GANGLIONS NERVEUX
Les cordons nerveux du grand sympathique, malgré une texture spéciale, sont soumis à des altérations semblables à celles des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs ; aussi nous dispenserons-nous d’en parler ici. Par contre nous dirons quelques mots des lésions matérielles des ganglions nerveux. L’étude de ces lésions n’est pas faite, et cependant il est de la plus grande importance que le pathologiste puisse les reconnaître, et vérifier ainsi les données physiologiques acquises dans ce domaine par l’expérimentation.
La négligence que l’on apporte assez généralement <à l’examen de ces ganglions, après la mort, est sans doute la principale cause de l’ignorance où nous sommes touchant leurs lésions. Composés d’un stroma conjonctivo-vasculaire, de cellules et de tubes nerveux, ces organes, au point de vue de l’arrangement de leurs éléments, peuvent se grouper sous plusieurs chefs. Un premier groupe comprend les ganglions spinaux, ceux des nerfs grand hypoglosse, pneumogastrique, glosso-pharyngien, le ganglion géniculé et le ganglion de Casser. Dans un second groupe se rangent les ganglions sympathiques cervicaux, dorsaux, lombaires et sacrés, et de plus les ganglions ophthalmique, spbéno-palatin, otique, etc. Ce groupe se distingue du précédent non seulement par de légères diflérences dans les éléments nerveux, mais encore par l’abondance du stroma conjonctif formant des cloisons intérieures dans lesquelles sont contenus les gros vaisseaux. Un dernier groupe comprend les ganglions des plexus pharyngien, cardiaque, hypogastrique, et enfin les ganglions situés sur les branches périphériques du sympathique, dans la trame du cœur, dans les parois du tube digestif, etc. Tous ces ganglions, malgré une légère dilîérence de structure, ne sont pas moins soumis à deux ordres de lésions, portant, les unes sur le stroma conjonctivo-vasculaire, les autres sur l’élément nerveux. Les premières, de beaucoup les plus fréquentes, nous occuperont plus particulièrement.
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Certains désordres ganglionnaires, en l’absence de toute donnée positive, seront forcément passés sous silence, malgré l’intérêt clinique et physiologique qui pourrait s’y attacher. Les malformations qui ne font pas plus défaut dans les ganglions que dans les autres organes, sont de ce nombre. Nous en dirons autant des atrophies et des hypertrophies, états sur lesquels nous ne possédons pas de renseignements précis, attendu qu’on a désigné sous ces noms des lésions de nature très diverse.
Phlegmasies.
Les phlegmasies des ganglions nerveux, à l’instar de celles de la moelle épinière et des nerfs, se localisent vraisemblablement tantôt aux cellules nerveuses (phlegmasies parenchymateuses), tantôt au tissu conjonctif interstitiel (phlegmasies interstitielles).
Les renseignements que nous possédons sur les phlegmasies parenchymateuses sont nuis, pour ainsi dire, car il n’est pas bien prouvé que les lésions rencontrées jusqu’ici dans les cellules ganglionnaires puissent être rapportées à un processus inflammatoire. Nos connaissances relativement aux phlegmasies interstitielles ou prolifératives sont plus avancées, en ce sens que diflérents auteurs ont décrit les lésions scléreuses du système ganglionnaire. Difficiles à démêler à leur première période, à cause des nombreux noyaux faisant partie de la structure des ganglions nerveux, ces lésions se distinguent néanmoins par la dilatation des vaisseaux qui, gorgés de sang, donnent au ganglion une teinte rougeâtre ; plus tard il est aisé de les reconnaître. Dans un cas qui m’est personnel, les ganglions cervicaux, particulièrement l’inférieur, étaient injectés, rouges et tuméfiés de telle façon qu’une altération phlegmasique ne pouvait laisser de doute (fig. 130). Sur une coupe examinée au microscope, ces mêmes vaisseaux apparaissaient dilatés, gorgés de sang, et de nombreux noyaux de nouvelle formation renfermés dans le stroma conjonctif avoisinaient les cellules nerveuses.
Bâ
Fig. 131. — a, ganglion cervical inférieur tuméfié et fortement injecté; h, coupe microscopique de ce même ganglion où se voient des vaisseaux dilatés et distendus par le sang.
