II
acéphalocystes. Le plus ordinairement, on rencontre dans la même poche et des acéphalocystes intactes, à liquide parfaitement limpide, et des acéphalocystes flétries, vides, altérées, desséchées, qui ont évidemment perdu toute vitalité.
Quelquefois, en même temps que ces hydatides mortes, le kyste contient un liquide purulent ou une matière pultacée jaunâtre semblable à du masticde vitrier. Et, chose bien remarquable, au milieu de ces acéphalocystes mortes, au milieu du pus et de la matière pultacée, on trouve des acéphalocystes aussi belles, aussi pures , aussi limpides que si elles appartenaient au kyste le plus sain. Cette circonstance me paraît tout à fait probante en faveur de la vitalité de ces corps. Cependant on pourrait objecter contre cette manière de voir, que les quatre ou cinq feuillets qui constituent les parois de la membrane acéphalocyste ont la propriété de filtrer le liquide et d opérer, en vertu de la capillarité, le départ de la partie aqueuse d'avec la partie épaisse (1); mais la preuve qu'il y a quelque chose de vital dans cette résistance à la présence, soit du pus, soit de la matière plâtreuse, c'est qu'à côté des acéphalocystes qui ont conservé leur limpidité on en trouve plusieurs qui contiennent, les unes du pus, les autres de la matière plâtreuse délayée.
Acéphalocystes mères. — Tous les kystes qui appartiennent
(i) Quant à la perméabilité de la membrane acépbalocyste, elle est démontrée par l'expérience suivante. Si l'on plonge racéphalocysle dans de l'encre étendue d'eau, le liquide se tioubla et devient sticci ssivement violet et noir. Pour rendre le phénomène plus observable , j'ai fait tomber quelques gouttes d'encre sur la partie supérieure d'une acéphalocyste, j'ai vu à travers la transparence de la partie supérieure un nuage noir se former, s'étendre pour colorer tout le liquide. Dans les kystes acéphalocystes du foie qui contiennent si souvent de la bile par suite de l'érosion des canaux biliaires, lesquels, d'abord appliqués contre les parois du kyste, finissent eux-mêmes par être envahis, les acéphalocystes mortes se teignent de la matière colorante de la bile, tandis que les acéphalocystes vivantes conservent leur parfaite iitnpidité.
à l'acéphalocyste sociale sont-ils tapissés par une membrane acéphalocyste enveloppante, qui coniiennedans sa cavité toutes les acéphalocystes et que, pour cette raison, on peut appeler acéphalocyste mère ? Je l'ai cru pendant longtemps (1), mais des observations ultérieures m'ont démontré que, dans un grand nombre de cas, l'acéphalocyste mère manquait entièrement, etqueles acéphalocystes multiples étaient immédiatement en rapport avec les parois du kyste. Il est vrai que Terreur est facile à cet égard, qu'on peut ouvrir l'acéphalocyste mère en même temps que le kyste, et que la membrane mère peut échapper. L'erreur est plus iacile encore dans les kystes altérés , purulents ou non purulents; car l'acéphalocyste mère, plissée sur elle-même, peut être reléguée dans un coin du kyste.
Les acéphalocystes mères sont en général fort épaisses, et présentent d'ailleurs les mêmes caractères queles acéphalocystes ordinaires. On peut donc les considérer comme de grandes acéphalocystes contenant des acéphalocystes plus petites. Leur caiactère différentiel ou spécifique est dans la présence de nids hydatiques , c està-dire d'une agglomération de globules ou vésicules sphéroïJales, qui naissent d'un point déterminé de la surface internede la poche aumilieud'une substance amorphe dont ils se détachent avec beaucoup de facilité.
Un de ces nidshydatiques, (jue j'ai étudiés avecbeaucoup de soin, était constitué par vingt-cinq ou trente vésicules grosses comme un grain de raisin (*i), adhérentes seulement par un point de leur périphérie et naissant d'une surface qui n'avait que le diamètred'une pièce de 5 francs. Sous ces vésicules prêtes à se détacher pullulaient une foule in-
(i) Voyez Dictionnaire de médecine et de chirurgie pj-alicjues , t. I, p. 200.
(a) Voyez j4natomie pathologique, avec planche:), III' livr., planche 5, la représentation et la description d'un cas analogue.
100 ANATOMIR PATHOLOGIQUE GÉNÉRALF.
nombrable de vésicules plus petites qui ressemblaient à des grains de mil, et qui paraissaient devoir devenir à leur tour des vésicules plus volumineuses.
Lorsqu'un travail morbide s'est emparé du kyste, la membrane acéphalocyste mère se détache, s'altère. Le nid hydatique lui-même participe à cette altération, et l'on trouve alors les petites vésicules qui le constituent pleines de pus et de matière plâtreuse altérée.
Les nids hydatiques sont exclusivement propres aux acéphalocystes mères : je ne les ai jamais rencontrés dans les hydatides stériles, pas même dans une acéphalocyste du foie qui avait acquis au moins le volume de la tête d'im aduhe.
S il est vrai que les granulations ou vésicules qui constituent le nid hydatique soient des germes d'acéphalocystes, la vitalité de Tacéphalocyste ne saurait être contestée, car il n'est pas nécessaire de mouvements spontanés appréciables à la vue pour caractériser la vie; placées au dernierdegré del'échelledel'animalitéjlesacéphalocystes ne peuvent pas exécuter de mouvements, puisqu'elles sont dépourvues d'organes de locomotion. La reproduction est un caractère bien plus général de vitalité que la locomotion. Cette reproduction des acéphalocystes par vésicules ne constitue-t elle pas la reproduction gem» mipare que Ton voit dans quelques polypes? On pourrait encore dire avec Himly que ces corpuscules ou globules se comportent comme les granules sphéroïdales des conferves des fontaines qui se détachent et vont former de nouvelles conferves.
Quelles sont les limites de cette génération par emboîtement? les acéphalocystes détachées de leur mère peuvent-elles à leur tour se reproduire si bien que cette génération successive par emboîtement serait illimitée? On l'a dit, mais on ne l'a pas prouvé. Quant à moi, je n'ai jamais observé plus d'une génération par emboîtement : dans un
cas de kyste acéphalocyste de la rate (1), il n'y avait pas d'acéphalocyste mère générale; mais chaque acéphalocyste ( et le nombre en était très considérable) était formée par une acéplialocyste mère contenant deux, trois, quatre acéphalocystes stériles.
D'après cette manière de voir, l'acéphalocyste serait donc Tanimal le plus simple qui existe; ou plutôt, quoique composée d'une matière organique animale, elle serait Lien au-dessous du dernier végétal, sous le rapport de l'organisation et de la vie, et occuperait le dernier degré dans l'échelle des êtres vivants. Et pourtant elle est vivante, car elle est sans adhérence avec les tissus au milieu desquels elle s'est développée; elle ne se putréfie pas, même au milieu des liquides altérés; elle s'accroît, se développe, acquiert même quelquefois un développement prodigieux, et ne meurt que lorsqu'elle ne trouve plus autour d'elle les conditions nécessaires à son existence. Si vous n'admettez pas l'organisation , ce serait donc par la rencontre fortuite de produits de sécrétion solidifiable qu'il faudrait expliquer la production de ces globules, si réguliers, si constants, si uniformes; comment se rendre compte alors de leur génération par germes ou gemmules? Pourquoi donc, dans les phlegmasies pseudo-membraneuses , les pseudomembranes ne prendraient -elles jamais la forme sphéroïdale, et pourquoi, détachées des membranes séreuses qui les ont produites, ne continueraient-eiles pas à se développer? Oii est la loi physique à l'aide de laquelle ou puisse interpréter les phénomènes que présentent les acéphalocystes? Nous est-il plus difHcile de concevoir que des molécules de substance plastique et vivante, de cette même substance que nous verrons ailleurs former sous nos yeux des membranes organiques, que des molécules,
{t)]\eprcsenté(ians/inatomiepatltolofji<iue^a\cc fig.,XXXV^livr., pi. ï.
