutré et entremêlé d’une substance granuleuse abondante; les éléments nerveux faisaient pour ainsi dire défaut.
Cette lésion dont nous rapprocherons plus loin l’encéphalite congénitale est de tous points comparable à l’hépatite de la syphilis héréditaire; comme cette dernière, elle est diffuse et consiste dans la multiplication des éléments du stroma conjonctivo-vasculaire aux dépens des éléments propres de l’organe affecté, circonstance favorable au point de vue
de la spécificité. Le docteur .\Ioncorvo, de Rio-de-Janeiro (1), semble avoir vu des faits semblables, car il écrit que la sclérose multiloculaire, quelquefois observée dès les premiers mois de la vie, peut avoir une origine spécifique. En tout cas, de même que l’hépatite syphilitique héréditaire se distingue de l’hépatite acquise, de même la myélite syphilitique héréditaire diffère de la myélite acquise qui se manifeste par un désordre circonscrit plutôt que diffus.
La. myélite sijpliHitique acquise est une manifestation habituelle de la syphilis tertiaire, et, comme tous les désordres matériels de cette période avancée, elle tend à se localiser à un seul ou à plusieurs points circonscrits de la moelle épinière. Cependant il existe quelques cas de myélite dilfuse observés pendant le cours ou à la fin de la période secondaire et qui, pour certains auteurs, auraient une origine spécifique; s’il en était ainsi, la myélite syphilitique présenterait deux variétés : l’une diffuse, propre à la syphilis secondaire, l’autre circonscrite, faisant partie de la syphilis tertiaire.
La myélite diffuse ou myélite syphilitique secondaire ne repose que sur un petit nombre de faits, et, si l’on examine attentivement ces faits, il est facile de reconnaître qu’ils ne peuvent servir à en établir sûrement l’existence. Déjerine a rapporté un exemple d’atrophie musculaire avec paraplégie dans un cas de syphilis maligne précoce qu’il considère comme devant servir à édifier l’histoire de la syphilis médullaire; mais ce fait dans lequel les cellules des cornes antérieures sont le siège de la localisation morbide ne me paraît pas pouvoir être rapporté <à la syphilis, par la raison que cette maladie affecte spécialement le stroma conjonctivo-vasculaire, et n’atteint jamais que secondairement les éléments propres des viscères, qu’il s’agisse de la peau, du foie ou des centres nerveux. Celle objection s’applique encore cà deux autres cas de myélite diffuse rapportés par le même auteur dans la Revue de médecine (janvier 1884). L’altération simultanée des cellules des cornes antérieures et de la névroglie nous laisse fort perplexe sur l’origine spécifique de la lésion constatée dans ces cas, et, bien que nous ayons eu l’occasion d’observer dès l’année 1864 un fait entièrement semblable chez un Mexicain, âgé de vingt-quatre ans, quinze mois après le début d’un chancre syphilili([ue,nous ne pouvons admettre sans restriction cette origine. La statistique, en l’absence de la connaissance du microbe de la syphilis, n’est pas, comme le pense Déjerine, le meilleur moyen d’arriver au déterminisme d’une semblable relation étiologique ; c’est au mode de la lésion et à son
I. Moncorvo, Contribution à l'étude de la sclérose multiloculaire chez les enfants. Paris, 1881. . •
MOELLE EPINIÈRE.
évolution qu’il importe de demander la solution de ce problème; or, dans la circonstance, ni l’un ni l’autre ne nous fournit de renseignements favorables. H. Barth a publié dans la Frmice médicale (année 1884) un cas de paralysie généralisée des membres qu’il rapporte à la syphilis, mais auquel je ne puis reconnaître cette provenance, parce qu’il olfre tous les caractères cliniques des paralysies toxiques, et que d’ailleurs il se rapporte à un individu adonné aux excès alcooliques.
La myélite tertiaire ou gommeuse est une aftèction relativement rare, attendu que dans la moelle comme dans le cerveau, la syphilis localise de préférence ses effets sur les méninges Néanmoins cette affection ne peut être mise en doute si l’on tient compte des faits publiés par Mac Dowel, par Wagner, et surtout par Moxon. Ce dernier auteur, en effet, a rapporté un cas de myélite syphilitique des plus intéressants, en ce sens qu’il met en évidence la constance des caractères des productions gommeuses. Il s’agit d’un homme âgé de trente ans, qui, devenu paraplégique sept ans après avoir été atteint d’un chancre syphilitique, succombe à des accidents urinaires. A l’autopsie, il existe en différents points de la moitié inférieure de la moelle épinière, de petites taches disséminées du volume d’un grain d’orge à celui d’un pois. Situées à la circonférence de l’organe et fermes au toucher, ces taches sont composées de deux zones, l’une périphérique grisâtre ou brunâtre, l’autre centrale et jaunâtre (lig. 117).
