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QUATRIÈME ORDRE

Des rétrécissements et oblitérations des organes de la circulation lympliatiqne.

Les rétrécissements et oblitérations des organes de la

rheuse comprimait non seulement la veine cave ascendante, mais aussi l'artère aorte : ^ Scirrhus in magnitiidinem auctus ila constrixerat venam » cavam et arteriam descendentes, ut nullus sanguis ad crura nutrienda » et vivificanda permeare posset » (Fabric. Hildanus, De gancjrœna et Sjihacela, caput iv.) Voyez la thèse de M. Bidault, membre de la Société cinatomique, Recherches sur les concrétions sanguines des veines, i845.

360 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉINÉRALE.

circulation lymphatique ayant été peu étudiés jusqu'à ce jour, il serait difficile d'en tracer l'histoire générale. Les faits et les considérations qui suivent pourront servir de matériaux.

Je ferai d'abord remarquer que l'appareil de la circulation lymphatique a pour caractère spécial, d'être constitué par deux ordres d'organes : !« par une portion canaliculée , ce sont les vaisseaux; 2° par des ganglions , espèces de nœuds placés sur leur passage, aboutissants d'un certain nombre de ces vaisseaux (vaisseaux afférents), point de départ de nouveaux vaisseaux (vaisseaux effélents). Ces ganglions peuvent être considérés comme des plexus lymphatiques auxquels est surajouté un tissu particulier.

Une autre remarque non moins importante , c'est que les rétrécissements et oblitérations, comme d'ailleurs toutes les lésions du système lymphatique, portent beaucoup plus fréquemment sur les ganglions ou plexus lymphatiques ganglionnaires, que sur les vaisseaux lymphatiques euxmêmes. Et pourtant ce sont les vaisseaux lymphatiques qui ont apporté aux ganglions le poison morbide. Ainsi , le bubon inguinal dans la syphilis, le bubon axillaire dans la piqûre anatomique , le cancer des ganglions axillaires et des ganglions pelviens dans les cancers de la mamelle et de l'utérus.

Quant aux effets généraux des rétrécissements et oblitérations des vaisseaux lymphatiques, il s'en faut bien qu'ils soient aussi graves que ceux des rétrécissements et oblitérations des artères et des veines : l'anatomie pathologique de ces vaisseaux, les expériences sur les animaux vivants, établissent qu'il n'existe pas de dépendance réciproque entre les divers départements de ces vaisseaux : si bien que l'obhtération des troncs principaux de ce système, voire même du canal thoracique, passe pour ainsi dire inaperçue, sans symptômes de rétention, sans la dila-

HUITIÈME CLASSIi. RÉTRÉCISSEMEINTS ET OBLITÉRATIONS. 361

tation considérable des vaisseaux collate'raux que nous ont présentée les autres ordres de vaisseaux. En sorte que dans Fétat actuel de la science, Tanatomie pathologique du système lymphatique se résume en grande partie dans celle de ses ganglions.

Les faits démontrent, en effet, que si les vaisseaux lymphatiques ne sont pas complètement étrangers à Tœdème des membres, soit dans l'œdème indolent, soit dans Tœdème douloureux , le rôle qu'ils jouent dans cette rétention de la lymphe est complètement secondaire^ et que l'oblitération du système veineux domine toute la maladie. Il en est de même de l'œdème chronique liypertrophique, dont le type le plus élevé est connu sous le nom d'éléphantiasis des Arabes. Les dissections les plus attentives n'ont nullement démontré que cette maladie consistât essentiellement dans l'inflammation chronique des vaisseaux lymphatiques, ainsi que M. Alard l'avait conjecturé.

Quant à la rupture des vaisseaux lymphatiques et du canal thoracique en particulier, par suite de la distension considérable de ces vaisseaux , rupture à laquelle on a fait autrefois jouer un rôle si considérable pour la production del'hydropisie, il n'existe à cet égard aucun fait positif.

J'ai vainement cherché à rattacher la production de certains kystes séreux à la dilatation circonscrite des vaisseaux lymphatiques entre deux points oblitérés.

Cela posé, je vais examiner successivement et brièvement les rétrécissements et oblitérations des vaisseaux et ganglions lymphatiques : !« par compression, 2° par oblitération , 3" par altération des parois.

PREMIER GENRE

Des rétrécissements et oblitérations des vaisseaux lymphatiques par compression.

