‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 4)Chapitre 22 sur 36 · C. De% kyMes pileux He Tovaire · texte numérisé non relu

C. De% kyMes pileux He Tovaire

Les kystes pileux de Tovaire sont constitués par des poches fibreuses bien évidemment formées aux dépens de Tovaire, et contenant, avec une matière grasse de ia consistance de laxonge, des cheveux, des dents, des portions de squelette plus ou moins reconnaissables, quelquefois des portions de peau adhérentes aux parois du kyste : dans un cas, j*y ai rencontré des ongles déformés.

Les cas représentés XVI IP livr., planches 3, & et 5, peuvent servir de type à cette remarquable lésion dont voici les caractères anatomiques les plus généraux :

1° Sous le rapport du volume, ces kystes présentent de nombreuses variétés , depuis le volume de la tète d'un adulte jusque celui d'un œuf de pigeon : dans un cas dont lovaire présentait à peu de chose près son volume ordi* naire, mais dont la consistance pâteuse inaccoutumée, éveilla mon attention , je fus étrangement surpris de voir qu'il était converti en kyste pileux. J'ai fait représenter au bas de la planche 6, XXXVI* livraison, un cas de ce genre.

décric danf met notes sout le titre de kyîte contenant un fœtus denéeké : point de poilsy point de matière gratte.

M. Pigné m'apporta une tumear quil avait trouvée dans le bassin d'une vieille femme. Cette tumeur était libre, mais elle avait dû être adhérente par un pédicule ; car il existait à sa surface un point lacéré. Cette tumear aplatie, da Tolume d*ane pomme, ayant été divisée, j'ai trouvé dans la pocbe fibreuse et dense qui la circonscrivait on foetna momifié Ik peu près complet ; on y reconnaissait parfaitement la tête pourvue seulement d*ane demi-mâchoire inférieure, les côtes, les membres supérieurs et inférieurs, des traces de tous les viscères, et pins particulièrement des intestins, lï était évident qae ce fœivs «vaitété soiimia à une forte compression , qui l'avait aplati latéralement , en même temps qu'elle l'avait en quelque sorte roulé circulairement autour de lui-même , en exagérant sa courbe normale , et appliqué fortement les unes contre les antres ses diverses parties , comme si la poche qni le contenait avait été contractile. L'ossification était celle d'un fœtas de quatre U cinq mois.

Les poils soni adhérents ou libres. Les poils libres sont disséminés ou enchevêtrés au milieu de la matière grasse, à la manière de la bourre dans du mortier. Les poils adhérents tiennent au kyste : 1* par une de leurs extré* mités; 2<' par un des points de leur longueur. Les premiers sont pourvus d'un bulbe pileux parfaitement organisé ; les seconds en sont dépourvus.

Les poils dépourvus de bulbe pileux peuvent être maintenus : i* à Faide d'un anneau ou d'un cylindre fibreux dans lequel ils sont libres et glissent avec la plus grande facilité ; 2<> à Faide d'une couche fibreuse très ténue et comme transparente, formée par les parois du kyste. Il n est même pas rare de voir des poils très courts contenus en entier dans Fépaisseur de ces parois. Les poils sont quelquefois adhérents aux parois du kyste à Faide de plaques crétacées qui les fixent solidement, et dans ce cas ils sont presque toujours groupés en plus ou moins grand nombre.

Ijà couleur des poils enkystés est en général rousse , blonde : il n est pas rare cependant d'en voir d'une couleur châtain foncé et même noire* Le même poil peut ufTecter diverses nuances de coloration dans les différents points de sa longueur.

Les poils du kyste pileux de l'ovaire présentent de très grandes différences de longueur, depuis quelques lignes jusqu'à plusieurs pieds ; il en est qui ne le cèdent pas aux cheveux les plus longs. Tel est le cas représenté plan* che 5, XVIII* livr., que j'ai dû à l'obligeance du regrettable Blandin.Une grosse mèche de cheveux bien peignés, d'une couleur châtain foncé, naissait de la paroi interne du kyste et formait bientôt une grosse masse ovoïde constituée par des cheveux intriqués et comme feutrés, qu'il a été Sicile de démêler, et qui ont une longueur vraiment extraordinaire. J'ai déposé la pièce au musée Dupuytren.

ST& ANATOMIS MTHOiiOGa^ft

Ponr «iébamisser les poils 4% la «Mlièra yniis, il «ttffit de plenger la niasse enkysta dans rhoile atseatiaila d* térébenthine. Alors tes poils se présentent sons la forme d'un feutre, assea analogue, sauf la conaittaaee, à oaa boules de poils des ramtnaots eonnoas sous le non)d'df«f yroptt6$ (1).

Les parois du kyste pikax sont très denses, très épaisses, et peuveut en générai être diràées en ploaîeors couches superposées ; leur structura est fibreuse ; lenr surface interne est quelqtieFois lisse, le plot sonrent iné- 2jale , rugueuse , parsemée de plaques eartilaginenaes et crétacées. A cette surface interne aont mteebés im pins ou moins grand nombre de poils, tantôt îselés, lanléc groupés en petites mèches. Il est mre de tronver des kystes pileux sans quelques poils adhérante. LespawNS de ces kystes sont quelquefois altérées dans lenr erqanisn» lion, et alors tantôt ellei eomt usées par nn trai^ail d'élîaù* nation, tantôt elles sont le siège d'une altératien aténiesna teuse analogueà celle que subissent les pâma ertéridles et fes poches des anévryames.

Le plus grand nombre des kystes pilem ovari^nes sm renferme que des poils. Il en eat d'autres qui < nent des dents en même temps qtiedes peds. Jenei nais pas d exemples de kyste tvvarique avee denSa qni tin dépourvu de poils.

Dans tous les cas de kystes pileux que jW observés . les dents présentaient tous les caraetères des dénis de la première dentition : leur couronne libre proéminaitdnna l*intérieur du kyste; leurs racines, parfaitement déralop«pées, quelquefois infléchies, contournées ou sondées entra elles, étaient contenues dans des alvéoles supportés par un fragment osseux plus ou moins ctmsidérable , eaehé

(i) Yojn le Rapport inporUpt fait à rAcadémie tar ce sujet, par M. Guihonrt {BuiUdn dt V Académie dt médecine^ Paris, tSSS^ t. Zfîll, pai». 3a 3 et luiv.).

TiBillÉliB CLASII. Mkft MÉTâlIMMNMM. 5T5

duN répaÎBMur des psroii <hi Jiytle , «t ee iragmetit osseux m*a paru dans plusieurs cas appartenir à )'•• naxil* laire tupÂrievr.

Il existe quelques eiempies^ùdes deats semblables à oiHes de ia deuxième deatitioii existaient en nénee teaaps qos éet dents semblables à celtes de la première. Tel est ic cas rapporté par Andersen. Deux dentt de bit Paient libies dans la cavitd d« kyste ^ tandis qn 'une troisième dmt, semblable aux dents p«rmanentee, adbèrait aux parois. On trouve d'aillears dans les kystes pilenx les trois espiess de dents. Lorsqu'il n'y a qiae deux dents , oe sont toojoors des dents voisines , telles qu'une inoisive et une onioe \ «ne canine et ime petite mobîre.

Le neiibre des dents trouvées dans les kystes pileux varie beaucoup; le plus souvent elles sont au nombi« de <ieox , quelquefois on n'en renoontre quNtme seule : il en existe d'antres fois «rois, cifiq, six et même bien

Ctegbonh ^^^ PM* Meckel , a trouvé qnaranteH)uati« dents dont plusieurs étaienl^es dents de lait , et d'autres des dents permanenim. I^louoquet et Autenriet parlent <raae jeune femme de vingt<*deux ans, stérile, dont l'ovaire, <|ai pesait plus de vingt livres,renfcrmait trois cents dénis, outre one multitude d'os infora>es, dentdés et disséminés les QDS dons les noyaux cartilagineux, les outres dans des Mmbmnos vasculaires. J'avoue que , malgré Pautorité àm observateurs tpie je %*iens de cher, je ne pourrais ésnaer mon adhésion à de pareils faits , sans avoir les pijves de oonvic^n sous les yenx.

