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CHAPITRE IV

31USGLES

Les muscles, que distingue la propriété contractile, sont formés tantôt par des cellules allongées ou filaments cylindriques striés transversalement, tantôt par des cellules lisses et fusiformes, et cette différence d’aspect, jointe au pouvoir exercé par la volonté uniquement sur les premiers de ces organes, a conduit à admettre deux ordres de muscles : les muscles striés ou volontaires, les muscles lisses ou involontaires. Les éléments cellulaires des muscles lisses, d’une longueur de 0“,20 à 0“,100 et plus, effilés en pointe et souvent divisés à leurs extrémités, sont constitués par une substance homogène, finement granulée ou faiblement striée, au milieu de laquelle existe un noyau long et étroit en forme de baguette. Soudés entre eux par une sorte de ciment amorphe, ces éléments forment des cordons aplatis ou arrondis, faisceaux des muscles lisses, qui à leur tour sont réunis en masses plus grandes par une sorte d’enveloppe délicate composée de tissu conjonctif et de fibres élastiques fines, dans laquelle se distribuent les vaisseaux et les nerfs. Ce tissu se rencontre dans le tube digestif, la vessie, les uretères, l’utérus, les bronches et la plupart des viscères; les altérations qui lui sont propres ne se distinguent pas de celles des organes (voy. t. TV).

Les éléments du tissu musculaire strié consistent en fuseaux allongés ou cylindriques, rarement aplatis, désignés sous le nom de fibres musculaires ou faisceaux primitifs, d’une longueur qui ne dépasse pas 2 à 4 centimètres et d’une épaisseur de0“,09 à 0“,60 (Kôlliker). Ces éléments sont composés d’une enveloppe extérieure qui les distingue delà fibre lisse et d’une substance intérieure contractile. L’enveloppe ou sarcolemme, membrane homogène transparente, toujours appliquée à la substance intérieure, présente à sa surface interne des noyaux ronds ou ovalaires d’un diamètre qui varie de 0"““,011 à 0““,007. La substance renfermée dans le sarcolemme ou masse musculaire offre une striation longitudinale et transversale et se décompose, à l’extrémité d’une fibre sectionnée, en petites fibrilles ; mais c’est surtout après l’action des réactifs qu’on peut voir les

MUSCLES

fibres musculaires se diviser en filaments allongés, d’où la pensée que ces fibres sont un assemblage de fibrilles élémentaires très ténues ou fibrilles musculaires. Ces fibrilles sont soudées par une substance interstitielle homogène, et dans cette substance se rencontrent des corpuscules transparents disposés par séries et les noyaux de la face interne du sarcolemme. L’union des muscles avec les organes qu’ils sont appelés à mouvoir; les os, les cartilages, les capsules articulaires, la peau, etc., se fait directement ou par l’intermédiaire de cordons ou de toiles fibreuses, tendons ou aponévroses, dont l’étude anatomo-pathologique doit nécessairement suivre.

La composition chimique de la substance musculaire varie suivant l’état de contraction ou de repos des muscles, l’âge des individus, etc. ; elle consiste en principes albumineux divers, mais il s’y rencontre en outre beaucoup d’autres substances et principalement de la créatine, de la xanthine, de la matière glycogène, des acides divers, etc. La matière qui donne la coloration aux muscles est identique à l’hémoglobine.

Un tissu conjonctif délicat, désigné sous le nom de périmysium et dans lequel cheminent les filets nerveux et les vaisseaux capillaires, sert à relier et à unir les fibres musculaires en faisceaux plus ou moins volumineux. Dans ce tissu existent parfois, notamment chez les personnes obèses, des cellules adipeuses, groupées en rangées longitudinales, susceptibles d’atrophier la fibre musculaire et de gêner son travail, d’où une altération qui peut devenir sérieuse.

Les muscles sont riches en vaisseaux artériels, et ceux-ci, régulièrement disposés, forment un réseau capillaire élégant muni de dilatations et qui s’étend autour des fibres musculaires et les enveloppe sans jamais les pénétrer. Les veines leur succèdent. L’existence des lymphatiques des muscles a été démontrée par Sappey, Hoggan, His et Belajew. Les nerfs de ces organes sont nombreux; ceux qui sont destinés à exciter les fibres musculaires se terminent au-dessous du sarcolemme en une masse granuleuse pourvue de noyaux, plaque motrice terminale de Rouget, éminence nerveuse.