Vue au microscope, la zone périphérique se trouve formée de deux couches, l’une extérieure, constituée par des cellules rondes, des noyaux et quelques corps fusiformes ; l’autre, plus rapprochée de la partie centrale qu’elle entoure, composée de corps fusiformes, pressés les uns contre les autres. La portion jaune ellemême renferme deux couches, dont la plus extérieure contient en grande partie des noyaux et des cellules, tandis que celle du centre ne possède que des éléments ayant perdu leur forme et plus ou moins totalement détruits. Celle description, comme il est facile d’en juger, ne laisse que peu de doutes sur la nature spécifique de la lésion médullaire dont les caractères macroscopiques et histologiques répondent parfaitement à ceux des lésions gommeuses des autres organes. On y constate,
ü) CcUe figure provient d’un dessin qui se trouve dans la salle d'autopsie de l’hôpital de Guy, à Londres. Le croquis m’a été communiqué par mon excellent confrère et ami le D'- S. Wilks.
Fig. 117. — Section transversale de la moel le épiiiièi e (région dorsale). — g, gomme syphilitique avec zone grisâtre à sa circonférence (I).
en outre, l’épaississement des vaisseaux artériels, point de départ vraisemblable du processus morbide. Ajoutons à l’appui de cette manière de voir, l’existence d’une altération syphilitique concomitante des testicules.
La lésion constatée dans ce fait représente la phase moyenne de la myélite gommeuse. Elle est caractérisée par la présence au sein du tissu médullaire d’un foyer d’induration composé d’un noyau jaune central et d’une substance grisâtre lui formant une sorte de zone périphérique. A une période moins avancée le néoplasme est simplement grisâtre, le noyau central fait défaut ; plus tard le noyau jaune s’efface peu à peu et il ne reste que la partie périphérique dont le tissu s’organise définitivement et subit les rétractions du tissu cicatriciel. La myélite gommeuse ressemble alors à un foyer de sclérose, mais il est facile de la reconnaître à une dépression plus manifeste au niveau de la partie lésée que dans la sclérose médullaire proprement dite. Ainsi, cette myélite varie suivant la phase où on l’examine, et si, à une certaine période, elle ressemble à une tumeur, plus tard, lorsque le produit gommeux est résorbé, elle offre l’aspect d’une cicatrice calleuse d’une épaisseur variable.
La myélite gommeuse, en somme, est une affection rare, et qui le plus souvent siège à la périphérie de la moelle, sans doute à cause du voisinage des méninges. Elle se manifeste par un ou plusieurs foyers prenant naissance dans la tunique externe des artérioles, aussi les troubles fonctionnels qu’elle détermine sont-ils ceux des lésions circonscrites ou en foyer, à savoir : paraplégie progressive ordinairement accompagnée de contracture.
Cette myélite demande à être comparée à l’affection décrite sous le nom à'ataxie locomotrice ou tabes dorsalis que plusieurs auteurs ont voulu attribuer à la syphilis en s’appuyant sur la statistique, comme si ce procédé pouvait par lui-même conduire à une démonstration exacte. Négligeant de tenir compte de ce fait, que des conditions étiologiques identiques ont des effets fatalement semblables, ces auteurs arrivent à admettre des relations de cause à effet sans se préoccuper des caractères anatomiques et étiologiques des lésions organiques, de leur évolution et de leur mode de terminaison. Or, si nous envisageons sous tous ces points de vue la myélite gommeuse et la myélite tabétique, il nous est facile de reconnaître que ces affections offrent des différences notables, qu’elles ont des caractères opposés et que partant il n’est pas possible de les identilier et de rattacher le tabes à la syphilis. Effectivement, tandis que la myélite gommeuse a pour point de départ les gaines lymphatiques ou les parois vasculaires et reste circonscrite au pourtour d’un ou plusieurs vaisseaux, la myélite tabétique se localise aux tubes nerveux
qu elle tend à envahir d’une façon progressive et dans toute leur longueur ; ainsi elle se propage des nerfs ou des racines postérieures aux zones radiculaires postérieures, gagne peu à peu les régions élevées de la moelle épinière, et souvent même le bulbe et les nerfs sensitifs de l’encéphale (voy. p. 444). En présence de localisations anatomiques si diverses, les différences symptomatiques sont nécessairement très grandes, aussi la myélite gommeuse engendre-t-elle le plus souvent une paraplégie avec contracture sans phénomènes douloureux, contrairement à l’ataxie locomotrice qui détermine des douleurs intenses fulgurantes, des désordres de la sensibilité, et des troubles d’incoordination des mouvements avec conservation de la force musculaire.
