‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 3)Chapitre 8 sur 34 · RÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES · texte numérisé non relu

RÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES

rieure est-elle la condition sine qua non du développement du cancer dans un organe , si bien qu'on pourrait considérer le cancer comme une des terminaisons de la phlegmasie? Non, mille fois non. Ces deux grandes lésions, finflammation et la cancérisation sont tout à fait indépendantes Tune de Tautre; elles n'ont rien de commun ni dans leurs causes, ni dans leurs symptômes, ni dans leur traitement. La phlegmasie ne prépare pas la venue du cancer; mais le cancer, le tissu cancéreux appellent en quelque sorte d'une manière nécessaire l'inflammation qui concourt à sa manière à la destruction quelquefois rapide des tissus devenus cancéreux.

Les phlegmasies tuberculeuses et le cancer s'excluentils mutuellement? Les opinions sont partagées à cet égard. J'admets que ces deux lésions ne s'excluent pas nécessairement ni chez le même individu, ni dans les mêmes on^anes ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils n'appartiennent ni au même travail morbide, ni à la même période delà vie; ce sont deux modes d'altérations tout à fait indépendants l'un de l'autre; ainsi les tubercules strnmeux peuvent exister dans les poumons en même temps que le cancer à la mamelle ou dans d'autres organes. Je dois ajouter que je n'ai jamais vu la phlegmasie tuberculeuse et la dégénération cancéreuse marcher simultanément, l'affection tuberculeuse étant depuis longtemps enravée lorsque survient la maladie cancéreuse. Mais ces deux lésions qui n'appartiennent ni à la même période de ia vie, ni au même travail morbide, ne s'excluent pas réciproquement. N'oublions pas que la forme tuberculeuse est une des formes du cancer généralisé, et qu'il n'est pas fort rare de voir confondre dans les autopsies les tubercules cancéreux avec les tubercules strumeux.

Rappelons -nous que la dégénération cancéreuse se complique presque toujours avec l'inflammation aiguë ou chronique, et qu'il faut bien se garder de confondre le

255 xvm^ CLASSE, des dégénérations organiques. cancer dont le suc cancéreux a été altéré par un travail morbide inflammatoire avec la dégénération tuberculeuse. Cette erreur avait été commise dans le cas suivant présenté à la Société anatomique.

Un individu qui avait succombé à un cancer de Tœsophage était en même temps porteur d'une tumeur du volume du poing, située à la partie inférieure du col (à droite). Cette tumeur ayant été incisée, j'ai vu qu'elle était constituée par une matière caséiforme , opaque, pulpeuse, en partie libre, en partie infiltrée, d'apparence tuberculeuse ; mais en incisant d'autres points de la tumeur, il me fut facile de constater Texistence du tissu cancéreux le plus pur dans une bonne partie de cette tumeur.

La matière caséiforme de cette tumeur était la conséquence d'un travail phlegmasique qui s'était emparé de la portion de tumeur correspondante. Il serait impossible de se rendre un compte exact de la marche de l'évolution et des terminaisons du cancer, si Ton n'étudiait pas avec un grand soin les ravages que détermine l'inflammation dans les tissus cancéreux.

Le tissu cancéreux enflammé suppure; en outre, il se détruit, tantôt par une ulcération qui n'est autre chose qu'une gangrène moléculaire, tantôt par masses gangreneuses plus ou moins considérables.

Le cancer n'est donc pas un produit inorganique, mais bien un tissu morbide vivant d'une vie propre, vie tantôt très active, tantôt très restreinte, dont la marche est aiguë ou chronique.

Le grand fait de l'inflammation n'est pour rien dans le développement du cancer, pas plus l'inflammation chionique que l'inflammation aiguë. Les mamelles les plussaines, les mamelles des vierges ou des femmes qui n'ont pas eu d'enfants, sont aussi susceptibles de devenir cancéreuses que les mamelles des femmes qui ont eu des enfants;

DÈGÉNÉHATÏONS CANCÉREUSES. 257

rutérus des vierges à Tépoque critique n'est même pas exempt de cette terrible lésion.

Le cancer n'est donc pas un produit inorganique, mais bien une production morbide, un tissu morbide vivant d'une vie propre, tantôt très active, tantôt très restreinte, don t la marche, essentiellement chronique, rarement aiguë ou subaiguë, présente dans sa chronicité des degrés très divers. La forme dure ou squirrheuse atfecte la marche la plus lente, tandis qu'au contraire la forme encéphaloïde (à laquelle on pourrait réserver le nom de carcinome), toujours extrêmement vasculaire et par conséquent douée d'une vitalité morbide plus active , présente la marche aiguë.

Mais si l'inflammation et les altérations qui en sont la conséquence, telles que l'ulcération, l'induration, sont tout à fait étrangères à la production du cancer; si une irritation permanente, exercée sur une plaie, ne peut en aucune façon provoquer le développement du cancer chez les individus non prédisposés (ex. : cautères, ulcères chroniques des jambes), il n'en est pas moins vrai que, chez les individus prédisposés, l'inflammation chronique ulcéreuse ou indurée d'un organe peut devenir la cause occasionnelle de la manifestation d'un cancer sur cet organe, d'où Terreur de Broussais, qui avait considéré le cancer comme un mode particulier d'inflammation chronique.

Mais si l'inflammation proprement dite n'est pas la cause prochaine ou éloignée du cancer, si elle ne précède dans aucun cas son apparition, il est positif qu'elle en est la conséquence inévitable, qu'elle envahit tôt ou tard les tissus cancéreux et qu'elle devient Télément nécessaire de l'érosion, de l'ulcération et de la gangrène, ^ et c'est ainsi que, dans quelques cas, elle peut être éliminatrice. Ainsi, il n'est pas rare de voir une mamelle cancéreuse détruite en totalité ou en partie par suite d'une V. 17

258 xvin* CLASSE, df.s dégéînérations organiques. inflammation (gangreneuse; or, nous avons vu (classe des Fhlegmasies) que l'inflammation était 1 élément nécessaire de toute érosion, de toute ulcération.

Quelques considérations sur le rôle que joue l'inflammation dans le développement et dans la marche du cancer ne seront pas ici déplacées.

De l'influence de t inflammation sur le développem-ent du cancer.

Le tissu cancéreux est-il un produit de Tinflammation, ou bien, au contraire, l'inflammation est-elle tout à fait étrangère à sa |)roduction? Cette question avait été nettement posée et non moins nettement résolue par Broussais et son école, qui affirmaient que le cancer était une des formes que peuvent revêtir les phlegmasies chroniques.

Une doctrine aussi exclusive et aussi nettement formulée a dû provoquer de toutes parts des recherches sur la question relative aux connexions qui existent entre ces deux grands états morbides, l'inflammation et le cancer

Or, les faits établissent, d'une part, que le cancer se développe dans un organe sans inflammation préalable ; d'une autre part, ils n'établissent pas moins, suivant beaucoup d'observateurs, que I inflammation chronique , surtout sous la forme d'induration, joue un rôle important dans le développement du cancer.

Or, une induration, ou, comme on le dit d'une manière plus générale, un engorgement inflammatoire chronique peut-il devenir l'élément du cancer? On l'avait avancé bien longtemps avant Broussais ; mais Broussais s'est approprié cette doctrine en la soutenant avec une vigueur proportionnée à son importance au point de vue de sa doctrine. J'ai prouvé ailleurs que le cancer et la phlegmasie étaient deux lésions essenùellement distinctes, et je ne sache pas qu'il existe en ce moment un seul médecin qui ne soit pas du même avis

DÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES. 259

Le rôle de l'inflammation est donc nul comme cause du cancer; mais son rôle devient important lorsque le cancer est développé.

L'inflammation survenant dans un cancer, v détermine la suppuration, l'ulcération^ la gangrène, effets exclusifs de l'inflammation. Tout cancer, à une époque plus ou moins avancée de son développement, se complique d'inflammation. L'inflammation, considérée dans ses rapports avec le cancer, ne joue aucun rôle comme cause, mais bien comme conséquence inévitable ou comme complication du cancer. Sous ce point de vue, l'étude de l'inflammation du tissu cancéreux est de la plus haute importance.

Point de cancer sans travail phlegmasique consécutif : et c'est ce travail inflammatoire, toujours suivi de suppuration, d'ulcération et de gangrène, qui détermine, suivant ses degrés d'intensité , les effets consécutifs locaux du cancer.

Or, les produits de sécrétion d'un ulcère cancéreux ne sont pas du suc cancéreux, mais bien du pus altéré, du pus mêlé à des débris de tissu cancéreux. Il paraît que Tinspection microscopique n'y a découvert aucun élément du cancer.

Les ganglions auxquels aboutissent les vaisseaux lymphatiques émanés de l'organe malade, sont quelquefois simplement enflammés dans le cancer, lorsqu'ils répondent à l'élément inflammatoire de la lésion ; plus souvent ils sont cancéreux, parce qu'ils répondent le plus ordinairement à l'élément cancéreux de cette même lésion. Dans quelques cas rares d'encéphaloïde mammaire ou autre, les ganglions lymphatiques correspondants sont respectés au moins pendant un ^empsplus ou moins long.

En général, les produits de sécrétion d'un ulcère cancéreux ne sont pas du suc cancéreux pur, mais bien du pus altéré, modifié, mêlé sans aucun doute à des éléments

'S^Ô XVni^ CLASSE. DES ï)ÉGÊNÉllÂtlONS ORGANIQUES.

cancéreux. L'observation microscopique n'a pas dit son dernier mot à cet égard.

