‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 2)Chapitre 4 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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et lie demandant à l'animal porteur que le lieu, la chaleur et des produits exhalés quelles ont le pouvoir de s'assimiler. Un autre caractère non moins important, c'est que tous les entozoaires vésiculeux sont dépourvus des organes de la reproduction. Cette définition, qui comprend les acéphalocystes de Laënnec, me paraît préférable, parce qu'elle est plus générale, à celle-ci : Corps vésiculeux au moins postérieurement, terminé par une tête munie de quatre suçoirs avec ou sans crochets (Lamarck).

Les hydatides ou entozoaires vésiculaires comprennent trois espèces , le cysticerque , \ échinocoque et le cœnure (1) ou hydatide polycéphale. Les deux premiers seuls sont propres à l'espèce humaine ; à l'échinocoque se rattachent les acéphalocystes de haënnec qui ont acquis une si grande importance en pathologie (2).

l'* ESPÈCE. Cysticerque { cysticercus , Zeder).

La variété de cysticerque propre à l'homme est celle qui a été décrite par Rudolphi, sous le titre de cysticercus cellulosœ, cysticerque du tissu cellulaire.

Yoïcïsacaracténsûque: Hydatideouhelminthe vésiculaire généralement contenu dans un kyste celluleux ( kyste ad-

(i) Le cœnure est l'entozoaire qui occasionne chez le mouton la maladie appelée le tournis. Il esl constitué par une grande vésicule de la grosseur d'un œuf de pigeon ou de poule sur laquelle sont greffés plusieurs petits helminthes rélractiles terminés par une tête de ténia.

(2) Dans mon premier ouwvaQe [Essai sur l'anatomie pathologique, t. I, p. 225, 181G) , j'avais décrit les entozoaires vésiculaires à l'occasion des productions enkystées, sous le titre de kystes hydatiques, parce qu'en effet le plus souvent les hydatides sont enkystées ; mais, outre qu'il existe quelques exemples d'hydatides akystiques, j'ai pensé que dans une bonne classification des lésions morbides, il convenait de prendre pour base la circonstance fondamentale de la lésion, et non des choses accessoires; or ici la lésion fondamentale, c'est l'entozoaire; la lésion accessoire, c'est le kyste, qui par conséquent doit être rejeté sur un second plan. Au reste, je reviendrai sur les kystes qui se produisent autour des hydatides à l'occasion des kystes qui se développent autour des corps étrangers. (Voy. la Classe des métamorphoses et productions organiques.)

SEPTIÈME CLASSE. DES COUPS ÉTltANGERS. 8S

\exii\ï), formé par un corps de ténia entouré d'une double couronne de crochets; point d'organes génitaux; point d'organes digestifs distincts (1). Entrons dans quelques développements.

Le kyste adventif est toujours celluleux, mince, transparent et exactement moulé sans adhérence sur l'hydatide, dont il représente la forme et le volume, qui sont assez exactement la forme et le volume d'une noisette ou d'un gland de chêne comprimé. Chaque cysticerque a son kyste propre. La planche de Bremser est frappante d'exactitude : elle représente dans une première figure le kyste hydatique dans l'épaisseur d'un muscle ; dans une autre hgure , l'helminthe dégagé de sa capsule ou kyste adventif.

Dans tous les cas de cysticerques morts que j'ai observés, la tête, le col et le corps étaient rétractés dans l'intérieur de la vésicule et apparaissaient sous l'aspect d'une grosse tache blanche dont l'opacité contrastait avec la transparence du reste de la vésicule. En soumettant cette vésicule à une double pression latérale entre deux lames de verre, on provoque ordinairement la sortie des parties iiiyaginées, c'est-à-dire de la tête et du corps de l'helminthe, et la vésicule a recouvré toute sa transparence. On distingue donc dans le cysticerque une vessie caudale et %in corps. La vessie caudale est en général sphéroïdale, quelquefois aplatie, ellipsoïde ou conoïde, plus ou moins volumineuse, remplie de sérosité parfaitement limpide : le corps a de 2 à 10 millimètres de long, et se présente sous l'aspect d'anneaux superposés comme le ténia. Aussi le

(i) D'après une opinion plus ingénieuse que vraie de MM. Miescher et. Dujardin, qui ont les premiers constaté l'absence complète des organes de la reproduction dans tous les entozoaires enkystés, les cysticerques ne seraient autre chose que des ténias arrêtés dans leur développement, à raison de leur siège dans l'épaisseur du tissu cellulaire, et qui doivent périr à l'état d'emhryons hypertrophiés.

