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DEUXIÈME ORDRE

Des tumeurs fibro-plastiques.

Nous avons vu dans l'article précédent, qu'il existait un certain nombre de tumeurs cutanées, qui avaient été confondues avec le cancer, auquel elles appartiennent bien en réalité, mais dont elles constituent cependant une variété ; qui a motivé leur dénomination de tumeurs épithéliales, de cancroide. Dans ce même groupe de tumeurs cancéreuses telles qu'on les comprenait autrefois. M. Lebert (1), le premier a cherché à étabhr anatomiquement

(i) Leherty Physiologie pathologique^ Varis^ i845,t. II, p. 120, --BalL de la Soc. de chir,^ l. IIÏ, p. 248 et suiv. — Traité d'an atomie pathologique générale^ Paris, i855, in-folio, t. I, p. 177.

PSEUÎJO-CANCERS. 327

une troisième subdivision ; et c'est d'elle que nous devons nous occuper.

M. Lebert a montré qu'un certain nombre de tumeurs auxquelles il a donné le nom defibro-plastiques, n'étaient comme le cancroïde qu'un pseudo- cancer, c'est-à-dire qu'elles pouvaient récidiver sur place, mais qu'elles avaient peu de tendance à infecter l'économie. Ce sontces deux grands caractères, la récidive et l'infection, qui les avait fait autrefois comprendre dans la grande classe des cancers, de laquelle des tentatives heureuses, après une lutte énergique, ont permis d'en faire avec juste raison, au moins une variété spéciale de cancer, moins redoutable que l'encéphaloïde. Ce qui, au début des études liistologiques a surtout motivé, en France, cette séparation des tumeurs fibro-plastiques des autres tumeurs cancéreuses, c'est la doctrine de Yhétéromorphie aujourd'hui généralement abandonnée. Les tumeurs fibro-plastiques, à cause de la nature de leurs éléments, avaient été décrites comme le cancroïde parmi les tumeurs à éléments homœomorphes,

§ 1". — Définition.

Nous désignerons sous le nom de tumeurs fibro-plasti^ gués, des néoplasmes morbides, formés d'éléments anatomiques analogues à ceux que l'on rencontre en abondance dans le tissu de l'embryon, et plus tard dans les cicatrices. Ces néoplasmes ont encore été désignés sous le nom à'Embrio-plasticiues^riarceqne chez l'embryon ils donnent naissance aux organes dont ils ne sont que les rudiments; dans les cicatrices, ils sont susceptibles de se transformer en tissu conjonctif. A l'état pathologique, ces mêmes éléments, au lieu de suivrel'évolution embryonnaire, forment par leur agglomération des tumeurs qui ont une tendance continuellement envahissante, et qui ne peuvent jusqu'à présent au moins disparaître spontanément.

328 xvin^ cLASsi:. des dégénérations organiques.

C'est à cette variété de tumeur que Abernetîiy avait donné le nom de Sarcome, destiné à rappeler Fanalofjie d'aspect qu'elles ont avec la chair. Mais cette dénomination avait aussi été appliquéeà beaucoup d'autres tumeurs» essentiellement différentes de celles que nous décrivons, et sous ce rapport elle mérite Toubli dans lequel elle est tombée.

^2. — Variétés de tumeurs fibro-plastiques.

Les tumeurs fibro-plastiques ayant des élémentsanatomiques caractéristiques que nous décrirons plus loin, il est intéressant de constater, que ces mêmes éléments ont été retrouvés dans trois formes de tumeurs, qui présentent entr'el les de notables différences sous le rapport de leur formation, de leur pronostic et de leur traitement. Cette triple différence a permis à M. Lebert d'établir trois variétés spéciales de fibro-plastiques, à savoir : 1» le fibroplastique cTorigine inflammatoire, '2^ celui qui se rencontre dans la plupart des hypertrophies, 3^ celui qui a une formation autogène essentiel.

