‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 4)Chapitre 14 sur 36 · III · texte numérisé non relu

III

s 06 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

seux (|ui séparent les muscles, acquièrent quelquefois un volume considérable avant de se diriger du côté de l'aponévrose d'enveloppe, de vaincre sa résistance et de faire leurs progrès du côté de la peau. On conçoit à quelles erreurs de diagnostic peuvent donner lieu ces tumeurs pendant tout le temps qu'elles sont contenues dans répaisseur des membres.

J'ai vu un cas de lipome sous - deltoïdien : c*était chez une femme de soixante-huit ans. En explorant la région deltoïdienne, on avait cru à un kyste ou à une tumeur encéphaloïde. Avant de se décider à lopération , on pratiqua une ponction exploratrice qui ne donna issue à aucun liquide. L'extirpation fut faite; le lipome était bilobé, d'une assez grande consistance ; le plus con* sidcrable des lobes était situé sous le deltoïde , le plus petit sous le grand pectoral. L'extirpation fut faite par énucléation. J'ignore s'il y a eu des accidents consécutifs.

M. Broca a présenté à la Société anatouiique un adi* pôme qui s'était développé entre la couche superBcielle et la couche profonde de la région antérieure de Favantbras.

Comme exemples d'adipômes intermusculaires, je ci* terai deux pièces présentées à la Société anatomique , l'une par M. Bonlard, l'autre par M. Verneuil, prosecteurs de la Faculté : par un hasard fort singulier, les deux tu* meurs occupaient la même région , la région antibrachiale.

Dans le premier de ces faits, la tumeur oblongue, cylindrique, était située entre le muscle brachial antérieur et le long supinalcur du côté gauche, s'enfonçait un peu par son extrémité supérieure entre l'humérus et le triceps humoral , tandis que par son extrémité inférieure elle soulevait laponévrose antibrachi;de.

Dans la deuxième pit^ce, l'adipôme régulièrement spbé-

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roïdal, (lu volume d'une orange ordinaire , s'était développé à droite, un peu plus bas que le précédent, entre le premier radial externe et le long supinateur qu'elle soulevait et ([u'elle avait rejeté fortement en dedans, de telle manière que la tumeur était sous-aponévrotique dans un bon tiers de sa surface. Mais une particularité fort remarquable, c'est que la branche cutanée du nerf radial était accolée à la région antérieure de la tumeur qu elle croisait obliquement.

Ce dernier fait établit que, dans l'extirpation des lipomes sous-aponévrotiques, il faut tenir compte de la possibilité de la présence des vaisseaux ou des nerfs sur la circonférence de la tumeur.

Dans un cas d'adipôme axillaire sous-aponévrotique observé par M. le professeur Jules Gloquet, il est dit que le nerf radial, qui était placé au centre de la tumeur, fut coupé et que, le membre supérieur étant tombé en gangrène, le malade succomba.

Dans le cas de loupes graisseuses intermusculaires , qui se dirigent du côté de la peau, il est clair que, lorsque la résistance de l'aponévrose a été vaincue, la tumeur se présente avec tous les caractères d'un adip6me sous-cu« tané; mais presque toujours il sera possible de reconnaître l'origine sous-aponévrotique et intermusculaire de la tumenr. Ainsi, M. ledocteurFèvre ma conduit, en 1849, on individu obèse , qui portait à la région antérieure du thorax, à gauche, une tumeur considérable, sur la nature organique de laquelle il désirait avoir mon avis. C'était un adip6me dont une moitié, qui paraissait sous-cutanée, remplissait le creux de l'aisselle, et dont l'autre moitié était située au-dessous du grand pectoral.

Gomme exemple d'adipôme sous-aponévrotique d'un diagnostic difficile , je signalerai le fait suivant : Ayant trouvé sur un cadavre, à la partie supérieure et droite de la région firontale, une tumeur hémisphérique du volume de

la moitié d'une prune de reine-claude, je vis, à mon grand ëtonnement : 1^ que cette tumeur était située entre le périoste et Taponévrose épicrànienne ; 2* qu'elle était formée non par un kyste folliculeux , comme je Tavais soupçonné d abord, mais par une masse graisseuse, tellement bien circonscrite et si facilement énucléable , qu on aurait pu la croire enkystée.