1* Rétrécissement et oblitération des vaisseaux lympliatiques par compression. Il n'est pas douteux que la circulation des

vaisseaux lymphatiques ne puisse être empêchée par les causes de compression qui agissent sur ces vaisseaux; que les anévrismes de la crosse aortique et de l'aorte thoracique ne puissent , dans certaines circonstances, exercer sur le canal thoracique une compression qui le rétre'cisse et même qui l'oblitère; que des tumeurs développées dans les membres ne doivent, dans quelques cas, amener l'oblitération des vaisseaux lymphatiques correspondants ; que la rétention de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques par une compression circulaire exercée sur un membre ne soit pour quelque chose dans les effets de cette compression ; mais évidemment l'étude de ces rétrécissements et oblitérations par compression des vaisseaux lymphatiques doit être faite sur de nouveaux frais (1).

2° Compression des ganglions lymphatiques. Cette compression s'observe dans une foule de circonstances, elle peut même être portée jusqu'à l'atrophie de ces ganglions. C'est ce que l'on voit dans !e cas de tumeurs volumineuses situées au voisinage de ces ganglions. Souvent même , des ganglions lymphatiques engorgés deviennent, pour les ganglions voisins qu'ils compriment, une cause d'atrophie. Que deviennent dans ce cas les vaisseaux lymphatiques qui aboutissent aux ganglions atrophiés ?

(i) Existerait-il une lésion du système lymphatique qui consisterait dans une atrophie complète des ganglions et une oblitération des vaisseaux lymphatiques? Cette opinion semblerait résulter d'une observation de Halle [Mémoires de l'Institut, i vol., p. 536). — En examinant les vaisseaux lymphatiques d'une femme morte dans un état complet de marasme, cet observateur, au lieu de ces vaisseaux, ne trouva que des fdaments secs, résistants, d'un blanc mat, ressemblant à des filaments nerveux excessivement déliés. De distance en distance on rencontrait de petits nœuds qui semblaient être les dernières traces de ces ganglions. L'économie pouirait-elle donc se passer de système lymphatique?

II« GENRE

Oblitération des vaisseaux et des ganglions lymphatiques par des concrétions ou par des produits de sécrétion.

1° Oblitération des vaisseaux et ganglions lymphatiques par concréiions fibrineuses. Les vaisseaux lymphatiques enflammés sont-ils oblitérés par des concrétions fibrineuses adhérentes, analogues aux concrétions sanguines qui constituent le phénomène principal de la phlébite adhésive? Telle est l'analogie de texture qui existe entre les veines et les vaisseaux lymphatiques ; telle est en outre Tanalogie de composition chimique qui existe entre le chyle , la lymphe et le sang , que je ne doute nullement que dans certaines circonstances la fibrine du chyle et de la lymphe ne se concrète comme la fibrine du sang, et que Finflammation des vaisseaux lymphatiques n'ait pour conséquence la coagulation avec adhérence , soit de la lymphe , soit du chyle. Ainsi j'ai rencontré plusieurs fois dans les vaisseaux chylifères des concrétions blanches , bien distinctes des concrétions tuberculeuses , lesquelles concrétions blanches me paraissent devoir être rapprochées des concrétions fibrineuses des vaisseaux sanguins. Ayant injecté de l'encre dans le tissu cellulaire sous-cutané de la jambe chez plusieurs chiens qui ont été sacrifiés quelques jours après, j'ai trouvé les vaisseaux lymphatiques qui aboutissaient aux ganglions inguinaux, et ces ganglions inguinaux eux-mêmes , remplis d'une matière noire qui ne pouvait provenir que de !a matière colorante de l'encre. Les vaisseaux lymphatiques m'ont paru oblitérés : il est plus que problable que l'oblitération des vaisseaux lymphatiques enflammés se fait très souvent par pseudomembrane.

Les ganglions lymphatiques enflammés deviennent imperméables à la circulation lymphatique, pendant toute la durée de la phlegmasie ; et même pour toujours, si cette inflammation se termine autrement que par résolution. D'après M. Gendrin (l), les vaisseaux lymphatiques qui se rendent aux ganglions enflammés, et par conséquent les ganglions eux-mêmes, seraient entièrement imperméables. Cet observateur a vainement essayé de faire arriver jusqu'à ces ganglions une injection mercurielle, qui avait rempli assez exactement les vaisseaux qui s'y rendaient. Cependant Breschet rapporte qu'un anatomiste est parvenu à injecter les vaisseaux lymphatiques des ganglions enflammés. C'est donc encore un fait à étudier sur de nouveaux frais. Ces dissidences doivent tenir à ce que les injections ont été faites à des périodes différentes de l'inflammation , ou bien à ce qu'on a opéré sur des ganglions enflammés tantôt partiellement, tantôt dans toute leur étendue.