L’évolution de ces déterminations pathologiques est également bien différente. La première, à moins de faits exceptionnels, tend à se circonscrire et à s’arrêter délinitivement; la seconde au contraire a une marche progressive, une évolution pour ainsi dire continue. En conséquence, la myélite gommeuse et la myélite tabétique ont des caractères anatomiques et cliniques tout à fait distincts, et forment des affections différentes, qui ne sauraient avoir une même origine.
Bibliographie. — E. Lancereaux, Traité historique et pratique de la syphilis, l*'*' édit., Paris, 186G; 2® édit., Paris, 1873, p. 370, avec bibliographie. — Mac Dowel, Dublin quaterly Journ., n. s., t. XXXll, p, 321. — E. Wagner, Bas Syphilom, etc. {Arch. der Heilkunde, 1863, p. 173). — Broabdent, The Lancet, 1864. — W. Moxon, On syphilitic disease of the spinal cord {Guy’ s Hospital Reports, 1871, série 3, t. XVI, p. 217). — Homolle, Progrès médical, l'"’ janvier 1876. — J. Déjerine, Atrophie musculaire et paraplégie dans un cas de syphilis maligne précoce {Archives de physiologie norm. et path., 1876, p. 430). — Le même. De la myélite aiguë centrale survenant chez les syphilitiques à une épocque rapprochée du début de l’affection {Revue de médecine, 10 janvier 1884, p. 60). — Savard, Étude sur les myélites syphilitiques. Thèse de Paris, 1882. — F. Taylor, Syphilitic meningitis and gumma of the spinal 'pia mater, vnth tubular cavity in the spinal cord {syringomyelus) {Transact. of thepathol. Soc. of London, 1884, t. XX.XV, p. 36).
Myélite tuberculeuse. — Affection relativement rare, cette myélite est caractérisée par la présence de granulations ou de nodosités tuberculeuses au sein du parenchyme médullaire. Ces nodosités prennent naissance dans la gaine des vaisseaux, de ceux-là surtout qui font partie du noyau épendymaire; aussi sont-elles plus communes au centi’e que dans la région corticale de la moelle. Tantôt unique, comme dans un cas que l’enferme mon Atlas d’anatomie pathologique, la nodosité peut atteindre la grosseur d’un pois et même d’une olive (lig. 118) ; tantôt multiple, elle
est moins volumineuse et se présente sous la forme de granulations grisâtres et assez fermes, du moins dans la première phase de leur évolu tion. Ces produits infiltrent la substance nerveuse qui, à leur contact, devient rouge, injectée ou même ramollie ; aussi, contrairement aux lésions syphilitiques, ne sont-ils jamais circonscrits par une zone d’induration, mais en contact immédiat avec la substance nerveuse injectée, molle ou diffluente, et c’est là un caractère d’une grande valeur diagnostique. D’une durée variable et longue, le nodus tuberculeux de la moelle, par suite de l’altération des éléments cellulaires qui le constituent et de leur désagrégation, devient blanc et mou, d’abord dans sa partie centrale, puis peu à peu dans toute son étendue. Néanmoins il est difficilement résorbé et, s’il ne tue, il persiste et s’infiltre de sels calcaires. Histologiquement, les tubercules de la moelle ne diflèrent pas de ceux développés au sein des autres organes, ils sont formés d'éléments cellulaires semblables.
Localisée aux parties périphériques de la moelle, la tuberculose se reconnaît à la présence de petits nodus grisâtres, donnant lieu à une saillie ou à un léger retrait; située dans la profondeur de cet organe, elle consiste en nodosités ordinairement fermes et grisâtres à la circonférence, ramollies et jaunâtres au centre, en contact immédiat avec la substance nerveuse injectée et diminuée de consistance, à l’inverse de ce qui a lieu pour la gomme qu’entoure une zone de tissu scléreux.
Lésion circonscrite, la myélite tuberculeuse détermine des désordres en rapport avec ce genre de localisation, mais qui varient suivant le siège et l’étendue du mal. Elle engendre des paralysies progressives souvent précédées de sensations douloureuses, donne lieu parfois à de la contracture et plus rarement à des mouvements convulsifs.
