‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 2)Chapitre 29 sur 35 · II. hh · texte numérisé non relu

II. hh

690 ANATOMTE PATMOLOGiQUE GÉNÉRAtt.

une connexité entre l'apoplexie du cœur et Tanévrisme partiel. A l'appui de cette manière de voir, je mentionnerai : 1° Un cas de foyer sanguin du cœur situé en arrière du bord gauche de cet organe, lequel foyer sanguin envoyait des prolongements considérables entre les fibres charnues, de manière à imiter le bois de palissandre. Le tissu du ventricule gauche était d'une fragilité telle que le doigt s'y enfonçait avec la plus grande facilité,

2° Dans un autre cas, j'ai trouvé un kyste sanguin non ouvert dans l'épaisseur de la base de la cloison interventriculaire.

II» GENRE

Dilatations non circonscrites, ou anévrismes ordinaires du cœur.

Nous venons de voir que l'anévrisme partiel du cœur est constitué par deux éléments bien distincts : 1° la dilatation, 2° la transformation fibreuse des parois de la région dilatée. Dans l'anévrisme non circonscrit du cœur, ou anévrisme ordinaire, on ne trouve qu'un seul élément, la dilatation, sans aucune altération de structure proprement dite des parois de la cavité dilatée, si bien qu'il serait tout à fait impossible de distinguer un fragment de cœur qui a appartenu à un anévrisme d'un fragment de cœur ordinaire; d'où l'opinion de plusieurs anatorao-pathoiogistes, qui avaient proposé de rayer la dilatation non circonscrite du cœur du nombre des anévrismes. Mais je regarde cette manière de voir non comme un perfectionnement,, mais comme un faux point de vue; car la circonstance d'une dilatation, même peu considérable du cœur, dilatation qui serait presque insignifiante pour toute autre cavité, devie.nt ici la source des accidents les plus graves.

L'anévrisme non circonsciit peut occuper les quatre cavités du cœur à la fois, une cavité, deux cavités (le cœur droit ou le cœur gauche), et enfin une seule cavité. Il peut

y avoir en même temps anévrisme du cœur et anévrisme de la crosse de l'aorte. De toutes les cavités au cœur, celle qui est le plus fréquemment affectée de dilatation, c'est certainement le ventricule gauche.

Les anévrismes non circonscrits se divisent en deux espèces: l^'Lesanévrismesavecaugmentation d'épaisseur, ou hypertrophie des parois : ce sont les anévrismes actifs de Corvisart, que nous appellerons anévrismes hypertrophiques.l^he?, anévrismes avec amincissement ou atrophie des parois : ce sont les anévrismes passifs, que nous appelons anévrismes alrophiqiies.

On a encore admis une troisième espèce d'anévrisme du cœur sous le titre de dilatation simple. Mais qu'entendon par dilatation simple? Est-ce une dilatation dans laquelle les parois du cœur ont acquis une épaisseur proportionnelle à leur dilatation, ou bien une dilatation avec maintien pur et simple de leur épaisseur naturelle? Mais dans l'un et l'autre cas, il y a hypertrophie. Je ne connais pas d'exemple d'anévrisme hypertrophique du cœur dans le(iuel l'aujjraentation d'épaisseur des parois de cet organe ait dépassé la mesure de la dilatation; la règle c'est que l'hypertrophie soit au-dessous du niveau de la dilatation.

Il faut bien distinguer la dilatation morbide du cœur de sa dilatation mécanique par l'accumulation du sang dans les derniers temps de la vie, de même qu'il faut bien distinguer de l'hypertrophie du cœur proprement dite un cœur vide, resserré sur lui-même de manière à effacer sa cavité. Il n'y a anévrisme que dans le cas où la dilatation efit permanente, et telle que la systole ne puisse pas s'opérer complètement, et par conséquent vider complètement la cavité dilatée, d'où un trouble dans la circulation cardiaque.

