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ARTICLE II. — GLANDE PINÉALE OU ÉPIPHYSE

Située dans l’épaisseur de la toile choroïdienne, au-dessus des tubercules quadrijumeaux, au-devant du cervelet, en arrière du troisième ventricule, la glande pinéale ou conarium est un petit organe qui a la forme d’une pomme de pin dont la grosse extrémité repose en bas et en avant. Cet organe, dans lequel Descartes plaçait le siège de l’âme, ne paraît pas remplir des fonctions bien importantes, du moins si l’on en juge d’après sa structure qui a de grandes analogies avec celle du corps pituitaire. Il comprend en effet, suivant Grandry, deux couches distinctes :

l’une externe ou corticale composée de groupes cellulaires disséminés entre des faisceaux conjonctifs et probablement entourés d’une membrane pi’opre; l’autre, centrale ou médullaire, formée de myélocytes et de cellules multipolaires d’où émanent des cylindres axes, le tout disposé au sein d’une matière granuleuse abondante; mais il nous faut reconnaître que certains auteurs nient l’existence de ces derniers éléments chez l’bomme, et que plusieurs attribuent à la glande pinéale une cavité centrale.

La glande pinéale^ en somme, est, dans le principe, constituée par des follicules remplis d’un liquide albumineux et tapissés de cellules épithéliales, comme cela se voit chez les mammifères pendant la période embryonnaire ; plus tard, ces follicules sont diminués de volume, difliciles à distinguer, les cellules épithéliales s’étant converties en éléments semblables a ceux des follicules lymphatiques. Appuyé de cette donnée, Mihalkovicz pense que cette glande, de même que la pituitaire, provient de l’épithélium de la bouche. Ajoutons que certains auteurs considèrent la glande pinéale comme l’homologue de l’œil médian des pyrosomes, de l’œil pariétal des lézards, et la font provenir d’un diverticule creux (communiquant avec le troisième ventricule, et qui aurait son origine dans la vésicule cérébrale primitive.

La glande pinéale n’est pas à l’abri des lésions matérielles, et l’importance de ces lésions assez semblables à celles du corps pituitaire ne résulte pas tant du trouble des fonctions jusqu’ici inconnues de cette glande que de la perturbation fonctionnelle apportée dans les organes de son voisinage.

Bibliographie générale. — A.-V. Otto, A Compendiim of hiiman and compar. unut., translat. by J. -F. South, London, 1831, p. 393. — Legros, Étude sur la glandé pinéale et ses états pathologiques. Thèse de Paris, 1873. — Peytoureau, ■ La glande pinéale est le troisième œil des vertébrés. Th. Bordeaux, 1887.

ANOMALIES DE FORMATION

Les malformations de la glande pinéale sont peu connues, pour le motif, sans doute, qu’on néglige le plus souvent de les chercher. Weigert, pourtant, a trouvé dans cet organe, chez un garçon de quatorze ans, une tumeur nodulaire avec kyste, qui envahissait le troisième ventricule et se prolongeait en arrière à travers l’aqueduc de Sylvius jusqu au quatrième ventricule, refoulant les tubercules quadrijumeaux en haut et en arrière. Cette tumeur, recouverte d’une capsule, contenait des épithéliums.

des glandes sébacées, des follicules pileux, des cheveux, de la graisse, du cartilage, des fibres musculaires lisses, et peut-être aussi des nerfs. Elle ne diflerait donc pas d’un kyste dermoïde, et, suivant les divisions adoptées dans ce livre, elle rentrerait dans la classe des monstruosités.

