TROUBLES FONCTIONNELS LIÉS AUX LÉSIONS DES GANGLIONS NERVEUX
j Peu influencés par la nature de l’altération, les troubles fonctionnels I des ganglions nerveux offrent des différences manifestes, suivant que le ; désordre qui les provoque a pour effet une simple irritation ou une des- I truction, c’est-à-dire l’excitation ou la paralysie. D’un autre côté, suboiç donnés au fonctionnement spécial des parties intéressées, ces troubles I varient nécessairement avec le siège du foyer d’altération, et à cet effet [il y a lieu de les étudier dans chacune des trois grandes régions qui sont j leurs principaux centres : région cervicale, région épigastrique, région hypogastrique.
Les effets provenant de la section du sympathique cervical ont été [Sérieusement étudiés, depuis Pourtour Dupetit, par plusieurs expérimentateurs et surtout par Claude Bernard ; ils consistent en désordres divers, à savoir : troubles vaso-moteurs, troubles oculo-pupillaires, troubles sécrétoires et ti’oubles cardiaques. Les troubles vaso-moteurs se révèlent par une rougeur plus ou moins intense avec augmentation de la température des parties animées par le nerf sectionné; les troubles sécrétoires, par des sueurs de ces mêmes parties; les troubles oculo-pupillaires, par la rétraction du globe de l’œil, le resserrement de la fente palpébrale, le rétrécissement de la pupille; les troubles cardiaques enfin, par le ralentissement du pouls.
Les phénomènes observés dans les cas de simple excitation des gan-
filions OU des filets nerveux du sympathique cervical sont entièrement dilîéreiits ; la face est anémiée, pâle, aplatie et refroidie, la pupille dilatée et immobile, la fente palpébrale élargie, l’œil saillant au dehors (exophthalmie), enfin les battements du cœur sont accélérés. Observés dans des cas d’irritation traumatique ou de compression par des tumeurs diverses, goitreuse, anévrysmale, etc., ces phénomènes se rapprochent assez de ceux qui caractérisent la maladie dite de Basedow; aussi y a-t-il quelque raison d’attribuer ce syndrome à l’irritation du sympathique cervical ; du reste, nous avons trouvé le ganglion cervical inférieur fortement irrité dans un cas de ce genre.
Les troubles dépendant d’une altération des ganglions et filets sympathiques situés dans la région épigastrique varient également, selon que l’altération a pour effet la destruction ou la simple irritation de ces organes ; malheureusement, ils n’ont pas été jusqu’ici l’objet d’une analyse assez sévère pour qu’il soit possible de les examiner sous ce double rapport Ces troubles ont pour siège les organes auxquels se distribuent les nerfs émanant du plexus solaire et des plexus voisins, c’est-à-dire l’estomac, l’intestin, le foie, les reins, etc.
Le désordre de l’estomac se révèle par la diminution de l’appétit et l’apparition de vomissements aqueux plus ou moins abondants, qui se renouvellent presque chaque jour, ainsi que le prouvent les cas d’altération du plexus solaire dans la tuberculose des capsules surrénales ; celui de l'intestin consiste en une diarrhée aqueuse, sorte de lientérie qui peut persister pendant longtemps. Les expériences d’Armand Moreau ont mis hors de doute l’origine de ce trouble, en montrant que la sécrétion d’une anse intestinale dont on a lié les deux bouts se trouve exagérée par la section des nerfs qui s’y rendent. Par contre, il y a des raisons de croire que l’excitation du plexus solaire a pour effet la dyspepsie flatulente, et <iue le trouble sécrétoire désigné sous le nom d’entérite membraneuse est dû non pas à la paralysie, mais à l’excitation des filets intestinaux du nerf sympathique. Les désordres fonctionnels du foie liés aux lésions des ganglions ou des nerfs sympathiques sont mat connus; toutefois, plusieurs auteurs, et Schiff en particulier, ont reconnu que la section bilatérale des nerfs splanchniques, chez les chiens et les cobayes, était suivie de glycosurie et, par conséquent, d’un certain degré d’hypérémie hépati(iue. Ajoutons que certains flux biliaires peuvent être rattachés à des lésions des ganglions ou des nerfs sympathiques, et que la sécrétion hépatique est quelquefois notablement diminuée à la suite d’impressions nerveuses un peu vives. Tous ces faits ont la plus grande importance, et mériteraient d’être mieux étudiés.