La présenoe dos dents suppose loujonrs la présentée 'Nn os maxillaire, lequel se trouve souvent loodé à daotres oa. Il m'a été quelquefois possible de i*econnattre dans l\es dHmplantation un fragment d'os maxfllatre soit ■apérieuTt seit lnMrieur;inois il m'a toujours Stéimpos* ûUede^étorminer d\i«iros os dans les masses osseuses,

576 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GBNÉEALE*

quelquefois assez considérables, que j'ai rencontrées dans les kystes pileux.

Le fait représenté planche 5, XVIirlivraison, prouve qu'indépendamment des poils, des dents et des os, on peut trouver dans les kystes pileux des ongles , et par conséquent toutes les productions cornées ou calcaires de l'espèce humaine. L'anatomie pathologique comparée a permis de voir que les kystes analogues observés chez les animaux <:ontiennent de la laine chez la brebis, des plumes chez les oiseaux, de la bourre chez le bœuf.

Tous les kystes pileux pourvus de dents m ont présenté une bride fort remarquable à Tune des extrémités de laquelle répondaient les dents et les os d'implantation. Cette bride n'existait dans aucun des kystes simplement pileux que j'ai observés.

Dans un certain nombre de kystes pileux, j'ai trouvé la face interne du kyste tapissée dans un espace limité par un tissu cutané parfaitement distinct. Dans un cas, le tissu cutané constituait une sorte de tumeur pédiculée.

Dans le cas représenté planche 5, XVIII* livraison, le tissu cutané qui tapissait une assez grande étendue du kyste était doublé par du tissu adipeux, et recouvrait le petit squelette informe subjacent.

La peau des kystes pileux est remarquable par le développement des trous ou pores à travers lesquels on voit sortir les poils. Le cuir chevelu est la seule partie de la peau où cette disposition soit aussi prononcée , et je suis disposé à considérer comme appartenant constamment ou presque constamment au cuir chevelu les débris de peau trouvés dans les kystes pileux : eu effet, les poils des kystes pileux ont beaucoup plus de rapports avec les cheveux qu'avec les poils proprement dits : je ne les ai jamais vus crépus et frisés, comme ceux des pubis, par exemple. Est-il besoin de réfuter Topinion de Bauhin, qui , ayant noté des poils blancs fixés à la tunique interne d^un kyste

TRBiaUÈME CLASSE. DBS MÉTAMOAPHOSES. 577

de Tovaire , chez une femme dont le pubis était dépourvu de poils t crut que la présence de ces poils était le feit d une transposition.

La présence du tissu cutané dans un certain nombre de kystes pileux étant une fois démontrée, celle des poils n'a rien qui doive nous surprendre : et bien que le plus grand nombre des kystes pileux soit dépourvu de tissu cutané, n'est-on pas en droit de conclure , par analogie , que ce tissu cutané a existé , mais qu'il a été transformé en tijisu fibreux, par suite du développement de la tumeur?

La présence constante dans les kystes ovariques d'une matière grasse, à laquelle on pourrait trouver quelque analogie avec l'enduit qui recouvre le corps du fœtus, est bien difficile à expliquer. Si les kystes contenaient toujours du tissu cutané , on pourrait se demander si cette matière grasse ne serait pas le produit de la sécrétion des follicules ou cryptes de la peau?

On croyait généralement que la matière grasse ou adipocire, était le terme commun de la putréfaction de toutes les substances animales ; le mot de gras de cadavre est consacré à cette transformation ; mais c'est là une erreur : la graisse déposée dans le tissu cellulaire et la graisse des os , voilà l'unique source de la graisse trouvée dans les cercueils. En serait-il de même de celle trouvée dans les kystes de l'ovaire? Certainement. Lia matière grasse est un produit de sécrétion trop répandu dans l'économie pour qu'on doive chercher une autre explication de sa production. Ce qu'il y a de certain , c'est que la matière grasse accompagne constamment la présence des poils ou cheveux, dans les kystes.

Considérés sous le point de vue clinique, les kystes

pileux ovariques peuvent rester stationnaires pendant

trente , quarante ans sans manifester leur présence : et à

Texceptiou des cas où par leur volume considérable ils

578 AllATOMIB PATHOt.OGI<^ GÉNÉMAM.

ont fixé fattention do médecin on de la malade , ceêï presque toujours le hasard c]iii iès a fait découvrir snr le corps de femmes qui pendant leur vie n'avaient accusé nî gène, ni douleur du côté de la région pelvienne ou hypogastrique.

Lorsque les kystes pileux ovariques sont volumineux, ik peuvent exercer sur les orjganes enviroDnmts une cxhd* pression qui entrave plus ou moins leurs fonctions , mai» d'une manière purement mécanique*

Les kysles pilenx peuvent être le aiége d'nn traviiil in* flammatoire. Des adhérences peuvent s'établir entre ces kystes et les parties environnantes; et suivant que l'adhérence aura lieu avec le rectum, avec la vessie, avec Je vagin , avec Tutérus , ces kystes pourixmt s ouvrir dans Tune ou dans lauire de ces cavités , ou bien se fiiire jour à rexlérieur, si la tumeur sest dirigée du o6té des parois abdominales : alors seulement Kart pourra intervenir pour faciliter la sortie des parties contenues dans la poche et obtenir ladhésion de ses parois.

Dans un cas présenté en juillet 4854 à la Société anato» mique, le kyste pileux ovarien devint le siège d'une séerélion séreuse aboodante; il augmenta donc beaucoop de volume, et présenta pendant la vie de la malade un phé* nomène fort remarquable, celui du baHottement, et Ton put reconnaître, à laide d'une exploration attentive, qtie le corps déplacé était peu volumineux et léger, etparcon* séquent n était pas un fœtus. La malade étant morte du choléra, on trouva un kyste séreux très considérable oon* tenant de petits poils et des masses adipeuses libres qui nageaient au milieu du liciuide. (tétaient ces masses adi* peusesquiavaientdonnélieu à la sensation de ballottement.

CSomment expliquer la formation des kystes pileux de l'ovaire?

Les poils sont une production épidermique exclusivement propre an tissn cutané. Or, dans les kystes pileux ^

TREl2tèlilE OLA.^Se. DES MÉTAMORPHOSES. 579

tantôt les poils sont implantés dans un tissu cutané parfaitement organisé qui tapisse la poche, chaque poil étant pourvu de son bulbe pileux, tantôt ils sont libres au milieu du kyste ou lui adhèrent seulement par un des points de leur longueur. Dans le premier cas, point de difficultés ; mais dans le second cas, dirons-nous que \e^ poils se sont formés de toutes pièces au milieu de la matière grasse qui remplit le kyste? N'est-il pas plus rationnel d*admettre que les poils libres ont été produits par un tissu cutané , lequel aura été détruit ou plutôt transformé en tissu fibreux , par suite d'un travail morbide qui aura eu lieu danê ces poches accidentelles T

Lia production des poils dans les kystes pileux pourrait donc s'expliquer parfaitement par la présence d'un tissu cutané de nouvelle formation. Resterait alors la question de savoir si un tissu aussi complexe que celui de la peau peut se produire accidentellement avec toutes ses dépendances et nommément avec les bulbes pileux. Mais comment avec cette théorie se rendre compte : i^ de fa présence des dents ; 2* de la présence des os dans les kystes ovariques et quelquefois d'un squelette très com« pliqué. (Voy. pi. 5, XVIIl* livr.)

La production des dents suppose celle des bulbes dentaires. Ces dents sont toujours maintenues dans des alvéoles : ces alvéoles sont soutenues par des fragments osseux qu'il ma été facile, dans un grand nombre de cas, de reconnaître pour des portions d'os maxillaires, et même une fois j'ai reconnu le trou soas*orbitaire du maxillaire supérieur.

Le nombre des dents varie : les fragments osseux varient aussi pour le nombre, la forme et le volume.

Dans tous les cas que j'ai observés , les dents ressemblaient exactement aux dents de la première dentition» jamais à celles de la seconde.

Admettrons-nous que des fragments d'os maxillaires et

580 ANATOMIE PATHOLOGIQUU OÉNÉBALE.

que des dents soient une production accidenielle qui puisse naître de la surface interne d'un kyste à la manière d'une végétation fibreuse ou autre? Une pareille inierprétation répugnerait â toutes les lois qui président aux métamorphoses et productions organiques, lesquelles ne dépassent pas le cercle des tissus celluleux, fibreux» carti* lagineux et osseux. Jamais un uerF, jamais un muscle, et à plus forte raison jamais un bulbe dentaire, ne se pro* duisent de toutes pièces (1).