84 ANATOMIE PATHOLOGIQUK GÉNÉRALE.

cysticerque avait-il été rangé parmi les ténias (1) jusqu'à Cuvier, Lamarck et Bosc, qui les en ont séparés. La tête tétragone présente une éminence conoïde, garnie d'une double rangée de crochets alternes ; sur les côtés de la tcte sont quatre suçoirs ; col court; corps conoïde, dont la base se continue avec la vessie caudale. On n'a découvert jusqu'à présent dans le cysticerque, ni organes digestifs, ni organes générateurs. On ne connaît rien de positif sur les suçoirs : sont-ils creusés d'ouvertures? sont-ils solides? Sur un cysticerque qui provenait d'un cerveau humain que j'ai examiné au microscope avec M. Lebert, il m'a été impossible de décider cette question. M. Lebert croit qu'ils sont creux. Mougeot a vainement injecté du mercure dans la vessie caudale, il n'a jamais pu le faire parvenir dans le corps. La même ignorance existe sur les fonctions du cysticerque ; les seules bien démontrées sont la sensibilité et la contractilité. Le cysticerque vivant, plongé dans l'eau tiède, présente un mouvement unique : c'est la rétraction du corps et de la tête dans l'intérieur de la vessie caudale , et la sortie de ce corps et de cette tête hors de la vessie par un mécanisme qu'on j)eut comparer, avec Bremser , au mouvement d'un doigt de gant, c'est-à-dire au mécanisme de l'invaginatioti (2).

Du reste, le siège le plus commun du cysticerque chez

(i) D'où les noms de tœnîa hydatlgena , tœnîa celluloses^ viuscularis f tœnia finna ^ tœnia albo-puiictata , qui leur ont été imposés par divers naturalistes.

(2) Voici des de'lails fort intéressants donnés sur le cysticerque par MM. Follin et Cli. lîobin (//ùf. 72at. mécL de M. A. Richard, 1. 1, p. 901, 1849^ : " Lorsque le corps du cysticerque est rentré d.ins la vessie caudale, sur l'un des points de face externe de celte vessie, on voit un petit orifice rond , dilatable , par lequel l'animal vivant fait sortir sa tête. A la face interne de la vessie caudale, laquelle est remplie de se'rosité claire, au pourtour de l'orifice signalé plus haut, estinsérée en continuité de tissu une vésicule sphérique du volume d'un pois qui plonye dans la

SEPTIÈMK CLASSE. DES CORPS ÉTllANGEUS. 85

l'homme, ce sont le tissu musculaire et le centre nerveux céphalo-rachidien. Il s'en faut bien d'ailleuis que les cysticerques soient aussi fréquents et aussi multipliés chez riiomme que chez certains animaux , chez le cochon domestique, par exemple, qui présente cette production morbide à son maximum de développement, et chez lequel elle constitue la maladie connue sous le nom de ladrerie. Ainsi chez cet animal, on rencontre le cysticerque celluleux par milliers dans les interstices celluleux de tous les muscles, dans l'épaisseur des muscles de la vie de relation aussi bien que des muscles de la vie organique, dans l'épaisseur du cœur, entre les colonnes charnues de cet organe, entre les deux feuillets des valvules semi-lunaires de l'aorte, dans l'épaisseur de l'œsophage, de la langue, des muscles de l'œil, autour des nerfs optiques, à la surface et dans l'épaisseur du cerveau, sous la pie-mère et dans l'épaisseur des circonvolutions cérébrales. Le cysticerque du porc appartient d'ailleurs à la même espèce que le cysticerque de l'homme ; il en est de même du cysticerque du lapin : on peut chez cet animal