Ces noyaux une fois transformés en fibrilles conjonctives rétractiles, le ganglion devient ferme, très dur, et sa lésion est mise en évidence par le microscope. Lubimofl’, dans une étude sérieuse des lésions du grand sympathique, dit avoir observé, à plusieurs reprises, une multiplication des noyaux des parois vasculaires et du tissu conjonctif interstitiel, telle que les tubes nerveux paraissaient entourés d’une masse de cellules jeunes de nouvelle formation; dans un cas de diabète sucré, il constata un épaississement conjonctif notable du ganglion cœliaque, avec atro- [)hie des cellules nerveuses. Petrow rapporte qu’il a trouvé dans la syphilis constitutionnelle une hyperplasie du tissu interstitiel des ganglions sympathiques, analogue à celle que cette maladie détermine au sein de la plupart des organes. Semblables altérations ont été vues par d’autres auteurs, en sorte qu’il n’y a pas à douter de l’existence des phlegmasies interstitielles des ganglions nerveux, et, de même que toutes les phlegmasies prolifératives, celles-ci présenteraient deux phases, caractérisées, l’une par l’apparition de noyaux et de cellules conjonctives de nouvelle formation, l’autre par la transformation de ces éléments en fibrilles rétractiles. Les cellules ganglionnaires, peu ou pas modifiées au début du processus, sont plus tard déformées, granuleuses, et en dernier lieu atrophiées aussi bien que les tubes nerveux.
La marche de ces phlegmasies est lente et leur durée toujours longue. Les phénomènes qui s’y rapportent et que nous indiquerons plus loin échappent facilement au médecin, si son attention n’est particulièrement attirée vers les désordres de ce genre.
Des phlegmasies simplement scléreuses il y a lieu de rapprocher les phlegmasies gommeuses et tuberculeuses. Les premières ont pour siège habituel les ganglions de la tête et surtout le ganglion de Gasser. Les secondes alfectent plus volontiers les ganglions du plexus solaire et coexistent généralement avec la tuberculose des capsules surrénales (voy. p. 372, note, et p. 375).
§ 2. — Néoplasies.
Les néoplasies des ganglions nerveux sont rares et d’ailleurs fort mal étudiées, car la plupart des faits décrits sous le nom de cancer des ganglions manquent du contrôle histologique et ne sauraient être acceptés sans discussion. Lésion essentiellement épithéliale, le cancer proprement dit ne se développe jamais primitivement dans les ganglions nerveux:
lorsqu’il s’y rencontre, c’est secondairement, et le plus souvent par propagation. Les tumeurs conjonctives, au contraire, y ont été observées à plusieurs reprises et de façon à ne laisser aucun doute.
Cruveilhier a fait représenter, dans son bel Atlas, une lésion des ganglions cervicaux du grand sympathique qu’il décrit comme une transformation fibreuse, et que caractérise une série de tumeurs affectant les ganglions cervicaux et communiquant entre elles et avec les branches^ antérieures des paires cervicales. Pour la plupart fusiformes, ces tumeurs ont un aspect lisse, à peine bosselé, une dureté presque cartilagineuse,.
' de telle sorte que, même en l’absence d’un examen microscopique, il n’est guère possible de douter de leur nature fibreuse. Du reste, il existe, dansla Phtjsiologie pathologique de Lebert, un cas assez semblable, celui d’une tumeur ferme, ovoïde, du volume d’un œuf de pigeon, située dans ! l’épaisseur du ganglion cervical supérieur, et qui présentait les caractères histologiques des tumeurs fibreuses. Les fibres nerveuses et les cellules ganglionnaires étaient étouffées par le tissu néoplasique ; les organes du thorax et de l’abdomen paraissaient normaux. La malade, une jeune fille de vingt ans, avait, dans les derniers temps de son exis- I tence, un pouls petit, très accéléré, une vive oppression et de violentes palpitations ; elle se plaignait en outre de sensations de fourmillements,
: et, en dernier lieu, elle fut atteinte d’une paralysie des membres, liée sans I doute à la présence de fibromes développés dans la cavité rachidienne.
