II. — Néoplasies épithéliales
Expansion pharyngée, le corps pituitaire renferme des épithéliums, et comme tel, il peut être le point de départ de végétations épithéliales. Celles-ci sont de deux ordres et désignées les unes sous le nom d’adénome, à cause de la ressemblance pour ainsi dire parfaite des follicules qui les composent avec ceux de la glande à l’état normal, puis de l’absence de toute généralisation ; les autres sous celui de carcinome (épithéliome) à cause de l’envahissement possible du tissu interstitiel par les éléments épithéliaux, ainsi que Goodhart semble l’avoir vu chez un babouin.
Adénome. — Caractérisée par la multiplication des éléments épithéliaux du corps pituitaire, cette lésion est généralement désignée sous le nom de goitre pituitaire (hypertrophie de l’hypophyse). Toujours localisée au lobe antérieur de la glande, elle se manifeste par de la rougeur et une augmentation de volume qui donne lieu au soulèvement de la duremère, fait saillie au-dessus de la selle turcique, et acquiert dans quelques cas seulement des dimensions considérables, à cause sans doute des . transformations que subissent presque fatalement les cellules hyperplasiées. Accumulées dans les alvéoles et tassées par leur production même, ces cellules s’inliltrent de granulations graisseuses, qui ensuite deviennent libres et sont résorbées; sinon, il s’y dépose une substance colloïde, laquelle, subissant une série de changements, finit par former des kystes semblables à ceux du corps thyroïde.
Abercrombie, Rayer, Rokitansky ont rapporté des faits de ce genre. Dans un cas observé par Zenker, l’hypophyse était transformée en une grosse tumeur kystique à plusieurs loges qui s’élevait à travers le troisième ventricule, jusqu’aux ventricules latéraux. Le contenu de ce kyste, liquide, foncé, d’un rouge brun, renfermait des globules sanguins altérés, des granulations graisseuses et des cristaux de cholestérine.
L’adénome de l’hypophyse en somme ne produit d’augmentation de volume un peu considérable que dans les. cas de transformation colloïde et kystique. Dans ce dernier cas, l’infundibulum est refoulé, les apophyses clinoïdes sont quelquefois amincies, les pédoncules cérébraux écartés, les nerfs optiques et souvent aussi les nerfs de la première at de la troisième paire comprimés et atrophiés.
Les conditions étiologiques et pathogéniques de cette lésion nous échappent encore ; car, si Niepce prétend avoir rencontré chez les crétins une hypertrophie fréquente de l’hypophyse cérébrale, Virchow^ n’a pas trouvé que, dans les crânes de ces individus, la selle turcique eût des dimensions plus que normales, et d’ailleurs il n’a pu constater chez un crétin nouveau-né, pas plus que chez un crétin déjà âgé, l’augmentation du volume du corps pituitaire.
Bibliographie. — Henry, Bull, de la Soc. anat., 1853, p. 82. — F. -A. Zenker, Enorm Cystenbildung im Gehirn, vom Hirnanhang ausgehend (Archiv f. path. Amt. und Physiol., 1857, t. XII, p. 454, 466). — G. Rokitansky, Lehrb. d. pathol. Anal., Wien, 1855, t. H, p. 476. — N. Ward, Tunioiir ofthe infundibulum {Trans. of the path. Soc. of London, t. Il, p. 19). — Thürnam, Ibid., t. V, p. 21. — L. Hemey, Obsero. de tum. du cervelet [Gaz. des hôpitaux, 1866, p. 285). — E. Gintrac, Cours de pathologie interne et de thérapie méd., Paris, 1868, t. IX, p. 217. — Galezowski, Union méd., 1866, t. XXXI, p. 451. — R. Virchow, Pathologie des tumeurs, trad. fr. par P. Aronssohn, Paris, 1871, t. III, p. 277. — G. Weigert, Struma pituitaria permagna (Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., t. LXV, p. 219, 1875).
Épiïhéliome. — ■ Ordinairement fermes, arrondies et lobulées, d’un rouge pâle, les néoplasies qui font partie de ce groupe ne sont pas toujours faciles à séparer de la simple inflammation; leur volume varie depuis la grosseur d’un œuf dé pigeon jusqu’à celle d’un œuf de poule, leur consistance est ferme. D’abord limitées à la selle turcique, elles s’étendent de là, tantôt en avant du côté de l’orbite, tantôt en arrière, le plus souvent en haut, compriment à sa base l’encéphale et les nerfs qui en émanent. Leur structure ne dilïère pas tout d’abord de celle du corps pituitaire à l’état normal, si ce n’est par le nombre des follicules
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et par la multiplication des cellules épithéliales qui les remplissent. Ces cellules, la plupart du temps, restent limitées à l’intérieur du follicule, mais cela tient vraisemblablement <à ce qu’en pareil cas la mort, relativement rapide, ne donne pas aux éléments cellulaires le temps d’émigrer, Histologiquement, cette lésion est représentée, comme dans un cas dont J, Renaut fit l’examen, par les cavités normales de l’hypophyse, dans lesquelles végète le tissu épithélial qui les remplit et les distend au point de leur faire perdre leur forme ronde et de les rendre stellaires. Ces cavités venant à se rompre, les éléments épithéliaux infiltrent le tissu conjonctif où ils se creusent des alvéoles, et gagnent enfin les parties voisines comme dans un cas de Goodhart, Ces lésions, développées, en somme, dans un organe provenant de l’ectoderme, ont les plus grandes analogies de structure et d’évolution avec les néoplasies épithéliales.