sérosité de la vessie caudale et qui a la même structure qu'elle. Au fond de cette petite vésicule, à sa face interne , dans le point opposé à l'orifice, est inséré, aussi en continuité de tissu, le corps proprement dit de l'animal par un pédicule étroit et plissé. Ce corps se compose du pédicule, d'un renflement creu.\ régulièrement plissé en travers dans lequel se replient par invagination le col et la tète de l'animal. Le col est plus étroit que le corps, moins régulièrement plissé. La tête est plus grosse que le col, plus petite que le corps. Elle porte quatre ventouses non perforées , placées sur ses côtés. Au-devant d'elles, dans l'axe du corjis, se trouve une petite trompe saillante, rétractile , imperforée, entourée d'une double couronne de trente-deux crochets, seize grands et seize petits, alternant entre eux. Le corps ne renferme ni organes digestifs ni organes générateurs. La vessie caudale est formée par une substance homogène finement granuleuse, d'aspect caractéristique sous le microscope. La structure des parois du corps est la même que celle des kystes, seulement elle présente de petites cellules particulières incrustées de phosphate de chaux. »

produire à volonté des cysticerques en le nourrissant pendant un certain temps dans un lieu bas et humide. C'est même le moyen dont je me suis servi pour observer des cysticerques vivants. En ouvrant l'abdomen d'un lapin placé dans ces conditions, on verra appendues à divers points de Tépiploon des vésicules transparentes à leur circonférence , blanches, opalines à leur centre dans le point qui répond à la tête et au corps rétractés. Ces vésicules ne sont autre chose que le cysticerque enveloppé par un kyste séreux.

Existe-t-il des cysticerques akystiques, c'est-à-dire des cysticerques libres, sans kyste, soit dans l'épaisseur des organes , soit dans les cavités séreuses. Bremser dit avoir vu plusieurs cysticerques akystiques dans la cavité thoracique des campagnols. Fischer , qui a le premier signalé le cysticerque (qu'il appelle tœnia hydatigena) dans le plexus choroïde de l'homme, assure que, dans un cas où il trouva vingt-trois cysticerques dans le plexus choroïde, aucun de ces entozoaires n'était entouré par un kyste propre. Ce que je puis assurer, c'est que dans l'immense majorité des cas, chaque cysticerque a son kyste adventif ; car le cysticerque est toujours solitaire, et il n'existe pas dans la science un seul exemple de cysticerques multiples contenus dans le même kyste (1). Cependant j'ai rencontré plusieurs fois dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien des cysticerques complètement libres, et j'ai dû être d'autant plus sévère dans cette observation, que j'avais jusque-là professé que le kyste adveniif des entozoaires était intimement lié à leurexistence.Les faits qui établissent la présence d'un cysticerque dans la chambre antérieure de l'œil humain (2)

(1) D'où la distinction des entozoaires vésiculeux en entozoaires solitaires , le cysticerque, et en entozoaires sociaux, l'échirtocoque et le cœnure.

(2) Voyez le Traite' des maladies des yeux, par Mackenzie, traduit par MM. Riclielotet Lauf^ier, p. 721. Les faits pub'icssonl au nonilire de trois.

me paraissent d'ailleurs prouver, d'une manière përemptoire , l'existence des cysticerques akystiques (1). La question de la non-préexistence du kyste dans les cas de cysticerque est évidemment résolue affirmativement par cet ordre de faits.

J'ai rencontré plusieurs fois le cysticerque musculaire chez l'homme : deux fois dans l'épaisseur de la courte portion du hiceps , une fois dans le muscle couturier. Steinbruck en a trouvé une vingtaine dans le trapèze, les scalènes,le3 dentelés postérieur et supérieur, les très longs du dos et le deltoïde.