On a dit que la dilatation ou distension mécanique des cavités du cœur se distinguait de la dilatation morbide en ce que, dans le premier cas, la cavité revenait sur ellemême lorsqu'on la vidait du sang qu'elle contenait, tandis

que la dilatation persistait dans Tanévrisme; mais sur le cadavre, un cœur mécaniquement dilaté ne revient pas plus sur lui-même qu'un cœur morbidement dilaté.

Pour avoir une idée un peu exacte du volume d un cœur dilaté, il faut Tétudier lorsqu'il est encore rempli de sang. Or, dans certains cas, la proportion eu volume et en poids du cœur dilaté est à un cœur qui est dans l'état normal comme 3 est à 1 , et même davantage.

Mais comment déterminer rigoureusement la dilatation du cœur? on ne le peut qu'à la faveur d'une injection poussée avec une force moyenne, qui mette en relief sans le forcer tout le développement dont il est susceptible, l'injection moyenne plaçant d'ailleurs les cœurs dans des conditions identiques. J'avais commencé un travail à ce sujet qu'il ne m'a pas été donné de poursuivre. Une injection de suif m'a paru très convenable pour cet objet: le cœur ainsi injecté (et je conseille de le faire le cœur étant en place) représente le volume du cœur à son maxinjum de développement, tel qu'il serait si toutes ses cavités se trouvaient âimultonéruent dans la période de diastolei îl conviendra de faire précéder ou suivre cette injection d'une insufflation des poumons par la trachée. Lorsque le Buif egt coagulé, on détache le cœur : c'est alors qu'on peut appi^écier la place énorme qu'occupe le cœur dilaté dons lu poitrine, et la manière dont il est logé entre les deux poumons quise moulent exactement sur lui ; et, à la vue de l'excavation aussi profonde que large, creusée pour ainsi dire par le cœur aux dépens du poumon, excavation dont la mensuration donnerait exactement le volume du cœur> on n'est plus surpris de l'influence mécanique exercée sur les organes principaux de la respiration par la présence d'un cœur anévrismatique. J'ai vu des cas dans lesquels le cœur remplissait la moitié au moins de la capacité du thorax.

Non seulement le cœur dilaté empiète sur les poumons dont il diminue considérablement le volume; mais il cm-

piète encore sur la région épigastrique en refoulant en bas le diaphragme. Enfin il soulève le sternum et ceux des cartilages et des côtes gauches avec lesquels il est en rapport. Ce soulèvement plus ou moins circonscrit des cartilages et des côtes gauches donne à la poitrine un aspect bombé extrêmement remarquable au niveau de la région du cœur. Il y a lieu de croire que cette déformation n'a lieu que lorsque le développement du cœur dépasse une certaine mesure.

On peut apprécier le volume du cœur injecté de la manière indiquée plus haut : 1° par la quantité d'eau qu'il déplace, et par sa mensuration à l'extérieur; 2° par le poids proportionnel des fragments de suif solidifié retirés des quatre cavités du cœur et par la détermination de leurs diverses dimensions; 3° par la mensuration directe des quatre cavités vides et de leurs orifices (l).

Les anévrismes hypertrophiques, de même que les anévrismes atrophiques, se divisent en primitifs et en consécutifs. Les anévrismes primitifs sont ceux dans lesquels les orifices du cœur sont li)3res;les anévrismes consécutifs sont ceux qui reconnaissent pour cause un rétrécissement des orifices.

Les anévrismes consécutifs au rétrécissement des orifices sont incomparablement plus fréquents que les anévrismes primitifs ou sans rétrécissement: car, ainsi que nous l'avons vu (voyez Classe des rétrécissements) , la dilatation d'une cavité est la conséquence nécessaire du rétrécissement de l'orifice par lequel cette cavité doit se débarrasser du liquide qu'elle contient; les rétrécissements et les dilatations ont donc entre eux la connexion la plus intime. Cela posé, nous allons étudier successivement les

(i) N'oublions pas (Jans celle apjjreLialioii les vaiiétesiiKlivieluelles: la manière donl se fait l'agonie influe aussi beaucoup sur la capacité' des cavités du C(jeur.