Les altérations des plexus nerveux se distribuant aux reins engendrent des troubles caractérisés soit par de l’bypérémie avec exagération de la sécrétion, soit par de l’anémie, avec affaiblissement de la fonction rénale. Brown-Séquard (1) a vu se produire de la congestion des reins à la suite de la section des nerfs rénaux, et ce phénomène a de plus été constaté par P. Bert et par Ranvier. L’ignorance où nous sommes des lésions et de la physiologie des plexus hypogastriques nous met dans l'impossibilité d’en parler.
Les désordres résultant de l’altération du ganglion de Casser ou de la section du nerf trijumeau en deçà de ce ganglion se montrent spéciale- I ment du côté de l’oeil, dont la cornée devient rapidement opaque, se ra- ! mollit, s’ulcère et se perfore de telle façon que le globe oculaire finit par j se vider. Ce fait, démontré expérimentalement par Magendie et depuis 1 lors par beaucoup d’autres physiologistes, est confirmé par de nombreuses observations cliniques, comme le prouve, du reste, le cas de gomme syphilitique du ganglion de Casser, rapporté plus haut (voy. p. 372).
j Les effets de l’altération des autres ganglions nerveux n’ont pas une moindre importance ; leur étude est donc du plus haut intérêt, et le clinicien doit s’appliquer à les rechercher avec grand soin, afin de pouvoir les diagnostiquer et en tirer des indications pronostiques et thérapeutiques utiles aux malades.
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CHAriTRK 111
ENCÉPHALE
Après avoir dépassé le trou occipital, les cordons médullaires reçoivent entre leurs faisceaux les noyaux d’origine des dernières paires cérébrales, d’où un élargissement de la moelle, connu sous le nom de bulbe ou moelle allongée; puis quelques-uns de ces cordons se portent en arrière et en haut pour constituer le cervelet, tandis que les autres se continuent à travers la protubérance et forment les pédoncules cérébraux dont les faisceaux aboutissent à des noyaux gris ; corps opto-striés, tubercules quadrijumeaux, etc., lesquels se trouvent coi Iles de deux masses allon- I gées de substance nerveuse ou hémisphères cérébraux. Ainsi, un rapport i des plus intimes existe entre la moelle épinière, le cervelet et le cerveau.
I Connaissant les faisceaux médullaires, il nous reste, pour donner une idée de la composition de l’encéphale, à indiquer sommairement la structure des noyaux de substance grise ou ganglions du cerveau et des calottes hémisphériques qui les recouvrent. Ajoutons qu’au milieu de la masse provenant de cette réunion sont creusées les cavités ventriculaires, sur la paroi desquelles apparaît la substance des noyaux ganglionnaires, et faisons tout d’abord connaître en peu de mots la topographie de l’écorce grise qui se montre sous la forme de plis sinueux ou circon- I volutions.
j La surface des hémisphères cérébraux est divisée en lobes frontaux,
I pariétaux, occipitaux et temporaux ou temporo-sphénoïdaux (tig. 132).
Le lobe frontal, le plus antérieur, se trouve séparé du lobe pariétal par ! un sillon profond, scissure de Rolando (lig. 132, R). On y observe quatre j circonvolutions principales, dont trois dirigées d’arrière en avant et ! désignées sous les noms de première Fi, seconde F2 et troisième frontale F3. La quatrième, située en arrière des précédentes, borde en avant le sillon de Rolando; elle s’appelle frontale ascendante Fa.
I Le lobe pariétal est limité en avant par la scissure de Rolando R, qui le sépare du lobe frontal, en arrière par la scissure pariéto-occipitaleSp, Lancerexux. — Traité (l’.\aal. path. lit. —33
ANATOMIE l’ATHOLOOlQUE.
([ui le sépare du lobe occipital, en bas parla scissure de Sylvius S, qu le sépare du lobe temporal. Il possède deux circonvolutions principales, la circonvolution pariétale ascendante Pa, qui borde en arrière le sillon de Rolando et se continue en haut avec le lobule pariétal supérieur Ps, et la circonvolution du pli courbe ou lobule pariétal inférieur Pi, séparée par une scissure du lobule du pli courbe Pc.
