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VI. — Albinisme et mélanisme

Ces deux mots servent à désigner ; l’un l’état des indiviilus chez lesquels La coloration pigmentaire de l’œil manque plus ou moins complètement ; l’autre, un état entièrement opposé ; ces états sont donc l’elfet d’un vice de développement de la pigmentation oculaire. Chez le fœtus en effet, le pigment commençant, vers la quatrième ou cinquième semaine seulement, à se déposer sur la peau et dans les yeux, on conçoit que l’arrêt de son développement puisse engendrer l’albinisme, tandis qu’une accumulation trop grande produira le mélanisme. L’albinisme consiste, comme Manz l’a observé sur le cadavre d’une femme de vingt-sept ans, en l’absence de pigment dans l’épithélium rétinien, et dans le stroma de la tunique vasculaire (choroïde, corps ciliaire et iris).

1 A la couleur noire de la choroïde se trouve substituée une nuance rosée ; j quant aux cellules qui à l’état normal renferment le pigment, elles se ; trouveraient lésées suivant quelques auteurs, tandis que pour d’autres I elles seraient simplement incolores.

! L’albinisme est limité à l’œil ou généralisé à la plus grande étendue du corps. Dans ce dernier cas, les cheveux, les cils, les sourcils se font

remarquer par une teinte d’un lilanc jaune ou simplement blanche. Les chairs sont ordinairement décolorées et la constitution délicate. L’œil offre une coloration d’un blanc jauncâtre, et l’iris est légèrement rosé. Il existe presque toujours en même temps, comme l’a démontré Maurice Raynaud, un nystagmus horizontal, et la possibilité de voir directement le fond de l’œil. L’absence de pigment oculaire rend compte de la photophobie et de riiéliophobie propres aux albinos; la vue est, en outre, généralement très courte dans ces conditions et l’acuité visuelle diminuée.

Le mélanisme est le plus souvent partiel et d’origine congénitale. 11 consiste dans une accumulation plus que normale de pigment dans les cellules polygonales de la rétine ou de l’uvée. C’est à ces amas de pigment que sont dues les taches de rouille de l’iris et de la cornée; ajoutons qu’il s’en rencontre quelquefois sur la conjonctive et sur la sclérotique, sans qu’il y ait le moindre trouble de la vision.

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ANOMALIES DE NUTRITION § 1. — Atrophie et Hypertrophie.

Les auteurs ont décrit sous le nom d’atrophie de l’œil: des altérations complexes de cet organe ayant pour eli'et la diminution de son volume général, plutôt que celte de ses membranes et des éléments qui la composent. L’atrophie vraie de l’œil est jusqu’ici si peu étudiée qu’il nous est difficile d’en parler sciemment ; nous savons simplement qu’elle peut se produire à la suite de certaines influences nerveuses venant mettre obstacle à la nutrition normale des éléments des yeux.

L’hypertrophie oculaire n’est pas mieux connue ; mais de même que l’atrophie, elle est quelquefois l’effet d’un désordre de l’innervation. Dans

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le goitre ophthalmique, par exemple, le globe de l’œil n’est pas seulement proéminent en avant, il semble encore, dans certains cas, être plus ou moins hypertrophié.

§ 2. — Phlegmasies du globe oculaire. — Ophthalmies.

Les phlegmasies des yeux comptent parmi les lésions les plus communes de ces organes, ce qu’expliquent, d’une part, l’abondance des vaisseaux ({ui s’y distribuent, d’autre part, l’action facile des agents extérieurssur les tissus qui les composent.

Les caractères des phlegmasies oculaires ne diffèrent pas de ceux des lésions inflammatoires des autres organes ; aussi les classerons-nous, comme ces dernières, en trois grands groupes : phlegmasies exsudatives ; phlegmasies suppuratives; phlegmasies prolifératives.

I. — Plilcgmasies exsudatives de l’œil. — Ophthalmies exsudatives.

Ce genre de phlegmasie comprend des affections multiples qui, malgré des origines diverses, n’ont pas moins des caractères communs et une physionomie assez spéciale. Dans tous les cas, en effet, l’œil est tuméfié^ rouge, douloureux, ferme à la pression. Les vaisseaux, vivement injectés, laissent échapper un exsudât séro-fibrineux plus ou moins abondant, sans tendance à la suppuration ou à l’organisation, et qui finit généralement par être résorbé. Ainsi les ophthalmies de ce groupe disparaissent en général sans laisser de traces bien appréciables.