Il y a donc des tumeurs adipeuses sous-aponévrotiques ; mais , règle générale , les tumeurs adipeuses sont sous-cutanées, et c'est sur cette règle que je me suis fondé dans le cas suivant qui avait pour sujet un de nos confrères (1), qui vint à Paris consulter pour une tumeur qu'il portait à la partie latérale droite du col et qui occupait le bas de la région parotidienne, la région sushyoïdienne et une partie de la région sous-hyoïdienne. Cette tumeur était molle, flasque, de consistance pâteuse et bien évidemment de nature graisseuse. Dupuytren , avec qui notre confrère désira que je m'entendisse, craignait que cette tumeur qu'il caractérisait ainsi que moi de loupe graisseuse, ne fijit sous-aponévrotique et qu'elle n'envoyât des prolongements autour des vaisseaux du coi. Je ne partageai pas son inquiétude que je parvins à dissiper en lui faisant remarquer que la règle générale, quant au siège des tumeurs adipeuses, était leur développement dans le tissu cellulaire sous-cutané, et que cette règle devait surtout s'appliquer à la région cervicale, qui ne présentait de tissu adipeux qn^entrele peaucier et la^peau.

Ceci se passait quatre mois environ avant la mort de Dupuytren. Quoique déjà bien affaibli par la maladie, Dupuytren désira pratiquer cette opération dans laquelle je lui servis d aide. Ce fut la dernière fois <|u'il mit le bistouri à la main; et bien que cette main fui tremblante, l'opéra-

(f) M. le docteur Chasuin(rt, de Pierre-Buffière (Haute-Vienncl , le même qui Tient de l^'gner, par testament, io,ooo fîr. aa musée Da«puytren.

lion fut pratiquée avec une grande précision. La tumeur, qui était molle, iobuleuse, était en effet située entre la peau et le peaucier.

Je serais peut-être moins positif aujourd'hui dans mon diagnostic sur le siège de la tumeur adipeuse dont je viens de parler; car, depuis cette époque, j'ai eu connaissance d'un cas de lipome développé sous le muscle peaucier. Ce fait appartient à mon excellent collègue M. le professeur Roux, qui me Ta raconté en ces termes : Un mattre charpentier vint le consulter pour une tumeur du volume d'un œuf de dinde, parfaitement circonscrite , qu'il portait à la région cervicale à droite. Cette tumeur, que M. Roux examina à plusieurs reprises, lui présentait une fluctuation si évidente, que l'idée d'une tumeur solide ne s'offrit nullement à son esprit et qu'il diagnostiqua un abcès froid enkysté. La potasse caustique ayant été appliquée, l'escarre fut enlevée; mais, au lieu d'un liquide purulent, il s échappa une petite masse graisseuse qui attestait la présence d'un lipome dont l'extirpation fut immédiatement iàite. Le malade guérit parfaitement.

Je ne connais pas dans la science d'exemple d'adip6me inlermusculaire plus considérable que celui qui a été observé par M. Velpeau sur un homme de cinquante-cinq ans environ. L'énorme tumeur occupait la partie interne de la cuisse ; elle s'était développée entre le grand adducteur et les adducteurs moyen et petit qu'elle avait réduits à une lame mince de même que le couturier; la tumeur pesait plus de 16 kilogrammes. Le modèle en cire a été déposé au musée Dupuy tren.

Non seulement ladipôme peut se développer dans le tissu celluleux intermusculaire, mais il peut encore se développer dans l'épaisseur des muscles. J'ai eu occasion d'en observer un exemple.

lia ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNÉEALE.

3* ESPÈCE. Adipômes sous-sercuz el sous-muqueux.

Je ne ferai que mentionner les adipômes sous-séreux et . sous-muqueux :

!• Adipômes sous-séreux, I^ développement du tissu adipeux est très fréquent sous la plèvre pariétale, sous le feuillet viscéral du péricarde et sous le péritoine. Mais ce développement adipeux constitue plutôt des masses adipeuses d'embonpoint local que des adipômes proprement dits. On conçoit les conséquences d'un amas considérable de graisse dans lepaisseur du médiastin , la compression qu'il peut exercer sur le cœur, et la possibilité de prolongements ou appendices cutanés de cette masse graisseuse, sur les bords du sternum entre cet os et les muscles intercostaux.

Je mentionnerai encore les tumeurs graisseuses diaphragmatiques , formées aux dépens du tissu adipeux sous-péritonéal, s'accumulant quelquefois derrière Tappendice xyphoïde ; tumeurs graisseuses qui s*insinuent entre les fibres musculaires du diaphragme, pénètrent dans le médiastin, entraînent le péritoine, véritable sac herniaire tout prêt à recevoir les viscères abdominaux. Les hernies graisseuses de la ligne blanche, les hernies inguinales graisseuses appartiennent à la même catégorie.

