I. — Phlegmasies exsudatives ou parencliymateuses
Ces phlegmasies, dont l’étude laisse à désirer, ont pour caractère essentiel la formation, au sein des éléments folliculaires du corps thyroïde, d’un exsudât granuleux ou colloïde qui, plus tard, disparaît par résorption; subordonnées à l’action de causes diverses venant chacune modifier l'évolution du processus pathologique, elles forment un certain nombre de types distincts dont les principaux tout au moins méritent d’attirer notre attention.
Thyroïdite parenchymateuse épidémique. — Le plus souvent décrite sous le nom de goitre épidémique, par analogie avec le goitre endémique dont elle diffère tant par sa lésion que par son évolution, cette phlegmasie est caractérisée par une tuméfaction rapide de la glande thyroïde comparable à celle des parotides dans les oreillons. Elle est générale ou partielle, indolore au toucher, molle et élastique plutôt que ferme et résistante, généralement recouverte d’une peau saine. Ces caractères sont ceux que fournit l’examen du malade, car, si la mort survient en pareil cas, c’est par suite d’une maladie accidentelle. Chez un soldat mort de scarlatine ataxique et dont l’observation a été rapportée par Collin, le corps thyroïde était volumineux, en partie décoloré et grisâtre, dur à la coupe; ses éléments fibreux paraissaient hypertrophiés et on y trouvait deux kystes un peu plus gros qu’un pois et remplis d’un liquide onctueux, jaune brunâtre. Semblable fait a été vu par Virchow {Die krankhaft. Geschw., 1. 111, p. 44).
Une résolution plus ou moins complète est la terminaison habituelle sinon constante de cette lésion. La tuméfaction diminue peu à peu, après un temps ordinairement court (quinze jours ou un mois); l’essoufflement et l’anémie concomitante disparaissent et tout rentre dans l’ordre.
Signalée pour la première fois en 1783 par Charmeil et plus tard par Percy, cette affection n’est pas seulement remarquable par son début, mais encore par son évolution et par son mode de terminaison qui est la résolution. Sa marche rapide et les conditions dans lesquelles elle se développe sont autant de circonstances qui en font une affection spéciale.
Les contrées dans lesquelles a été observée cette forme de goitre sont diverses, mais nous devons constater que, dans un grand nombre, le goitre se rencontre à l’état endémique; ce sont : la Savoie, les Hautes-
GLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES
Alpes, l’Alsace et l’Auvergne. Dans les principales villes, telles que Annecy, Briançon, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, Colmar, Neufbrisach et Belfort, les conditions d’hygiène sont en outre assez semblables.
Le goitre épidémique a été observé chez des soldats et aussi chez des collégiens, en somme chez des hommes jeunes, de dix-huit à vingt-trois ans, le plus souvent pendant les grandes chaleurs, au moment des exercices militaires, et presque toujours à la suite d’un refroidissement, le corps étant en sueur, ou encore à la suite de l’ingestion d’une eau très froide, telle que l’eau des pays de montagnes. Incriminée dans la plupart des relations de goitre épidémique, l’eau froide a été dans plusieurs circonstances sinon la cause efficiente, du moins la cause occasionnelle de cette affection. Nivet rapporte que, pendant l’été de 1826, M. Lavort vit se développer parmi les élèves du collège de Clermont- Ferrand un grand nombre de goitres qu’il attribua à l’habitude qu’avaient contractée ces jeunes gens de boire à un robinet d’eau froide durant les récréations, c’est-à-dire pendant qu’ils étaient couverts de sueur. Le robinet fut fermé, on mit à la disposition des élèves de l’eau conservée dans des cruches à laquelle on mêlait une faible quantité de vinaigre, et le nombre des goitres diminua sensiblement.
Cette cause n’est pas acceptée de tous les observateurs, car il en est pour qui le goitre épidémique est contagieux; telle est l’opinion soutenue par les docteurs Viry et Richard à propos d’une épidémie qu’ils ont observée à Belfort et qui a sévi tout à la fois sur les collégiens et sur les soldats; mais cette opinion mérite confirmation.
Bibliographie. — Larrey, Soc. de chirurgie, mars 1853. — Chevalier, Thyroïdite aigue {Recueil de mém. de méd. et de chirurgie militaires, Paris, 1854, t. XXIX, p. 325-338). — Artigues, sér. 2, t. XllI. — V. Nivet, Note sur le goitre estival épidém,. et variqueux observ. d, le départ, du Puy-de-Dôme {Rev. méd. chir., Paris, 1852, XII, 328-334). — Le même. Étude sur le goitre épidémique, Paris, 1873, et Gaz. hebd. de méd. et dechirurg., 1874, p. 55. — L.-J. Bauchet, De la thyroklite {goitre aigu) {Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1857, 2, 4, 5 et 6). — E. Collin, Rapp. sur le goitre accidentel de la gar-
nison de Briançon {Mém. de méd. chir. et ph. milit., sér. 2, t. XII, 261-274).