De cette production il est possible de rapprocher des formations complexes qui, si elles ne doivent être envisagées comme des anomalies monstrueuses, sont tout au moins des lésions développées à un âge peu avancé de la vie, lorsque la glande pinéale ne s’est pas encore transformée. Des exemples de ces désordres nous sont fournis par les trois observations suivantes. Un garçon de seize ans, vu par Falkson, est emporté pgr des phénomènes cérébraux. Il offre au niveau du troisième ventricule une tumeur lobulée qui comprime les couches optiques et refoule en arrière les tubercules quadrijumeaux. Histologiquement, cette tumeur renferme une charpente formée de cellules allongées, fusiformes, de groupes de cellules cartilagineuses, et enfin de cellules épithéliales cylindriques tapissant des kystes d’un diamètre de 20 à 25 millimètres. Charlewood Turner a trouvé, exposée dans un musée, une pièce pathologique représentant une tumeur arrondie, lobulée, située dans le troisième ventricule cérébral et comprimant les tubercules quadrijumeaux. Cette tumeur était composée de cloisons fibreuses très vasculaires, d’éléments épithéliaux disposés en forme de glandes, et de cellules encapsulées munies de larges nucléoles et semblables à des cellules nerveuses ganglionnaires. Enfin, chez un enfant de treize ans, observé par Coats, il existait, au-dessous du corps calleux, une tumeur arrondie, lobulée, formée de deux parties adhérentes entre elles, qui comprimait les couches optiques, distendait les ventricules latéraux, refoulait en arrière les tubercules quadrijumeaux et se prolongeait à travers l’aqueduc de Sylvius jusque dans le quatrième ventricule. La composition histologique de cette production était, pour ainsi dire, identique à celle de la tumeur observée par Falkson, car elle contenait, dans un stroma conjonctif, des îlots cartilagineux et des follicules tapissés d’épithéliums cylindriques. Tous ces faits doivent être rapprochés et comparés aux cas de malformation rencontrés dans le corps pituitaire. Les lésions en question sont en effet des anomalies de formation qui se rattachent au développement spécial du corps pituitaire et de la glande pinéale aux dépens de l’ectoderme.

BiBUOGRAPniE. — G. Weigert, Teratom der Zirbeldnise {Archiv f. path. Anat. und Physiol., Berl., 1875, t. l,XV, p. 212, 1 pl.). — Rob. Falkson, Ein Chondrocystosarcom im dritten Ventrikel {Arch. f. pathol. Anat. und Physiol., 1879, t. LXXV, p. 550, 1 pl.). — F. Charlewood Türner, Spindle-cell sarcoma of the pineal body containing glandular and carcinomatous structure

GLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES

{Trans. of the pathol. Soc. of London, 1885, t, XXXVI, p. 27). — Joseph Coats, An adenoid sarcoma with cartilage originating in the pinçai gland {Trans. of the pathol. Soc. of London, 1887, t. XXXVIII, p. 44).

ANOMALIES DE NUTRITION § 1". — Phlegmasies et néoplasies.

La glande pinéale n’échappe pas à ces deux genres de lésions. Les phlegmasies qui s’y rencontrent peuvent, sans doute, être primitives ; mais il est reconnu que, le plus souvent, elles sont le fait de la propagation d’une inflammation de voisinage. Un cas de suppuration localisée à cette glande, qui avait triplé de volume, se trouve rapporté par Lieutaud ; le I plus souvent, toutefois , c’est dans les cas de méningite suppurée que l’on est appelé à constater de semblables lésions.

Goitre pinéal. — Si les phlegmasies simplement scléreuses ont été rarement observées dans la glande pinéale, par contre on a constaté plusieurs fois l’hyperplasie totale de cet organe, qui se montre, ainsi que I l’a vu Virchow, sous la forme d’une tumeur solide , gris rougeâtre, lobulée ou lisse et globuleuse, pouvant atteindre la grosseur d’une noisette ou d’une noix. Sur une coupe, le tissu gris, humide, richement vas- I cularisé, se reconnaît facilement; il est le plus souvent parsemé de corpuscules calcaires et ne dilTère, histologiquement, de l’état normal que par le volume un peu exagéré des éléments cellulaires. Ainsi, à l’instar du corps pituitaire et aussi du corps thyroïde (voyez plus loin), la glande 1 pinéale peut doubler, tripler et même quadrupler de volume , tout en conservant sa structure ; c’est donc là une sorte de goitre pinéal.

A côté de cette simple hyperplasie il existe vraisemblablement des [ - néoplasies fibreuse et cancéreuse de la glande pinéale; mais les faits de ce ^ genre sont fort peu nombreux. Friedreich, toutefois, rapporte un exemple 1 de sarcome médullaire combiné à un psammome kystique hémorrhai gique de cet organe chez une femme de cinquante-neuf ans.

Les causes des phlegmasies de la glande pinéale sont variables ; la : suppuration, avons-nous dit, y est presque toujours consécutive. Pour ce

L qui est de l’byperplasie de cet organe, il y a lieu de remarquer qu’elle V peut bien se produire sous des influences analogues à celles qui donnent ^ lieu au goitre pituitaire. Quant à l’origine des néoplasies, elle reste 1 inconnue.

