‹ Traité d'anatomie pathologiqueChapitre 195 sur 218 · V)OI · texte numérisé non relu

V)OI

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Syphilis héréditaire. — Les manifestalions oculaires de la syphilis héréditaire peuvent bien se localiser aux différentes parties de l’œil, mais elles se fixent de préférence sur l’iris, sur la choroïde et la cornée, et, dans quelques cas seulement, elles entraînent à leur suite l’opacité du cristallin.

L’iritis, l’une des premières manifestations héréditaires de la syphilis oculaire, affecte les deux yeux dans près de la moitié des cas, et détermine quelquefois l’occlusion pupillaire, tant le produit syphilitique est abondant. Les modifications de la choroïde, non moins fréquentes que celles de l’iris, consistent dans l’existence à la surface de cette membrane de dépôts blanchâtres sous forme de taches légèrement saillantes, recouvertes par les vaisseaux rétiniens, ou bien de cicatrices qui ne sont que la suite de ces mêmes dépôts ayant leur siège sur le trajet des vaisseaux diminués de calibre.

La rétine est, sur plusieurs points, infiltrée d’un pigment disposé en cercle ou en demi-cercle au pourtour des taches blanches ; aussi a-t-on décrit cette lésion sous le nom de rétinüe pigmentaire ; la papille est moyenne, parfois atrophiée, le corps vitré est trouble.

La cataracte accompagne parfois la choroïdite dont elle n’est qu’un effet, et, comme elle, se développe plusieurs années après la naissance. Dans ces conditions la gravité de la syphilis héréditaire de l’œil est incontestable.

La cornée est de son côté le siège d’un processus inflammatoire assez spécial, diffus pour les uns, interstitiel pour les autres, qui se montre d’oi’dinaire vers l’àge de dix ans et se manifeste tout d’abord par un trouble diffus finement moucheté au centre de la cornée de l’un des deux yeux. Dans l’espace de quelques semaines, cette membrane, ainsi que sa zone périphérique, devient opaque par l’extension et la confluence des dépôts interstitiels, de telle sorte qu’elle finit par revêtir l’aspect d’un verre dépoli; la cornée du côté opposé peut s’altérer de la même façon. Cette lésion est l’une de celles qui mettent le plus souvent sur la voie de la syphilis héréditaire.

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Fig. 177. — Coupe d’une ''granulation tuberculeuse située à la région moyenne de la clioro'ide. — 1, première zone du tubercule, éléments isolés très nets; 2, deuxième zone, éléments déjà conglomérés; 3, périartérite; 4, troisième zone formée de cellules granuleuses et irrégulières; 5, vaisseau resté perméable; 6, tissu connectif pigmenté (Poncet).

se manifestent par la présence de fines granulations isolées ou agglomérées, ordinairement multiples, grisâtres ou d’un blanc jaunâtre. Ces granulations, fréquemment associées à celles des méninges molles, peuvent être d’un précieux secours pour le diagnostic de la méningite tuberculeuse. Le plus souvent localisées aux deux yeux, dans le voisinage de la papille et de la macula, elles sont discrètes ou conduentes et d’un volume variable. Quelquefois, à peine saillantes, elles déplacent fort peu les cellules pigmentaires, de telle sorte que leur existence peut échapper; d’autres fois, plus volumineuses, elles sont miliaires et acquièrent jusqu’à la grosseur d’une lentille. Dans quelques cas les éléments qui les composent sont disposés sous forme de traînées ou de bandelettes presque toujours disséminées sur le trajet des vaisseaux. La présence de ces lésions modifie fort peu les tissus et ce caractère est im-

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portant à connaître, car il constitue un signe dilTérenticl important entre le tubercule et la gomme qu’entoure généralement un tissu sclérosé.

Les éléments constitutifs de la tuberculose de l’œil ne diderent pas de ceux des tubercules des autres organes (voy. t. T, p. 26'2) ; ils consistent en des cellules de petit volume, arrondies, pourvues d’un ou plusieurs noyaux, souvent granuleuses, assez semblables aux éléments de la lympbe (lig. 177), à tel point que, suivant Cobnheim, le tubercule de la choroïde serait dû à une accumulation de cellules ivmpboïdes, extravasées des canaux vasculaires. Les vaisseaux au pourtour desquels se développent ces granulations sont généralement oblitérés, et cette oblitération est sans doute la cause de leur ramollissement; c’est dans leur voisinage (|ue se rencontre le bacille de Koch.