Le lobe temporal est formé de trois circonvolutions pai’allèles et assez semblables dénommées, en procédant de haut en bas, sous les noms de
Fig. 132. — Face e.\tcnie de riiémisphère droit (Richer). — S, scissure de Sylvius; R, sillon de Rolando; IP, scissure interpariétale; P, scissure parallèle ; Sp, scissure peppendi-^, culairc externe. ^
première Ti, seconde et troisième circonvolution temporale T3. Le lobe occipital comprend trois circonvolutions également désignées Oi , O3, O3.
La face interne des hémisphères (tig. 133) présente deux circonvolutions immédiatement au-dessus du corps calleux, la circonvolution marginale du corps calleux Fs, puis la scissure calloso-marginale 3, au-dessus de laquelle existent, d’avant en arrière : la première circonvolution frontale interne Fj, le lobule paracentral P, la scissure fronto- |)ariétale interne 2, le lobule quadrilatère ou avant- coin AC, la scissure pariéto-occipitale 4, le lobe cunéiforme ou coin G, et le lobe occipital avec ses deux circonvolutions TOj, TO3. A la |>artie postéro-interne, se trouve la circonvolution de l’hippocampe.
La surface du cervelet présente des circonvolutions semblables il celles
ENCEPHALE.
du cerveau, mais elles ont été moins étudiées. Indépendamment des l'aisceaux ([ui lui viennent de la moelle, cet organe envoie des pédoncules vers le cerveau, et se trouve en communication d’une part avec la moelle allongée, d’autre part avec les centres gris du cerveau, de telle solde que chaque hémisphère cérébelleux est relié à l’hémisphère cérébral du côté opposé; aussi l’atrophie d’un hémisphère cérébral est-elle ordinairement suivie de l’atrophie de l’hémisphère cérébelleux opposé.
Le cervelet est composé d’une substance grise et d’une substance blanche constituées l’une et l’autre par des éléments nerveux, un stroma conjonctif et des vaisseaux. La substance blanche renferme des tubes
Eig. 133. — Face interne de l’hémisphère droit (Richer). — 1, scissure de Rolando; 2, scissure fronto-pariétale interne; 3, scissure calloso-marginale ; i, scissure perpendicu- ' laire interne; 5, scissure calcarine.
nerveux parallèles, à contours foncés se bifurquant parfois au voisinage de la substance grise. Celle-ci existe sur la voûte du quatrième ventris cule, au-dessous des valvules de Tarin, où se rencontrent des cellules I nerveuses brunâtres de 45 à 67 g de diamètre ; dans le corps dentelé au niveau du feuillet gris rougeâtre, où se voient des cellules jaunâtres mesurant 18 à 36 g et munies de deux à cinq prolongements. Dans les circon- 1 volutions, la substance grise comprend, suivant Kôlliker, une couche interne ou rouillée et une couche externe ou grise, renfermant des cellules et des tubes nerveux diversement disposés. Meynert a trouvé dans ; l’écorce grise du cervelet, en allant de la surface à la profondeur, une première couche épaisse, granuleuse, pauvre en cellules ganglionnaires; une seconde couche mince parcourue par des tubes nerveux à moelle et
ANAÏOMlIi PATÜÜLOGIQUE.
minés; 2, couche dense de petits corpuscules corticaux pyramidaux ; 3, couche d ■i, couche dense de corpuscules corticaux, ijcorpusculcs corticaux rusil'ormes; nij faisc
des cellules l'usif'ormes ; une troisième couche composée de grosses cellules nerveuses (cellules de Purkinje) dont les prolongements protoplasmiques ramifiés s’étendent dans les deux couches précédentes, tandis que le prolongement cylindrique axile unique (prolongement de Deiters) s’enfonce dans les couches profondes ; enfin une couche granuleuse, formée de petites cellules rondes, et la substance blanche avec ses fibres nerveuses.
La structure du cerveau comprend, comme celle du cervelet, des éléments nerveux, un stroma conjonctif ou névroglie, des vaisseaux artériels et veineux. Les tubes nerveux occupent la substance blanche, tandis que les cellules sont réparties dans l’écorce et dans les noyaux centraux de substan.ce grise. Celle-ci comprend , indépendamment des circonvolutions, trois paires de ganglions, qui sont les tubercules quadrijumeaux, les couches optiques et les corps striés. Ces ganglions sont isolés comme le corps strié, ou bien unis entre eux et avec les parties grises sous-jacentes (couches optiques, tubercules quadrijumeaux) ; des fibres nerveuses les relient d’une ])art avec le cervelet et le bulbe, d’autre part, avec les circonvolutions cérébrales. Les cellules que renferment ces masses varient avec chacune d’elles; celles des corps
; grands corpuscules corticaux pyramidaux;
petits et de forme irréguljère; 5, couche de
;aux médullaires.