La conception extra -utérine pour Tiromense majorité des cas de kystes pileux ovariques , Tinclusion parasitaire pour quelques cas , me paraissent répondre pleinement à tous les faits ; et voici comment les choses doivent se passer : Une conception extra-utérine ovarienne a lieu : sous l'influence d'une cause difficile à déterminer, une adhé* renée s'établit, dès les premiers temps de la conception , entre les parois du kyste et l'embryon. Cette adhérence est accompagnée de la destruction plus ou moins complète de l'embryon lui-même : or, tantôt il ne reste de l'embryon que la peau qui revêt une étendue plus ou moins considérable des parois du kyste, et alors le kyste est simplement pileux; tantôt avec la peau (et j'ai dit que c'était surtout la peau du cuir chevelu) il reste une portion plus ou moins considérable de mâchoire supérieure ou inférieure, ou même des autres os du squelette.

Cette explication rend paifaitement compte des kystes pileux avec ou sans débris de foetus qui occupent les ovaires , les trompes , la cavité abdominale chez les femmes

(i) Je ne taitraM admettre qu*il eiiste certains états patholoQÎqaes dans lesquels peuvent se développer des dents , des os, des chevenx, en un mot des produits morbides qui resstemblent à des dâ>ris de fœios : je ne saurais non pins admettre , avec Meckel , que les kystes pilenz puissent être le résultat d'une eicitatîon contre nature des organes génitanx indépendante de la copulation , on d'une conception încooiplète«

qai ont dépassé Tépoque He la puberté ; mais elle est complètement en défaut pour les kystes pileux ovariens observés cbez de jeunes filles non pubères et pour les kystes pileux observés dans d autres régions, par exemple, dans Tépaisseur du foie, de Tépiploon : elle serait un non* sens pour les kystes contenant des débris de fœtus observés chez rhomme (je n ai jamais trouvé chez Thomme de kystes pileux proprement dits) : or, dans ces divers cas, Tinclusion parasitaire peut seule rendre compte de la présence de kystes contenant des débris plus ou moins considérables de fœtus.

Je ne reviendrai pas sur ce que j^ai dit â ce sujet (classe des Adhésions; kysies parasitaires y t. I, p. 363), et je pense comme alors , que si les kystes pileux ovariques doivent être rapportés, dans un certain nombre de cas, à la monstruosité parasitaire, ils sont bien plus souvent la conséquence d*une conception extra-utérine, que l'identité de la lésion n exclut pas ce double mode d*origine ; car ce qui importe essentiellement ici, c*est le germe fécondé : or, que ce germe fécondé soit contemporain de Tindividu porteur , ou qu'il soit le résultat d'une conception extra«utérine, il y a toujours unité de cause; et la pénétration d'un germe , d'une part , et la conception extra-utérine d'une autre part , ne sont que la double voie par laquelle le germe fécondé est déposé dans l'ovaire.

Le grand phénomène de l'adhésion rend donc un compte pariait des kystes parasitaires et des kystes qui sont le produit d'une conception extra-utérine. J'ai démontré atlleurs(l) que ce grand phénomène de l'adhésion pouvait s'accomplir non-seulement entre les diverses parties d'un même individu , mais encore d'individu à individu ; que les monstres doubles n'étaient autre chose que deux foetus

(i) To«« r, cUita dtt Adhésions.

583 AMATOme PATHOLOGÎQ€K GÉMÉAALI.

adhérenU entre eux ; que ces adhérences présentaient les degrés les plus divers, depuis le simple accotement super* ficiel cutané de deux individus , jusqu'à la fusion complète, jusqu'à rinclusion de l'un des individus dans le corps d'un autre individu , indusion scrotalSf inclusion abdominale, etc.

Eh bien ! les kystes pileux ovariques, qu'ils appartiennent à l'inclusion parasitaire ou à la conception extrautérine, sont également le résultat de l'adhésion de deux individus, savoir : du produit de la conception qui est resté fécondé dans l'ovaire et de l'ovaire lui-même.

Pour que le kyste pileux de l'ovaire se produise, il fieiut que la Fusion de l'individu inclus ou du produit de la conception se fasse d'une manière aussi complète que possible , et par conséquent qu'elle ait lieu dans les premiers temps de la conception , à l'époque embryonnaire : uue fusion adhésive à une époque plus avancée n'engendrerait pas de kystes pileux dans aucun cas.

La question étant envisagée sous ee point de vue général, il y a |)arité entre l'inclusion kystique qui a lieu entre deux fœtus contemporains et l'inclusion kystique qui a lieu entre un produit de conception et l'ovaire maternel ; il y a deux individus dans l'un et l'autre cas; la différence est dans la contemporanéité de l'individu porteur et de l'individu inclus, dans le premier eas, et dans Torigine par génération de l'individu inclus par l'individu porteur dans le deuxième cas.

Des poils, des dents, des débris de mâchoire, des os plus ou moius informtis, des lambeaux de tissu cutané, de cuir chevelu, sont presque toujours le seul vestige de la présence antérieure d'un fœtus : et les cas les plus compliqués sont l'explication toute naturelle des cas les plus simples, des cas de kyste ovarique dans l'intérieur desquels on ne trouve que de la matière grasse et des poils.

Une dernière question plus générale est relative aux

TR£lSlAllK CLâSftK. UKS MÉTAMOftPUOStSS. 5M

kyslM simplement pileux à quelque région qu'ils appai>denneot. Toul kyste ovari(|ue ou non evarique siuiple» ment pileux et complètement dépourvu de débris de fioelus, reconnait-il pour cause un germe fécondé? La série des faiu relatifs aux kystes de lovaire semble dé voir répondre affirmativement à cette question; car elle présente tous les degrés de composition de ces kystes , depuis la présence non équivoque des débris d'un fatus jusque Texistenoede quelques poUs. èfais en dehors des kystes de lovaire (i) , je pense quil faut rejeter la pré> senoe d'un germe fécondé oomme point de départ des kystes pileux, et au lieu de supposer que dans ce cas toutes les parties d'un foetus inclus ont été détruites , moins un fragment de peau qui a pris racine à la surface interne du kyste ; hypothèse pour hypothèse , il est plus rationnel d admettre la production spontanée dans Téconomie d'im kyste à parois cutanées.

Voici un bit de kyste cutané pileux , observé dans répaisseur du tissu adipeux sous-cutané d*un bœuf très gras, c|Qi me parait confirmatif de cette manière de voir.

Ce kf ste , présenté à la Société anatomique , en mars I85A, a été découvert par hasard au milieu du tissu adi* peux sons*cutané de la partie latérale du tronc ^ au<-dessons de la région axillaire ; ce kyste était accolé a un très gros ganglion lymphatique, facile à en séparer par le secours de la dissection; il était hémisphérique et avait le volume d'une pomme d'api. Il était rempli par des poils ou plutôt par des cheveux artisiement enroulés sur eux-mêmes à couches concentriques , absolument comme dans les papil lottes les mieux soignées. Point de feutrage; une matière grumeleuse d'un jaune sale était déposée en assez grande quantité au mitieu des

(i) Il esc même plut M0e dt tospendre encore mm» jogemeoi relativement aux kjf tes pileux simplet de l'ovaire.

58& ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALB.

cheveux. Elle formait aussi une couche assez épaisse sur ies jiarois du kyste; cette matière grumeleuse n^était nullement graisseuse, elle ne graissait ni le linge ni le papier; elle n était pas susceptible de combustion. Le papier sur lequel j'en avais déposé une petite quantité brûla tout entier, excepté dans le point occupé par cette matière.

Les poils contenus daos la poche sont roides comme les poils de la crinière : les uns sont blancs, c'est le plus petit nombre; les autres sont roux. La matière grumeleuse présentait la même nuance de couleur que ces derniers.

La plupart de ces poils sont libres ; la masse pileuse qui remplit le kyste peut être enlevée en presque totalité et représente assez bien la forme d'un nid de pigeon par sa forme générale, commeaussi par Fenroulementde ses poils.