2" Oblitération des vaisseaux et ganglions lymphatiques par du pus. Si l'on trouve rarement les vaisseaux lymphatiques oblitérés par des concrétions fibrineuses adhérentes, analogues aux concrétions sanguines des veines etdes artères, il n'en est pas de même de la présence du pus dans ces vaisseaux lymphatiques, présence que j'ai constatée un très grand nombre de fois.

J'ai rapporté dans mon premier ouvrage (2) l'observation d'une femme âgée de cinquante-cinq ans, laquelle portait à la région supérieure et interne de la cuisse un lipome énorme qui simulait un second ventre. La peau qui recouvrait cette tumeur devint le siège d'un érysipèle phlegmoneux auquel la malade succomba. A l'autopsie , on trouve que le tissu cellulaire sous-cutané était parcouru

(i) Histoire anat. des inflammations^ t. II, p. gS. (2) Essai sur l'anal, pathol.^ l, 1, p. 199, i8i6.

IIUITIÈArF. CLASSE. RÉTRÉCISSEMRNT.S RT OBLITERATIONS. 365

par de nombreux vaisseaux lymphatiques pleins de pus; les (janglions lympliaticpies correspondants étaient euxraêmes pleins de pus. Dupuytren, qui voulut disséquer lui-même la tumeur en notre présence, poursuivit les vaisseaux lymphatiques purulents au delà des ganglions inguinaux jusque dans le bassin, et de là jusqu'aux ganglions de la région lombaire; mais ces derniers, de même que le canal thoracique , ne présentaient aucune trace de ce liquide.

J'ai eu Toccasion d'ouvrir le corps d'un individu qui succomba, dans l'état typhoïde, à un phlegmon érysipélateux de la jambe. Plusieurs vaisseaux lymphatiques profonds du membre abdominal étaient remplis de pus dans toute leur étendue, et les ganglions inguinaux étaient également injectés du même pus.

Mais c'est surtout dans les épidémies de typhus puerpéral, à l'hospice de la Maternité, que j'ai eu occasion de rencontrer les vaisseaux lymphatiques pleins de pus (1).

Les planches 1,2, 3, XIII^ livr. {Anat. pathoL, avec planches), sont la fidèle image des vaisseaux lymphatiques purulents de l'utérus et annexes, chez des femmes mortes du typhus puerpéral à l'hôpital de la Maternité; et les observations et réflexions qui accompagnent ces planches soulèvent, si elles ne les résolvent pas complètement, les questions les plus importantes , relatives à la présence du pus dans ces vaisseaux, qui me paraissent à jamais perdus pour la circulation lymphatique , lors même que les malades peuvent résister; et je possède plusieurs faits qui établissent la curabilité de ce genre de lésion.

( I ) J'ai rencontré le pus dans les vaisseaux lymphatiques, non seulement dans les épidémies de typhus puerpéral, mais encore dans les péritonites puerpérales ordinaires. J'ai même rencontré les lymphatiques purulents indépendamment de tovite péritonite.

366 AJJATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

J'ai établi la fréquence de la présence du pus dans les vaisseaux lymphatiques , dans la fièvre puerpérale de la Maternité, fièvre que j'ai cru devoir caractériser du nom de typhus puerpéral, pour exprimer ma pensée tout entière sur ce genre d'épidémie, que je crois due en très grande partie à Fencombrement, c'est-à-dire à l'intoxication miasmatique. J'ai montré que la fréquence de l'inflammation suppurée des vaisseaux lymphatiques, à la suite de l'accouchement , était incomparablement plus grande que celle de la phlébite suppurée, et j'ai établi que le plus grand nombre des femmes qui ont succombé à la Maternité, depuis le mois de juillet 1830 jusqu'en septembre 1832, avait présenté, à un degré plus ou moins avancé, l'altération purulente, dont les planches 1, 2, 3, XIIP h vr., offrent le type.

J'ai montré la dilatation quelquefois énorme des vaisseaux lymphatiques , qui atteignent souvent le calibre du petit doigt , et même un volume plus considérable encoredans leurs ampoules , au point de simuler des abcès utérins , superficiels ou sous-péritonéaux.

Je crois avoir démontré que le pus n'avait pas pu pénétrer, par absorption, dans les vaisseaux et ganghons lymphatiques, mais qu'il s'y était produit directement par l'inflammation des parois de ces vaisseaux (1); mais qu'une fois produit, le pus pouvait circuler librement dans ces vaisseaux, jusqu'aux ganglions auxquels ils aboutissent. Il suit de là que les vaisseaux lymphatiques ne sont pas enflammés dans toute l'étendue de leur trajet qui est^rempli par du pus , mais seulement dans une portion de cette

(i) Il me paraît bien démontré que le pus ne saurait être absorbé en nature par les vaisseaux lymphatiques, pas plus qu'il ne peut l'être par le système veineux; mais que dans l'un et dans l'autre ordre de vaisseaux, le pus produit dans un point de ces vaisseaux circule lorsqu'il n'est pas cotibé par des concrétions ou des adhérences.