DiathèsCj cachexie, infection cancéreuse^ trois mots qui n'ont pas la même signification.

La diathèse est une prédisposition, un état inconnu, originel ou acquis, qui prédispose à la maladie cancéreuse; la diathèse, c'est l'ji: des pathologistes.

La maladie cancéreuse peut se développer chez les individus de toutes les constitutions et à tous les âges de la vie.

La susceptibilité cancéreuse est universelle, a dit Récamier dans son énergique langage (1). Il semblerait, d'après cette doctrine hardie, que nous portons tous en naissant une aptitude plus ou moins grande au développement du cancer, et que cette aptitude n'attende que l'occasion de se produire.

La spontanéité du développement du cancer est parfaitement démontrée. Comment, sans cette spontanéité, comprendre l'invasion du cancer dans les mamelles et Tutérus des vierges, aussi bien que chez les femmes qui ont eu des enfants, dans les mamelles de l'homme et dans tous les organes sans exception ?

L'hérédité n'exerce sur le développement du cancer qu'une influence très contestable.

Consulté plusieurs fois pour des alliances à ce sujet, je n'ai pas dissuadé formellement les jeunes gens de contracter un mariage projeté qui, d'ailleurs, ne laissait rien à désirer sous aucun autre rapport. Je me contentais de dire : il vaudrait mieux que ces précédents ri existassent pas dans la famille, et lorscju'on insistait pour savoir le fond de ma pensée, j'ajoutais : prenez garde, le caractère de race est indélébile,

Vinfection cancéreuse, c'est-à-dire la généralisation du

(i) Traité du cancer, t. H, p. 21 3,

DÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES. 261

cancer dans réconoraie, d'où résulte la cachexie cancéreuse^ est un fait fondamental dans Thistoire du cancer. Comment se produit cette infection? Un mot sur ce sujet.

Il existe trois grandes infections dans Téconomie morbide : l"" l'infection purulente; i^ Tinfection par tuberculisation slrumeuse; 3** l'infection cancéreuse. L'infection purulente, qui se manifeste par une multitude de foyers purulents, est le résultat de la phlébite purulente. Les globules purulents mêlés au sang et retenus dans le système capillaire qu'ils enflamment, sont la source de ces foyers purulents multiples qui se produisent dans toutes les parties du corps.

L'infection tuberculeuse se produit de la même manière que l'infection purulente. Les expériences sur les animaux vivants m'ont appris que le mercure injecté dans les veines et retenu dans les capillaires avait pour conséquence la production autour de chaque molécule mercurielle, d'un petit foyer purulent, liquide d'abord, bientôt grumeleux, puis enfin concret et tuberculeux. Eh bien ! il doit en être de même de l'infection cancéreuse qui débute constamment par un point de l'économie et ne tarde pas à se généraliser. L'organe primitivement affecté de cancer est un centre d'infection cancéreuse, comme la phlébite purulente dans le cas d'infection purulente, comme la tuberculisation strumeuse d'un organe dans le cas de tuberculisation strumeuse généralisée.

Il serait intéressant de suivre ainsi l'évolution du cancer dans l'économie et de montrer que l'infection cancéreuse se produit dans les mêmes organes et de la même manière que l'évolution tuberculeuse, que l'infection purulente. Dans la marche de l'infection cancéreuse comme dans la marche de l'infection purulente, un état local précède, un état général suit, comme si l'état local, l'organe ou le tissu primitivement affecté était le point de départ de l'infection générale.

262 XVIil* CLASSE. DES DÉGÉNÉIUTIOINS ORGANIQUES.

C'est une question du plus haut intérêt que celle de déterminer d'une manière positive si un corps fibreux peut devenir cancéreux. Or. il résulte de tous les faits que j'ai eu occasion d'observer que les corps fibreux sont incapables de dégénération cancéreuse, si bien qu'on trouve quelquefois des corps fibreux utérins intacts, au milieu d'un utérus en quelque sorte dévoré par le cancer.

L'infection cancéreuse^ ou la maladie cancéreuse généralisée, me paraît à beaucoup d'égards devoir être rapprochée de l'infection purulente, quant à son mode de production. Or, nous avons vu que tous les phénomènes de l'infection purulente, c'est-à-dire la production simultanée ou successive d'une multitude innombrable de foyers purulents dans tous les organes et plus particulièrement dans le foie, la rate, les poumons, et même dans l'épaisseur des muscles, dans les articulations, etc.; nous avons vu, dis-je, que Finfection purulente généralisée était la conséquence d'une phlébite purulente dont le pus non circonscrit ou incomplètement circonscrit par des caillofs sanguins, se mêlait au sang et avec le sang était transporté dans tous les organes ; nous avons établi que chaque gouttelette de pus devenait la source d'une inflammation éliminatrice , laquelle était nécessairement purulente; que, sous ce point de vue, il y avait une sorte d'hiérarchie entre les organes; et que le foie, la rate, les poumons^ les membranes séreuses occupaient le premier rang sous le rapport de leur aptitude à l'infection purulente.

Les considérations suivantes compléteront ma manière de voir sur la généralisation du cancer.

Généralisation du cancer.

La marche ordinaire de la maladie cancéreuse est celle-ci : un cancer se développe sur tel ou tel point de

DÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES. 263

l'économie, la mamelle, Testomac, Tutérus; cette affectioh reste locale pendant un temps plus ou n.oins long : quel- (|uefois le malade succombe avec ce cancer local, sans que la dégénération ait eu le temps de se généraliser. La mort sans infection générale a lieu lorsque la lésion iocale trouble mécaniquement les fonctions indispensables à la vie (cancer du pylore, du cardia), ou quand elle a pour conséquence une hémorrhagie foudroyante, la gangrène.

Mais si le malade résiste à Taffection locale pendant un temps plus ou moins long, alors, indépendamment de la propagation du caticer par continuité de tissu normale ou accidentelle , il se produit deux ordres de lésions cancéreuses : 1° les unes au voisinage de la lésion primitive, dans son atmosphère d'activité fonctionnelle; ce sont des tubercules ou tumeurs qui se développent dans les ganglions lymphatiques correspondants, dans les membranes séreuses ou dans les organes environnants.

2"^ Les autres se développent au loin, dans le foie, dans les poumons, dans la rate, etc. En un mot, il se produit une infection cancéreuse générale qui présente une grande analogie avec Finfection purulente.

Or cette analogie, je dirais presque cette similitude entre Tinfection cancéreuse et Tinfection purulente, ne semble-t-elle pas établir une analogie de production ? Oui, sans doute ; mais comment concilier cet ordre de faits qui établit que Tinfection cancéreuse s'est produite à la suite d'un cancer local, et, par conséquent, que Finfection cancéreuse a été consécutive, comment, dis-je, concilier cet ordre de faits avec cet autre ordre de faits qui établit que Finfection cancéreuse est quelquefois primitive, et qu'elle se manifeste d'emblée, après Fextirpation d'un cancer extérieur, lors même que cette extirpation serait pratiquée immédiatement après son apparition. Or il résulte de tous les faits relatifs à la maladie cancéreuse :

264 XVIIl® CLASSE. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

1^ qu'il existe une infection cancéreuse générale; 2^ que, dans un grand nombre de cas, la maladie cancéreuse se comporte comme si, d'un foyer ou centre primitif, elle se propageait à tous les organes et à tous les tissus presque sans exception; mais qu'il existe un grand nombre de faits dans lesquels Tinfection cancéreuse générale paraît avoir été primitive et les lésions locales consécutives.

En faveur de l'infection cancéreuse consécutive , on peut invoquer : 1^ l'analogie de l'infection cancéreuse avec l'infection purulente; 2"" la présence de la matière cancéreuse dans les veines. Or, de même qu'on établit par les faits les plus positifs que le pus veineux de l'infection purulente s'est produit directement dans les veines et n'est nullement le résultat de l'absorption du pus ; de même on prouve par des faits non moins positifs la formation directe du suc cancéreux dans les veines.

Quant à la question de savoir si le cancer se produit aux dépens du sang par une transformation de ce liquide, je crois devoir la résoudre négativement, ou du moins ne considérer cette transformation que comme une hypothèse purement gratuite.

Pour compléter le tableau de la maladie cancéreuse, nous devrons parler de l'hérédité du cancer, de sa contagion ou non-contagion, de son incurabilité dans l'état actuel de la science, et de la nécessité d'avoir recours pour la combattre efficacement à des moyens thérapeutiques nouveaux.

Des associations morbides du cancer.

Un des points les plus intéressants de l'histoire du cancer est relatif aux associations morbides de cette dégénération , et surtout à son association morbide avec Tin flammation :

DÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES. 265

Disons d'abord que le cancer et les tubercules strumeux peuvent coexister chez le même sujet et dans le même organe; mais que ce sont deux altérations tout à fait distinctes, tout à fait indépendantes Tune de Fautre» Leur coïncidence, soit dans le même organe, soit dans divers organes, est en quelque sorte fortuite ; ils peuvent même appartenir à deux époques de la vie bien distinctes. Ainsi , dans le cas d'infection cancéreuse , j'ai vu des poumons qui portaient la trace d'anciens tubercules strumeux en même temps que des masses cancéreuses.

1° Y a-t-il compatibilité ou incompatibilité entre le cancer et l'inflammation ? 2** Une inflammation préalable dispose-t-elle au cancer, soit une inflammation antérieure depuis longtemps dissipée , soit une inflammation actuelle? 30 Le cancer n'est-il autre chose qu'un mode d'inflammation chronique? Une quatrième question est celleci : l'inflammation peut-elle se développer dans le tissu cancéreux ?