69 Zl ANATOiMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

caractères anatoiiiiques de l'anévrisme hypertiophique et ceux de l'anévrisme atrophique.

l" ESPÈCE. Caractères anatociiques de l'anévrisme hypertropLique du cœur.

Comme son nom l'indique, l'anévrisme hypertrophique est caractérisé par la réunion de deux éléments morbides: lo la dilatation; 2° l'hypertrophie. De ces deux éléments, celui qui domine comme lésion , c'est la dilatation; aussi a-l-on lieu de s'étonner que dans ces derniers temps, subordonnant la dilatation à l'hypertrophie, plusieurs auteurs des plus recommandables caractérisent sous le nom d'hypertrophiés des coeurs activement dilatés, décrivent l'anévrisme hypertrophique à l'occasion de l'hypertrophie, et réservent le nom d'anévrisme proprement dit à la dilatation atrophique (anévrisme passif de Corvisart) (1).

C'est le ventricule gauche qui est le siéye le plus ordinaire de l'anévrisme hypertrophique ; c'est là qu'on l'observe à son maximum de développement, et l'indépendance des deux ventricules est telle qu'on voit souvent l'anévrisme actif du ventricule gauche coïncider avec l'atrophie du ventricule droit.

1° Anévrisme hypertrophique du ventricule gauche. Or le ventricule gauche hypertrophiquement dilaté se présente sous deux formes : 1° sous forme oblongue ou ovoïde, lorsque prédomine le diamètre vertical; 2° sous forme sphéroïdale, lorsqu'il y a prédominance des diamètres antéro-postérieur et transverse sur le diamètre vertical, ou plutôt lorsque tous ces diamètres sont à peu près égaux.

Le ventricule gauche dilaté et hypertrophié imprime sa forme au cœur tout entier, lors même que les cavités

^i) Je per)se donc que la de'nomination d^hjpertrop/iie anévrismale ou excentrique dont se servent plusieurs auteurs, avec M. Bouillaud, est moins exacte et moins rif[Oureuse que celle à' anévrisme Itypertrophique, qui fixe l'allention sur le phénomène dominant, la dilatation,

droites purlicipenl à la dilatation, à plus forte raison lorsque le ventricule droit est resté à l'état normal; dans ce dernier cas, le ventricule droit semble atrophié et comme creusé dans l'épaisseur de la paroi droite du ventricule gauche. On ne peut mieux comparer Tétat du cœur qu'aux bourses d'un individu affecté d'hydrocèle, dont le testicule sain représenterait le ventricule droit (1).

Ainsi, dans le cas d'anévrisme ovoïde ou obiong du venlricule gauche, la pointe et même quelquefois le quart inférieur du cœur sont exclusivement constitués par le ventricule gauche, et le sommet du ventricule droit finit comme en mourant à une distance plus ou moins considérable du sommet du cœur proprement dit. Dans l'anévrisme hypertrophique sphéroïdal du ventricule gauche coïncidant avec l'atrophie du ventricule droit, dont on trouve un type très remarquable, XVIP livr., pi. U, on voit le ventricule droit, dont le sommet n'atteint pas la pointe du cœur, se mouler sur le globe représenté par le ventricule gauche : le ventricule droit semble même se contourner autour du ventricule gauche, disposition qui tient, d'une part, à la convexité de la cloison interventriculaire du côté du ventricule droit, et, d'une autre part, à l'allongement de la portion de ce ventricule qui constitue l'infundibulura.

Ces faits établissent l'indépendance pathologique du cœur gauche et du cœur droit, indépendance consacrée d'ailleurs par l'anatomie normale, qui démontre (2) la sé^ paration facile du cœur gauche et du cœur droit, après la section préalable des fibres superficielles ou communes aux deux ventricules. Ils prouvent également que la cloison interventriculaire appartient essentiellement au ventricule gauche; car le développement de cette cloison est

(i) La comparaison est plus exacte encore qu'il ne le semblerait au premier abord , car la tumeur formée par l'hydrocèle affecte tantôt la forme ovoïde et tantôt la forme sphe'roïdale.