étendue; ce cjul explique pourquoi les parois de ces vaisseaux j^leins de pus présentent, dans une partie de leur trajet, et notamment dans celle qui est contenue dans l'épaisseur des parois de l'utérus , des signes évidents d'inflammation, et pourquoi, dans toute la partie libre de ces vaisseaux, ces parois présentent l'état le plus parfait d'intégrité.

Il suit de là que la purulence des vaisseaux lymphatiques diffère essentiellement de la purulence des vaisseaux veineux par l'absence, dans les premiers, de concrétions obturatrices.

Pour les vaisseaux lymphatiques , ce sont les ganglions qui constituent les limites de la purulence : car il est extrêmement rare de voir que la purulence des vaisseaux lymphatiques passe à travers ces ganglions des vaisseaux afférents aux vaisseaux efférents.

Je me suis demandé, à la vue de ces vaisseaux lymphatiques pleins de pus, si le sang pouvait s'infecter par le pus lymphatique, comme il s'infecte par le pus veineux? L'observation a répondu négativement à ce sujet. Le pus est le plus ordinairement arrêté par le premier ganglion lymphatique qu'il rencontre , et ne le traverse que dans un très petit nombre de cas que l'on peut considérer cotnme exceptionnels. Jamais je n'ai vu le pus traverser deux séries de ganglions; jamais, même dans les cas où le pus lymphatique était le plus abondant , je n'ai rencontré du pus dans le canal thoracique, et cependant j'ai rarement négligé d'examiner ce canal lorsque je rencontrais du pus dans les vaisseaux lymphatiques (1).

(i) Pour que la lymphangite suppurée produisît l'infection du sang, il faudrait que le pus pénétrât directement dans le sang, soit par la communication accidentelle d'un vaisseau lymphatique suppuré dans une veine, soit par le canal thoracique qui verserait directement le pus dans la veine sous-clavière.

Que devient le pus lymphatique et ganglionnaire ? Les faits que j'ai recueillis à la Maternité m'ont permis de le constater. Chez un bon nombre de femmes qui avaient échappé au typhus puerpéral et qui ont succombé un mois, deux mois , trois mois après l'accouchement, par suite de phlegmasies chroniques , d'entérite ulcéreuse, d'érysipèle, de pleurésie purulente, etc., j'ai trouvé le pus concrète dans ces vaisseaux lymphatiques formant de petites masses caséiformes , d'apparence tuberculeuse , preuve bien évidente que dans la suppuration des vaisseaux lymphatiques , de même que dans la phlébite suppurée circonscrite, la partie la plus liquide du pus étant absorbée, le pus se solidifie. L'absorption s'opère donc dans les vaisseaux absorbants eux-mêmes.

Je ne doute nullement, d'ailleurs , que la suppuration des vaisseaux lymphatiques ne puisse être suivie de la guérison. Mais il est infiniment présumables ainsi que je l'ai déjà dit , que les vaisseaux lymphatiques qui en ont été le siège ne sont pas toujours perdus pour la circulation.

Il faut bien distinguer le pus qui est en circulation dans les vaisseaux lymphatiques d'un gangUon, du pus qui est la conséquence de l'inflammation de ce ganglion. Dans le premier cas, les vaisseaux ou plexus lymphatiques de ces ganglions sont parfaitement perméables et se dessinent d'une manière aussi parfaite que dans les plus belles injections de mercure ; dans le second cas, c'est-à-dire quand les ganglions lymphatiques sont en suppuration, il y a imperméabilité , aussi bien pour les vaisseaux sanguins que pour les vaisseaux lymphatiques, mais seulement dans la partie du ganglion qui a été le siège de Tinflammation, quand l'inflammation est partielle.

3° Oblitération des vaisseaux et des ganglions lymphatiques par la matière tuberculeuse. Je n'examinerai point ici la question de savoir si le pus concret contenu dans les

HUITIÈME CLASSE. RÉTRÉCISSEMF.NTS ET OBLITÉRATIONS, 369

vaisseaux et ganglions lympliatiqiies ne présente pas la plus grande analogie avec la matière tuberculeuse, et s'il ne constitue pas la matière tuberculeuse elle-même.

Il me suffira de dire qu'il n'est pas rare de trouver les vaisseaux et ganglions lymphatiques oblitérés par la matière tuberculeuse.

