I. — Plaies
Les plaies de la moelle dues à l’action d’instruments piquants ou tranchants sont relativement rares, à cause de la difficulté de pénétration de ces instruments dans le canal rachidien. Cette pénétration, vu la disposition des vertèbres, ne devient possible que dans certaines conditions, lorsque le tronc est courbé et que les vertèbres, éloignées les unes des autres, livrent passage à l’instrument piquant ou tranchant. Les plaies ainsi produites n’intéressent en général qu’une portion de la moelle épinière, et souvent une seule de ses moitiés; elles ont une direction transversale ou oblique et une étendue limitée.
Un écoulement sanguin plus ou moins abondant a généralement lieu entre les lèvres de la blessure et dans les méninges. Si cet écoulement est peu considérable, la plaie de la moelle, se trouvant à l’abri de l’air extérieur, est quelquefois suivie d’une prompte cicatrisation, ainsi que cela a été constaté, sinon chez l’homme, du moins chez les animaux. Sous l’inlluence de l’irritation déterminée par la blessure, la névroglie bourgeonne et donne naissance à un tissu cicatriciel d’abord grisâtre et ensuite blaiicbâtre. Pendant ce temps, les tubes nerveux rétractés ne parviennent pas à se l’éunir, mais ils peuvent se régénérer, suivant quelques expérimentateurs, car Laboulbène et BroAvn-Sé(|uard ont constaté la présence de ces tubes dans des cicatrices médullaires de cobayes opérés depuis sept ou huit mois. Brown-Séquard enfin a vu les fonctions de la moelle épi-
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ilière revenir à l’état normal, après une section transversale complète de cet organe (1).
Les choses ne sont pas aussi simples lorsque la plaie est produite par des instruments malpropres. Dans ces conditions, le tissu de la moelle suppure habituellement dans une certaine étendue, de sorte que la cicatrisation tarde à se produire et n’a lieu que par seconde intention, si encore des accidents sérieux ne viennent mettre lin à l’existence. Ajoutons que les plaies du centre spinal peuvent être suivies de phlegmasies descendante et ascendante des cordons médullaires.
Ces plaies sont accompagnées de troubles fonctionnels qui varient suivant la partie de la moelle affectée. Situées dans la région cervicale, elles donnent naissance à des désordres ordinairement sérieux ou même rapidement mortels du côté des deux grandes fonctions respiratoire et circulatoire, mais en outre elles modilient généralement, quel que soit leur siège, les mouvements spontanés et les mouvements réflexes, la sensibilité, la température, la nutrition des muscles, des os, des articulations, de la peau, du système pileux, etc. Si une moitié seulement de la moelle épinière est intéressée par un instrument tranchant, il se produit presque toujours une paralysie avec hyperesthésie et élévation de la température du côté lésé et anesthésie du membre ou des membres du côté opposé. A ces symplômes s’ajoute une arthropathie du genou du membre paralysé, tandis (|ue la fesse de l’autre côté est rapidement affectée d’eschare. Lorsque la lésion occupe toute la largeur de l’organe, la paralysie est complète, l’eschare est médiane, les urines et les matières fécales sont involontaires.
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(1) D’autres auteurs ont cherché par l’expérience à éclairer la question de la régénération (le la substance médullaire. Masius et Vanlair, chez la grenouille, et plus tard Eichhorst et Nauuvn chez le chien, sont arrivés à la conclusion que la moelle peut se régénérer à la suite d’un traumatisinc, et que le mouvement reparaît avant la sensibilité ;
I mais ces résultats ont été niés par Schiefferdecker.
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