Bibliographie. — Gendrin, Sur les tubercules du cerveau et de la moelle. Paris, 1829. — Serres, Gaz. méd. de Paris, 1830, et Arch. de méd., 1830, t. XXII. — Larcher, Considérât, sur te dévelo'p'p. des tuh. dans les centres nerveux . Thèse de Paris, 1832. — Ollivier, Traité de la moelle épinière et de ses maladies, 2' édit. Paris, 1827, p. 772. — Bidau, Tuberctde de la partie inférieure de la moelle épinière, etc. {Bull, de la Soc. anat. de Paris, 1849, p. 189). — Lepelle- TiER, Ibid., p. 193. — Rokiïansky, Lehrb. der path. Anat., 3® édit., t. II, p. 490. Wien, 1856. — Lebert, Traité des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. Paris, 1849, p. 111. — Jaccoud, Tubercide de la moelle {Bull, de la Soc. anat., 1858, p. 387). — E. Lancereaux, Atlcts d'anatomie pathologique . Paris, 1871,
Fig. 118. — Nodus tuberculeux situé au centre de la moelle épinière (région dorsale).
MOELLE Épinière; 473
p. -452. — H. Weber, Observations cV affections de la moelle allongée {Med. Times and Gaz., 25 mai 1861, et Gaz. hebd. de méd. etdechir., 30 août 1861, p. 568). — Holmes, Tubercle in the Sf)inal cord aiid brain (Trans. of the path. Soc. of Londoyi, 1863, t. XIV, p. 12). — J. Eisenschitz, Tuberkel des Rückenmarkes (Archiv f. Kinderheilk., 1870, t. 111, p. 224, et Schmidfs Jufu'b., t. CXLVl, p. 149). — S. -O. Harersiion, Paraplegia; strumous tumor in the cord, etc. {Gm/s Hospit. Reports, 1872, t. XVII, p. 428; anal, dans Rev. des SC. méd., t. 1, p. 155). — G. Hayem, Observât, pour servir à l’histoire des tubercules de la moelle épinière {Archives de physiol. norm. et path., 1873, p.431). — Liouville, Contribution ci l’étude anatomo-patholocjique de la méningite cérébro-spinale tuberculeuse {Ibid., 1870, t. III, p. 470). — Le même. Nouveaux exemples de lésions tuberculeuses dans la moelle épinière {Rull. de la Soc. anat., 1874, p. 614). — Hutinel, Ibid., p. 618. — Zunker, Tubei'kel in der grauen Substanz der Lendenschwellung mit Verlust der Schmerzempfindung {Zeitschr. f. klin. Med., 1879, t. I, p. 375).
Myélite lépreuse. — La myélite lépreuse, malgré la diversité des caractères qui lui ont été attribués, nous paraît avoir une existence incontestable; elle a pour siège principal la région postérieure de la moelle épinière et peut être soupçonnée à l’œil nu. Dans les cas de lèpre qu’ils ont eu à examiner, Danielssen et Bœck ont constaté que l’aracbnoïde de la face postérieure de la moelle, épaissie par places, adhérait à la pie-mère, et que la substance médullaire correspondante, très ferme, rétractée quelquefois, avait la consistance du cartilage, et rendait sous le couteau un son crépitant. Sur une section transversale la substance grise offrait une couleur jaune sale, et cette lésion était toujours plus prononcée au niveau des régions cervicale et lombaire ; elle s’étendait à l’intérieur du canal médullaire et jusque sur les racines des nerfs.
Ces données ont été récemment confirmées par l’examen microscopique. Steudener et Langhans ont chacun constaté, dans des cas de lèpre, l’existence d’une altération de la partie centrale de la moelle épinière et particulièrement des cornes postérieures. Cette altération examinée sur des coupes très minces avait une grande ressemblance avec la myélite centrale, car elle occupait surtout la commissure, les cornes postérieures, les colonnes de Clarke et consistait en une sclérose difl'use circonscrivant une fente plus ou moins irrégulière et étendue. Cette sclérose se trouvait constituée par de petites cellules arrondies, lymphatiques ou embryonnaires, par des fibrilles conjonctives et un épaississement manifeste des gaines lymphatiques des vaisseaux dont un certain nombre étaient en voie de dégénérescence colloïde.
Les cellules nerveuses offraient peu de modifications, si ce n’est au
niveau des cornes postérieures, où elles étaient atrophiées ; toutefois, dans un cas observé par Tschiriew, ces éléments, moins nombreux que normalement, et pour la plupart dépourvus de leurs prolongements, avaient l’aspect de corps arrondis dans lesquels on distinguait encore le noyau et le nucléole. Les cellules des colonnes vésiculaires de Clarke présentaient la même altération; quant à celles des cornes antérieures, elles étaient dans un état d’intégrité parfaite.
L’altération des cellules nerveuses des cornes postérieures est ici secondaire plutôt que primitive, et, si l’on est tenté de lui attribuer dans quelques cas les phénomènes d’anesthésie lépreuse, il faut reconnaître que souvent aussi ces phénomènes et les désordres trophiques qui les accompagnent sont l’effet d’une lésion des nerfs.