L'inflammation complique souvent le cancer. L'inflammation s'empare de la peau qui le recouvre, du tissu cellulaire qui l'environne et même du tissu cancéreux luimême. L'inflammation du tissu cancéreux a toujours la gangrène pour conséquence , tantôt gangrène superficielle par couches successives, tantôt gangrène en masse, suivant que l'inflammation occupe la couche superficielle ou toute l'épaisseur du cancer.

L'inflammation joue un si grand rôle dans le cancer et ce rôle a été si souvent méconnu, si souvent exagéré ou dénaturé, que je crois devoir lui consacrer un chapitre particulier sous ce titre : De t inflammation dans le cancer^ ou, en d'autres termes, De t association morbide du cancer avec l'inflammation.

L'inflammation précède-t-elle nécessairement Tinvasien du cancer? L'inflammation peut-elle survenir dans

266 XVIll* CLASSE. DES DÉGÉNÉRATiONS ORGAlSiyUES.

un tissu cancéreux ? ou, en d'autres termes : l*^ quel est le rôle que joue Finflaramation clans la production du cancer? 2^ quel est le rôle qu'elle joue dans les phénomènes consécutifs du cancer? C'est ce que nous chercherons à établir dans les considérations suivantes qui comprendront : l'^ Fétude des connexions de Finflammation avec le cancer comme cause; 2^ Fétude des connexions de Finflammation avec le cancer comme effet, comme complication.

Des connexions de l'inflammation avec le cancer comme cause

du cancer.

L'inflammation chronique est-elle la cause du cancer? Broussais a attaché son nom à cette théorie du cancer qui est insoutenable et qui cependant a eu un grand retentissement. Suivant cet auteur, le cancer n'est autre chose qu'une inflammation chronique affectant plus spécialement les vaisseaux blancs ; ce qui est une pur<^ hypothèse, et quant à la nature du travail morbide et quant à son siège. Disons que les adversaires de Broussais lui ont eux-mêmes fourni des arguments en admettant que le cancer peut succéder aux inflammations chroniques, aux indurations phlegmasiques, ce qui est en opposition formelle avec les faits.

Le cancer est cancer dès le premier moment de son apparition. Il n'a nullement besoin d'être précédé ou préparé par un travail morbide d'une autre nature. Le rôle que joue Finflammation dans le cancer, bien loin d'être un rôle primitif, un rôle préparatoire, me paraît purement consécutif, et j'ai souvent objecté à Broussais, dans nos discussions, le fait vulgaire du cautère au bras, qui est entretenu impunément pendant vingt, trente, quarante ans; et je ne sais s'il existe un seul exemple de cautère devenu cancéreux, même chez les sujets affectés

DÉGÉNERATIONS GAÎSCÉREUSKS. 207

de cancer; d'où il faut conclure que le travail morbide qui constitue Tinflammation à tous ses degrés est entièrement distinct du travail morbide qui détermine la dégénération cancéreuse.

Plusieurs observateurs des plus distingués ont fait jouer un grand rôle dans la production du cancer à Taltération de la fibrine du sans:. Ainsi Baron considérait les altérations du sang comme la cause de tous les produits accidentels ; il admettait en particulier que le sang est susceptible de se transformer en matière encéphaloïde.

Comme preuve des aberrations auxquelles peut se laisser entraîner l'esprit humain, lorsqu'il n'est pas sévère dans ses déductions, je mentionnerai l'opmion de Fleichman et de Maunoir, qui considéraient le cancer encéphaloïde comme une production accidentelle de la pulpe nerveuse. Car ce n'était pas au figuré, mais bien dans le sens propre qu'ils appelaient le cancer ; sarcome médullaire ou cancer cérébriforrne , Mais l'anatomie pathologique démontre de la manière la plus positive qu'il ne se produit accidentellement dans l'économie que le tissu cellulaire et ses dérivés; que les tissus propres, à savoir le tissu musculaire, le tissu nerveux et le tissu glanduleux, ne se reproduisent jamais.

L'opinion ingénieuse de J. Hunter, de Carmichael et d'Adams serait moins insoutenable, si elle n'était pas une pure hypothèse. Suivant ces auteurs, l'essence du cancer résiderait dans la présence d'un entozoaire auquel ils don* nent une vie et des propriétés spéciales, entozoaire qu'ils proposaient de désigner sous le nom (ïhydatide carcinomateuse^ et poursuivant en quelque sorte cette idée jusqu'à ses dernières limites, ils disaient cjue, lorsque l'hydatide était dans l'état de sommeil ou d'engourdissement, le cancer n'était pas douloureux ; mais que, au contraire, les douleurs devenaient très vives lorsque l'hydatide se réveillait.

Adams, en particulier, parle de la multiplication des

268 xvin" CLASSE, des dégénéraïions organiques. hydatides. Il va même jusqu'à diviser ThydcUide cancéreuse en plusieurs espèces, qu'il a désignées sous les noms suivants : hydaticlis lympliatica^ hydotidis cruenla^ hydalidis carcinomatosa , et croit qu'il en existe d'autres espèces encore : Texistence animalculaire du carcinome ; voilà la doctrine que cet auteur cherche à établir, et c'est ainsi qu'il a donné en quelque sorte un corps à riiypothèse des anciens sur le cancer, comme être parasitaire. Il aurait été dans le vrai s'il s'était borné à considérer le cancer comme un tissu morbide parasitaire vivant d'une vie propre et n'ayant point d'analogue dans l'économie.

Du siège immédiat du cancer.

Nous avons vu que le cancer était une lésion morbide aussi générale que l'inflammation, ayant comme elle la propriété de se produire dans tous les organes et dans tous les tissus sans exception : donc le cancer doit se développer dans un élément anatomique commun à tous les organes, à tous les tissus.

Comme la plupart des médecins qui se sont occupés de cette question, j'avais d'abord pensé que le siège immédiat du cancer était dans le tissu cellulaire; et ayant observé que les organes qui sont le plus abondamment pourvus de tissu cellulaire fibreux sont les plus exposés au cancer, j'en avais conclu que le siège immédiat du cancer était dans le tissu cellulaire fibreux ; d'une autre part, comme le tissu cellulaire ordinaire se transforme on ne peut plus facilement en tissu fibreux, on concevrait avec quelle facilité se propage le cancer par continuité du tissu aux parties qui l'avoisinent.

Des recherches plus approfondies m'ont appris qu'avant d'être déposé dans le tissu cellulaire, le suc cancéreux était produit dans le réseau capillaire veineux. C'est là que je

DÉGÈNÈnÀtlONS CANCÉnEDSlîS. 269

Tai trouvé un grand nombre de fois surtout dans le foie et dans Tutérus.

Or, le suc cancéreux ne peut se trouver dans le système capillaire veineux que de trois manières : ou bien le suc cancéreux sécrété au voisinage du réseau capillaire veineux y a pénétré par absorption, ou bien il y a pénétré par suite de la perforation des parois veineuses, ou enfin il a été primitivement formé dans les veines.

Or, la pénétration par absorption est impossible; car, d'une part, le suc cancéreux est trop consistant ; et, d'une autre part, les veines sont oblitérées par des caillots sanguins bien au delà de la région qu'occupe le cancer.

La pénétration dans les veines par érosion des parois veineuses n'est pas impossible. Je Tai observée plusieurs fois dans les veines caves ou dans les veines jugulaires qu'entouraient des masses cancéreuses. Pourcjuoi donc n'aurait-elle pas lieu dans les veines moyennes et petites? Mais cette pénétration par perforation doit être rare, et tout annonce qu'elle est accidentelle. Reste le troisième mode d'explication de la présence du suc cancéreux dans les veines, à savoir : la sécrétion ou formation directe du suc cancéreux dans les veines. C'est l'interprétation que j'ai adoptée et développée ailleurs avec beaucoup de détails (1), et j'avoue que cette idée m'a été suggérée par mes recherches sur le siège immédiat de l'inflammation, siège que j'ai démontré avoir lieu dans le système capillaire veineux.

Cette doctrine sur le siège immédiat de la sécrétion du suc cancéreux dans les veines rend un compte facile de tous les faits relatifs au cancer; elle se concilie avec la doctrine du cancer primitivement local, comme aussi avec celle du cancer généralisé, effet constant de la diathèse cancéreuse. Elle explique (cette doctrine) comme quoi le

(i) Anatomie pathologique du corps humain^ avec planches.

27 0 XVIII* CLASSK. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

cancer se comporte si souvent à la manière d'une maladie locale, d'un virus local individuel limité à un organe et à ses dépendances, et comme quoi, dans d'autres circonstances, le cancer avec ou sans point de départ appréciable envahit tonte l'économie à la manière de l'infection purulente d'une diathèse.

Ainsi rien ne s'oppose à ce que la dégénération cancéreuse, ou en d'autres termes la sécrétion du suc cancéreux reste confinée dans un point de l'économie pendant un temps très long; c'est sans doute lorsque le suc cancéreux est isolé et comme incarcéré dans le système capillaire veineux par des caillots sanguins; mais aussitôt que le sue cancéreux a franchi l'obstacle, et que, mêlé au sang, il a été porté dans tous les organes, l'infection devient g(^néra!e. On conçoit combien des expériences instituées sur les animaux vivants pourraient éclairer cette question : ces expériences devraient consister dans l'injection, dans les veines, du suc cancéreux étendu d'eau distillée.