(i) Voici le plus important des faitsavec toussesdétails:Leclocteur Sœcttmerring, deFrancfort-sur-le-Mein, a communiqué, lors de la réunion des naturalistes ailemandsà Heidelberg (juillet i83o) (*), Jefaitd'unejeunefille dedix-Vaiit ans qui portait dans la chambre antérieure de l'œil gauche un cysticerque de la grosseur d'un grain devesce.Cet entozoaire n'excitait pas de douleur et n'empêchait la vision que lorsqu'il s'avançait au-devani de la pupille. D'ordinaire, il reposait au bas de la chambre antérieure, et se présentait sous l'aspect d'un petit globe diaphane qui n'offrait qu'en un point une saillie d'un blanc laiteux. De ce point on voyait parfois sortir la partie épaisse, plissée du col. Alors s'avançait aussi la partie mince, filiforme de ce col qui se terminait par la tête pourvue de quatre suçoirs et d'une double couronne de crochets (toutefois on ne reconnut la couronne que sous le microscope après l'extraction de l'hydatide). Après sept mois, le cysticerque ayant doublé de grosseur, c'est-à-dire ayant acquis le volume d'un pois , le docteur Schott en fit l'extraction à l'aide d'une petite incision de la cornée et d'une pince. Mis dans de l'eau tiède , on le vit distinctement se mouvoir plus d'une demi-heure , et le microscope montra clairement les quatre suçoirs avec leurs ouvertures autour de la double couronne de crochets placée au milieu. Il y avait identité entre cet entozoaire et d'autres cysticerques humains que M. Nordmann put comparer en nature. I! ressemblait d'ailleurs très exactement aux dessins de Goëze et de Bremser sur le cysticerque. M. Nordmann n'hésita donc pas à considérer cet entozoaire comme le cysticercus cellulosœ, qui à sa connaissance n'avait pas encore été trouvé dans l'œil humain , mais qui, d'après Vander Hœven , avait été observé dans l'œil du cochon.

(') ^"yez 1 Jans les Archives d'analoinie compuiée de M. Rayer, le niéinuirc de %. Nordmann (Helminlhes dans l'œil des animaux ).

Mais le cysticerque se produit bien plus fréquemment encore dans le cerveau, tantôt dans les plexus choroïdes, tantôtdans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien , d'autres fois dans l'épaisseur des circonvolutions, dans le centre médullaire , sous la membrane ventriculaire. Relativement aux cysticerques des plexus choroïdes, j'ai une remarque à faire , c'est qu'il est très facile de les confondre avec les kystes séreux qui sont bien plus fréquents encore que les cysticerques dans ces plexus. Ces kystes séreux, presque toujours imparfaits, peuvent d'autant plus en imposer, qu'ils contiennent dans leur cavité des flocons opaques qui représentent au premier abord la portion opaline du cysticerque rétracté.

Je n'ai jamais vu un plus grand nombre de cysticerques humains que sur un cerveau d'épileptique qui me fut apporté de Bicêtre. Il y en avait au moins cent, dont une cinquantaine pour le cervelet, les uns dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, les autres contenus en totalité ou en partie dans l'épaisseur des circonvolutions du cerveau etdes lamelles du cervelet; un plus petit nombre occupait le centre médullaire des hémisphères : il n'en existait aucun dans les plexus choroïdiens. Tous étaient pourvus d'un kyste séreux très mince ; tous s'énucléaient avec la plus grande facilité, et le tissu cérébral ambiant était sain. L'élève qui m'apporta ce cerveau m'assura que le même sujet avait présenté un certain nombre de cysticerques et dans l'épaisseur de la moelle épinière, et dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien spinal. On conçoit c[ue la présence de cet entozoaire dans l'épaisseur du cerveau et de la moelle puisse avoir pour conséquence une inflammation ou un ramollissement de ces oiganes. M. le professeur Bostan [Recherches sur le 7-amollissement du cerveau , p. /jl 3 ) en cite des exemples.

Acéphalocystes et échinocoques (i).

Si en histoire naturelle, les échinocoques, véritables entozoaires, sont bien autrement importants que les membranes acéphalocystes dans lesquelles ils sont contenus, membranes que l'on peut considérer comme n'étant que leur enveloppe, leur support, leur matrice; en pathologie, les échinocoques , parasites microscopiques, disparaissent en quelque sorte en présence de la membrane ou poche acéphalocyste, bien que l'animalité de cette membrane vésiculaire soit encore contestée.

L'anatomie pathologique générale des acéphalocystes comprend : 1® l'étude des membranes acéphalocystes ; 2° celle des entozoaires microscopiques connus sous le nom d'échinocoques ; 3° celle des kystes adventifs qui isolent cette production organique vivante des parties voisines. Je commence par le kyste adventif.

1° Kyste advenlif.