Indépendamment des poils libres qui constituaient la masse pileuse dont je viens de parler, il y en avait un grand nombre qui tenaient assez solidement aux parois du kyste par une de leurs extrémités ; et lorsqu'on les arrachait on voyait un [>etit renflement ou bulbe dans la portion de poil implantée dans l'épaisseur des parois. Ceux des poils qui étaient libres par leurs deux extrémités étaient terminés en pointe à une de leurs extrémités et coupés net comme ils l'auraient été avec des ciseaux par l'autre extrémité.

La surface interne du kyste épidermique, était plissée sur elle-même comme une peau ridée; la tension de cette paroi en effaçait les plis.

C'était bien un tissu cutané qui tapissait le kyste. L'épiderme était soutenu par un derme mince, mais très résistant : point de pigment, il représentait très bien la peau du scrotum par sa surface lisse et par ses bulbes pileux saillants.

C'étaient des cheveux et non des poils, de la bourre, qui étaient contenus dans lé kyste. On aurait dit des cheveux humains roux, un peu plus forts et roides qu'ils ne le sont onlinairement : plusieurs cheveux adhérents

TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAIfOBPHOSES. 585

par une de leurs extrémités, avaient de 16 à l&centtr mètres (de 6 à 5 pouces) de longueur ; les autres étaient moins longs.

QUATRIÈME SODS-GLASSB.

Bcf nétaflMryiiOfM ec «et prodnetlOBs flkreiisM,

Le tissu fibreux accidentel y qu^il soit le résultat de la métamorphose des aratres tissus en tissu fibreux , qu il soit une production nouvelle parasitaire, pédiculée ou non pédiculée, développée à la surface ou dans l'épaisseur des organes, le tissu fibreux accidentel, dis-je, présente bien rarement Taspect resplendissant et comme nacré, la disposition régulière de fibres tantôt parallèles, tantôt entrecroisées, mais toujours parfaitement distinctes, du tissu fibreux normal. Elles ont du tissu fibreux normal la blancheur, la résistance, llnextensibilité ; mais leur couleur est d'un blanc mat, la disposition linéaire moins tranchée, souvent même un peu confuse, et enfin aux formes iasciculées et membraneuses qui lui sont communes avec le tissu fibreux naturel, s'ajoute une forme tout à dit étrangère à Tétat normal , la fonne enroulée ou pelotonnée.

Les métamorphoses et productions fibreuses sont extrêmement fréquentes : aucune lésion n'est plus générale , si bien qu'il n'existe peut-être pas dans l'économie un seul organe, un seul tissu dans lequel elle n'ait été observée : il n'y a d'exception que pour le tissu cartilagineux et pour le tissu osseux qui ne rétrogradent jamais vers l'état fibreux. Mais je me hâte d'ajouter que le tissu fibreux accidentel , de même que le tissu fibreux normal, ont la plus grande affinité avec le tissu cartilagineux et avec le tissu osseux ; d'où les ùssus fibro^ariilaffineux y fibro^osseux, fibro^chondro^sseux accidentels.

Les métamorphoses et productions fibreuses coustituent tantôt une lésinai propre , indépendante^ tantôt un

5S6 ASATOIUB FATU0L001QU£ GÉHÉftAU.

éiémemi de lé$ion; et sous ce double point de vue Itor étude est de la plus haute importance.

Le tissu fibreux est en effet compatible avee tons les autres tissus accidentels. On le rencontre pour ainsi dire partout et quelquefois en si grande quantité qu il a souvent induit en erreur sur le véritable caractère de la lésion , et qu'on lui a fait jouer le rôle principal alors qu'il ne devait être mis que sur un plan secondaire. Partout où il se trouve, il imprime à la lésion dont il finit partie soo caractàre de densité » de résistance « d'inextensibilité , d^incom pressibi I i té.

Une des associations , une des affinités les plus impor* tantes du tissu fibreux accidentel est, sans contredit, celle qu il affecte avee le tissu cancéreux (1) dont il constitue pour ainsi dire la charpente : combien de fois des métamorphoses et productions fibreuses pures et simples D ont-elles pas été confondues avec les léeions cancéreuses et opérées comme telles 1

il n est pas non plus sans intérêt de faire remarquer que les métamorphoses et productions fibreuses ont de grands points de contact avec Thypertrophie et avec l'atrophie, avec rfay|)ertrophie lorsqu'elles ont lieu dans le tissu cellulaire libre , et avec latrophie lorsqu'elles se produisent dans le tissu musculaire , le tissu glanduleux et les organes composés»

Les métamorphoses et productions fibreuses se rap* portent exclusivement au tissu fibreux albuginé proprement dit, et nullement au tissu fibreux élastique dont le type est dans les ligaments jaunes; je ne connais pas de transformation et de production cM*ganique qui se rapportent au tissu jaune élastique.

Je traiterai dans deux ordres distincts : 1« des métamorphoses fibreuses; 2* des productions fibreuses.

(i) Cslii tMMialMB »*a paru

TaEiZiiME CLJk^E. DUS UtTàHOtii'HOBES. Ml

PREMIER ORDRB.

Les métamorphoses fibreuses consistent dans la substitution du tissu fibreux au tissu normal. Or cette substitution s'opère siux dépens du tissu cellulairCi lequel en shypertrophiaot par suite d'une irritation prolpngée, devient tissu fibreux , augmente considérablement de volume et de densité, et comprime les tissas propres auxquels il est associé.

Or, en même temps qu il augmente d'épaisseur et de densité, le tissu cellulaire devenu tissu fibreux accidentel, est revêtu, à la manière des tissus cicatriciels, d'une propriété de retrait, de corrugation, qui doit nécessairement exercer une grande influence sur le tissu propre de Torgaoe , le gêner dans son développement , dans sa nutrition , dans ses fonctions , et ameper tôt ou tard son atrophie plus ou moins complète.

I^s métamorphoses fibreuses des organes se réduisent donc en dernière analyse à une transformation fibreuse hypertrophique de la gangue cellulaire avec atrophie des tissus propres. Les tissus propres n*y prennent aucune part ; et à la rigueur toute la classe des métamorphoses et productions organiques pourrait se résumer dans la transformation fibreuse du tissu cellulaire (1).

Mais allons plus avant , et demandons-nous comment s'opère cette transformation fibreuse du tissu cellulaire libre. Cette transformation ne me parait être autre chose f|ue le résultat de Torganisation de la lymphe plastique

(O Toutefois, je dois dire qu'il y a noe exception à tette règle, et cette eiception nous est fournie par le tissu musculaire qui, dans un certiin nonbre de cas , se transforme fibre par fibre en tissu fibreux ; Bai« encore dans ce cas na pourrsit-on pas dire que c^iM la fSB^ae edialairt qui cnioora chaque Bhn qui aubit la imnêformatUm.

588 ANATOMie PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

déposée dans les mailles du tissu cellulaire; et Ton conçoit que si ce dépôt de lymphe plastique organisable ou pseudo-membrane continue ou se renouvelle pendant un certain temps, le tissu fibreux doive finir par prendre la place du tissu propre.

Ainsi, élément cellulaire qui s'hypertrophie, cléments propres qui s*atrophient, voilà la théorie des métamorphoses organiques et des métamorphoses fibi^uses en particulier.

Il suit de ce qui précède que Tétude de la transformation fibreuse des tissus et des organes pourrait se réduire à celle de In transformation fibreuse du tissu cellulaire, soit libre, soit interstitiel : c'est dans cet esprit que nous niions examiner successivement : 1^ les transformations fibreuses du tissa cellulaire libre; 2^ les transformations fibreuses du tissu musculaire; S'* les transformations fibreuses du tissu glanduleux; &* les transformations fibreuses du tissu nerveux; &^\es transformations fibreuses des organes composés.

1** BSpàoB. Métamorphose fibreuse du tissa cellalaire libre et de SCS dérivés.

i^ Métamorphose fibreuse du tissu cellulaire lAre. La métamorphose du tissu cellulaire en tissu fibreux est , sans contredit, une des plus fréquentes que Ton rencontre dans l'économie ; et ce qu*il y a de bien remai*quable , c'est que la réciproque n'a jamais lieu , et que, malgré l'affinité qui existe entre les deux tissus , jamais le tissu fibreux naturel ne se transforme en tissu cellulaire, jamais aussi le tissu cellulaire devenu tissu fibreux ne revient à son état premier.