Les partisans de la doctrine du cancer local primitif ne peuvent-ils pas dire que dans les maladies cancéreuses qui paraissent primitivement générales, il existait depuis un temps plus ou moins long un foyer cancéreux local qui avait échappé à l'observation; de même que les partisans du cancer général primitif peuvent dire que l'infec tion cancéreuse générale existait alors même qu'il n'y avait qu'un seul organe affecté?

La production de la dégénération cancéreuse serait d'ailleurs l'effet d'une prédisposition particulière inconnue dans sa nature, mais trop connue dans ses effets.

Ne repoussons donc pas définitivement , sans plus ample examen, la doctrine du cancer local primitif, si elle est démontrée par les faits. Or, dans un certain nombre de cas, les choses se passent comme si la maladie était primitivement, et même quelquefois exclusivement

DÉGÉNÉRATIONS GANCÉRKCSES. 271

locale. (Voyez les Cancers de [estomac^ de f utérus, de lœil, du testicule.)

Examinons maintenant de quelle manière se produit la généralisation de la maladie cancéreuse.

Des divers modes de généralisation de la maladie cancéreuse.

Trois voies sont ouvertes pour le développement et la généralisation de la maladie cancéreuse :

l"" La continuité de tissu; 2^ les vaisseaux et les ganglions lymphatiques qui sont en rapport avec Torgane ou les organes envahis ; 3^ Tinfection cancéreuse. Or. la généralisation du cancer par cette dernière voie paraît se produire suivant les mêmes lois que rinfeciion purulente, avec cette différence que Tinlection purulente a lieu d une manière aiguë, tandis que Tinfection cancéreuse se j)roduit d'une manière lente et progressive, et, suivant certaines lois, d une détermination facile.

Quant aux questions de physiologie pathologique qui se rattachent à la maladie cancéreuse, parlons d'abord de a question d'hérédité. La maladie cancéreuse est-elle héréditaire ? Eh bien ! je crois pouvoir dire d'une manière générale : non, la maladie cancéreuse n est pas essentiellement héréditaire ; les faits que j'ai recueillis à cet égard militent bien plus en faveur de la non-hérédité qu'en faveur de l'hérédité. Souvent consulté par les familles sur cette question au sujet d'un mariage, j'ai pu faire renouer des liens qu'un avis imprudent allait briser. Ma réponse est positive : « Non, il n'est nullement démontré que la maladie cancéreuse soit transmissible par hérédité. »

Ma réponse serait bien plus affirmative encore quant à la question de contagion. Non, la maladie cancéreuse n est pas contagieuse. Je sais qu'on cite quelques faits en faveur de !a contagion ; mais aucun de ces faits ne me paraît

572 xvin'' CLASSE, des dègénèratïons organiques. péremptoire. L'ichor, ou pus cancéreux, n'est nullement le véhicule de la contagion: ce n'est pas à lui qu'il faut rapporter la propagation du cancer aux parties qui avoisinent la dégénération cancéreuse. Dans le cancer de l'utérus, c'est luie inflammation érythémateuse et non une dégénération cancéreuse que produit le contact de Ticlior ou pus cancéreux sur la muqueuse vaginale et sur les parties génitales externes. J'ai déjà dit que plusieurs de mes malades affectées de cancer ulcéré du col utérin, avaient eu des rapports avec leurs maris jusqu'à une époque très avancée de la dégénération , sans avoir communiqué rien autre chose que des érythèmes inoffensifs, lesquels disparaissaient rapidement à l'aide de soins de propreté.

Je n'invoquerai ni pour ni contre la doctrine de la contagion du cancer, l'expérience de Peyrilhe qui introduisit impunément du tissu cancéreux dans le tissu cellulaire d'un animal; ou bien celle de Dupuytren qui a fait avaler impunément du tissu cancéreux à un chien; ni les inoculations probablement bien timides, tentées, dit-on, par Alibert sur lui-même et sur trois de ses élèves, parmi lesquels ou cite Biett.

Il reste peut-être une série d'expériences à faire sur le suc cancéreux, c'est l'injection de ce suc dans les veines d'un animal; mais il est plus que probable que cette injection n'aurait d'autre résultat que celui de l'injection du pus dans les veines, et que, transporté dans le torrent de la circulation et de là dans le système capillaire, le suc cancéreux n'aurait d'autre conséquence que les accidents produits par un corps étranger, à savoir des abcès multiples, et nullement l'infection spécifique du cancer.

Sous le point de vue thérapeutique , le caractère le plus remarquable du cancer, c'est son incurabilité absolue dans l'état actuel de la science. L'extirpation, la destruction complète par le caustique, voilà les seuls

DÉGÉNÉIUTIONS CANC!- RKUSF.S. 278

moyens à lui opposer, quand l'un ou Tautre de ces moyens est applicable, et encore l'extirpation, la destruction par le caustique ne sont-ils véritablement que des moyens palliatifs. Le véritable cancer lépnllule toujours soit au voisinage ou dans l'atmosphère de la partie enlevée ou détruite, soit au loin, dans les cavités splanchniques; mais ilestrationnel d'admettre que, d'une part, la repullulation est d'autant plus à redouter que le cancer a pris plus de développement, et, d'une autre parr, que Textirpation aura d'autant plus de chances favorables qu'elle aura été pratiquée à une période plus rapprochée de Tinvasion. Mieux vaut une opération prématurée dans ce cas qu'une opération pratiquée à une période avancée, c'est-à-dire à la période de ramollissement ou d'ulcération. J'ai interrogé, sur la curabilité du cancer par l'extirpation, bien des médecins et bien des chirurgiens d'un grand mérite, parvenus à la fin d'une carrière pratique des plus considérables: tous m'ont affirmé qu'ils n'étaient pas certains d'avoir guéri un seul cancer par l'extirpation, et dans ce nombre je compte Boyer et Dupuytren.

L'anatomie pathologique , après avoir déterminé les caractères positifs de la maladie cancéreuse, après l'avoir constituée comme espèce bien distincte de l'hypertrophie, de l'induration (avec lesquelles elle a été souvent confon due), de l'inflammation et de ses produits, de la maladie strumeuse, tuberculeuse, des corps fibreux, des kystes, de la dégénération aréolaire et gélatiniforme, en un mot, de toutes les autres espèces morbides, l'anatomie pathologique ne saurait fournir aucune indication curative qui dérive des lésions qu'elle a constatées; elle se borne à affirmer que la thérapeutiqtie doit chercher ailleurs que dans les méthodes de traitements employées jusqu'à ce jour des moyens de guérison de cette redoutable dégénération. On peut dire en toute vérité que si jamais il nous est donné de guérir le cancer (et j'envie le bonheur V. 18

21 U x\nf CLASSE. Di:s dégknérations organiques. (le celui auquel la Providence aura réservé de rendre cet immense service à l'humanité), ce ne sera pas par les méthodes et les moyens thérapeutiques employés jusqn'à ce joiar, mais bien par un traitement spécifique.

D'autres questions d'un bien vif intérêt se présentent en foule dans Fétude des ciégénérations cancéreuses : insolubles pour la plupart dans l'état actuel de la science, ces questions n'en doivent pas moins être posées pour appeler sur elles l'attention des observateui s.

Les caillois sanguins de la phlébile ou des foyers hémorrhagicjues [)euveot-ils s'orjjaniser et se transjormer en tissu cancéreux? Celte transformation est une des idées auxquelles tiennent le plus quelques médecins modernes, qui vont même jusqu'à admettre que cette transformation est rapide et qu'en conséquence le tissu morbide présente les caractères de Tencéphaloïde bien plutôt que ceux du squirrhe; mais cette manière de voir est coînplétement démentie par les faits. J'ai vu bien des phlébites utérines consécutives au cancer de l'utérus; phlébites qui s'étendaient quelquefois jusqu'à la veine cave inféiieure et qui par conséquent permettaient une appréciation parfaite de l'état des vaisseaux veineux : or, je déclare n'avoir jamais trouvé de matière cancéreuse dans ce cas.

La question de la transformation des caillots sanguins de la phlébite en cancer, est bien distincte de la question de la présence du cancer ou de la matière du cancer dans les veines, il est certain que le cancer se développe dans les veines ; il ne l'est pas moins que ce développement se produit non aux dépens des caillots sanguins, mais par le fait d'un travail morbide de sécrétion qui s'opère aux dépens de la membrane interne des veines, et ces faits m'ont confirmé dans la pensée que le siège immédiat du cancer était le système capillaire veineux que nous avons vu être également le siège immédiat de l'inflammation.

DÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES. 27 5

Ainsi il n'est pas rare de rencontrer dans le cancer de Tutérus les veines qui longent les bords de cet organe remplies de suc cancéreux, et aux limites on trouve des caillots sanguins adhérents, suite de phlébite adhésive qui isole le suc cancéreux.

Il n'est pas rare non plus de rencontrer du pus au milieu des caillots sanguins, est-ce à dire que la matière contenue dans les veines passe successivement de l'état fibreux à Fétat purulent, puis de Tétat purulent à Fétat cancéreux? Assurément il n'en est pas ainsi; il y a là simple coïncidence.

Je crois que s'il est une vérité acquise à la science, c'est celle qui établit que le travail morbide qui constitue Tinflammation à tous ses degrés est essentiellement distinct du travail morbide qui détermine la dégénération cancéreuse ; et j'ai souvent objecté à Broussais, dans nos discussions, le fait des ulcères chroniques des jambes et surtout le fait des cautères au bras qui sont entretenus pendant vingt, quarante ans et même davantage, qui, par conséquent, durant cette longue période, ont été le siège d'une irritation permanente et sans cesse renouvelée, et qui pourtant ne dégénèrent jamais en cancer (1). Il y a autre chose qu'une différence de degré ou de durée dans le travail morbide qui produit rioflanuiiation et le travail morbide qui produit le cancer. H y a différence de nature.