— Le même. Du goitre dans la garnison de Briançon pendant l’a7inéei8QO {Ibid., sér. 3, t. VI, 1-21). — Tellier, Note sur qq. cas degoitre aigu observés à Neuf- Brisach, etc. {Ibid., sér. 3, III, 369). — Fleury, Note sur une épid. de goitre aigu qui a régné à Clermont, etc. {Gaz. méd., Paris, 1861, p. 510-512). — Gouget, Rappoid sur une épidémie de goiU'e aigu, obsenée à Colmar en 1861 {Rec. de mém. de méd. chir. etpharm. milit., Paris, 1862, sér. 3, VII, 289-328).
— Le même. Rapport sur une épidémie de goitre, etc. {Ibid., 1863, sér. 3, X, 180, 217). — Morelle, Ibid., sér. 3, VIII, 438-440. — Rozan, 343-359. —
Hansen, Ihid., sér. 3, XI, 117-128. — Hédoin, Endémo-éiridcmie de goilnobservée sur la garnison d' Embrun, de janvier à mars 1863 (Ibid., 465-4-88). — L. Halbron, Considér. sur l'étiolog. et le trait, du goitre aigu, à propos d'une épidem. observée d. la garnison de Clermont-Eerrand (Ibid., 1865, sér. 3, Xlll, 99-107). — G. Haberkorn, Sur le goitre épidémique considéré dans l’armée, Strasbourg, 1864. — A. Saillard, Essai sur le goitre épidémique, Paris, 1865. — L. TniBAUD, Du goitre épidémique, Paris, 1867. — Worbe, Épidémie de goitre aigu (Recueil de mém. de méd. de chir, et de pharm. militaires, Paris, 1867, sér. 3, XYIII, 104-108). — Le même, Relation de Vépidém. de goitre qui a régné d. le régiment d'infant, de ligne en 1866, etc. (Ibid., 1867, sér. 3> XIX, 273, 369). — Muller, Du goitre épidém. d. la garnison de JSeuf-Brisach, 1869-70, sér. 3, XXVI, 244-255). — Michaud, Observ. sur le goitre épidémig. de la garnison de Saint-Étienne, 1873 (Gaz. méd., Paris, 1874, 17, 67). — Mollieri, Mém. de la Soc. des sc. méd. de Liyon, 1873, p. 25. — A. Sassot, Du goitre dans l'armée, Paris, 1874. — O.-M. Guérin, Considérât, sur le goitre aigu, Montpellier, 1876. — A. Gaillard, Réflex. sur une épidém. de goitre survenue à la caserne du palais des papes à Avignon (1887), Montpellier, 1878. — J. -B. Urzica, Étude sur le goitre aigu, à propos de l'épidémie survenue au mois de n^ai 1878, d. le 12® rég. de ligne, à Lodève, Montpellier, 1878. — G. Viry et E. Richard, De la nature du goitre épidém., à propos de l'épidémie qui a sévi sur les troupes de la garnison de Belfort en 1877 (Gaz. hebd. de méd. et ch., Paris, 1881, 457, 480). — A. Czernicki, De la non-transmissibil. du goitre épidém. (Gaz. hebd. de méd. et chirurg., Paris, 1881, p. 611). — Krishaber, Du goitre épid. (Ann. des malad. de l’ oreille et du larynx, Paris, 1882, VIII, 125-133).
Thyroïdites pyrétiques. — Les phlegmasies qui rentrent dans ce groupe se montrent à la suite de. la plupart des fièvres éruptives ou continues; quoique rares, elles n’ont pas moins une physionomie assez spéciale et se présentent sous deux formes, l’une résolutive, l’autre suppurative. Cette dernière, en raison de sa nature, sera étudiée plus loin; mais la première, qui se rapproche de la thyroïdite épidémique, a sa place ici. Le corps thyroïde, légèrement tuméfié, soit dans une de ses parties, soit dans sa totalité, offre une consistance molle et présente une hypérémie notable ou même de petites ecchymoses. L’étude microscopique très insuffisante qui en a été faite porte à penser que les épithéliums sont tuméfiés et granuleux.
Cette lésion, dont l’évolution est relativement rapide, se termine par résolution. Elle comprend des espèces multiples, en rapport avec chacune des maladies infectieuses, car, malgré une certaine analogie, les thyroïdites pyrétiques ne sont pas absolument identiques. Observées chez des individus jeunes et principalement chez les femmes, elles se montrent d’ordinaire un jour ou deux après la chute de la fièvre, quelquefois plus
GLA^’DES DITES VASCfLAIRES SANGTINES.
lardivement. Leur palhogénie est loin d’être connue; néanmoins, malgré l’absence de preuves, on est assez généralement conduit à les attribuer à la pénétration de ferments microbiens dans le sang, et à leur fixation dans la glande thyroïde, prédisposée à subir leur action par suite d’une modification anatomique préexistante.
