I. — Néoplasies conjonctives
Ces lésions, aussi variées que la série des tissus conjonctifs, peuvent sans aucun doute se développer dans le corps thyroïde. Vendothéliome n’y a pas été signalé, mais la cause en est vraisemblablement à ce que la connaissance de cette néoplasie est de date récente. Par contre, le lymphome y a été observé, et d’ailleurs l’augmentation de volume du corps thyroïde est un fait commun dans la leucémie (voy. Isambert, art. Leucémie du Dict. encyclop. des sc. médicales).
Lymphome. — Un cas de lymphome des ganglions du cou, des deux tiers supérieurs du lobe gauche du corps thyroïde et du foie a été rapporté par Bourdon. L’altération de la thyroïde ne différait pas de celle des autres organes ; le néoplasme offrait un aspect lardacé et donnait à la pression un suc lactescent. L’examen qui en fut fait par Malassez permit de constater qu’il avait pour composition un réticulum mince et fragile dont les aréoles se trouvaient remplies de cellules lymphatiques; le tissu normal du corps thyroïde avait disparu. Braun a observé un lympho-sarcome du lobe gauche d’un corps thyroïde afl’ecté d’hypertrophie depuis plus de vingt ans; cette tumeur comprimait les vaisseaux, les nerfs, la trachée et l’œsophage au point qu’une opération eût été chose impossible.
(1) Ch. Hoiiel, Des tumeurs du corps thyroïde, thèse d’agrégation. Paris 1860.
GLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES
Bibliographie. — E. Bourdon et Malassez, Lym.'phadénome des ganglions, du corps thyroïde et du foie (Bull, de la Soc. anat., Paris, 1872, t. XLVII, p. 66). — II. Braun, Die topogr.-anat. Verhaltnisse bei einen Faite von Lymphosarcom des linher Schildrüsenlappens (Archiv f. kl. Chirurgie, 1879, t. XXIV, fasc. 2, et Rev. d. sc. mcd., 1880, t. XV, p. 627).
Fibrome. — Production relativement moins rare, le fibrome du corps thyroïde se montre tantôt sous la forme embryonnaire, tantôt sous la forme adulte. Le fibrome embryonnaire, de beaucoup le plus commun, offre deux variétés bien connues, le fibrome globo-cellulaire et le fibrome fuso-cellulaire. La première variété donne naissance à des tumeurs plus ou moins volumineuses, occupant de préférence l’un des deux lobes ou l’isthme du corps thyroïde. Ces tumeurs, un peu molles, d’apparence lardacée, entourent la trachée qu’elles compriment ainsi que les nerfs du voisinage. Elles respectent ces derniers, mais il n’en est pas de même des parois du canal aérien, car on voit quelquefois la production faire saillie à son intérieur (Fôrster). Les ganglions voisins participent rarement à l’altération.
Ce fibrome est constitué par des cellules embryonnaires, de petit volume, ari’ondies, parcourues par des vaisseaux en quelque sorte creusés dans leur épaisseur, et développées entre les vésicules closes. Dans ces conditions, les éléments de ces vésicules finissent par s’altérer et se trouvent profondément modifiés dans le voisinage du néoplasme. Si sur certains points des cellules épithéliales cubiques, colorées par le carmin, et par conséquent peu altérées, tapissent les vésicules, sur d’autres points ces mêmes éléments sont infiltrés de granulations graisseuses ou de masses colloïdes qui en amènent la destruction. Les vésicules, enfin, peuvent être envahies par un bourgeonnement fibromateux, lequel, pour peu qu’il soit abondant, finit par entraîner leur destruction totale.
Le fibrome fuso-ceîlulaire se présente avec des caractères anatomiques peu différents; il forme des masses d’un accroissement rapide, lardacées, plus ou moins molles, ordinairement volumineuses, qui compriment la trachée et les parties adjacentes, s’étendent du côté de la peau qu’elles envahissent et au-dessus de laquelle elles peuvent bourgeonner (N. Moore). Histologiquement, il est constitué par des éléments cellulaires allongés, fusiformes, accolés les uns aux autres et par des vaisseaux à peine résistants, puis peu à peu il prend la place des éléments propres du corps thyroïde dégénérés et atrophiés. L’abondance des vaisseaux et leur disposition peuvent arriver à créer un fibrome angio-caverneux à cellules fusiformes ; ajoutons que Wôlfler a trouvé dans le corps thyroïde un fibrome à cellules géantes.
Le lilirome adulte, beaucoup plusrare que les deux variétés précédentes, n’a pas moins été rencontré dans le corps thyroïde; car Bowlby a vu cette glande occupée par une tumeur extrêmement dure, composée de deux lobes d’égal volume, unis par un stroma, et comprimant dans son épaisseur les artères carotides, la veine jugulaire interne, le nerf pneumogastrique, le récurrent laryngé et le sympathique. Différentes parties de cette tumeur, examinées au microscope, étaient entièrement com- [)Osées de tissu libreux, sans la moindre trace de tissu épithélial; les ganglions lymphatiques, à part ceux qui se trouvaient contenus dans la tumeur, paraissaient absolument sains.
Les phénomènes liés aux fibromes du thyroïde sont pour la plupart (les phénomènes de compression ; ils tiennent au rétrécissement de la trachée et de l’œsophage, à l’altération secondaire des nerfs récurrent laryngé, pneumogastrique, des vaisseaux du cou, etc., et se traduisent par du sifflement trachéal, du cornage, de la dyspnée, de la dysphagie, des accès de sull'ocation, et plus rarement par des désordres pulmonaires, conséquence vraisemblable de l’altération des pneumogastriques. Les causes de ces fibromes nous échappent, mais elles ne diffèrent pas de celles de ces mêmes productions dans d’autres organes et appartiennent au jeune âge plutôt qu’à l’àge avancé de la vie.
Bibliographie. — • A. F(Erster, Ueber die Gesckwîdste der Schildrùse [Würzburg. Med. Zeitsclir., 1860, t. I, p. 28). — A. Doléris, Sarcome primitif du corps thyroïde {Bull, de la Soc. anat., Paris, 1876, p. 225). — A. Mathieu, Sarcome du corps thyroïde et des ganglions cenicaux {Bull, de la Soc. anat., Paris, 1881, p. 370). — Paul Kocii, Contribution à l'étude du sarcome primitif du corps thyroïde {France méd., 1883, p. 473). — A. Wolfler, Ueber die Entu'ickelung und den Bau der Kropfes {Archio f. Idin. Chirurgie, 1883, t. XXIX, p. 1 et 754). — Antli.-A. Bowlby, Infiltruting fibroma {? sarcoma) of the thyroid gland {Trans. of the path. Soc. of London, 1885, t. XXXVI, p. 420). — Normand Moore, Primary new growth in thyroid Spindle-cellcd {Trans. of the path. Soc., London, 1886, t. XXXVII, p. 513).