(2) Voyez Anatomie descriptive, 3* édit., t. III.

toujours en raison directe du développement de ce ventricule.

Lorsque les deux ventricules participent à la dilatation et à l'hypertrophie, le ventricule gauche m'a paru former constamment les deux tiers au moins du volume de la portion ventriculaire du cœur.

Voici d'ailleurs quelques détails circonstanciés sur la dilatation hypertrophique du ventricule gauche. Ce ventiicule est toujours très régulièrement dilaté dans les proportions qu'il présente dans l'état normal. Ainsi l'épaisseur de ses parois va en diminuant progressivement de la base à la pointe , qui ne participe que faiblement à l'hypertrophie, qui même souvent n'y participe pas du tout. Si, dans le cas de dilatation sphéroidale du ventricule gauche, nous divisons la cavité de ce ventricule en deux parties, l'une auriculaire, l'autre aortique, c'est aux dépens de la portion aortique, c'est-à-dire de celle qui avoisine la cloison du ventricule, qu'a lieu surtout le développement de cette cavité. Dans un grand nombre de cas, il m'a paru que la portion auriculaire de ce ventricule, celle qui avoisine le bord gauche, n'avait participé que faiblement à la dilatation. Aussi tandis que l'orifice aortique était élargi, ses valvules sigmoïdes agrandies ou insuffisantes, le diamètre de l'orifice auriculoventriculaire ne dépassant pas l'état normal, les valvules mitrales n'étaient nullement développées, et les deux grosses colonnes charnues, ou piliers du ventricule gauche, déjetées du côté du bord gauche, avaient à peine leur volume normal.

Du reste, dans l'anévrisme sphéroïdal du ventricule gauche, les colonnes charnues des trois espèces du ventricule gauche ne participent pas toujours à l'hypertrophie; je dois même dire qu'elles m'ont paru quelquefois amoindries, moins distinctes et quelquefois même en partie effacées et comme flétries : il semble que l'hypertrophie occupe essentiellement la partie non aréolaire ou compacte

DIXlÈMIi (JIASSi:. DES UILA lA TIOINS. 697

des parois du cœur, et, sous ce point de vue, rexpression d'hypertrophie excentrique de M. Bouillaud (1), est parfaitement juste. La dilatation de l'aorte avec altération crétacée des tuniques artérielles coïncide souvent avec la dilatation hypertrophique du ventricule gauche.

2° ^névrisme hypertrophique du ventricule droit. Cet anévrisme diffère à beaucoup d'égards des précédents : jamais il n'affecte la forme ovoïde ou sphéroïdale ; la cloison interventriculaire proémine toujours plus ou moins dans sa cavité; en outre, l'infundibulum acquiert quelquefois un développement tel qu'on a pu le considérer comme un troisième ventricule. Une autre différence non moins remarquable, c'est que, dans ce ventricule, l'hypertrophie porte spécialement sur les colonnes charnues, ce qui n'étonnera pas, si l'on considère combien est plus grande la part que prennent ces colonnes à la formation du ventricule droit qu'à celle du ventricule gauche. Le réseau aréolaire qui occupe le voisinage du sommet du cœur, et qui se compose de colonnes charnues adhérentes seulement par leurs extrémités , est surtout reraarquab!ementdéveloppé,etcellesdecescolonnesquisont adhérentes dans toute leur longueur, à la manière de pilastres, font dans le cœur un relief bien plus considérable.

L'observation suivante que j'ai recueillie en 185G, à l'hôpital de la Salpétrière, me paraît un type clinique et anatomo-pathologique de l'anévrisme liypertiophique du ventricule droit; anévrisme qui s'accompagnait, dans ce cas, d'une dilatation avec altération par plaques de l'artère pulmonaire et de ses divisions , de même que l'anévrisme hypertrophique sans rétrécissement aortique du ventricule gauche s'accompagne de la dilatation avec altération crétacée de l'aorte.

