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IX. — Névromes

Les éléments nerveux des centres cérébro-spinaux, déjà peu aptes : participer aux processus inflammatoires, n’ont qu’une faible tendance i végéter et à former des tumeurs. Aussi les névromes encéphaliques sont ils des lésions rares, sur la nature desquelles il est parfois difficile de si prononcer, et il semble bien que, dans quelques cas, des cellules conjonctives de la névroglie aient été confondues avec des cellules nerveuses Ces névromes, en tout cas, offrent deux variétés distinctes, mais parfoi: réunies; ils sont fasciculaires ou ganglionnaires.

L’existence du névrome fasciculaire de l’encéphale ne repose jusqu’ici du moins à notre connaissance, que sur deux faits. Une tumeur rencon trée par Klob chez un homme de soixante-quatre ans était entièremen constituée par de petits tubes nerveux fins ; cette tumeur, arrondie, d’ui blanc rougeâtre pâle, du volume d’un haricot, siégeait à la base du cerveau et se trouvait en connexion avec la partie antérieure du chiasm; des nerfs optiques par un pédicule blanc de 1 ligne 1/2 d’épaisseur sui 4 lignes 1 /2 de largeur. Virchow, qui cite ce fait, rapporte qu’il a observt à la même place une saillie constituée par de la substance blanche, mai; il ne dit pas quelle en était la structure. Par contre, Wagner a trouvi chez une femme de trente-huit ans, à l’extrémité postérieure de la bas< du quatrième ventricule, une tumeur lisse, ronde, de 6 lignes de dia mètre, qui était en connexion continue avec la substance cérébrale placéi au-dessous d’elle et lui ressemblant complètement. Elle se composait ei grande partie de fibres nerveuses fines, avec ou sans moelle, d’une substance finement granulée et de cellules volumineuses, ovales ou rondes munies de larges prolongements et de très gros noyaux avec petit ama^ de substance brune. Un second fait peu différent a été observé et bien

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étudié par le professeur Hayem. Il s’agit vraisemblablement dans ces faits de névromes cérébraux mixtes, mais il faut reconnaître qu’une étude histologique plus sévère serait nécessaire pour admettre sans conteste l’existence de cette néoplasie.

Le névrome ganglionnaire n’a pas une existence mieux établie, car les quelques faits connus laissent encoi’e à désirer. Une femme de soixante-

Fig. 157. — Cellules fusiformes, étoilées, provenant d’une tumeur développée au sein de la substance blanche d’un hémisphère cérébral.

neuf ans dont j’ai rapporté ailleurs l’observation était depuis longtemps bizarre, quand survinrent des vertiges, puis une perte de connaissance suivie d’une hémiplégie droite et bientôt après de la mort. Dans l’hémisphère cérébral gauche, je trouvai vers la partie moyenne, au sein de la substance blanche, d’abord un caillot sanguin, noir et récent, du volume d’une amande, puis un peu en avant, à peu de distance des circonvolutions, deux petites tumeurs arrondies, vasculaires, d’un gris bleuâtre et d’une composition variable suivant les points où on les examinait

(voy. la pl. 43, lig. 2 de mon Atlas d'an. path.). Les parties résistantes et grisâtres renfermaient de grandes cellules sphériques, triangulaires ou étoilées, pourvues d’un ou plusieurs noyaux ovoïdes ou arrondis, entourés de granulations et de prolongements rubanés dont le nombre était d’un à neuf (fig. 157). A côté de ces éléments, il s’en trouvait d’autres qui, simplement fusiformes, étaient réunis par leurs extrémités et présentaient aussi des noyaux ovoïdes et des granulations pigmentaires. Une gangue amorphe et une trame librillaire riche en vaisseaux, à parois fragiles, unissaient ces éléments qui, dans quelques points, commençaient à subir la dégénérescence graisseuse. La forme de ces cellules, leur pigmentation, leurs prolongements rubanés m’ont conduit à les considérer comme des cellules nerveuses de nouvelle formation, et en effet, elles ne différaient de ces dernières que par la multiplicité des noyaux qui trouvait son explication dans l’état jeune des éléments. Ainsi, il me parut que, dans ce cas particulier, il s’agissait d’une formation de cellules ganglionnaires, et comme ces éléments avaient pris naissance dans l’épaisseur de la substance blanche, je pensai qu’ils avaient dû se développer aux dépens de la névroglie, et cette lésion me parut être un. névrome médullaire.

