VI. — Cliondrome
L’absence de tissu cartilagineux au sein de l’encéphale indique suffisamment que le chondrome est tout au moins une lésion rare dans les centres nerveux. Cruveilhier a observé au-desso‘us du corps calleux une tumeur triangulaire ayant la consistance du fibro-cartilage ; mais, en l’absence de tout examen microscopique, on ne peut considérer cette lésion comme se rapportant d’une façon certaine au chondrome. Falkson a trouvé dans le troisième ventricule un chondro-cysto-sarcome et en a figuré des coupes microscopiques; c’était en réalité bien plutôt un fibrome embryonnaire partiellement transformé en tissu cartilagineux qu’un chondrome proprement dit. Cependant, Pick rapporte un exemple de tumeur cartilagineuse du cerveau, consécutive à un sarcome ostéoïde de la jambe, enlevé à un jeune homme de vingt-deux ans. Six mois après l’opération éclate une attaque convulsive suivie d’aphasie et de parésie du côté droit. L’aphasie disparaît, mais au bout d’une vingtaine de jours, il survient de la céphalée, des vomissements bilieux et enfin une nouvelle attaque qui est suivie de coma et de la mort. Immédiatement au-dessous de l’écorce cérébrale, du côté gauche, un foyer hémorrhagique ocreux entourait une tumeur de la grosseur d’une noix, située à la partie externe de l’extrémité antérieure du ventricule droit, entre le lobe frontal et le corps strié. Cette tumeur avait, comme la tumeur du tibia, la structure de l’enchondrome ostéoïde, les poumons se trouvaient parsemés d’une infinité de petites tumeurs analogues et très fermes. Dans ce fait le chondrome cérébral était vraisemblablement secondaire, et partant nous devons reconnaître que, jusqu’ici du moins, il n’existe à notre connaissance aucun exemple certain de chondrome primitif de l’encéphale.
Bibliographie. — J. Cruveilhier, Essai sur l'anatoin. pathol., Paris, 1816, t. II, p. 80. — R. Falkson, Ein Chondrocystosarcom im dritten Ventrikel {Archiv f. pathol. Anat. iind. Physiol., Berlin, 1879, t. LXXV, p. 550, 1 pL). — Th. Pick, Clinical lecture on a case of enchondromatous timour of the brain {Saint-Georges Hosp. Reports, 1877-78, t. IX, p. 663, et Rev. des sc. méd., t. XVIII, p. 118).
ENCEPHALE.
VU. — Ostéome.
La propriété que possède la substance conjonctive de se transformer en tissu osseux permet de comprendre que des ostéomes puissent se développer au sein de l’encéphale. Sans être communs, les exemples de cette lésion encéphalique ne sont pas extrêmement rares (voy. la bibliographie). Les différentes parties de l’encéphale peuvent être le siège d’ostéomes, mais ces lésions ont été particulièrement observées dans les hémisphères cérébraux et cérébelleux. Assez généralement isolées, elles sont quelquefois formées de deux parties adossées l’une à l’autre et comprises dans une même enveloppe. Leur volume varie depuis la grosseur d’un noyau de cerise jusqu’à celle d’un marron, leur consistance est celle de l’os. Circonscrites par la substance nerveuse, ces tumeurs sont irrégulières, bosselées, et se font remarquer par les aspérités de leur surface, aspérités constituées par des pointes ou des lames osseuses. Une couche fibreuse riche en vaisseaux recouvre ces aspérités, enveloppe la masse tout entière, unit le tissu nerveux au tissu osseux et remplit à l’égard de ce dernier les fonctions de périoste. Lorsqu’on vient à les sectionner, ces productions laissent voir assez souvent de petites excavations remplies d’une matière muqueuse, brune ou jaunâtre, qui, dans un cas observé par Wilkowski, présentait la constitution de la moelle osseuse.
L’enveloppe fibreuse ou périostique de ces ostéomes est formée d’un tissu conjonctif dense, riche en noyaux et en cellules formatrices. Suides coupes fines de la substance osseuse on distingue après décalcification, comme l’a vu Ranvier, des canalicules vasculaires, des corpuscules osseux et des canalicules primitifs. Les canalicules vasculaires, dont le volume est variable, sont entourés, les uns de corpuscules osseux, les autres d’une substance simplement amorphe. Les corpuscules osseux, de forme variable, sont allongés, arrondis ou encore irréguliers et anastomosés avec leurs voisins. Quant à la matière contenue dans les excavations, elle offre une composition semblable à celle de la moelle osseuse; en sorte que la structure de ces productions a une analogie parfaite avec celle du tissu osseux.