Observation. Femme Vernay, cinquante-six ans, infir-

(i) Traité clinique des maladies du cœur., Pari<, iS^'j '• II, p. 4^4*

mière dans le service des loges des femmes aliénées, entre à Finfirmerie ( salle Saint-Antoine, n» 8 ) , le 17 décembre 18 3 6, avec une cyanose aussi prononcée que possible, accompagnée d'une infiltration générale. La face est généralement violacée ou plutôt d'un bleu violet ; les régions labiale, nasale et frontale sont particulièrement foncées en couleur. Le moindre mouvement, soit pour se mettre sur son séant, soit pour se retourner dans son lit, amène des étourdissements, des éblouisiements, une demi-perte de connaissance, une crise de suffocation avec augmentation considérable dans l'intensité de la cyanose : on dirait que la malade va rendre le dernier soupir; et quand elle conservé assez de connaissance pour se rendre compte de ses sensations, elle reste immobile, et secoue la tête comme pour retrouver ses idées. Un jour, voulant explorer à fond la région postérieuj e des poumons, je fais mettre la malade sur son séant et je lui fais incliner la tête en avant; tout à coup je m'aperçois que le murmure respiratoire a cessé: je relève aussitôt la malade. Il en était temps, car je la crus morte : sa face était livide, sans expression; ses membres flasques comme ceux d un cadavre. Il me fallut près d'une demi-minute de stimulation de toute espèce pour lui faire retrouver la lespiration et la connaissance.

Dans les intervalles de ses crises, si la malade reste immobile, dans une bonne attitude, elle cause volontiers et longuement, elle est même gaie, mais elle est obligée de comprimer le rire, qui jéveille la sulfocation: elle s'assoupit souvent, mais elle est réveillée par un étourdissement: elle sent, dit-elle, une bouffée de chaleur lui monter à la tête; puis elle étouffe, tout son corps se couvre d'une sueur froide; elle s'accroche alors à la corde de son lit ou à sa couverture, jusqu'à ce que la crise d'étourdissement et de suffocation soit dissipée.

Le pouls est petit, intermittent.

Etat du cœur. Lu percussion donne un son mat dans une

DIXIÈME CLASSE. DKS DILATATIOINS. 699

grande étendue. L'auscultation montre un défaut complet d'impulsion ; les battements sont extrêmement faibles : on dirait d'un léger bruit de marteau de forge dans le lointain , bruit qu'on entendait en avant derrière le sternum , et en arrière dans toute la hauteur de la moitié gauche du thorax. Sans ce léger bruit de forge, qui n'était d'ailleurs accompagné d'aucune impulsion, jamais cru à un épanchement dans le péricarde.

Il était aisé de prévoir que cette malade mourrait suffoquée d'un moment à l'autre; c'est, en effet, ce qui est arrivé dans la nuit du 28 au 29 décembre. Comme commémoratifs, la malade faisait remonter à trois ans le début de cette maladie, qu'elle rapportait à une violence extéiieure, une folle l'ayant renversée et foulée aux pieds. A l'ouverture, cœur énorme; le système artériel et le système veineux de toutes les parties du corps sont gorgés de sang.

Épanchement séreux dans la cavité gauche du thorax; le volume du poumon correspondant avait diminué en proportion, c'est-à-dire d'un bon tiers. L'épanchement dans la cavité gauche avait été empêché par des adhérences intimes de toute la surface des poumons aux côtes et au diaphragme. L'adhérence de la base des poumons au diaphragme, et de celui-ci au foie , est presque indestructible : elle est constituée par une couche épaisse de tissu fibreux , trace d'une ancienne pleurésie. Ce poumon, qui était rapetissé au moins d'un bon tiers par le retrait qu'il avait subi, était œdémateux.

Le foie était peu volumineux, quoique gorgé de sang ; la veine porte et ses divisions m'ont présenté une sorte d hypertrophie ou d'épaississement des parois.

Dilatation énorme de l'artère pulmonaire et de ses divisions ; taches blanches disséminées dans toute l'étendue de l'arbre artériel pulmonaire.