La transformation fibreuse du tissu cellulaire est indélébile. Le tissu fibreux accidentel ne rétrograde jamais vers l'état celluleux primitif.

Quant aux dérivés du tissu cellulaire, à savoir : les

tissus carUiagiaeux et osseux , ils ne se transforment jamais en tissu fibreux, |)a8 plus que le tissu fibreux ne se transforme en tissu cellulaire. En conséquence, il ne doit être question ici que des transformations du tissu cellulaire et des membranes séreuses.

La transformation fibreuse du tissu cellulaire libre ou interstitiel est la conséquence de toutes les inflammations ou fluxions chroniques qui ont lieu dans ce tissu et dans son voisinage.

On peut voir tous les jours des exemples de transfor* mation fibreuse du tissu cellulaire libre dans le cas d*ulcère chronique des jambes : rien n égale la densité, la résistance , Tinextensibilité de la couche celluleuse subjacente à Tulcère et à la peau du voisinage dans tout le rayon de Tirritation.

L'éléphantiasis des Arabes fournit aussi un magnifique exemple de cette métamorphose du tissu cellulaire en tissu fibreux. Cette métamorphose finit par envahir le tissu adipeux lui-même ; or voici ce qui se [>asse :

Les mailles celluleuses dans lesquelles est déposée la graisse s*hypertrophient d'une manière considérable et à mesure que les parois des cellules s'épaississent, les paquets adipeux comprimés, enserrés par le développement des lames celluleuses , sont peu à peu résorbés et finissent par disparaître. La sérosité appelée par l'irritation, sérosité qui avait remplacé les vésicules adipeuses , disparaît à son tour,si bien que les parois celluleuses adhérentes entre elles forment un tissu excessivement dense qui crie sous le scalpel à la manière des disques intervertébraux; il y a induration simple^ c'est-à-dire métamorphose fibreuse , et il devient impossible de distinguer le tissu fibreux accidentel du derme hypertrophié qui lait corps avec lui.

En revêtant ainsi les caractères du tissu fibreux, le tissu cellulaire libre perd tous ses caractères de souplesse,

S9ù AHATOMtR PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

de perméabilité, cTextensibilitô, et il les perd , ai- je dit , à tout jamais : celte considération trouve souvent son ap-» plication dandlesopérationscbirurgica!es,eten particulier dans Textirpation des tumeurs , dans les amputations des membres : Ténucléation drs tumeurs autour desquelles le tissu cellulaire a subi la transformation fibreuse est absolument impossible, et la dissection par Tinstrument tranchant en devient énormément difficile. Or il est une foule de cas où le chirurgien a besoin de compter sur rénnciéatîon pour se décider à pratiquer lextirpation de certaines tumeurs qui avoisinent de gros vaisseaux, les tumeurs cervicales, par exemple.

Consulté sur la question de savoir si Ton devait pratiquer Topération d'une tumeur cervicale énorme bien évidemment sous-aponévrotique , et qui présentait tous les caractères d*un encéphaloïde, je me prononçai pour la négative , par la seule raison que Ténucléation ne me paraissait pas praticable (!}.

J'ai vu pratiquer une amputation de cuisse trop près de l'articulation du genou pour un cas de tumeur blanche très ancienne, dont Tinflammation s'était propagée au

(i) Je crois devoir consigner iri ce Tait qui honore la mémoire de mon re|;rettable condifciple et ami Lallemand, professeur de cliniqQe chi* ffvrjioalc à la Pacnké de Montpellier* Il aviil dam att aaUef à rii6pit«l Saint-Eloi ( c'était en janvier i8a5 ) 9 un adolescent de quatorze i quinte ans, qui poruit à la région cervicale du côté gauche une énorme tumeur ovoïde étendue de l'apophyse mastoîde à la clavicule, qui soulevait le stemo-masto74ien aminci, refoulait fortement à droite le larynx, la tffaisli^ et probablement TcBsophage, at gênait beaucoop, sariont par ioauota, la respiration et la déglutition. Avant de se décider à Teatirpa* tion de cette tumeur, Laliemand désira avoir mon avis. Son siège n'était pasdouteui, c'étaient les ganglions cervicaux profonds; sa nature me parut être un cancer de b pire espèce, l'encéphaloîde, qui, dans cette région comme partout, marche quelquefois avec une ai grande rapidité» Relatiyanent à l'opportunité de l'opération, je cherchai à ea dissuader mon collègue y vu le siège profond de la tumeur, aes rapports avec les yaisseaui et {en nerfs qu'elle enveloppait peut-être de toutes parts :

TRBIXIÈIIB CLASSB. DES MÉTAMORPHOSES. S9t

tissa cdiulaîre sous-cutané et intermuseulaire de la cuisse* Jenai jamais assisté à une opération plus longue, plua Isborieuse, plus pénible pour lopérateur el pour les assistants. Les muscles atrophiés et enveloppés d'une gsngoe fibreuse adhérente ne subirent aucune rétraction.

Comae exemples de transformation du tissu cellulaire libre ou interstitiel en tissu fibreux, je mentionnerai les trajets fistuleux purulents ou autres qui cheminent dans Tépaisseup des membres ou au voisinage des membranes BB()oettse», trajet fistuleux dont j*ai rap|)orté ailleurs plu* Mors exemples ai remarquables (i).

Je B oublierai pas non phis les kystes adventifs puru* lents, hématiqueSt les kystes adventifs dea entoxoairea qai sont toujours des kystes fibreux. Je rappellerai à ce SQJet ce que j'ai dit plus haut sur les kystes adveniifs dea aoéphalocystes.

3^ Métamorphose fibreuse des membranes séreuses. l\ ncst pas rare de voir les membranes séreuses si ténues « si transparentes y dans Tétai normal, transformées en membranea épaisses, d'une blancheur opaline et quet->

tMine il insistait beaacoup pour m'arraclicr en qaelqve sorte moa as* «miinMit, Je lui «bs cfoe, paisqua Pamonr de t^honaoîté paraiaaail htt lairt un deroir de pratiqner cette opération, je no l.i croyais possible qu'à one seule condition , c'est que la tumeur serait susceptible d'ënurléation. Je consentis donc à ce qu'il pratiquât une incision sur toute la loBfpieur de ta tumeur, comme pour IVitir^Miiioa , et quWrÎTë jusqu'à la ivfacade la cume«r, il fit quelques tentativeade disaectroa d'abord, puia dVoocléatioD ; mais il fut convenu que si, après ces tentatives^ il trouvait qur U tumeur était intimement unie aux parties voisines, non énucléable, il devait renoncer à une opération pleine de dangers immédiats et cou* «cotifs. Patuistai ï cette opération à laquelle il foc obligé de renoncer M beat de caciques miautea d'une dissection extréneroeat laborieaMu Us nombreux assistants prévenus avant Topérationi babitués i admirer Inhabileté de l'opérateur, eurent dans ce cas à admirer en Lallemand une tutre qualité non moins importante pour le cbirur(}ieo et pour le ■édccia , la prudence.

(1) Voy. tome H, classe de» CommumeaMiem mecideitê§iêÊ9,

592 ANATOMIE PATHOLOGIQCTE GÉNÉfiALE.

qiiefois mate, d'une très grande résistance, en un mot, présentant tous les caractères du tissu 6breuY. Tels le sac herniaire, Tenveloppe séreuse du foie , du péricarde ; telle surtout la plèvre à la suite des adhérences, etc. Je me suis bien souvent assuré que le siège de ces plaques épaisses qu on rencontre si communément sur le foie, la rate, ont leur siège non dans la capsule fibreuse, mais dans l'enveloppe séreuse de ces organes.

En étudiant le développement de ces transformations , il m'a été facile de m assurer que ces épaississements fibreux quelquefois si considérables sont formés, non pas aux dépens des membranes séreuses elles-mêmes , mais bien aux dépens de fausses membranes organisées, lesquelles, d abord distinctes et fiacilement séparables, se confondent bientôt avec la membrane séreuse elle-même: mais tout le temps que le feuillet séreux peut être distingué de la pseudo- membrane, il est de la dernière évidence que le feuillet séreux n est ni épaissi ni transformé. C'est au modeste et savant F. Ribes, ancien médecin en chef des Invalides, que Ion doit la constatation décelait.