ENCEPHALE.
striés sont les plus volumineuses et les plus ramiliées, elles ont de deux à cinq prolongements. A ces éléments aboutissent d’une part les libres nerveuses des pédoncules cérébraux, d’autre part, celles qui forment la masse blanche du cerveau et proviennent de la substance grise corticale ou substance des circonvolutions.
Les circonvolutions cérébrales sont formées, dans le lobe frontal et dans le lobe pariétal, de cellules de diverses grandeurs, les unes rondes, les autres pyramidales ou fusiformes, puis de libres nerveuses et d’une substance granuleuse. Ces éléments sont disposés de telle façon qu’il est possible d’y reconnaître cinq couches plus ou moins distinctes, bien étudiées par Meynert (lig. 134). La première de ces couches, située au-dessous de la pie-mère, laisse voir des tubes nerveux à myéline, très minces, parallèles à la surface du cerveau, et quelques petites cellules pyramidales éparses dans une substance granuleuse (1). La seconde couche (2), de teinte foncée, renferme une grande quantité de cellules pyramidales de moyen volume, à sommet eflilé vers la surface de la circonvolution, et une faible quantité de matière amorphe interposée.
I La troisième nouche (3) est caractérisée par la présence de cellules pyra- I midales, pour la plupart très grosses et presque aussi volumineuses que les grandes cellules des cornes antérieures de la moelle (cellules géantes). Ces cellules allongées se terminent en pointe du côté de la surface^ du cerveau, de sorte que leur base occupe la partie profonde de la circonvolution. Elles émettent des branches plus ou moins nombreuses et reçoivent à leur base un tube nerveux qui correspond aux prolongements de Deiters. Entre ces grandes cellules cheminent des faisceaux de tubes nerveux à moelle dont la direction est perpendiculaire à la surface de la circonvolution.
I La quatrième couche contient de petites cellules irrégulières, rappro- ' chées les unes des autres (couche granuleuse), tandis que la cinquième renferme des cellules fusiformes. Les éléments de ces deux couches sont séparés en colonnes, prismes ou lamelles perpendiculaires, par des cloisons formées de la juxtaposition de cylindres-axes ou de tubes nerveux qui vont se terminer dans les cellules pyramidales. Il est digne de remarque que les cellules pyramidales ont leur cylindre-axe dirigé vers la substance blanche, tandis que les cellules de petit volume vont gagner la périphérie des circonvolutions.
Les circonvolutions des lobes occipitaux et sphénoïdaux ont la même structure, avec celte différence que les cellules pyi’amidales y sont plus rares et que les cellules géantes y font défaut. Ces éléments sont localisés
ANATOMIE PATHOLOOIQUE.
d’une façon toute spéciale dans les portions des lobes frontaux et pariétaux, considérés comme étant les centres psychomoteurs.
Entre l’écorce grise et les ganglions du cerveau existe une masse centrale de substance blanche composée de libres nerveuses formant, suivant Luys (1), trois systèmes principaux. Un premier système est représenté par une catégorie nettement isolée de libres blanches, qu’en raison de leur direction, on peut appeler système des fibres commissurantes, parce qu’elles relient entre elles les portions homologues de chaque lobe cérébral, ou les diverses régions d’un même lobe.
Le deuxième système, ou système des fibres cortico-thalamiques, est constitué par tout un ensemble d’éléments rayonnés qui relient les différents territoires de l’écoi’ce à la couche optique, au pourtour de laquelle ces fibres se groupent comme les rayons d’une roue autour du moyeu. Les postérieures se dirigent d’arrière en avant (fibres de Kôlliker); les supérieures, de haut en bas (fibres de la couronne de Reil) ; les antérieures, qui affectent une direction antéro-postérieure, plongent, pour arriver à leur centre de convergence, ii travei’s la substance grise du corps strié, qu’elles divisent ainsi en deux segments. Ce sont ces fibres, disposées en fascicules stratifiés, que l’on décrit sous la dénomination de capsule interne. Une fois parvenues à leur centre d’aboutissement, ces fibres se disposent en filaments grisâtres, et vont se perdre, les unes dans les noyaux isolés de la couche optique, les autres dans la substance ‘grise centrale qui tapisse les parois du troisième ventricule.