Ainsi j'ai fait représenter (livr. II, pi. 1) une portion d'intestin grêle et de mésentère (c'était chez un phthisique) , où l'on voit des vaisseaux noueux d'un blanc jaunâtre, à nœuds très rapprochés, contenus dans l'épaisseur du mésentère, lesquels se rendent aux ganglions correspondants dans lesquels ils se perdaient sans qu'il fût possible de les suivre au milieu de la matière concrète en laquelle ces ganglions semblaient être transformés. Je crus d'abord avoir affaire à des vaisseaux lactés pleins de chyle, mais le toucher m'ayant fait reconnaître qu'ils étaient durs, résistants, il me fut facile de reconnaître qu'ils étaient remplis par une matière tuberculeuse.

J'ai regardé ce cas non comme un exemple d'absorption de la matière tuberculeuse , mais comme fait à'affection tuberculeuse des vaisseaux lymphatiques, et je me suis fondé sur les données suivantes : 1° Les parois des vaisseaux lymphatiques ne s'affaissaient nullement lorsque ces vaisseaux avaient été vidés ; elles étaient opaques et semblaient épaissies et indurées surtout au niveau des valvules ; 2° un grand nombre de vaisseaux lactés étaient interrompus d'espace en espace par de véritables tubercules extrêmement durs qui auraient pu servir d'argument en faveur de la théorie de l'inflammation des vaisseaux blancs dans les affections tuberculeuses; 3° une autre preuve non moins irrécusable, c'est qu'un certain nombre de vaisseaux malades ne aaissaient pas au niveau des ulcérations et plaques tuberculeuses des intestins, mais bien au niveau des parties saines de ces intestins.

Au reste, j'ai eu occasion de rencontrer plusieurs fois la II. 1k

même altération, soit dans les vaisseaux lymphatiques du mésentère, soit dans les vaisseaux lymphatiques du poumon: plusieurs observateurs , et M. Andral, en particulier, en ont décrit quelques exemples.

Relativement aux vaisseaux lymphatiques du mésentère, je ferai remarquer la ]Jossibilité de confondre au premier abord le chyle concret avec la matière tuberculeuse.

L'oblitération du canal thoracique par la matière tuberculeuse n'est pas sans exemple, et comme cette oblitération coïncide toujours avec la maladie tuberculeuse , il est bien difficile de se refuser à l'idée que l'absorp tion de la matière lubeiculeuse ne soit pour quelque chose dans cette oblitération. Tel est le fait observé par M. Nasse, professeur à l'université de Bonn (1) : sur un malade mort de péritonite tuberculeuse avec ascite, de tubercules pulmonaires avec pleurésie tuberculeuse et hydrothorax, on vit après avoir enlevé les viscères un cordon dur, gros comme une plume d'oie étendue de la deuxième vertèbre lombaire à la veine sous-clavière gauche : c'était le canal thoracique qui était complètement oblitéré par la matière tuberculeuse; on pouvait encore distinguer les valvules; les parois de ce canal étaient épaissies.

Ce fait ne semble-t-il pas établir que f absorption se fait par les vaisseaux lymphatiques aussi bien que par les veines? D'après mes idées, les vaisseaux lymphatiques seraient exclusivement affectés à l'absorption des surfaces libres.

Puisque les vaisseaux lymphatiques peuvent être oblitérés par la matière tuberculeuse, on ne doit pas être surpris de les voir oblitérés par une matière calcaire.

C'est au déj)ôt de phosphate calcaire dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques que je crois devoir rapporter

(i) Journal universel ^ janvier^ 1828, p. 81 et suiv.

HUITIÈME CLASSE. liÉTRÉCÏSSEMENTS ET OBLITÉRATIONS, 371

les cas qui ont été publiés sous le titre â^ ossification des vaisseaux lymphatiques. Telle était, d'ailleuis, la pensée de Portai , lorsqu'il parle d'un canal ihoracique rempli d'une matière gypseuse (1), et celle de Mascagni (2), qui parle de vaisseaux lymphatiques remplis d'une matière tartareuse.

Waller (3) a donné une bonne figure représentant des produits calcaires, non seulement dans le canal tlioracique , mais encore dans les branches qui s'y rendent.

Sheldon {h) , dans un cas de spina-ventosa de l'os iliaque , trouva le canal thoracique tellement rétréci par une ossification, que ce conduit laissait à peine passer l'air qu'on insufflait dans la cavité.

Laulh avait également vu dans un cas de carie de l'os des iles les vaisseaux lymphatiques du bassin , et OUiyier (d'Angers), qui a rappelé tous ces faits (5) insiste avec raison sur la coexistence de productions osseuses dans l'intérieur des vaisseaux absorbants avec des altérations du système osseux sur divers points de l'économie.