L'exemple le plus remarquable en ce genre que je connaisse a été présenté à la Société anatoinique par M.Broca(i).

Sur le cadavre d'un vieillard , on trouva dans la fosse iliaque ^uche une énorme tumeur qui remplissait la moitié inférieure de l'abdomen , et refoulait en haut les anses intestinales. Cette tumeur sphéroïdale reposait sur le psna.< iliaque et sur les vaisseaux iliaques primitifs et ilincpics extornes;ellc était recouverte par le péritoine

(i) Bulletin de la Société antitomii/uen i85o, p. 137.

daos les quatre cinquièmes au moins de sa surface : la face antérieure était parcourue par une dépression longitudinale où se logeait TtS iliaque déployée : le péritoine passait sur cet intestin comme un pont et ne recouvrait que la moitié antérieure de sa circonférence.

La tumeur, longue de 35 centimètres, large de SO, épaisse de 20, pesait 15 kilogrammes environ. Sa f^on^istance variait dans les divers points de son étendue : en haut et en dedans existait une masse dure du volume de la téfe d'un enfant ; le reste de la tumeur était mollasse et présentait une fausse fluctuation.

A la coupe, on trouva que la portion molle de la tumeur présentait tous les caractères des lipomes, et se composait exclusivement de lohulçs adipeux. La portion dure présentait un tout autre aspect ; on y reconnaît encore quelques lobules de graisse; mais ceux-ci sont emprisonnés dans une espèce de gangue dense ^ lardacée^ friable^ au sein de laquelle existent beaucoup de vaisseaux. La pression , le grattage nenpeuventextraireaucunliquideiactescept; le microscope n'y a découvert aucun des éléments spécifir ques du cancer, en sorte que Ton dut rejeter l'opinion émise par plusieurs personnes, que cette portion indurée de la tumeur constituait un lipome dégénéré. On n'y trouvait que les produits organiques de Finflammation chronique. Nous verrons plus bas qu'une tumeur adipeuse énorme qui prenait sa racine dans le tissu cellulaire souspéritonéal avait en partie subi la dégénérescence cancéreuse.

Tumeur adipeuse développée sous la tunique vaginale du testicule. Il n'est pas fort rare de voir de petits lipôines adipeux, développés au-dessous de la tunique vaginale , soulever cette tunique sous la forme d'une petite tumeur pédiculée dont le pédicule est formé par un repli de la tunique vaginale.

Lipome sous-synoviaL On connaît le rôle que }one ]e

tissu adipeux autour des articulations. Il arrive quelquefois qu'une petite niasse de ce tissu adipeux soulève la membrane synoviale et se présente, sous laspect de petits lipomes pédicules ou non pédicules ; on n'observe cette disposition que dans les articulations qui sont restées longtemps immobiles. 11 semblerait , dans quelques cas , que ce tissu adipeux se soit développé aux dépens de franges synoviales.

Tumeurs adipeuses sous-^rachnoïdiennes, J ai trouvé une fois une tumeur graisseuse du volume d'un pois-cbicbe dans le tissu cellulaire sous^arachnoïdien , sur le bulbe rachidien, au niveau de Tolive gauche.

2^ Adipômes sous-muqueux. Il y a incompatibilité entre le tissu cellulaire sous-muqueux et le développement de la graisse. Une seule fois, j'ai trouvé une petite tumeur adipeuse du volume d'un gros pois sous la muqueuse in* testinale.

Le cas de lipome sous-muqueux le plus intéressant que je connaisse m'a été communiqué par le regrettable professeur Marjolin. Voici le fait :

Gn individu se présente à lut avec une tumeur sublinguale qui avait toutes les apparences de la grenouillette. Il introduit un bistouri, rien ne sort; il l'introduit de nouveau pour agrandir l'ouverture , il s'échappe du tissu adipeux. 11 engage le malade à temporiser pour l'opération. Le malade étant allé consulter un autre praticien ; celui-ci commit la même erreur de diagnostic, bien que le malade l'eût prévenu de ce qui s'était passé chez M. Marjolin : uue ponction est pratiquée, et au lieu d'un liquide, il s échappe par l'ouverture une portion de lipome lequel fut extir|)e immédiatement.

