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X. — ÉpiUiéliomes

Développé aux dépens du feuillet moyen du blastoderme, l’os ne possède aucun élément épithélial, et partant, il ne peut engendrer de cancer. C’est donc à tort que certains auteurs ont affirmé l’existence de l'épithéliome ou du carcinome primitif des os. Ces auteurs, du reste, s’accordent à signaler la rareté de cette lésion ; mais, si l’on remarque que des épilhéliomes de petit volume développés au sein des viscères parviennent quelquefois à produire des métastases osseuses multiples et étendues, il y a lieu de croire que dans les cas considérés comme des exemples de carcinome primitif des os, le point de départ de la néoplasie a pu passer inaperçu. En effet, les os sont souvent affectés d’épithéliomes secon- I daires, soit par propagation, soit par métastase, et ces épithéliomes ne ! différent pas de ce qu’ils sont dans les autres organes.

Toutes les variétés cancéreuses, depuis le cancro'ide jusqu’à l’épithéliome glandulaire" peuvent se rencontrer dans les os, aussi bien dans les os courts que dans les os longs. Le cancro'ide ou épithéliome pavimenteux des os est presque toujours le fait de la propagation d’une tumeur épithéliale située au voisinage d’un os. Ainsi le cancroïde des lèvres et des gencives se propage aux maxillaires, celui des membres aux os sous- I jacents et en particulier au tibia, comme le montre la figure 41, qui repréi sente la section longitudinale d’un tibia envahi par le tissu d’un épithéliome

cutané. Ce tissu forme dans l’épaisseur de l’os une sorte de champignon à bords saillants, qui a amené la résorption de la substance osseuse

dont il reste à peine quelques traces ; un degré de plus, et cette substance disparaissait totalement, l’os se trouvait non seulement brisé.

épithélial dont la destruction suit de très près la formation. Dans un cas de ce genre que j’ai

pu suivre, un cancro'idede la région antérieure de la jambe, après avoir détruit la peau et les

produit un large ulcère à fond calleux, lardacé, qui se creusait de plus en plus et aurait pu finir par amputer le membre, s’il n’y avait eu une intervention chirurgicale préalable. La propagation de cette lésion s’opère en suivant le trajet des vaisseaux et gagne peu à peu de la périphérie vers la profondeur, où elle envoie des prolongements plus ou moins étendus. La

truction de l’os. La figure 42 donne une idée de cette altération ; elle montre les deux branches d’un os maxillaire inférieur, non seulement rongé par un cancroïde des lèvres, mais

d’une légère pression un suc lactescent et de

tissus sous-jacents, avait envahi le tibia et

mais en quelque sorte sectionné par le tissu

présence des éléments épithéliaux dans ces canaux et dans les alvéoles médullaires détermine la résorption du tissu osseux et la des-

en outre fracturé à sa partie moyenne. L’épithéliome osseux n’oiîre aucun caractère particulier, il est constitué par des masses arrondies uniques ou multiples, et d’un volume variable. Tout d’abord il inliltre les alvéoles osseuses et présente à la coupe une substance lardacée avec des lamelles osseuses ; plus lard, lorsque la substance osseuse est détruite, il offre une surface de section blanchâtre, granuleuse, d’où il s’échappe sous l’influence

Fig. 41. — Moitié inférieure d’un tibia envahi et en partie détruit par un épithéliome cutané.

petits grumeaux vermiculaires semblables â du sébum épaissi, et constitués par de grosses cellules épithéliales et des. globes épidermiques (voy. t. I, p. 432).

Les faits qui précèdent et beaucoup d’autres mettent hors de doute l’existence du cancroïde des os par propagation; quant aux cancroïdes métastatiques, ils sont exceptionnels, à part les cas de cancroïde de l’oesophage où j’ai quelquefois pu constater la présence de métastases épithéliales dans le foie et d’autres organes.

L’épithéliome cylindrique se rencontre dans les os, plutôt par le fait d’une métastase que par suite de la propagation d’une tumeur de voisinage ; cette lésion est rare, mais elle serait plus fréquente sans doute, s’il était plus facile d’examiner le système osseux après la mort. Je l’ai observé dans des cas d’épithéliomes primitifs de la cavité utérine et de la membrane muqueuse intestinale. La substance médullaire de l’os était envahie par des nodules multiples à différents degrés d’évolution, et semblables, quant à la structure, aux épithéliomps concomitants des viscères.