Ce que je viens de dire sur la transformation fibreuse des membranes séreuses s'applique parfaitement aux adhérences fibreuses de ces membranes, soit par des lames et lamelles fibreuses, soit par de petits cordons fibreux. Ces adhérences , qui se présentent souvent sous un aspect nacré , sont véritablement une production nouvelle, car elles sont formées aux dépens de fausses membranes organisées. Qui ne sait que dans le péritoine ces adhérences converties en brides et quelquefois en filaments fibreux d'une extrême ténuité, mais d'une extrême résistance , d'un aspect nacré , deviennent la cause d*un étranglement (1).

3^ Transformation fibreuse dv tissu jaune élastique. Le

(i) Voy. les cas rrprësentés dans VAnatomie pathologique eu corps Aumaîii, Vil* lirr. pi. ▼, et XXXVllf livr., pi. vi.

TKEIZIKMB CLASSE. DE^ MÉTAMOnPIIOSF5. 5^^

tissu Bbreux élastique cm jaune et le tissu fibreux albuminé peuveDt-ils se Iransforiner i'un dans l*uu(re ? I.a transformation Ju tissu albuginë en tfssu jaune n^a jamais ctc observée, |>as pins que ki transFornintion rlu tissu albu*» (plié en tissu musculaire. Je lai déjà dit, la loi des méta« morplioses est toujours descendante , jamais ascendante. Ordans Tordre de hiérarebie vitale des tissus, le tissu jaune est sur un rang plus élevé que le tissu fibreux albui;iné. Mais le tissu jaune peut se convertir en tissu fibreux albuginéy dans les deux circonstances suivantes :

A. Dans les poches ancvrysmales , le tissu jaune |)erd d abord son élasticité en même temps qu'il augmente de résistance , et lorsque la poche anévrysmale a acquis im grand développement, ce tissu jaune se présente sons une forme réticulée qui oiTre (pielquefois un aspect nacré.

B. Dans le cas où une artère ne donne plus passage au song, elle se convertit en cordon fibi*eux , où il n'est plus |)05sîble de reti*ouver les caractères physiques et anatoiniques du tissa jaune.

k' Ttansformatiati fibreuse du tissu dartoïque. Cette transformation est aussi facile que celle du tissu cellul'iire. Ainsi le ti^su dartoïque du scrotum, de même que («Ini des grandes lèvres devient tissu fibreux lorsqu'il est le siège d'une irritation chronique. La tunique dartoïque des artères et des veines présente la même fiicilité (le transformation.

6* Transformation fibreuse des veines. Lorsque la circulation ne continue pas dans une veine, soit parce qu'elle est comprimée par une tumeur, soit par suite d'inflam* motion , cette veine se convertit en un petit cordon fihrenx que j'ai vu d*aspect nacré.

6* Transformation fibreuse du tissu érectile. Le tissu le pins vasculaire de l'économie, le tissu érectile, décrit pour la première fois par Dupuytren comme un tissu spécial » m. 3S

5Q& A^ATOMie PàTHOVOÇïQPK GÉNÉftALS.

n est point étranger à la transfoniiation fibreuse, ce qui ne doit pas surprendre si l'on considère la charpente fibreose de ce tissu.

Ainsi j ai été consulté trois fois pouruoe transIbrinatîoD fibreuse d*une partie du corps caverneux de la verge , d'ob résuluit une déviation singulière de cet organe, et dans Fétat de relàcbement et surtout dans Tétat d'érection. La partie transformée était d'une dureté cartilagineuse et ne prenait aucune |>art à la turgescence de l'organe. U y avait à la fois étranglement et cotirbure anguleuse du pénis. Dans Tun de ces cas» la tJ*ansformation avait été le résultat d'une violence très coimdérablepar pression et par torsion subie par cet organe pendant Téi^ction. Dans les deux autres cas» la transformation avait été S|)ODtaaée.

Bien de plus commun que la ti anstormation fibreuse du canal de Vurètre^ par suite de Tiuflammation profonde de ce camil (1). Aiusi les rétrécissements avec ou sans fistule de rurètre s'accompagnent cousiauiment de celte trao3formuiiou au niveau du rétrécissement et au voisinage de la perloralion. Je crois avoir démontré par un grand nombre de faits (2) qu'il n'existe qu une seule espèce de rétrécissement de Tuiètre, à savoir le réirécissement fibreux, ou mieux la transfoiouition fibreuse des parois de ce canal. Je n'ai jamais rencontré de i^étrécisseoieui d'une autre nature ; mais tantôt la transformation fibreuse n'o^ cupe que lu couche la plus profonde du tissu érectile de l'urètre , tantôt elle a envabi toute l'épaisseur des parois de ce canal. Cette transfoi mation « qui présente le caractère éminemment rélractile de tout tissu fibreux aocidett> tel, explique l'incurabilité absolue du rétrécissement de ce canal. La transformation fibreuse du tissu érectile dé la rate n'est pas fort rare. Cette transforuuition se fait

(i) Ces! ordinairement à ia partie de la ▼«rQc qui aTtîiwwr le p^bis qo*a lien Ia iransfoimation fibreuse. L'acfe de la copnlaiioa devient iaipOMÎbie ou très difficile avec ou tant douleur.

(s) XXXtX* livr., pi. t «t 9.

TRBIZlfcMS GLAS». D£S MÉTAIiOfiPHOSBS. SOt

quelquefois par petites masses isolées ilans l'épaisseur de cet organe; le plus ordioairemeut elle a son point de départ dans lenveloppe fibreuse, et se prolonge par colonnes, par cloisons, dans Tépaisseur de l'organe*

Cette transformation fibreuse de la rate sobserve souvent daos les rates atrophiées à la suite de l'hypertrophie des fièvres intermittentes. Elle s'observe encore sur une plus grande échelle dans )e cas de kyste acéphalocyste de la rate ; il n'est pas rare de voir la presque totalité de la rate étalée à la surface du kyste et se confondant en grande partie avec les parois fibreuses du kyste adventif.

Le tissu érectile héuiorrhoïdal se transforme très souvent en tissu fibreux.

La chirurgie moderne a fait une application heureuse de l'aptitude du tissu érectile à la transformation fibreuse pour la guérison des tumeurs érectiles congénitales et autres, il sutfit, en effet, de provoquer par divers procédés une inflammation dans les mailles du tissu érectile, pour déterminer leur oblitération et la conversion d'une tumeur érectile en une petite ma,sse de tissu fibreux. C'est au professeur Lallemand (île Montpellier) qu'on doit cette application ingénieuse de l'anatomie pathologique à la chirurgie pratique.

»* BftFècB. McUmorplioM fibreuse da tissu muacnlaire.

A. Métam€rphM€ fibreuu des muscles volontaires. On observe cette métamorphose dans un assez grand nombre de cirooDstancea.

1* Dans les luxations anciennes non réduites , les couches musculaires contre lesquelles portent les os déplacés se translbrroent en tissu fibreux , et quelquefois cette transformation occupe toute lepaisseur des muscles. Cette transformation fibreuse atrophique est le résultat composé de la pression exercée contre les muscles , de leur distension et de Tinactivité en tant qu organe contractile à laquelle ces muscles sont condamnés ; et remarquons

596 ANATOMÎE PATHOLOGIQUE GKNÉnALE.

que ce mode d*airopkie musculaire , qu'on peut appeler fibreuse f Suppose non-sealemenl rinaclivité du niascle, mais encore sa pression ou sa distension , car s'il y avait simplement inactivité ou immobilité , il y aurait transfbr^ mation adipeuse; la pression et la distension isolées ou réunies sont les agents de la transformation fibreuse de In fibre musculaire.

