III. — Myosites prolifératives
Ces myosites sont caractérisées par la formation aux dépens du périmysium d’un tissu nouveau qui tantôt devient définitif (myosites scléreuses), tantôt s’arrête dans son évolution et dégénère en partie ou en totalité (myosites syphilitique, lépreuse, tuberculeuse, scrofuleuse).
Myosites scléreuses. - Ces lésions, dont le déterminisme spécifiquene peut encore être fait, se présentent sous des formes diverses. Elles sont simples toutes les fois que le produit de nouvelle formation se convertit en tissu de cicatrice; elles sont ossifiantes lorsque ce tissu subit une transformation ossiforme; et enfin elles sont lipomateuses s’il s’infiltre d’une plus ou moins grande quantité de cellules adipeuses.
La myosite simplement scléreuse ou interstitielle se révèle tout d’abord par un léger degré de tuméfaction des muscles portant d’une façon spéciale sur le tissu conjonctif interstitiel. Les muscles affectés pâlissent, tout en restant fermes, et souvent donnent lieu à une résistance et à une induration manifestes. Des traînées plus ou moins épaisses et irrégulières d’un tissu grisâtre ou blanchâtre et semblables à des brides cicatricielles séparent en dernier lieu les faisceaux des fibres musculaires qu’elles compriment et atrophient; elles sont tellement abondantes dans quelques cas, que le muscle est presque tout entier transformé en tissu fibreux.
Cette lésion prend naissance au sein du périmysium où apparaît un tissu embryonnaire semblable au tissu des bourgeons charnus. Toujours plus abondant au pourtour des vaisseaux, ce tissu, d’abord formé de cellules arrondies et grisâtres, se vascularisé ensuite, devient rougeâtre, et se trouve sillonné au bout d’un certain temps de nombreux capillaires. Aussi, loin de dégénérer, il continue son évolution et se transforme en une substance ferme, ayant les propriétés du tissu de cicatrice. Comprimés par la rétraction de ce tissu, les faisceaux musculaires s’altèrent, subissent une sorte de transformation granulo-graisseuse. Dans quelques cas, le sarcolemme prend part au processus, ses noyaux se multiplient et concourent à la formation du tissu nouveau ; ils étouffent peu à peu la substance contractile qui disparaît, au point que le muscle finit par être réduit à l’état de bandelette étroite, rubanée et fibreuse. Ces phénomènes, à l’inverse de ceux qui se passent dans la réunion des lèvres d’une plaie musculaire auxquels ils ressemblent, ne sont jamais accompagnés de
la régénération des fibres musculaires, et, comme ils peuvent mettre le muscle dans l’impossibilité de se contracter, il en résulte qu’ils ont parfois une réelle gravité.
Les causes de la myosite scléreuse ont été peu étudiées, et sont généralement mal connues. Cette lésion se rencontrerait, suivant quelques auteurs, chez des personnes atteintes de rhumatisme ; mais c’est là une assertion qui a besoin d’être vérifiée. D’un autre côté, elle a été signalée chez des enfants nouveau-nés, où elle affectait les muscles sterno-cléidomastoïdiens, et rapportée aux tractions exercées sur ces muscles pendant le travail de l’accouchement ; mais on peut croire qu’il s’agissait alors de lésions syphilitiques, d’autant plus que les muscles en question comptent parmi les sièges de prédilection des localisations de la syphilis.
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Myosite ossifiante. — La myosite ossifiante a primitivement les caractères de la myosite scléreuse, mais elle en diffère par ce fait que le tissu embryonnaire qui la caractérise, au lieu de se développer de façon à constituer un tissu fibreux, se transforme peu à peu en tissu osseux.
Celte lésion, ordinairement étendue, progressive, et partant liée à une prédisposition générale, survient dans le cours de la seconde enfance, ou bien spontanément, sans cause appréciable, ou bien à l’occasion ôu plus léger traumatisme musculaire. Elle a une marche comparable à celle de l’atrophie générale progressive, et procède par poussées successives accompagnées de douleurs plus ou moins vives et quelquefois d’un léger mouvement fébrile. Elle commence d’habitude par les muscles de la nuque ou du dos, puis s’étend peu à peu aux muscles des épaules, du thorax, des membres, des mâchoires, etc., et finit par atteindre une grande partie du système musculaire, tout en respectant les sphincters, le diaphragme, les muscles du cœur, de la langue, du larynx et des organes génitaux.