Une femme déjà âgée présentait, en même temps qu’une augmentation de volume du

corps de l’utérus, un — Doux fragments osseux représentant les débris

, , .... d’une mâchoire érodée et fracturée par un épithéliome

écoulement legerement inférieure.

sanieux de cet organe

et des douleurs vives au côté interne de la jambe gauche. Ces douleurs furent considérées tout d’abord comme rhumatismales, parce que la malade avait eu antérieurement des douleurs articulaires ; mais deux mois plus tard, il existait, à trois travers de doigt au-dessusducou-de-pied, unetumeur étalée, saillante de plus d’un centimètre, formée de deux parties, l’une supérieure et dure, l’autre inférieure et molle, animée de pulsations isochrones aux battements du pouls, qui disparaissaient lorsqu’on venait à comprimer l’artère fémorale correspondante. Peu de temps après, la malade fut emportée par un érysipèle. La cavité utérine était fongueuse, ulcérée, remplie par une végétation épithéliale cylindrique. Une section longitudinale du tibia permit de constater que le canal médullaire de cet os envahi dans toute l’étendue de la diaphyse était en partie obstrué par des nodules rosés ou jaunâtres, circonscrits par des travées osseuses

nouvelle formation J il y avait de plus, sur un point, un tissu mou, rougeâtre, très vasculaire, que limitaitle périoste épaissi. Vue au microscope, cette tumeur présentait, indépendamment de nombreux vaisseaux, des épithéliums cylindriques semblables à ceux de la cavité utérine. C’était là, en somme, un épithéliome cylindrique métastatique que l’on aurait sans doute désigné autrefois sous le nom de tumeur pulsatile ou anévrysmatique des os. Le clinicien ne doit donc jamais négliger de faire un

examen attentif de tous les organes quand il s’agit d’une tumeur qui a son point de départ dans le tissu épithélial.

L’épithéliome glandulaire des os (voy. t. I, p. 447) est relativement plus commun que le cancroïde et l’épithéliome cylindrique, pour ce fait qu’il a une plus grande tendance à la généralisation ; il se montre sous la forme de noyaux peu volumineux, ordinairement répartis en différents points du système osseux. Ces noyaux ont pour origine habituelle le tissu médullaire; ils s’étalent peu à peu, produisent l’augmentation de volume de l’os, puis amènent l’usure de sa substance suivant le procédé que nous avons indiqué plus haut, et donnent lieu à des nodosités ou masses plus ou moins fermes, encéphaloïdes ou lai’dacées, qui remplacent en partie ou en totalité la substance osseuse, ou même finissent par une fracture spontanée (fig. 43 et 44).

Tous les épithéliomes glanduleux, même ceux qui ont pour origine les canaux excréteurs des glandes, les réservoirs comme la vessie, peuvent donner naissance à ces métastases. 11 m’est arrivé d’observer un fait des plus intéressants à ce point de vue, car , non seulement il permet de se rendre compte des diflicultés du diagnostic en pareille matière, mais il montre encore que le raisonnement, aidé de la connaissance des lois qui

l'iG. 43. — Os iliaque cuvalii dans sa pal lie moyenne par une tumeur épithéliale secondaire à un épilliéliome du pharynx.

os.

président au développement des lésions organiques, peut être d’un grand

secours au lit du malade.

Un homme de soixante ans entrait dans mon service, en 1873, pour de violentes douleurs des osdubassin. Cethomme,quisoulïraitdepuisquelque temps, était amaigri, décoloré (teint jaune paille), et présentait à la palpation une tuméfaclion manifeste et diiïuse de l’os iliaque gauche. Tout d’abord je crusà l’existence d’un chondrome, mais quelques jours plus tard apparut dans l’aine correspondan tenue lumeurganglionnaire ferme, résistante, sans élasticité, de consistance ligneuse. Le siège et les caractères de cette tumeur me conduisirent à penser que j’étais en présenced’un épithéliomeganglionnaire, et que, parlant, la tumeur osseuse devait être de même nature. Absolument convaincu dès cette époque qu’il n’y avait pas de néoplasie épithéliale primitive des os, j’en concluais que le rectum ou la vessie étaient forcément atteints de cancer. Le rectum, examiné avec soin, parut entièrement sain; d’un autre coté le malade ne se plaignait nullement de sa vessie, car il urinait fort bien, et n’avait jamais rien remarqué d’anormal dans ses urines. Je persistais néanmoins dans mon diagnostic, lorsque survint une hématurie, puis, à partir de ce moment, la faiblesse du malade s’accrut, l’appétit cessa entièrement, l’os iliaque droit augmenta de volume, les clavii^ules et les côtes depuis longtemps douloureuses se tuméfièrent. L’hématurie se renouvela, et au bout de peu de jours la mort survint.

L’autopsie permit de constater l’intégrité de tous les organes internes, la vessie exceptée. Ce réservoir était le siège, immédiatement au- dessus de son bas-fond, d’un ulcère à bords saillants, circonscrit, peu profond.