Relativement au kyste adventif dont je dois m'occuper plus tard (voyez Métamorphoses et productions organiques , kystes hydatiques), je dirai que j'ai rencontré dans le cerveau et dans l'épaisseur des poumons , des cas (ï acéphalocyste solitaire akystique dans lesquels l'acéphalocyste, dépourvue de kyste, était libre , sans adhérence , au milieu de ces organes dont les fibres étaient écartées, dissociées; que j'en ai vu également plusieurs exemples dans la cavité de la plèvre où elles avaient acquis un très grand volume; mais que ces exemples sont excessivement rares, et que je n'ai

(i) J'ai fait repre'senter , ^natomle patliolofjujue ^ avec planches, un assez grand nombre d'exemples d'acéphalocystes observées dans divers organes. Voyez III* livr., pi. 5, et IX" livr., pi. i et 2 , acéphalocjsles du foie. XXXV* livr., pi. i, acéphalocjsles de la rate. XXXVI* livr., pi. 2, acéphalocyste du poumon. XXXV livr., [il. G, acéphalocjsie delà moelle éptnicie., etc.

jamais observé Fabsence de kyste dans Facéphalocyste multiple (1).

En opposition avec le kyste adventif du cysticerque, si remarquable par sa ténuité , qui permet de l'assimiler aux membranes séreuses, le kyste adventif des acéphalocYStes est remarquable par son épaisseur , qui peut être de h, 6, 8 millimètres, par sa densité, par son caractère fibreux, avec ou sans plaques ossiformes. D'ailleurs son épaisseur et sa densité ne sont nullement en rapport avec le volume de la tumeur. Sa forme est généralement sphéroïdale; quelquefois cependant le kyste est divisé en deux, trois, quatre cellules ou compartiments, par des brides plus ou moins saillantes, et, dans tous les cas , l'acéphalocyste se moule exactement sur lui. J'ai vu des kystes acéphalocystes multiloculaires , dont les loges ne communiquaient entre elles que par des orifices excessivement étroits (2), en sorte que l'acéphalocyste présentait, dans ce cas, des espèces de têtes supportées par autant de pédicules. Il faut bien distinguer ces kystes acéphalocystes multilocuiaires des communications accidentelles qui s'établissent par érosion entre deux ou plusieurs kystes voisins , ainsi que j'en ai vu plusieurs exemples.

Par sa. face externe , le kyste adventif adhère aux parties voisines à l'aide d'un tissu cellulaire tantôt lâche, tantôt serré, d'où leur énucléation facile ou difficile. — Sa surface interne est presque toujours rugueuse , comme chagrinée ; je ne l'ai jamais vue offrir l'aspect des membranes fibroséreuses : souvent même cette surface interne présente des traces d'érosion , de destruction. Il y a une opposition frappante entre la surface parfaitement lisse et la structure éminemment délicate de l'acéphalocyste , et la sur-

(i) Dans plusieurs cas de cœnure que j'ai eu occasion d'observer dans le cerveau du mouton , il n'y avait pas de kyste adventif.

(2) Voyez Anat. pathol. avec figures, XIX^ livraison, pi. i et 2, où les lornies les plus remarquables des acéphalocystes ont été re[)re'seiite'es.

face rugueuse, inégale, et la structure extrêmement dense du kyste d'enveloj)pe.

Si l'on étudie l'état des tissus qui environnent ce kyste, on voit que, pour lui faire place, les parties constituantes de l'organe dans l'épaisseur duquel le kyste s'est développé ont été dissociées; qu'au foie, par exemple, les granulations sont écartées, les vaisseaux artériels, veineux et biliaires mis à nu, et forment une espèce de réseau qui revêt la surface e-xtérieure du kyste; que les parties qui sont le siège d'une compression considérable toujours croissante , s'atrophient et se transforment en tissu fibreux. Les mêmes phénomènes s'observent dans le cas de kystes acéphalocystes du poumon , de la rate , etc.

îSous verrons plus tard que ces kystes peuvent s'ouvrir spontanément, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur dans une cavité séreuse ou dans une cavité muqueuse ; qu'ils peuvent s'enflammer, suppurer, se perforer à la manière d'un abcès; que, dans d'autres cas, le kyste lui-même s'atrophie par suite de la mort des hydatides et de l'absorption du liquiile contenu dans leur cavité ; que les transformations que subissent les acéphalocystes , et que l'addition de produits de sécrétion morbide rendent ces kystes méconnaissables, etnepermettentque difficilement de remonter à leur véritable origine.