Il se forme d’abord, dans un ou plusieurs muscles, un gonflement limité, pâteux, douloureux à la pression, lequel disparaît au bout de quel-
MUSCLES
ques jours, laissant à sa suite un noyau d’induration, une sorte de masse de nouvelle formation qui remplit tous les interstices du tissu contractile ; puis d’autres foyers de tuméfaction se montrent ailleurs et se comportent comme les précédents. Arrivée à cette phase de son évolution, la masse musculaire indurée subit la transformation fibreuse ou l’ossification. Dans 'le premier cas, la consistance et le volume de la tumeur diminuent, la fiaccidilé succède à la dureté ; toutefois ce n’est pas là une guérison, ■car quelques fascicules musculaires seulement résistent à la désorganisation et répondent par de faibles contractions à l’excitation électrique du muscle qui est aminci, fibreux et atrophié. Dans le second cas, le volume de la tumeur peut diminuer ; mais la consistance augmente et acquiert par places, dans l’espace de quelques semaines, la dureté de la pierre ou mieux de l’os. C’est en elfet d’une formation osseuse véritable qu’il s’agit, ainsi que l’ont démontré les autopsies et l’examen microscopique qui a permis de constater en pareil cas la présence d’ostéoplastes, de lamelles ■osseuses, enfin d’un tissu osseux complet.
Établies aux dépens d’un tissu conjonctif embryonnaire, les formations osseuses de cette provenance se soudent assez ordinairement à un os voisin du squelette par l’inbîrmédiaire du périoste ou d’un tendon qui participe à l'ossification. Le bras et l’épaule sont ainsi immobilisés et maintenus au tronc, le fémur est fixé au bassin par des brides osseuses, ■et de là, malgré l’intégrité des articulations scapulo-humérale et coxofémorale, l’abolition du mouvement dans les membres correspondants. Il en est de même des mâchoires lorsque leurs muscles prennent part au même processus ; aussi la mastication devient-elle impossible, et l’alimentation ne peut avoir lieu qu’en ménageant une ouverture pour l’introduction des aliments liquides. Dans quelques cas, les insertions aponévrotiques, les attaches tendineuses sont seules ossifiées, tandis que les muscles auxquels elles appartiennent n’ont subi qu’une simple transformation fibreuse ; c’est alors surtout que les ostéopbytes rappellent la forme de stalactites et de stalagmites, termes de comparaison souvent usités par les auteurs.
La myosite détermine forcément des attitudes vicieuses diverses et d’autant plus accusées qu’elle a une plus longue durée. La tête et les membres étant immobilisés sur le tronc, la boucbe condamnée à l’ocdusion, les malheureux patients offrent, à la fleur de l’àge, le spectacle de la plus triste infirmité, sans aucun espoir de terminaison prompte, car toutes les fonctions importantes, digestion, circulation, respiration, activité cérébrale, sont conservées, et si la mort a lieu, c’est par une maladie intercurrente,
Cette myopathie laisse à désirer au point de vue de son étiologie ; plusieurs malades en font remonter les débuts à leur première enfance, mais la jeunesse est son âge de prédilection, comme elle est celui du développement physiologique et de l’accroissement du squelette. Les contusions, le froid humide et le rhumatisme qui, dans plusieurs cas, ont paru l’avoir engendrée, n’ont été vraisemblablement que des causes occasionnelles. Si l’on tient compte de l’âge où survient ce désordre, il est naturel de le rapprocher des cas d’ostéite ossifiante de l’adolescence dont nous avons parlé ailleurs (p. 55). Or, de même que cette ostéite n’est qu’une exagération du développement normal des os.de même la myosite en question pourrait bien n’être qu’une ''exagération et une anomalie du développement des parties musculaires et tendineuses du corps qui , chez certains animaux du moins, les gallinacés par exemple, s’ossifient normalement.