Cette similitude d'éléments histoloyiques pouvant cependant coexister avec des modifications profondes dans révolution, ainsi que dans la marche de ces tumeurs, n'est pas le point le moins intéressant de leur histoire. La plupart des chirurgiens se basant précisément sur cette homogénéité d'éléments constituants des tumeurs qui, cliniquement, devaient avoir une marche si différente, se sont divisés, l^es uns ont refusé d'admettre la séparation proposée par M. Lebert, et ont continué à considérer les tumeurs fibro-plastiques comme de véritables cancers. Les autres , heureux d'entrevoir la l'Ossibilité de ia curabilité par une opération d'une tumeur réputée incurable, ont accepté avec bonheur cette séparation des tumeurs fibro-plastiques des autres tu-

meurs cancéreuses. Si ron veut se faire une juste idée de la division qui existait à cette époque parmi les chirurgiens, on lira avec intérêt la discussion qui a eu lieu au sein de la Société de chirurgie (1). et plus tard à TAcadémie de médecine (2).

Les deux premières variétés, le tissu fibro-plastique d origine inflammatoire ^ et celui qui se rencontre dans les diverses hypertrophies^ pourraient être confondues en une seule; car elles reconnaissent toutes les deux une hypérémie, un excès de nutrition. Cliniquement, ces deux variétés ont encore une grande ressemblance, c'est la tendance prononcée que ces éléments histologiques ont à la tiansformation fibroïde définitive. Par suite de cette propriété, la saillie que forment ces tumeurs, diminue, Tinverse s'observe, au contraire, dans la troisième variété, le tissu fibro-plastique autogène, essentiel. Les tumeurs qui en résultent ont une tendance continuelle à un accroissement indéfini si la chirurgie n'intervient pas.

§ 3. — Forme et volume.

Les tumeurs fibro-plastiques sont généralement arrondies, globuleuses et lisses à leur surface; d'autres fois, ce qui est plus rare, elles sont lobulées, et se rapprochent alors, pour la forme, de certaines tumeurs fibreuses dont elles se distinguent cependant par la densité moindre. Mais si un obstacle s'oppose à leur développement dans un sens quelconque, comme cela se voit pour certaines tumeurs fibro-piastiques de la dure-mère, elles peuvent quelquefois être aplaties, et même prendre des formes plus ou moins bizarres. Comme on le voit, malgré que ces tumeurs aient une tendance prononcée à avoir une forme ovoïde, qui est un de leur caractère important,

(i) Bull, de la Soc» de chir.^ t, III, p. 376 et suiv. (2) Bull, de rAcad. de méd., t. XX.

830 XVIIl*' CLASSE. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

elles sont quelquefois cependant influencées par la disposition des organes voisins.

Le volume des tumeurs fibro-plastiques est des plus variables ; mais on peut établir en principe qu'à Texception de certaines tumeurs hypertrophiques, il n'y a peut-être pas de productions morbides qui soient capables d'acquérir des dimensions aussi considérables, surtout quand leur siège est aux membres et particulièrement aux inférieurs. Ce volume est quelquefois tel, qu'il devient par lui-même un obstacle à leur ablation; il sert aussi dans les cas embarrassants de diagnostic d'avec les tumeurs cancéreuses, qui tuent généralement avant que d'atteindre les proportions considérables que présentent certaines tumeurs fibro-plastiques.

g 4. — Consistance.

La consistance des tumeurs fibro-plastiques présente quelques variations qui ne me paraissent point tenir à la période d'évolution à laquelle on les examine ; car quelque soit leur volume, si elles n'ont point subi d'altérations préalables, elles sont fermes, élastiques, ce qui est le plus ordinaire, ou bien elles sont molles, et dans certains points même comme fluctuantes. Dans cette dernière condition, elles peuvent donner lieu à des erreurs de diagnostic. Les tumeurs de cette nature qui prêtent le mieux à cette erreur, sont celles qui occupent les gaines tendineuses ou qui proviennent de fongosités articulaires. Il faut même, dans cette dernière variété de fibro- plastique, être bien prévenu de la possibilité de l'erreur pour l'éviter.

§ 5. — Siégfe et mobilité.

Un caractère très-important des tumeurs fibro-plastiques se tire de leur mobilité ; en effet, la plupart mêmes lorsqu'elles sont volumineuses, sont généralement assez

mobiles sur les oiyanes voisins. Cette mobilité qui ne se rencontre guère à ce degré dans les tumeurs cancéreuses, peut s'expliquer de deux manières : 1^ par le siège même des tumeurs fibro-plastiques ; 2^ par leur mode de développement.