Les causes de ces néoplasies ne sont pas mieux connues que celles de toutes les productions épithéliales de l’organisme, mais il est vraisemblable qu’elles se rencontrent de préférence dans les familles de cancéreux.
Les lésions du corps pituitaire et surtout celles qui produisent l’augmentation de volume de cet organe, comme les tumeurs, donnent lieu à des troubles qui intéressent moins les fonctions méconnues jusqu’ici de cette glande que celles du cerveau. Les rapports du corps pituitaire avec la base de l’encéphale et notamment avec les nerfs optiques peuvent nous rendre compte des troubles qui résultent de son altération et principalement de sa tuméfaction. L’amaurose est l’un des désordres qui font le plus rarement défaut, et cela se conçoit; elle faisait exception cependant dans le cas d’une tumeur assez considérable de l’hypophyse publié par Heslop. Cette amaurose, qui peut se montrer d’abord d’un seul côté, ne tarde pas à envahir les deux yeux ; elle est le plus souvent incomplète et susceptible d’amélioration plutôt que de guérison, L’exophthalmie observée dans quelques cas par suite de l’envahissement de l’orbite parla néoplasie hypophysaire est un symptôme moins constant, sans doute parce que les tumeurs du corps pituitaire peuvent se développer dans des directions très différentes ; elle est du reste, comme l’amaurose, presque toujours double. Les troubles des fonctions cérébrales consistent en un affaiblissement de la mémoire, un état d’apathie et de somnolence plus ou moins accusé, l’intelligence restant presque toujours intacte.
. D’autres nerfs que ceux de l'oed sont quelquefois comprimés et modifiés dans leur fonctionnement. Ainsi, l’abolition de l’olfaction, la paralysie de Lancereaux. — Traité d’Anat. path. 111. — 17
quelques-uns des muscles oculaires et même la surdité ont été observées en pareil cas. Les tumeurs de la protubérance et celles de l’orbite sont les lésions qui, symptomatiquement, se rapprochent le plus des altérations du corps pituitaire; pour les distinguer, il faut tenir compte de l’évolution des différents phénomènes présentés par chacune d’elles.
Bibuographie. — Gbeding, Advers. medico-practica, Lipsiæ, 1771, t. II, p. 515, et t. III, p. 655. — J. -F. Meckel, Handb. d. path. Anat., t. I, p. 274. — Edholm, Svensha LaMre Sallskapets Handlingen, Stockholm, 1813, t. I, p. 41. — Mohr, Casper’s Wochenschrift, 1840, p. 565, et Arch. gên. méd., 1842, sér. 3, t. Xlll, p. 87. — W. Muller, Jenaische Zeitsch. f. Med. und Naturwissensch., t. VI. — M. Lœb et J. Arnold, Adenom der glandula pituitaria (Archiv f. path. Anat. und Physiol., 1873, t. LVII, p. 172). — G. Weigert, Struma pituitaria magna {Ibid., 1875, t, LXV, p. 219). — G. Eisenlohr, Zur Casuistik der Tumoren der Hypophysis {Ibid., 1876, t. LXVIII, p. 461). — A. Weichselbaüm, Zu den Neubildungen der Hypophysis {Ibid., 1879, t. LXXV, p. 444). — Hugo Ribbert, Ein Tumor der Hypophysis {Ibid., Berlin, 1882, t. XC, p. 539) {Adénome avec calcif.). — E. Breitneb, Zur Casuistik der Hypophysistumoren {Ibid., Berlin, 1883, t. XCIII, p. 368). — Antony A. Bowsby, Tumour of pituary body {Trans. of the patholog. Soc. of London, 1885, t. XXVI, p. 35). — J. -F. Goodhart, Cancer of pituary body in the anubis baboon {Ibid., p. 36). — J. Leclerc, Note sur trois cas de tumeurs intracrâniennes {Rev. de méd., 10 déc. 1887, p. 977).
§ 4. — Hypoplasies.
Le corps pituitaire est par son évolution prédisposé aux dégénérescences graisseuse et colloïde communes chez les personnes âgées. Ces dégénérescences, qui constituent un état pour ainsi dire physiologique, se rencontrent encore à l’état pathologique, mais il est vrai de dire qu’elles passent très souvent inaperçues en raison du peu de désordres qu’elles déterminent.
