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I. — Stéatose

Caractérisée par la transformation graisseuse de la substance des cellules et des tubes nerveux, la stéatose de l’encéphale est tantôt primitive, tantôt consécutive à d’autres lésions. Subordonnée à des désordres anatomiques divers dont elle n’est que l’elîet, la stéatose consécutive fait partie de ces désordres et parlant ne peut nous occuper ici ; mais il n’en est pas de même de la stéatose primitive. Cette dernière lésion, relativement rare dans l’encéphale, se manifeste à l’œil nu par des changements de consistance et de coloration, en général peu accusés, de la substance nerveuse. Celle-ci, onctueuse et plus molle que dans les conditions normales, offre une teinte terreuse, grisâtre par places ou jaunâtre, disposée sous forme de points ou de taches de faible étendue. La masse encéphalique est diminuée de poids et de volume plutôt qu’augmentée, comme si un certain degré d’atrophie était inséparable de ce désordre; aussi le liquide céphalo-rachidien est-il abondant dans la plupart des cas.

Suivie dans son évolution histologique, cette altération, suivant quelques auteurs, présente plusieurs phases successives. Tout d’abord il se fait une imbihilion du protoplasma de la cellule nerveuse par une substance réfringente d’un jaune brillant, localisée ou dilluse, produisant un gonflement; le noyau reste visible, quoique un peu granuleux. Plus tard, cette substance se sépare en blocs granuleux qui gardent d’abord leur couleur, puis deviennent d’un brun foncé, presque noirs, obscurcissent le noyau cellulaire et se prolongent jusque dans le blâment axile (Atkins). La plupart des ramifications de la cellule disparaissent ou s’atrophient; le corps de la cellule se ratatine et se réduit en une masse graisseuse et pigmentaire presque informe. Dans quelques cas néanmoins, des granulations graisseuses seules, infiltrent et transforment le protoplasma cellulaire. Tel est le mode de dégénérescence sléatosique le plus habituellement observé dans les cellules nerveuses de l’encéphale; il ne consiste pas uniquement, comme cela se voit pour les

éléments épithéliaux du foie et des reins, en une simple infiltration graisseuse, attendu que, la plupart du temps, des granulations pigmentaires se trouvent associées aux granulations adipeuses. La myéline des tubes nerveux correspondants présente en général un aspect trouble, granuleux, début d’une dégénérescence analogue à celle des cellules.

Cette dégénérescence évolue lentement, et comme elle arrive presque fatalement à la destruction des éléments nerveux, il en résulte que son pronostic est des plus graves. Elle se distingue difficilement des modifications phlegmasiques des cellules nerveuses, qui finissent par une transformation granulo-graisseuse. Toutefois, si, dans la stéatose proprement dite, les vaisseaux sont quelquefois athéromateux, ils ne présentent jamais les caractères d’un processus inllammatoire.

Les troubles fonctionnels liés à la stéatose de l’encéphale ont pour caractère essentiel la dépression des facultés mentales, et se traduisent la plupart du temps par l’état désigné sous le nom de démence.

Étiologie et pathogénie. — La stéatose des éléments de l’encéphale est surtout une lésion de l’âge avancé, mais en réalité elle peut exister à tous les âges de la vie, car Parrot prétend l’avoir observée chez des enfants dont l’alimentation était mauvaise ou insuffisante. L’alcoolisme joue dans le cas particulier un rôle analogue à celui qu’il a dans les stéatoses des autres organes, et d’ailleurs il n’y a pas lieu d’en être surpris, puisque le buveur est un vieillard avant l’âge. Nous savons d’ailleurs que la dégénérescence graisseuse et pigmentaire des éléments nerveux de l’encéphale est commune chez les aliénés, particulièrement chez les déments, bien que la cause qui lui donne naissance échappe assez souvent.

Quelle que soit cette cause, la stéatose de l’encéphale paraît subordonnée dans la plupart des cas à une même condition pathogénique, à savoir : un désordre dans l’activité nutritive. Chez le vieillard, en effet, la stéatose est le fait d’un ralentissement de la nutrition qui ne tient pas seulement à l’âge, mais encore à l’état des vaisseaux dont l’élasticité est généralement diminuée et le calibre rétréci. Chez le buveur elle est le fait d’une oxydation moindre des tissus; chez l’enfant elle provient, comme Parrot a cherché à l’établir, d’une déchéance nutritive résultant de l’insuffisance de l’alimentation. Ainsi, dans tous les cas, cette dégénérescence se trouve subordonnée à un trouble dans la nutrition des parties élémentaires de l’organisme ou simplement de l’encéphale.

A côté de la stéatose, il y aurait lieu sans doute de dire quelques mots (les corpuscules amyloïdes que l’on observe surtout dans la substance de l’encéphale, mais ces corpuscules, faisant presque toujours cortège à

ENCÉPHALE

d’autres lésions, ne peuvent nous arrêter ici, et, du reste, ils ont déjà été décrits (voy. 1. 1, p. 489). Quant à la leucomatose, elle ne se rencontre guère au sein de la substance nerveuse (voy. t. I, p. 483). La dégénérescence colloïde (hyalinose), qui a son siège spécial dans les vaisseaux, a été étudiée ailleurs (1); au surplus, elle se trouve décrite en même temps que les lésions qu’elle vient compliquer.

Bibliographie. — J. Lockiiart Clarke, On the morbid anatomy of the nervous centres in general paralysis of the insane (The Lancet, Ist sept. 1886). — C.-J. Howden, On gramdar degeneration of the nerve-cells in insanîty (The Lancet, july 1869, t. Il, p. 157). — J. Parrot, Étude sur la stéatose interstitielle diffuse de l'encéphale (Arch. de physiol. norm. etpath., 1868, p. 530 et 707). — Le même. Étude sur le ramollissement de l'encéphale chez le nouveau-né (ibid., 1873, p. 59 et 283). — R. Virchow, Fettige und pigment. Degeneration im Gehirn (Archiv fürpath. Anat. und Physiol., 1856, t. X, p. 407). — Marcé, De la démence (Gaz. méd. Paris, 1863). — J. Batty Tuke, The Morisonian lect., delivered before the royal College of physicians of Édinburg (Édinb. med. and surg. Journ., 1875, p. 802 et 898, et Rev. des sc. méd., t. VI, p. 224). — Fr. Meschede, Ueber die fettige und fettig-pigmentose Degeneration der Ganglienzellen des Gehirns in der paralytischen Geisteskraiikheit (Archiv f. path. Anat. und Physiol., 1872, t. LVI, p. 100). — R. Atkins, On the morbid changes in the nervous éléments of the brains of the insane (The Dublin Journ. of med. sc. , jan. 1877, p. 42, et Rev. des sc. méd., t. X, p. 598). — W. Henry Kesteven, The histology of certain forms of degeneration of the tissues of the nerve-centres (Saint-Rartholomew's hospital Reports, 1876, t. XH, p. 53). — Bevan Lewis, Note on certain lésions of the nenous tissues of frequent occurrence in the brain of the insane (Brain, oct. 1879, p. 364, London, et Rev. des sc. méd., t. XVI, p. 250).

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