Dans les luxations anciennes non réduites » ceux des muscles qui sont condamnés à l'inaction absolue , mais exempts de toute pression, de toute distension, deviennent graisseux ; ceux de ces muscles qui^ par la direction (|u'a subie le membre, sont réduits à Tinaction en tant qu organes contractiles » et sont soumis à la distension ou à la pression , deviennent fibreux; et enfin ceux qui, également condamnés à Tinaction en tant qu organes contractiles, sont soumis à la distension et à la compression par les surfaces articulaires déplacées , sont transformés en capsule fibreuse épaisse , résistante , laquelle remplace parfaitement , sous le rapport de la solidité, les capsules fibreuses naturelles; tel le muscle sous-scapulaire dans la luxation de rhumérus, lorsque la tète humérale est logée entre le muscle et la fosse sons-scapulaire; tel encore le muscle petit fessier dans la luxation en haut et ea dehors du fémur.

Ce que je dis des luxations traumatiques s'applique parfaitement aux luxations congénitales ^ aux luxations consécutives et aussi si une maladie des articulations , snr laquelle je crois avoir le premier appelé l'attention des observateurs, et que j ai décrite sous le nom d'usta-e des cartilages diarihrodiaux considérée comme maladie articu-laire (1).

(i) Notivelle bibliothèque médicale j eC le lo* Bulletin de ta Société tmatomiquey i** année, 1826, p. 1 88. — C'est la même allératioD que M. Deville a décrile dans cef derniers temps avec lieauconp de talent soua le litre tïartlmtê chronique sèche, (Voy. l'eicellent compte rendu de» Irataax de la Société anatomi(|ue pendant Tannée i85o, par M. Broca.)

TfiElZlÈlilK CLASSE. D£S MÉTAMORPHOSES. 591

G*e$t duos le cas d'usure des caililages articulaires que s'opèrent les transformations fibreuses les plus remarquables et les plus complètes; car dans cette forme de maladie que Ion confondait autrefois avec les tumeurs blanches, il y a usure progressive, non-seulement des surfaces osseuses frottantes dépouillées de leurs cartilages, mais encore des ligaments articulaires que remplacent toutes les parties qui entourent l'articulation et plus particulièrement les muscles périarticulaires. Ces mus* des, inactifs en tant que muscles, mais tiraillés, comprimés , subissent la transformation fibreuse dans leurs couches successives et finissent par être envahies corn* plétement, pour constituer une capsule fibreuse, qui serait elle-même usée à son tour, si la compression et la distension , conséquence nécessaire de la locomotion , conti* nuaieot avec la même intensité. Dans un cas d'usure ancienne des cartilages de I articulation coxo-fémorale que je viens d'observer, le muscle petit fessier tout entier avait été transformé en capsule fibreuse, ainsi que le psoas iliaque dans la portion de ce muscle qui est en rapport avec l'articulation. C'était ce muscle psoas iliaque qui complétait eu avant la capsule fibreuse , laquelle était constituée en haut, en arrière et en dehors par le muscle petit fessier.

Dans un autre cas du même genre ( maladie articulaire par usure des cartilages articulaires (l))le muscle psoas iliaque était converti en une très grosse corde fibreuse qui se contournait en arc de cercle autour d'une énorme vëgétation osseuse qui naissait entre le trou obturateur et la cavité cotyloïde. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que la fibre musculaire du psoas iliaque reparaissait i une petite distance de l'insertion de ce muscle au petit trodianter, c'e8t-à*dire dans toute la portion musculaire qui n'était

(i) Pièce prtft«nié« à la Soeiélc aattoaûqne par M. Bartli, janvier i855«

508 ANATOMIE PATHOLOGIQUE &ÉNÉRALK.

exposée ni à la traction, ni à la compression, preuve bien évidente de rinfluenee que cette traction et cette Compression exercent sur la transformation fibreuse de la fibre musculaire.

' V La métamorphose fibreuse du tis^u maséuiaire se voit encore dans YinflammadoH chronique de ce iitsu. Ainsi, dans le cas d'inflammation suppnrée, à la Suite d'une fracture, les muscles qui sont dans l'atmosphère de Tinflammation se transforment en tissu fibreux. Ainsi , dans le cas de carie des vertèbres lom« baires, lorsque le pus fuse le long ou plutôt dans Té* paisseur du muscle psoas , il n'est pas rare de voir ce tnuscle converti en canal fibreux sans vestige de tissu musculaire. Ainsi dans les moignons des membres amputés la transformation fibreuse du tissu musculaire, occupe non-seulement lu partie des muscles qui est adhérente à la cicatrice, mais encore elle se prolonge à une certaine distance le long des faisceaux musculaires : ainsi, dans Téléphantiasis des Arabes, on rencontre quelquefois leA muscles transformés en tissu fibreux ; ainsi les couches musculaires qui entourent Tos nouveau, dans le cas de nécrose, sont converties en tissu fibreux et finissent par s'organiser en périoste régulier.

3^ Les muscles soumis à des tractions considérables par suite d'une attitude forcée permanente des membres, attitude forcée qui ne leur permet pas d'exercer leur force contractile, subissent la transformation fibreuse ; et îci la théorie de la substitution est en défaut, la fibre musculaire étant remplacée puretnent et simplement par la £bre tendineuse.

Il y a plus, la noetamorphose graiséeuse des muscles .s'accompagne queh|uefoi6 de leur métamorphose fibreuse, lorsque le muscle qui passe à Tétat graisseux a été soumis à un certain degré de traction. C'est ce que j'ai vu dans un cas de métamorphose adipeuse du muscle triceps aurai.

TftKIllklIB CLASSB. DBS MÉTAMOIIPB06BS. 599

Le soléaire avait subi la transformation adipeuse pure et simple, mais le muscle jumeau interne avait subi à la Fois b transforroatiou adipeuse et la transformation fibreuse (le jumeau externe était atrophié, en conservant son caractère de tissu ). An premier abord, le muscle jumeau interne me parut entièrement graisseux ; mais trouvant à ce muscle une densité inaccoutumée, une force de résistance considérable à la traction, j examinai avec plus d attention, et je trouvai dans une sorte de combinaison de la métamorphose adipeuse et de la mémmorphose fibreuse l'explication de ce phénomène ; or, en me demandant pourquoi cette difiérence entre les jumeaux et le soléaire, il me fut facile de voir que Tintégrité des mnacles de la cuisse supposait nécessairement que pendant sa vie le sujet auquel appartenait ce metnbre avait joui de l'intégrité des mouvements de la jambe sur la cuisse, et par conséquent que les muscles jumeaux qui s'insèrent au fémur avaient dû subir des mouvements de traction auxquels le muscle soléaire devait être complètement étranger.

B. Transfbrnuuion fibreuse des muscles inventaires. 1* Rien de plus fréquent que la transfarmmiiùn fibreuse de la tunique musculaire de testotnac y laquelle transformation est presque toujours consécutive à un travail morbide pblegaasique ou autre, fixé sur la membrane muqueuse. On lobserve très touveot dans lulcère chronique simple de Testomac (1) et dans la première période du cancer de cet organe ; or , cette transformation fibreuse de la tuniqne musculaire de lestoroac, qui< a souvent été confondue avec la dégénératton cancéreuse en organe, Taecompagne souvent, la précède toujours, mais en est parfoitemest distincte.

(i) Amaiomie pathologiiiue ^ avec planches, Maladiss ne l*mtom4g %• Un., pt. S «t 6.

600 ANATOMIK PATHOLOGIQCe GÉStÔALE.

On peut dans beaucoup de cas suivre sur le même estomac tous les degrés de la métamorphose Bbreuse de sa tUDir|ue musculaire. Ainsi, on voit d'abord les fibres et £aisceau\ musculaires séparés par de petiu prolongements fibreux linéaires ; à un degré un peu plus élevé, ces prolongements fibreux augmentent d'épaisseur en même temps que le volume des faisceaux musculaires diminue : enfin , arrive un moment où les fibres musculaires finissent par disparaître , atrophiées qu'elles sont par le déve» loppement du tissu fibreux.

Cette transformation fibreuse de la tunique musculaire de Testomac peut être considérée comme le type le plus parfait du mécanisme de la métamorphose du tissu musculaire en général. Il est bien évident que dans ce cas tl n'y a nullement transformation proprement dite du tissu musculaire en tissu fibreux , mais bien disparitioit atrophique de la fibre musculaire, par suite de Thypertrophie envahissante du tissu cellulaire interstitiel.