Biblioghaphie. — F. Sieudener, Beitrüge zur Pathologie der Lepra mutüans . Erlangen, 1867. — Th. Langhans, Ziir Casuistik der Rückenmarksaffectionen {Tétanie iind Lepra anaesthetica) {Arch. f. pathol. Anat. und Physiol., 1875, t. LXIV, p. 169). — S. Tschiriew, Lésions de la moelle épinière et de la peau dans un cas de lèpre anesthésique {Arch. de phys. norm. et path., 1879, sér. 2, t. VI, p. 614).
Les néoplasies de la moelle épinière ont des points de départ multiples; les unes, plus fréquentes et pour ainsi dire indépendantes, proviennent de la pie-mère ou de l’arachnoïde, elles ont été étudiées plus haut (voy. t. 11, p. 402); les autres, plus rares, prennent naissance dans la névroglie, elles font partie intégrante du cordon médullaire, et sont représentées seulement par un petit nombre de types. Effectivement, l’endothéliome, le chondrome, l’ostéome, n’ont pas été rencontrés dans la moelle épinière; le lymphome et le myxome ne s’y voient guère, mais le fibrome embryonnaire y a été plusieurs fois observé.
Lymphome. — Le lymphome (gliome de Virchow) est beaucoup plus commun dans le cerveau que dans la moelle, où, suivant quelques auteurs, il revêt deux formes : l’une circonscrite, l’autre did'use. Le gliome circonscrit a le volume d’un pois ou d’une petite noisette, il occupe la région centrale de la moelle et se confond avec le tissu sain dont il s’énuclée difficilement. Il offre les caractères histologiques du tissu de la névroglie et ne s’en distingue que par l’abondance de ce tissu sur un point déterminé et le développement excessif des vaisseaux.
MOELLE EPINIERE.
La lésion décrite sous le nom de gliome diffus envahit une grande partie de la substance périépendymaire, se confond insensiblement avec le tissu sain de la moelle et s’arrête dans son évolution. Or tous ces caractères nous ont conduit à la placer dans le cadre des pblegmasies (voy. Myélite scléreuse périépendymaire, p. 463).
Myxome. — Le myxome de la moelle se développe en général sur la face interne de la pie-mère, et, lorsqu’il s’accroît, il comprime et atrophie cet organe, en le pénétrant pour ainsi dire, de telle sorte que l’on peut croire qu’il a pris naissance dans son épaisseur. Nous en dirons autant d’une tumeur myo-Iipomateuse enkystée, observée par Gowers au niveau du cône médullaire, et qui laissait voir dans son épaisseur et à sa surface plusieurs des racines nerveuses de la queue de cheval {Transact. of the patliol. Soc. of London, 1876, t. XXVII, p. 19).
Fibrome. — Cette végétation revêt dans la moelle la forme de saillies ou de tumeurs, ordinairement arrondies et peu molles, d’un volume qui varie depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’un œuf de pigeon ou j d’une pomme d’api; elle a pour siège habituel le renflement cervical ou I le renflement lombaire. Une tumeur de ce genre a été étudiée par Fôrster 1 {Manuel d’anatomie pathologique), elle était de la grosseur d’un œuf de pigeon et se trouvait située à la région cervicale. Une production semblable avait été observée antérieurement dans la même région par Bouillaud; plus récemment, Westphal a décrit sous le nom de gliosarcome de la moelle une lésion assez peu différente de celle-ci. Plusieurs autres obseï’- 1 vateurs ont certainement rencontré cette même néoplasie dans la moelle,
I mais ils l’ont prise pour un cancer et désignée comme telle ; ce qui le prouve, c’est l’extrême rareté du cancer proprement dit dans le cordon médullaire, du moins à l’état primitif. Le fibrome embryonnaire est en i somme une néoplasie relativement commune au sein du cordon médullaire, et sa composition histologique ne diflere pas sensiblement de ce ! qu’elle est dans les autres organes, car il se trouve constitué tantôt par i des cellules arrondies, tantôt par des corps fusiformes, comme dans le j cas de Fôrster (fibrome globo-cellulaire).
! Êpithéliome. — Les recueils scientifiques font mention d’un certain I nombre de tumeurs médullaires considérées comme des cancers ou des carcinomes, mais, dans ces cas déjà anciens, où la lésion n’a pas été vue au microscope, l’on est porté à croire, en raison de l’isolement des productions, que celles-ci appartiennent plutôt au fibrome embryonnaire qu’à l’épithéliome. Cette néoplasie, du reste, paraît être fort rare dans
la moelle, et même aucun fait précis ne vient à l’appui de son existence. L’épithéliome secondaire, en tout cas, ne saurait diflérer ici de ce qu’il est partout ailleurs, où il se présente sous la forme de nodosités arrondies, rétractées et très fermes.
