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III. — Phlegmasies prolifératives

Ces phlegmasies, liées à la présence d’un microbe spécial, se localisent d’autant plus fréquemment à la conjonctive, que cette membrane exposée d’une part à l’action des agents extérieurs, offre d’autre part une structure semblable à celle de la peau et se continue avec ce tégument.

Phlegmasies syphilitiques. — L'accident primitif ou chancre atteint la conjonctive par propagation lorsqu’il siège sur la paupière, mais parfois aussi il se développe primitivement à la surface de cette membrane, comme en témoignent plusieurs observations. C’est un ulcère rond ou elliptique à bords indurés, reposant sur un fond élevé, dur, grisâtre ou rosé et suintant, s’il n’est recouvert d’une masse pultacée. Cette lésion fait

corps avec la conjonctive, s’étend au tissu cellulaire sous-jacent, et s’accompagne de l’induration avec indolence du ganglion préauriculaire. La conjonctive, dans le voisinage, est injectée et la paupière fréquemment tuméfiée.

La syphilis secondaire, sans épargner absolument la conjonctive, y est assez rare; elle apparaît sous la forme de taches brunâtres ou jaunâtres, légèrement saillantes, et quelquefois sous celle de papules circulaires, indolentes, de teinte cuivrée.

La syphilis tertiaire de la conjonctive est encore plus rare; cependant divers observateurs en ont signalé l’existence. Les productions gommeuses de celte membrane, semblables à celles de la peau et des membranes muqueuses, se manifestent par de petites tumeurs ordinairement jaunâtres et indolentes, au pourtour desquelles survient une injection plus ou moins vive. Ces tumeurs, au bout d’un certain temps, se ramollissent et s’ulcèrent, le produit gommeux est éliminé et la réparation s’opère. La marche de cette lésion ne permet pas de la confondre avec l’épithéliome dont les bords ont une dureté ligneuse et sont fréquemment renversés.

Bibliographie. — Desmarres, Traité des maladies des yeux, Paris, 18Gâ, t. Il, p. 213. — Després, Chancre mou de la conjonctive chez une malade atteinte de plaques muqueuses multiples {Gaz. des hôpitaux, 27 janvier 1866, n“ 11). — Galezowski, Journ. d' ophthalmoloqie , Paris, 1872, V, 308. — Fano, Joitrna/ d'oculistique et de chirurgie, 25 mars 1874. — L. Carreras y Arago, Ulcéra sifllitica en el angulo interno de los parpudos, etc. (Rev. de med. y cirug. pract., Madrid, 1878, II, 241-246). — V. Gratia, Du chancre oculaire considéré au point de vue de son diagnostic, de ses variétés et de ses conséquences {Presse méd. belge, Brux., 1878, XXX, 257, 281). — Boucheron, Note sur le diagnostic des chancres oculaires; observation de chancre infectant du repli semi-lunaire de la conjonctive {Union méd., Paris, 1879, 3® s., XXVII, 529-533). — Galezowski, Chancre des paupières et du globe oculaire {Rec. d'ophth., Paris, 1882, 3® s., IV, 604-618). — De Wecker, Traité complet d’ ophthalmologie , Paris, 1886, t. I, p. 409.

E. A. Laforest, Quelques considérât, sur l’ophthalmie syphilitique {Thèse, Strasbourg, 1836). — A. Smee, Case of copper colored syphil. erupt. affect, the conjunctiva {London med. Gaz., 1844, t. 1, 347). — J. F. France, On syphilitic blotch of the conjunctiva {G mj s hospit. Eeporfs, London, 1861, sér. 3, t. Vil, 109-112, 1 pl. ). — F. Magni, Kerato-congiuntivite gommosa {Clin, di Rologna, 1863, 140-143, et Ann. d'oculist., Bruxelles, 1864, t. LI, p. 115). — G. AmbrosoLi, Délia congiuntiva sifllitica {Gazz. med. Ital. Lombard., Milano, 1863, sér. 5, II, 225-228). — Barbar, Sur quelques formes rares d'affect, syphilit. de l'œil. Zurich, 1873. — E. Lancereaux, Traité historique et pratique de la syphilis.

