I. — Néoplasies conjonctives
L’endothéliome et le myxome ne paraissent pas avoir été observés au sein des capsules surrénales ou, du moins, aucun fait à notre connaissance ne prouve qu’ils y aient été rencontrés. Mattéi prétend y avoir trouvé le lipome trois fois. Le lymphome aurait été vu dans ces glandes par Vogel et par Mattéi, alors que les reins étaient intacts, et dans un cas de lympho-sarcome de la prostate rapporté par Sidney Coupland, la capsule surrénale du côté droit, deux fois plus volumineuse que normalement, se trouvait atteinte également de ce désordre. J’ai obsei’vé, de mon côté, un double lymphome des capsules surrénales coexistant avec des
GLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES
lymphomes d’un grand nombre de ganglions du cou, des aisselles, des médiaslins, de l’abdomen et des reins. De cette même lésion se rapproche, sans doute, un cas décrit par Virchow sous le nom de gliome des capsules surrénales, où les glandes tuméfiées étaient le siège, au niveau de la substance médullaire, de nodosités saillantes du volume d’un pois ou d’une cerise.
Bibliographie. — Vogel, Schm. Jahrb., 1872, t. CLV, p. 318. — Mattéi,. loc. cù., dans Bibliographie générale. — Sidney Coupland, Lymphoma of the prostate; secondary nodules in pancréas and suprarénal capside (Trans. of the path. Soc. of London, 1877, t. XXVIll, p. 179).
Fibrome. — Le fibrome des capsules surrénales est embryonnaire ou adulte. Le fibrome embryonnaire ou sarcome, sans être fréquent, est moins rare qu’on ne serait tenté de le supposer, car il faut reconnaître qu’un certain nombre de faits publiés sous le titre de cancer lui appartiennent. Quant à ses formes, elles ne diffèrent pas de ce qu’elles sont dans les autres organes.
Le fibrome à cellules rondes se présente sous la forme de tumeurs médullaires du volume d’une olive ou d’une petite pomme, affectant, tantôt une seule capsule surrénale (Ogle, Greenhow, West), tantôt les deux à la fois (Turner). Ces tumeurs sont ordinairement grisâtres, arrondies, un peu molles et plus ou moins fortement injectées et piquetées de sang. Dans un cas rapporté par Colcott Fox, il s’était ajouté à un fibrome embryonnaire (sarcome) de la capsule surrénale droite une thrombose de la veine cave. — Le fibrome à cellules fusiformes diffère peu du précédent, si ce n’est par les éléments qui le composent. Il forme comme ce dernier des tumeurs encéphaloïdes plus ou moins molles, fréquemment parsemées d’extravasats sanguins. Tel était le cas d’une tumeur du flanc droit, accompagnée d’un œdème considérable des membres inférieurs et de la dilatation des veines sous-cutanées de la région inférieure de l’abdomen, pour laquelle je portais récemment le diagnostic d’épithéliome du rein, sachant que celte néoplasie a de la tendance à envahir la veine rénale et à se porter jusque dans la veine cave inférieure. Il n’en était rien, la tumeur siégeait dans la capsule surrénale et se propageait par une branche veineuse jusque dans la veine cave où elle formait bouchon (1). La marche de ces tumeurs ressemble à ce qu’elle est partout
(1) Fibrome embryonnaire de la capsule surrénale droite; obstruction de ta veine cave inférieure.
C. (Laurent), âgé de cinquante-six ans, est admis, le 14 mars 1888, dans mon service de l’hôpital de la Pitié, pour un œdème prononcé des membres inférieur o et une
ailleurs; les dégénérescences graisseuse et colloïde s’y produisent quelquefois avec leurs conséquences, et l’on a vu des kystes se développer à la suite de la dernière de ces dégénérescences.