Bibliographie. — Velpeau, Arch. gén. de méd., t. VII, mai’s 1825. — Hutin, Bull, de la Soc. anal., 1827, t. 11, p. Ml , e\. Nouv. MU. médicale.
1828. — Cerutti, Pathol, anat. Muséum, I, 2, p. 23, tab. 10. — Duplay, Observât. de mal. des centres nerveux {Arch. gén. de méd., 1834, 1. VI). — Arer- CROMBiE, Diseases of lhe braiti, 1836, p. 369. ■ — Calmeil, art. Moelle du Dict. de méd. en 30 vol. Paris, 1839, t. XX. — Bouillaud, L’Expérience, oct. 1843. — Brodie, The Lancet, déc. 1843. — H. Lebert, Traité eVanat. path. , t. Il, p. 106. Paris, 1855-1861. — Sander, Rücke?imarkslirankh {Deutsche Klinik, 1862). — A. Forster, Lehrbiich d. spec. path. Anatomie. Leipzig, 1863, 2® édit., t. II, p. 629. — OsKAR Shuppel, Bas Gliom und Gliomyxom das Bùckenmarks {Archiv der Heilkunde, 1867, t. VIII, p. 113). — E. Lancereaux et P. Lacrer- BAUER, Atlas d’anatom. path. Paris, 1871, pl. 46. — Westphal, Archiv. f. Psychyatrie, 1874, p. 90.
§ 4. — Hypoplasies
Les hypoplasies médullaires sont des lésions rares, et assez mal déterminées. S’il est commun de rencontrer dans la moelle des vieillards et
dans la plupart des moelles sclérosées, des corpuscules ayant pour siège habituel la partie centrale de l’organe, l’épendyme ou la substance grise, il faut reconnaître que ces corpuscules, dans les myélites scléreuses du moins, ne jouent qu’un rôle accessoire.
La dégénérescence albuminoïde ne paraît pas s’attaquer aux éléments de la moelle épinière, ou du moins ne revêt pas ici les caractères qu’elle présente dans d’autres organes, les glandes par exemple. La pigmenlation observée dans les cellules nerveuses de la moelle est, la plupart du temps, l’efl'et d’un processus inflammatoire et non le résultat d’un simple
MOELLE EPINIÈRE.
dépôt, ainsi qu’il arrive pour les cellules du foie dans la mélanémie. Un cas de mélanose de la moelle épinière observé par Erlitzky (1) chez un paralytique général semblerait toutefois faire exception à cette règle. Quant à la dégénérescence calcaire des éléments de la moelle, elle n’a guère été vue que par Fôrster (2) : chez un enfant atteint de paralysie des extrémités inférieures, cet auteur trouva les cellules nerveuses du rentlement lombaire incrustées de dépôts minéraux sous forme de granulations brillantes avec bords noirs et faisant elïèrvescence sous l’influence de l’acide chlorhydrique (fig. 119).
ANOMALIES DE CIRCL’LATION § 1. — Hypémies
L’hypémie, dite encore ischémie, lorsqu’il s’agit des centres nerveux, est dans ces centres comme partout ailleurs, subordonnée à un désordre matériel ou fonctionnel des vaisseaux, sinon à une diminution de la masse totale du sang.
L’hypémie liée à une lésion matérielle des vaisseaux, hypémie angiopathique, est relativement rare dans la moelle épinière où, grâce au mode de distribution des artères, des anastomoses extrêmement nombreuses facilitent la circulation collatérale. Elle se rencontre néanmoins dans des circonstances diverses telles que ; compression de la moelle par des tumeurs et des néo-membranes des méninges, rétrécissement et oblitération des artères médullaires (endartérite déformante), etc.
Partielle dans la plupart de ces conditions, l’ischémie de la moelle est difficile à reconnaître, pour cette raison qu’il existe toujours à côté de la portion anémiée et souvent jusque dans sa profondeur, des vaisseaux gorgés de sang par suite de la diminution ou de la suppression de la vis à tergo. Un caractère de cette lésion est d’embrasser dans la partie de la moelle où elle se localise, l’épaisseur totale du segment qui lui correspond, ou du moins, l’une des moitiés de ce segment. La pâleur du tissu de la moelle est un autre caractère ; mais, comme la substance grise est plus vascularisée que la blanche, il en résulte que la différence existant
(1) A. Erlitzky, Mélanose de la moelle épinière dans la paralysie progressive {Arch.. de physiol. nonn. et patli., 1881, p. 343).
