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Compression

La compression de la moelle épinière est reftèt d’un traumatisme ou d’une lésion spontanée. La compression due au traumatisme est l’elTet d’une fracture ou d’une luxation avec déplacement des vertèbres, ou bien d’un épanebement sanguin dans la cavité rachidienne ; elle est brusque et pour ainsi dire toujours accompagnée de contusion. Lamoelle se trouve aplatie ou déchirée sur un point limité de son étendue, les méninges sont tiraillées et infiltrées de sang. Plus ou moins écrasé par le déplacement d’une vertèbre, cet organe finit d’ordinaire par être détruit; comprimé seulement par un caillot sanguin, il peut récupérer sa fonction au bout d’un certain temps, lorsque le caillot a été résorbé.

Les phénomènes liés à ce genre de traumatisme varient suivant le siège du désordre anatomique. La compression de la partie supérieure de la moelle a pour effet, comme on sait, la mort subite; celle de la partie inférieure de la région cervicale donne lieu, suivant son degré d’intensité, à des paralysies plus ou moins complètes du mouvement et de la sensibilité avec modification du pouvoir réflexe, à l’incontinence des urines et des matières fépales, à la formation d’eschares, etc. La mort peut alors survenir au bout de quelques jours, mais parfois les troubles fonctionnels s’amendent, la portion de la moelle épinière située audessous du lieu de la compression recouvre son pouvoir réflexe qui dans certains cas s’exagère, et plus tard, quand la compression est légère et seulement produite par un caillot sanguin, la sensibilité reparaît et aussi le mouvement. J’ai eu l’occasion d’observer un exemple de ce genre chez mon propre père, qui, à la suite d’une fracture de la colonne vertébrale, fut atteint d’une paralysie douloureuse des quatre membres, laquelle disparut totalement au bout de plusieui's mois, et le laissa en pleine santé jusqu’à l’àge de quatre-vingt-cinq ans.

La compression effet d'une lésion spontanée est ordinairement pro- ■ duite par des tumeurs du rachis ou des méninges ; elle a une évolution lente et progressive comme les néoplasies qui la déterminent, mais elle peut être subite, lorsqu’un abcès ou un kyste hydatique se rompt et | déverse son contenu dans le canal rachidien. Les modifications subies f en pareil cas par la moelle varient suivant la durée et l’intensité de I la pression exercée sur le cordon médullaire. Une pression passagère ne i détermine souvent aucune lésion sérieuse ; on a vu des paralysies dispa- j raître ([uelques jours après la réduction d’une luxation vertébrale, ou ï

«ncore par rappllcation d’un appareil prothétique dans un mal de Polt. Malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi, et la moelle, même sans changement appréciable de coloration, se montre à l’œil nu atteinte de ramollissement ou d’induration. Vue au microscope, la partie comprimée offre les caractères d’une myélite transverse interstitielle, avec destruction , plus ou moins complète des tubes nerveux. En effet, les trabécules de la névroglie sont épaissis, les gaines de myéline ont disparu et des amas de granulations graisseuses les remplacent; toutefois un certain nombre 1 de cylindres axiles persistent, et même on en trouve qui paraissent avoir subi une augmentation de volume (Charcot).

Cette lésion ne s’étend guère au delà de la région comprimée, mais, par contre, elle peut engendrer des dégénérescences secondaires, c’està-dire, suivant le point comprimé, des myélites ascendantes ou descendantes qui ne dilfèrent pas des myélites fasciculées que nous avons étuj diées plus haut.

j Ces elléts symptomatiques de ce genre de compression sont, d’une f façon générale, des douleurs aiguës qui irradient suivant la direction ’ des nerfs dont les racines se trouvent irritées, de l’hyperesthésie et plus ^ tard de l’anesthésie des surfaces cutanées correspondantes, parfois des ' éruptions comme le zona, ou encore de l’atrophie de certains muscles, i Aune simple parésie succède une paralysie plus ou moins complète ;

[ ensuite il se produit des secousses, des crampes dans les membres paralysés, une rigidité temporaire, et enfin une contracture permanente, eflet

I d’une sclérose descendante qui entraîne les membres dans un état de flexion graduelle. Ajoutons à ces phénomènes une exagération du pouvoir réflexe de la moelle, en vertu duquel le moindre attouchement est suivi de convulsions des membres paralysés, et aussi la contracture ou la paralysie des sphincters. La guérison de ces accidents n’est pas impossible; elle peut provenir de la cessation de la compression, et être suivie de la régénération des tubes nerveux, ainsi qu’il a été constaté dans quelques cas.

De la myélite par compression nous rapprocherons la myélite par abaissement brusque de la pression atmosphérique. Peuétudiéejusqu ici, cette myélite a été observée par Leyden et par Schultze (1), qui ont constaté dans la substance blanche de la moelle épinière des foyei’s disséminés de myélite caractérisés par la disparition des éléments nerveux,

(1) E. Lcydo.n, Archiv f. Psych. und Nervenkrankh., t. IX. — F. Schultze, Zur Kennlniss der nach Einivirkuny plôtilicli erniedrigten Luftdrucks eintretenden Rückenmarksaffect., etc. (Archiv f. Anal, und Physiologie, 1880, t. LXXIX, p. 124; anal,

clans Arch. gén. de méd., 1882, t. I, p. t07).

la formation d'éléments nouveaux et la déchirure ou l’épaississement des vaisseaux.

D’une durée de quatorze jours dans un cas, de deux mois et demi dans l’autre, cette myélite s’est révélée par les phénomènes les plus graves ; paraplégie- complète, paralysie du rectum et de la vessie, diminution de la sensibilité, et enfin eschares, cystite et pyélite.

Bibliographie. — R. Bright, Remarks on effects of pressure upon spinal marrow {Guy’s hospital Rep., sér. 1, t. Il, p. 491). — Louis, Mémoire sur l’état de la moelle épinière dans la carie vertébrale, Recherches anatomico-pathologiques. Paris, 1826. — Miciiauh, Delà méningite et de la myélite dans le mal vertébral. Thèse de Paris, 1871. — Bouchard, Compression de la moelle épinière (Dict. encyclop. des sc. méd., Paris, 1874, sér. 2, t. VIII, p. 664). — J.-M. Charcot, Leçons sur les mcdadies du système nerveux, Paris, 1877, p. 73. — A. VuLPiAN, Mal. du système nerveux. Leçons recueillies par Bourceret, Paris, 1879, p. 14. — Keil, Un cas de fracture de la colonne vertébrale avec dégénérescence secondaire de la moelle {Gaz. méd. de Paris, 1878, p. 579). — O. Kahler, Des altérations consécutives à la compression de la moelle {Prager Zeitschr. f. prakt. Heilkunde, 1881, 1. 111, p. 153, et Rev. des sc. méd., t. XXIII, p. 63).

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