VI. — Phleginasies traumatiques
Les phlegmasies traumatiques de l’encéphale sont, suivant les propriétés de l’agent vulnérant et le point d’application, les unes suppura- ' tives, les autres prolifératives.
Les phlegmasies suppuratives, de beaucoup les plus communes, i succèdent ordinairement à une contusion plus ou moins violente du cer- I veau, à une plaie de ce même organe, à l’introduction d’un corps étranger dans la cavité crânienne, à une fracture des os du crâne, et enfin, | dans quelques cas, à une plaie du cuir chevelu par propagation de l’inflammation.
Les méninges de l’encéphale participent en général au processus de ; suppuration, qui est tantôt dilfus, tantôt circonscrit. Dans le premier cas, le pus se trouve répandu entre le crâne et la dure-mère, dans le ' tissu sous-arachnoïdien, ou encore dans la substance nerveuse, à la circonférence du cerveau. Dans le second cas, il est collecté entre les méninges, sinon plus profondément dans le parenchyme encéphalique j où il forme des abcès d’un volume variable, qui s’enkystent et diffèrent ! assez peu des abcès que nous avons étudiés plus haut. D’autres fois, les enveloppes cérébrales sont simplement épaissies et légèrement colorées, avec ou sans adhérences; la substance nerveuse de la périphérie du cerveau est elle-même peu modifiée, mais', si l’on vient à la presser, on éprouve la sensation d’une sorte de fluctuation, et c’est en sectionnant | le cerveau que l’on reconnaît l’ahcès qui est plus ou moins profond, j comme si l’agent de la suppuration avait été transporté par un vaisseau, i
Le contenu de ces abcès est tantôt phlegmoneux, d’un blanc laiteux, i tantôt verdâtre ou floconneux, tantôt mélangé de sang ou de matière cérébrale, sanieux et d’une extrême fétidité, quand surtout le foyer est | ouvert. Tant que l’abcès est récent, ses parois sont inégales, anfractueuses, ramollies et infiltrées de pus; plus tard, elles se trouvent constituées par une membrane organisée, assez mince, lamelleuse ou tomenteuse, analogue à la couche de granulation qui recouvre une plaie en suppuration. Effet de l’irritation produite par la présence du pus, celte membrane forme une barrière protectrice, localise la suppuration, donne à l’abcès une forme aiTondie et 1e rapproche des tumeurs encéphaliques au point de vue symptomatique.
Les abcès traumatiques du cerveau ont le sort des abcès spontanés, avec cette diflérence que leur contenu peut, dans certains cas, se faire
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jour au dehors, à travers les interstices des fragments d’une fracture. Ce mode de terminaison toutefois n’est pas toujours avantageux pour le malade, car il établit souvent des fistules intarissables, et les accidenls de compression se renouvellent pour peu que l’écoulement du pus soit gêné ou que celui-ci se trouve retenu ; aussi les abcès de ce genre, d’une I gravité réelle, sont-ils rarement suivis de guérison.
L’opération du trépan, très employée autrefois, est utile, du moins dans certains cas où il est possible de localiser la lésion, soit par les symptômes cérébraux, soit par les désordres traumatiques existant au niveau des parties molles du cr<âne, et surtout par la présence d’une plaie osseuse qui laisse échapper quelques gouttelettes de pus venant de l’intérieur de la cavité crânienne.
Les phénomènes liés aux abcès en question varient non seulement avec le siège, mais encore avec l’étendue de la suppuration et la plus ou moins grande excitabilité de l’encéphale. Une céphalée continue, plus ou moins intense, accompagnée de lièvre, est l’un des phénomènes les plus importants de la suppuration traumatique de l’encéphale. A ce symptôme s’ajoute assez ordinairement de l’hébétude, la perte plus ou moins complète de la mémoire, de la contracture ou de la paralysie. La mort a fréquemment lieu dans le coma, mais quelquefois aussi elle survient tout à coup, sans avoir été précédée de phénomènes nettement appréciables.
La suppuration n’est pas le seul mode phlegmasique de l’encéphale • succédant au traumatisme. Celui-ci peut donner naissance à des lésions I scléreuses du cerveau. Ces lésions, pour être relativement rares, n’ont pas moins été observées dans quelques cas (1).
Elles consistent dans une multiplication des éléments du tissu inter- I stitiel de l’encéphale (névroglie), qui aboutit à la formation d’un tissu , I fibrillaire rétractile, suivi parfois de l’atrophie et même de la destruction i des éléments nerveux de là un changement de coloration et de consis- 1 . tance de la substance cérébrale, qui devient d’abord grisâtre, puis jaui nâtre, ferme et résistante. Cette encéphalite, qui n’est pas sans analogie i avec la sclérose en plaques dont il a été question plus haut, en diffère
'. cependant par sa localisation au niveau du point contusionné ou dans
son voisinage; elle survient lentement, insidieusement et persiste pendant un long temps. Ajoutons que, sous l’inlluence dune cause souvent
f (1) Delfau, De quelques phénomènes immédiats et consécutifs dans les lésions traumap tiques du crâne et de l’encéphale, Ihèse de Paris, 1868. — Kraft-Ebing, Ueber die durch 1 Gehirn Erschütterung und Kopfverletz. hervorgeruf. psych. Krankh. Erlangen, 1868.
[. T. Simon, Partielle Ilirnsclerose Iraumat. Ursprung {Arch. f. path. Anat. und Physiol., ( 187ï>, t. LYI, p. 273).