iQ2 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
dis-je, détacliées d'un animal et déposées dans l'épaisseur de ses parties, puissent vivre par elles-mêmes, que de concevoir la génération? Faut-il exhumer avec Oken les monades de Leibniiz, qui ne seraient autre chose que des œuCs primitifs? Phis j'étudie les phénomènes de l'organisme, plus je suis porté à admettre une vie propre dans certains produits des corps vivants. L'analogie qui existe entre les fausses membranes et les membraties acéphalocystes me paraît jeter une vive lumière sur le sujet qui nous occupe. Mais tandis que la fausse membrane ordinaire demeure en communication avec l'individu, la fausse membrane acéphalocyste libre jouit d'une vie inférieure, mais indépendante; vie tellement circonscrite qu'elle est encore contestée, sorte de cristallisation vitale empreinte du sceau de la vie dans sa forme sphéroïdale, la plus régulière, sans contredit, qui existe dans le règne organique, dans son origine, dans son développement qui se fait bien évidemment par une force propre, dans sa reproduction par germes, dans son inaltérabilité au milieu des conditions physiques les plus propres à opérer leur destruction, et enfin dans sa raiort.
Ici ne se borne pas ce que j'ai à dire sur les acéphaloeystes: ces membranes S[)héroïdales, en faveur de l'animalité des<juelles je viens de me prononcer, contiennent toutes, sans exception, les stériles comme les prolifères, un certain nombre d'hydatides ou helminthes vésiculaires microscopiques, qu'on appelle échinocoques , en sorte que les naturalistes modernes ne considèrent la membrane de l'acéphalocyste que comme le support, la matrice de ces entozoaires assurément bien plus avancés dans l'organisation que les membranes acéphalocystes ellesmêmes.
Découverts par Pallas, bien décrits par Goëze, qui les a désignés sous le titre de tœnia visceralis socialis granulosa , encore mieux par Rudolphi qui leur a donné le nom d'ec^j-
nococciishomhns,si7niœ,vetcj'inorum, nom. qui leur est resté, réchinocoque de racéjDhalocyste humaine a été bien mieux étudié dans cesdernier temps, en 1 8 Zi 3, par M. Mayor fils et par M. Livois , tous deux membres de la Société anatomique , qui firent part en même temps de leurs recherches à cette Société, et qui établirentque les acépha- Jocystes n'étaient autre chose que des poches membraneuses renfermant un nombre plus ou moins considérable d'échinocoques (1).
3° Echinocoque de l'acéphalocyste humaine ( xvxxoç , granule ; £;i(tvoç, surface hérissée).
En décrivant la membrane acéphalocyste, j'ai parlé de granulations blanches de la grosseur d'un grain de sable blanc ou de semoule très fine que j'avais prises d'abord pour de la poussière de plâtre accidentellement appliquée à la surface externe, granulations que nous avons vues occuper la surface interne de la poche à travers la transparence de laquelle elles ressortent par leur blancheur.
Eh bien , chacun de ces grains blancs est formé par un groupe d'animalcules ou entozoaires microscopiques vésiculaires , ou, comme ledit MùUer, par des vers condensés en monceaux, et dont le nombre, d après M. Livois, ne s'élève jamais pour chaque groupe au-dessus de quinze ou vingt et quelquefois descend jusqu'à cinq ou six; c'est cette différence dans le nombre des helminthes agglomémérés qui explique la différence dans le volume des gra-
(i) Une question de priorité s'est élevée entre ces deux observateurs dans le sein de la Société anntomique, qui est restée convaincue qu'ils étaient parvenus au même résultat à l'insu l'un de l'autre. M. May or fils a publié son travail dans les .(^rc/iiyes g'^nera/est/e médecine, iv' série, i843, t. II, p. 320. M. Livois a fait de cette question le sujet de sa dissertation inaugurale [Recherches sur les échiiwcoques de l'homme et des animaux. Paris, 1843, in-4), qui est une très bonne monographie sur l'echinocoque.
104 ANAÏOMIE PATHOLOGIQUE GÉJNÉRALE.
nulations : puisque les échinocoques ne se rencontrent chez riiommeque dans les poches acéphalocysies, on peut dire avec M. Owen que les échinocoques sont plutôt un parasite de Tacéphalocyste qu'un parasite du corps humain.
Le volume de chacun de ces entozoaires est à peine celui de la pointe d'une épingle; voilà pourquoi il faut un microscope très grossissant pour déterminer leur forme et leur structure.
Du reste , ainsi rapprochés par groupes, ces petits helminthes vésiculaires semblent taillés à facette, bien que leur forme soit sphéroïdale ; c'est pour cette raison que Goëze, Bremser, et autres, ont donné à ces helminthes dans leurs planches des formes si extraordinaires.
Tous les échinocoques ne sont pas réunis en groupes: il en est un grand nombre qui sont isolés, et ces derniers tantôt sont appliqués contre les parois de la membrane acéphalocyste dont il est assez difficile de les distinguer à raison de leur transparence , tantôt nagent dans le liquide. Au reste, soit groupés, soit isolés, ces helminthes vésiculaires microscopiques sont appliqués sans adhérence contre les parois du kyste, et il suffit de percuter légèrement la pocheacéphalocyste pour les voir sedétacher sous la forme d'une poussière blanche très fine (1).
La meilleure manière de recueillir l'échinocoque est la suivante : faire une ponction à une acéphalocyste ; le li-
(i) La percussion ne re'ussit bien à cle'tacher les échinocoques que lorsque la poche acéphalocyste est un peu flasque; ils se de'tachent et tombent dans le lieu le plus déclive sous la forme d'une petite poussière blanche. Il faut bien distinguer les ét:hinocoques des pelhcules transparentes qui se détachent quelquefois de la couche interne de l'acéphalocyste : il m'a paru que les petites acéphalocystes contenaient un bien moins {jrand nombre d'e'chinocoques que les acéphalocystes volumineuses ; mais il n'y a point une exacte proportion entre le nombre des premiers et le volume de la membrane enveloppante. La question de savoir si toutes les poches acéphalocystes contiennent des échinocoques ne me paraît pas encore parfaitement résolue. Il n'en existe pas d'appréciables dans les acéphalorystes flétries.
SEPTIÈME CLASSE. DES COUl'S ÉTIlAiNGEns. 105
quiJe, chassé en jet par rélasticité de la poche, contient Ja phis grande partie des hehninthes microscopiques, qui se déposent en poussière blanche très fine au fond de la petite capsule de verre dans laquelle on a reçu le liquide.
Voici la caractéristique des échinocoques : ovoïdes ou pyriformes, longs de /i ou 5 dixièmes de millimètre àl millimètre, étranglés à leur partie moyenne : la partie postérieure est la vessie caudale, la partie antérieure est la tète. Tète rétractile , armée d'une double couronne de crochets radiés et pourvue de quatre ventouses ou suçoirs, comme celle des ténias et des cysticerques ; point de bouche, point de viscères ni œufs. On croit que les échinocoques se forment par gemmation à la surface interne de la poche acéphalocyste.
Contradictoirement à l'opinion de Rudolphi qui en avait admis trois espèces, il n'y a qu'une seule espèce d'échinocoques, identique chez l'homme, les singes et les ruminants.
L'échinocoque comme le cysticerque se rencontre sous deux aspects : tantôt la tête est rentrée dans la vessie caudale, tantôt elle en est sortie. Dans le premier cas, on trouve à la place de la tête une dépression infundibuliforme, et la vésiculeprésente deux lignes noires qui partant de cette dépression, se rapprochent d'abord, puis vont en s'écartant inférieurement à la manière des deux branches d'un X.