Les tumeurs fibro-plastiques se développent dans les cicatrices où elles constituent les keloïdes qui, arrivées à une certaine période, peuvent rester stationnaires, et même disparaître par la transformation probable des éléments fusiformes en tissu conjonctif. Le siège le plus ordinaire est dans le tissu cellulaire superficiel ou profond des membres, sur îes aponévroses d'enveloppe, et même d'insertion, comme cela a été observé pour celles des muscles de l'abdomen, dans les gaines tendineuses, les synoviales articulaires dans les os. Il arrive même, quelquefois, qu'elles se développent sur un processus hypertrophique. J'ai enlevé, cette année, à l'hôpital des Cliniques, dans le service de M. Nélaton, une de ces tumeurs qui s'était développée au centre d'une hypertrophie mammaire.

Lorsque les tumeurs fibro-plastiques ont pris naissance dans le tissu cellulaire qui est leur siège le plus habituel , comme même à une période avancée de leur évolution, elles ont peu de tendance à contracter des adhérences avec les parties environnantes ; elles conservent, comme nous l'avons dit plus haut, sur ces dernières, une grande mobilité. A la partie interne de la cuisse, oii ces tumeurs fibro-plastiques du tissu cellulaire intermusculaire sont assez communes, elles sont généralement, quoique sousaponévrotiques, très -mobiles , même lorsqu'elles ont acquis un gros volume. C'est au moins ce que j'ai constaté, et ce qui m'a permis en outre de diagnostiquer leur nature. M. H. Larrey en a présenté à la Société de chirurgie un exemple remarquable, et le musée Dupuytren, n""' 49 et 50, maladies de la peau et du tissu cellu-

E32 xvnr CLASSK. des dégénéuatioins organiques. Jaire, contient la représentation en cire d'une de ces tumeurs de la cuisse, erdevée par M. Velpeau, et qui avait acquis des dimensions prodigieuses. La mobilité qui résulte de leur siège est donc une condition très-favorable de ces grosses tumeurs, car elle en rend possible Textirpation.

A la fin de Tannée dernière, vers le mois de décembre, M. Nélaton a enlevé à Thôpital des Cliniques une tumeur fibro- plastique de la région postérieure de la jambe, qui était située sous les muscles de la couche superficielle. Cette tumeur qui avait acquis un volume considérale, et égalait presque celui de deux têtes d'adultes, avait refoulé et distendu à sa surface les muscles soléaires et jumeaux , profondément elle avait écarté les muscies de cette couche, déprimé le ligament interosseux, et un de ses lobes avait pu même pénétrer entre les deux os et arriver à la partie antérieure de la jambe. Malgré ces énormes désordres, la tumeur mise à nu a pu être énuclée, et le malade, aujourd'hui guéri de la plaie qu'a nécessité une pareille tumeur, conserve l'intégrité des mouvements de sa jambe. Il est certain qu'un squirrhe ou un encéphaloïde, n'aurait point permis de réaliser une pareille opération, et aurait nécessité le sacrifice du membre.

Indépendamment du siège anatomique, ce qui favorise encore la mobilité des tumeurs fibro-plastiques, comme Va très-bien établi M. Lebert (1), c'est qu'à l'exception de celles du périoste, elles sont généralement entourées d'une enveloppe fibro-celluleuse qui les délimite.

Il est un certain nombre de tumeurs fibro-plastiques qui présentent une fixité quelquefois remarquable, ce sont celles qui prennent naissance sur les aponévroses ou sur le périoste. Les premières, malgré leur fixité, ont généralement une consistance médiocre. Les tumeurs

(i) Bull, de la Société de chirurgie^ t. III.

fibro-plastiques des os peuvent naître de rinlérieur de Tos même, ou bien, ce qui est plus commun, du périoste. Ces dernières, en même temps qu'elles sont très-fixes, ont une consistance des plus remarquables ; il semble qu'à toutes les périodes de leur évolution ces tumeurs fassent corps avec Tos. Souvent même des stalactites osseuses les traversent et en augmentent à la fois la consistance et la fixité; mais ici la fixité paraît plutôt dépendre de la propriété du périoste que de la tumeur elle-même. Je crois donc que d'une façon très-générale Ton peut dire que la mobilité est le propre des tumeurs fibro-plastiques^ L'os recouvert du produit morbide dans cette variété, au lieu de diminuer de résistance, augmente souvent de volume et de densité ; il se fait à son intérieur un véritable travail d'hypérostose et d'éburnation qui en augmente la résistance, aussi dans ces cas on ne constate point de fractures.