Depuis lors, J. Renaut a décrit, sous le nom de gliome neuroformatif, une tumeur développée dans le centre ovale gauche avec prolongement dans la circonvolution frontale ascendante. Cette tumeur, qui sur sa marge se fondait insensiblement avec les parties de l’encépbale demeurées saines, présentait une écorce dure et un centre gélatineux semblable à une boule d’oedème artificiel, du volume d’un œuf. Cette boule était cloisonnée par une foule de travées, les unes vasculaires, les autres nerveuses et formées d’une série de faisceaux de fibres de Remak typiques. La portion corticale, blanche et ferme, laissait voir une trame névroglique composée de fibres entre-croisées dans tous les sens et de cellules névrogliques simples, étoilées en forme de grenade ou de poulpe. Les vaisseaux sanguins étaient plus nombreux à mesure qu’on s’approchait du centre gélatineux du gliôme, mais en même temps il existait au voisinage immédiat de ce centre des cellules fixes qui avaient l’aspect des cellules nerveuses multipolaires, sauf qu’elles ne possédaient pas de prolongement cylindre-axe. Au milieu de ces cellules, s’en trouvait un grand nombre qui conservaient le type de la névroglie, et qui étaient munies d’un puissant filament cylindrique axile ou deDeiters, en rapport avec des fibres de Remak ; c’étaient là par conséquent des cellules nerveuses, et la néoplasie méritait bien le nom de névrome. Des faits assez

semblables se rencontrent dans certains recueils scientifiques, les Tran-

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sactions pathologiques de Londres notamment; toutefois, ils sont moins complets, ce qui laisse un léger doute sur leur nature.

Les tumeurs en question ont une marche lente et progressive et une durée de plusieurs années; elles ne sont vraisemblablement pas exemptes ; de dégénérescences, quoique celles-ci n’y aient pas été signalées jus- ■ qu’ici. Les phénomènes qu’elles déterminent ne difl'èrent pas sensible-

I ment de ceux des tumeurs de même volume ayant pareil siège. Les causes de ces lésions nous échappent, leurs conditions pathogéniques sont mal

) connues, mais il y a des raisons de croire, comme je l’ai dit et comme i Renaut a cherché à le démontrer, que les éléments nerveux qui les comi posent se développent aux dépens de la névroglie.

f Bibliographie. — Hillier et Hütchtnson, Tumour from brain {Transact. of the

I I pathol. Soc. of London., 1856, t. VII, p. 18). — J. -S. Bristowe, Tumour of the îi cerebellum {ibid., p. 28). — R. Virchow, Pathol, des tumeurs, trad. fr., Paris, ’ 1875, t. 111, p. 457. — G. Hayem, ISote sur un cas de névrome médullaire ou

cérébrome, développé dans l’épaisseur du cerveau (Compt. rend, et Mém. de lu , Soc. de biologie, 1866, sér. 4, t. III, p. 107). — - E. Lancereaux, Note sur deux I tum. cérébrales, formées d’éléments cellulaires ayant la plupart des caractères des cellules nerveuses {Arch. de physiol. norm. et pathol., 1869, t. Il, p. 762). — G. Taruffi, Due casi di neuroma cerebrale (Bull, des sc. méd. de Bologne, 1871,

! sér. 5, t. XI, p, 401-415, 1 pL). — Th. Simon, Das Spinnenzellen und Pin-

I zelzellen (Archiv f. path. Anat. und Physiol., 1874, t. LXI, p. 90, et Rev. des SC. méd., t. V, p. 93). — L. Bard, Des tumeurs du type nerveux, neurosarcome \et névromes adultes (Archiv. de physiol. norm. et pathol., 1885, sér. 3, t. V, Il p. 385). — J. Renaut, Note sur le gliome neuroformatif et V équivcdence nerveuse K de la névroglie (Gaz. méd. de Paris, 1884, p. 614).

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