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Myosite scléro-adipeuse. — Ouoique récemment connue, cette affection n’a pas moins reçu des noms divers : Hypertrophie musculaire, sclérose musculaire progressive, lipomatose luxuriante progressive, atrophie
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lipomateuse des muscles, pseudo-hypertrophie musculaire. Elle atteint particulièrement les enfants en has âge et consiste en un alfaiblissement progressif des mouvements des extrémités inférieures, du tronc et des extrémités supérieures, se produisant en même temps qu’une augmentation de volume de ces mômes parties. Les muscles des mollets, ceux du bassin, des gouttières vertébrales, du thorax et de l’épaule, en général successivement atteints, font relief et se dessinent au-dessous des téguments (tig. 81); vus à l’œil nu, ils sont augmentés de volume, jaunâtres et infiltrés de graisse. La peau qui recouvre ces parties, parfois modifiée dans sa coloration, présente une teinte rouge bleuâtre.
L’examen microscopique, pratiqué dans quelques cas seulement (Cohnheim, Charcot, etc.), a permis de constater que cette lésion évolue en deux temps. Dans une première phase, les minces lamelles de tissu conjonctif qui, à l’état normal, séparent à peine les faisceaux musculaires primitifs, sont remplacées par d’épaisses travées dont le petit diamètre égale sur certains points celui des faisceaux musculaires et même le dépasse (Charcot). Ces travées sont constituées par un tissu conjonctif de nouvelle formation où les éléments dits embryoplastiques ou embryonnaires sont d’autant plus abondants, que l’altération est plus récente.
La seconde phase est caractérisée par la présence, au sein de ce tissu et par conséquent
entre les fibres musculaires, de cellules adipeuses qui donnent une épaisseur encore plus grande au stroma conjonctif. Tout d’abord discrètes et isolées, ces cellules sont plus tard abondantes, principalement sur quelques points où elles remplacent les faisceaux primitifs des muscles qu’elles atrophient peu à peu.
Dans un rapport à peu près constant avec l’augmentation du volume des muscles, cette accumulation de cellules adipeuses est telle que les faisceaux primitifs sont en grande partie étouffés et ne se voient plus que par îlots plus ou moins abondants au sein d’une gangue conjonc-
Fig. 81. — Paralysie dite pseudohypertropliique chez un garçon de dix ans vu de dos. Les muscles, qui ont acquis un développement exagéré, donnent à ce sujet des formes athlétiques (Duchenne).
live. La graisse, en somme, envahit peu à peu le tissu de nouvelle formation, et les faisceaux musculaires tendent à disparaître au fur et à mesure. Altérés dès la première phase du processus pathologique, alors qu’il n’existe qu’une simple hyperplasie du périmysium, ces faisceaux olfrent une réduction de diamètre de plus en plus prononcée tout en conservant jusqu’à leur destruction une striation transversale des plus nettes; ainsi, la substance musculaire, à part la diminution de volume, ne présente aucune modification spéciale, et les noyaux du sarcolemme ne se multiplient pas,
La marche progressive indique assez la gravité de la myosite scléroadipeuse pour que nous n’ayons pas à parler de son pronostic. Il y a lieu de reconnaître, en effet, que cette affection est une cause de mort dans la plupart des cas.
La myosite scléro-adipeuse a une cause efficiente qui nous échappe jusqu’à présent ; ce que nous savons de ses causes prédisposantes et occasionnelles, c’est qu’elle existe dans l’enfance et frappe les jeunes garçons de préférence aux petites filles ; de plus, elle se rencontre fréquemment chez plusieurs frères ou soeurs, et paraît influencée parle froid humide. La pathogénie de cette lésion nous est inconnue ; aucun désordre matériel des centres nerveux n’ayant été constaté dans les quelques autopsies pratiquées jusqu’ici, on est conduit à la considérer, ainsi que la myosite ossifiante, comme une lésion idiopathique du muscle.
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— ScHULTZE, Bemerkungen ueber die Pseudohypertrophie der Muskeln (Ibid.,
1882, t. XC, p. 208).