APPAREILS DES SENS

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Phlegmasies tuberculeuses. — La conjonctive n’échappe pas aux localisations de la tuberculose. Celte maladie s’y manifeste sous deux formes ; le lupus et la granulation miliaire.

Le lupus conjonctival n’est le plus souvent qu’une extension de celui des paupières ; exceptionnellement, il se manifeste au niveau de la conjonctive tarsienne, celle de la paupière inférieure de préférence, par une éruption de boulons qui, réunis en groupes, forment une sorte de champignon végétant. Ces boulons s’étendent parfois à la conjonctive bulbaire; ils ont une consistance mollasse et une couleur gris rougeâtre ou bien ils ressemblent à des bourgeons charnus et se rapprochent comme aspect des granulations tuberculeuses. De même que les boutons du lupus cutané, ils se cicatrisent sur certains points, tandis qu’ils se développent sur d’autres ; mais, finalement, ils produisent des pertes de substance qui déterminent le renversement de la paupière avec symhlép baron.

Les granulations tuberculeuses, relativement rares à la surface de la conjonctive, ont des caractères qui les font ressembler à des tubercules miliaires des membranes muqueuses. Elles forment de légères inégalités grisâtres plus ou moins isolées et entourées d’une injection peu intense, ou encore des masses blanchâtres qui, en se ramollissant, donnent naissance à des ulcères, à fond blanchâtre ou grisâtre, granuleux, sinon caséeux. La substance qui constitue ce fond est peu à peu éliminée, et il reste à sa place une plaie pour ainsi dire simple, qui finit par se cicatriser. En somme, la tuberculose de la conjonctive ne se comporte pas autrement que celle des autres organes, ce qui nous dispense

d’y insister plus longuement. La ressemblance de cette lésion avec celle de la syphilis est quelquefois un embarras pour le médecin ; la marche différente des deux maladies sera d’un grand secours pour le diagnostic.

Bibliographie. — H. Sattler, Tuhercular idceration of the conjunctiva [Irish hospital Gaz., Dublin, 1874, II, 101). — Herter, Tuberculose Geschwüre der Conjunctica {Charité- Annal. , 1875, Berlin, 1877, 11,523-525). — J. Hocn, Ueber Tuberculose der Conjimctive {Klin. Monatsbl. fur Augenheilk., Stuttgard, 1875, XIII, 309-312). — H. Walb, Ueber Tuberculose der Conjimctive {Ibid., XIII, 257-263, 1 pL). — T. Troche, De la tuberculose de la choroïde. Thèse, Paris, 1875. — L. Baumgabten, Ein Fall von tuberculôsen Geschwüren der Lidconjunctiva {Arch. f. Ophth., Berlin, 1878, XXIV, 3. Abth., 225-230). — Le même, Ueber Lupus und Tuberculose, besonders d. Conjunctiva {Archiv f. puth. Anat. und Physiol., Berlin, 1680, LXXXII, 397-437, 1 pl.). — V. Collica-Accordino, Un caso di tuberculosi délia Congiuntiva {Movimento, Napoli, 1879, sér. 2, t. I, 40). — M. del Monte, Un caso di tuberculosi délia Congiuntiva {Ann. di Ottal., Milano, 1879, VIII, 238-241). — Gerin-Rose, Blépharite tuberculeuse {Soc. méd. des hôpitaux, sé&nce du 10 février 1882. — H. Luc, De lu tuberculose de la conjonctive comparée au lupus de cette muqueuse, Paris, 1883.

PiiLEGMASiEs LÉPREUSES. — Si la lèpre, comme nous le verrons plus loin, n’épargne pas les yeux, il n’est pas moins vrai que cette maladie s’attaque rarement à la conjonctive, car on a souvent pris pour de la conjonctivite lépreuse ce qui n’était dans le principe qu’une simple kératite. Dans quelques cas pourtant, les manifestations de la lèpre, comme celles delà syphilis, peuvent se propager de la peau jusque sur la conjonctive. Les éléments cellulaires de cette membrane se multiplient alors et forment des élevures arrondies, blanchâtres ou jaunâtres, d’aspect luisant et lardacé, venant encadrer la cornée.

