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HÉMORRUAGIE DE LA MOELLE OU HÉMATOMYÉLIE

L’hémorrhagie intra-médullaire est une lésion relativement rare et qu’il n’est pas toujours facile de distinguer de la myélite avec hémorrhagie ou hématomyélie. En 1864, Levier comptait dix-sept cas d’apoplexie de la moelle spinale, mais depuis lors ce nomhre a presque doublé.

Le siège de cette hémorrhagie est la substance grise, en raison sans doute de la richesse de son réseau vasculaire, surtout au niveau du renllement cervical et du renflement lombaire. Le sang épanché se présente sous la forme d’un foyer circonscrit ou d’une infiltration diffuse, et parfois, ainsi que l’a figuré Cruveilhier, il se montre sous ces deux états. L’hémorrhagie infiltrée n’est d’ordinaire qu’un élément accessoire de l’hémorrhagie en foyer, et lorsqu’elle se rencontre isolément, elle est plutôt l’effet d’une myélite (voyez plus haut) qu’une hémorrhagie proprement dite.

Les foyers sanguins ont un volume variable; ils sont de la grosseur d’un pois ou d’un noyau de cerise, occupent quelquefois toute l’épaisseur de la moelle et peuvent fuser dans son intérieur depuis le bulbe ou la région cervicale jusqu’au filum terminale, mais rarement ils dissocient les cordons blancs et font irruption dans les méninges. Le caillot est formé de sang plus ou moins mou et altéré, suivant le temps écoulé depuis le début de l’hémorrhagie, ou de sang mêlé à la substance médullaire. La cavité que creuse ce caillot est anfractueuse et les parois qui la limitent sont déchiquetées, ramollies, infiltrées de matière colorante, ou encore parsemées de points hémorrhagiques résultant de l’infiltration du sang dans les gaines lymphatiques; plus tard, elles sont jaunâtres et présentent les différentes teintes de l’ecchymose. Au fur et à mesure de la désagrégation des caillots, les parois qui les cii’conscrivent se modifient; un tissu conjonctif nouveau, semblable au tissu de bourgeons L.vncereaux. — Traité d’Anat. path. III. — 31

ANATOMIIi PATHOLOGIQUE.

charnus, se développe et forme tantôt une seule loge, tantôt un réseau lacunaire inliltré d’hématine ou d’hématoïdine, et enfin une cicatrice plus ou moins dure et ocreuse; mais il est rare de trouver un kyste à la place du foyer hémorrhagique. Les vaisseaux situés dans le voisinage sont gorgés de sang, souvent variqueux et atteints en plusieurs endroits de dilatations sacciformes ou fusiformes. Les cellules nerveuses et les cylindres axiles présentent quelquefois une tuméfaction considérable (Charcot) ; en général les tubes nerveux ne sont modifiés qu’au bout d’un certain temps, par suite de la formation de la cicatrice et d’une dégénération descendante ou ascendante (Eichhorsl).

L’apoplexie spinale peut avoir un début subit, mais le plus souvent elle est précédée de fatigue, d’engourdissement, ou même de douleurs violentes dans les membres ; apparaît ensuite, pendant le sommeil, une paralysie fiasque qui ne tarde pas à devenir complète. Cette paralysie, suivant le siège du mal, intéresse les quatre membres, ou seulement les membres inférieurs; rarement elle revêt la forme hémiplégique, mais elle est accompagnée habituellement de contracture des sphincters. Les mouvements rétlexes, exaltés au début, disparaissent souvent plus tard, et aussi l’e.xcitabilité électrique des muscles paralysés. L’abolition de la sensibilité suit les désordres de la motilité; la température des membres afieclés s’élève, des eschares se produisent avec rapidité et la mort survient par asphyxie ou par septicémie, au bout de quelques jours ou seulement de plusieurs mois suivant l’étendue et l’intensité de la lésion.

Étiologie et pathogénie. — Les faits d’apoplexie médullaire nous renseignent peu sur l’étiologie de cette alfection ; sa pathogénie est l’objet de discussions : quelques auteurs, et particulièrement Charcot et Hayem, prétendent que l’hémorrhagie de la moelle est toujours consécutive à une myélite, c’est-à-dire liée à un travail phlegmasique primitif; mais celte opinion est certainement exagérée et, comme le remarque le professeur Yulpian, par trop excessive. Elfectivement, si quelques cas lui sont favorables, il en est beaucoup d’autres qui par leur début brusque, leurs symptômes, leur évolution et même leurs lésions histologiques, permettent de croire à une hématomyélie primitive, comparable à l’hémorrhagie cérébrale. Tels sont les faits rapportés par Saccheo et Jaccoud, dans lesquels il existait tout à la fois une hémorrhagie médullaire et une hémorrhagie cérébrale; tels sont encore ceux de Goltdammer et Eichhorst, où l’examen microscopique révéla l’existence de lésions phlegmasiques, non pas primitives, mais consécutives à la présence du sang épanché. L’hémoi'rhagie médullaire, de même que l’hémorrhagie cérébrale, est suivi^^

d’une destruction de la substance nerveuse, qui se traduit, tout d’abord par un ramollissement au pourtour du foyer sanguin, et plus tard par une induration résultant du travail de cicatrisation amené par la présence du caillot. Si l’on évite de confondre ce travail avec celui d’une phlegmasie primitive de la moelle, on arrive à reconnaître qu’il se produit dans cet organe des hémorrhagies liées à une altération des vaisseaux et indépendantes de toute irritation inllammatoire.

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§ 4. — Thrombose et embolie.

La thrombose des vaisseaux spinaux est un phénomène peu connu, mais qui n’est sans doute pas rare, vu la dimension de ces canaux et leur fréquente altération au niveau des points où ils émanent de Taorte ; ainsi, on comprend qu’il puisse se produire aisément une obstruction sur leur trajet et jusque dans l’épaisseur du parenchyme médullaire. Les effets de cette thrombose sont pour la moelle, comme pour l’encéphale.

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