‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 4)Chapitre 15 sur 36 · MI · texte numérisé non relu

MI

3)2 AïfATOMIK PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

adipeai. I«a fionte pntrtde de ce tissu ne serait'-elie pas la conséquence de cette inflammation, absolument comme dans le cas où Tépiploon graisseux se trouve contena dans une bemie?Dans le cas de M. Velpeau,il y avait plusieurs foyers putrilaginenx ou gangreneux an centre dn lipome.

Le seul remède aux adipômes, lortqu^on vent s'en dé* barrasser, cest Textirpation complète de la tmnenr, et s'il arrivait que cette tumeur sous*aponévrotique envoyât des prolongements lointains dont lextraction ne put être iaite sans danger, il conviendrait d en abandonner i'élimi* nation au travail de suppuration, avec fonte de la graisse, qui ne tarde pas è s'emparer de la petite quantité de tissa vivant qui constitue ces tumeurs.

C'est là le conseil de Chopart , mis en pratique avec succès par M. MoreULavaltée, qui, dans un cas de tumeur adipeuse placée au niveau de la fourchette du sternum , tumeur qui envoyait im proloi»gemeat derrièro le stemuna dans le médiastin antérieur, se contenta ^enlever la portion superficielle.

Les adipômes sont complètement dépourvus de seiiei* bilité.

Les tumeurs adipeuses sont-elies susceptibleede dégéaération cancéreuse ?

La loi que j ai établie relativement aux lésions orgn» niques, à savoir : que ces lésions organiques ne se trans» forment jamais les unes dans les autre.s , par conséquent qu'une lésion qui n a pas primitivement le caractère caiw cèi*eux ne saurait devenir cancéreuse ; cette lot , die-)e, s'appliqoe*t-elle aux tumeurs adipeuses ? Je ne le pena» pas; car Tadipème n'est vraiasent qa une hypertrophie : or, nous avons vu que par une exception toute particulière les tissus hyperlmphiésouatroj^tés peuvent devenir cancéreux.

Je ne dois donc pas revenir sur ce que j^avais dit dans

TRKISIÉME CLA9SB. f>B9 MÉTAMORPHOSES. 2^ SB

mon premier ouvrage (i), à savoir : que les lipomes éfromfûient souvent la dégénération squirrheuse ou carchionmtiase. A celte occasion , j^ai rapporte un fait (|ue ]*avais recueilli en iSiO, à rHôtcI-Dieu , dans le service de Dupaytren, fei| qui a eu beaucoup de retentissement. En voici le résumé :

Madeleine Ligné, cinquante^'Cinq ans y blanchisseuse , vint k THôtel-Dieu en mai 4810, pour une fumeur énorme siméeè la partie supérteore et interne de la cuisse. Cette tumeur, irrégulièrement sphéroïdale , de 40 à 12 pouces dtdimqètre , se prolongeait dans le bassin , derrière I ar- OÊiê crurale <}u'elle soulevait, descendait jusqu'au-dessons tit la partie moyenne de la cuisse et simulait uu second ventra. Su consistance n'était pas uniforme : une partie (le la toinenr présentait une mollesse assez grande ; elle •▼ait une dureté considérable dans le reste de son étendue. EoBn , dans une région très circonscrite , on sentait iia^ Bttctoation manifeste.

Quelle était la nature de cette tumeur? Peu importait pour le traitement, puisque, en définitive, il ne fallait pas y toucher; mais c'était une assez belle occasion d'exercer soD diagnostic. Les signes commémoratifs devaient être ooDsoltés. La malade nous dit que cette tumeur était survoiue, cinq ans auparavant, à la suite d'un écart, quelle avait progressivement augmenté de volume, et qu'elle ne lui faisait éprouver d'autre incommodité que celle qui résultait de son poids et de son volume.

Était-ce une hernie? La circonstance d'un ellbrt pouvait le faire soupçonner, d'autant plus qu'un homme de lart, consulté dans les premiers temps de l'apparition de cette tumeur, avait annoncé à la malade qu'elle avait une hernie. Était-ce un abcès par congestion ? Mais jamais abcès par congestion n'acquit un semblable volume. Nul

;i) Esmi mrfmtuiimniepatholû^quey iftfS, t. f, p. 19S.

52 A ANATOMIR PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

symptôme du côté de la colonne vertébrale; densité très grande d'une bonne partie de la tumeur. Ce ne pouvait pas être un carcinome des os du bassin , du fémur; car elle n'adhérait ni au bassin ni au fémur. Enfin, ce pouvait être un carcinome des parties molles , ce pouvait aussi être un lipome. Mais aucune certitude à cet égard.

Cependant , après quelque temps de séjour à Tbôpital , la malade fut prise d'un phlegmon érysipélateux à la partie interne de la tumeur , avec symptômes adynamiques» auquel elle succomba.