Pour observer l'échinocoque développé et faire sortir la tête invaginée , il suffit d'exercer une compression légère sur l'helminthe à l'aide d'une lame mince de mica; mais le développement par la compression est toujours incomplet, et pour bien étudier la tête de cet helminthe il faut rencontrer, ce qui n'est pas rare, l'échinocoque naturellement développé. Or, on a remarqué que ceux de ces helminihes qui nageaient dans le liquide étaient bien plus souvent développés que ceux attacliés aux parois de la membrane acéphalocyste.
Pour observer les échinocoques vivants, il faut les étudier clans des acéphalocystes qui viennent d'être retirées d'un animal vivant. M. le professeur Gavarret, qui a eu cette occasion, a vu partir de l'extrémité poslé-, rieure échancrée de l'échinôcoque un long filament disposé en tire-bouchon, et de plus il a vu les crochets agités par des mouvements d'une extrême rapidité. Cette dernière observation vient à l'appui du faitdeM.R.Owen, qui dit avoir trouvé dans des bvdatides retirées de l'abdomen d'une truie, qui venait d'être égorgée, des animalcules vivants qui se mouvaient au moyen de cils vibratiles extérieurs [superficial vibratile a'iia ) (1 ).
Il importe d'insister ici sur l'indépendance des échinocoques les uns des autres, et de la poche qui les contient. Cette indépendance n'exclut pas l'adhérence temporaire. Ce défaut d'adhérence, ou plutôt de continuité de tissu est en effet le caractère différentiel fondamental entre les échinocoques et les ceni<re5(hydatides du cerveau du mouton qui produisent le tournis ) avec lesquels ils ont été
(i) Les crochets, dont le nombre serait de trente d'après Laënnec, quia décrit l'échinôcoque sous le nom de polycéphale granuleux seraient de quarante-quatre d'après M. Livois. La longueur de ces crochets varie. Les crochets de la rangée antérieure sont plus longs que ceux delà rangée postérieure. Ils sont bifurques à leur extrémité libre, articulés et moljiles. Les crochets seraient donc un organe de locomotion. On pense eu outre généralement que, dans l'échinôcoque comme dans tontes les espèces de ténia, ils seraient destinés à (aire adhérer 1 helminthe aux parois de la poche qui les renferme. Cette adhérence est telle, comme on le voit souvent pour le ténia, que le corps du ver se rompt quelquefois plutôt que les crochets ne cèdent. On trouve assez souvent des crochets libres dans le liquide des acéphalocystes, et leur présence dans un liquide extrait d'un kyste dont on ignore la véritable nature est un caractère aussi positif de l'existence d'un accphalocysfe que la présence des échinocoques euxmêmes. J'en dirai autant de la limpidité parfaite du liquide extrait par la ponction, limpidité semblable à celle de l'eau distillée la plus pure; ce caractère d'un liquide extrait de l'abdomen par la ponction chez une jeune personne, liquide dont la transparence ne fut nullement troublée par l'ébuliition, m'a fait diagnostiquer un kyste acéphalocysle.
SEFTIÈME CLASSE. DES COBPS ÉTRANGERS. 107
confondus par Zeder et autres, sous le titre depolycéphale. Le cénure est, en effet, composé d'un nombre plus ou moins considérable de petits ténias, tous implantés avec continuité de tissu sur une seule et même vésicule qu'on appelle vessie caudale commune. Les corps de ces ténias rentrent en dedans d'eux-mênies pour faire saillie dans rintérieur de la poche. Les échinocoques, au contraire, sont toujours renfermés dans une poche acéphalocyste et ne peuvent en aucune manière faire saillie à Textérieur. Ils n'adhèrent point par continuité de tissu à cette poche, qui ne mérite en aucune manière le nom de vessie, caudale.
Tels sont les échinocoques dont on ignore absolument les moyens de nutrition et de reproduction (1).
DEUXIEME ORDRE
Corps étrangers non vivants.
Les corps étrangers non vivants se divisent en deux catégories ou sous ordres : 1° corps étrangers venus du dehors;
(i) Les suçoirs ont été considérés comme de petites ventouses , des F^ouches absorbantes destinées à soutirer la lymphe la plus ténue et à la transmettre dans l'intérieur du corps et de là dans la vessie caudale : des vaisseaux égaux au nombre des suçoirs , et par conséquent au nombre de quatre, partent-ils de chaque suçoir pour se rendre dans la vessie caudale? Cette opinion serait combattue par les observations de Laënoec qui admet que les suçoirs des cysticerques sont toujours imperforés et que les canaux aboutissant aux suçoirs admis par Rudoljibi n'existent pas. De l'absence de tout vaisseau ou canal, visible dans l'intérieur du corps , Laè'nriec conclut qu'aucun des organes placés à la tête ne doit servir à introduire la sérosité dans la vessie caudale, qu'il est beaucoup plus probable que la vessie absorbe par toute sa surface le liquide dans lequel elle est plongée. — Quant au mode de reproduction des échinocoques , doit-on considérer avec M. Livois les ylobules transparents que présente l'échinocoque comme des gemmules oviformes, analogues aux œufs du ténia , lesquels globules par leur développement deviendraient des échinocoques ?
2° corps étrangers formés au dedans de nous^ ou ayant fait partie de torganisme do.it ils sont complètement séparés. Les uns et les autres peuvent appartenir au règne organique ou au règne inorganique.
PREMIER SOUS-ORDRE
Corps étrangers non vivants venus du dehors.
Les corps étrangers non vivants venus du dehors peuvent pénétrer dans l'économie de deux manières : l°par une solution de continuité ; 2° par les ouvertures naturelles. De là deux genres.
PREMIER GENRE
Corps étrangers venus du dehors qui pénètrent dans l'économie par solution de continuité.
Les corps étrangers venus du dehors qui pénètrent dans téconomie par solution de continuité constituent une complication souvent grave, et toujours importante des plaies.
Depuis Tinvention de la poudre à canon, ce ne sont plus des flèches ni des javelots qui constituent les corps étrangers des plaleS;, corps étrangers dont la plus grande partie saillante à l'extérieur rendait leur extraction facile; ce sont le plus ordinairement des corps vulnérants lancés par l'explosion des armes à feu. Or, parmi les corps étrangers lancés par la poudre à canon qui pénètrent dans notre corps à travers la solution de continuité qu'ils ont faite, les uns traversent de part en part la région qu ils ont frappée; les autres, qu'anime une moindre quantité de mouvement, restent engagés dans l'épaisseur de nos organes et constituent une complication des plaies.
Ces corps étrangers iraumaticfuemcnt introduits, et plus ou moins profondément enfoncés dans les chairs d'où il est difficile et quelquefois impossible de les retirer, sont ordinairement des balles, des projectiles en plomb ou eu
SEPTIÈME CLASSE, DES CORPS lÎTRANGERS. 109
fer, (le la mitraille, des lambeaux de vêtements (1) (jui se rencontrent sur leur passage et qu'ils poussent au-devant d'eux; des fragments d'instrument piquant, d'épée, de verre, de bois, quelquefois une baguette de fusil laissée par mégarde dans le canon (voy. Musée Dupuyiren). Quant aux fragments d'os de'tachés par les projectiles, ils appartiennent aux corps étrangers organisés, mais non vivants, qui ont fait partie de nous-mêmes.
Dans quelques cas excessivement rares, ces corps étrangers rencontrent sur leur passage, au moment où s'éteint la quantité de mouvement dont ils sont animés, quelque cavité naturelle (2), canal ou réservoir muqueux, tombent dans cette cavité où ils peuvent séjourner un temps plus ou moins long et produire des accidents variables suivant les usages de la cavité muqueuse dans laquelle ils ont pénétré, être spontanément éliminés par les conduits naturels, ou extraits par une opération chi« rurgicale. Comme type de cette pénétration traumatique d'un corps étranger dans une cavité muqueuse, je citerai le fait suivant :
Un jour que je traversais la ville de Limoges, oii j'exerçais alors la médecine, je vois un malheureux couché par terre, qui poussait des cris, faisait des contorsions et paraissait en proie aux plus vives douleurs. Je l'interroge, et à son récit, je soupçonne la présence d'une pierre dans la vessie. Il vint chez moi, je reconnus la présence d'un calcul vésicaL Je le fis entrer au dépôt de mendicité dont j'étais le médecin, où je l'opérai par la méthode latéralisée (c'était en 1817) : il guérit parfaitement.