Le troisième système est formé par une série de fibres blanches, qui ont aussi leur origine commune au sein des différentes régions grises de l’écorce, et qui vont se disperser dans la masse du corps strié et celle des noyaux sous-optiques {système des fibres cortico-striées). Ces fibres ont toutes une direction convergente. Les postérieures se dirigent d’arrière en avant, les supérieures de haut en bas, les antérieures d’avant en arrière, et de la sorte elles arrivent à se grouper comme les branches d’un éventail en dehors du corps strié qu’elles emboîtent sous le nom de capsule externe. Une portion d’entre elles se perd dans les différents noyaux de la masse du corps strié, tandis qu’une autre portion s’étend jusqu’aux noyaux gris centraux étagés de haut en bas, depuis les noyaux rouges de Stilling jusqu’aux noyaux gris des olives bulbaires. Ainsi, les différents territoires de l’écorce grise cérébrale sont reliés non seulement aux noyaux centraux opto-striés, mais encore à toute la série des petits centres gris des régions de l’isthme, de la protubérance et du bulbe. Le rôle phy-
(I) I.UYS, (]ompt. rend, de l'Arndêin, dea ftr.ienr.es. Paris, 7 juillet 1884.
ENCEPHALE.
siologique de chacun de ces systèmes de fibres -blanches est, selon l’auteur précité, facile à concevoir. Les libres transversales ou commissurantes peuvent être considérées comme servant à l’unité d’action des régions homologues de chacun des deux lobes cérébraux; les fibres cortico-thalamiques, comme des voies de diffusion dans une direction centrifuge des différents ordres d’incitations sensorielles irradiées des noyaux gris thalamiques, vers les différents territoires de l’écorce ; les fibres cortico-striées seraient alors destinées à ramener vers les régions motrices centrales (corps strié) les incitations à direction centripète, conçues dans les différents territoires psycho-moteurs de l’écorce cérébrale. Si pourtant on s’en rapporte aux observations cliniques, il y a des raisons de croire que toutes les fibres nerveuses provenant de la moelle épinière ne sont pas arrêtées dans les corps opto-striés et que plusieurs faisceaux s’étendent jusqu’aux circonvolutions : c’est du moins ce que semblent prouver les cas de dégénération descendante consécutive aux lésions de l’écorce cérébrale.
Le stroma conjonctif de l’encéphale est constitué par un fin réticulum, sorte de canevas à mailles très larges dans la substance blanche, notamment dans aelle du bulbe et de la protubérance, beaucoup plus étroites et resserrées dans la substance grise, particulièrement à la surface du cerveau et du cervelet, infiltré d’une grande quantité de noyaux dans. la couche rouillée des circonvolutions cérébrales et dans la corne d’Ammon. Les mailles de ce canevas, dans lesquelles sont contenus les cellules et les tubes nerveux, servent de soutien aux vaisseaux et sont pourvues de noyaux arrondis, sur plusieurs des points où elles se réunissent.
Les carotides internes et les vertébrales fusionnées en un seul et unique tronc, le tronc basilaire, forment par leurs divisions et leurs anastomoses, à la base de l’encéphale, l’hexagone dit de Willis, lequel, s’il est complet, permet le rétablissement de la circulation dans les vaisseaux de l’encéphale, lorsque l’un des troncs d’origine vient à s’obstruer. Par contre, l’oblitération d’une artère située au delà de cet hexagone est , presque invariablement suivie de ramollissement.
Les trois artères principales qui émanent de l’hexagone de Willis sont les cérébrales antérieures et les sylviennes, branches de division des i carotides internes, lesquelles se distribuent aux régions antérieures et 1 latérales du cerveau ; puis les cérébrales postérieures, branches de la I basilaire, destinées à la région postérieure de ce même organe. Le cer- I velet, la protubérance et le bulbe reçoivent leurs vaisseaux du tronc I basilaire et des vertébrales. Après s’être ramifiés dans la pie-mère, les
ANATOMIE l’ATHOr.OfilOUE.