Ces faits démontrent clairement que les ganglions du grand sympathique n’échappent pas aux néoplasies fibreuses ; les autres ganglions sont également exposés à ce genre de lésion, car Dixon rapporte le cas d’une : tumeur développée dans le ganglion de Casser, dont la nature fibreuse,
[ malgré l’absence d’examen microscopique, ne saurait laisser de doute.
§ 3. — Hypoplasies.
I Les hypoplasies des ganglions sont des désordres qui se localisent plus spécialement aux cellules nerveuses, mais qui parfois aussi intéressent les vaisseaux sanguins et le tissu conjonctif. La stéatose des cellules I nerveuses, constatée à diverses reprises par plusieurs auteurs, n’est pas discutable. Elle est caractérisée par l’apparition, au sein de ces éléments, de granulations graisseuses qui les déforment, les tuméfient et finissent quelquefois par les détruire. Elle existait dans un cas de cancer avec altération ganglionnaire généralisée observé par Lubimolf, et dans
un cas d’empoisonnement par le phosphore, où ce même auteur aurait constaté en outre la stéatose des vaisseaux et des éléments cellulaires du stroma ganglionnaire.
La leucomatose ou dégénérescence dite amyloïde est une lésion rare dans les ganglions nerveux. Elle a pour siège les vaisseaux de ces ganglions, dont les parois sont épaissies, grisâtres, translucides, et que colore en rouge au bout d’un certain temps l’eau iodée (LubimolT). Cette lésion a été rencontrée plusieurs fois sur des sujets tuberculeux et syphilitiques (Foa).
La chromatose ou dégénérescence pigmentaire se localise spécialement aux cellules nerveuses. Des grains de pigment d’ordinaire assez gros, jaunes ou brunâtres, quelquefois très lins et d’un noir foncé, entourent le noyau et forment de petits amas colorés, disséminés dans toute l’étendue de la cellule, dont ils masquent les diverses parties. Ce désordre est commun dans la sénilité, l’alcoolisme et la pellagre.
8 4. — Parasitisme.
Aucun parasite animal n’a été observé dans les ganglions nerveux ; par contre, on y a rencontré des microbes. LubimoB'a observé dans la pyémie, la diphthérie et l’endocardite ulcéreuse, un certain nombre de vaisseaux des ganglions cœliaque et cervical supérieur remplis d’une substance grise, granuleuse, ne changeant pas sous l’influence de la potasse caustique ou de l’acide acétique concentré ; c’étaient là des amas de microcoques qui d’ailleurs se retrouvaient aussi dans le tissu même de ces urganes.
§ 5. — Traumatisme.
Les altérations traumatiques des ganglions nerveux sont l’efl'et, ou bien de blessures, ou bien d’irritation et de compression par suite de lésions de voisinage. Les plaies, les déchirures et les contusions, désordres rares en raison du siège spécial de ces organes, sont plus fréquentes dans la région cervicale que partout ailleurs. Au point de vue anatomique, ces désordres ne diffèrent pas des mêmes accidents observés dans les nerfs et la moelle épinière, du moins si on s’en rapporte à ce qui se passe chez les animaux.
La compression des ganglions nerveux est l’efl'et de la présence de (
1 néoplasies diverses, conjonctives ou épithéliales, de masses tuberculeuses, ! de tumeurs anévrysmales, etc. Les plus redoutables de ces lésions sont : presque toujours celles des glandes lymphatiques, dont les rapports avec les ganglions nerveux sont bien connus. Ces glandes, tuméfiées et indurées, irritent, compriment, enllamment ou atrophient les ganglions voii sins, et sont ainsi la cause de désordres sérieux, qui malheureusement I échappent dans un trop grand nombre de cas à l’attention du clinicien et - de l’anatomo-pathologiste. Bien des fois, dans la tuberculose et la carcij iiose des glandes lymphatiques prévertébrales, nous avons trouvé les j ganglions nerveux injectés, déformés, atrophiés; mais c’est surtout dans la tuberculose des capsules surrénales que ces désordres sont communs ! L’altération secondaire des ganglions et des branches nerveuses du grandi i sympathique est, en elfet, presque toujours associée à cette tuberculose, j et de là une série de troubles fonctionnels des plus variés et des plus [ sérieux, trop souvent suivis de la mort.