BiBLioGRApniE. — Liouville, Thyroidite aigue dans la variole [Comptes rendus de la Soc. biolog., Paris, 1870, p. 91). — G. Pinchaud, Des thyroïdites dans la convalescence de la fièvre typhoïde. Thèse de Paris, 1881, et T\ev. des sc. méd., 1882, t. XIX, p. 687. — L. Starr, Spontaneous cure of goitre following an attack of typhoid fever [Philad. med. Times, 1878, VIII, 34-i). — Ricklin, Observ. de thyroïdite aiguë [Gaz. med., Paris, 1885, p. 448 et 460).
Thyroïdites génitales. — Cette dénomination nous sert à désigner les thyroïdites liées à un état physiologique ou pathologique des organes génitaux. Elle comprend ainsi tous les cas de goitre passager liés à la puberté, à la ménopause, à la menstruation, à la gestation, ou enfin à une maladie de l’appareil génital. Dans tous ces cas, le désordre présenté par le corps thyroïde a une physionomie commune; il est caractérisé par la tuméfaction partielle ou générale, ordinairement rapide et douloureuse de la glande, dont la consistance est élastique, ferme ou un peu molle, et dont les veines superficielles sont dilatées. Dire exactement quelles modifications subissent les éléments du corps thyroïde dans ces conditions n’est pas chose facile, vu l’ahsence presque constante d’autopsie. Cependant, si l’on tient compte de la rapidité avec laquelle se produit cette altération, de sa terminaison par résolution au bout de quelques semaines ou de quelques mois, on est conduit à la rapprocher des alfections épidémiques et pyrétiques de la glande thyroïde, et d’en faire une thyroïdite parenchymateuse.
La puberté et la ménopause sont deux époques de la vie, la première surtout, où l’on Amit survenir cette lésion qui, dans les deux cas, dépend d’une irritation ou d’une excitation anormale de l’appareil génital ; c’est ainsi que plus loin nous verrons se produire des mammites, même chez l’homme. La grossesse agit sans doute de la même façon. C’est, en eflet, vers le troisième ou le quatrième mois que survient le gonflement du corps thyroïde. Il est d’ordinaire passager et disparaît peu de temps après l’accouchement, ce qui indique sa liaison avec l’état puerpéral. Pourtant, dans quelques cas, le goitre développé au cours d’une grossesse continue de croître, devient permanent, constitue une lésion sérieuse pouvant compromettre la fonction respiratoire (Nathalis Guillol). Ainsi deux formes de goitre peuvent se montrer pendant la grossesse, 1 une aiguë.
ANATOMIE PATOOLOGIQUE.
l’autre chronique, mais la première seulement pai’aît se rattacher aux phénomènes de la gestation, la seconde en raison de son accroissement et de sa permanence reconnaît sans doute d’autres causes.
Certains désordres pathologiques de l’utérus, métrite, congestion, etc., exercent, sur le corps thyroïde, une influence assez semhlahle. Jenks rapporte qu’il a eu l’occasion de soigner une famille où plusieurs jeunes filles étaient atteintes de goitre peu de temps avant leur menstruation ; cette affection disparaissait spontanément lorsqu’elles devenaient nubiles.
Bibliographie. — Nathalis Guillot, De l’hypertrophie de la glande thyroïde des femmes encemtes {Actes de la Soc. méd. des hôpitaux, fasc. 5, p. 470, et Arch. gén. de méd., Paris, 1850, sér. 5, t. XVI, p. 583). — J. Roberts, Acute bronchocèle with cardiac hypertrophy , occurrmg during pregnancy and prodiicing fatal dyspnœ {Amer. Journal, 1876, p. 374, et TJev. dessc. méd., 1877, t. X, p. 283). — -Guyon et Chantreuil, Thyroïdite aiguë d. V état puerpéral {Gaz. des hôpitaux, 1866, n" 125, p. 493). — Laure, Soc. méd. de Lyon', janvier 1873. — E.-W. Jenks, The relations of goitre to pregnancy and dérangements of the generative organs of women {Amer. Journ. of obstetr., janv. 1882, et Rev. des sc. méd., 1882, t. XIX, p. 687). — A. Ollivier, Étude sur les mal. chron. d’ origine puerpérale {Arch. g, de méd., Paris, 1873, p. 8). — L. Tait, Enlargement of the thyroid body in pregnancy {Obst. Journ. Gr. Brit., London, 1875, III, 203-213). — F. Darses, Bu goitre chez la femme et en part, de l’infl. exercée sur son développem. par les fond, génitales, Montpellier, 1875. — J. Pastriot, Étude sur le goitre dépendant de la grossesse et de V accouchement, Paris, 1876. — W. Fréund, Die Bezieh. der Schildrüse zu den iveibl. Geschlechtsorganen {Beutsch. Zeitschr. f. Chir., 1883, t. XVIII, p. 214, et Rev. d. sc. méd., 1884, t. XXIV, p. 655). — A. DE Burine, Considérât, sur le goitre dépendant de la grossesse et de l'accouchement. Thèse de Paris, 1886, et Gaz. méd., 1888, p. 7.