Lorsqu'une tumeur fibro-plastique a pris naissance à Tintérieur d'un os. elle le dilate en ampoule, elle atrophie le tissu osseux par compression, et, quand il s'agit du corps d'un os long , à Tinverse des fibro-plastiques du périoste, l'os acquiert, comme dans le cas de cancer térébrant, une grande fragilité. Si la lésion occupe l'épiphyse, la dilatation ampullaire qui renferme le produit morbide peut quelquefois acquérir des proportions considérables, et constitue une variété de tumeurs, que Ton a désignées autrefois sous le nom de spina-ventosa. Mais il est bon nombre de ces tumeurs, ainsi qualifiées, qui sont formées par des éléments particuliers, que l'on a nommées, dans ces dernières années, sous le nom demyéloplaxes^ et dans lesquels l'élément fibro-plastique n'entre plus que comme élément tout à fait accessoire.

g 6. — Caractères anatomiques.

J'étudierai d'abord l'aspect que présentent ces tumeurs

33/i X\nf CLASSE. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

à 1 œi! nu, après quoi je décrirai les éléments anatomiques, que le microscope a relevés dans leur structure intime.

Nous avons déjà dit que ces tumeurs jouissaient ordinairement d'une grande mobilité; elle s'explique assez bien par la présence d'une enveloppe fibro-celluleuse qui les délimite, quelquefois même, entre cette enveloppe et la tumeur, on constate Texistence d'une mince couche de liquide. L'isolement des tumeurs fibro-plastiques fait que quand elles arrivent au contact de la peau, cette dernière reste souvent mobile à leur surface, même lorsqu'elle est déjà fortement colorée et amincie ; et, si une ulcération se produit, comme il n'y a point d'adhérence intime de la tumeur, elle est le résultat d'une distension considérable, elle constitue une ulcération atrophique. A cette période, il est quelquefois même possible de constater, à travers l'ulcération, la couche fibro-celluleuse, qui n'est point encore détruite et recouvre la tumeur; mais, à son tour, elle ne tarde pas à subir le même sort que la peau et s'ulcère. Tels sont les phénomènes de physiologie pathologique qui accompagnent le développement de ces tumeurs. Si, après avoir enlevé une tumeur fibro-plastique, on vient à la diviser, on constate qu'elle présente des caractères qui, à un œil exercé, seront le plus souvent suffisants pour permettre d'en préciser d'une manière exacte la nature. La résistance de ces tumeurs à l'action du bistouri est loin d'être toujours identique : tantôt elles sont dures, elles crient sous le scalpel presque comme les tumeurs fibreuses; tantôt, au contraire, elles se laissent facilement traverser et s'écrasent. Ces deux variétés de tumeurs fibro-plastiques sont la reproduction des deux variétés types du cancer, à savoir : le squirrhe et Tencéphaloïde. Comme dans ces deux variétés de cancer, ce qui constitue la différence fondamentale que je viens de signaler, c'est la présence, dans la structure intime des tumeurs fibro-

plastiques, d'un suc plus ou moins abondant, coïncidant avec une plus grande vascularisation. Nous verrons en outre que les éléments corpusculaires, que nous révèle Texamen histologique , offrent aussi , comme dans le cancer, de légères différences.

Peut on considérer ces deux états des tumeurs fibroplastiques comme deux périodes distinctes, dans leur évolution, correspondant à Tétat de crudité et de ramollissement du tubercule? C'est ce qui a été admis par quelques auteurs; mais il nous a paru, d'après les faits nombreux que nous avons examinés , que les choses ne se passaient point ainsi. Nous avons vu des tumeurs fibroplastiques peu volumineuses , peu avancées dans leur évolution, être molles et appartenir à la seconde variété, de même que les tumeurs eocéphaioïdes, dès leur début, si petites qu'elles soient, sont ramollies. Nous serions donc tentés d'admettre que cette différence de consistance trouve sa raison d'être, dèsTapparition de la tumeur, dans une différence de structure intime, ou, pour être plus exact, dans une proportion différente d'éléments liquides et solides, qui devra exercer une certaine influence sur la marche future de cette affection.