Dans un cas observé par Scherb, des concrétions calcaires du canal thoracique se sont présentées sous l'aspect d'un calcul qui a été considéré comme la cause d'une hydropisie.

Quant à la matière tuberculeuse dans l'épaisseur des ganglions lymphatiques, elle est sans contredit une des lésions les plus communes qui existent dans l'économie, et c'est sur cette fréquence que Broussais avait établi sa

(i) Mémoire sur la structure du canal thoracique; —académie des sciences, année 1770, p. 397.

(2) Vasorum lymphaticorwn corporis liumani historia et iconographia, Senis, 1787.

(3) Mémoires de f Académie royale de Berlin, 1 786-1 787, p. 21.

(4) The history of the absorbent System, London, I784'

(5) Article Vaisseaux lymphatiques (pathologie), Dictionnaire en 3o vol., p. 373.

372 AiNATOMit; PATHOLOGIQUE G&iSÉfiALE.

fameuse théorie de rinflammation des vaisseaux blancs comme cause de la production des tubercules , théorie à laquelle il ne tarda pas à renoncer lui-même.

Oblitération des vaisseaux et des ganglions lymphatiques par le suc cancéreux. Rien de plus commun que de voir les ganglions lymphatiques cancéreux : ordinairement consécutive et liée au cancer des organes placés au voisinage dont les ganglions reçoivent les vaisseaux absorbants, raffection cancéreuse ganglionnaire est souvent primitive, et envahit un bon nombre de ganglions soit extérieurs, soit intérieurs, qui acquièrent quelquefois un volume prodigieux. Eh bien , chose remarquable ! dans le cancer ganglionnaire primitif, de même que dans le cancer ganglionnaire consécutif, il est excessivement rare de voir les vaisseaux lymphatiques correspondants altérés.

Ainsi, dans le cancer de l'utérus, qui est presque toujours accompagné d'altération cancéreuse des ganglions pelviens, les vaisseaux lymphatiques mtermédiaires m'ont paru parfaitement intacts, et rien n'indique en eux le moindre trouble dans leur circulation : on comprend à peine cette indépendance.

Ce que je dis des vaisseaux lymphatiques, s'applique, à plus forte raison, au canal thoracique; ainsi, pendant mon séjour à l'hôpital de la Salpétrière, où j'ai eu occasion d'étudier un si grand nombre de lésions cancéreuses de tous les organes, je n'ai rencontré qu'une seule fois le canal thoracique cancéreux , et une autre fois le suc cancéreux dans un grand nombre de vaisseaux lymphatiques qui répondaient à des ganglions lymphatiques dégénérés. Voici le résumé de ces deux observations (1) :

Premier fait. Sur le corps d'une vieille femme affectée du cancer de l'utérus, qui fut apportée mourante à la Salpé-

(i) Voyez Anat. pathologique^ avec planches, livr., XXVIl*, explication Je la pi. 5i, texte, p s.

HUITIEME CLASSE. UÉmÉCISSEMENTS ET OBLITÉRATIONS. 37 3

trière, je trouvai que le col utérin était transformé en un corps aréolaire blanchâtre qu'infiltrait comme une éponge une grande quantité de suc cancéreux , lequel suintait de toutes parts à la moindre pression. Le canal thoracique contenait une quantité notable de suc cancéreux : le même suc se retrouvait dans plusieurs vaisseaux lymphatiques collatéraux qui étaient considérablement dilatés et dans lesquels ce suc formait des espèces de foyers.

Deuxième fait. A Tautopsie d'une femme âgée de quarante-cinq ans, affectée de cancer utérin, pendant la dernière période duquel il se manifesta une tumeur susclaviculaire également cancéreuse, je trouvai les particularités suivantes :

La tumeur sus claviculaire était de nature cancéreuse et formée par un tissu spongieux plein de suc cancéreux qui en suintait comme d'une éponge : un très grand nombre de ganglions lymphatiques cancéreux longeaient la face postérieure de la clavicule. En étudiant la tumeur susclaviculaire, je vis qu'à la masse qui la constituait était annexée une multitude de granulations miliaires , très dures, disposées par tramées régulières, dont la nature fut d'abord pour moi problématique ; mais je reconnus bientôt qu'elles étaient formées par du suc cancéreux déposé de distance en distance, peut-être au niveau de chaque paire de valvules, le long des vaisseaux lymphatiques.

Le canal thoracique avait acquis un volume considérable dû à une lymphe légèrement teinte en rose qui le distendait ; mais point de suc cancéreux dans sa cavité. 11 adhérait intimement en bas à des ganglions cancéreux lombaires qui le comprimaient : en haut , il était rétréci par des ganglions également cancéreux qu'il traversait pour se jeter dans la veine jugulaire interne gauche.

