II. — Hypergénésie
Cette anomalie appartient exclusivement à l’oreille externe; elle peut atteindre isolément ou simultanément le pavillon et le conduit auditif. On a constaté jusqu’à quatre pavillons dans des cas de duplicité du tronc, mais ces cas sont rares. En général, le pavillon présente un développement excessif dans toute son étendue ou dans une de ses parties seulement, et se trouve parfois accompagné d’appendices qui le reproduisent en partie ou en totalité, dans lequel cas il est double, comme La vu J. -II. Morgan. Le second pavillon est alors situé en avant du tragus ou du lobule ou encore sur les côtés du cou. Cette anomalie extérieure, malgré de nombreuses variétés, est assez rare. Il ne s’agit pas en tout cas d’une seconde oreille, mais d’un semblant de pavillon constitué par un revêtement cutané, et du tissu cellulaire avec ou sans rudiment cartilagineux.
Broca a présenté à l’Académie de médecine, au nom du docteur Mignot (de Chantelle), une observation d’oreille surnuméraire constatée chez un enfant du sexe féminin, bien constitué d’ailleurs. Cette difformité consistait en une tumeur ou saillie du volume d’un petit haricot, ayant l’apparence d’une oreille en miniature couchée sur la joue et perpendiculaire à l’oreille normale. L’une de ses extrémités était fixée au tragus par un repli cutané, et l’autre à la joue par une pointe allongée et arrondie figurant le lobule. A part le tissu cartilagineux dont il était dépourvu, cet appendice renfermait tous les éléments constitutifs du pavillon et du lobule. Ce vice de conformation n’allait pas au delà de la peau, car, après
ablation, on n’a observé aucun vestige de conduit auditif y aboutissant. Le conduit auditif externe est à son tour quelquefois double, et sa duplicité s’explique par un arrêt dans l’occlusion de la première fente branchiale. Dans un cas rapporté par Velpeau, l’un des canaux aboutissait au tympan, et l’autre au prolongement sphénoïdal. Bernard relate un fait dans lequel les deux conduits communiquaient et étaient revêtus par un prolongement des téguments extérieurs.
La forme, la grandeur et la situation des oreilles ou même de leurs replis offrent enfin, suivant les individus, des différences notables. C’est dans la forme et la constitution de l’hélix que s’observent les plus grandes irrégularités. Un argument en faveur de l’origine animale de l’homme serait, suivant Darwin, l’existence d’oreilles dont la partie supé- Tieure de l’hélix présenterait un prolongement sous forme de pointe, rappelant l’oreille que les anciens sculpteurs attribuaient de préférence aux satyres et aux centaures.
Bibliographie. — Voigtel, Handh. d. path. Anatomie, Halle, 1804, 295. — Ber'NArd, Sur un vice d’ organisation de l’oreille externe {Journal de Physiologie expérimentale et pathologique, VdiTis, 1824, t. IV, p. 167). — Mignot (de Chantelle), Oreille surnuméraire (Séance de l’Acad. de médecine, 2 décembre 1880). — J.-H. Morgan, Two cases of congénital macrostoma accompanied by malformation ofthe auricles and by thepresence of auricular appendages {Med. chir. Transact., London, 1882, t. LXV, p. 13).