(2) A.Eôrster, Atlas d. Mikroskop. path. Anatomie. Leipzig, 1854-1859, p. 75, pl. xv, flg. 8.
entre ces deux substances tend à s’effacer. Les méninges correspondantes, par contre, sont quelquefois colorées et leurs vaisseaux gorgés de sang. L’examen microscopique est ici d’un faible secours; cependant il est possible de constater que les mailles des réseaux terminaux, à peine saillantes et sinueuses, ne renferment qu’un petit nombre de globules rouges, comme si le courant du liquide sanguin avait perdu, pendant la vie, de sa vitesse et de son énergie.
Cet état est-il passager, la substance nerveuse ne subit aucune modification ; mais vient-il à se prolonger, il y a diminution de la tension intravasculaire et par suite réduction du plasma interstitiel et augmentation de la consistance de la moelle. La substance de cet organe devient ferme, sèche, et lorsqu’au déclin de la vie le système artériel altéré a perdu de son activité, l’axe spinal, comme d’ailleurs le cerveau, est diminué de volume, dur et en quelque sorte desséché. Dans une phase plus avancée, les éléments nerveux, privés d’aliments, sont atrophiés ou même infiltrés de gouttelettes graisseuses et de granulations albumineuses.
hliypémie névropathique de la moelle est, selon toute vraisemblance, aussi commune que l’ischémie angiopathique ; mais elle est encore plus difficile à reconnaître à cause de l’absence de lésion des parois vasculaires. Cependant on ne peut douter de son existence en clinique, si l’on tient compte de ce qui a lieu dans les autres organes; ce genre d’ischémie est du reste démontré par l’expérimentation. Sur des cobayes auxquels il avait enlevé les capsules surrénales ou lié le hile du rein, Brown- Séquard a pu constater la production d’un rétrécissement spasmodique, d’une contracture persistante des capillaires de la moelle.
Effet d’un trouble purement dynamique des parois vasculaires, connu sous le nom de spasme, cette hypémie est sous la dépendance immédiate du système nerveux dont l’action est tantôt directe, tantôt réflexe. Les occasions du spasme des vaisseaux de 1a moelle sont nombreuses : le froid, par exemple, en excitant les nerfs cutanés, les lésions d’un certain nombre d’organes tels que l’urèthre, l’utérus, les reins, les intestins, etc., en irritant les nerfs de ces organes, peuvent déterminer des contractions réflexes des vaisseaux de la moelle et l’anémie de ce centre nerveux. Un certain nombre de paralysies attribuées au froid ont sans doute cette origine. D’un autre côté, il existe des exemples de paraplégies liées à une souffrance de la matrice, des voies urinaires, ou encore des voies digestives, et la dépendance de ces paralysies est telle que la guérison du désordre viscéral entraîne leur disparition, ce qui ne permet pas de placer entre la cause et l’effet une altération profonde intéressant
les éléments nerveux de la moelle. Notons que les lésions susceptibles de provoquer des actes réflexes sur les vaisseaux médullaires sont toujours légères et superficielles, ce sont des déviations de l’utérus, des métrites, des cystites superficielles, le chatouillement de la muqueuse intestinale par des entozoaires (Bremser), le travail de la dentition (Underwood, Brown-Séquard), de simples douleurs névralgiques, des néphrites (Rayer), et des arthrites sans importance (Graves).
Les troubles fonctionnels provenant de l’anémie de la moelle varient suivant l’intensité, l’étendue et la durée de ce désordre. Ils consistent en des sensations de picotements, de fourmillements auxquelles s’ajoute un léger degré de faiblesse musculaire, ou même une paralysie des membres inférieurs, ainsi qu’il résulte d'expériences pratiquées par Sténon et par Vulpian sur les animaux. Ces auteurs ont montré qu’il suffisait de comprimer ou de lier l’aorte au niveau des artères rénales pour amener, au bout de quelques minutes, une paraplégie des membres postérieurs qui disparaît dès que la compression vient à cesser. Kussmaul et Tenner, d’un autre côté, ayant comprimé la crosse de l’aorte après avoir pratiqué la ligature des artères vertébrales, observèrent une paraplégie suivie de mouvements convulsifs dans les membres antérieurs et dans la face, parties qui ne tardaient pas à se paralyser à leur tour.
Bibliographie. — E. Bertîn, Anémie et ischémie de la moelle (Dict. encyclop. des sciences médicales, Paris, 1874, série 2, t. VllI, p. 642). — A. Vulpian, Anémie de la moelle dans les maladies du système nerveux. Paris, 1879, p. 98.