Aux ganglions volumineux qui occupaient la base du mésentère aboutissaient plusieurs vaisseaux lymphali-

37^ ANATOiMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

ques qui présenîaient de distance en distance des nodosités formées par du suc cancéreux concrète (1).

Si le premier des deux faits qui précèdent semble établir que le suc cancéreux contenu dans le canal thoracique et dans les vaisseaux lympliatiqnes collatéraux y a été transporté par l'absorption, le second fait me paraît établir positivement le contraire, c'est-à-dire que la matière cancéreuse contenue dans les vaisseaux lymphatiques y a été formée de toutes pièces; car nous avons vu que le canal thoracique comprimé à sa partie supérieure était très dilaté et rempli par une grande quantité de lymphe : or, si un obstacle mécanique a pu y arrêter la lymphe en circulation, à plus forte raison aurait-il intercepté le passade du suc cancéreux , si ce suc cancéreux avait été résorbé. J'ai déjà exprimé la même opinion quant au pus, quant à la matière tuberculeuse qu'on rencontre aussi quelquefois dans les vaisseaux lymphatiques, pus , matière tuberculeuse que j'ai considérés comme formés dans les vaisseaux lymphatiques eux-mêmes.

Cette sorte d'indépendance d'altération entre les ganglions et les vaisseaux lymphatiques, sous le rapport de la suppuration , des tubercules et du cancer, est un fait extrêmement remarquable, et qui, à lui seul, prouverait qu'il y a autre chose que des vaisseaux lymphatiques dans les ganglions. Il y a, en effet, indépendamment d'un tissu propre, un système capillaire veineux extrêmement riche, et c'est) d'après ma manière de voir, ce système capillaire veineux qui est le siège immédiat ou l'organe de formation du pus, du tubercule et du cancer de ces ganglions.

(i) Dans un certain nombre de cas de cancer mammaire, les tubercules cancéreux miliaires sous-cutanés qui se développent si souvent tout autour et dans un layon très étendu, sont disposés linéairement et me paraissent avoir leur siège dans les vaisseaux lymphatiques qui émanent de la glande mammaire et qui vont aux ganglions axillaires correspondants.

IHJITIKME CLASSE. RÉÏRÉCfSSEMKN T.S F.T OBLITÉRATIONS. 37 5

J'ai eu occasion de voir, dans une des séances de la Société anatomique en décembre I8ù9, les vaisseaux lyniphalicjues des poumons remplis de suc cancéreux. Cette pièce provenait d'an individu mort avec des cancers multiples dont un certain nombre occupaient le tissu osseux (le cancer était encéphaloïde). Ces vaisseaux lymphatiques cancéreux formaient un réseau situé sous la membrane séreuse qui était intacte. De ce réseau lymphatique cancéreux qui était remarquable par ses dilatations ampullaires normales singulièrement exagérées partaientdes vaisseaux lymphatiques également cancéreux qui s'enfonçaient dans l'épaisseur des poumons. Il y avait des petites masses cancéreuses dans les poumons, et les ganglions bronchiques étaient également cancéreux.

M. Andral (1) décrit avec détail une altération des poumons et du canal thoracique qui paraît devoir être rapportée à l'altération cancéreuse :

«Chez une femme, atteinte d'un cancer utérin, on » trouva le canal thoracique beaucoup plus volumineux » que de coutume; il apparaissait comme un cordon d'un » blanc mat entre la veine azygos et l'aorte. Un liquide » puriforme remplissait sa cavité : de sa surface interne » s'élevait un grand nombre de petits corps d'un blanc » mat, irrégulièrement arrondis, ayant, terme moyen, le » volume d'un pois : ces petits corps se continuaient avec » le tissu des parois du canal; on l'eût pris pour des gan- » glions d'un petit volume chroniquement engorgés. Dans » l'intervalle de ces tumeurs, les parois du canal thoraci- » que étaient considérablement épaissies, et comme cet » épaississeraent n'était pas le même dans tous les points, » il en résultait à l'extérieur un aspect bosselé du canal :

(i) Précis danat. palfiol., t. II, p. ^ig. — Je ferai remarquer que, dans celte description, M. Andral ne parle nullement de matière encéphaloïde, mais seulement d'un liquide puriforme et de petits corps blancs d une nature indéterminée.