Myosite syphilitique. — Les muscles, comme la peau et tous les organes, sont difteremment afl'ectés dans la période secondaire et dans la période tertiaire de la syphilis. Leurs modifications, dans la première de ces phases, sont étendues, généralisées, et se révèlent par des sensations de fatigue, de pesanteur, de douleurs souvent vives, paroxystiques, ordinairemenl concomitantes de la fièvre syphilitique, à laquelle elles paraissent intimement liées. Ces modifications, à la vérité, manquent jusqu’ici du contrôle anatomique ; mais, si nous les rapprochons des déterminations cutanées, avec lesquelles elles coexistent fréquemment, il y a des raisons, de les attribuer à des congestions plus ou moins intenses, pouvant aller
jusqu’à produire un exsudât interfasciculaire, qui est ensuite résorbé et disparaît, comme toutes les localisations spécifiques secondaires, sans laisser aucune trace.
L’altération des muscles, dans la période tertiaire de la syphilis, est par contre une myosite nettement caractérisée. Cette myosite, toujours limitée à un seul sinon à un petit nombre de muscles, n’est jamais généralisée comme l’altération de la période secondaire. Tous les muscles
y sont assujettis, et particulièrement le sterno-cléido-mastoïdien, les muscles des membres et ceux du thorax mais les diverses parties d’un même organe ne sont pas également vulnérables. En ell'et, le corps du muscle est rarement affecté, tandis que ses extrémités le sont presque toujours au niveau du point d’insertion des fibres contractiles sur les toiles aponévrotiques et les cordages tendineux (fig. 82) . Sur neuf cas personnels, le sternocléido-mastoïdien et le triceps crural étaient lésés chacun trois fois, à leurs extrémités inférieures ; ce dernier l’était une fois à son extrémité supérieure ; le jumeau externe présentait, dans un cas, une saillie de consistance ferme, quasi osseuse, parallèle à son grand axe et située près de son point d’insertion, tandis que le jambier antérieur droit offrait une altération de sa partie supérieure et de l’aponévrose correspondante.
La myosite tertiaire est diffuse et simplement scléreuse, ou circonscrite et gommeuse. La myosite diffuse se traduit ordinairement, pendant la vie, par le désordre connu sous le nom de rétraction musculaire. Elle se révèle par l’injection, la tuméfaction et le changement de coloration d’une partie plus ou moins étendue d’un seul muscle ou de plusieurs. Ces organes, brunâtres ou violacés et tout d’abord assez mous, s’indurent ensuite et revêtent peu à peu une teinte jaunâtre ou blanchâtre par le fait du développement du tissu gommeux. Ils présentent au microscope un épaississement du périmysium, qu’infiltre un tissu conjonctif embryon-
Fig. 82. — L’extrémité muscle sterno-cléido-mastoïdien et son insertion siirle sternum. Il existe au niveau de la portion musculaire et tenilineuse de ce muscle une gomme allongée facilement énucléable à la suite d’une incision longitudinale.
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naire de nouvelle formation, ou bien ils sont parsemés de tractus blanchâtres, constitués par un tissu libroïde et rétractile. Ces deux apparences représentent, l’une le premier degré et la période d’état, l’autre la phase ultime du processus. Les fibres musculaires sont le siège d’altérations (jui varient avec chacune de ces phases. A peine modifiées et simplement granuleuses dans la première, elles sont quelquefois atrophiées, graisseuses, en tout cas profondément affectées ou même entièrement dé-
Fig. 83. — A. Coupe microscopique de la gomme figurée figure 82. a, centre nécrosé de la gomme formé d’une masse granuleuse ; 6, cellules en dégénérescence graisseuse et chargées de cristaux divers. Autour de cette zone cellulaire est la zone fibreuse de la gomme c, puis le tissu musculaire strié d. — B. Même préparation vue à un plus fort grossissement, a, b, masse granuleuse au sein de laquelle se voient des fibres musculaires sectionnées, hyalines et privées de stries ; c, éléments cellulaires en dégénérescence graisseuse; d, tissu fibreux limitant la production gommeuse à sa périphérie.
truites dans la dernière. Cette lésion, en somme, ne diffère de la myosite scléreuse simple que par sa circonscription et une destruction souvent plus complète des éléments musculaires.