4* fisp&c£. Adipèmes des organes (jlaDdaleDS.

Je n'ai trouvé d'adipômes glanduleux proprement dits que dans le rein : tel est le cas que j*ai tait repiTsentc r

(XXXVI'Iivr., fig. 2 et 2'). La substance corticale contenait dans son épaisseur un nombre considérable de loupes graisseuses, le tissu propre du rein paraissait d'ailleurs n avoir nullement participé à cette production, on eût dit que de petites masses adipeuses sphéroïdales avaieut été interposées aux granulations de la substance corticale.

Caractères anatomiques généraux des adipômes.

Après avoir étudié les masses adipeuses circonscrites » enchatonnées» qui constituent les adipômes sous le point de vue de leur siège, je vais les étudier maintenant sous le rapport de leur volume, de leur forme et de leur structure.

Volume. Les adipômes peuvent acquérir un volume considérable et un poids proportionnel ; on en a vu qui pesaient 5, 10, 15, 20 kilogrammes. Les adipômes les plus GODsidérables sont certainement ceux que Ton rencontre à la région postérieure du tronc et aussi à la partie supérieure et interne de la cuisse. La tumeur adipeuse sousaponévrotique , extirpée par M. Velpeau à la partie postérieure et supérieure de la cuisse, pesant 16 kilogrammes, en opposition avec ces tumeurs énormes» on trouve des adipômes du volume d'un pois; ce sont surtout les adipômes développés dans l'épaisseur de la peau.

Forme. Les tumeurs adipeuses sous-cutanées sont , en général, sphéroïdales, quelquefois hémisphériques, plus ou moins aplaties, oblongues, suivant la résistance qu elles ont éprouvée dans un sens ou dans un autre, et suivant les compressions auxquelles elles ont été soumises.

Les tumeurs adipeuses intermusculaires se moulent sur les parties environnantes ; les tumeurs adipeuses souscutanées qui sont soumises à des compressions sont aplaties et peuvent prendre des formes singulières : tel est un

31 ft ANATOMie PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

lipome de la région lombaire qui formait ime large masse aplatie et qui offrait à sa circonférence plusieurs prolon* gements ou digitations considérables.

F^es tumeurs adipeuses ne sont point pédiculées ou implantées comme on la dit. Ce qui a donné lieu à cette erreur, c'est qu'elles présentent quelquefois un ou plusieurs prolongements qu'on a pu considérer comme des pédicules ou racines : le lait est que lorsque dans lextirpation d'une tumeur adipeuse on n'enlève pas ces prolongements , ils peuvent devenir eux*mémes le germe d'une nouvelle production adipeuse. La disposition pédiculée dans l'adi* pôme est presque toujours consécutive; ainsi, on voit des tumeurs graisseuses sous-cutanées abandonnées à leur propre poids, qui finissent par tirailler la peau et s'en faire un pédicule (1). Le professeur Bicherand m'a adressé dans le temps une tumeur graisseuse du poids de 7^',50 qu'il venait d'extirper sur une personne très connue : cette tumeur naissait de la nuque par un pédicule très étroit uniquement formé par une duplicature de la peau et retombait à la manière d'une besace conoïde derrière les épaules, jusqu'à la région lombaire. La forme pédi* culée ou non pédiculée de la tumeur est importante pour les conséquences de l'opération. Ainsi , les accidents con* sécutifs sont bien plus à redouter dans les cas de tumeur adipeuse à largo base que dans celles qui sont à base étroite ou pédiculées.

Une des premières opérations que j'aie faites à Limo* ges (1816) est celle d'un adipôme très considérable, occu* pant la partie latérale et postérieure à droite du tboraxque portait une jeune femme de trente an.s environ. Cette tumeur était hémi<;phérique, probablement par suite de la compression à laquelle elle avait été soumise pour dissi*

(i) Dans les tumeurs péiliculces, le pëdicule est tantôt formé par la peau seule, tantôt par la peau et «ne partie de la tumeur adiptose.