La seule particularité qu'offrit cette opération, ce fut
(i) J'ai va (les laittbèàux d'épaulelte être retires après plusieurs années d'une plaie fistuieuse de la partie moyenne du bras.
(2) On a vu des halles pénétrer dans une davité séreuse, dans le péritoine, dans une ariiculation; on a même vu une balle pénétrer dans la veine ]nf[nlaire, où elle est restée engagée.
la difficulté que j'éprouvai à trouver la pierre, et par conséquent à la charger. En vain dirigeais-je dans tous leis sens le bouton explorateur ou la tenette, je ne découvrais aucun corps étranger, et pourtantavant Topérationjavais parfaitement senti,et à plusieurs reprises,un corps étranger avec le cathéter : la plupart des hommes de l'art qui m'entouraient l'avaientsenti comraeraoi. Après dix minutes au moins de tentatives infructueuses, j'eus l'idée d'introduire le doigt dans le rectum et de soulever ainsi le bas-fond de la vessie. Renouvelant alors mon exploration, je rencontrai immédiatement le corps étranger que je saisis avec la plus grande facilité et dont l'extraction se fit sans beaucoup de résistance. Frappé du poids insolite de ce calcul qui était rougeàtre, très régulièrement sphéroïdal, du volume d'un œuf de pigeon , je me mis à entamer les couches superficielles qui étaient composées d'acide urique, et j'arrivai à une balle qui formait le noyau du calcul, tjne section praticjuée à l'aide d'une scie très fine me permit de voir mieux encore la disposition et la nature des couches qui recouvraient la balle. J'appris alors du malade, qu'à une des dernières batailles de l'empire, il avait reçu un coup de feu à la région trochantérienne gauche, coup de feu dont il portait en effet la cicatrice. Il ignorait d'ailleurs ce que la balle était devenue. Je compris qu'un corps étranger aussi lourd devait fo^-tement dé^ primer le bas-fond de la vessie et échapper aux explorations pratiquées par la plaie du périné ; je compris aussi que le soulèvement du bas-fond de la vessie par le doigt introduit dans le rectum, avait dû rendre le corps étranger facilement accessible aux instruments explorateurs (i).
(i) Comme annexes du fait précédent, je citerai i° le cas d'un soldat ûe la garde impériale qui mourut du tétanos trnumatiqne à l'Hôtel -Dieu en i8i4^ par suite d'un coup de feu leçu sur la région trochantérienne. A l'ouveriure, je trouvai la balle <lans le tissu cellulaire du bassin, sur la partie latérale et inférieure de la vessie ;
2° Le cas d'un prisonnier hongrois, également reçu à l'Hôtel-Dieu à
Que deviennent ces corps élianyers? S'ils ne sont pas extraits par l'art, ils se comportent de différentes manières. Le plus ordinairement ils déterminent ou entretiennent autour d'eux, par leur présence, une inflammation vive qui a pour conséquence une suppuration abondante, laquelle ne peut tarir qu'après la soriie spontanée ou artificielle du corps étranger. C'est cette inflammation supj)urative .qu'on a métaphoricjuement appelée infammation éliminatoire, parce qu'en effet le corps étranger est souvent entraîné au dehors avec le pus ; c'est également pour exprimer le même fait qu'on a non moins métaphoriquement admis qu'il existait dans l'économie une force centrifuge^ une force éliminali^ice .
Si le corps étranger séjourne dans la plaie , l'inflammamalion entretenue par sa présence, inflammation qui d'abord s'étendait au loin, se limite de plus en plus en diminuant d'intensité, et ce corps étranger est circonscrit par une membrane de formation nouvelle qui l'isole des parties environnantes. Le trajet destiné à servir de canal d'écoulement au pus se tapisse également d'une membrane de nouvelle formation identique à cellequi enloppe directement le corps étranger, et qui a quelque analogie de structure avec la membrane muqueuse des conduits naturels, dont elle partage jusqu'à un certain point tous les usages. Alors on dit qu'il y a fistule par corps étranger, c'est-à-dire canal muqueux accidentel, dont le point de départ est au corps étranger et l'orifice de sortie à la peau. Or, il arrive qu'à la longue ces canaux accidentels ne fournissent plus qu'un liquide séreux, au lieu de pus, et même qu'ils se ferment pour se rouvrir à des
la fin de i8i3, qui avait reçu un coup de feu dirigé de haut en bas, immédiatement au-dessus de la symphyse du pubis, dont la balle fut extraite parDupuytren à côté de l'anus. Deux fistules urinaires, l'une suspubienne, l'autre périnéale, furent la conséquence de ceue blessure : elles (guérirent parfaitement par les seuls efforts de la nature.
intervalles plus ou moins considérables. Il n'y a qu'un pas de celle disposition au kyste d'isolement complet.
Les kystes d'isolement (voy. la classe des Métamorphoses et productions organiques) ne s'organisent autour des corps étrangers que dans certaines conditions ; dans les cas rares où ces corps étrangers, ne pouvant offenser les tissus que parleur poids etleur volume, et nullement par les inégalités de leur surface,ne déterminent autour d'eux qu'une phlegraasie adhésive. Je ne sache pas qu'un kyste d'isolement puisse se produire autour d'un corps étranger à la suite d'une phlegmasiesuppurative. Une fois enkystés, les corps étrangers peuvent séjourner toute la vie dans l'économie sans déterminer d'accidents. Ainsi on a vu plusieurs individus porter dans le tissu cellulaire sous-cutané des grains de plomb, des balles. Ainsi Fabrice de Hilden ( Obs. chir.^ cent. II, obs. iiî) parle d'un soldat qui fut blessé au front par une balle qui lui fractura le crâne. Plusieurs esquilles furent extraites ; mais la balle ne fut pas retrouvée. Le sujet étant mort, six mois après, d'une maladie aiguë, on trouva la balle an niveau du vertex , entre le crâne et la dure-mère intacts. C'est ainsi que Broussais parle d'une baîie qui séjourna sept ans dans l'épaisseur du poumon.
Parmi les corps étrangers inolïensifâ dans l'épaisseur de nos tissu?, il n'en est pas de plus remarquable que les balles qui s'incrustent dans Tépaisseur des os, en adhérant intimement à la fibre osseuse elle-même sans kyste intermédiaire. J'ai vu une de ces balles qui s'était complètement déformée en entrant dans l'épaisseur de la partie Supérieure du corps du tibia, où elle était comme infiltrée. On aurait dit du plomb fondu coulé dans une cavité anfractueuse : il semblait y avoir continuité entre le tissu osseux, qui avait acquis une compacité hypertrophique , et la substance métallique. Plusieurs fragments de cette balle étaient romplr'tement séparés du corps de la balle
et comme incruste's à une certaine distance. M. H. Larrey a présenté à la Société anatomique un humérus dont la tête renfermait dans son épaisseur une balle qui y était restée mobile à la manière d'un grelot. Cette balle avait été reçue dix ans avant la désarticulation scapulo-humérale qui fut faite par M. Larrey père. La balle, qui était enkystée, fut étrangère à cette opération.