Cœur. L'augmentation du volume du cœur venait du

7 00 ANATOxMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

ventricule droit, qui présentait un anévrisme hypertrophique des plus considérables en rapport avec la dilatation de l'artère pulmonaire. Cette énorme dilatation du ventricule droit et de Tartère pulmonaire contrastait avec le ventricule gauche et Taorte qui étaient dans Tétat naturel; les parois du ventricule droit étaient beaucoup plus denses et beaucoup plus élastiques que celles du ventricule gauche.

La dilatation du ventricule droit faisait parfaitement ressortir la division de sa base en deux parties bien distinctes , Tune pulmonaire, l'autre auriculaire.

L'hypertrophie de ce ventricule droit avait surtout son siège dans les colonnes charnues, qui étaient , indépendamment de leur augmentation de volume, rouges, denses, élastiques. Les colonnes de la partie du ventricule droit qui avoisiue la pointe, comme aussi tout l'appareil des colonnes charnues du cœur qui tapissent le ventricule, constituaient «les aréoles extrêmement remarquables : il était aisé de comprendre que sans cette disposition aréolaire qui brise la colonne de sang, les parois des ventricules, et surtout la pointe du cœur, pourraient difficilement résister au choc du sang.

Les colonnes charnues de l'oreillette droite participaient au développement de celles du ventricule droit.

La valvule mitrale, surtout la valve qui fait cloison dans le ventricule gauche, était racornie, épaissie, recroquevillée de manière à présenter une convexité du côté de l'axe du cœur, et une concavité du côté opposé; à cette valve aboutissaient les cordages tendineux réunis en groupes et adhérents les uns aux autres.

Z" Anévrisme hypertrophiqiie des oreillettes. Il se manifeste par un épaississement notable avec augmentation de densité , et coloration plus foncée delà fibre musculaire. La partie aiéolaire ou auriculaire proprement dite de ces oreillettes est aussi plus développée. La membrane interne de roreilielte participe également à cette hypertro-

phie; elle est blanchâtre, opaque : elle a ac(|uis une assez grande épaisseur pour pouvoir être disséquée, et j'ai pu constamment la diviser en deux lames dont Pinterne paraissait être constituée par la membrane interne, et Texterne par le tissu cellulaire sabjacent devenu fibreux. Il n'est pas rare de rencontrer dans ce cas des concrétions sanguines très cohérentes dans les au ri cul es.

h" Ânévrisme hypertropliiquesîmuUanédes quatre cavilésdu cœur.Xjn type remarquable a été représenté, XXXIX'livr., pi. 6,fig. 1 et 2. Cet anévrisme, avec absence complète de rétrécissement desorifices, coïncidait avec une péiicardiie adhésive celluleuse très serrée. Dans ce cas, il y avait dilatation hypertrophique régulière et proportionnelle des quatre cavités du cœur; mais, comme toujours, prédominance du ventricule gauche, en tant que dilatation et en tant qu'hypertrophie.

Une coupe du cœur faite perpendiculairement à laxg des ventricules permet d'apprécier la capacité relative et nbsolue de ces ventricules, dontles parois très fermes peu. vent se maintenir écartées par le .seul fait de leur densité et de leur élasticité. La portion ventriculairo du cœur présente la forme sphéroïdale ; le cœur, en se dilatant, n'a rien perdu de son épaisseur; il est, au contraire, considé" rablement hypc.trophié, surtout au ventricule gauche, L'hypertrophie du ventricule dioit a porté en grande partie sur les colonnes charnues. L'infundibulum est très développé. Les oreillettes présentent un développement proportionnel h celui des ventricules. Dans ce cas, le développement du ventricule gauche avait porté sur la portion auriculaire aussi bien que sur la portion aortique; les oiifices aortique et auriculo-ventriculaire gauche étaient énormément dilatés et leurs valvules développées d'une manière proportionnelle. Enfin, les artères coronaires , de même que la grande veine cardiaque, m'ont paru plus

volumineuses que de coutume, et en rapport avec l'augmentation de poids et de densité du cœur.