TREIZIÈME GLA88B. DBS BIÉTAMOBPHOSES. 115

miiler sa présence. Sa base , parfaitement circulaire, avait pour diamètre transverse tout l'intervalle qui sépare Tépine dorsale de la mamelle. J'hésitai beaucoup si je pratiquerais celte extirpation, vu Ténorme surface A dénuder. Les instances de la malade et surtout Tespérance d'une réunion immédiate m'y décidèrent. J'enlevai avec la tumeur une assez grande quantité de peau amincie et superflue qui la recouvrait : la coaptation fut aussi-exacte que possible, mais Tinflammation adhésive ne fîit que partielle, la fièvre traumatique fut très intense, à type rémittent , accompagnée de prostration extrême , d altération profende de la Face. Le quinquina fit merveille. La malade guérit parfaitement. Je croyais, d après son volume, que Ténorme tumeur devait peser de 8 à 10 kilogrammes, elle nen pesait que 5.

Il faut bien distinguer les pédicules par traction des adîpômes, des prolongements que présentent certains adipèmes à leur circonférence. Ces prolongements avaient pris une bien grande importance et une haute gravité dans le cas suivant :

Une tumeur graisseuse existait au*<]evant du sternum; pendant iopération, le chirurgien reconnut que le lipome envoyait plusieurs prolongements sur tes côlésdu sternum dans le médiastin antérieur. Ces prolongements furent attirés au dehors, au moins pour la plupart, à l'aide d'une traction modérée exercée sur le corps de la tumeur, mais Je malade succomba à une inflammation suppurée du médiastin antérieur.

Sous le rapport de leur marche^ il est des tumeurs adipeuses qui restent stationnaires; il en est , et c'est le plus grand nombre, qui mai*chent lentement, d'autres qui marchent avec beaucoup de rapidité.

Caractères de structure. Les adipèmes sont toujours parfaitement circonscrits, bien distincts des parties enviroonantes auxquelles ils sont unis par un tissu cellulaire

très lâche. Ils sont enchaionnés et non enkystés. La laxité du tissu cellulaire qui les entoure permet de les énucléer soit avec le doigt, soit par une sorte d'arrachement, en les saisissant avec une pince de Museux,eten divisant, à laide du bistouri les lames cellulaires , lâches et rares, qui sont leur seul moyen d union avec les parties environnantes. Quelquefois il existe autour d'elles, au moins sur une partie de leur surface, une bourse séreuse, c'est quand cette portion de surface a été le siège d'un frottement D'autres fois elles sont unies aux parties voisines à laide d'un tissu fibreux ; mais cette adhérence toujours partielle est accidentelle et la conséquence d'un travail inflammatoire qui a eu lieu autour de la tumeur* La dissection de ces lipomes adhérents devient extrêmement difficile, et si l'adhérence a lieu du côté de la peau, il est nécessaire d'enleveravecla tumeur la portion depeauquiluiestadhérente.

Les tumeurs adipeuses sont d'ailleurs essentiellement akystiques , c'est-à-dii*e qu'elles ne sont jamais pourvues d'une poche de circonscription susceptible d'être démontrée par le secours de la dissection qui les cernerait de toutes parts; c'est donc bien gratuitement qu'on les a confondues sous le nom de loupes avec les tumeurs enkystées, lesquelles n'ont d'autre rapport avec elles que leur mollesse, à savoir, les tumeurs dites siiatomateuses , athéro* mateuses , méUcériques.

La consistance ou densité des tumeurs adipeuses est un des points les plus importants de leur histoire : sous le rapport de leur densité, on pourrait les distinguer en molles et en dures

La densité de ces tumeurs est proportionnelle à la quantité de tissu fibreux qu'elles contiennent dans leur épaisseur; et lorsque la répartition du tissu fibreux est inégale, les tumeurs adipomateuses présentent des inégalités proportionnelles de densité.

J'ai vu dans quelques cas le tissu fibreux disposé par

petites masses qui envoyaient, comme (Fun centre, des prolongements dans Tépaisseur de Tadipôme. Or, dans les parties occupées par le tissu fil)reux , ladipôme était dur, les lobules adipeux très petits : les lobules étaient au contraire très considérables, unis par un tissu cellu*> laire lâche dans les régions où n'existait pas le tissu fibreux. On pourrait appeler les adipômes ainsi traversés par des tissus fibreux, tumeurs ad^po-fibreuses.