Pour terminer ce qui a trait aux corps étrangers venus du dehors par solution de continuité, je mentionnerai : 1° les corps étiangers qui pénètrent traumatiquement dans nos tissus du dedans au dehors, comme la décharge d'une arme à feu dans la bouche, comme des corps étrangers vulnérants introduits dans le canal digestif et qui viennent sortir par une plaie, épingles, alênes de cordonnier, pointe d épée , couteaux; 2° un instrument de chirurgie qui se brise accidentellement pendant une opération, la pointe du couteau ou de Taiguille à dépression pendant l'opération de la cataracte. J'ai vu un vieux bistouri, dirigé par un habile et vieil opérateur, se briser en coupant la ligne blanche dans la taille hypogastrique : la recherche du corps étranger derrière la ligne blanche fut laborieuse ; 3° les corps étrangers introduits par l'art dans l'économie à la faveur d'une solution de continuiié, telle que les ligatures passées autour des vaisseaux (1), telle que la canule laissée à demeure dans les voies
(i) Il n'est pas douteux que plusieurs ligatures coupées près du nœud sont restées toute la vie, à la faveur d'un petit kyste circulaire d'isolement. Quelques unes se produisent au dehors, plus ou moins longtemps après la guérison , sous la forme d'un petit point dur d'abord, bientôt fluctuant, que l'on ouvre ou qui s'ouvre spontanément. J'ai vu une ligature qui n'est soriie que deux ans après l'opération. Le plus souvent la réunion par première intention s'opère, moins dans le point correspondant à la ligature. Il suit de là que la présence d'une ligature n'est point un obstacle à la réunion par première intention. Les ligatures de tissu animal ne sont pas plus avantageuses sous ce rapport que les ligatures de tissu végétal, car ni les unes ni les autres ne sont absorbées.
lacrymales , suivant la méthode de Foubert et de Dupuytren (1) , les injections d'eau , de vin , d'alcool, d'eau iodurée , etc., dans la tunique vaginale, la peau de baudruche dans le procédé de M. Belmas pour la cure radicale des hernies, etc. ; k^ la pénétration de l'air dans la plèvre à la suite d'empyème ou de plaie de poitrine, dans les foyers purulents, dans les veines- à la suite des plaies ou des opérations chirurgicales; les plaies envenimées, dont le venin agit non comme corps étranger proprement dit , c'est-à-dire par ses propriétés physiques, mais comme venin ou poison, et dont Thistoire doit par conséquent être placée à la suite de celle des poisons.
La conséquence thérapeutique qui dérive de ce qui précède, c'est l'indication d'extraire les corps étrangers traumatiquement introduits dans l'épaisseur de nos organes, toutes les fois que cette extraction est possible, et, pour atteindre ce but, la chirurgie militaire est en possession d'une foule d'instruments plus ou moins ingénieux.
Mais les chirurgiens modernes sont à cet égard infiniment moins téméraires que leurs devanciers : plus confiants dans la nature, dont ils connaissent mieux les procédés, soit d'élimination, soit d'enkystement, ils s'abstiennent ou mettent infiniment de prudence dans leurs explorations , pour peu qu'il y ait de péril dans ces tentatives d'extraction = Je crois surtout devoir me prononcer contreles tentatives pratiquées pendant la durée des phéno-
(i) L'innocuité de cette canule qtli demeure en place un très grand nombre d'années, quelquefois toute la vie, me paraît un fait du même ordre que celui de la balle qui séjourna vingt-cinq ans dans les fosses nasales sans occasionner d'accidents ; (]ue celui de celte vis de fusil qui fut rendue par les narines trente-sept ans après son introduction dans les même cavités : car il est infiniment probable que dans ces deux derniers cas les corps étrangers s'étaient logés dans une cavité tapissée par une membrane muqueuse.
mènes inflammatoires. J'ai vu une hémorrhagie mortelle de la crurale survenir pendant la nuit qui suivit des tentatives d'extraction de balle faites dix-huit jours après la blessure. Une phlébite suppurée pourrait d'ailleurs en être la conséquence. Il n'y a que deux moments d'opportunité pour l'extraction des corps étrangers dans les plaies par armes à feu : 1» dans les vingt-quatre heures qui suivent la blessure, 2° longtemps après, lorsqu'une fistule ou un kyste sont organisés autour du corps étranger (1),
IP GENRE
Corps étrangers inanimés venus du dehors qui pénètrent dans l'économie par les ouvertures naturelles.
Toutes les ouvertures naturelles du corps humain, qu'elles soient des orifices d'entrée, de sortie, ou en même temps des ouvertures d'entrée et de sortie , peuvent servir dévoie d'introduction à des corps étrangers. Il n'est pas besoin de rappeler que toutes ces ouvertures, qui aboutissent à des canaux muqueux , appartiennent à trois grands appareils : 1° aux voies alimentaires, 2° aux voies respiratoires (2) , 3" aux voies génito-urinaires. Or, les canaux muqueux de l'économie peuvent, au point de vue de leur aptitude à recevoir des corps étrangers venus du dehors, se diviser en trois catégories :
1° Canaux muqueux destinés par la nature de leurs fonctions à être en rapport continuel avec des corps
(1) J'ai connaissance d'un fait bien malheureux à ce sujet. Un ancien militaire portait depuis longues années à la cuisse, sous la peau, une balle qui ne lui causait aucune incommodité. Il veut s'en débarrasser à l'insu de sa famille, prétexte un voyage et entre dans une maison de santé. L'extraction est faite à l'aide d'une simple incision par un très habile opérateur. Le malade était mort le huitième jour avec tous les symptômes dits de résorption purulente.
(2) Quant au conduit auditif externe, il peut être considéic comme une annexe des voies respiratoires.
116 ATSfATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
étrangers venus du dehors, tels sont les canaux rauqueux qui appartiennent aux voies alimentaires et respiratoires ;
2° Canaux muqueux qui sont accidentellement et temporairement en contact avec des corps étrangers venus du dehors : ce sont les canaux muqueux des voies génitourinaires ;
3° Canaux muqueux qui, dans aucune circonstance possible, ne peuvent être en rapport avec les corps étrangers venus du dehors : tels sont les canaux excréteurs profondément situés. Nous verrons qu'aux conduits de cette dernière catégorie appartiennent surtout les corps étrangejs formés au dedans de nous.
De toutes les ouvertures naturelles, celle qui sert le j)his habituellement à Tin Iroduction des corps étrangers, c'est sans contredit l'ouverture de la bouche qui appartient essentiellement aux voies digestives, mais qui appartient aussi aux voies respiratoires ; en seconde ligne , viennent l'orifice anal et les ouvertures des voies génitourinaires; en dernière ligne, au moins pour l'importance, les orifices des fosses nasales et des conduits auditifs externes.
Or, les corps étrangers inanimés venus du dehors peuvent être tantôt forhdtement, tantôt volontairement introduits dans l'économie par les ouvertures naturelles : fortuitement, telle une bille qui tombe de la bouche dans le larynx ; volontairement , soit dans un but plus ou moins raisonnable , soit par une volonté pervertie ou monomaniaque ; quelquefois cette introduction est le , fait d'un art conservateur. Rarement elle est opérée par une main suicide ou homicide. Il arrive assez souvent que l'introduction volontaire des corps étrangers est l'effet d'une espèce de monomanie : tel est le fait de cette jeune personne dont il est parlé dans les Mémoires de la Société royale de médecine , qui avalait tous les cheveux qu'elle pouvait se procurer,et dans l'estomac de laquelle on trouva
une masse énorme de cheveux feutrés ; telle encore la manie de cette jeune fille qui avalait toutes les épingles qu'elle pouvait se procurer , et qui finit par mourir dans le marasme le plus complet : à l'autopsie on trouva que presque tous les muscles, surtout ceux delà cuisse, étaient, pour ainsi dire , transformés en pelottes garnies d'épingles (ce fait m'a été raconté par Dupuylren ) ; telle encore la clef du poëte Gilbert. Souvent cette monomanie se dirige du côté des voies génito-urinaires. Ainsi Diipuytren rappelait souvent à ses leçons l'observation d'une femme qui était possédée de la manie d'introduire dans sa vessie des fragments de porcelaine : trois opérations de taille, et la terreur qu'on lui inspirait sur le danger de l'opération, ne guérirent pas cette malheureuse de sa funeste monomanie : elle succomba à la quatrième taille.
