II. — Hémorrhagies
des foyers multiples plutôt qu’un foyer unique, et se présente ordinairement sous forme d’infiltration donnant lieu à des ecchymoses disséminées et noirâtres. Des ecchymoses assez semblables ont encore été vues dans des cas de lièvre typhoïde, de variole grave, et même dans certains empoisonnements.
Les hémorrhagies qui se produisent au sein d’un goitre ont pour siège habituel l’intérieur des follicules. Le sang épanché se présente ou bien sous la forme de caillots plus ou moins irréguliers (Pasturaud), ou bien sous celle d’un magma jaunâtre ou brun noirâtre, résultant de son mélange avec le contenu des follicules. Les modifications subies par le sang extravasé dans ces conditions ont été étudiées par Iloppe-Seyler, qui a pu les reproduire en partie artificiellement, en mettant du sang I dans une solution saline saturée. Les globules se rétractent; une partie I de l’hématoglobuline se dissout, une autre partie reste insoluble. L’hématoglobuline exosmosée se divise en bématine qui donne au liquide du kyste sa coloration plus ou moins foncée. Les hémorrhagies qui surviennent au sein des néoplasmes du corps thyroïde ne se séparent pas de ces lésions, elles sont l’effet de la rupture des vaisseaux qui les parcourent.
Les thromboses et les embolies de cette glande n’ont pas été décrites ; la vascularité spéciale du corps thyroïde doit s’opposer à leur formation.
BiBLioGRAPniE. — D. Pastüraud, Note sur un kyste du corps thyroïde {héma- I tocèle du cou) (Bull, de la Soc. anatomique, 1873, p. 86). — Peut, Étude sur les I kystes hématiques du corps thyroïde, thèse, Paris, 1885.
ANOMALIES ACCIDENTELLES § 1“‘‘. — Traumatisme.
Le traumatisme du corps thyroïde offre des dangers sérieux qui résultent tant de la grande vascularité de cette glande que de l’importance des organes avec lesquels elle se trouve en rapport, lelle est sans doute la raison pour laquelle il existe peu de matériaux sur le sujet.
Produites par des instruments piquants ou tranchants, les plaies du corps thyroïde se distinguent par d’abondantes hémorrhagies, comme dans les cas de suicide, et par une prompte cicatrisation, quand les accidents qui en résultent n’entraînent ni la suppuration ni la moit. Les piqûres avec injections interstitielles irritantes (teinture d iode surtout) ont été quelquefois suivies d’hémorrhagies (Duplay), de suppuration (Luton), et f dans certains cas enfin de suffocation et de mort (Lücke, Demme),
Les plaies par armes à feu, moins exposées à l’hémorrhagie primitive, offrent plus souvent des hémorrhagies secondaires : la suppuration y est la règle, et cependant la guérison n’est pas très rare.
Les contusions du corps thyroïde proviennent en général de tentatives d’étranglement, et sont presque toujours compliquées de fracture des cartilages laryngiens. Elles sont ordinairement suivies d’épanchements sanguins abondants, au sein même de la glande, si surtout celle-ci était déjà préalablement lésée, et produisent une tuméfaction considérable. Le mode de résorption du sang épanché ne diffère pas de ce qu’il est partout ailleurs.
Bibliographie. — Gurlt, Die Kysteng.eschwülste des Halses, Berlin, 1855. — H. Legouest, Traité de chirurgie d’armée^ Paris, 1863, p. 414. — Lücke, Die Krankh. der Schildrüse, dans Pitiia et Billroth’s Handb. d. allgem. iind speciellen ('hirurgie, Stuttgart, 1806-1873, t. III, p. 10. — Guerlain-Dudon, Cachexie pachgdermigue consécutive à un traumatisme du cou {Bull, et Mém. de la Soc. de chirurgie. Paris, 1882, n. s., t. VIII, p. 783).
§ 2. — Parasitisme.