Tous les désordres matériels, et surtout les tumeurs du conarium,

agissent par compression sur les parties situées dans leur voisinage, notamment sur les tubercules quadrijumeaux, les couches optiques, puis enfin sur la grande veine de Galien, dont l’obstruction a pour conséquence ordinaire l’hydrocéphalie. Dans ces conditions, il est facile de comprendre les effets désastreux de ces lésions sur les fonctions de l’encéphale.

BiBLioGRApniE. — Desportes, Histoire des malad. de Saint-Domingue, Paris, 1770, t. II, p. 209. — Mono Aom, ^De sedibus ctcausis morborum, epist. I, art. 2, L. 3. — Lieutaud, Hist. anat. med., Parisiis, 1777 et Amst., 1796, p. 177, 210, 381. — Gilb. Blane, Trans. of a Soc. for the improvement of med. chirurg. knoiüledge, Lond., 1800, t. II, p. 198. — J. -Fr. Meckel, Deutsches Archiv fur die Physiologie, 1815, 1. 1, p. 644. — Schmidt, Berliner med. Zeitschrift, 1837. — Œsterlen, Jahrb. für prahtische Heilkunde, 1845, p. 409. — R. Virchow, Archiv. für pathol. Anat. und Physiol., 1857, t. XII, p. 483. — Friedreich, Psammoma kystomatosum hæmorrhag. der glandula pinealis in Combinat, mit Medidlarsarkome {Archiv f.path. Anat. und Physiol., 1865, t. XXXIII, p. 165).

§ 2. — Hypoplasies.

De même que toutes les glandes dites vasculaires sanguines, la glande pinéale se transforme, à un âge peu avancé de l’existence, et subit soit la

dégénérescence graisseuse, soit la dégénérescence amyloïde. Dans certains cas, elle se calcifie, du moins partiellement ; aussi n’est-il pas rare d’y trouver, à l’état pathologique surtout, des concrétions formées de sels de chaux et considérées à tort comme des grains de sable (fig. 173). Constituées par des masses irrégulières de 0'”,12 à 0™,4 de diamètre, quelquefois aplaties, plus souvent arrondies ou d’aspect bizarre, formées de couches concentriques avec double contour, ces concrétions infiltrent en général les faisceaux de tissu conjonctif, et sont composées de carbonate de chaux mélangé de phosphate de chaux, et d’une substance fondamentale organique.

I'Tg. 173. — Cüncrétion calcaire de la glande pinéale.

ANOMALIES DE CIRCULATION

Les anomalies de circulation ont été peu étudiées dans la glande pinéale, mais elles ne s’y rencontrent pas moins. Virchow rapporte qu’il a observé l’hypérémie de la substance médullaire de la glande pinéale

GLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES

chez un garçon de six ans, mort après la rougeole avec des symptômes d’arachnitis. L’hémorrhagie de ce même organe n’a pas été signalée que je sache, mais c’est vraisemblablement à cause du peu de soin que l’on apporte généralement à son examen.

L’hydropisie de la glande pinéale a par contre été vue dans un certain nombre de cas. Elle est caractérisée par l’accumulation dhm liquide séreux au sein de la cavité de la glande qui se dilate peu à peu, arrive à former dans certains cas une tumeur plus grosse qu’une noisette et dont les effets se rapprochent de ceux que déterminent les néoplasies du même organe.

Bibliographie. — Angeli, Osscr}), med. prat. et chinirg., Imola, 1793, t. I, p. 27. — Nieden, Hydropisie de la glande pinéale (CentraJblatt fur Nervenkrankh., 1879, n“ 9, et Gaz. méd. de Paris, 1880, p. 205).

ANOMALIES ACCIDENTELLES

Le traumatisme de la glande pinéale est chose difficile et rare ; quant au parasitisme de cet organe, il a été observé dans quelques cas.

Un fait d’hydatide de la glande pinéale est signalé par Otto ; la glande tuméfiée était remplie d’échinocoques. Plus récemment Smith en a rapporté un nouveau cas chez un malade qui se trouva atteint tout à coup de coma et de paralysie, puis se rétablit en partie et mourut très rapidement.

Bibliographie. — A.-W, Otto, A Compendium of human and comparative Anatomy, trad. angl. par South, London, 1831, p. 393. — H. Smith, Case of sudden coma and paralysis ; partial Recovery of consciousness and power, rapid death ;

1 hydatids of pineal glands, liver and peritoneum [Lancet, London, 1878,1, 48).

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