A N A TÜ M I K P A I' H O LO G 1 0 U E
un ramollissement non inflammatoire de la substance nerveuse; toutefois, ce ramollissement est peu fréquent dans le cordon médullaire, en raison de la multiplicité des ])ranches artérielles qui s’y distribuent et des nombreuses anastomoses qui les réunissent.
Il existe en outre une thrombose indirecte, pour ainsi dire, des vaisseaux spinaux dans la j)lupart des cas d’obstruction de l’aorte abdominale. L’un des exemples les plus remarquables de ce genre de lésion a été rapporté par Bartb, c’est celui d'une femme de cinquante et un ans, ([ui, depuis quatre ans, éprouvait des troubles progressifs de la motilité dans les membres inférieurs, et linit par succomber avec une paraplégie complète. L'aorte se trouvait oblitérée au-dessous des artères rénales par un caillot dense qui envoyait des prolongements dans les artères iliaques et dans leurs divisions. Les désordres de ce genre sont ordinairement suivis de la paralysie des membres inférieurs, mais le symptôme le plus commun en pareil cas est une claudication intermittente (voy. t. II, p. 933).
L’embolie des artères spinales est un phénomène dont la rareté s’explique par le faible calibre de ces vaisseaux à leur origine dans l’aorte et par leur disposition perpendiculaire au grand axe de ce tronc artériel ; toutefois, quelques faits cliniques mettent son existence hors de doute. Un cas de ramollissement central de la moelle a été observé, chez un jeune homme atteint d’all’ection cardiaque, par Tuckwell, qui trouva au centre du foyer d'altération une artère oblitérée. Dans deux cas de mort par endocardite ulcéreuse, Leyden a constaté, à l’examen de la moelle durcie et colorée par le carmin, la présence de taches punctiformes constituées par des amas de leucocytes, au milieu desquels se voyait un vaisseau oblitéré. Enfin chez un jeune garçon de seize ans, atteint brusquement d’une paralysie douloureuse avec anesthésie des membres inférieurs, d’eschares sur la plupart des parties saillantes du sacrum, des trochanters, etc., d’œdème des jambes, de purulence des urines, d’albuminurie, et qui succomba au bout de quatre mois, Weiss trouva à l'autopsie, dans le segment lombaire complètement ramolli, une artère dure reuiplie de fibrine et de petites artérioles entièrement bouchées. L’écorce cérébrale présentait en outre plusieurs foyers de ramollissement. La valvule mitrale avait son bord libre épaissi, et sa face supérieure était le siège de saillies polypiformes aux(|uelles adhéraient encore plusieurs filaments fibrineux. Ainsi ces faits démontrent la possibilité pour la moelle é])inière d’un ramollissement comparable au ramollissement embolique de l’encéphale.
L’e.ipérimeatation vient confirmer cette donnée clinique. Vulpian est
MOELLE EPINIERE.
parvenu à produire, chez des chiens, Foblitéi’ation de plusieurs artères spinales, en injectant dans le système artériel, par l’artère fémorale et en sens opposé au courant sanguin, de l’eau tenant en suspension une petite quantité de poudre de lycopode. A la suite de cette opération, il se produisait une abolition rapide de la sensibilité, avec alTaiblissement de la motilité, et au bout de (juelques minutes, une paralysie complète des membres inférieurs, suivie d’œdème et d’eschares, si la vie se continuait pendant ([uelque temps. L’examen anatomique révéla l’existence d’un ramollissement médullaire, sous la dépendance de l’obstruction des artères spinales. Panum, Goze et Feltz ont obtenu les mêmes résultats expérimentaux, en sorte qu’il n’est pas possible de mettre en doute l’embolie des vaisseaux spinaux et le ramollissement médullaire qui en est la conséquence.
Bibliographie. — E. Bakth, Oblitérât, complète de l'aorte (Arch. gén. de méd., 1835, sér. t. VIII, p. 28). — Sciieiber, Vollstandige Oblitération der Aorta {Wiener Wochenblatt, 1802, t. XVIII, p. 20). — A. Vulpian, Malad. du système nerveux, Leçons recueillies par Bourcerel, Paris, 1879, p. 101. — N. Weiss, Embolie des artères de la moelle lombaire {Wien. med. Woch., 1882, n" 42, et Arch. gén. de mèd., 1883, t. H, p. 99).
ANOMALIES ACCIDENTELLES
Parasitisme et traumatisme.
§ 1". — Parasitisme.
La moelle épinière est très rarement le siège de parasites; si elle soulî’re f parfois de la présence de kystes hydatiques développés dans la colonne vertébrale ou le canal rachidien, elle est fort peu exposée par elle-même à cette alfection parasitaire, car on ne connaît aucun fait d’échinocoque I rencontré au sein du tissu médullaire. Par contre, Rokitansky cite un 1 cas de cysticerque logé dans la région cervicale de la moelle chez ^ l’homme, et les vétérinaii'es ont plusieurs fois observé l’existence du 1 cœnure dans la moelle du mouton.
Bibliographie. ■ — - Behier, Compression de la moelle épinière par un kyste hydatique {Archiv. gèn. de méd., 1875, t. I, p. 340). — Bellencontre, Contribution à l’étude des kystes hydatiques comprimant la moelle épimere. Thèse de
Paris, 1870. — Yvart, Note sur l'existence de cœnures céi'ébraux dans la moelle cpiniére du mouton (Recueil de méd. vétérin., Paris, 1826, t. IV, p. 394). — Valenciennes, Compte rendu de V Acad, des sc., séance du 14 sept. 1857, et Archiv. gén. de méd., 1857, t. II, p. 620. — C. Rokitansky, Handh. der path. Anat., Wien., 1855, t. Il, p. 867.
§ 2. — Traumatisme.
Les lésions traumatiques de la moelle épinière joignent à leur importance clinique un intérêt physiologique réel, car elles permettent mieux (pie tout autre désordre d’étudier les fonctions de cet organe. Nous décrirons successivement les plaies, les contusions, la commotion et la compression du centre spinal.