Quoique superficiellement placé, le corps thyroïde est peu exposé au parasitisme. L’échinocoque est en effet le seul parasite qui y ait été rencontré, et un examen sérieux des faits publiés conduit à reconnaître la rareté de sa présence, car, dans quelques-uns de ces faits (Lieutaud, Laennec), on paraît avoir pris pour une hydatide du corps thyroïde un kyste développé dans le voisinage de cet organe, et d’autres fois on a confondu avec un kyste parasitaire ce qui n’était qu’un goitre devenu kystique. Plusieurs cas cependant mettent hors de doute l’envahissement possible du corps thyroïde par l’échinocoque, bien que, dans quelques-uns, les vésicules hydatiques soient stériles. Un d’eux, rapporté par Ferrand, est relatif à une femme de quarante-huit ans, qui portait un goitre composé de deux tumeurs arrondies, situées de chaque côté du larynx, et d’un volume qui approchait du poing. Or, de ces deux tumeurs, l’une était formée d’une poche renfermant un contenu composé en partie de matière colloïde, en partie de kystes hydatiques, l’autre contenait un mélange assez semblable qui permit à Luys et Ch. Robin de s’assurer qu’il s’agissait de kystes hydatiques, et cela malgré l’absence de crochets. L’autre fait concerne la fille d’un boucher des environs de Dresde, âgée seulement de huit ans, et dont le corps thyroïde, du volume d’une orange, avait la forme d’une demi-sphère. Une ponction explora-
GLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES
Irice ayant donné issue à un liquide d’une limpidité parfaite, Meinert pensa à un kyste échinocoque ; une incision fut pratiquée et l’examen ultérieur démontra qu’on avait alfaire à une vésicule-mère stérile. Chez un homme de trente-six ans, observé par Nélaton, une tumeur du volume d’un œuf de poule, située dans le lobe gauche du corps thyroïde et considérée comme un goitre, finit par s’abcéder et une incision donna passage à une grande quantité de pus, mais il restait profondément une induration volumineuse. Six mois plus tard, celle-ci s’enflamma et laissa échapper à la suite d’une incision du pus mélangé à des bydatides nombreuses. Il est à noter que le corps thyroïde, dans ces cas, était cà peu près entièrement détruit, et qu’ainsi les kystes hydatiques de cet organe, indépendamment des phénomènes locaux de compression, peuvent déterminer des symptômes analogues à ceux qui apparaissent à la suite de l’extirpation totale du corps thyroïde.
Ces kystes, par leur accroissement progressif, parviennent à atrophier les parties de leur voisinage; ils peuvent ainsi perforer les voies aériennes, s’ouvrir et se faire jour à leur intérieur, comme cela a été vu dans quel- (|ues cas suivis de mort subite.
Bibliographie. — Lieutaüd, Hist. de l’Acad. roy. dessc., année 175i, Paris, 1759, p. 70, obs. Y. — B. Gooch, Cases a pract. remarks in surgery ivitch sketches of machiny , etc., 2“ édit., vol. II, Norwich, 1707, p. 99. — C.-E. Boch, Lehrb. d. path. Anat. und Üiagmst., 3' édit., t. I, p. 554. — Rui.lier. bict. des SC. méd., t. XVIll, Paris, 1817, p. 528, art. Goitre. — E.-A. Naumann, Handb, d. med. Klin., Berlin, 1830, t. Il, p. 13, obs. et rapp. JuBERT, Union méd., Paris, 1847, t. I, n“ 131, p. 543. — Casp. Albers Wochenschr., 1850, n. s., p. 113 et Gurlt, Die Cystengeschwülste des Halses, Berlin, 1855. — Houel, Des tum. du corps thyroïde, thèse de Paris, 1860 (Cas de Nélaton). — Meinert, Ccntralbl. f. Chirurgie, 1885. — E. de Cress.ac, Un cas de kyste hydatique du corps thyroïde {Bull, de la Soc. anatomique, Paiis, 1888, p. 684).