Les muscles proviennent du feuillet moyen du blastoderme; distincts seulement après le second mois chez les embryons humains, ils apparaissent à l’œil nu comme une substance gélatineuse transparente et fibrillaire formée de corps allongés, renflés de distance en distance et montrant au niveau de ces renflements des noyaux oblongs. En présence de ces noyaux multiples, quelques auteurs (Schwann, Robin) ont été conduits à admettre qu’une fibre musculaire est composée d’une série de cellules placées bout à bout et soudées les unes aux autres ; mais d’autres savants (Remak, Kôlliker) sont d’avis que le faisceau primitif est constitué à l’ori-

anatomie pathologique.

gine par une seule cellule fusiforme qui s’allonge en même temps que son noyau se multiplie, et devient ainsi une longue fibre possédant plusieurs noyaux. En même temps que les noyaux augmentent de nombre et que la cellule s’allonge, le protoplasma prend l’aspect fibrillaire dans les couches périphériques, et reste granuleux au centre; puis la division fibrillaire gagne peu à peu toute l’épaisseur de l’élément contractile. Le sarcolemme n’apparaît que plus tard, et il peut même ne pas se produire, comme dans le myocarde.

L’accroissement des muscles est le fait de l’augmentation de longueur et d’épaisseur des faisceaux primitifs; toutefois il se peut qu’il résulte aussi de la division des fibres musculaires existantes et de la formation de fibres musculaires nouvelles aux dépens des corpuscules de tissu conjonctif du périmysium. Parvenus à leur entier développement, ces organes jouissent d’un mouvement nutritif très énergique, comme l’indiquent l’existence dans leur épaisseur de produits multiples de décomposition et cette circonstance que l’interruption de la circulation à leur intérieur suffit à éteindre rapidement la contractilité.

Dans la vieillesse, la fibre musculaire diminue de volume, se modifie, devient granuleuse; les muscles s’amincissent, se décolorent et en même temps perdent de leur élasticité et de leur force contractile. Des modifications analogues ou semblables surviennent chez les individus qui abusent des boissons fermentées et distillées, les forts mangeurs, chez les personnes dont la respiration est insuffisante, et souvent aussi dans le cours des maladies fébriles aiguës.

Les centres nerveux jouent un rôle des plus importants dans la nutrition des muscles, et l’action qu’ils exercent sur ces organes est de nature réflexe et déterminée par les excitations des nerfs sensibles; ainsi le froid (excitation des nerfs cutanés), la lumière, l’exercice, augmentent l’intensité des phénomènes de nutrition de la fibre musculaire et la production d’acide carbonique, tandis que la chaleur, l’obscurité et le sommeil la diminuent. CL Bernard a remarqué qu’il y avait une différence notable dans les phénomènes de respiration entre le muscle inactif et le muscle paralysé dont le nerf avait été sectionné. Le résultat de ses recherches sur le sang du muscle droit antérieur du chien dans ces différents états est frappant :

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Il résulte de cette action que l’échange général des matières et, partant, la composition du sang et des secrétions doivent se ressentir profondément de tous les troubles nutritifs qui peuvent se produire dans une étendue quelque peu considérable des masses musculaires. D’un autre côté, il est tout aussi évident que les altérations profondes et persistantes de la nutrition générale entraînent forcément à leur suite, dans les muscles striés, des modifications importantes qui ne peuvent manquer de trouver à leur tour un retentissement dans l’ensemble de l’économie.

L’influence des nerfs sur la nutrition des muscles est d’ailleurs démontrée par les altérations qui se produisent dans ces organes après la section des cordons nerveux qui s’y rendent; elle nous donne la clef, pour ainsi dire, de la plupart des désordres anatomiques de la fibre musculaire. Les lésions des muscles, au reste, ne diffèrent pas sensiblement de celles des autres organes : les unes sont comparables aux phénomènes qui se passent dans le^ tissu musculaire en voie de développement, affectent de préférence la trame conjonctive puis les noyaux du sarcolemme, et constituent des hyperplasies plus ou moins étendues, tandis que les autres, portant d’une façon plus spéciale sur la substance musculaire, se rapprochent des modifications qui proviennent du fait de l’âge, telles que dégéiiéfescences graisseuse, albuminoïde, etc.

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Lancereaux. — Traité d’Anat. path.

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