L'autopsie, qui fîit faite en notre présence par Du* puytren lui-même, démontra: 1« l'existence de vaisseaux lymphatiques pleins de pus dans le tissu cellulaire sous -cutané de la tumeur, vaisseaux lymphatiques allant se rendre dans les ganglions lymphatiques inguinaux, aussi bien injectés par le pus qu'ils le sont par le mercure dans les préparations les plus délicates; d'autres vaisseaux lymphatiques également pleins de pus pénétraient dans le bassin et se dirigeaient du côté des ganglions lombaires ; mais le pus s'arrêtait au voisinage de ces ganglions, qui n'en contenaient pas de trace, non plus que le canal thoracique (1).

Quant à la tumeur en elle-même , c'était un énorme lipome dégénéré en cancer dans sa partie supérieure et externe, et qui naissait dans l'intérieur du bassin par un pédicule considérable. Un kyste séreux existait à Tendroit où l'on avait senti la fluctuation. Une enveloppe fibreuse très résistante recouvrait cette tumeur divisée en lobes comme la plupart des lipomes.

Si la dégénération cancéreuse des tumeurs adipeuses est rare, il n'en est pas de même de la transformation fibreuse. Ainsi, j*ai vu des adipômes volumineux et lourds

(i) C*e«t celte observaiioD qui est deTenne célèbre par les discassioos auiqoelles elle a donné lif u relati?enieDt è l'absorplion du pas.

dont la partie inférieure, c*est-à-dire la plus déclive, avail été plusieurs Fois le siège d'érysipèle, d^œdème, et qui, de mous qu'ils étaient d abord , avaient acquis une grande densité; jai vu, dis- je, cette partie in^rieure transformée en tissu fibreux, lequel envoyait des prolongements à une certaine distance dans Tépaisseur de la tumeur. Ces adipômes ne tardent pas à devenir très adhérents au derme cutané avec lequel ils semblent faire corps.

Les adipômes sont susceptibles d'infiltration séreuse, surtout dans les parties les plus déclives.

La résolution spontanée on artificielle des tumeurs adi** penses est impossible. T^s adipômes ont toute Tindépendance des tumeurs enkystées, ils ne participent point à Tétat général des forces de l'économie, et conservent leur volume au milieu de la disparition complète de la graisse normale; leur accroissement est pour ainsi dire sans limites. Mais je dois faire observer qu'à côté des adipômes qui sont susceptibles d'un accroissement illimité, se voient un certain nombre d'adipômes qui restent stationnaires.

J'ai donné des soins à une dame qui portait au côté externe de la mamelle un adipôroe du volume du poing , lequel était stationnaire depuis quinze ans.

Des adipômes multiples. Ordinairement uniques, les lipomes soiis*cutanés sont quelquefois multiples à la manière des lésions qui tiennent à un état général. Ces cas-là ne sont pas très rares : ces tumeurs adipeuses sous-cutanées multiples sont, les unes intermédiaires au fascia superficiel et à l'aponévrose d'enveloppe, les autres, et c'est le plus grand nombre, sont situées dans la couche adipeuse intermédiaire à la peau et au fascia superficiel; aussi sont-elles adhérentes à la peau, qu'elles soulèvent. Tantôt elles sont spfaéroidales , tantôt elles sont aplaties. Leur petitesse est c|aelqaefoîs Celle qu'on ne peut les reconnaître qu'en pin*

126 ANATUMlli i*ATI10i.OGl<{UI& OÉNÉeALft.

çant la peau et qu'elles se |M*éseB4eûC bous la fernie d'un tubercule.

J'ai été consulté en novembre i%Ul par ua homme de ciuquante-Deuf anS| qui ma préseoié un gmail nombre de ces tumeurs adipeuses, sous-cutanées survenues suocessi* vement depuis quati*e ans% Il } en avait trois à la région antérieure de la cuisse^ deux au côté exteirne do bras. Les plus grosses avaient le volume d'un eeuf de pigeon^ le plus grand nombre étaient pisiformes; toutes adhéraient à la peau. Plusieurs praticiens consultés avaieai cru que ces tumeurs, dont ils ignoraient le véritable diraGCère» étaient ia conséquence d'une syphilis constitutionnelle, et dans cette idée ils avaient soumis , mais sans aucun résultat , le malade à l'usage successif des mencuriaux et de l'iodiure de potassium. J m conseillé pour toUI remède l'usage des bains salés que j'avais vus réussir» contre toute es{)érance9 dans plusieurs cas analogues. Il est des tumeurs adipeuses OMiltiples qui sont imitées à une région du corps ; il en est qui occupent un grand nombre de régions. Ainsi » chek une dame Agée de trente-trois ans, les lipomes multiples étaient limites aux deux avant bras et i un bi-as. Cette dâme^ qui était à sa dixième grossesse lorsf|u'elie me consulta » s'était aper* çiie de la première loupe au bras à l'âge de dix-4ieuf ans. Celte tumeur» qui aie volumed'un œufde pigeon, est dévelof>pée entre le fiiscia superficiel et l'aponévrose brachiale. Aux avant-bras, les ttimeurs étaient irès nombreuses, petites» adhérentes à la peau» qui se creuse de peiits godets quand on cherche à les en isoler; elles ont la dureté des ^ tumeurs fibreuses. Cette malade avait pris sans succès les eaux d'Aix en Savoie; je lui conseillai les bains salés eu attendant les bains de «er»