La myosite gommeuse se distingue par l’exubérance, sur un ou plusieurs points, du tissu embryonnaire de nouvelle formation. Au lieu d’infiltrer une forte partie ou la totalité d’un muscle, ce tissu se présente sous la forme de nodosités circonscrites, uniques ou multiples, ou encore sous celle de masses plus ou moins irrégulières, sorte de disque ou de gâteau de consistance ferme et parfois cartilagineuse. Développées dans le stroma conjonctif, ces nodosités sont résistantes, grisâtres, plus rarement friables et visqueuses ; peu à peu, elles offrent une teinte blanchâtre ou jaunâtre, se ramollissent et ressemblent sur une coupe à de la chair de poisson ou à un abcès en voie de formation. Situées au niveau des insertions ten-
dîneuses ou dans l’épaisseur des tendons, elles forment de petites tumeurs, saillantes qui ont dans quelques cas la forme d’une cerise, d’un marron ou d’une amande (fig. 82).
Vues au microscope, les productions gommeuses des muscles ne diffèrent pas de celles des autres organes, et sont formées par des cellules rondes, petites, munies d’un seul noyau, dispersées au sein d’une gangue librillaire ou fibreuse. Ces éléments se transforment, à la périphérie de la végétation, en tissu fibroïde, mais au centre, où ils ont de la peine à se nourrir, ils subissent une sorte de métamorphose granulo-graisseuse en vertu de laquelle ils sont résorbés et disparaissent (fig. 83, A). Toutefois, lorsque la nodosité est volumineuse etque les vaisseaux qui la nourrissent s’oblitèrent, sa partie centrale se nécrose, irrite les tissus du voisinage, les fait suppurer et parvient ainsi à se faire jour à l’extérieur; c’est ce qui arrive assez souvent pour les gommes de la partie inférieure du muscle sterno-cléido-mastoïdien, qui donnent lieu à des cicatrices déprimées et adhérentes de la peau. Les faisceaux musculaires primitifs, compris au sein de ces productions, se trouvent comprimés, atrophiés et souvent détruits, comme le montre la figure 83, B. En fin de compte, ils sont remplacés, dans une partie de leur longueur, par une cicatrice fibreuse qui, ordinairement, gêne peu la fonction du muscle lésé.
Ces lésions appartiennent à la syphilis acquise, mais les muscles n’échappent pas à l’action nocive de la syphilis héréditaire. Cette dernière paraît avoir la propriété de se localiser d’une façon particulière sur les sterno-cléido-mastoïdiens, sans doute à cause des tiraillements subis par ces muscles au moment de la naissance. Elle se révèle par des indurations diffuses, par des tumeurs fermes, de consistance cartilagineuse, le plus souvent situées à la partie inférieure du muscle, au niveau de son insertion tendineuse. Un certain nombre de faits témoignent de cette localisation chez les nouveau-nés ; ils sont rapportés, pour la plupart, dans la thèse du docteur Traisnel qui, à l’exemple de Blachez et Planteau, attribue l’altération musculaire à une cause traumatique et nie toute influence syphilitique. Cependant, si l’on remarque que ces lésions ne sont jamais accompagnées d’ecchymoses, il est difficile de croire à un simple hématome, et comme, d’un autre côté, elles coexistent avec des éruptions manifestement syphilitiques, et ont toujours été améliorées par l’emploi d’un traitement spécifique, on est naturellement conduit à les rapporter à la syphilis. L’analyse histologique, pratiquée une seule fois (cas de Taylor), a montré l’existence d’un épaississement du tissu fibreux situé entre- les faisceaux musculaires légèrement atrophiés.
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État des muscles dans la lèpre. — Quoique la lèpre ait de grandes analogies avec la syphilis, cependant leslmuscles ne sont pas primitivement lésés dans cette maladie, mais ils peuvent l’être secondairement par propagation d’une lésion cutanée ou muqueuse, et surtout par suite de l’altération des nerfs. Les modifications subies dans ce dernier cas sont de beaucoup les plus communes, mais ne différant pas des atrophies névropathiques que nous avons étudiées plus haut, elles ne peuvent nous arrêter.