La marche de l’ostéome de l’encéphale est ordinairement lente et progressive ; mais dans certains cas elle peut rester stationnaire pendant un temps fort long; c’est ainsi qu’il existe des exemples de tumeurs osseuses encéphaliques qui, ayant débuté dès l’enfance, n’ont entraîné la mort qu’à un âge avancé de l’existence. Les phénomènes qui dépen-
: dent de la présence de celte néoplasie au sein de l’encéphale varient avec
la nature de la fonction de la partie irritée et le degi’é d’excitabilité des ;• éléments nerveux. Ils consistent assez ordinairement en attaques convul-
, sives; mais aussi, dans bon nombre de cas, l’ostéome central ne déter-
mine aucun trouble fonctionnel appréciable.
\ S’il n’est pas toujours facile de déterminer la durée de l’ostéome encé-
phalique, par contre il est quelquefois possible, en tenant compte des désordres observés chez quelques malades, de savoir que souvent cette production prend naissance dès le jeune âge; en tout cas, il y a des 1, raisons de croire qu’elle survient, comme toutes les néoplasies conjonc-
'»'! tives, pendant la période d’accroissement ou peu de temps après. L’ab-
. sence de toute trace de cartilage conduit à penser que cette tumeur se
développe à la façon des os crâniens, aux dépens du tissu conjonctif de la masse cérébrale. D’ailleurs tous les ostéomes encéphaliques observés jusqu’ici sont enveloppés d’un tissu fibreux et se rencontrent presque îj toujours dans des endroits sclérosés, comme s’il s’agissait d’un processus
pathologique ayant débuté par la formation d’un tissu conjonctif nouveau. Cette circonstance et la présence de corpuscules osseux distinguent :• nettement ces néoplasies de l’infiltration calcaire du tissu propre de l’en-
céphale que nous étudierons plus loin sous le nom de calciose.
’ Bibliographie. — M. Mappus, De duobus ossiculis in cerebro humano muUeris
[ apoplexia extinciac repertis, Argentorati, 1687. — J. -Y. Scheid, De duobus
ossiculis in cerebro humano midieris apoplexia extinctae repertis, Argentorati, 1867. — Hooper, Morbid Anatomy of the Imman brain, pl. 12, fig. 7. — Bristowe, Tumour connected icith the brain, consisting of true bone {Trans. of the path. Soc. of London, 1855, t. VI, p. 25). — L. Benjamin, Beschreibwig einer t Knochengeschwulst im Gehirn {Archiv f. pathol. Anat. und Physiolog., 1858,
,1 t. XIV, p. 552). — H. Bonnet, Tim. osseuse des plexus choroïdes (Bull. Soc.
? anat., Paris, 1861, t. XXXVl, p. 505). — G. Pennetier, Note sur une tumeur
1 osséo'ïde dans le cerveau (Soc. de méd. de Bouen, 1862, p. 135). — Ranviek, I
i Tumeur osseuse du cervelet (Bull, de la Soc, anat., 1862, p. 218). — Fr. Mes- i
î ciiEDE, Osteom des grossen Gehirns und Ventrikelbildung (Archiv f. pathol. |
^ Anat., 1866, f. XXXV, p. 472). — Lauder Lindsay, Journ. of mental science, |
^ janv. 1867, t. LX, p. 521, et Schmidt’s Jahrb., t. 135, p. 209. — Rud. Vir- j
CHow, Pathol, des tumeurs, trad. fr. par P. Aronssohn, Paris, 1869, t. Il, | P- 93. — Wilhelm Ebstein, Grosses Osteom der linken Kleinhirnhemisphüre ^ I (Archiv f. path. Anat. und Physiol., 1870, t. XLIV, p. 145, avec Biblio-
graphie). — WicK. H. Lydall, a case of bony tumour in the subst. of the brain ' r (The Lancet, 12oct. 1872). — A. Bidder, Ein Osteom des Corpus striatum bei \
' llemiplcgia infantilis (Archiv fur pathol. Anat. und Physiol., 1886, t. LXXXVIll, j
! p. 91, anal, dans Archiv. gcn. de méd., 1882, t. Il, 615). — L. Witkowski, i
ENCÉPHALE
De la formation de substance osseuse et de concrétion dans le cerceau (^Archiv f. Psychiatrie und Nervenkrankh., t. XIV, p. 415; anal, dans Gaz. méd. de Paris, 1884, p. 448).