2* ESPÈCE. Caractères analomiques de l'anévrisme atropliique.

C'est à l'anévrisme atrophique, c'est-à-dire avec amincissement des parois, que devrait s'appliquer exclusivement la dénomination d'anévrisme du cœur, suivant des auteurs recommandables dont je ne partage pas la manière de voir (1).

Je ne puis exprimer d'une manière plus saisissante et plus vraie le caractère de l'anévrisme atrophique du cœur que par les paroles du médecin qui a eu le premier l'occasion d'observer un cas de ce genre, de Senac, qui exprime sa surprise en ces termes : « Ce qui est surpre- » nant, c'est que les parois du cœur peuvent s'exténuer » et maigrir lorsque son volume devient fort gros. J'ai dit » que ce lait est singulier, parce (jue dans des cas sembla- » blés les parois du cœur deviennent ordinairement fort » épaisses (2). » Il est certain que les anévrismes atrophiques sont infiniment plus rares que les anévrismes hypertrophiques, et que c'est à Corvisart, ainsi que je l'ai dit, qu'on doit cette importante distinction. Dans l'anévrisme passif du cœur, dit Corvisart (3), cet organe se distend de la même manière que la vessie dans un cas de rétention d'urine. Ainsi l'anévrisme atropliique est, comme son nom l'indique, composé de deux éléments: 1° de la dila-

(i) Il Ce c|ue nous appelons anévrisme proprement dit (dit M. le pro- » fessenr Requin, Pathol. médic.^ t. II, p. 75^), c'est y anévrisme passif tie « Corvisart, c'est ce que M. Bouillaud nomme atrophie excentrique du » cœur, c'est ce que je proposerais de nommer atrophie anévrismalicjue, » par opposition à l'atrophie cardiaque avec rapetissement. » Mais, je le répète, la dilatation, voilà ce qui constitue essentiellement l'anévrisme : l'hypertropliie et l'atrophie ne sont que des manières d'être, des variétés.

(3) Traité de la structure du cœur et de ses maladies, Paris, fSS.

(3) Essai sur les maladies du cœur, p. gS.

tation des cavités, 2° de l'atrophie des parois. Or, en opposition avec le tissu du cœur hypertroj)hié et dilaté, le tissu musculaire du cœur atrophié et dilaté est mou, flasque; sa coloration est moins foncée; je ne puis rapporter qu'à une imbibitiou cadavérique la couleur violacée des parois du ventricule gauche, et leur ramollissement, tel qu'on peut les écraser entre les doif^ts (1), indiqués par Laënnec.

Suivant Laënnec, l'amincissement peut être porté au point que la partie la plus épaisse des parois du ventricule gauche n'ait que deux lignes d'épaisseur, et que sa pointe offre à peine l'épaisseur d'une demi-ligne. D'après le même auteur, la pointe du ventricule droit présente quelquefois un amincissement plus grand encore : car elle semble seulement formée par un peu de graisse, par la membrane interne et par le feuillet séreux du péricanle.

La distension du cœur dilaté peut-elle être portée jusqu'à la rupture? Corvisart admet la possibilité de cette rupture, de même c[ue celle de la vessie distendue par l'urine; mais il n'en cite aucun exemple. J'ai vu au moins vingt cas de rupture spontanée du cœur; dans aucun de ces cas la rupture n'avait été la conséquence d'un amincissement atrophique. Laënnec fonde la possibilité de cette rupture sur le ramollissement du tissu du cœur, mais il avoue lui-même n'avoir jamais observé de rupture dans ce cas.

Les cœurs les plus volumineux et les plus lourds que j'aie vus avant qu'ils eussent été vidés du sang qu'ils contiennent toujours en abondance ou après une injection artificielle, sont certainement les cœurs anévrismatiques avec amincissement des parois; les cœurs les plus volumineux et les plus lourds apiès incision faite des cavités sont, sans contredit, les cœurs hypertrophiqueraent dilatés.

Les anévrismes des quatre cavités du cœur sont j)lus

(l) Traité de l'auscultation médiate, t. II, p. 5o5.