§ 2. — Hypérémies
L’bypérémie de la moelle épinière, suivant qu’elle dépend d’une lésion vasculaire ou d’un simple trouble fonctionnel des vaisseaux, est, de même que l’iscbémie, angiopathique ou névropathique.
L’hypérémie angiopathique, hypérémie passive des auteurs, est l’effet d’une gêne circulatoire résultant soit d’un obstacle au retour du sang veineux de la moelle vers le cœur, soit d’une dilatation du système artériel diminuant la force d’impulsion cardiaque ou vis à tergo. Les causes de cette hypérémie sont : d’une part, les tumeurs comprimant le système veineux, les altérations cardiaques et pulmonaires, les efforts prolongés; d’autre part, l’athérome artériel. Généralisée ou localisée à une partie seulement du cordon médullaire, cette lésion est caractérisée par la disten-
sion des vaisseaux, qui sont sinueux, gorgés de sang et manifestement dilatés à l’œil nu, mais surtout à l’examen microscopique. Le tissu médullaire, de teinte violacée, d’abord un peu mou, devient plus tard ferme, comme dans les congestions stasiques du foie ; les éléments nerveux sont peu ou pas moditiés, si ce n’est dans les hypérémies anciennes, où ils deviennent parfois granuleux. Ajoutons que Langhans a signalé l’existence de tissures ou cavités dans la moelle à la suite d’une stase sanguine prolongée.
Ces caractères ne sont pas tellement tranchés qu’il soit aisé de reconnaître anatomiquement l’hypérémie passive; le diagnostic de cette lésion est d’autant plus difficile, que dans certains cas il existe des congestions produites simplement par le fait de l’agonie ou de la mort.
L’hypérémie active ou névropathique consiste en un afflux considérable de sang dans les vaisseaux d’une plus ou moins grande étendue de la moelle épinière, sans lésion matérielle de l’appareil circulatoire. Subordonnée à une inlluence nerveuse, cette hypérémie, sans doute beaucoup plus fréquente que nous ne le supposons, est produite par une action vaso-dilatatrice directe ou réflexe. Elle est ordinairement passagère, et, lorsqu’elle a duré pendant un certain temps, il est difficile après la mort de se faire une idée exacte des caractères qui lui appartiennent, tant ils sont fugaces. La réplétion des vaisseaux médullaires, phénomène saillant de cet état, disparaît assez souvent après la mort, de sorte qu’il devient impossible de le constater et que l’on arrive à mettre en doute, sinon à nier, une hypérémie réelle ; aussi c’est surtout l’expérimentation et l’induction qui doivent alors nous guider.
Les causes de ce désordre sont multiples et diverses; qu’elles soient intérieures ou extérieures, elles agissent primitivement sur le système nerveux et produisent par acte réflexe des excitations vaso dilatatrices des vaisseaux médullaires. Les phénomènes qui se rattachent à cette hypérémie, consistent en des sensations plus ou moins vives de douleur et de tension sur le trajet de la colonne vertébrale, de fatigue et de fourmillements dans les membres, accompagnées parfois de raideur ou de mouvements convulsifs ; mais, pour être définitivement admis, ces phénomènes ont besoin d’être soumis à de nouvelles observations, plus précises que celles dont nous sommes en possession.
Bibuograpiuk . — C.-P. Oluvier, Traité de la moelle épinière et de ses maladies, etc. 2® édit., Paris, 1827, p. 499. — Luschka, Die Nerven des Menschlichen Wirbelkanales. Tubingen, 1850. — Ekker, Dissertatio de cerebri et me- <lidlæ spinalis systemate vasorum capillari in statu suno et morboso. Ti-ajècti ad Rhenura, 1853. — Brown-Séquard, Lect. on the diagnosis and treatment of the
MOELLE EPINIERE.
principal forms of paralysis of the lower extremitics, Philadelphie, 1861, p. 68. — E. Leudet, Rech. cliniques sur la congestion de la moelle épinière survenant à la suite de chutes ou d’efforts violents {Arch. gén. de méd., 1863, t. 1, p. 257). — A. VuLPiAN, Maladies du système nerveux. Leçons recueillies par Bourceret, Paris, 1879, p. 78. — E. Mayenfiscii, Hyperümie des Rückeiîmarkes {Correspondblatt f. schweizer Aerzte, mars 1880, n" 6, p. 167; anal, dans Rev. des sc. méd., 1881, t. XVIll, p. 506). — Theodor Langhans, Ueber Hohlenbildung im Rückenmark als Folge von Rlutstauung [Archiv f. pathol. Anatom. und Physiologie, 1881,1. LXXXV, p. 1).