Bibliographie. — Danielssen et Bock, Traité de la spedalskhed, trad. franç. par Cosson de Nogaret, Paris, 1848, p. 282, — R. Virchow, Pathologie des tumeurs, trad. franç., Paris, 1869, t. Il, p. 517. — Steudener, Beitràge zur Pathologie der Lepra mutilans. Erlangen, 1867.
Myosite tuberculeuse. — Nous désignons sous ce nom l’infiltration tuberculeuse des muscles. Cette lésion, non encore décrite, est des plus rares, puisque Cruveilhier (1), malgré sa longue pratique des autopsies, a pu écrire ; « Je ne connais pas d’exemples de tubercules strumeux des muscles, même dans les cas de tumeurs blanches. Pourtant, le système musculaire n’est pas d’une façon absolue à l’abri du
(l) J. Cruveilhier, Traité d'anat. path. générale, Paris, 1862, t. IV, p. 778.
Lancereaux. — Traité d’Anat. path. III. — 19
tubercule, et ce produit pathologique y a été rencontré dans quelques cas. » Willig {Rapport des autopsies de rhôpital de Prague) se contente de signaler sa présence très rare dans ce système, mais sans autre indication. Frankel décrit l’infiltration tuberculeuse des muscles du larynx dans la tuberculose laryngée, et Marchand rapporte un fait de tuberculose des muscles entourant l’articulation de la hanche. Ces organes étaient infiltrés de nodules fermes et arrondis, grisâtres ou caséeux, ayant depuis le volume d’une tête d’épingle jusqu’à celui d’un grain de cliènevis ou d’une lentille, et situés, soit à la surface, soit dans les profondeurs du tissu musculaire, principalement au voisinage des insertions, et quelquefois aussi dans le corps du muscle. Composés de petites cellules arrondies et agglomérées sur un point, ces nodules étaient manifestement des tubercules provenant de la propagation de granulations primitivement nées dans la membrane muqueuse ou séreuse du voisinage. Je ne connais pas de cas authenthiques de tuberculose primitive des muscles, cependant j’ai observé deux fois cette lésion, une fois chez l’homme, l’autre fois chez la femme.
Dans le premier de ces cas, il existait, en même temps qu’une phthisie pulmonaire, une infiltration tuberculeuse du péritoine telle que cette membrane otl'rait par places, au-dessous de la paroi antérieure de l’abdomen, une épaisseur de près d’un centimètre. Les muscles grands droits étaient, à leur partie inférieure, transformés en une masse caséeuse qui comprenait la plus grande partie de leur épaisseur et une longueur de deux à trois centimètres, au point que ces muscles, si l’existence du malade se fût prolongée, auraient fini par se trouver entièrement détruits. Le second cas a été examiné de concert avec mon ancien élève et ami, le docteur Ch. Rémy, qui en a dessiné exactement la lésion (voy. fig. 83). Celle-ci occupait, d’une façon à peu près symétrique, le muscle premier radial de chaque avant-bras ; elle était constituée par un amas de granulations jaunâtres situées à la face postérieure de ces muscles, où il formait une sorte de petite tumeur qui, pendant la vie, pouvait donner l’idée d’un lipome. 11 s’agissait d’une femme de quarante-huit ans considérablement amaigrie, qui toussait depuis plus d’une année, lors de son admission à l’hôpital, le 2 juin 1875, et présentait tous les signes d’une tuberculose pulmonaire, en même temps qu’une légère augmentation du volume du foie. Cette malade, se plaignant d’engourdissement dans le bras droit, offrait, à la partie postéro-externe des avant-bras, deux petites tumeurs olivaires, fermes, superficielles, situées chacune à peu près à l’union de la portion musculaire et de la partie tendineuse des muscles radiaux. Quelques jours plus tard survient un délire bientôt suivi de prostration, de
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somnolence, de rétention d'urine, et la malade succombe le 13 juin. Les méninges molles sont infiltrées de tubercules miliaires. L’artère cérébrale
Fig. 83. — Avant-bras d’une femme morte de tuberculose pulmonaire ; les muscles premiers radiaux, mis à nu, présentent chacun des amas de granulations tuberculeuses, symétriquement placés.