Je ne saurais assez m'élever contre une manière de voir, d'après laquelle on admettrait la dégénération des caillots sanguins veineux en matière ou en tissu encéplialoïde , Pour que cette dégénération fût possible, il faudrait que

(i) Je ne conteste pas néanmoins qu'un cautère ne puisse devenir cance'reux chez un individu affecté de cachexie cancéreuse; mais il est évident que, dans ce cas, le cancer du cautère est la conse'quence de l'infection cancéreuse et non le fait de l'irritation exercée sur Texutoire par la présence du pois à cautère.

276 XVIll^ CLASSE. DES DÉGKNKRATTONS ORGANIQUES.

les caillots sanguins veineux fussent organisés et par conséquent vivants. Or les caillots sanguins veineux, ou autres, quelque induration qu'ils aient subie, quelque adhérence qu'ils aient contractée avec les parois veineuses, à quelque époque de leur existence qu'on les examine, sont complètement dépourvus d'organisation et de vie.

Je rejette donc complètement Fopinion d'après laquelle les caillots sanguins, qu'ils proviennent d'une cause traumatique (contusion aux divers degrés) ou qu'ils soient la conséquence d'une phlébite, seraient susceptibles d'organisation et de vie soit morbide, soit normale.

îS'oublions pas, dans cette appréciation, que le tissu cancéreux encéphaioïde est très-fréquemment le siège de foyers sanguins considérables, qui piédominent quel(|uefois par leur volume sur le tissu cancéreux, lequel se trouve assez souvent refoulé sur un des points de la circonférence de la tumeur, si bien qu'il peut échapper à un observateur peu attentif. N'oublions pas non plus les changements de couleur et de consistance que subissent les caillots sanguins qui ont une certaine ancienneté, et les modifications cpii peuvent en imposer pour d'autres altérations (1).

La contusion peut-elle amener un cancer? Les cas de cancer mammaire et testiculaire consécutifs à des contusions de la mamelle et du testicule ont paru à bon nombre d'observateurs assez nombreux et assez positifs, pour ériger en point de doctrine le fait de la contusion comme une des principales causes du cancer.

(i) IS'oublions pas non plus que la composition chimique de la malière enceplialoïde a des rapports très-remarquables avec la composilion chimique du san.j]. On y trouve, en effet , 47 parties d'albumine et i3 parties environ de matière (jrasse. Cette analogie décomposition chimique est en faveur de la conversion du san^r en matière encéphaioïde.

DÉGÉNÉKATIONS CAINGÉKEUSES. 277

Mais il existe un si grand nombre de cas de contusion mammaire et de contusion testiculaire sans cancer consécutif, tant de cas de cancer mammaire et testiculaire sans contusion préalable , qu'on est fondé à considérer ces faits comme excepiionnels, si bien qu'on a été forcé d'invoquer une prédisposition individuelle pour leur interprétation.

Il me paraît bien plus rationnel d'admettre que, dans les cas cil des contusions antérieures ou bien des indurations pblegmasiques de la mamelle ou du testicule ont précédé le développement du cancer, ces contusions et ces indurations n'ont été que la cause occasionnelle du développement du cancer, dont la prédisposition existait dans l'économie.

L'inflammation précède-t-elle nécessairement le cancer? L'inflammation chronique est-elle la cause du cancer? Le cancer n'est-il autre chose qu'une inflammation chroni(|ue attaquant plus spécialement les vaisseaux blancs? Bioussais a attaché son nom à cette doctrine sur le siège et sur la nature du cancer, doctrine qui est une pure hypothèse. Or, les partisans de cette doctrine devaient soutenir et soutiennent en effet que le cancer est toujours primitivement local, ce qui est en contradiction flagrante avec les faits. Mais les adversaires de Broussais lui fournissent, sans s'en douter, des arguments en admettant que le cancer succède souvent aux inflammations chroniques, aux indurations, et qu'il n'est souvent autre chose que l'hypertrophie avec induration du tissu cellulaire.

Or les faits démontrent avec la dernière évidence que la dégénération cancéreuse est une lésion organique spéciale qui survient presque toujours sans avoir été précédée d'inflammation ; que le travail morbide qui constitue l'inflammation est entièrement distinct du travail morbide qui détermine la dégénération cancéreuse.

278 XYlll*" CLASS!:. des DÉGÉNÉIIATIOINS ORGANIQUES.

Mais ce qu'on ne saurait nier, c'est que le tissu cancéreux, tissu doué d'une grande vitalité, ne soit susceptible d'inflammation à la manière des tissus normaux, et que cette inflammation bien distincte du travail morbide qui détermine la dégénération cancéreuse a pour conséquence la destruction ou lente ou rapide de ce tissu , tantôt couche par couche, tantôt par ulcération ou bien par masses gangreneuses plus ou moins considérables.

Plusieurs observateurs ont fait jouer dans la production du cancer, un grand rôle à l'altération de la fibrine du sang. Ainsi Baron, qui considérait les altérations du sang comme la cause de tous les produits accidentels, soutenait Topinion que le sang était susceptible de se transformer en matière encéphaloïde. M. le professeur Andral dit (1) que la matière encéphaloïde peut se former au sein de caillots sanguins, c[ue les masses cancéreuses peuvent reconnaître pour origine un épanchement de sang qui, une fois coagulé au sein du parenchyme, subit diverses altérations.

Ces observateurs fondent leur opinion sur ce fait qu'on rencontre (|uelquefois la matière encéphaloïde à côté du sang, au milieu du sang, et qu'on peut saisir en quelque sorte le passage entre le sang coagulé et la matière encéphaloïde : on rencontre aussi quelquefois dans le cœur des concrétions qui offrent quelque ressemblance avec la matière encéphaloïde ( M. Bouillaud ) ; on rencontre non moins souvent dans les grosses veines une matière tout à fait semblable. M.Velpeau (2) a décrit la

(i) PréciscCAnatomie pathologique, Vàvh^ 1829, tome 1.

(2) Revue médicale^ t. III, i836. Sur la dégénérescence d'un caillot sanguin en matère encéphaloïde dans la veine cave inférieure. Dans sa thèse inaugurale, De la contusion dans tous les organes et dans tous les tissus., Paris, 1823, M. Velpeau admet que les contusions peuvent être une cause de cancer.

DÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES. 279

dégénérescence ou ce qu'il croit être la dégénérescence d'un caillot sanguin, en matière encépbaloïde, dans la veine cave inférieure et dans les veines hépatiques. J'ai trouvé plusieurs fois chez des cancéreux de la matière encéphaloïde dans les veines, et même, dans quelques cas , j'ai noté que ces petites masses encéphaloïdes adhéraient aux parois vasculaires par une partie ou par la totalité de leur surface. Or ce n'était pas de la matière encéphaloïde pure et simple, mais bien des végétations encéphaloïdes nées de la surface interne des veines ; tandis que dans le plus grand nombre des cas la surface interne des veines est exempte d'altération, en sorte que la veine est remplie par un suc encéphaloïde plus ou moins concret, comme elle le serait par une injection à la colle.

Au reste, je crois que de nouveaux faits sont nécessaires pour élucider cette question. Or, les altérations consécutives qu'éprouve le suc cancéreux en stagnation dans un vaisseau, de même que les altérations qu'éprouve le pus dans la phlébite suppurée , altérations de couleur et de consistance, doivent être prises en grande considération.

Considérée sous le point de vue de sa composition chimique, la matière encéphaloïde a une grande analogie avec le sang : on y trouve 47 parties d'albumine et 13 parties environ de matière grasse. Cette analogie de composition est en faveur de l'opinion qui admet que le développement de la matière encéphaloïde se fait aux dépens du sang.

Infection de toute l'économie par le cancer. La maladie cancéreuse débute en général par un organe, d'où, comme d'un centre, elle se propage dans toute Téconomie, et par voie de continuité de tissu et par voie d'infection.

Comment se rendre compte de finfection de toute l'économie par le cancer? Deux opinions sont en présence :

280 XVill' CLA5SE. DES DÉGÉiNÉKATlOîSS ORGANIQUES.

1^ L'absorption du suc cancéreux par les vaisseaux, son mélange avec le sang, sa circulation dans les vaisseaux sanguins et son dépôt en nature dans les principaux organes.

2"^ Une théorie ([ui me paraît plus rationnelle est celleci : le suc cancéreux se forme primitivement dans les veines capillaires, d'où il passe dans le torrent de la circulation. Or, des expériences ont été faites sur Tinjection du suc cancéreux dans les veines; il en est résulté des abcès multiples, jamais de cancer : hors de ses voies naturelles, le suc cancéreux agit exclusivement comme corps étranger et nullement comme germe de cancer.

La raison de la multiplicité des cancers est dans la nature de cet état morbide qu'on appelle diathèse cancéreuse , état morbide qui tient à un virus spécial individuel qui a la propriété d'infecter toute l'éco'nomie.

La repullulation des cancers extirpés, l'infection cancéreuse générale s'opère-t-elle suivant certaines lois ? On ne saurait en douter. Les faits prouvent que tantôt la repullulation a lieu dans la région qu'occupait le cancer et surtout dans les ganglions lymphatiques qui répondent à l'organe enlevé, et que tantôt elle se produit dans des organes plus ou moins éloignés et surtout dans les viscères (le foie en particulier). Dans le cas de récidive par les ganglions correspondants à l'organe extirpé, il est plus que probable que les ganglions étaient affectés avant l'extirpation : des autopsies faites avec soin ont prouvé la présence des lésions ganglionnaires dans des cas où rien ne les faisait supposer pendant la vie. D'un autre côté 5 on ne saurait douter que l'infection cancéreuse générale ne se fasse par l'infection du sang.