37 6 AiNATOMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

» partout où le canal était ainsi épaissi, ses parois présen- » taient un tissu d'im blanc mat, sillonné çà et là de » lignes rougeâtres, et ailleurs réduit en une pulpe d'un » gris rouge sale. En plusieurs points de la surface interne » du canal existait une vive rougeur. La veine sous-cla- » vière gauche dans lacpielle s'ouvrait librement le canal » thoracique, était distendue depuis son origine jusqu'à » la veine cave supérieure et à la veine brachiale par des » caillots sanguins dont les plus externes, remarquables » par leur densité, avaient contracté d'intimes adhérences » avec les parois de la veine dont la surface interne était » d'un rouge brun et rugueuse.

» Chez cette femme, un putrilage noir et fétide avait » remplacé le col utérin, et d'énormes masses cancéreuses » étaient développées dans le bassin, dans le mésentère et » sur toute la région lombaire de la colonne vertébrale » jusqu'aux racines du canal thoracique qui se perdaient w au milieu d'elles. »

Dans une observation présentée à la Société anatomique (1), la présence de la matière encéphaloïde dans le canal thoracique a été parfaitement constatée. Pendant la vie, le malade, âgé de quarante- trois ans, avait présenté une tumeur abdominale très considérable , immobile , exempte de toute pulsation, d'une nature indéterminée, et mourut en 1840 avec tous les symptômes d'une péritonite suraiguë dont l invasiou fut subite.

A l'ouverture, péritonite, tumeur abdominale divisée en deux portions. Tune pelvienne, l'autre abdominale, par un étranglement qui répondait au détroit supérieur du bassin. Cette tumeur était constituée par une masse encéphaloïde qui résultait de l'agglomération de lobes distincts, du volume d'une petite orange , réunis entre eux par un tissu cellulaire assez dense et dont chacun représente un

(i) Bulletin de la Société anntoniiqtie, xiii^ année, mars i838.

HUITIÈME CLASSE. KETfiÉClSSliMEMS KT OBLlTÉUATIONS. 377

{janglion lymphatique cancéreux : un loyer encéphaloïde s'était ouvert dans le péritoine, d'où la péritonite suraiguë et la mort.

Entre la veine cave rétrécie par un chapelet de ganglions lymphatiques cancéreux, et Taorte qui avait conservé son calibre et sa forme cylindrique, « on remarque » le canal thoracique qui est un peu dilaté : ses parois » sont opaques et légèrement épaissies : à son intérieur, « ce canal est rempli d'une matière liquide, blanchâtre, au w milieu de laquelle on trouve des grumeaux complètement » libres, d'une substance rosée, molle, de nature encépha- » loide. Ces grumeaux existaient surtout à l'oriSce des » rameaux d'origine du canal thoracique ; et au point » d'insertion des vaisseaux lymphatiques dans son inté- » rieur; en pressant sur les parties environnantes, on fait » sortir par ces orifices des grumeaux analogues. L'ouver- » ture du canal thoracitjue dans la veine sous-clavière » gauche est libre : sa valvule, très apparente, n'est nulle- » ment épaissie. Dans ce point existait encore un grumeau » encéphaloïde de la grosseur d'un pois, qui a passé dans » la veine sous-clavière par la plus légère pression. »

Cette observation ne doit pas être perdue pour la science. Elle démontre la possibilité de l'infection cancéreuse du sang par l'intermédiaire du système lymphatique. Cette infection peut se faire 1° dans l'épaisseur des ganglions lymphatiques cancéreux par le passage direct du suc cancéreux du réseau lymphatique ganglionnaire dans les veines ; 2° elle peut se faire plus directement encore par le passage du suc cancéreux du canal thoracique dans la veine sous-clavière.

Quant au mode de propagation du cancer des ganglions lombaires au canal thoracique , ne serait-il pas possible que les parois de ce canal , devenues adhérentes aux masses cancéreuses formées par ces ganglions, eussent été envahies par continuité de tissu par i'altéralion cancé

reuse, absolument comme nous l'avons vu pour les veines, et qu'une fois que la matière eucéphaloïde a eu pénétré dans la cavité du canal, le suc cancéreux ait pu, comme nous l'avons vu pour le pus, circuler dans les parties non altérées du canal thoracique jusqu'à la veine sousclavière.

C'est peut-être au tissu cancéreux qu'il faut rapporter le cas d'obstruction du canal tboracique par des produits fongueux dont parle sir Astley-Cooper (1). Le canal thoracique n'ayant pas pu être injecté sur un cadavre, on découvrit des fongosités implantées sur les parois du canal un demi-pouce au-dessus du réservoir de Pecquet.

III« GENRE

Rétrécissement et oblitération des vaisseanx et ganglions lymphatiques par lésion des parois.

L'inflammation, l'altération cancéreuse des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, voilà les seules lésions connues qui puissent intercepter la circulation dans cet appareil.

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