Fig. 44. — Coupe perpendiculaire de l’os iliaque représenté figure 43, de façon à montrer l’envahissement et la destruction du tissu osseux.

de l’étendue d’une pièce de cinq francs. Les os iliaques, les côtes, les clavicules, les vertèbres et plusieurs autres os, tuméfiés, saillants par places, se tranchaient au couteau; ils laissaient voir dans leur épaisseur des masses molles et plus ou moins colorées, assez semblables au tissu de l’encéphale. Nulle part il n’existait de fracture, mais la moindre pression suffisait pour en produire, car sur un grand nombre de points la substance osseuse avait totalement disparu. L’examen histologique

45. — (;oupe microscopique d’un épitliéliome généralisé dans un grand nombre d’os consécutivement à une tumeur épithéliale de la vessie. Des tractus conjonctifs circonscrivent des alvéoles de dimensions variables, renfermant des cellules polygonales munies d’un gros noyau sphérique (80 diam.).

démontra que la tumeur de la vessie et celles des os avaient la même composition ; elles étaient constituées par une trame alvéolaire renfermant dans ses mailles de grosses cellules épithéliales allongées ou polyédriques (fig. 45). Chez ce malade, par conséquent, un épithéliome de la vessie, presque insignifiant, s’était généralisé dans le système osseux et avait altéré la plupart des os. C’est là un fait qu’on ne doit pas oublier et qui est de nature à faire croire que les quelques cas considérés par Volkmann, Cornil et Ranvier, comme des carcinomes osseux primitifs, avaient sans doute pour point de départ un ulcère du genre de celui de la vessie de notre malade, et qui a pu passer inaperçu. L’épithéliome des os est donc toujours secondaire, et résulte de l’infection de l’or-

os.

ganisme, par le transport vraisemblable de granulations qui irritent le tissu médullaire des os, et donnent naissance à un tissu jeune, embryonnaire, aux dépens duquel se forment les masses néoplasiques. En somme, toutes les variétés de cette néoplasie, le cancer mélanique lui-méme, peuvent se rencontrer secondairement dans les os, et ces tumeurs sont sujettes aux diverses formes de dégénérescence graisseuse, muqueuse, etc. (voy. t. I, p. 147).

L’épithéliome osseux métastatique est difficile à reconnaître sur le vivant, du moins à son début ; il se révèle par des douleurs vives, lancii liantes, auxquelles succède une tuméfaction qui augmente peu à peu, et devient de moins en moins résistant au fur et à mesure que le tissu de l’os se transforme en tissu épithélial,- aussi favorise-t-il la production I des fractures spontanées. Cette lésion évolue sans déterminer la moindre réaction, et n’étaient les douleurs, on pourrait dire à l’insu du malade; cependant elle peut s’étendre à une grande partie du système osseux,

' alors même que la formation initiale semble presque insignifiante. La gravité des cas de ce genre est toujours grande, et en effet l’épithéliome des os est une néoplasie des plus sérieuses.

I Bibliographie. — T. Salter, Two cases of cancer of bones, concurring with

cancer in the breast {Med. chirurg. Tnmsact., t. XV, p. 186). • — S. Coopek, Cancer of bones concurring with carcinomatous ulcération of the bladder {Ibid., I t. XVll, p. 50). — C. H. Hawkins, Cases of cancerous or malignant diseuse of the

- i spinal column, ivith remarks {Ibid., t. XXIX, p. 45). — Goodsir, Monthly Journal,

february 1850. — J. Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain, I livr. XX, pl. I, p. 3. — Le même. Traité d’ anatomie pathologique , Paris, 1864, t. V, p. 288. — H. Bennett, On cancerous and cancroid growths. Ediiiburg,

I 1849. — H. Lebf.rt, Traité pratique des maladies cancéreuses. Paris, 1851. — Le même. Traité d’ anatomie pathologique et Atlas, pl. 170, 172, 177, 185. — ScHUH, Ueber die Erkenntniss der Pseudoplasmen. Wien, 1851. — Gerlach, Ber Zottenkrebs und das Osteoid, avec 2 pl. Mainz, 1852. — Gawriloff, Ein Fall von Cylinder epithelialkrebs der Knochen {Wurzb. med. Zeitschrift, 1863, t. IV, p. 96). — Hannover, Bas Epithelioma, Leipzig, 1852, p. 74. — Consultez en outre les bibliographies, t. I, p. 442 et 461. — W. Hickmann, On some varieties and effects of cancerous diseuses of bones, London, 1 865, et Schmidt’ s I Jahrb., t. CXXXII, p. 23.

I § IV. — Hypoplasies.

Les hypoplasies osseuses sont des processus nutritifs comparables à ceux qui existent dans la phase de déchéance organique. Elles nrésen-

ANATOMIE PATBOLOGIQUE.

tent toutes les modalités qui appartiennent aux tissus dans la vieillesse, à savoir : atrophie de la substance osseuse, accumulation de graisse ou de substance albuminoïde dans le tissu médullaire, etc. ; en somme, elles ne sont des lésions que par l’àge dans lequel elles se produisent, et par l’exagération du désordre nutritif.

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