Je ne sais s'il existe un seul exemple bien positif de cancers locaux. Le succès de quelques extirpations semblerait le prouver, en aduiettant toutefois ([ue la lésion

DÉGliNÉUATlOINS CANCÉUEUSES. 281

ait été bien diagnostiquée, ce qui est loin d'être parfaitement de'montré.

Parallèle entre la diathèse cancéreuse et la diathèse punilente, Existe-t-il quelque analogie, quelque point de ressemblance entre la diathèse ou infection cancéreuse et la diathèse ou infection purulente ?

La diathèse cancéreuse et la diathèse purulente présentent ce caractère commun qu'une lésion limitée dans un point très-circonscrit de Téconomie envahit bientôt l'économie toute entière. Mais quelle différence entre ces deux infections? la plus radicale est celle-ci : la diathèse ou infection cancéreuse consiste dans le développement du tissu cancéreux dans tous les organes et dans tous les tissus succédant à un cancer local. La diathèse ou infection purulente consiste dans la production d'une innombrable quantité de foyers purulents succédant à une phlébite suppurée ordinairement traumatique. Le cancer n'est pas comme le pus un produit sécréteur : c'est un tissu ou une trame celluloso-fibreuse plus ou moins dense, plus ou moins vasculaire, infiltrée de suc cancéreux. Dans le cancer généralisé, ce ne peut pas être le tissu ou la trame organique cancéreuse (|ui est transportée au loin, mais bien le suc, les globules cancéreux, ou, si l'on aime mieux, les cellules cancéreuses qui sont vivantes, douées de la faculté de se reproduire indéfiniment. Les choses se passent donc comme si chaque cellule cancéreuse pouvait devenir un point central de proligéralion, de même qu'un globule de pus déposé dans une veine peut devenir la source de foyers purulents multiples, mais par un procédé bien différent, c'est-à-dire en déterminant une phlébite suppurée capillaire.

Des embolies cancéreuses» La question des embolies cancéreuses me paraît avoir été agitée pour la première fois à l'occasion d'une observation de cancer du cœur^

282 XYin*" CLASSE, des dégénérations organiques.

de la plèvre et du poumon, recueillie dans le service de

M. Hërard à Thôpital Lariboisière (1).

On avait porté le diagnostic suivant (et dans Tétat actuel de la science, Tobservation ne pouvait pas aller plus loin). « Epanchement dans la plèvre droite, tuberculisation pulmonaire ». Le l^"" mars, Torthopuée étant extrême, on avait pratiqué la thoracentèse qui avait donné issue à 2 litres et demi d'un liquide composé de sang presque pur, dont le cruor se coagula presque immédiatement en un caillot volumineux. Le 9 mars, la menace de suffocation oblige de nouveau à ponctionner la poitrine : comme la première fois, le liquide était sanglant et s'écoula à peu près en aussi grande quantité que dans la première ponction. Affaiblissement extrême ; mort le 16 mars, septième jour de la deuxième ponction,

A Fautopsie, la cavité de la plèvre contenait 1 litre et demi environ de liquide rougeàtre et en outre de volumineux caillots sanguins.

De grosses masses cancéreuses avaient envahi une grande partie du parenchyme pulmonaire : la plus volumineuse avait détruit la bronche droite. De petites masses arrondies, du volume d'un noyau de cerise, entourées d'ecchymoses et constituées par de la matière cancéreuse, faisaient saillie sur le feuillet pariétal de la plèvre, feuillet pariétal devenu lui-même cancéreux.

Le poumon gauche contenait dans son lobe inférieur un petit noyau cancéreux non encore ramolli.

Le cancer avait envahi le cœur : la face supérieure et une partie de la face antérieure de Toreillette gauche étaient transformées en un tissu squirrheux ayant tous les caractères anatomiques et microscopiques du cancer.

(i) Observ.uioii communiquée à la Société de biologie par M. le docteur E. Vida! dans le premier trimestre de l'année 1861.

DÉGÉNÉRATIONS CANCÉREUSES. 285

La membrane interne du cœur avait été respectée tant dans la cavité de Toreillette que dans la cavité du ventricule, et néanmoins on constata (lisez on crut constater) la présence de débris cancéreux dans la cavité du ventricule gauche^ d'où on conclut que ces débris cancéreux dont on constatait la présence provenaient d'une source éloignée et avaient dû être apportés par la circulation.

Mais les détails donnés sur ces prétendus débris cancéreux, dont les uns étaient libres , d'autres étaient retenus dans les colonnes charnues du cœm\ d autres enfin enchâssés dans de véritables caillots sanguins imbrigués eux-mêmes dans les fibres tendineuses de la valvule mitrale, sont bien loin d'entraîner ma conviction. Et tout en admettant la possibilité du transport du suc cancéreux (développé dans les veines ou ayant pénétré dans les veines) dans le torrent de la circulation, je crois devoir suspendre mon jugement sur Tembolie cancéreuse, car le suc cancéreux n'est pas susceptible de coagulation. Il faudrait donc admettre qu'une portion de tissu cancéreux (suc et parenchyme) ait pénétré directement dans une veine, ce qui est une impossibilité.

A supposer, d'ailleurs, que le suc cancéreux pût pénétrer dans une veine, il ne serait pas susceptible de coagulation ; tout au plus pourrait-il être englobé dans un caillot fibrineux. Il ne serait pas impossible qu'on eût pris poui* du suc cancéreux l'espèce de bouillie puriforme qu'on rencontre quelquefois au centre de caillots fibrineux à la suite de lon-^mes aphonies.

igOl

La théorie de l'infection purulente, que je crois avoir établie sur des bases inébranlables en la faisant reposer non sur l'absorption du pus, mais bien sur la phlébite purulente consécutive au mélange direct du pus avec le sang (mélange direct qui est la conséquence d'une phlébite purulente primitive); cette théorie, dis-je, peutelle s'appliquer à l'affection cancéreuse ? Je n'ose pas

284 XVIIl'' CLASSE. DES DÉGÉNÉtlATlONS ORGANIQUES.

résoudre d'une manière positive la question du cancer veineux primitif, bien que je croie en avoir observé quelques exemples; mais certainement il y a des cancers veineux consécutifs, et par conséquent il peut y avoir du suc cancéreux dans les veines ; or, le fait de cette pénétration ou de cette production du suc cancéreux dans les veines une fois établie, l'infection cancéreuse gêné* raie se conçoit parfaitement. Toute la difficulté se réduit à déterminer si le suc cancéreux produit ou introduit dans les veines a;]it comme suc cancéreux, c'est-à-dire d'une manière spécifique et non comme un simple corps étranger, du pus , Tintroduction directe du suc cancéreux dans les veines aurait-elle pour conséquence non des abcès purulents, mais des foyers de suc cancéreux ou la production d'un tissu cancéreux ? L'observation se tait a cet égard. Des expériences sur les animaux vivants pourraient être tentées sur ce sujet délicat. Toutefois, je dois dire qu'il est plus que douteux que l'injection du suc cancéreux dans les veines et mêlé au sang agisse d'une manière spécifique; tout annonce, au contraire, qu'il se comporterait à la manière d'un corps étranger quelconque. L'encépbaloïde, en effet, n'est pas un simple produit de sécrétion analogue au pus, mais bien un tissu morbide vivant d'une vie propre : or, je suis convaincu, d'une part, que ce tissu morbide se produit quelquefois dans les veines , auxquelles il adhère tantôt par un pédicule, tantôt par une bonne partie de sa surface ; d'une autre part, que si des injections de suc encéphaloïde étaient faites dans les veines, le suc encéphaloïde agirait non à la manière d'un suc spécific[ue qui engendrerait d'autres encéphaloïdes , mais bien à la manière d'un corps étranger ordinaire qui produirait des foyers purulents (1).

(i) Je lie saurais admettre comme luie preuve d'embolie cancéreuse

DÉGKNÉUATIONS CANCi':REUSE3, 285

J'admets donc que le suc cancéreux produit dans une veine ou introduit dans une veine par perforation de ce vaisseau peut rompre la digue que lui opposent les caillots sanguins et se mêler au sang, mais je ne crois pas qu'on soit encore autorise à admettre des embolies cancéreuses proprement dites. Le cancer encéphaloïde n'est pas un simple produit liquide comme le pus, mais bien un tissu vivant d'une vie propre. Ce n'est donc qu'après avoir envahi les parois veineuses qu'il peut pénétrer dans la cavité de la veine. Il ne seiait pas, d'ailleurs, impossible que la membrane interne des veines (membrane séreuse canaiiculée) fût atteinte directement parle cancer.