Bibliographie. — Bull et Hansen, Les maladies lépreuses de Vœil, etc., Christiania, 1873, p. 27, 6 pl. — Petroglia, Klin. Monats-Blatt , 1872, p. 65. — Sylvester, Ann. d' oculistique, t. LXVl, p. 235.

§ 3. — Néoplasies de la conjonctive.

Formée d’une toile mince, celluleuse, recouverte d’une couche épithéliale pavimenteuse, la conjonctive peut devenir le point de départ de la plupart des néoplasies connues, conjonctives ou épithéliales. Une tumeur

plus complexe lui est propre, comme à . la plupart des membranes muqueuses ; c’est le papillome ; nous en parlerons tout d’abord, après quoi nous dirons quelques mots des kystes de la conjonctive.

Bibliographie générale. — D. Baiardi, Sopra alcuni tiimori délia congiimtiva bulbare e délia cor nca {Ann. diOttal., Milano, 1878, VII, 30-59, 2 pl.). — P. Thou, Contribution à Vétude de quelques tum. rares de la conjonctive. Paris, 1879.

Papillome. — Végétation complexe et définie, le papillome de la conjonctive, généralement connu sous le nom de polype, et décrit parfois sous celui d’hypertropbie partielle, est une petite tumeur de teinte pâle ou rosée, isolée ou groupée sur un ou plusieurs points. Cette tumeur, quel que soit son volume, présente un pédicule de peu de largeur qui la rattache au tissu sous-conjonctival, et se rapproche par sa composition histologique des hypertrophies papillaires. Elle est, en effet, constituée par un lacis de fibres de tissu conjonctif entremêlées de fibres cellules et de cellules lymphoïdes, le tout recouvert d’une couche épaisse de cellules épithéliales. La caroncule lacrymale et le pli semi-lunaire sont le siège le plus habituel de ces lésions, qui récidivent quand l’ablation en est incomplète.

Le pinguicola, considéré à tort comme une tumeur graisseuse, est un simple épaississementpartiel du tissu delà conjonctive, et principalement de la couche épithéliale; il se rapproche des polypes et n’est en quelque sorte qu’une variété de ce genre de tumeur.

Kystes. — Les kystes de la conjonctive sont des lésions rares ayant des origines diverses. Les uns ont pour point de départ les voies lacrymales et sont l’effet de la rétention des larmes et de la dilatation des canaux lacrymaux. Les autres prennent naissance au sein des glandes et résultent de la rétention de leurs produits de sécrétion par le fait de l’obstruction de leurs conduits excréteurs (G. de Vicentis). Ces lésions, en somme, ont les rapports les plus intimes avec les voies lacrymales ou avec les glandes de même nom.

Une troisième variété de kyste se montre sous la forme d’un chapelet de perles développées dans l’épaisseur de la conjonctive et provient de la dilatation des vaisseaux lymphatiques, en sorte qu’elle constitue une sorte d’angiome lymphatique de la conjonctive.

Bibliographie. Lawrence, Treatise of the diseuses of the eye, London, 1829, t. I, p. 32. — Heidenreich, Ann. d' oculistique, 1851, t. XX\I, p. 208.

— Kanka, Ihid., 185-4, t. XXXI, p. 105. — A. de Græfe, Archiv f. Ophthalm., t. I,p.280.

ScnoEN, Patholog. Anatom. des Auges, Hambourg, 1828, I, 66. — Sichel, Iconographie, pl. LXXI, lig. 1 et 2, et Mém. sur les hjstes séreux de l'œil et des paupières (Arch. gén. de méd., août 1846). — Fano, Kyste muqueux de la conjonct. scléroticalc (Journ. d’ocidistique et de chirurgie, 1874, p. 173j. — Dixon, Ophthalm. hospital Reports, t. VI. — Uhthoff, Cystenbildung in der Conjunctiva {Berlin, klin. Wochenschrift, 1879. p. 729).

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