2o Membranes acéphalocystes.

Connues dès la plus haute antiquité sous le nom de vessies sans adhérences ., hydatides, les acéphalocystes oui été ainsi dénommées par Laërmec [axt-fâl-n xuartç , vessie sans tête), qui les a étudiées en naturaliste, et les a regardées comme une espèce particulière d'hydatides qu'il a séparée de l'échinocoque avec lequel l'accphalocysle était confondue.

L'acéphalocyste est l'hydatide de l'homme par excellence ; elle appartient à tous les tissus , à tous les organes ; c'est une des altérations les plus générales de l'économie (1), une des plus importantes en raison de sa fréquence, du développement énorme qu'elle peut acquérir, de sa multiplication illimitée, soit dans le même organe, soit dans un grand nombre d'organes à la fois, en raison aussi de la difficulté du diagnostic, des accidents auxquels elle peut donner lieu et des indications qu'elle fournit. Son importance est telle, que, dans l'étal actuel de la science, les kystes acéphalocystes doivent être pris en grande considération dans les questions de diagnostic relatives à la détermination de toutes les tumeurs externes et internes avec fluctuation évidente ou obscure.

Parmi les nombreuses productions organiques dont l'économie est susceptible, il n'en est peut-être aucune qui soit plus digne de méditations que celle des acéphalocystes, qui offrent à l'observateur surpris un nombre plus ou moins considérable de sphéroïdes réguliers, transparents, remplis d'une eau limpide, libres de toute adhérence , ne différant les uns des autres que par le volume ; naissant sans cause connue dans l'épaisseur de nos organes; se développant, se multipliant, se détruisante l'insu de l'individu qui les porte, et ne manifestant leur présence que par la compression qu'ils exercent sur les parties voisines, à moins qu'un travail morbide ne s'empare du kyste adventif dans lequel ils sont renfermés.

Qu'on se représente des bulles de savon de divers diamètres, l'air remplacé par un liquide d'une limpidité parfaite, l'enveloppe formée par une couche mince d'albumine coagulée, et l'on aura une idée assez exacte des

(i) Voyez l'article Acépiui.ocystes du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques^ où, après avoir étudié les acéphalocystes en générai, je les ai d(5crites avec détail dans le plus grand nombre des oryanes.

acéphalocystes, dont le volume varie depuis celui d'un grain de mil jusqu'à celui d'une grosse orange, de la tête d'un adulte et même davantage. Leur forme est en général celle du sphéroïde le plus régulier, d'où le nom d'hydatides sphéi^oïdalesqm leur avait été donné par quelques auteurs. Mais cette forme suppose que le globe acéphalocyste n'a pas rencontré d'obstacle à son développement; car lorsqu'il est comprimé , il prend des formes très variées , quelquefois même très irrégulières (1).

La pesanteur spécifique de l'acéphalocyste est un peu plus grande que celle de l'eau; mais la différence est bien peu considérable, car il suffit du plus léger mouvement imprimé au vase rempli d'eau qui les contient pour voir ces globes s'agiter, s'entre-choquer, se repousser par leur élasticité , reparaître à la surface du liquide pour se précipiter encore. Il est probable que ce sont ces mouvements communiqués que quelques observateurs ont pris pour des mouvements propres. Comprimée , l'acéphalocyste s'aplatit dans le sens de la compression pour leprendre incontinent sa forme sphérique. Mollement projetée sur un plan solide, toutes ses molécules s'ébranlent à la manière d'une masse gélatineuse. La poche rebondit un peu comme un corps élastique, si ses parois ont une certaine résistance (ce qui n'arrive guère qu'aux petites acéphalocystes); plus souvent elle se rompt, pour peu que le choc soit considérable, et la rupture a lieu tantôt sur le point percuté, tantôt sur le point diamétralement opposé, ou sur des points intermédiaires, suivant les variétés de l'ébranlement oscillatoire de ce liquide.

La surface externe de l'acéphalocyste est lisse (d'oùle nom de hydaiis Icevis), contiguë soit aux autres acéphalocistes , soit aux parois du kyste, et, dans aucun cas, ne contractant d'adhérences avec les parties qui la touchent. On voit

(i) Voyez Anat. yjat'io/., avec planches, XIX' livraison, pi. i, 2.