Quand on examine une tumeur appartenant à la variété que j'ai qualifiée de dure, voici ce que l'œil nu montre à un observateur attentif : on constate qu'elle est formée d'une masse homogène, d'un jaune pâle, tirant même quelquefois sur le blanc et qui, à la consistance près, qui est moindre, rappelle assez bien l'aspect des tumeurs fibreuses. On peut même distinguer quelquefois dans la masse un certain nombre de faisceaux de tissu fibreux. Le tout est imprégné d'une substance gélatineuse transparente, d'autres fois jaunâtre. La vascularité est peu considérable, plus marquée cependant que celle des tumeurs fibreuses.

Si l'on examine une tumeur appartenant à la seconde

336 XVIIl*' CLASSE. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

variété, la consistance étant moindre, en même temps que Ton constate dans la masse morbide Texistence des éléments précédents, on trouve qu'elle est imprégnée d'un liquide plus abondant, et pénétrée d'une vascularisation qui, dans certains points, se présente sous la forme de pinceaux de capillaires, assez fins, et qui donnent au produit morbide une coloration rosée. Dans les endroits oti Tarborisation est moindre, la tumeur prend Taspect charnu. Par suite de cette extrême vascularisation et de Taltération du bourgeonnement des capillaires, il se produit quelquefois, au centre de ces tumeurs, dans des points isolés, des épanchements sanguins qui en augmentent rapidement le volume.

Ces foyers hémorrhagiques présentent ici la même marche que dans les autres tissus; ils peuvent devenir Torigine de véritables kystes , et la fibrine décolorée donne, à certaines parties de la tumeur, un aspect caractéristique jaune fauve, qui rappelle assez bien celui du tubercule cru, ce qui lui a fait donner le nom dephymatoïde. Ces masses phymatoïdes sont dues à un processus régressifs produit par une altération graisseuse des cellules, et elles ont la plus grande ressemblance avec celles que Ton trouve souvent dans le cancer encéphaloïde.

Outre les aspects précédents, on trouve quelquefois, dans les tumeurs fibro-plastiques, des concrétions calcaires, produites par des dépôts phosphatiques, qu'il ne faut point confondre avec les ossifications véritables que Ton trouve dans les tumeurs qui ont pris naissance dans le périoste. Ces dépôts calcaires ont paru, à M. Lebert, être le plus souvent le résultat d'une hémorrhagie. Ils me paraîtraient plutôt résulter de l'altération du tissu fibreux qui constitue la trame de ces tumeurs, et Ton sait, en effet, que ces dépôts sont, le plus souvent, le résultat de l'altération ultime de ce tissu.

A Tintérieur de ces tumeurs, qu'elles appartiennent à la variété dure ou molle, nous avons déjà dit qu'il s'y développait souvent des kystes, qui pouvaient acfjuérir des dimensions quelquefois très considérables. Leur siège anatomique est toujours le même, la trame celluleuse; mais, relativement à la masse morbide, ils en occupent le centre ou la périphérie, ce qui les a fait distinguer en superficiels ou profonds. Ils sont souvent multiples, et quand une de ces tumeurs prend subitement un accroissement rapide, insolite, c'est à leur présence que l'on doit l'attribuer. Le liquide que ces kystes renferment est des plus variables; tantôt, c'est un liquide séreux, jaunâtre, mais, le plus souvent, il est mélangé à une certaine quantité de sang, qui le colore en rouge plus ou moins foncé ; il peut même être de couleur lie de vin. D'autres fois, en même temps qu'il est jaunâtre, il est visqueux: c'est qu'il renferme alors une certaine proportion de matière colloïde amorphe qui complique la plupart des tumeurs.

L'examen histologique des tumeurs fibro-plastiques a démontré cju'elles étaient composées d'une trame de tissu conjonctif, variable en proportion, et c'est à elle qu'est due principalement la différence de consistance que nous avons déjà signalée plus haut. Les éléments corpusculaires , dans certaines tumeurs qui ont une grande densité, ne constituent réllement qu'une partie accessoire delà masse morbide.