rameaux nés des artères pénètrent dans la substance nerveuse sous forme de divisions très fines, excepté dans la substance perforée et dans ■ ü la protubérance, où leur volume plus considérable semble pouvoir rendre | f compte de la fréquence de l’hémorrhagie en ces points. Les rameaux | destinés aux circonvolutions s’enfoncent à peu près perpendiculaire- q ment dans la substance grise, où ils forment un réseau capillaire assez i ; serré dans la couche des cellules pyramidales, puis poursuivent leur trajet jusque dans la substance blanche, où ils s’anastomosent par leurs i extrémités avec les artérioles de cette substance. Ces anastomoses se font par de très lins ramuscules, condition favorable <à la production de ramollissements partiels des circonvolutions par oblitération artérielle. i Aussi les infarctus ou plaques jaunes des circonvolutions comprennent- , ( ils à la fois la couche grise et la partie blanche de ces parties. a
Toutes les régions des centres nerveux ne sont pas également pourvues I de vaisseaux; la richesse vasculaire de la substance grise l’emporte sur f celle de la substance blanche; le corps strié est à cet égard l’une des i parties les plus favorisées, ce qui peut donner la clef de la fréquence de \ ses altérations. Les artérioles conservent, dans le cerveau, leurs trois tuniques. L’adventice est mince, dense, rétractile, pourvue de noyaux ii d’autant plus abondants que l’âge est moins avancé. La tunique moyenne I est exclusivement formée d’éléments musculaires, tandis que la tunique |i interne est composée d’une membrane élastique fenêtrée et de cellules Ih endothéliales fusiformes. Ces diverses couches se fusionnent insensible- 'lili ment, et, sur les capillaires, on ne trouve plus qu’une membrane sem- ' y blable à l’adventice avec noyaux oblongs et l’égulièrement espacés. Les veines font suite aux mailles des capillaires, et les plus volumineuses ' ^11 d’entre elles ne présentent généralement aucune trace de muscles lisses; . ijf elles se réunissent de façon à former un petit nombre de troncs qui se (I
déversent dans les sinus du crâne, dont la disposition est favorable à i
l’aspiration thoracique. I
Tous les vaisseaux de l’encéphale, artères capillaires et veines, sont entourés de canaux périvasculaires spéciaux (Robin, Kôlliker, His), qui ont en moyenne une largeur double, triple ou quadruple de celle des vaisseaux sanguins, et que des injections font communiquer avec les réseaux k lymphatiques de la pie-mère. Ces canaux, que limite une membrane 4| amorphe, renferment fréquemment des cellules incolores qui ont été i i considérées par Robin comme des corpuscules lymphatiques en suspen- ( sion dans un liquide; c’est dans leur intérieur que se produisent les «I épanchements sanguins des anévrysmes faux des artères cérébrales; ■ * ajoutons que, récemment, His a décrit dans l’encéphale des espaces > t
parliculiers qui, vraisemblablement, ne sont que des espaces lymphatiques.
Les centres nerveux se montrent de très bonne heure chez le foetus humain. Dès l’apparition de la tache embryonnaire, on aperçoit une ligne transparente étendue de l’extrémité caudale à l’extrémité céphalique. Premier vestige de l’axe cérébro-spinal, cette ligne est une gouttière dont les bords se relèvent insensiblement et viennent se réunir defaçon à constituer un canal qui va former le canal de l'épendyme, canal de la moelle.
Vers son extrémité antérieure, ce canal ne se ferme pas complètement, il laisse une petite ouverture qui sera plus tard l’angle inférieur du plancher du quatrième ventricule, puis il se renfle à son extrémité antérieure et produit successivement trois poches ou vésicules encéphaliques. La vésicule antérieure donne naissance aux ventricules du cerveau et aux hémisphères cérébraux ; la vésicule moyenne, à l’aqueduc de Sylvius et aux parties qui l’entourent ; la vésicule postérieure, au quatrième ventricule, au cervelet et au bulbe rachidien.
Les vésicules cérébrales sont formées de trois couches : une couche interne, épendyme, membrane ventriculaire; une couche externe, qui sera la pie-mère, et une couche 7Uoyenne, qui formera la substance nerveuse. Les hémisphères cérébraux se développent d’avant en arrière, en ce sens que leur extrémité postérieure se prolonge insensiblement, de telle sorte qu’elle recouvre d’abord les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux antérieurs, postérieurs, et enfin le cervelet.