7 Où ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

souvent atropliiqiies qii'hypei tropliiques ; les anévrismes d'une, de deux et de trois cavités, sont plus souvent hypertrophiques qu atiophiques.

Tandis que les cœurs liypertropliiquenient dilatés se développent presque indiflereniment en hauteur ou dans les diamètres horizontaux, les cœurs atrophiquement dilatés se développent toujours beaucoup plus en largeur qu'en hauteur, qu'en épaisseur; ils n'affectent donc jamais la forme ovoïde ou conoïde, ni même la forme sphéroïdale, mais bien celle d'une besace ou gibecière.

La flaccidité des parois du cœur atrophiquement dilaté est telle que les parois extéimées, amaigries, de cet organe, s'affaissent sur elles-mêmes comme une vessie, et qu'on partage la surprise de Senac en voyant cette exténuation, cet amaigrissement coïncider avec un volume énorme du cœur. J'ai vu des cœurs en besace remphr au moins la moitié de la poitrine.

C'est surtout dans Tanévrisme atrophlque des quatre cavités du cœur que l'expérience de l'insufflation des poumons, le cœur étant en place et distendu par le sang on par un liquide artificiellement injecté, donne un résultat prodigieux» On ne peut se faire une idée, eans l'avoir vue, de l'énorme excavation creusée par le cœur aux dépens des poumons, véritables oreillers- du cœur qui s'affaissent sous le cœur qui les presse à la fois de dedans en dehors et d'avant en arrière, comme l'oreiller de duvet sous la tête d'une personne couchée. On ne se fait pas une idée de la partqueprennentles oreillettes, quelquefoissi énormément dilatées, à cette excavation. Les poumons, surtout le gauche, sont refoulés de côté par les ventricules, pendant que les oreillettes refoulent et dépriment la face interne des poumons. Le diaphragme est abaissé ; la dépression cardiaque du foie, qui existe constamment dans l'état normal (1),

(l) Vo'^ei Àiiatotnie descriptive, t. III.

devient extrêmement prononcée, et le lobe gauche du foie diminue quelquefois notablement de volume par suite de la compression qu'il subit. La face antérieure du cœur enveloppé de son péricarde est immédiatement appliquée contre la face postérieure du sternum; si bien qu'il faut en être prévenu pour ne pas entamer le cœur lorsqu'on enlève cet os : à gauche du sternum , non seulement le cœur répond directement aux cartilages costaux et même un peu à la portion osseuse des 3*, 4*, 5* et 6^ côtes , mais la base du poumon gauche est déformée, singulièrement rétrécie et refoulée en arrière.

Ne soyons donc pas étonnés si la percussion démontre une matité si étendue au niveau du cœur, matité qui déborde un peu le sternum à droite, occupe le sternum et la moitié inférieure de la région antérieure et gauche du thorax, jusque sous le creux de l'aisselle. Cette matité est circonscrite par un triangle rectangle dont le bord vertical occupe le bord droit du sternum , le bord horizontal est étendu de la partie moyenne de l'appendice xiphoïde sous l'aisselle, et la base est obliquement dirigée en bas et à gauche, depuis l'articulation de la première avec la deuxième pièce du sternum, jusqu'au-dessous et au niveau du creux de l'aisselle.

Telle est l'étendue de la matité, dans ce cas, que, lorsqu'on percute un thorax dans ces conditions , on croit presque toujours au premier abord avoir affaire à une hydro-péricarde : l'auscultation elle-même (à moins de bruit de frottement par le rétrécissement de quelque orifice) ne suffit pas toujours pour redresser cette erreur, tant les bruits du cœur sont faibles, tant l'impulsion est peu considérable (1).

(i) Ainsi, dans une observation de mon Anatomie pathologique avec planches, XXXIX' livr. explication de la pi. 6, p. 8 , on lira un cas de dilatation générale du cœur sans rétrécissement des orifices que je pria pour une hydro-péricardite. .^y't^kX I /Pd*^

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