Les cellules que décèle le microscope sont de plusieurs ordres : elles sont arrondies ou ovoïdes , d'autres fois allongées et même irrégulières. Plus ces cellules sont jeunes, moins elles sont volumineuses, et leur membrane d'enveloppe est alors accolée au noyau , qui a une dimension moyenne de 1/1 00"" à 1/60"^ de millimètre, M. Lebert a constaté que dans certaines cellules, qu'il a désignées sous le nom de ce//M/e5-?7ière5, il pouvait exister nn grand nombre de noyaux; mais alors chacun d'eux est plus V. 22

B38 XVIIJ'' CLASSK. DUS DKGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

|u,»tit cjue dans les cellules à un seul noyau. Au centre de ces noyaux existe de un à deux nucléoles généralement petits. Entre ces cellules existe un grand nombre de cor()S allongés dits, pour cette raison, corps fusif ormes ^ qui se terminent par une extrémité effilée unique ou bifide, ayant environ une longueur de l/lî50^ de millimètre, et renfermant, dans leur paroi, un noyau également muni de de son nucléole. En outre, il existe toujours, dans ces tumeurs, un certain nombre de noyaux libres, et leur proportion est d'autan i plus considérable que la masse est plus molle; que, par conséquent, la trame est moins évidente. Tous ces éléments corpusculaires ne se trouvent donc point toujours combinés en égale proportion dans ces tumeurs. Les unes les contiennent tous, tandis que d'autres sont presque uniquement formées de noyaux ou de corps fusifornîes. Les premières constituent la variété dite nucléaire^ ce sont aussi les tumeurs les plus vasculaires, les plus molles, celles j)our lesquelles la récidive est le plus à craindre.

L existence d'un réseau artériel dans ces tumeurs est incontestable, puis([ue nous avons déjà dit que c'est à sa présence qu'est due la couleur rosée qu'elles présentent quelquefois. Il était intéressant de rechercher ce que deviennent les veines, si dans la variété de fibro-plastique nucléaire, elles se laissaient défoncer, envahir, comme cela a été observé et est même la règle pour l'encéphaloïde. îl nous a pariî, au contraire, que dans cette variété de tumeur, les parois veineuses résistaient à la destruction, et que le néoplasme ne pénétrait point dans leur intérieur. On constate aussi dans les tumeurs fibro-plastiques l'existence d'un certain nombre de granules en suspension au sein d'une matière amorphe. Les éléments graisseux libres y sont très-rares, à moins cjue ces tumeurs ne soient à la période régressive.

§ 6. — Du suc.

Existe-t-ilunsucdans les tumeurs fîbro-plastiques? Gela est incontestable, mais de même que suivant que ces tumeurs a|)partiennent à la variété molle ou dure, il y a une difléreticedans la quantité et la nature des éléments corpusculaires, de même aussi le suc est en proportion plus considérable dans les tumeurs molles que dans les tumeurs dures. Ce qu'il importe de constater c'est que quelles que soient sa quantité et la variété de consistance des tumeurs, il a toujours les mêmes qualités; c'est-à-dire qu'il estplus ou moins transparent, mais il n'est point laiteuX;, ni îniscible à l'eau. Il se différencie donc de celui que l'on rencontre dans les cas de véritable cancer.

§ 7. — Marche et développement.

La marche et le développement des tumeurs fibroplastiques présentent encore des caractères qui leur sont spéciaux. La marche de ces tumeurs est lente au début, ce n'est qu'après qu'elles ont acquis déjà un certain volume qu'elle s'accélère, et que leur accroissement peut alors devenir très-rapide. Ces tumeurs se développent le plus souvent dans Tàge moyen de la vie, de 2 0 à 45 ans, tandis que ce n'est guère qu'après cet âge que Ton observe les cancers.

Les tumeurs fibro-plastiques dans leur développement, au lieu de détruire par envahissement les organes qui les avoisinent, les respectent au contraire. Les muscles refoulés sur les côtés de la tumeur sont distendus, allongés, ils subissent une atrophie par suite de la pression qui est exercée sur leur corps; mais ils ne présentent aucune dégénération qui est, au contraire, la règle dans les cas de cancer. Cette immunité des tissus ambiants constitue certainement un des caractères les plus importants des tumeurs fibro-[)lastiques.

