I. — Plilogmasies exsudatives
Les pblegmasies qui rentrent dans ce groupe sont généralement décrites sous les noms d’otites catarrhales, d otites chroniques, etc. Elles ont pour caractère essentiel la formation d un exsudât albumino-fibiineux qui est généralement résorbé sans produire la moindre destruction des tissus, et a pour siège l’oreille externe ou 1 oreille moyenne, plus rare-
(1) A. Bidder, llijpertrophie der Olires nach Excision eines Slückes vom Ilahsijmpathicus der Kaninchéns (Centralhl. /'. Chirurgie, 16 mai 1874, et Rev. 'des sc. med., t. IV, p. 433j.
ment l’oreille interne. Les phénomènes divers auxquels donne lieu chacune de ces localisations nous conduisent à les examiner séparément. Néanmoins les phlegmasies de l’oreille externe et de l’oreille moyenne, bien que souvent limitées à l’une ou à l’autre de ces parties, avec ou sans participation de la membrane du tympan, coexistent assez ordinairement. Aussi croyons-nous devoir les étudier ensemble, après quoi nous dirons quelques mots des otites internes.
Otites dites à frigore et otites rhumatismales. — ■ L’oreille externe et l’oreille moyenne sont, par leur structure, exposées aux poussées exsudatives. Ainsi on voit, dans quelques cas, la membrane muqueuse du conduit auditif s’injecter, se tuméfier, devenir douloureuse et rétrécir le calibre de ce canal qui sécrète plus abondamment et laisse parfois échapper un liquide séreux. Cet état, dont j’ai été témoin à plusieurs reprises, évolue différemment suivant les causes qui l’engendrent; assez habituellement il olfre une marche intermittente, dure trois ou quatre semaines et plus, puis il disparaît peu à peu sans laisser la moindre trace anatomique. Si, dans quelques cas, il se limite à l’oreille externe, d’autres fois il atteint simultanément l'oreille moyenne, et même il peut se localiser uniquement à cette dernière et modifier sa membrane muqueuse. De teinte rouge et violacée, cette membrane, moins consistante, se recouvre d’un exsudât séro-albumineux, ou même sanguinolent, pouvant remplir toute la caisse, d’autant mieux que le boursouflement des parties molles en diminue les dimensions. Toutes les parties de l’oreille moyenne ou seulement quelques-unes d’entre elles prennent part à ce processus, et la trempe d’Eustache, dont le calibre est rétréci, retient assez ordinairement les produits de sécrétion accumulés dans la cavité de l’oreille moyenne. La membrane tympanique, dans ces conditions, participe habituellement au processus inflammatoire, car un exsudât infiltre ses lames, et les osselets qu’elle recouvre sont le siège d’une vascularisation toujours plus marquée au niveau de l’articulation de l’enclume et du marteau.
La sécrétion, le plus souvent séreuse ou séro-muqueuse, quelquefois sanguinolente, remplit en totalité ou en partie la caisse du tympan et les cellules mastoïdiennes, tandis que la trompe est plus ou moins obstruée par un mucus épais et visqueux. L’existence, dans quelques cas, de dépôts qui, sous forme de brides ou de tractus, s’étendent d’un point à un autre et viennent réunir des parties sans lien commun, nous paraît reconnaître une origine dififérente, et se rapporter de préférence à l’otite scléreuse.
APPAREILS DES SENS
A côté de la forme aiguë, il existe une forme chronique d’otite exsudative qui tantôt se développe d’emblée au sein de l’oreille moyenne et tantôt n’est que la propagation d’une phlegmasie naso-pharyngienne. L’altération, dans ces cas, est généralisée à toute la caisse ou limitée à quelques-unes seulement de ses parties; la membrane muqueuse, relativement peu épaisse, est rouge, vascularisée; la membrane du tympan prenant part au processus inflammatoire olTre des caractères analogues. La membrane de la fenêtre ronde, recouverte sur sa face externe par la muqueuse tympanique, est souvent épaissie, et l’étrier peut se trouver enseveli et immobilisé ; un liquide séro-muqueux, en général peu abondant, occupe la cavité du tympan. Dans cette forme, plus encore que dans celle qui précède, les articulations des osselets perdent de leur mobilité et linissenl quelquefois par s’ankyloser ; le ligament suspenseur du marteau s’épaissit et subit une rétraction lente qui amène 1a déviation de cet os dont le manche s’incline du côté de la caisse. Le tendon du muscle tenseur du tympan, celui du muscle de l’étrier, sont soumis aux mêmes altérations, tandis que les fibres musculaires subissent la dégénérescence graisseuse. Cette otite, sujette aux poussées aiguës, offre une ressemblance réelle avec les phénomènes qui caractérisent le rhumatisme chronique articulaire, et c’est là un point qui permet de la considérer comme étant de même nature dans un grand nombre de cas. Elle coexiste d’ailleurs, comme ce dernier, avec l’angine granuleuse.
L’oreille interne est moins que l’oreille moyenne exposée aux phlegmasies exsudatives, et, si ces lésions s’y rencontrent dans quelques cas, nous devons reconnaître qu’elles sont jusqu’ici peu connues.
Voltolini (1) a bien décrit une inflammation aiguë primitive du labyrinthe membraneux, mais un grand nombre d’auteurs se sont refusés à admettre l’existence de cette lésion et ont voulu y voir une méningite avec ou sans altération du nerf auditif et de l’oreille interne. Celte otite n’existe pas moins dans quelques cas, car Schwarlze a trouvé, à la suite d’une lièvre typhoïde, une hypérémie du labyrinthe avec infiltration séreuse et ecchymoses de la membrane qui le tapisse. Moos a vu le réticule, le saccule et la lame spirale membraneuse présenter dans la même maladie une altération assez semblable qui consistait en une infiltration de cellules lymphoïdes dont il ne put décider exactement la nature.