La tuberculose de l’œil, presque toujours secondaire, coexiste habituellement avec une tuberculose miliaire généralisée; elle n’est que rarement primitive. En rapport comme marcbe avec la maladie générale qui la tient, sous sa dépendance, elle peut, dans quelques cas, venir en aide au diagnostic de la méningite tuberculeuse. Son pronostic est des plus graves.

Les tubercules de l’iris et des procès ciliaires, beaucoup moins fréquents que ceux de la choroïde, n’oifrent pas de dilférences sensibles avec ces derniers ; mais, suivant Péris, ils déterminent, lorsqu’ils viennent à se ramollir, la suppuration de l’iris et même l’ulcération de la cornée.

La rétine, dans les cas de choroïdite tuberculeuse, peut être le siège de quelques granulations, plus souvent de petits foyers inflammatoires résultant de la présence de tubercules en voie de ramollissement au sein de la choroïde.

La cornée n’a présenté jusqu’ici de tubercules qu’à la suite d’inoculations expérimentales, pourtant Panas en aurait observé un cas très net dans sa clientèle.

Le nerf optique et la rétine même sont quelquefois, comme je l’ai vu dans le cours de la méningite tuberculeuse, inliltrés d’éléments tuber- I culeux.

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Toutes les membranes de l’œil peuvent pavticiper au processus

ANATOMIlî PATHOLOfilQUE.

lépreux, mais la cornée et l’iris y sont plus spécialement prédisposés, et souvent c’est par la diiïusion de la lésion cutanée que l’œil est envahi. Le tubercule lépreux s’observe sur la conjonctive sous forme de taches jaunâtres sillonnées de vaisseaux et assez semblables à un ptérygion; la cornée est envahie par sa partie supérieure, puis l’iris, et parfois aussi la sclérotique. Finalement le désordre anatomique se propage aux tissus profonds et aboutit à la destruction de l’œil. Dans certains cas pourtant, l’iris est atteint sans lésions préalables de la conjonctive et de la cornée, et il s’établit des poussées successives d’iritis ou même de choroïdite proliférative.

L’éruption lépreuse de la cornée se montre sous forme de boutons aplatis, diiïus à leur base et partant difficiles à enlever complètement sans s’exposer à ouvrir la chambre antérieure et à léser l’iris, du moins dans les cas avaticés. Ces boutons sont généralement fermes, de consistance fibreuse; leur couleur est d’un blanc jaune avec filets rougeâtres dus à la vascularisation des parties voisines. Les boutons de l’iris apparaissent en général à la périphérie de cette membrane ; ils sont lisses, grisâtres; leur aspect, s’ils siègent à la partie inférieure de l’œil, n’est pas sans analogie avec celui d’un hypopyon. Ils envahissent parfois une grande partie de la circonférence de l’iris, remplissent la chambre antérieure, et même ils parviennent dans quelques cas à produire un staphylôme antérieur.

Quel que soit leur siège, les boutons lépreux ont partout la même composition; ils sont formés par des amas de cellules lymphoïdes et de bactéries lépreuses. Celles-ci, disséminées jusque dans les tissus voisins, se localisent spécialement, suivant Poncet de Cluny, dans les lacunes du tissu conjonctif. L’évolution de l’ophthalmie lépreuse est des plus lentes; au boutd’un certain temps, les éléments cellulaires deviennent granuleux au centre même du nodule qui se ramollit, puis ils sont peu à peu désagrégés, et si dans quebjues cas ils arrivent à être résorbés, il n’est pas moins vrai qu’ils laissent quelquefois à leur suite des adhérences des membranes de l’œil, l’opacité de la cornée ou sa perforation. Ainsi la lèpre oculaire peut être suivie des accidents les plus graves. Ces accidents, suivant le professeur Panas, sont, pour la forme anesthésique, la lagophthalmie paralytique et le xérosis de la cornée avec ou sans iritis et cataracte ; pour la forme tuberculeuse, la cataracte et la phthisie du globe de l’œil.

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§ 3. — Néoplasies de l’oeil.

Les néoplasies de l’oeil, à l’instar de celles des autres parties du corps humain, sont dans un rapport intime avec les éléments constitutifs de cet organe; c'est dire qu’elles varient avec chacune des memhranes qui le composent. Néanmoins leur classilication est des plus simples, car elles rentrent forcément, les unes dans le groupe des néoplasies conjonctives, les autres dans celui des néoplasies épithéliales. Avant de les étudier, nous donnons ici leur bibliographie générale.

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