J'ai été consulté par une jeune dame, appartenant à une très bonne famille , dont elle était adorée, ainsi que de son mari qu'elle aimait tendrement. Celte femme avait la manie d'introduire des fragments de piierre dans son vagin , et tout me porte à croire (|u'elle ne conservait aucun souvenir de cette introduction. Elle me raconta que ces pierres se formaient dans son corps à des intervalles plus ou moins considérables, et déterminaient des accidents qui la forçaient à avoir recours aux gens de l'art. Cette dame me montra la collection de pierres qui lui avaient été extraites du vagin, et, comme elle avait habité diverses parties de la France depuis l'invasion de sa monomanie , on voyait , à côté de pierres appartenant à des terrains granitiques, des pierres appartenant à des terrains calcaires, du silex, etc. Je feignis de croire à sa sincérité, et je la priai de me prévenir aussitôt qu'une nouvelle pierre se serait formée , car elle avait commencé par me dire qu'elle n'en avait pas au moment où elle se présentait à moi. Quinze jours après, cette dame me fit appeler, et je relirai de son vagin des mor-
ceaux de plâtre appartenant à une démolition. Je cherchai alors à lui démontrer que ce corps étranger venait d'être récemment introduit; qu'il était impossible qu'il se fût formé dans l'intérieur de son corps , de même que les autres pierres qu'elle m'avait remises ; que ces corps étrangers avaient été nécessairement introduits ou par elle ou par une autre personne, et que si sa volonté n'y était pour rien , elle était victime d'une funeste monomanie. Je répétai cela en présence des membres de sa famille , que j'eus bien de la peine à convaincre , tant ils étaient fascinés. Quant à la malade elle-même, elle affirmait avec tant de vérité qu'elle était complètement étrangère à la présence de ces corps étrangers, qu'elle se soumettrait à tout pour être délivrée de ce qu'elle appelait son infirmité, que je suis porté à croire qu'elle perdait complètement le souvenir de cette introduction, qu'elle effectuait probablement dans un accès de monomanie. Sans doute de funestes habitudes président le plus ordinairement à dépareilles introductions; mais un certain nombre doit être rapporté à une véritable monomanie qui revêt cette forme singulière.
L'introduction volontaire des corps étrangers dans l'anus a souvent pour point de départ une douleur dans cette région et le soulagement apporté par cette manœuvre qui finit trop souvent par devenir une habitude libidineuse que , par honneur pour l'espèce humaine, je qualifierai de monomaniaque. Dans un fait observé tout récemment à l'hôpital de la Charité par M. Morel-Lavallée, il est constant que l'individu qui en fait le sujet ayant été grandement soulagé de douleurs vives à l'anus par l'introduction du doigt dans le rectum , finit par substituer au doigt un flacon d'eau de Cologne de petite dimension, qu'il introduisait tous les soirs dans la moitié de sa longueur et qu'il laissait à demeure toute la nuit; puis le soulagement ayant diminué, ce fut un pot de pommade
qu'il substitua au flacon, et enfin un verre ordinaire au pot de pommade. Or, il arriva ([ue ce verre ayant été introduit par le fond, plus large que Forifice, le verre tout entier fut avalé par le rectum, ce qui s'explique très bien par la contraction du sphincter, dont la force se décompose 1'^ en constriction , 2° en propulsion; et ce fut dans ces conditions, le rebord du verre étant situé au-dessus du sphincter, que le malade fut apporté à Thôpital de la Charité, où il fut délivré sans accident de ce corps étrangère Taide d'un procédé ingénieux imaginé par M. Morel. Des aveux positifs établissent que, dans un fait analogue publié par M. Velpeau, c'était uniquement une sensation voluptueuse que recherchait l'individu qui en fait le sujet. A mesure que la sensation s'émoussait par l'introduction répétée du même corps , cet individu avait recours à un corps plus volumineux , et , petit à petit, il en vint à s'introduire un de ces grands verres à bière, dont le fond a des dimensions aussi considérables que celui d'une bouteille ordinaire. Le verre fut avalé par le même procédé que j'ai indiqué tout à l'heure. Déjà des tentatives peu régulières d'extraction avaient été faites, le verre entamé, l'intestin légèrement déchiré. Quelque habilement que fût retiré le corps étranger, une inflammation considérable s'empara du rectum lacéré et des parties voisines, et le malade paya de sa vie sa funeste et inconcevable monomanie.
C'est souvent dans le but unique de faciliter l'émission des urines difficile et douloureuse que certains individus introduisent des corps étrangers dans le canal de l'urètre. Tel est le cas dont M. Caudmont , membre de la Société anatomique, a communiqué l'histoire à cette Société. Un homme, âgé de vingt-sept ans, ayant une grande difficulté pour uriner, s'introduisit dans le canal de l'urètre un crayon ayant 5 centimètres de long. Le crayon lui ayant échappé, il ne put plus le retirer. Rétention d'urine. In-
120 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALJ5.
troduction d'une petite sonde qui enfonce le corps étranger jusque dans la vessie. Ce corps étranger, que M. Caudmont a présenté à la Société, a été très habilement retiré par lui de la vessie à l'aide d'un instrument lithotriteur en forme de pince, qui heureusement a saisi le corps étranger tout près de l'une de ses extrémités.
D'autres corps étrangers sont introduits dans les voies alimentaires par un motif plus ou moins raisonnable : tels sont les louis d'or enveloppés d'un linge avalés dans le but de les soustraire aux voleurs (fait de Habicot); telles sont les médailles que le savant voyageur Levaillant avala dans la crainte d'en être dépouillé par des corsaires. Les annales de l'art sont remplies d'exemples de pièces de monnaie, de couteaux, de fourchettes et autres corps étrangers inti'oduits dans les voies alimentaires, soit par forfanterie à la suite d'un pari, soit par des baladins pour exploiter la curiosité publique.
D'autres corps étrangers sont introduits volontairement par une main suicide (les poisons), rarement par une main homicide. Dans cette dernière catégorie doivent être rangés les corps étrangers introduits dans l'arrière-bouche d'un enfant nouveau-né. A un raffinement de malveillance ou de vengeance peuvent être rapportés l'introduction d'une queue de cochon dans l'anus d'une fille publique dont parle Marchettis, et celle d'une petite médaille dans le canal de l'urètre d'un homme ivre dont parle M. Civiale.
Parmi les corps étrangers introduits temporairement ou laissés à demeure par un art conservateur, je citerai les pessaires, les canules, les sondes, les bougies, les dents, les obturateurs, etc. (1).
Cela j)Osé sur les causes qui président à l'introduction
(l) Il n'est pas rare île voir des obturateurs et des dents artificielles avalées et rendues par les selles. Un préparateur d'anatomie m'a affirmé avoir tiouvc sur uti cndavre une dent artificielle armée de son pivot, dans une division broncliifpic
des corps étran[]ers dans l'ecouoinie par les ouvertures naturelles, jetons un coup d'œil général sur l'ensemble de ces corps. Ils peuvent être gazeux, liquides ou solides : ces derniers sont organiques ou inorganiques. Les corps étrangers organiques appartiennent au règne végétal ou au règne animal.
Corps étrangers jjazeux.
Les gaz non respirables ou délétères introduits dans les voies aériennes avec ou sans air atmosphérique sont sans doute des corps étrangers et de la pire espèce ; mais comme ils agissent les uns par leurs propriétés négatives, c'est-à-dire en tant qu'ils sont impropres à entretenir la respiration et la vie, les autres par leurs propriétés toxiques ou par Xinioxicadon du sang , leur étude appartient à l'asphyxie.