3ii0 XVIIl* CLASSE. DES DÉGÉNÉRATïONS ORGANIQUES.

Les ganglions lymphatiques de la région ne sont souvent le siège d'aucun retentissement, ils se présentent avec leur volume normal ; il est cependant des cas dans lesquels ils subissent une augmentation notable de volume. Mais même quand cela existe il se présente encore une distinction importante à établir. Cette tuméfaction ganglionnaire peut être le résultat d'un simple retentissementinflammatoire, et cela est commun ; il arrive aussi cependant qu'elle résulte d'une reproduction du néoplasme dans cet organe, condition assurément défavorable, mais qui, il faut le reconnaîre, est loin d'être la règle; je dirais même volontiers que c'est l'exception. Un examen attentif permettra généralement à un chirurgien exercé, de reconnaître la cause de cet engorgement.

§ 8. — Récidive et infection des tumeurs fibro-plastiques.

Lors de son premier travail, qui date de ISiù, M. Lebert ne croyait point à l'infection générale des tumeurs fibro-plastiques : cela était rationnel, toutes celles qu'il avait observées jusqu'à cette époque n'avaient jamais récidivé que sur place. Aussi, conséquent avec les faits d'observation, se hâtant seulement trop, concluait-il que la récidive sur place était la seule admissible, maxime assurément très-consolante pour,le chirurgien : car, pourvu qu'il lui fût possible d'enlever le mal, il en devait poursuivre l'extirpation avec acharnement. A cette condition on était donc en droit d'en espérer le cure radicale : c'est en effet ce qui est arrivé, et M. Chassaignac (1) a opéré trois fois une tumeur fibro-plastique située sur la poitrine et qui avait récidivé sur place. M.Broca s'exprimait ainsi : « Les tumeurs fibro-plastiques sont homœomorphes, et « comme telles entièrement locales (2). »

(i) Chassaig:iac, Bull, de la Soc. de chir,^ t. H, p. a25* (2) Bull, de la Soc. anat.^ i85o, t. XXV, p- 246.

Cet heureux temps de la curabilité radicale des tumeurs fibro -plastiques n\?ut malheureusement qu'une durée éphémère, car M. H. Larrey (1) ne tarda point à montrer une tumeur de cette nature située dans le creux poplité qui, après avoir récidivé sur place, finit par tuer le malade, et à lautopsie faite six mois après Topération, on trouva les ganglions inguinaux et les ganglions lombaires dégénérés et comprimant les vaisseaux. De plus, il existait une généralisation de petites tumeurs sous la plèvre et dans le tissu du poumon qui furent reconnues par M. Lebert lui-même comme celle du jarret et des ganglions de nature fibro-plastique. Dès cette époque, août 1851, M. Lebert (2), qui avait observé environ 100 cas de tumeurs fibro-plastiques, se prononça pour la possibilité de leur généralisation, et l'observation de M. Larrey constituait même le troisième hit qui fût parvenu à sa connaissance. Plus tard, lors de la discussion que M. Lebert soutint à la société de chirurgie en 1852 (3), les faits de généralisation s'étant multipliés, il produisit lui-même six cas de généralisation de tumeurs fibro-plastiques dans les viscères, et dans son grand ouvrage il en a encore étendu le nombre, qu'il nous serait même facile de multiplier encore. Malgré ces cas d'infection, pour nous résumer, nous dirons qu'au point de vue de la récidive une grande distinction doit être faite entre les tumeurs fibro-plasti- <|ues et les véritables cancers h suc laiteux, et miscibles à Teau ; l'infection étant la règle pour ces dernières et cela dans un temps assez court, tandis qu'elle n'est point forcée pour les tumeurs fibro-plastiques, qui ne récidivent guère que sur place.

(i) Larrey, Bull, de la Soc. de chir,^ t. II, p. 286.

(2) Lebert, Bull, de la Soc. de chir..^ t. If. p. 241.

(3) Lebert, Bull, de la Soc, dechir.., t. III, p. 248 et suiv.

itl2 XVIIl* CLASSE. DES DÉGÉNÉMATIONS OHGANIQUES.

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