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I. — Stéatose osseuse

Celte lésion, caractérisée par une production abondante de cellules adipeuses dans les espaces médullaires et les canaux de Havers, s’observedans tous les os et particulièrement dans ceux qui renferment une moelle abondante, qu’ils soient longs, larges ou courts. Les organes qui sont le siège de celte altération n’olfrent rien de spécial à l’extérieur, ils ont, avec un volume normal, un poids et une densité moindres ; ils résistent peu, sont aisément entamés par le scalpel, et faciles à fracturer. Tout d’abord, ils offrent à la coupe une teinte jaunâtre produite par l’accumulation des cellules graisseuses débordant au sein des espaces médullaires (lig. 46), mais plus tard, leur surface de section, d’un blanc grisâtre, rappelle l’aspect d’une tranche de lard frais; elle est très peu vasculaire, douce au toucher, et parsemée de petites aspérités dues à la saillie des lamelles osseuses qui ont résisté à l’envahissement de la graisse. La moelle osseuse ne se distingue plus alors du tissu compact, et l’os tout entier forme une masse homogène limitée par une croûte calcaire, mince, qui cède facilement à la pression, en crépitant sous le doigt. Enfin, si l’accumulation graisseuse continue sa marche envahissante, le périoste finit par diminuer peu à peu, ou même par disparaître, et la graisse qui a remplacé l’os vient se confondre avec le tissu adipeux intermusculaire et sous-cutané, puis avec les muscles dégénérés, de façon à ne plus former qu’une masse recouverte par une peau saine ou altérée, suivant les circonstances (Lortel). Cet étal, qui a été observé surtout chez les scrofuleux, a pour siège habituel les os du pied, et malgré l’intégrité des cartilages, il arrive quelquefois de le confondre avec une tumeur blanche.

La stéatose osseuse envahit principalement le tissu médullaire ; les cellules qui composent ce tissu se remplissent de graisse, augmentent

Fig. 4ü. — Coupe verticale du sternum d’un buveur infiltré de graisse

os.

de volume, se compriment réciproquement, pressent sur les vaisseaux et les lamelles osseuses de leur voisinage, les atrophient peu à peu et agrandissent les espaces médullaires. Les corpuscules osseux sont en général peu modifiés, de telle sorte que celte lésion est pour ainsi dire spéciale à la moelle osseuse.

Étiologie et pathogénie. — La stéatose osseuse est une lésion de la vieillesse, mais qui se rencontre quelquefois chez des personnes peu avancées en âge, dans le cours de certaines intoxications et d’un petit nombre de maladies.

Les agents toxiques qui ont la propriété de ralentir les combustions et de diminuer la proportion d’acide carbonique exhalé par les poumons, finissent en général par engendrer cette dégénérescence ; tels sont : l’alcool, l'opium et un grand nombre de carbures d’hydrogène. Nous l’avons observée bien des fois chez d’anciens buveurs d’eau-de-vie, et nous en avons signalé la fréquence dans l’alcoolisme chronique (voy. article ALCOOLISME du Dict. encijclop. des sciences médicales el Atlas d'Anat. patholog.). Ilencke a constaté cette même lésion sur des animaux nourris avec des résidus de distillerie.

Les empoisonnements chroniques par l’opium, le sulfure de cai’bone et autres substances toxiques, peuvent avoir les mêmes etl'ets sur les os. Les maladies un peu longues, dans lesquelles la nutrition générale est particulièrement modifiée, sont suivies de ce désordre ; tels sont : la goutte, le diabète, la scrofulose, la carcinose, qui, comme on le sait, prédisposent aux fractures. Dans un cas de goutte observé par le docteur Budin, les aréoles du tissu spongieux, agrandies par l’amincissement de la substance osseuse, étaient occupées presque exclusivement par des vésicules adipeuses, et il existait de nombreux cristaux de margarine, soit dans l’intérieur de ces vésicules, soit à l’état libre. Les travées osseuses atrophiées renfermaient des ostéoplastes remplisde fines granulations disparaissant en partie dans le chloroforme. Semblables lésions se rencontrent dans l’obésité et lediabète, et souventaussi dans la scrofulose au voisinage des articulations qui ont été immobilisées pendant un long temps. Dans cette dernière maladie surtout se voient des stéatoses tellement avancées, (jue l’os finit par pouvoir être tranché au couteau à peu près comme un lipome. La stéatose se retrouve encore dans la carcinose, mais souvent aussi, dans cette maladie, il se produit une raréfaction de la substance osseuse avec disparition des cellules adipeuses et formation d’éléments semblables à ceux de la moelle fœtale. Les os particuliérement atteints sont les côtes et la colonne vertébrale ; facilement sectionnés par l’ins- Lancereaux. — Traité d’anat. path. III. — 9

tmmenî tranchant, ils laissent échapper une substance rougeâtre, molle et pulpeuse.

Dans toutes ces circonstances pathologiques, la stéatose osseuse est subordonnée à une même influence, la diminution des combustions, et il y a lieu de croire que sa fréquence dans la vieillesse est dépendante de la même condition pathogénique, puisque chez les vieillards l’exhalation de l’acide carbonique est diminuée. La modification des os dans la vieillesse a pour conséquence l’incurvation de la colonne vertébrale et la prédisposition aux fractures à l’occasion du moindre effort; ces fractures se consolident en déterminant un cal cartilagineux qui s’ossifie ensuite.

Bibliographie. — J. Paget, Lect. on surg. pathoL, t. f, p. 137. London, 1853. — R. Leübuscher, Ein Full von eigcnthumlkher Knochendegeneration (Arclt. f. path. Anat. and P/tysfoL, Berlin, 1850, t. XVI, p.407). — L. Lortet, Recherches sur la nécrobiose graisseuse des os (Mém. et Comptes rendus do la Soc. des sciences méd\ de Lyon, 1862, p. 80). — E. Lancereaux et P. I.acrerbauer, Atlas d’anatomie pathologique, p. 518, pl. 56, fig. 7. — E.-L. Ormerod, On degeneration of bone {St-Bartholom. hospit. Reports, London, 1871, t. VII, p. 32, avec planche). — E. Poneick, Ueberdie sympath. Erhrankungen des Knochenmarhes bei inneren Krankheiten (Arch. f. pathol. Anat. und Physiol., 1872, t. LVl, p. 541). — Budin, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1873, p. 712.

n. — Albuminose.

La dégénérescence albuminoïde, dite encore dégénérescence amyloïde des os, est une lésion rare et peu étudiée, mais qui néanmoins a été observée dans la tunique moyenne des artérioles de la moelle osseuse, où elle a présenté les réactions caractéristiijues (l’onfick). Les autres éléments médullaires ne sont pas alors sensiblement altérés, cependant les cellules graisseuses se font remarquer par leur abondance, et la substance osseuse est généralement atrophiée. La surface de section de Los offre une coloration grisâtre, les espaces médullaires sont agrandis, et la fragilité de l’organe est beaucoup pins grande qu’à l’état normal.

Bibliographie. — E. Poneick, Veber sympathischen Erkrankungen des Knochenmarkcs bei mneren Krankheiten (Arch. f. pcdhol. Anat. und Physiol., 1872, t. LVI, p. 541).

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