Le sarcome mélanique ou mélano-sarcome ne fait pas défaut ici. Kussmaull lui a trouvé le volume d’une tête d’homme dans la capsule surrénale du côté droit; une thrombose développée dans la veine cave inférieure amena la mort par embolie. Dœderlin a consigné un fait assez semblable dans sa thèse inaugurale (Erlangen, 1860) : la substance médullaire des capsules surrénales, celle de droite notamment, était infiltrée de masses mélaniques, tandis que la substance corticale était restée saine ; des noyaux de la même altération occupaient le ventre, le foie, le rein gauche, la pie-mère. D’un autre côté, Saviotti et Lelulle
faiblesse générale avec anémie. C'est un homme bien constitué, dans la famille duquel il n’y a aucun antécédent pathologique à noter. Sa santé a été bonne, à part une intoxication palustre qu’il aurait contractée pendant sa jeunesse, une pleurésie survenue à l’àge de trente-deux ans, des épistaxis fréquentes et des vomissements de sang, il y a deux ans. L’œdème des jambes, considérable et dur, s’arrête aux plis de l’aine, les veines sous-cutanées abdominales sont légèrement dilatées ; il n’y a pas d’ascite, et le foie, quoique débordant un peu, ne paraît pas lésé. A la région du cœur, il n’existe aucun souffle, non plus dans l’aorte. Les j)oumons offrent simplement des signes d’adhérences pleurales. Les urines, peu abondantes (1 litre environ), sont foncées, acides, d’une densité de 1013, elles ne renferment ni sucre, ni albumine. Au bout d’un certain temps, l’œdème gagne le tronc, fait saillie au niveau des flancs, mais en même temps la dilatation des veines sous-cutanées de la région inférieure de l’abdomen augmente, et cette dilatation se trouvant beaucoup plus prononcée que celle des veines sus-ombilicales me conduit à soupçonner la présence d’un obstacle mécanique à la circulation dans la veine cave, et à rattacher cet obstacle à un épithéliome du rein envahissant la veine rénale, et de là, se portant jusque dans la veine cave. Le palper pratiqué dans cette vue me révèle en effet l’existence dans le flanc droit d’une tumeur légèrement bosselée, ayant pour le moins le volume du poing. Dans ces conditions, le diagnostic prévu me paraît se confirmer.
Le malade, d’ailleurs sans appétit, maigrit de plus en plus; il ne vit que de lait cru, prend quelques pilules de quinquina et un calmant, lorsque cela est nécessaire. De temps à autre surviennent des crises d’oppression, puis les épistaxis reparaissent, l’œdème gagne le bras droit, il se produit une eschare sacrée, les urines offrent tous les caractères des urines hémaphéiqnes, puis le malade, de plus en plus maigre et oppressé, tombe dans le coma et succombe le 21 mai.
Autopsie. — Les organes encéphaliques sont normaux, le cœur est mou; les poumons comprimés adhèrent au thorax. Le foie, refoulé en haut, coiffe la tumeur sur laquelle il se moule; sa face convexe est libre, tandis que sa face concave adhère au néoplasme. La vésicule, petite, contient une bile peu colorée; le parenchyme hépatique a l’aspect du foie noix muscade, avec cette différence que les marbrures rouge» n’ont pas exactement les caractères observés dans cette dernière lésion; elles sont/, 'jrges, irrégulières et répondent à des foyers d’hémorrhagie interstitielle. La rate, petite (170 grammes), offre une surface chagrinée, couverte de plaques fibreuses. Le rein gauche pèse 180 grammes, le droit 125. La diminution de volume de ce dernier résulte sans doute de la compression qu’il a subie; il se trouve englobé dans des fausses membranes faisant corps avec la tumeur, au point qu’on a pu croire tout d’abord que celle-ci n’était
ayant rapporté chacun un cas de fibrome adulte développé dans les capsules surrénales, toutes les variétés de fibrome ont été rencontrées dans ces glandes.
Bibliographik. — J.-W. Ogle, Unusmlly large mass of carcinomatoiis deposit in one of the suprarénal capsules of a hild (Trans. of the path. Soc. of London, 1865, t. XVI, p. 250). — Greeniiow, Cancer of one suprarénal capsule [Ibid., 1867, t. XVIII, p. 260). — G. Saviotti, Zur Casuistik der jSebennieren-Krankheiteii (Arch. f. pathol. Anal, und Physiol., Berlin, 1867, t. XXXIX, p. 524).
— Averreck, Die Addisonsche Krankheit, 1869, lab. VU. — W. Smith, Tumeur de la capsule surrénale {The Dublin Journ. of med. sc. , et Gaz. màd., Paris, 1878, p. 218). — - S. West, Primary sarcoma of the suprarénal capsule, with secondary growth in the lung {Tr. of the path. Soc. of London, 1879, t. XXX, p. 419).
