II. — Hypertrophie
L’hypertrophie de l’encéphale, phénomène des plus rares, si on la sépare des nombreux cas de tuméfaction phlegmasique du cerveau avec lesquels elle a été confondue, est générale ou partielle, névropathique ou angiopathique.
L’hypertrophie générale ou hypertrophie de toute la masse encéphalique paraît avoir été plusieurs fois observée. Dance et quelques autres auteurs, en ellét, ont décrit, comme se rapportant à l’hypertrophie cérébrale, des cas d’augmentation de volume de la masse encéphalique, sans altération de structure; mais en l’absence de tout examen histologique, il y a lieu de conserver des doutes sur la nature de ce désordre. L’aplatissement et le rapprochement des circonvolutions, la coarctation des ventricules, une consistance et une blancheur insolites des deux sub-
ENCEPHALE.
stances, une sécheresse remarquable du parenchyme et delà cavité de l’arachnoide, tels sont les caractères de cette hypertrophie, qui, loin d’augmenter l’action et l’énergie cérébrales, tend à la diminuer, à la pervertir et à la suspendre, à cause de la compression qui s’établit nécessairement à l’intérieur du crâne lorsque ses pièces sont soudées. Tous ces caractères se retrouvaient dans deux cas qui me sont personnels, et dans lesquels je pus constater l’issue de la masse cérébrale à l’ouverture de la cavité crânienne, comme si cette cavité eût été trop petite pour son contenu. La consistance du cerveau était ferme, normale, et je n’y trouvais aucune lésion appréciable. Les malades avaient eu des accès épileptiformes pendant leur vie. Une céphalalgie ordinairement violente, un certain degré d’obtusion des facultés intellectuelles, de fréquents étourdissements avec ou sans perte de connaissance, le ralentissement du pouls précèdent habituellement ces phénomènes convulsifs.
Les causes de cette hypertrophie sont obscures ; néanmoins il faut reconnaître que le jeune âge joue ici un rôle manifeste, attendu qu’elle ne s’observe guère que chez des personnes jeunes, ayant de vingt à trente ans, et quelquefois à la suite de contusions du crâne. En somme, c’est à un excès de nutrition, vraisemblablement subordonné à un trouble de Tinnervation trophique, à un afflux sanguin exagéré, que doit être rapportée la condition pathogénique de l’hypertrophie générale du cerveau.
L’hypertrophie partielle de l’encéphale est le plus souvent compensatrice, et partant, suivant l’étendue du désordre qu’elle est appelée à suppléer, elle peut atteindre un hémisphère tout entier, un seul lobe, un seul ganglion, ou simplement quelques circonvolutions. Elle est un phénomène commun dans les malformations encéphaliques, où l’atrophie d’un hémisphère est presque toujours suivie de l’hypertrophie de l’hémisphère opposé, s’il n’est altéré. Les faits de ce genre, dont un des plus beaux exemples a été rapporté par Tuke, sont plus fréquents qu’on ne le suppose; malheureusement ils passent souvent inaperçus. L’hémisphère hypertrophié offre une consistance normale; ses circonvolutions sont volumineuses, aplaties, son poids est manifestement augmenté. Telle est Tune des causes les plus communes de la diflérence du poids relatif des deux hémisphères chez un grand nombre d’idiots, de crétins et d’épileptiques, et aussi de la différence que présentent, chez ces mêmes malades, les circonvolutions correspondantes et parfois aussi quelques-uns des ganglions cérébraux.
Quoique l’existence de l’hypertrophie partielle et compensatrice de Tencéphale ne paraisse pas douteuse, cependant elle manque du contrôle histologique, et des examens microscopiques bien faits sont encore
nécessaires pour l’établir délinilivement. 11 est évident, en tout cas, que cette hypertrophie, loin de troubler les fonctions de l’encéphale, tend plutôt à les améliorer, sans que cette amélioration soit aussi bienfaisante (jue celle qui existe dans le cas d’hypertrophie de l’un des reins où la suppléance fonctionnelle ne laisse rien à désirer.
Bibuügrapiue. — Laennec, Observ. pour servir à l’hist. de C h]jpertrophie du cerveau {Rev. méd. fr. et étranyére, Paris, 1828, t. IV, p, 385). — Dance, Obsenations pour servir à V histoire de F hypertrophie du cerveau (Répert. yen. d’anat. et physiol. pathol., Paris, 1828, t. V, p. 197-210). — P. E. Dubuc, De l’hypertrophie du cerveau, Paris, 1830. — E. II. W. Munciimeyer, Ueber Hypertrophie des Gehirns (Hannover Ann, f. d. cjcs. Heilk., 1838, t. III, p. 627- 672). — G. Lees, Observât, on hypertrophy of the brain in children (Dabi. Journ. of med. SC., 1842-43, t. XXII, p. 18-26, et Gaz. méd. de Paris, 1846, p. 46). — G. Sangau.i, Dell’ ipertrofia parziale del cervello {Gazz. med. ital. lombard. Milano, 1858, s. 4, t. III, p. 253, 1 pL). — L. Duchesne, Note sur l’hypertrophie relative des hémisphères cérébraux dans V épilepsie (Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1861, p. 269). — F. Betz, Sur l’hypertrophie du cerveau dans le jeune iige {Memorabilien, X, 6, et Prager Vierteljahrschr., t. XC, p. 102). — Duval et b’Espine, Deux observations d’hypertrophie du cerveau avec sclérose chez des enfants {Bull, de la Soc. méd. de la Suisse romande, Lausanne, 1876, t. X, p. 154-160, 3 pl.). — E. Hitzig, Hypertrophie des Gehirns {Handb. d. spec. Pathol. [Ziemssen\, Leipzig, 1876, t. XI, p. 750). — J. B. Tuke, On a case of hypertrophy of the righl cerebr. hemisph, loith coexistent atrophy of the left side of the body {Journ. Anat. et Physiol., Cambridge, 1873, t. VII, p. 257-266). — A. Brüninghausen, Ueber Gehirnhypertrophie, Bonn, 1877.
§ 2. — PlILEGMASlES ÜE L’ENCÉPHALE. — ENCÉPHALITES.
Le temps n’est plus où l’encéphalite était considérée comme une sorte d’entité morbide et divisée en encéphalite aiguë et encéphalite chronique. De même que la moelle, l’encéphale est sujet à des phlegmasies multiples et variées tant par leur siège histologique que par leur produit anatomique et leur marche. Tenant compte de ces différents éléments, nous classerons les encéphalites comme toutes les phlegmasies en trois genres principaux :
Encéphalites exsudatives ou parenchymateuses ;
Encéphalites suppuratives;
Encéphalites prolifératives ou scléreuses.
ENCEPHALE.