Il en est de même des miasmes végétaux ou animaux dont Tair atmosphérique est le véhicule, et qui agissent sur l'économie par septication. Certes, cette étude, à laquelle se rattachent les grandes questions de contagion et d'infection, est d'un immense intérêt: car les voies respiratoires sont la grande voie d'introduction dans l'économie de tous les hétérogènes gazeux, de tous les miasmes qui l'infectent; mais leur étude appartient à la pathologie générale des maladies miasmatiques, et l'anatomie pathologique ne saurait intervenir que pour la détermination des effets consécutifs de ces miasmes sur Téconomie.
La thérapeutique a fait quelques essais d'introduction dans les voies respiratoires de ces corps étrangers gazeux; mais ces essais sont insuffisants. Je ne doute pas cependant qu'ils ne soient repris tôt ou tard; car la grande surface absorbante des voies respiratoires, si puissante pour la destruction du corps de l'homme, ne doit j)as être moins puissante pour sa conservation. Ainsi l'aug-
mentation de la quantité d'oxygène de Tair atmosphérique, les vapeurs émollientes, aromatiques, balsamiques, ammoniacales , acides , répandues dans l'atmosphère ou respirées à l'aide d'appareils particuliers, ne peuvent pas être considérées comme un moyen indifférent. Je ne sache pas qu'on ait tenté l'introduction de gaz médicamenteux par l'anus.
Mais Tanatomie pathologique est en droit de s'occuper des gaz considérés comme véhicule de corps étrangers pulvérulents.
Ainsi, chez les individus qui vivent habituellement au milieu de la poussière du charbon, le charbon pulvérulent est porté avec l'air dans les vésicules pulmonaires où il est déposé,et où il forme à la longue des masses compactes qu'on a prises bien souvent pour des tubercules, et surtout pour de la mélanose. J'ai vu des charbonniers affectés de catarrhe chronique, dont les crachats étaient constamment colorés de noir et quelquefois complètement noirs ; plusieurs expectoraient de temps en temps de petites pierres noires qui n'étaient autre chose qu'une agglomération compacte de poussière de charbon. J'ai rencontré plusieurs fois, à l'autopsie des charbonniers, des masses de lobules pulmonaires tout à fait imperméables par suite de leur pénétration par le charbon : on a peine à croire, au premier abord, que ces petites carrières de charbon puissent provenir de la poussière impalpable disséminée dans l'atmosphère qui entoure les charbonniers. La question de savoir si cette poussière de charbon, accumulée dans les vésicules pulmonaires, peut avoir pour conséquence la production de tubercules , me paraît décidée d'une manière négative.
Il est bien probable que chez les plâtriers, la poussière du plâtre doit pénétrer dans les vésicules pulmonaires et se comporter à peu de chose près comme le charbon. Je ne connais rien de positif à cet égard. L'influence de la pro-
fession de plâtrier sur le développement des tubercules pulmonaires ne me parait pas bien constatée.
Le blanc de céruse pénétrant par les voies aériennes peut-il devenir cause d'intoxication saturnine? Je serais porté à le croire; car, j'ai observé que les ouvriers employés à emballer le blanc de céruse dans les fabriques sont bien plus promptement et plus profondément atteints d'intoxication saturnine que les autres ouvriers attachés à ces établissements.
J'ai vu bien rarement des tuberculeux parmi les peintres en bâtiment et les individus employés aux usines de plomb.
Corps étrangers liquides.
Les corps étravigers liquides vénéneux introduits dans l'estomac agissant par leurs propriétés toxiques, je renvoie leur étude au moment où nous étudierons les lésions produites dans l'économie par Tingestion des poisons.
Il en est de même des corps étrangers liquides médicamenteux ou vénéneux qui peuvent être introduits par l'anus dans le gros intestin, cette importante voie de médication.
Les injections de liquides chargés de diverses substances médicamenteuses dans les voies génito-urinaires ne doivent pas être omises dans cette énumération.
Mais c'est surtout dans les voies aériennes que les liquides agissent comme corps étrangers; le plus ordinairement ils sont expulsés par la toux ou absorbés. La physiologie expérimentale nous apprend, en effet, la puissance énorme d'absorption des voies aériennes. L'asphyxie peut être la suite immédiate de Tintroduction d'une certaine quantité de liquide dans les voies aériennes, lorsque la toux ne peut pas ouvrir à l'air un passage par le déplacement ou l'expulsion du liquide.
J'ai vu une mort instantanée suivre l'introduction im-
prudente dans la cavité buccale de quelques cuillerées d'eau dans un cas d'apoplexie de la protubérance. Il existe une maladie qui consiste dans la paralysie du larynx, paralysie qui peut d'ailleurs être indépendante de toute autre paralysie. Sous ce rapport, le fait suivant mérite d'être mentionné. Un malade entra dans mon service avec une aphonie complète. Je crus qu'il avait une phthisie laryngée. Chez ce malade la déglutition était extrêmement laborieuse, et bien qu'il mît à son accomplissement toute sa force de volonté, cet acte s'accompagnait d'efforts considérables de toux qui dénotaient l'introduction de l'air dans les voies aériennes, efforts incomplets et presque toujours impuissants,vuledéfaut de contraction des muscles de la glotte. Ce malade mourut subitement en avalant un liquide. A l'autopsie, je trouvai le larynx parfaitement sain. La trachée et les bronches étaient remplies de pus mêlé à un liquide clair; le poumon emphysémateux contenait quelques tubercules disséminés au milieu d'un tissu sain. La mort, dans ce cas, est survenue de la même manière qu'à la suite de la section des nerfs pneumo-gastriques chez quelques animaux. Ayant pratiqué à plusieurs reprises la section des nerfs pneumo-gastriques sur des lapins, je vis que, tantôt la mort survenait quelques heures après l'expérience, et que tantôt elle n'arrivait qu'au bout de plusieurs jours. Surpris de cette différence de résultats dans des conditions qui paraissaient identiques, je fis l'autopsie de plusieurs de ces animaux, et je trouvai chez ceux qui étaient morts rapidement l'œsophage et le pharynx remplis de choux, et, en outre, une certaine quantité de ces mêmes choux dans les voies aériennes, tandis que rien de semblable n'existait chez les animaux qui survivaient plusieurs jours à l'expérience. La laison de cette différence, c'est qu'on avait laissé des choux à la disposition des premiers animaux, tandis que ceux qui avaient survécu avaient été privés de tout aliment.
SEPTIÈMK CLASSK. DES CORPS ÉTRANGERS. 125
A la même série de faits, il feut rapporter la mort subite de plusieurs épilepticpies surpris par leur attaque en mangeant la soupe. A l'autopsie de deux épileptiqnes morts dans cette position, j'ai trouvé des matières alimentaires dans les voies aériennes.
Des efforts de vomissement peuvent amener les mêmes résultats. On parle d'un soldat ivre qui, ayant été pris de vomissement dans l'état d'ivresse , mourut subitement par le passage des matirres vomies dans les voies aériennes; d'un infirmier de l'hôpital de la Charité qui, apercevant Corvisart au moment où il faisait des efforts de vomissement, voulut se retenir par respect, et tomba mort à l'instant.
Corps étrangers solides venus du dehors.
Ils sont organiques ou inorganiques.
Les corps étrangers organiques sont tirés du règne végétal ou du règne animal. Ils appartiennent essentiellement aux voies digestives et aux voies aériennes (1) ; aux voies digestives, parce qu'ils sont constitués par des substances alimentaires ou introduits avec elles ; aux voies aériennes, vu la communauté des cavités buccale et pharyngienne.