J'ai étéoonsulcéen 18^0 par nne danMâgéedeeoixaiiledix-.neuf ans, qui avait tu se développer sept «As aupara* vent une mttltiiudede tumeurs adipetues aous là peau des

TRSIZIÈMB CLASSE. DU MÉTAMOllPHCNSeS. S27

avaoc-bras et des cuisses. J'en ai compté cinquante. Les bains de mer chauds ont pa ru s opposer au développement de œs tumeurs et prévenir la formation de nouvelles.

Je terminerai Tbistoire des mdtpônies multiples par un des laits les plus complets que j aie vu en ce genre. C'était cfaes uii individu âgé de vingt-quatre ans, de petite taille; très mince, d ailleui s bien portant (1), qui vint me consuls ter, le 28 octobre 1843, pour des tumeurs cutanées et sous* cutanées , lesquelles occupaient toute la surface ducorps^

Il me raconta que la première tumeur avait apparu à Tàge de quatre ans à la région coccygienne, et qu on Tavait fiiit extraire à Tége de neuf ans, parce que cette tumeur volumineuse te gênait pour s'asseoir et pour mettre son pantalon. Ce tait, m'a*t-il dit, une boule de graisse. Ses parents et le médecin le lui ont répété bien souvent.

Vers le même âge (neuf aos}« plusieurs tumeurs semar nifestèrent successivement sur diverses parties du corps, et depuis celte époque il en est venu une multitude de nouvelles , et les anciennes, bien loiu de disparaître , ont augmenté graduellement de volume.

Il y en a une au cuir chevelu au niveau de la ligne courbe occipitale supérieure. Cette tumeur est aplatie, ■Mille, lobuleuse, et présente à son centre un petit prolon* gement pisiforme ou en forme de mamelon , qui résulte de ce que la peau a cédé à ce niveau et s'est prodigieusement amincie. Ce malade m a dit qu une tumeur semblable delautre côté avait été extirpée à Tâge dequinxeans. Une troisième lumeur« aplatie, mollasse, lobulée, existe au ■iveau de la base de 1 apophyse aygomatique. Au tronc et aux membres, il y a des tumeurs sur toutes les régions, les nains exceptées ; elles sont de deux espèces : les unes tout à fiait ctifan^s, c'est-à-dire logées dans l'épaisseur de la peau qu'elles soulèvent en l'amincissant à la manière

(i) Ce m«laU« teit teneur ilè Htt%l «Imi un fabricant il* aêiirs , r»« ètCwre^ 17, J« ragivUe df r«v«ir pcr4o de vue.

On entend par kystes (wi^Tiç, vessie), des cavitës closes accidentelles, ou poches sans ouverture, remplies d'une matière liquide^ molle ou solide.

La distinction que j*ai proposée dans mon premier ouvrage (1), entre les kystes préexistants à la matière qu^ils contiennent {kystes primitifs) et les kystes tion préexistants {kystes consécutifs on adventifs) formés autour des corps étrangers liquides ou solides, me parait devoir être conservée comme la meilleure base d^une classiBcation générale de ces productions morbides.

(i) Emai tur Canat. /hi(A*{., t8i6> i. I, |^. aua. CtUm ditiiiiclioi» a d'ailleurs éié gëoëraleneni adoptée.

▲NATOMIK PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. f*'^ d Uh

irieure de la région temporale. J*ai noté que ces deux

mières tumeurs étaient de la nature des tumeurs adi- r^e d^

iuses molles, et non de celle des tumeurs adipeuses r'^'^d^

iures. Toutes deux m'ont paru produites par la pression f^^^^i»

du chapeau. J ai vu plusieurs fois des adipômes dont la f^Sk^

cause était dans une ceinture habituellement trop serrée. I'* (jea

L'influence qu'exerce une pression continue sur la 1^0, J^

forme des tumeurs adipeuses n est pas d'un moindre in- ^i^t

térét; c'est à la pression qu'il faut attribuer la forme l^ue

aplatie , la forme à large base du plus grand nombre de $t^^

tumeurs adipeuses, lesquelles, abandonnées à elles- Ve,

mêmes, prennent presque toujours la forme sphéroïdale. ^o

Ne pourrait-on pas établir un rapprochement entre le |]t

développement des bourses sous-cutanées et celui des It

tumeurs adipeuses, sous le rapport de leur étiologie? t Les unes et les autres sont produites par des pressions extérieures : les bourses sous-cutanées, par des pressions avec frottement; les tumeurs graisseuses , par des pressions sans frottement.

Page 1