Voici le résultat de la dissection d^une tumeur adip(H fibreuse située sous la peau qui revêtait les fausses côtes gauches et qui présentait la densité d'une tumeur fibreuse. Elle était aplatie, très dense, sa surface était lisse et unie , non lobulée, bien qu'elle présentât des lignes blanches constituées par du tissu fibreux. Une multitude de lamelles blanches qui formaient autant de cloisons séparaient la graisse en une infinité de petits compartiments polyédriques : ces cloisons étaient très résistantes et très épaisses ; elles m'ont paru complètes : les grains adipeux très serrés : il y avait, sous le rapport de la dureté, de grandes différences entre les diverses parties de la tumeur. Ainsi, à la circonférence où la graisse était peu serrée, les lamelles fibreuses moins rapprochées et moins épaisses, la tumeur était beaucoup moins dense et sadispositionlobulaire très prononcée. Dans d'autres parties, au contraire, la dureté de la tumeur était vraiment celle d un corps fibreux et la disposition lobulaire n'existait pas. Pour ne rien omettre, je dirai qu'on voyait à la surface de la tumeur une sorte de cicatrice blanchâtre déprimée, de laquelle partaient des prolongements qui s'enfonçaient dans l'épaisseur de la tumeur.

Quant au diagnostic différentiel entre les lipomes adipo-fibreux et les corps fibreux proprement dits, il sera en général fiicile, si Ton considère que Tadipôme souscutané est aussi fréquent que le corps fibreux sous cutané est rare.

s 18 ANATOMIË PATHOLOGIQUE GÉNÉRALfi.

Si les adipômes diirs^ peuvent en imposer pour un corps fibreux, les adipômes mous ont été quelquefois pris pour une collection purulente et même pour un encéphaloïde. J'ai déjà parlé d*un cas d'udipôme subjacent au peaucier, qui fut pris pour un kyste purulent. J*ai connaissance d'un autre cas dans Irrniel uu adipôme lombaire a été pris pour un abcès par congestion. Voici un fait non moins surpre nant : Une femme, affectée de péritonite très intense, portait ù la partie interne et supérieure de la cuisse une tumeur extrêmement molle : on crut à une heruie ischiatique étranglée , et Ton regrettait amèrement que Tétat désespéré de la malade ne permit pas de pratiquer une opération. L'autopsie démontra qu'on avait affaire à ud adipôme constitué par des masses de graisse aplaties, moulées les unes sur les autres, et séparées par des vaisseaux et du tissu cellulaire filamenteux.

Quelque difficile qu'il soit de distinguer la fluctuation apparente, ou plutôt la mollesse qui résulte du déplace* ment des lobules graisseux qui constituent la tumeur adipeuse, de la fluctuation d'une collection purulente ou autre, je ne puis croire qu'on ne puisse pas parvenir, à l'aide d'une exploration attentive, à différencier une fluctuation menteuse d'une fluctuation vraie, d'autant plus que la consistance du lipome permet le plus ordinairement d'y reconnaître des espèces de lobules distincts, et que si l'on saisit une portion de la tumeur entre les doigts on pourra faire glisser les lobules les uns sur les autres. Mais po^^voir distinguer d'un abcès pur et simple un lipome au centre duquel s'est produite une collection purulente, cela me parait bien difficile sinon impossible. Tel est le cas suivant communiqué à la Société de chirurgie par M. Michon (1).

Une tumeur, située à la partie antérieure de la cuisse

(i) Gazette des kâpitauxy 30 septembre 1846.

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chez une femme de trente ans, avait le volume du poing et présentait une fluctuation manifeste. On crut un moment à une encéphaloïde , on s arrêta à l'idée d'un kyste. Une ponction exploratrice amena un verre de pus ^ la surface duquel on vit de la graisse fondue, circonstance qui fit croire a un lipome dégénéré. L'extirpation fut pratiquée. C'était une tumeur lipomateuse contenant dans son intérieur un kyste purulent tapisse d une membrane pyogénique parfaitement organisée.

Forme lobuleuse. Les tumeurs adipeuses sont en général lobuleuses^ mais les lobules sont plus ou moins distincts. Quelquefois ces lobules sont tellement séparés les uns des autres (|U on est incertain sur la question de savoir si Ton a affaire à une seule tumeur ou à plusieurs tumeurs juxtaposées.

Ainsi, j ai été consulté par une dame âgée de quarantesix ans, qui portait à la région claviculaire trois tumeurs juxtaposées, mais parfaitement distinctes : une au-<dessus et au-devant, et deux au-dessous de la clavicule. — Dans quelques cas, ces lobules ne tiennent les uns aux autres (|ue par une partie de leur épaisseur. D'une autre part , il est des tumeurs adipeuses qui ne sont nullement lobuleuses, leur surface est égale, comme si la tumeur était eukystée, et Ton pourrait, -^ la rigueur, considérer comme une sorte de kyste une membrane opaline extrêmement uHDce et d'ailleurs incomplète qui forme son enveloppe de circonscription.