Atteint de dégénérescence graisseuse, le corps pituitaire, de coloration jaune ou grisâtre, peu ou pas augmenté de volume, diminue de consistance et renferme une grande quantité de graisse provenant surtout de la transformation de ses éléments épithéliaux.
La dégénérescence amyloïde ou cireuse a été observée surtout dans la portion postérieure de l’hypophyse; elle se localise particulièrement aux vaisseaux (1).
(1) Hutchitison, Bronzing of the skin, suprarénal capsules healthy, degeneration of pituary body of the brain {Transact. of thepathol. Soc. of London, t. VIII, p. 341).
La dégénérescence colloïde se montre principalement sur des corps pituitaires déjà lésés et la plupart du temps atteints d’hypertrophie ou mieux de simple hyperplasie. Elle a son siège dans les épithéliums folliculaires qui deviennent vitreux, fortement réfringents, et sont détruits en mettant en liberté des blocs d’une substance transparente analogue à de la gélatine. Par la tuméfaction et les kystes qu’elle détermine, cette dégénérescence produit une augmentation de volume du corps pituitaire qui, dans quelques cas, retentit sur les fonctions de l’encéphale (voy. p. 737). Nous savons déjà que, dans un cas rapporté par Zenker, l’hypophyse se trouvait transformée en une tumeur kystique multiloculaire qui s’étendait jusqu’aux ventricules latéraux, renfermait des globules sanguins transformés, des granulations graisseuses et des cristaux de cholestérine. D’un autre côté, Engel a trouvé, au milieu d’une hypophyse volumineuse, dure et vascularisée, un kyste osseux de la grosseur d’un pois, et rempli d’un liquide gélatineux. La ressemblance de ce kyste avec ceux du corps thyroïde est à noter, ainsi qu’il sera possible d’en juger plus loin.
ANOMALIES DE CIRCULATION
Les désordres circulatoires du corps pituitaire ont été peu étudiés, ce qui se comprend puisqu’ils ne produisent souvent aucun trouble fonctionnel appréciable. Cependant Rokitansky mentionne, chez les personnes jeunes, la congestion de la partie antérieure de cet organe et l’extravasation sanguine de sa substance; mais il est à peu près le seul auteur qui ait noté l’existence de semblables désordres. Eppinger, plus récemment, a trouvé dans la glande pituitaire une tumeur de la grosseur d’une noisette, parfaitement arrondie, et qui pénétrait à travers la base du cerveau jusque dans le ventricule moyen. Développée dans la moitié postérieure de la glande pituitaire, cette tumeur consistait en un certain nombre de cavités remplies d’un liquide noirâtre et entourées, les unes d’une paroi calcifiée, les autres d’une membrane conjonctive; toutefois, cette hémorrhagie ne s’étant pas développée dans un tissu absolument sain, il y a lieu de la considérer comme secondaire. Le sujet chez lequel existait cet hématome était un homme de vingt-huit ans, qui, dans les trois derniers mois de sa vie, avait présenté des signes de dépression céi’ébrale se rattachant à une hydrocéphalie chronique, effet de la compression produite par le corps pituitaire.
Bibliographie. — Eppinger, Hâmatom der Hypophysis cerebri {Prager Vierteljahrschrift, 1875, t. II, p. 5, et Rev. des Sc. méd., t. VI, p. 514).
ANOMALIES ACCIDENTELLES
Les lésions traumatiques de la glande pituitaire sont rarement isolées ; elles accompagnent presque toujours le traumatisme du crâne et de l’encéphale, et se confondent ainsi le plus souvent avec ce dernier.
L’échinocoque est le seul parasite rencontré dans le corps pituitaire, et même sa présence y est rare, car il n’a été observé que trois fois jusqu’ici. Sœmmering en a communiqué un cas à Bremser et à Baillie qui en font mention, l’un dans son Traité des maladies vermineuses, l’autre dans son Manuel d’anatomie pathologique. Guesnard signale la présence, chez un enfant de sept ans, d’un kyste hydatique situé dans le corps pituitaire entre la portion osseuse du corps du sphénoïde et la duremère. A ce kyste, dont le volume était le double de celui d’un œuf de poule, se trouvaient accolés une vésicule de même nature, de la grosseur d’une noix, et d’autres kystes du volume d’une lentille, ou même plus petits, au nombre de vingt. Esquirol parle enfin d’hydatides existant dans toute la longueur de la moelle épinière et d’un kyste rempli d’un fluide brun rougeâtre, contenu dans la glande pituitaire.
Bibliographie. — Guesnard, Observations d’acéphalocystes développés dans les os du crâne (Journ. hebd. des progrès des sc, méd., 1836, t. I, p. 271). — Esquirol, dans G. Davaine, Traité des entozoaires et des maladies vermineuses, 2' édit., Paris, 1878, p. 714.