çà et là ordinairement groupés sur une partie limitée de la surface de Tacéphalocyste de petits points blancs semblables à des grains de sable blanc ou déplâtre, si bien que les premières fois que je les ai aperçus, il y a bien des années , j'avais été tenté de les essuyer dans la pensée que ces petits grains lui étaient étrangers; mais je n'ai point tardé à reconnaître que ces points blancs appartenaient à la surface interne de la poche. Examinés A une forte loupe , ils apparaissent comme étant formés par la juxtaposition de deux ou trois grains de sable. Nous verrons plus bas que ces points blancs ne sont autre chose que des échinocoques ou isolés, ou groupés.

Examinées au microscope, soit dans l'état de vacuité, de demi-vacuité, soit dans Tétat de plénitude, placées entre deux verres , les acéphalocystes ne présentent nulle part ni échancrure , ni point rentrant, ni bouche, ni suçoirs, ni crochets ; si les poches acéphalocystes sont des animaux, elles font exception à cette loi d'après laquelle la présence d'un canal digestif, d'une bouche , dans laquelle l'individu introduit ses aliments par un mouvement spontané , est regardée comme le caractère sine quâ non de l'animalité. Home disait que l'hydatide sphéroïdale était l'animal le plus simple , qu'elle était pour ainsi dire tout estomac.

Si l'on fait une ponction à l'acéphalocyste, le liquide s'échappe par un jet assez fort et continu. L'enveloppe, éminemment élastique (1), revient sur elle-même, si bien que

(i) Cette élasticité de la membrane acéphalocyste pourrait servir à expliquer le frémissement hydatique dans le cas d'acéphalocyste solitaire. Ce frémissement hydatique , que quelques observateurs disent avoir constamment rencontré dans les kystes hydatiques, et qu'ils regardent par conséquent comme signe caractéristique ; que d'autres disent n'avoir rencontré que quelquefois, et que je confesse n'avoir jamais observé d'une manière bien positive, même dans les kystes acéphalocystes superficiels ; ce frémissement hydatique, dis-je, ne peut être évidemment que le résultat d'un choc : or ce choc peut venir ou du liquide de l'acéphaJo-

la poche vidée ne présente pas le tiers de la capacité qu'elle avait d'abord. Ses parois ont doublé et même triplé d'épaisseur en proportion du retrait qu'elles ont éprouvé. Quelque transparente qu'elle soit d'abord, la membrane devient demi-opaque, opaline; elle est très extensible, très élastique, tremblotante ; mais à peine a-t-elle atteint les limites de son extensibilité qu'elle se déchire avec la plus grande facilité. Pressée entre les doigts, elle se morcelle comme un caillot récent, une fausse membrane récente, du blanc d'œuf coagulé : elle est friable, sans adhésion. Vue au microscope, elle est d'une structure homogène, finement granuleuse, sans analogue dans les tissus de l'économie ; composée de 4 à 5 feuillets d'inégale épaisseur, dépourvue de vaisseaux sanguins.

La surface interne est lisse comme la surface externe; mais il est un certain nombre d'acéphalocystes(les acéphalocystes mères) qui présentent, dans des points déterminés de leur surface interne , des agglomérations de vésicules plus ou moins considérables, les unes du volume d'un grain de raisin , les autres du volume d'un grain de millet; lesquelles vésicules paraissent le germe de nouvelles acéphalocystes. Dans toutes les acéphalocystes, la surface interne présente la poussière blanche que nous

cyste contre les parois de la poche, ou des acéphalocystes les unes contre les autres. Le choc des acéphalocystesles unes contre les autres supposerait la présence d'un licjuide au milieu duquel nageraient les acéphalocystes, et par conséquent la présence d'une acéphalocyste mère: il ne peut donc y avoir de choc dans les acéphalocystes multiples sans acéphalocyste mère; car en l'absence d'une acéphalocyste mère, les acéphalocystes sont pressées les unes contre les autres sans liquide intermédiaire. — Si le frémissement hydatique existait dans l'acéphalocyste solitaire , ce ne pourrait être que par l'élasticité des parois, et nullement par la qualité du liquide. — Le frémissement hydatique doit d'ailleurs faire toujours défaut dans les cas d'acéphalocystes mortes. Enfin il n'est pas besoin de dire que pour la perception du frémissement hydatique, il faudrait que le kyste fût placé assez superficiellement pour qu'il fût possible de distinguer ce frémissement de la fluctuation.