La disposition lobuleuse des tumeurs adipeuses me parait un des points les plus importants de leur histoire. Ceue disposition résulte de cloisons fibroKselluleuses qui séparent les lobules et qu on pourrait considérer comme une dépendance du kyste incomplet et adhérent qui les circonscrit et les isole.

Celte disposition lobuleuse est d'ailleurs plus ou moins prononcée : ainsi, quelquefois elle apparaît à la simple

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vue, la peau présentant çà et là des dépressions comire si les prolongements de sa face profonde s'enfonçaient dans Tépaisseur de la tumeur; d^autres fois cette disposition lobuleuse se reconnaît à Taide du toucher ; un bon moyen de la mettre en relief, c'est de saisir une partie de la tu« meur entre le pouce et les autres doigts, et de la soumettre à des alternatives de compression et de relâchement. C'est la détermination de la disposition lobuleuse qui , dans les cas douteux, me parait le caractère différentiel le plus positif entre le lipome et les collections de liquide.

Quant à la structure intime des lipàmes, il y a identité parfaite entre leur tissu et celui du tissu adipeux normal. Le volume des lobules graisseux, les lames cellulosofibreuses qui les traversent, la proportion de tissu fibreux qui entre dans leur composition établissent les différences principales qui existent entre les tumeurs. On y voit un assez grand nombre de vaisseaux veineux soit à leur surface, soit dans leur profondeur. Des injections seraient nécessaires pour déterminer la part que prennent les artères à leur développement. Aucun filet nerveux n y a été démontré, et ce n'est qu'accidentellement qu'on a vu des nerfs accolés à leur surface ou contenus dans leur épaisseur. Les adipômes sont complètement dépourvus de sensibilité.

Il n'est pas très rare de rencontrer au centre des tumeurs adipeuses des concrétions calcaires.

Ainsi, dans un cas de lipome de la région axillaire du volume de la tète d'un enfant, nous avons vu au centre de la tumeur des concrétions phosphatiques ou ostéides dis* posés en cylindres assez réguliers dont la cavité était remplie par du tissu adipeux.

M. Broca a présenté à la Société anatomique un cas non moins remarquable. Sur un sujet dont la région postérieure de l'avant- bras était très volumiueuse, il

TREIZIÈME CLASSE. DBS MÉTAMOBPflOSBS. 321

trouva subjacente à Textenseur commun des doigts une tumeur adipeuse très considérable , aplatie d avant en arrière, lai^e en haut, étroke en bas. L'extenseur com* mun était tellement aminci» qu on aurait pu croire que la tumeur était développée dans son épaisseur. Il y avait à la partie inférieure de cette tumeur des concrétions calcaires ou ostéides» rugueuses à leur surface, compactes, ayant la dureté de Tagate : ce n'était pas du tissu osseux, car on n'y rencontrait aucun canalicule vasculaire* Les cas de ce genre ne sont pas fort rares. Il y a une sorte d'alBnité entre la graisse et le phosphate calcaire. Les petites concrétions phospbatiques qui se voient entre la face interne du tibia et la peau sont for* mées aux dépens des petits paquets adipeux qui occupent cette région.

M. Bouteiiler a présenté à la même Société un lipome situé à la régicm lombaire droite, trouvé sur le cadavre d'tme femme de soixante^cinq ans. Ce lipome était aplati comme toutes les tumeurs de cette région , du volume de la rate et de sa partie inférieure naissait une masse blanche, dure, de la grosseur d'un œuf de pigeon , contenue dans une coque presque osseuse (1).

Les tumeurs adipeuses sont susceptibles d'inflammation. Les cas rapportés plus haut de lipémes au centre desquels se- voyait un foyer purulent le prouvent de la tnaaière la plus incontestable (2).

La question de savoir si Tart ne pouirait pas provoquer une inflammation dans le but de détruire les lipomes me parait devoir être résolue d'une manière négative. Peuton supposer qu'un travail inflammatoire de bonne nature puisse s'établir dans un tissa aussi peu vivant que le tissu

(•) BulMm ée U Soaéîé atuitùmique^ iS49» p. 34* (a) 11. HâMTt • sonienn à U Facalté, U i3 février iS49) oiie ibète sur l'inBaromatioii ûu lipome.

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