Les lésions de l’otite exsudative ont une marche variable; elles se
(1) Voltolini, Z ur acide Entzüru'ung (1er hautigen Labyrinthes (Monatschr. f. Ohrenheilkunde, oct. 1867, juin. Juillet 1868).
manifestent tantôt par des poussées aiguës ou subaiguës, tantôt par une évolution silencieuse et une durée fort longue. Elles ont pour conséquence, les dernières tout au moins, de laisser l’ouïe amoindrie et dans quelques cas d’engendrer des bourdonnements persistants.
Le froid, l’action d’un courant d’air sur J’oreille peuvent être la cause de la forme aiguë du genre d’otite qui nous occupe; quelquefois aussi cette affection est infectieuse comme dans la fièvre typhoïde. Le plus souvent peut-être, que la forme soit aiguë ou chronique, lorsque l’otite exsudative procède par poussées successives et atteint les deux oreilles intérieurement, elle se lie à la maladie générale à laquelle se rapporte le rhumatisme chronique et que nous désignons sous le nom d’herpétisme. Aussi l’hérédité de cette affection a-t-elle été maintes fois constatée. On voit en ellet plusieurs membres d’une même famille en être atteints, et des surdités exister chez leurs descendants.
Bibliographie. — G. Schmitt, Sur V inflammation de Voreille. Strasbourg, 1813. — J.-L.-S. VioLLET, Sur l’otite. Paris, 1826. — D. Dallas, Sur l'otite. Paris, 1834. — F. Holzer, JJeber Entzündungen des Gehôrorganes. Bamberg, 1842. — W. Harvey, Rheumatic diseuse ofthe ear (Med. Times, London , 1849, t. XX, p. 312). — Le même. On rheumatic affections of the ear (Prov. m. and s. J., Lond., 1850, p. 396 et 561). — S. -O. Habershon, Cephalalgia', diseuse of the ear, rheumatism (Guys hosp. Jlep.,Lond., 1869, 3'^ s., t. XIV, p. 182). — Kramer, De l’infl. chroniq. de lamemb. du tympan (Gaz. hebd., 1859, p. 381). — E.-H.-T. Muller, Der einfache chronische Katarrh des Mütelohres. Kiel, 1868. — R. Philipeaux, De l'otite catarrhale chronique (Ann. Soc. de méd. de Lyon, 1875, p. 82, 92). — Turraux, Des formes subaiguë et chronique du catarrhe non purulent de la caisse du tympan. Paris, 1879. — Bezold, Fibrinôses Exsudât auf dem Trommelfell und in Gehôrgang (Archiv fur pathologische Anatomie und Physiologie, Berlin, 1877, t. LXX, p. 329). — F. Graf, Zur Casuistik der desquamativen Entzündung des Gehorganges (Monatschr. f. Ohrenheilk., Berlin, 1881, p. 204, 206). — Le même. Desquamative inflammation cf the ear (Boston m. and s. J., 1881, p. 51, 54).
Otite impaludique. — L’otite impaludique rentre, par ses caractères, dans le groupe des phlegmasies exsudatives de l’oreille. Suivant Weber- Liel qui l’un des premiers l’a bien étudiée, l’infection palustre peut frapper l’oreille de deux façons : soit par un processus inflammatoire (otite intermittente), soit par un processus diflérent(otalgieintermittente). Dans ces deux cas, c’est toujours la branche du trijumeau qui entre en scène, en produisant une névralgie pure et simple, ou en déterminant des troubles vaso-moteurs et une otite. D’après Ferreri, le nerf acoustique et les rameaux nerveux sensitifs des différentes parties de l’oreille
APPAREILS DES SENS
seraient plus spécialement affectés et deviendraient le point de départ du processus morbide dans l’impaludisme.
Les désordres de cette nature, rarement observés après la mort, se manifestent par une hypérémie assez intense de la membrane qui tapisse 1 oreille moyenne, par le gonflement de cette membrane et de celle du tympan à la suite d’un exsudât venant infiltrer leurs tissus. Ils sont généralement accompagnés d’une douleur térébrante extrêmement vive, qui revient par accès plus ou moins réguliers, et peut céder rapidement à 1 emploi de la quinine. Ces otites, d’ailleurs, ont pour caractère important de ne jamais suppurer; c’est donc à une tout autre cause qu il convient d’attribuer les cas d’otites suppuratives rattachés à l’impaludisme.
Bibliographie. — Descamps, Fièvre intermittente se manifestant sous la forme d’une otite intermittente {Arch. méd. belges, Brux., 1871, t. XIII, p. 89-96). — F.-E. Weber-Lyell, OtîtîS intermittens {Monatschr. f. Ohrenh., Berlin, 1871, t. V, 125-131). — L. Turnbull, Otitis intermittens, or « malarial otitis » ; with observations on the usèof quinine indiseases ofthe ear [Tr. Am. m. Ass., Philad., 1881, p. 223-229). — F. -G. Hotz, lur Casuistik der Malariakrankh. des Mittelohres (Zeitschr. f. Ohrenheilkunde , 1880, IX, p. 356, etiRer. d. sc. méd., XVIII, 669). — St John Roosa, Un cas d’infl. aigue de l’oreille moyenne, etc. {Zeitschr. f. Ohrenheilkunde, 1880, IX, 1, et Fev. d. sc. méd., XX, 717). — G. Ferreri, Sur les lésions de l'oreille dues à la malaria, Florence, 1887, et Ann. des mal. de l'oreille et du larynx, 1887, t. XIII, p. 213.