96 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉEALE,

avons vue par transparence à îa surface externe, poussière blanche qui paraît adhérente à la pellicule interne de l'acéphalocyste, et que le microscope a démontré n'être autre chose c[ue des groupes d'échinocoques ; mais qui s'en détache facilement par la percussion.

Chimiquement examiné, le liquide des acéphalocystes n'est pas coagulé en masse par la chaleur et l'alcool, à la manière des liquides albumineux; il ne contient, en effet, que très peu d'albumine et quelques sels, parmi lesquels prédomine l'hydrochlorate de soude. La membrane des acéphalocystes est composée, d'après M. Collard, membre de la Société anatomique, qui a analysé comparativement plusieurs acéphalocystes du foie retirées de sujets différents, des acéphalocystes mères, et de petites acéphalocystes de l'ovaire:

1° D'une trame albuminiforme, ne différant de l'albumine que par sa solubilité dans l'acide hydrochlorique ;

2° D'une substance qui a quelque analogie avec le mucus, mais qui en diffère essentiellement : 1° par son insolubilité dans les alcalis; 2° par son défaut d'action sur l'acétate de plomb ; 3° par sa grande solubilité dans les acides hydrochlorique, sulfurique et nitrique concentrés, sans dégagement de gaz ; 4° parce que l'eau lui rend, ([uand elle est desséchée, les propriétés piiysiques et chimiques qu'elle possédait: en conséquence, M. Collard est disposé à regarder ce produit immédiat pathologique comme une substance particulière.

J'ai étudié jusqu'à ce moment la poche acéphalocyste en elle-même, indépendamment de sa situation et de ses rapports ; or l'observation démontre que les acéphalocystes sont tantôt solitaires, tantôt multiples. J'ai donc cru devoir admettre deux espèces d'acéphalocystes (1)

(i) Voyez AcÉPii.vLocYSTES , Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , t.], p. 198,1829.

une acéphalocyslc soUloirc ( accplinlocyslis eremita vel sterilis), et une acép/ialocyste sociale [accphalocystis socialis vel proli-fera). La première espèce est, sans contredit, la plus fréquente chez les animaux, c'est la seule que j'aie observée chez eux ; la seconde est la plus fréquente chez l'homme. Celle-là se développe rarement dans un seul point; presque toujours elle envahit à la fois un grand nombre de points dans le même organe ou dans plusieurs organes 5 ainsi j'en ai vu par milliers dans les poumons et le foie des ruminants ( mouton, bœuf) ; j'en ai trouvé une fois chez le même animal dans l'épaisseur du foie, des poumons, de L rate, des reins et du cœur. L'hydatide sociale, au contraire, se développe rarement dans plusieurs organes à la fois; et quand ce développement simultané a lieu, c'est presque toujours, ou bien dans les organes qui appartiennent au même appareil et qui sont voisins les uns des autres, ou bien dans divers points du même organe. Il semble que les hydatides qui sont disséminées en un grand nombre de poches dans l'hydatide simple, soient accumulées dans la même poche dans l'hydatide sociale.

Les acéphalocystes solitaires se rencontrent aussi chez l'homme (1), mais beaucoup moins fréquemment que les acéphalocystes sociales. Celles ci peuvent être réunies en nombre plus ou moins considérable dans la même poche. Ainsi, j'ai vu des kystes qui ne contenaient que deux, trois, quatre acéphalocystes ; d'autres qui en contenaient cent, deux centSj cinq cents, plus de mille. Dans un petit nombre de casj les acéphalocystes étaient toutes égales en volume; le plus souvent elles sont très inégales en volume et semblent appartenir à plusieurs générations : leur nombre est en raison inverse de leur volume. Il n'y a point de liquide intermédiaire au kyste et aux

(i) J'ai vu des kystes énormes du foie lemplii^ par une seule acéphalocyste.

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