La surface du cerveau est parfaitement lisse jusqu’au troisième mois; à partir de ce moment, la scissure de Sylvius tend à séparer le lobe frontal du reste de l’hémisphère. Au commencement du cinquième mois, la scissure perpendiculaire interne commence à se dessiner et, à la fin de ce même mois, la scissure de Rolande. Les autres scissures se I montrent dans le courant du sixième mois, et s’accusent de plus en plus j jusqu’à la naissance; les circonvolutions se dessinent peu à peu, mais I leurs anastomoses ne se développent qu’après la naissance.
; L’accroissement de l’encéphale s’opère tout à la fois par l’augmentation ! de volume et par la multiplication des éléments qui le composent; il 1 n’est pas complet avant l’âge de vingt à vingt-cinq ans. A cette première I phase succède une période d’état dans laquelle les déchets organiques sont compensés par l’apport nutritif, puis survient une phase de dé- ' chéance caractérisée par des modifications histologiques, accompagnées J d’une diminution de volume et de poids.
Pour évaluer d’une façon exacte le poids de l’encéphale, il importe, en effet, de tenir compte de Page, du sexe, de la taille et de la maladie. C’est de 25 à 35 ans que ce centre atteint son poids maximum ; de 55 à 65 ans, il diminue, et de 65 à 90, il perdrait, suivant Broca, un cinquième ou un ' sixième de son poids par rapport à la période maximum. Le poids moyen du cerveau dans la période d’état est, suivant Broca (1), de 1421 grammes ' chez l’homme, et de 1260 grammes cliez la femme ; l’écart entre les poids extrêmes a été trouvé de 423 grammes par le même auteur.
Les sujets grands ont, d’une façon absolue, plus de cerveau que les sujets • petits, chez l’homme comme chez la femme; mais la proportion change £i l’on a égard à la taille, car les personnes de haute taille ont un cerveau i relativement moins lourd que celles de petite taille. La maladie, de son coté, modifie sensiblement le poids du cerveau, et, si elle l’augmente dans quelques cas, elle le diminue le plus souvent, du moins lorsqu’elle est de longue durée. Nous ajouterons que les excès alcooliques diminuent avant le temps le poids du cerveau, comme nous avons pu nous en rendre compte. On sait, d’autre part, que le travail intellectuel tend plutôt à l’augmenter.
Les changements de poids du cerveau sous l’influence de l’âge trouvent leur explication dans les modifications que subissent les éléments histologiques et la circulation de cet organe. Sous cette influence, en effet, re.xhalation de l’acide carbonique est moindre, l’activité des échanges nutritifs diminue, les cellules nerveuses s’atrophient et s’infiltrent d’un pigment plus ou moins abondant; les tubes nerveux perdent de leur tranS' parence; la substance conjonctive interstitielle s’épaissit; les tuniques des vaisseaux deviennent le siège d’une transformation graisseuse qui diminue leur résistance, prédispose aux hémorrhagies, et les gaines lyrnphatiijues s’encombrent de granulations d’hématosine. La conséquence de ces transformations est la diminution de volume de l’encé- | phale et l’augmentation de la quantité du liquide céphalo-rachidien. | Tantôt mou, tantôt induré, le cerveau présente, notamment à sa con- i vexité, des circonvolutions atrophiées dont les intervalles, remplis par I le liquide céphalo-rachidien, sont quelquefois pris pour des kystes. Effets j naturels de l’àge avancé, ces changements peuvent se produire beaucoup j plus tôt, sous certaines influences, parmi lesquelles l’abus des liqueurs alcooliques tient le premier rang. L’endartérite produit des changements analogues, mais c’est à tort que cette lésion a été considérée comme une
(1) Le poids de l'encéphale, d'apres les regislres de Paul Broca, par M. Topinard (Mém. ( 1 de la Soc. d'anthropologie de Paris, îSS.'I. sér. t. III, p. I).
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dépendance de l’àge, elle est, en réalité, un état pathologique sur lequel nous aurons à revenir plus loin.
