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I. — Ostéites exsudatives

Nous qualifions de la sorte des inflammations qui consistent dans l’infiltration, par un exsudât albumino-fibrineux, de l’une des parties ou de la totalité de l’os, et qui tendent à se terminer par résolution (1). Comparables aux inflammations exsudatives du tissu conjonctif et des

(1) Diversement dénommée par les chirurgiens, l’inllammation exsudative des os a été décrite par Poncet, élève du D*' Ollier, sous le titre de périostite albumineuse. Cette désignation a été critiquée pour dilîérents motifs, mais le principal reproche que nous adresserons à son auteur' est d’en faire une phase de la périostite et non un genre à part.

membranes séreuses, ces phlegmasies, qui ont pour siège ordinaire les os longs, sont caractérisées par une hyperhémie plus ou moins vive avec infiltration séro-alhumineuse des parties molles de ces organes. Les vaisseaux, dilatés et gorgés de sang, offrent des phénomènes de stase sanguine ; le tissu périostique est œdématié, grisâtre, et dans ses mailles existe une substance fluide ou semi-fluide, comme gélatineuse, tellement abondante dans certains cas qu’elle forme des poches liquides susceptibles d’être vidées par une ponction. Le liquide que l’on extrait ainsi est alcalin, visqueux, transparent, analogue à du blanc d’œuf, rarement séreux, mais quelquefois un peu jaunâtre, verdâtre ou encore rougi par du sang. Il se coagule par la chaleur et l’acide nitrique, etsi l’on vient à le déposer dans un vase étroit, il se précipite au fond de petits flocons fibrineux entremêlés de leucocytes, tandis qu’au-dessus existe une couche visqueuse, filante, albumineuse qui, en refroidissant, devient ferme, se coagule et forme un caillot incolore, opalin, surmonté par une sérosité plus claire, à la surface de laquelle nagent des gouttelettes huileuses, provenant de l’inflammation des espaces médullaires. A la suite de plusieurs ponctions, ce liquide subit généralement des modifications en vertu desquelles il devient plus opaque, ce qui du reste s’observe habituellement pour les liquides des épanchements pleuraux avec lesquels le liquide périostique a de grandes analogies. L’analyse chimique qui a été faite de ce liquide a montré qu’il est riche en phosphates de chaux (Poncet).

C’est aux extrémités de la diaphyse des os longs, à savoir dans la portion qui s’étend depuis la fin du canal médullaire jusqu’au cartilage d’accroissement, que l’ostéite exsudative se développe, et cela particulièrement chez les jeunes sujets. L’activité physiologique du tissu osseux pendant l’accroissement du squelette n’explique pas seulement la fréquence des phlegmasies osseuses dans le jeune âge, elle rend compte encore du lieu d’élection de l’ostéite exsudative. Cette ostéite se localise tantôt à un seul, tantôt à plusieurs os, elle débute par une douleur aiguë, bientôt suivie de tuméfaction et d’un mouvement fébrile plus ou moins intense. La douleur, tout d’abord vive avec exacerbations nocturnes, diminue au bout de quelques jours en même temps que la fièvre tombe. Le gonflement seul persiste et s’accentue; situé au voisinage de l’épiphyse, il est mou, élastique ou même fluctuant, et plus tard dur, s’il s’y ajoute des productions ostéophytiques , ce qui rend difficile la confusion de cette lésion avec l’hydropisie des gaines synoviales ou avec un abcès froid.

L’ostéite exsudative a une marche lente, mais elle se prolonge rare-

os.

ment au delà d’un ou deux mois. Sa terminaison habituelle est la résolution, elle disparaît sans laisser la moindre trace, quelquefois pourtant elle donne naissance à des ostéophytes qui sont ensuite résorbés comme les fausses membranes développées dans le cours d’une pleurésie séreuse. Dans quelques cas, cette lésion a pour conséquence la formation d’un trajet fistuleux avec issue d’un liquide séro-albumineux, décollement du périoste ou même exfoliation osseuse, et alors elle peut arrêter l’accroissement naturel des os. Néanmoins, ce mode de terminaison est rare; aussi cette ostéite se distingue surlout par sa faible tendance à la suppuration, et n’est pas, comme le prétendent certains auteurs, une inflammation quelconque arrêtée dans son premier stade.

Étiologie et pathogénie. — L’ostéopériostite exsudative se rencontre chez des individus jeunes, avant la terminaison de l’accroissement des os, et en vertu de cet accroissement; elle se montre sous des iniluences diverses, mais il y a lieu de penser qu’elle ne constitue pas une alTection toujours identique. L’exposition prolongée au froid humide et l’état rhumatismal sont signalés comme lui ayant donné naissance dans plusieurs cas (Poncet, Duplay, etc.). Disons que les caractères de cette forme d’ostéite, semblables à ceux des lésions aiguës du rhumatisme des articulations et des plèvres, mettent en évidence l’action de ces causes.

Le scorbut est une maladie sous l’inlluence de laquelle se développe quelquefois ce genre d’ostéopériostite, du moins si j’en juge par un fait qui vient de passer sous mes yeux et dans lequel plusieurs métacarpiens manifestement tuméfiés ont fini par reprendre leur volume normal. Dalrymphe prétend d’ailleurs avoir vu des nodus scorbutiques consistant en un exsudât fibrineux situé entre le périoste et l’os, et jusque dans le tissu conjonctif sous-jacent. Cet exsudât solide ou semi-solide laissait voir des corps nucléaires ou fusiformes, et des vaisseaux sanguins de nouvelle formation.

La goutte engendre, de son côté, des inflammations exsudatives avec déptôs d’urates de soude dans les os ; mais ces inflammations ne différant pas de celles des articulations, nous en parierons plus loin. Quelques pyrexies, la fièvre typhoïde notamment, déterminent, aussi bien du côté des os que des organes, des inflammations qui sont tantôt exsudatives et tantôt suppuratives. Sir James Paget et quelques autres auteurs ont constaté dans le cours ou dans la convalescence de la fièvre typhoïde des périostites qui avaient pour siège de prédilection les os superficiellement situés, comme le tibia, le fémur, le radius, le temporal, etc. Ces

lésions, que j’ai eu l’occasion d’observer moi-même à plusieurs reprises, et une fois, en particulier, chez une jeune malade de sir Paget, de passage à Paris, sont constituées par une tuméfaction circonscrite et douloureuse du périoste et de l’os qui disparaît sans suppurer, et qui dans certains cas se renouvelle sous forme d’attaques répétées pendant des mois et des années.

Le traumatisme a aussi été considéré comme pouvant causer ce genre d’accident. De même que l’ostéite suppurative se montre chez des adolescents à la suite de fatigues un peu excessives, de même l’ostéite exsudative observée plusieurs fois par Gussenhauer chez les tourneurs de nacre de la capitale de l’Autriche peut être attribuée à cette même influence; en elTet, il est difficile de croire à l’explication donnée par l’auteur en question, à savoir, que la matière organique insoluble de la nacre ou conchyoline parvienne, en pénétrant dans le courant sanguin, à produire des embolies des artérioles voisines du cartilage épiphysaire et par suite une ostéite exsudative.

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os.

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