Le suc eiicépliiiloïde, s'il se mêle au sang, agit-il a la manière d'un corps étranger pur et simple, c'est-à-dire ù la manière d'un corps irritant, ou bien agit-il comme un suc spécifique (pii aurait pour conséquence un travail morbide spécifique consécutif? Ou, en d'autres termes, détermine-t-il la formation du pus ou la formation d'un tissu cancéreux? Les faits semblent établir que Tinfection cancéreuse générale est dans les mêmes rapports avec le cancer local primitif que les abcès purulents avec l'inflammation locale purulente, le point de départ de tous les désordres. C'est bien évidemment le système capillaire veineux qui se cancérifie dans Tinte fait suivant, communiqué a la Société analomique par M. Lancereaux, alors interne Je M. Boyer (a) :

Sur un sujet, le poumon (gauche était en grande partie désorganisé par une masse encéphaloïde. Un fragment irrégulier, ressemblant un peu à un caillot fibrineux, mais qui, d'après Vexamen microscopicjue^ était de structure cancéreuse, fut trouvé dans l aorte. L'identité parfaite de ces deux produits morbides permet évidemment de leur assigner une origine commune. Un débris de la tumeur pulmonaire aura voyagé à travers les veines et le cœur jusqu'au sein même de l'aorte,

(a) Bulkiin de la Société anatomiquet année 4858, page 515,

286 XVIIl^ CLASSE. DES DÉGÉNKRATIONS ORGANIQUES.

fection cancéreuse générale , de même que c'est le système capillaire veineux , (|ui devient le siège de la phlegmasie suppurée dans l'infection purulente : et ne semble-t-il pas que le suc cancéreux est la cause de ce travail cancéreux consécutif au même titre que le pus est la cause d'un travail phlegmasique purulent?

Du siège le plus habituel des cancers secondaires ou consécutifs.

Le siège le plus habituel des cancers secondaires ou consécutifs a lieu :

1« Dans les ganglions lymphatiques correspondants, c est-à-dire dans ceux qui ont des rapports anatomiques par voie de circulation lympathique avec les organes primitivement envahis.

2* Le cancer secondaire peut également envahir les vaisseaux lymphatiques ([ui éaian^^nt de Forgane malade.

Ainsi Hourmann (1) rapporte qu'il a i encontre dans les vaisseaux lymphatiques efférents de l'utérus et des ovaires affectés de cancer, une matière blanche concrète, gt^anuleuse. Les parois des vaisseaux lymphatiques étaient épaissies et leur calibre augmenté.

Assurément je crois à la possibilité du développement du cancer dans les vaisseaux lymphatiques; mais il est difficile de s'en assurer autrement que par une bonne détermination du suc cancéreux.

Ainsi, on a vu des vaisseaux lymphatiques blancs naissant de ganglions mésentèriques cancéreux c|ui présentaient en apparence tous les caractères du suc cancéreux : eh bien! le microscope a démontré que la matière contenue dans ces vaisseaux n'était autre chose que du chyle.

On rencontre souvent dans les veines qui émanent des organes affectés de cancer, des concrétions fibrineuses

(l) Revue médicale^ '8^7? ^- ï*

DÉGÉNÉn AXIONS CANCÉUEUSES. 287

adhérentes diversement colorées qui appartiennent bien évidemment à la phlébite ; mais il n'est pas rare d'y rencontrer des masses encéphaloïdes qui adhèrent aux parois veineuses par toute leur surface ou par une espèce de pédicule. On dit même avoir vu ces masses encéphaloïdes tout à fait libres. Mais il est infiniment probable que ces prétendus cancers libres n'étaient autre chose que des caillots de sang plus ou moins altéiés.

On a dit encore que les caillots sanguins des veines pouvaient se transformer en tissu encéphaloïde : c'est une grave erreur, car les caillots sanguins sont incapables de la vie pathologique aussi bien que de la vie physiologique.

Vétude du cancer des os présente un intérêt tout particulier, vu la simplicité de la structure du tissu osseux ; il importe de remarquer que la cachexie cancéreuse, lorsqu'elle s'empare du tissu osseux , respecte la fibre osseuse e!le-même pour envahir le tissu médullaire; je pense même que le cancer du tissu osseux fournit la démonstration la plus péremptoire de ce fait qui m'a été suggéré par mes travaux sur la phlébite, et que j'ai cherché à établir, d'après des faits positifs, à savoir que le cancer attaque essentiellement le système capillaire des organes et qu'il respecte les tissus propres.

Un grand développement vasculaire veineux se produit au niveau de la portion d'os malade, sous le périoste et dans les couches osseuses adjacentes.

La localisation du cancer dans le système capillaire veineux est un fait important. Elle explique pourquoi tous les tissus, tous les organes peuvent être affectés de cette dégénération, qui est aussi générale que l'inflammation.

S'il est une vérité démontrée dans la science, c'est qu'il n'est pas un seul tissu normal qui ne puisse devenir cancéreux o Une autre question se présente ici : les tissus

288 XVIIl^ CLASSE. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANiQUES.

morbides autres que le tissu canceVeux peuvent-ils dégénérer en cancers ? Je n'ose pas résoudre cette question d'une manière générale. Cependant il me paraît démontré que ceux des tissus morbides qui présentent tous les caractères des tissus normaux sont aptes à devenir cancéreux : tels les tissus hypertrophiés et atrophiés, les lipomes, les tumeurs érectiles. Il me paraît également démontré que les indurations phlegmasiques chroniques peuvent dégénérer en cancer. Relativement aux corps fibreux en général et à ceux de Tutérns en particulier, je crois pouvoir affirmer que ces corps fibreux résistent constamment à Faction envahissante du cancer. Ainsi, j'ai vu plusieurs exemples de corps fibreux sains ou simplement infiltrés de sérosité au milieu d'utérus en proie à la dégénération cancéreuse la plus complète, ce qui m'a fait dire que la présence des corps fibreux dans l'utérus n'était pas une immunité pour le cancer de cet organe.

M. Nélaton assure qu'il a vu des tumeurs fibreuses dans l'épaisseur d'utérus envahis par le cancer. Les couches superficielles des corps fibreux semblaient détruites par macération ; mais ces corps ne présentaient aucun caractère de la dégénération cancéreuse.

La compatibilité du cancer et du tissu érectile dans le même organe me paraît digne d'une mention particulière : ainsi j'ai rencontré assez souvent ces deux altérations juxtaposées dans le foie; bien plus, je les ai trouvées juxtaposées dans la même tumeur morbide ; une moitié était formée par le tissu encéphaloïde, l'autre moitié par le tissu érectile. Mais une particularité digne de remarque, c'est qu'ayant soumis à un jet d'eau la coupe de ces tumeurs mixtes et le sang d'une part, et le suc encéphaloïde de l'autre, ayant été entraînés par le courant; il m'a été impossible de distinguer la portion de tumeur qui avait appartenu nu tissu cancéreux, de la

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portion spongieuse qui avait appartenu au tissu érectile. En sorte que j'ai du conclure que la trame aréolaire dans laquelle était contenu le suc cancéreux, était de la même nature que la trame aréolaire dans laquelle était contenu le sang, et par conséquent que cette trame était de nature érectile veineuse.

Le mot fongus hémaiode introduit dans la science en 1800 par Hey, qui l'appliquait au cancer encéphaloïde, devrait être exclusivement réservé au tissu érectile. D'un autre côté, il est évident, par la description que donne Wardrop de son fongus liématode, que cet auteur avait en vue la description de Tencéphaloïde.

Je ne saurais trop insister sur ce fait, qu'il y a toujours un grand nombre de vaisseaux veineux dans le tissu cancéreux. Mais de ces vaisseaux, les uns sont perméables au sang, les autres sont imperméables à ce liquide. Les vaisseaux perméables sont quelquefois dilatés à la manière des sinus veineux et remplis de sang coagulé ou non coagulé. Les vaisseaux imperméables au sang (vaisseaux qui ont d'ailleurs toutes les apparences des veines) sont remplis de suc cancéreux. Je ne crois pas qu'on ait soutenu une opinion plus contraire à la vérité, que celle qui tend à établir qu'il n'y a pas de vaisseaux veineux dans le tissu cancéreux. Ce qu'il y a de certain, c'est que parmi ces vaisseaux il en est de perméables et d'autres imperméables au sang. Les vaisseaux perméables sont remplis de sang coagulé ou non coagulé et constituent çà et là des espèces de sinus à parois tellement minces et tellement adhérentes aux parties voisines que la dissection en est presque impossible : ce sont de véritables sinus veineux. Les vaisseaux veineux imperméables sont remplis de suc cancéreux plus ou moins concret, suc cancéreux qui adhère aux parois vasculaires. Or, ces vaisseaux sont quelquefois si intimement unis aux parties voisines qu'il n'est pas possible de les isolen

290 XVIIl^ CLASSE. DES DÉGÉNÉRATIOiNS ORGANIQUES. De rinflammation du tissu cancéreux.

L'inflammation joue un rôle immense dans le cancer, et son invasion dans le tissu cancéreux constitue un des épisodes les plus remarquables de l'histoire de cette maladie. C'est l'inflammation qui, en s'emparant du tissu cancéreux, produit tous les changements consécutifs qui se passent dans ce tissu : inflammation [)uralentc, inflammation ulcéreuse, inflammation gangreneuse, rarement mflammation adhésive ou pseudo-membraneuse ; en un mot, toutes les formes de Tinflammation s'observent dans le tissu cancéreux.

J'examinerai cette connexion de l'inflammation avec le cancer sous deux points de vue bien distincts : l*' l'inflammation comme cause prédisposante ou efficiente du cancer; 2"^ l'inflammation comme complication du cancer.

1° De [inflammation comme cause prédisposante et efficiente du cancer. Je ne sais s'il existe un seul exemple de cancer qui ait succédé franchement à une inflammation aiguë ou chronique proprement dite. Voyez le cancer mammaire. Certes, il n est aucun organe qui soit plus sujet aux inflammations aiguës et chroniques que la mamelle à la suite de Taccouchement , aucun organe dans lequel Tinflammation se termine plus souvent par induration chronique. Eh bien, je ne connais aucun fait positif qui établisse que le cancer de la glande mammaire ait succédé à une induration chronique phlegmasique de cet organe. D'une autre part, la mamelle est également sujette au développement de productions gliiaJuliformes, (1) d'une dureté fibreuse de volumes di-

(i) J'ai vu un corps fibreux mammaire qui avait le volume et la forme d'un œul- de dinde. Le tissu de la glande mammaire, auquel il semblait juxtaposé, était parfaitement soin ; il existait depuis plusieurs années.