Plusieurs agents peuvent localiser leurs effets sur les éléments propres de l’encéphale, ce sont surtout les agents toxiques, et particulièrement les boissons alcooliques, les carbures d’hydrogène, la nicotine, la morphine, et un grand nombre d’autres substances. Les maladies infectieuses ou traumatiques n’épargnent pas davantage les centres nerveux, mais, contrairement aux intoxications, elles affectent de préférence, du moins dans le principe, la trame conjonctive ou les vaisseaux, l’altération des éléments nerveux n’étant alors que secondaire : ainsi font la syphilis, la morve, la tuberculose, la lèpre, etc. Les maladies constitutionnelles, arthritisme ou herpétisme, n’agissent pas autrement, car elles s’attaquent de préférence aux vaisseaux. Chacune des parties élémentaires de l’encéphale se trouve donc soumise à l’action d’agents spéciaux, et, comme je l’ai indiqué dans ma thèse inaugurale (1), les altérations des centres cérébro-spinaux se divisent naturellement en trois grandes classes, suivant que les éléments nerveux, conjonctif ou vasculaire sont primitivement atteints. Cette distinction ne diffère pas de celle que nous avons établie pour d’autres organes, elle conduit à ce principe général, qu’un organe étant un composé de tissus divers, chacun de ces tissus est soumis à des conditions étiologiques spéciales et subit des lésions toutes particulières.
Ajoutons que ces lésions ne reconnaissent pas seulement des causes différentes, mais qu’elles ont encore des symptômes et une évolution propres. Les modifications des cellules nerveuses corticales se traduisent non seulement par des désordres des facultés intellectuelles, mais encore par des troubles du mouvement et de la sensibilité, ce qui se comprend, puisque ces éléments président aux grandes fonctions encéphaliques. Les altérations de la trame conjonctive, qui ont pour effet ordinaire de comprimer les éléments nerveux, donnent lieu à de la contracture, à des convulsions, etc., tandis que les lésions des vaisseaux entraînent à leur suite des paralysies provenant de la destruction des éléments nerveux qui sont rompus, comme dans les hémorrhagies, ou transformés et détruits, ainsi qu’il arrive dans le ramollissement par obstruction artérielle.
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ANOMALIES DE l'UKMATlON ET OE DÉVELOPPEMENT
1 Les malformations encéphaliques dont il a été question dans le pre- I mier volume de ce traité (voy. p. 110) n’ont été étudiées que partielle- ‘ ment; les désordres les plus graves reconnus comme monstruosités ont 1 seuls fixé notre attention; mais il existe toute une série d’anomalies ^ 1 moins sérieuses, néanmoins très importantes. Le sujet, quoique res- 1 treint, est encore des plus vastes et des plus intéressants, en ce sens qu’il i I comporte l’étude d’un grand nombre d’aiïections, les unes simples,
I I comme l’absence d’une partie peu étendue de l’encéphale, les autres 5 1 complexes et obscures, telles que la microcéphalie, l’idiotisme, le cré- : I tinisme, etc. Une connaissance approfondie du développement du cer-
I i veau de l’homme et des désordres qui peuvent entraver ce développe-
II ! ment serait absolument nécessaire pour traiter un sujet de ce genre, n I d’une façon tout à fait scientifique. Cette connaissance étant toujours
1 I incomplète, notre étude ne peut être qu’une ébauche; mais du reste, qui ■ I décrira jamais toutes les variétés d’organisation du cerveau humain? ' I qui dira où finit le cerveau mal formé, où commence celui qui est bien i conformé ?
I Les anomalies qu’il nous reste à examiner sont nombreuses et diffijf ! ciles à classer, en raison des nuances multiples qu’elles offrent à l’examen > j clinique et anatomique.
j j La division acceptée jusqu’ici n’a pas une base uniforme, car elle i repose tantôt sur le mode anatomique (microcéphalie, macrocéphalie).
VNATUiMlE PATHULUGIUUE.
tantôt sur le symptôme (idiotie), tantôt sur la condition étiologique (crétinisme); aussi est-elle artificielle. II y aurait lieu de faire cesser la confusion qui règne sur ce point, et de classer autrement les anomalies do l’encéphale. Malheureusement une classification étiologique serait prématurée dans l’état actuel de nos connaissances, et une division anatomique est seule possible. Celle-ci a d’ailleurs une certaine raison d’être, car les malformations du cerveau, comme celles du cœur et des autres organes, sont le fruit de lésions développées pendant la période fœtale ou peu de temps après la naissance. Tout en adoptant en principe cette division, nous chercherons à conserver les dénominations reçues et nous passerons successivement en revue : l’agénésie, l’hypergénésie et l’hétérotopie cérébrale (1).