— T. CoLcoTT Fox, A case of primary sarcoma of the left suprarénal capsule
que le rein dégénéré. 11 est facile toutefois d'isoler entièrement cet organe et de reconnaître qu’il se trouve refoulé en bas et que scs vaisseaux sont allongés. La veine rénale contient un caillot récent; le bassinet, l’uretère et la vessie sont normaux.
La capsule surrénale gauche n’offre rien de particulier, mais il n’en est pas de même de celle de droite, qui est le siégé du néoplasme. Celui-ci, du volume d’une grosse tête d’enfant, se montre sous la forme d’une tumeur bleuâtre, violacée, très molle, irrégulièrement arrondie, ayant 25 centimètres suivant son diamètre vertical et 2ü centimètres dans son diamètre transversal ; son poids, après qu’elle a été incisée et qu’elle a séjourné dans l’alcool, est de 2"'', 200. Elle se trouve composée de masses cncéphaloides, blanchâtres, molles, parsemées de noyaux sanguins, rouges ou noirs et très abondants, d’un volume qui varie depuis celui d'une noisette jusqu’à celui d’un œuf. Elle donne par le raclage un suc lactescent, abondant.
Examinée au microscope, cette tumeur olfre une structure partout assez semblable, qui est celle du fibrome embryonnaire. A sa partie inférieure, les cellules qui la composent sont fusiformes, volumineuses, pourvues de gros noyaux, régulièrement disposées par lits parallèles sur certains points, étoilées et groupées en tourbillons au pourtour des vaisseaux; les fibrilles intercellulaires sont assez abondantes. En plusieurs endroits, l’arrangement cellulaire se trouve détruit par une infiltration de globules rouges qu’il est possible de suivre sur des coupes un peu larges. Tout d’abord on voit des amas de capillaires dilatés dont la paroi se trouve réduite à la simple couche endothéliale, puis tout autour sont épanchés quelques globules, tandis qu’ailleurs le sang forme de grands amas cloisonnés par un réticulum de fibres conjonctives. Vers son milieu la tumeur renferme de nombreux globules de sang décolorés, enserrés dans un réseau fibrineux, le tout cloisonné par des travées conjonctives minces, pauvres en cellules.
Une disposition assez semblable sc rencontre dans le caillot de la partie supérieure de la veine cave, lequel communique par une veine surrénale avec la tumeur dont il n est qu’un prolongement. Les cellules, dispersées par amas peu serrés, sont rondes ou étoilées; les vaisseaux y sont très abondants et beaucoup contiennent du sang coagulé. Plus bas, la veine cave renferme un simple caillot sanguin, au niveau duquel sa paroi se trouve épaissie ; des traînées d’un pigment hématique d’un brun jaunâtre se voient ça et là dans la masse. Par suite de l’obstruction de la veine cave, le loic est le siège d une hypérémie stasique intense avec petits foyers sanguins. Cette lésion ne diffère de celle du foie cardiaque, et cela se comprend, que par son étendue et par la disparition des cellules hépatiques au niveau de l'infiltration sanguine. Les reins sont indurés et légèrement sclérosés; l’estomac est hypérémié.
with extensive thrombosis of the vena cuva infer. in a child (Trans. of the path. Soc. of London, 1885, t. XXXVI, p. 4G0). — Hale Wiiite, Sa?’coma of suprarénal capsule (Ibid., p. 404). — Ch. Turner, Medullary sarcoma of both suprarénal bodies (Ibid., p. 464). — • Letulle, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1888.
Angiome. — L’angiome ne paraît pas avoir été trouvé dans les capsules surrénales, mais Klebs (üandb. d. path. Anat., Berlin, 1870, p. 585) y a vu un lymphangiome caverneux aux dépens duquel s’était développé un kyste séreux.
Névrome. — La présence d’un névrome au sein des capsules surrénales s’explique facilement, étant connue la richesse nerveuse de ces organes. Cependant cette lésion est rare, et jusqu’ici il ne m’est possible d’en citer qu’un seul cas, celui de Weichselbaum, observé chez un homme de soixante-seize ans, mort de pleurésie. Ce névrome de structure ganglionnaire avait son siège dans la substance médullaire de la capsule surrénale gauche, il formait une tumeur grisâtre arrondie, du volume d’une cerise, assez dense et d’apparence fibreuse.
Bibliographie. — Weichselbaum, Ein gangliôses Neurom der Nebenniere (Archic f. path. Anat. und Physiol., Berlin, 1881, t. LXXXV, p. 554).