Ce qui constitue essentiellement le corps étranger, ce qui fait la gravité de sa présence, c'est moins sa nature que son volume. Ams\,[i\ substance la plus inoffensive et même la plus alimentaire par sa nature qui, introduite sous un petit volume, servirait ù une bonne nutrition, devient corps étranger par son volume considérable, tandis que
(i) Comme exemple de corps étrangers organiques des voies génitales, je dirai que j'ai vu en Limousin une pauvre paysanne affectée de chute de matrice (invagination du vagin) qui contenait parfaitement l'utérus à l'aide d'une pomme en guise de pessaire qu'elle renouvelait de temps en temps.
des corps étrangers proprement dits, qui ne sont nullement en rapport avec la vitalité des organes, passent inaperçus, parce que leur volume leur permet de franchir impunément les détroits du canal digestif. Ainsi , j'ai vu deux fois un morceau de bœuf volumineux arrêté dans le pharynx déterminer immédiatement la mort par asphyxie. Dans l'un de ces cas, dont la pièce est déposée au musée Dupuytren, le morceau de bœuf emplit le pharynx, et un prolongement plus étroit s'engage dans le larynx dont il obstrue la partie sus-glottique : telles une poire , un œuf dur, une grosse châtaigne , retenus dans l'œsophage.
Dans Tappréciation du volume, il faut toujours étudier comparativement le diamètre du corps étranger et celui du canal muqueux avec lequel il est mis en rapport, tenir compte aussi de la différence dans leurs divers diamètres de chacun de ces corps étrangers.
Sous ce dernier rapport , il y a une distinction à faire entre les corps trop volumineux dans toutes leurs dimensions pour circuler dans les canaux où ils sont engagés, et ceux dont les dimensions inégales leur permettent de franchir le passage lorsqu'ils se présentent dans le sens de leur petit diamètre et s'y opposent complètement lorsqu'ils se présentent dans un autre sens.
A la première catégorie appartiennent les louis d'or enveloppés dans un linge dont parle Habicot; à la seconde le louis d'or jeté en l'air, reçu dans la bouche, et pénétrant dans le larynx par sa tranche, le fragment d'épée qui pénètre dans les voies alimentaires dans le sens de sa longueur.
Or, les canaux muqueux présentent dans divers points de leur longueur des rétrécissements ou détroits qui constituent presque toujours l'obstacle au passage du corps étranger. Ainsi la glotte pour les voies aériennes, la por-
lion cervicale de l'œsophage, le pylore, Forifice iléo-cœcal, l'appendice vermiculaire, Tanus pour les voies alimentaires.
On a dit que telle était la loi d'harmonie qui présidait à l'organisation , qu'il y avait une proportion rigoureuse entre les diamètres des divers détroits du canal alimenmentaire; si bien que, lorsqu'un corps étranger avait traversé le détroit œsophagien, il traversait nécessairement les autres détroits. Cela peut être vrai en général, mais il y a beaucoup d'exceptions à cet égard, et puis les corps étrangers peuvent se présenter dans des sens différents en traversant le canal alimentaire. N'oublions pas d'ailleurs la disposition infundibuliforme (1) si remarquable des diverses parties du canal digestif, et la dilatatibilité si variable des canaux et des détroits.
N'oublions pas que les divers conduits et détroits n'ont pas le même diamètre aux diverses époques de la vie; que, par exemple, le diamètre antéro-postérieur de la glotte chez l'adulte est de 1 0 à 12 lignes (20 à 2Zi millimétrés), tandis qu'il n'est que de la moitié chez l'enfant. Enfin n'oublions pas les détroits morbides (2) qui peuvent s'établir par suite d'inflammations chroniques, de cicatrices , de cancers : ainsi des noyaux de cerises, un petit fragment d'os de volaille arrêtés dans un point du canal intestinal pathologiquement rétréci, ou même dans une hernie, ont déterminé des accidents.
Il suit de là que, sous le rapport du volume, ce qui est corps étranger pour un appareil d'organes ne serait pas
(i) Un corps étranger qui a circulé librement dans les deux premiers tiers de l'intestin grêle, peut être arrêté dans le dernier tiers.
(a) Sur le corps d'un individu affecté de rétrécissement carcinomateux de l'œsophage , j'ai trouvé trois balles de petit calibre engagées dans la partie rétrécie qu'elles obstruaient complètement. Il n'est pas douteux que ces balles ti'aient été avalées par le malade, qui avait la conscience du rétrécissement, dans le but d'ouvrir un passage aux aliments.
corps étranger pour un autre appareil ou un autre or* gane. Ainsi, un grain de raisin, une bille d'ivoire, une perle de verre, un louis d'or, sont des corps étrangers pour le larynx et n'en sont pas pour les voies digestives. Un grain de plomb, un noyau de cerise, sont corps étranger pour l'appendice iléo-cœcale, et ne le sont pas pour le reste du canal digestif; ainsi, un grain d'orge, d'avoine, un grain de cbapeiet, sont des corps étrangers pour le conduit auditif.
Après le volume, ce qui importe le plus dans un corps étranger, c'est la consistance. Sous ce rapport, on divise les corps étrangers en mous et en solides, en hygrométriques et non hygrométriques.
Les coi'ps mous végétaux ou animaux sont susceptibles de s'altérer, de se ramollir, de sedissoudre, de se putréfier; et, s'ils sont dans le canal digestif, de se digérer de telle façon qu'ils perdent avec leur volume leur qualité de corps étranger. Ainsi, ce qui est corps étranger pour l'œsophage peut ne l'être plus pour l'estomac, encore moins pour l'intestin. On conçoit qu'un corps étranger des fosses nasales etdes voies aériennes, puisse, en se ramollissant el en se divisant, être facilement expulsé, et le fait a été plusieurs fois observé.
Les corps hygrométriques augmentent plus ou moins de volume sous l'influence de l'humidité, tel le haricot qu'un enfant s'amuse à lancer dans l'air et qui, reçu dans la bouche et comme attiré par une inspiration instinctive, pénètre avec la colonne d'air dans les voies aériennes. Ce haricot, dis-je, qui ne produit d'abord que des accidents médiocres , intermittents , en détermine de graves, de jîermanents et même de mortels, aussitôt qu'il est gonflé par l'humidité du lieu.
On dit avoir vu germer dans le conduit auditif un pois, un grain d'avoine, et dans les fosses nasales un haricot. Cela n'est pas impossible; mais il faut reléguer parmi les
Sl'PTli'.MK CLASSE. ORS CORPS l'iTf! ANCICIi.s. 129
fables riiistoire de Donatus qui parle (run noyau île cerise introduit dans l'oreille, qui finit par [jermer et qu'on put extraire par la tige.
Les corpa étrangers durs, qu'ils appartiennent au règne végétal (noyaux de pêches, de prunes, amandes, noix, marrons enveloppés de leur écorce), au règne animal (os), ou au règne inorganique, produisent des résultats identiques, et ces résultats dépendent beaucoup de leur configuration, de leur surface, tantôt arrondie, lisse, tantôt anguleuse, inégale, vulnérante, déchirante. Voilà pourquoi les arêtes de poissons, les os presque toujours anguleux et pointus qui sont avalés, soit avec un morceau de bœuf ou de mouton non mastiqué , soit avec de la soupe, tiennent une si grande place dans l'histoire des corps étrangers de l'œsophage. Toutefois ces corps étrangers anguleux peuvent être offensifs ou inoffensifs, suivant la direction qu'ils suivent dans leur pénétration.
On a peine à croire que des corps étrangers tels qu'un couteau ouvert, un affiloir de charcutiei', un couteau de poche avec sa gaîne, etc., aient pu traverser impunément les voies digestives.
DEUXIÈME SOUS-ORDRE
Corps étrangers non vivants formés au dedans île nons.
Les corps étrangers non vivants formés au dedans de nous sont organiques ou inorganiques.
PREMIER GENRE
Corps étrangers organique:
Ce sont des corps qui, avant fait partie deTïTPT^afttSTfî^ s'en sont détachés et conséquemment sont devenus libres. TiCur noml)re est considérable,