III. — Phlegmasies prolifératives
Phlegmasies scléreuses. — La sclérose pure et simple du corps pituitaire existe très certainement , mais il y a lieu de croire que jusqu’ici elle a été prise pour une simple atrophie, ou bien est passée inaperçue.
Toutefois, si ou remarque que cette forme d’altération, de même que la siqipuration, est rare dans cet organe, ainsi que dans le corps thyroïde et les capsules surrénales, on arrive à la conclusion que les glandes vasculaires sanguines ont peu de prédisposition aux inflammations. Pourtant les phlegmasies tuberculeuse et syphilitique, sans être très communes, s’y rencontrent peut-être plus souvent.
Phlegmasies tuberculeuses. — Malgré son siège et son faible volume, le corps pituitaire n’est pas à l’abri du tubercule. E. Wagner rapporte qu’il a trouvé dans celte glande, chez une jeune fille de treize ans, morte dans le coma à la suite de eonvulsions, une tumeur ferme, de la grosseur d’une demi-cerise, sphérique, jaune, difficile à énucléer, sèche, grisâtre, friable à la coupe. Cette tumeur était composée d’uue substance fondamentale peu abondante, de noyaux de moyenne grosseur non atrophiés et pour la plupart dépourvus de nucléoles appréciables. Le cas en question n’est pas très probant, d’autant plus que les poumons ne présentaient que des lésions de bronchite chronique. Le fait suivant, qui m’est personnel, me paraît plus convaincant.
Une femme de vingt-sept ans, morte phthisique (Lourcine) peu de temps après un accouchement, présenta à l’autopsie, indépendamment d’une tuberculose des poumons et de l’intestin grêle, une augmentation manifeste du corps pituitaire. Cet organe, presque doublé de volume, ferme et induré, était envahi ùa’isunede ses moitiés par des granulations miliaires ou lenticulaires blanchâtres ayant tous les caractères des granulations tuberculeuses des poumons. Les autres organes étaient peu ou pas lésés.
Ce fait ne nous paraît laisser aucun doute sur l’existence d’une tuberculose de l’hypophyse, et, si cette lésion est si peu connue, ne serait-ce pas surtout parce qu’on se donne peu la peine de la chercher? En tout cas, elle se comporte ici comme dans les autres organes.
Bibliographie. — Giraud, Thèse de Paris, 1818. — Mitivié, Thèse de Paris, 1820. — E. Wagner, ArcMv der Heilkunde, 1862, p. 381.
Phlegmasies syphilitiques. — Les localisations de la syphilis sur le corps pituitaire sont héréditaires ou acquises. Assez ordinairement, dans la syphilis héréditaire, Thypophyse est tuméfiée et indurée, ainsi que la rate et le thymus. L’altération de eette glande se rencontre dans plusieurs observations de notre Traité de la syphilis ; le volume de Torgane est manifestement augmenté, sa consistance est ferme et sa coloration jaunâtre par places. L’altération consiste en une multiplication des élé-
GLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES
ments conjonctifs, avec ou sans métamorphose graisseuse. Au moment de la rédaction de notre traité, nous écrivions que si aucun fait ne donnait l’indication d’un dépôt gommeux au sein de cette glande, c’était sans doute à cause de la négligence avec laquelle on pratique trop souvent les autopsies.
Depuis lors un de nos élèves les plus distingués, aujourd’hui notre collègue, le docteur Troisier, a trouvé chez une femme de vingt-cimi ans, atteinte de périostite du tibia et morte dans le coma, une tumeur qui empiétait sur la tige et le corps pituitaire, faisait saillie dans le troisième ventricule et comprimait les bandelettes optiques. Cette tumeur, d’une largeur de 3 centimètres, était jaunâtre et comme caséeuse à son centre, grisâtre et élastique à la périphérie. Le foie, petit, sillonné de cicatrices, contenait dans son épaisseur une quinzaine de noyaux jaunâtres indurés, qui, à la coupe, montrèrent une partie centrale caséeuse, circonscrite par un tissu homogène grisâtre. Ces dernières lésions rapprochées de la périostite ne laissant aucun doute sur l’existence d’une origine spécifique, on est porté à croire à une semblable origine de la tumeur encéphalique, d’autant plus que les caractères de cette dernière plaident dans ce sens. Un fait moins démonstratif, vu l’absence de renseignements cliniques et de lésions manifestement syphilitiques dans les viscères, a été rapporté par Weigert. 11 s’agit d’une femme de soixantequatre ans, chez laquelle l’hypophyse, du volume d'une noix, était fortement indurée et constituée par une masse grisâtre parsemée de points d’un blanc jaunâtre. Vues au microscope, les parties grisâtres se trouvent formées d’un stroma conjonctif riche en cellules et en noyaux semblables aux éléments lymphatiques. Les taches jaunâtres étaient le siège d’une transformation graisseuse. La substance propre de la glande présentait des alvéoles remplies de détritus cellulaires.
Bibliographie. — E. Lancereaux, Traité historique et pratique de la sijphilis, 'i“ édit., Paris, 1873, p. 288, et Bull, de la Soc. anat., 18G9, p. 105. — Troisier, Tuni. gommeuses probables du foie et du cerveau [Bull, de la Soc. anat., 187L, t. XLIX, p. 25). — C. Weigert, Gnmmiknoten der hypophysis cerebri [Archiv far pnthol. Anat. und Physiol., Berlin, 1875, t. LXV, p. 223-22C)).
I 3. — Néoplasies.
Les néoplasies du corps pituitaire laissent à désirer au point de vue histologique; mais, comme tout porte à penser que leur relation avec la structure de cette glande est intime et qu’elles ont pour point de départ
tantôt le stroma conjonctivo-vasculaire, tantôt les éléments intra-alvéolaires, nous examinerons d’abord les néoplasies conjonctives, ensuite les néoplasies épithéliales de cet organe.