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vers libres d'adhérence, roulant sous le doigt à la manière d une glande, productions glandulifornies que j'ai décrites sous le nom de corps fibreux parce cpi'en effet elles sont constituées exclusivement par du tissu fibreux à la ujanière des corps fibreux utérins. Eh bien ! je n'ai jamais vu ces corps fibreux, soit mammaires, soit utérins, dégénérer en cancei'. Je donne des soins depuis plus de vingt ans à des femmes affectées de corps fibreux mammaires (ju'on avait condamnées à rextir|)ation, et chez lesquelles ces corps fibreux sont restés stationnaires, et même, chez cjuelques-unes, se sont notablement atrophiés.

J'en ai conclu que le travail morbide qui produit les corps fibreux est parfaitement distinct du travail morbide de transformation qui inétamorphose la glande mammaire en tissu fibreux.

D'un autre part, j'ai vu un grand nombre de femmes affectées d'indurations mammaiies chroniques à la suite de raccouchemeni avec ou sans lactation, etjauiaisces indurations n'ont dégénéré. La résolution a été la conséquence du temps seul ou aidé de révulsifs intestinaux, et de moyens locaux émolîieiits ou résolutifs continués avec persévérance. Ces indurations chroniques, que j'ai appelées corps fibreux^ ne sont pas rares chez les jeunes personnes à l'éj^oque de la puberté. Tantôt ces corps fibreux sont susceptibles de résolution et tantôt ils persistent toute la vie. Une jeune femme, devenue mère de trois enfants, en porte une dej)uis vingt ans; trois accouchements n'ont exercé aucune influence sur ces corps fibreux (1).

Les coi'ps fibreux ne sont pas le premier degré du cancer : telle n'était pas la pensée de M. Dufour, inembre de la Société anatomique, trop tôt enlevé à la science,

(i) Voyez l'article Corps fibreux^ lome IH, page 652 de cet ouvrage.

292 XVIIl* CLASSE. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

qui a j)résenté à celte Société trois mamelles récemment extirpées comme cancéreuses, avec la pensée de donner un spécimen des périodes principales du cancer.

Mais il n'en était rien, Tune de ces mamelles offrait tous les caractères des corps fibreux, leur densité, leur couleur, leur disposition lobuleuse; aucun suc; à peine un peu d'humidité. Les deux autres mamelles étaient véritablement cancéreuses; tissu très dense comme le précédent; sans aspect lobuleux; coupe nette, trame dense, fibreuse; la pression fait suinier de tous les points de la coupe, comme par les trous d'une éponjje fine, du suc cancéreux de consistance et d'aspect de crème de lait, ici plus opacpie, là moins opaque.

Il me semble qu'au point de vue de Tanatomie microscopique, il y a, au moment où j'écris ces lignes, une réaction contre les prétentions exagérées de certains observateurs micrograpbes. Cependant on croit généralement que les cellules dites cancéreuses , non moins que les cellules épithcliales dénotent la forme du cancer le plus grave, tandis que l'élément fusiforme et fibroplastique dénote un cancer moins grave , moins sujet à la récidive.

Le cancer est-il produit par la dégénération d'un tissu normal ou bien par un élément liétéromorpbe de nouvelle formation, lequel serait interposé au tissu normal : cette dernière interprétation me paraît la plus piobable. Le cancer doit être classé parmi les tissus parasitaires susceptibles d'une proligération illimitée, soit dans le même organe, soit dans l'économie tout entière.

Je ne parlerai pas davantage de l'inflammation comme cause productrice ou provocatrice du cancer : celte erreur de la médecine dite physiologique a besoin à peine d'être réfutée.

2^ Dô [inflammaiioa comme complicalion du cancer. Tout le temps que le tissu cancéreux n'est pas saisi

DÉGÉNÉfiATlOISS CANClilfîEDSES. 29S

par rinflaiiimation, la maladie cancéreuse suit sa marche doublement envahissante et par continuité de tissu et par infection générale ; mais cette marche est lente, progressive, sans réaction fébrile, et se concilie avec un éiat général en a[)parence satisfaisant, à moins que par son siège le cancer ne trouble mécaniquement Texercice des fonctions indispensables il la vie.

Or, l'inflammation qui s'empare d'un tissu cancéreux, souvent suppurative ou ulcéreuse est plus souvent encore gangreneuse , et cette gangrène ordinairement partielle se produit tantôt par couches successives, tantôt par petites masses ou bourbillons. Cette gangrène est quelquefois générale, et envahit d'emblée une plus ou moins grande partie et même quelquefois la totalité de la tumeur.

Chez un grand nombre d'individus, et surtout dans le cas de cancer mammaire, la maladie semble puiement locale pendant un temps plus ou moins long, si bien qu on a pu dire que dans le cancer de la mamelle ou d'autres organes , un état général satisfaisant était en quelque sorte garanti par une suppuration plus ou moins abondante de Torgane malade.

Chose bien remarquable, Tinflammation qui s'empare du tissu cancéreux, souvent suppurative, ulcéreuse, plus souvent encore gangreneuse, est quelquefois adhésive; si bien qu'il s'établit sur une surface bourgeonnante bien certainement supportée par une couche cancéreuse, une phlegmasie pseudo-membrane cicatricielle. Mais cette cicatrisation apparente est ordinairement bien éphémère ; ainsi j'ai vu plusieurs fois des mamelles cancéreuses, après la chute, par gangrène, d'une portion de la tumeur, se couvrir de bourgeons celluleux et vasculaires et d'une pellicule blanche argentée qui paraissait un épiderme cicatriciel. Mais cette pellicule cicatricielle était bientôt détruite par les progrès de la maladie cancé-

294 XVIIl^ CLASSR. DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.

relise ou par une inflammation nouvelle snppurative ou ulcéreuse.

J'ai donné des soins pendant seize ans à une malade affectée de cancer mammaire qui, m'a offert le type des altérations consécutives qui s'opèrent dans cette cruelle maladie. Ce n'est que les six derniers mois de sa vie que la santé générale s'est altérée. L'autopsie n'a pu être faite, je ne puis donc affirmer que dans ce cas la dégénération cancéreuse se soit généralisée. Les désordres de l'état local et leur retentissement sur l'état général et sur les fondions digestives en particulier, suffisent d'ailleurs pour rendre compte de Tissue funeste de la maladie.

Pendant plus de treize ans, Texislence de cette maladie fut un secret entre la malade et moi. C'était une tumeur dure, presque indolente, traversée seulement de temps en temps par des éclairs de douleur. Je ne prévins la famille du caractère grave de la maladie, que lorsque la tumeur îiiammaire ayant acquis un grand développement, des tubercules s'étant développés sur la tumeur au voisinage, il se produisit deux ulcérations ou érosions douloureuses bientôt suivies de petites eschares , les unes blanches, les autres noires, qui se détachèrent assez rapidement, si bien qu'en peu de temps il se produisit dans la tumeur une excavation ulcéreuse large et profonde. En même temps se développèrent dans le creux de l'aisselle, des indurations (|ui remplirent sa cavité, et constituèrent une énorme tumeur indurée ; qui devint le siège d'un travail inflammatoire bientôt suivi de gangrène par masses plus ou moins considérables. Il était bien évident, que la gangrène serait la conséquence immédiate du travail inflammatoire qui attaquait successivement toutes les régions de la masse cancéreuse, incapable de fournir aux frais d'une inflammation régulière, et cette prévision ne fut que trop justifiée. La mort ne tarda pas à être la conséquence de ce travail désor--

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ganisateiir qui, épuisa bientôt les forces de la malade et retentit en dernier lieu sur les voies digestives, qui devinrent incapables de supporter la moindre alimentation. L'autopsie n'a pu être faite, en sorte qu'il est difficile de savoir si les accidents généraux et la mort ont été la suite de l'épuisement cachectique de la malade, ou de la diathèse cancéreuse qui se serait généralisée dans les organes intérieurs L'exploration la plus attentive n'a pu me faire rien découvrir dans les viscères abdominaux, et en particulier dans le foie, siège le plus ordinaire de Tinfection cancéreuse généralisée.

Je crois qu'on doit considérer, comme une vérité acquise à la science, ce fait que l'inflammation du tissu cancéreux est un des points le plus important de l'histoire du cancer. L'inflammation se produit à la surface du cancer comme dans l'épaisseur des masses cancéreuses. La gangrène par couches successives ou par masses plus ou moins considérables, en est la conséquence nécessaire ; gangrène blanche lorsque la partie gangrenée est pénétrée d'une grande quantité de liquide, gangrène noire lorsque la partie gangrenée se dessèche presque immédiatement.

Le tissu cancéreux est incapable de suffire aux frais du travail phlegmasique : la désorganisation en est la conséquence immédiate. Si l'on peut à bon droit contester que l'inflammation joue un rôle prochain ou éloigné dans la production du cancer , on ne saurait mettre en doute son importance comme complication du cancer, complication inévitable plus tôt ou plus tard, qui désorganise le tissu cancéreux. Il est incontestable que c'est l'inflammation qui préside à la désorganisation du cancer, c'est-à-dire à la gangrène du tissu cancéreux.

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