antérieure gaucbe est parsemée de granulations tuberculeuses dont quelques-unes ont presque le volume d’une lentille ; la sylvienne correspondante est le siège de semblables granulations. Les poumons, emphysémateux, font saillie à l’ouverture du thorax, ils sont farcis de tubercules
disséminés principalement sur le trajet des vaisseaux. La muqueuse bronchique se trouve parsemée, dans une certaine étendue, de granulations localisées surtout dans l’intervalle des anneaux cartilagineux et circonscrites par des vaisseaux dilatés et variqueux. L’estomac et l’intestin sont normaux, mais la paroi postérieure du pharynx présente de nombreuses granulations tuberculeuses. Le foie est le siège de granulations semblables disposées sur le trajet des canaux biliaires. La rate et les reins offrent quelques rares tubercules; le système sanguin et les organes génitaux paraissent sains. Quant aux petites saillies ou tumeurs des avant-bras, elles occupent, à droite, la portion superficielle du muscle premier radial, à l’union des substances charnue et tendineuse, à gauche, le corps du même organe ; elles sont superficielles, constituées par des granulations miliaires tuberculeuses, comme l’a démontré le microscope, et agglomérées à la surface plutôt que dans la profondeur du muscle.
Bibliographie. — Willigk, Prager Vierteljahrschr . , 1853, t. XXXVIII, p. 4; 1854, t. XLIV, p. 86; 1856, t. L, p. 11. — Annandale, Cas de tubercule drconscrit des musdes et des os (Edinb, med. and surg. Journal, 1867, t. XIII, p. 120). — E. Frankel, Ueber pathologische Veranderungen der Kehlkopfmuskeln bel Phthisikern (Archiv f. pathol. Anat. und PhysioL, 1877, t. LXXI, p. 261). — J. Marchand, Ueber Tuberculose der Korpermuskeln {Ibid., 1878, t. LXXII, p. 142).
§ I. — Néoplasies.
Les néoplasies des muscles, relativement moins connues que celles des os, présentent tous les types des néoplasies conjonctives, à l’exception de l’endothéliome, qui n’y a pas été rencontré jusqu’ici. L’épithéliome des muscles est toujours secondaire, et il ne saurait en être autrement, puisque ces organes proviennent tout entiers du feuillet moyen du blastoderme.
Bibliographie. — Warren, On tumours, New-York, 1839, p. 64. — W.-F. ÏEEVAN, On tumours of voluntary muscles {British and foreign med. chirurg. Review, oct. 1863, t. XXXII, p. 504; anal, dans Archives gén. de méd., 1864, l. I, p. 233). — Arm. Després, Des tumeurs des muscles, thèse d’agrégation. Paris, 1866. — G. Lemarèchal, Étude histologique et clinique de certaines tumeurs d'origine primitive intra-musculaire. Thèse de Paris, 1880.
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l. — Lymphomes.
Les lymphomes des muscles ont été peu étudiés en raison de leur rareté. Ils offrent les caractères des lymphomes des autres organes, donnent naissance à des tumeurs ordinairement peu volumineuses, grisâtres, assez fermes 'et mat délimitées. Ces tumeurs sont constituées par la présence dans le périmysium de corpuscules lymphatiques disposés au sein d’un tissu réticulé ; les faisceaux musculaires ne prennent aucune part à ce processus, mais ils sont quelquefois atrophiés et altérés par ta compression.
Les productions lymphatiques des muscles accompagnent presque toujours des lymphomes d’autres organes, ou bien ne sont que l’extension d’un lymphome de voisinage, de la peau ou des os.
Bibliographie. — Neumann, Un nouveau cas de leucémie avec altération de la substance médullaire des os (^Archiv der Heilkunde, 1872, p. 502, exir. des Archives gén. de méd., 1873, t. II, p. 221). — Tommaso de Amicis, Contribution clinique et anatomo-pathologique à V étude du dermo-lympho-adénome fongoîde ou mycosis fongoîde d’Alibert. Naples, 1882 ; extr. des Annales de dermatologie et de syphiligraphie, Paris, 1882, t. III, p. 453.