Les membranes vasculaires, la choroïde et l’iris surtout, tantôt isolément, tantôt simultanément, prennent la plus large part à ces désordres. L’œil, tout d’abord injecté au pourtour de la cornée, attire particulièrement l’attention du médecin ; le liquide de la chambre antérieure est trouble, augmenté de quantité, et par suite la profondeur de cette cham bre est exagérée. L’iris, injecté, présente parfois de minces adhérences avec les parties voisines, comme la plèvre dans la pleurésie séreuse. La choroïde, hyperémiée, offre au niveau du segment antérieur du corps vitré de fines opacités floconneuses dont le déplacement plus ou moins l’apide à l’ophthalmoscope est l’indice d’un certain degré de désorganisation. Dans certains cas, plus spécialement décrits sous le nom d iridochoroïdite séreuse, il existe une forte tension de 1 œil, la surface postérieure de la cornée se couvre de petits points sous forme de poussière, et souvent aussi la rétine présente un trouble et un gonflement œdéma-

teux ; quelques auteurs considèrent cette allection comme une lymphangite généralisée, ce qui la rapprocherait de certaines arthrites. Les membranes oculaires sont elles-mêmes le siège d’un exsudât albuminolibrineux qui écarte leurs éléments anatomiques, produit de petites excroissances, et donne naissance à des formations membraneuses qui peuvent envelopper plus ou moins complètement le cristallin et faire adhérer l’iris et les procès ciliaires entre eux ou aux parties voisines. Simplement fibrineuses, dans cf'rtains cas, ces formations renferment d’autres fois des éléments qui parviennent à s’organiser en un tissu nouveau, rétractile, susceptible de décoller les corps ciliaires ou même le corps vitré.

Ces données nous sont fournies par l’examen à l’œil nu et à l’ophthalmoscope. Dans un cas où il a pu examiner les yeux d’une jeune fille atteinte d’ophthalmie exsudative et morte du croup, Kruis trouva la pai’tie antérieure de la cornée de l’œil gauche mate et striée, et sa surface postérieure tapissée de dépôts ponctués, sous forme d’amas de la grosseur d’une tête d’épingle. La sclérotique laissait voir au microscope quelques extravasats cellulaires au pourtour des vaisseaux; semblables extravasats existaient encore dans la cornée. La membrane deDescemet était le siège de dépôts albumino-fibrineux et de jeunes cellules. Dans l’angle iridien se voyaient des amas arrondis analogues aux dépôts cornéens. L’iris, le corps ciliaire, la choroïde se trouvaient légèrement tuméfiés et infiltrés de celluleç lymphoïdes, principalement sur le trajet de leurs vaisseaux. La rétine, à peine injectée, était peu altérée et seulement au niveau de la membrane limitante, où elle présentait quelques éléments semblables. Le corps vitré, infiltré de dépôts fibrineux dans sa portion antérieure, offrait peu de consistance dans sa région postérieure. L’œil droit montrait les mêmes altérations, mais à un degré beaucoup moindre.

D’importantes raisons portent à croire que de semblables désordres se rencontrent dans la plupart des cas d’ophthalmie exsudative ; mais nous remarquerons qu’en raison de la rareté des autopsies, ils ont été jusqu’ici peu étudiés. Néanmoins, ce que nous savons de ces lésions permet de les rapprocher des pleurésies, des arthrites et surtout des méningites exudatives (voy. la description de ces lésions).

La marche des opthalmies exsudatives n’est pas très aiguë, mais plutôt lente. Leur gravité est due aux complications plutôt qu’au mal lui-même; ce sont les lésions du corps vitré et de la rétine qui entraînent les accidents visuels, et, en effet, la vision revient le plus souvent, pour peu que ces parties ne soient pas profondément touchées.

Expression anatomique d’un certain nombre de maladies générales.

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les ophthalmies exsudatives, non traumatiques, s’observent notamment dans le cours de l’état constitutionnel que nous désignons sous le nom à’ herpétisme (arthritisme de certains auteurs). Elles ne surviennent pas, en efl'et, dans le rhumatisme articulaire aigu franc, tandis qu’elles sont relativement communes chez les personnes sujettes au rhumatisme chronique et à la goutte.

Les localisations de ces maladies dans l’œil ne diffèrent pas de celles qui se produisent au sein des articulations, car indépendamment de l’ophthalmie exsudative, nous parlerons plus loin d’une ophlhalmie scléreuse ayant même origine. Certains auteurs s’accordent à reconnaître que les fonctions utérines jouent un rôle important dans la genèse des ophthalmies qui nous occupent ; mais ce rôle est, à notre sens, simplement adjuvant, et les désordres menstruels, la puberté comme la ménopause, ne sont que des occasions de troubles du système nerveux qui ont pour effet la phlegmasie oculaire. D’ailleurs, tout dérangement de ce système peut contribuer à produire cette même altération, et alors il devient facile de s’expliquer l’influence de l’hérédité sur la production des ophthalmies rhumatismale et goutteuse.

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