II. — HypeiTropliic
Sous le nom d’hypertrophie de la glande thyroïde on décrit généralement le goitre ou même d’autres lésions phlegmasiques ou hypérémiques de cette glande; mais, s’il est vrai que ces lésions soient souvent difficiles à différencier, il ne faut pas moins reconnaître qu’un mot auquel on donne une trop large extension perd toute signification. Caractérisée par l’augmentation de volume des éléments constituant le corps thyroïde, l’hypertrophie vraie de cette glande est partielle ou générale.
Hypertrophie partielle. — Cette hypertrophie, relativement rare, se localise à l’isthme ou à un seul lobe. Assez peu rencontrée chez riiomme, si ce n’est à la suite de l’atrophie ou de la destruction d’un des lobes de la glande, elle a été observée chez les animaux par J. Wagner (1) qui, cinq semaines après l’ablation du lobe gauche du corps thyroïde chez un
■ (1) Voy. Bruns, Du goitre et de l’extirpation expérimentale de la glande thyrdide {Union méd., 1885, t. XXXI.X, p. 126).
chien, trouva le parenchyme du lobe droit hypertrophié et les vaisseaux notablement dilatés. Semblable modification ayant été vue chez le chat, on peut en conclure que l’absence d’un lobe du corps thyroïde, de même que l’absence d’un rein, a pour effet l’hypertrophie de l’organe congénère.
Hypertrophie générale ou goitre exophthalmique. — Le fait de la coexistence habituelle de cette hypertrophie avec des lésions oculaires lui a valu la dénomination de goitre exophthalmique. Caractérisé par l’augmentation de volume de la glande thyroïde, ce goitre, bien que situé au-devant de la trachée, comprime rarement ce canal. Les lobes saillants ont une consistance et une coloration peu distinctes de celles de l’état normal, et ne présentent de dégénérescence colloïde ou kystique que dans un petit nombre de cas. Cette dégénérescence existait dans un fait publié par Wilks, où le lobe gauche du corps thyroïde renfermait un kyste du volume d’une cerise ; mais on sait que ces kystes sont communs même dans les corps thyroïdes les plus normaux. Les vaisseaux thyroïdiens, les veines principalement, sont généralement élargis et le thymus se trouve parfois augmenté de volume. Le cœur est fréquemment hypertrophié, mais sans aucune altération de ses valvules; l’aorte et les gros vaisseaux sont la plupart du temps athéromateux. Histologiquement, le corps thyroïde ne diffère de l’état normal que par l'augmentation de volume avec ou sans hyperplasie des éléments épithéliaux des follicules qui le composent, ainsi que l’ont vu plusieurs auteurs et que nous avons pu le constater nous-même dans deux cas; le tissu interstitiel est abondant et les petits vaisseaux qui le parcourent sont dilatés. Généralement accompagnée de désordres nerveux divers tels que palpitations, exophthalmie, tremblements, vomissements, albuminurie avec ou sans polyurie, vililigo, etc., cette hypertrophie, de même que les désordres (|ui lui font cortège, est certainement sous la dépendance d’un trouble de l’innervation vaso-motrice Ou trophique et mérite, comme telle, la |)lace que nous lui accordons.
Rare dans les lieux où règne le goitre endémique, l’hypertrophie en question constitue l’une des variétés les plus importantes du goitre sporadique; elle s’observe surtout chez la femme, à l’époque de la puberté et de l’accouchement, ou encore à la suite d’un trouble menstruel. Une de mes malades qui en était atteinte me présenta en même temps la plupart des signes de la chlorose : soumise à un traitement ioduré, elle guérit. Peu de temps après, elle prenait un embonpoint extraordinaire, souffrait au niveau de ses articulations qui étaient gonflées; et bien que
GLANDES DITES VASCILAIRES SANGUINES
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l’examen clinique du cœur ne m’eùl relevé aucune lésion matérielle, elle mourait subitement dans cet état. Une jeune fille de vingt-deux ans auprès de laquelle je fus appelé en consultation, présentait, avec un goitre exophthalmique, des vomissements, de la dyspnée et une accélération très grande du pouls; malgré l’emploi de l’iodure de potassium et de la morphine, cette personne succomba aussi tout à coup.
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§ 2. — Phlegmasies du corps thyroïde ou thyroïdites.
En dépit de sa grande vascularité, le corps thyroïde est un organe peu disposé aux phlegmasies, et ce fait est conforme à notre théorie de l’inllammation, puisqu’il tend à prouver que le processus inflammatoire a son siège dans les éléments des organes plutôt que dans le système vas-
culaire. Les phlegmasies de cette glande, ne dilTérant pas de celles des autres organes, seront groupées sous les mêmes chefs.