J'ai dit que cette transformation fibreuse de la tunique musculaire de l'estomac avait été souvent prise pour un cancer de cet organe, et cela avec d'autant plus de Êidlité qu'elle s*acoompagne ordinairement de la transformation fibreuse du tissu cellulaire sous-muqueux, de Tépaississement considérable de la tunique fibreuse proprement dite de l'estomac , d^où résulte une induration considé* rable qui a quelquefois 5 ou 6 millimètres d'épaisseur , si bien que lorsque cette induration fibreuse occupe l'extrémité pylorique de l'estomac, elle donne lieu aux mêmes symptômes que le cancer, à savoir : aux accidents qui tiennent a la lésion de canalisation par rétrécissement de l'orifice pylorique de l'estomac.

La corrugation qui accompagne cette transformation est infiniment propre à augmenter le rétrécissement de la portion pylorique de Testomac.

Les considérations qui précèdent s^appliquent parlai*

TIlktZIBHe CLASSE. DES MÂTAMOatHOSES. 601

temeot à TintesUn , et j ni eu bien souvent I occasion de reconnaître tous les caractères de la transformation fibreuse pure et simple dans des portions d'intestin grêle ou gros , qui avaient été considérées comme cancéreuses, La corrugation de Tintestin qui a subi ou qui est en voie de sulûr la transformation fibreuse dans sa tunique musculaire, exerce sur le calibre de cet intestin une influence plus considérable encore que sur lestomaC) son étroitesse devient extrême et peut être portée jusqu'à l'oblitération complète.

Je ferai pour l'intestin la même remarque que j'ai faite pour l'estomac, à savoir : qtie la transformation fibreuse de la tunique musculaire n'est jamais isolée, et qu'elle s'associe constamment à celle du tissu cellulaire sousmuqueux, à laquelle elle est presque toujours consécutive, et à l'épaississement de la tunique fibreuse.

Métamorphose fibreuse du tissu musculaire du cœur. La transformation du tissu musculaire du cenir en tissu fibreux est une véritable métamorphose. Ici il n'y a pas substitution , c est-à-^dire envabissemeot du tissu muscnlaire par le tissu cellulaire hypertrophié, mais bien meta* morphose proprement dite, fibre par fibre, du tissu musculaire en tissu fibreux. On dirait q u'il se passe ici quelque chose d'analogue à ce qui a lieu en anatomie normale, lorsque, par ime anomalie asses fréquente, des faisceaux musculaires sont rempbcés par des foisoeaux fibreux.

Il n'est pas fort rare de rencontrer dans l'épaisseur des parois du ventricule gauche du cœur des interstices fibreuses qui affectent la disposition linéaire des fibres musculaires elles*mémes. Dans quelques cas la transformation fibreuse est très circonscrite. Dans d'autres cas, elle est diffuse. Comme exemple de métamorphose fibreuse diffuse, je citerai le cas d'un malade qui était sujet h de fréquents accès de suffocation nocturne , et qui périt

602 ANâTOHIB PATHOLOGIQUE GÉHÉKALB.

îoopinéioeDt pendaDt un de ces accès. Pour toute attération, je trouvai une transfonnation fibreuse diffuse du •ventricule gauche du cœur, assez considérable pour etpli- .quer la mort* En effet , le tiers environ des fibres de ce ventricule avait subi cette transformation* Je voulus le disséquer en enlevant soecessîveiBent les diverses -couches de ses fibres. Faeile aO niveao de la base de ce ventricule , qui était intacte , ia dissection devint :de plus en plus difficile à mesure qu'on se rapprochait de la pointe du cœur, à raison de Tadhérence que les fibres des couches transformées avaient subie entre elles. Vers la pointe du cœur la séparation était impossible. Le tissa 'fibreux était parfaitement linéaire et se continuait directement , Sans transition , avec le tissu musculaire. Dans la plupart des cas que j'ai observes, la métamorphose fibreuse avait débuté par le réseau musculaire qui constitue hi oouche profonde du cœur

Dans le cas que je viens de décrire , aucune dilatation du cœur n'existait au niveau de la transformation fibreuse, sans doute parce que cette transformation n'était complète nulle part, je veux dire qu'elle n'occupait dans aucun point du cœur toute Tépaisseitr de •cet organe.

Mais lorsque toute Tépaissem du cœur a été envahie par la transformation fiin-euse , il est rare que cette transfonnation ne s'accompagne pas d'une dilatation plus ou moins prononcée dans la région du cœur correspondante, et c'est cette ttatuformatian qui me parait le poini de départ de tous lei anéffiyunes partieii du cœur,, ainsi que je l'ai exposé ailleurs avec détails (1).

A la première période de l'anévrysme partiel du cœuri il n y a pas encore dilatation appréciable à l'exté-

(i) Ânatomiê paiholo^if^me avec Jigurtt^ XXIl* Ufr«» pU 3, «t^satomU pathologique générait , t. H , p. 67a , clâite d«t diUuiioiu* Jné* tf'ryiHnù partiêts tfu ctêut.

TflBinÈllB CLASSE. D1» MÉtilMORPH09B8. éftS

rieor, maiê seulement transformation fibreuse avec amin* ciMement des parois du cœur : s*il y a au{jmentation de k cavité do cœur dans la région correspondante , ètlé est prise aux dépens de Tépaisseur des parois de Torçane. Le tissu fibreux est dabord comme entremêlé ûut 6bres musculaires , excepté dans le point central dé la transformation. Mais bientôt la transformation fibreuse le complète t et alors la dilatation se manifeste è Texte* rieur sous la forme d'une bosselure, laquelle, en se dëvé« lopponl, tantôt devii;nt un kyste proéminent èla surfïice du cœur, lorsque la transformation est très circonscrite, tantôt se dilate en poche quel(|uefois considérable , snra* joiitée au cœur, lorsque la transformation fibreuse est plus étendue et occupe tonte la circonféretice de cet organe.

Si la pointe du cœur est le siégé le plus ordinaire de cette transformation fibreuse , et par Conséquent de ranévrysroe partiel du Cœur, c'est sans doute parce quelle est la partie la moins résistante du Tentrloule gauche, et partant la plus susceptible de oéder sôim rinfloence de la contraction de ce ventricule. Il n'est pas rare de toi r le tissu cartilagineux et le tissu osseux Se développer dans répaissenr des anévrysmes partiels dn eœar (1) : quelquefois même ces anévrysmes sont const^ taés par nue coque entièrement cartilagineuse oncmevte.

3* Bspici. MétaiDor|thos6 Ébreiisê du tissu ^landalenx.

Le tissu glanduleux proprement dit peut-il se transformer en tissu fibreux? Sans doute , on voit des portions de glandes et même des glandes tout entières converties en tissu fibreux, mais ce n^est pas là une véritable métamorphose. Il y a tout simplement disparition ati*ophique du tissu glanduleux sous fiiifluence de la transformation fibreuse du tissu cellulaire et de l'hypertrophie du tissu fibreux qui Tétreignenl de toutes parts.

(0 Voj. AnaiomU pathoUgi^m t\9C plancbet. XXII* lÎTr.., pi. 9, f' 4 au texte.

60 & AHATOMIE PATHOLOGIQUE GÉSiAoALE.

C'est dans les glandes mammaires que j*ai vu la transformation fibreuse la plus complète (i). C'était diex une jeune fille, âgée de dix-huit ans, dont les deux mamelles pesaient chacune dix livres, et m ont présenté à la dbseolion tous les caractères du tissu fibreux lobulaire. Je n hésitai pas à admettre que dans ce cas comme dans tous les cas analogues, par suite d*une fluxion longtemps continuée sur la mamelle , Télément fibreux et celluleux avait acquis un développement considérable et que la granulation elle-même avait été envahie par la transformation. Je suis persuadé que le microscope aurait démontré dans une bonne partie de cette glande des culs-dc'^sac glanduleux, au milieu d'une plus ou moins grande quantité de tissu fibreux , et dans quelques parties plus avancées du tissu fibreux pur.

Cette transformation fibreuse peut se produire dans une partie plus ou moins considérable de la glande mammaire , dans la moitié, le tiers, le quart , le cinquième de cet organe. Il y a alors continuité entre la portion transformée et la portion saine de la glande mammaire , et presque toujours , dans ce cas, cette transfbrmaûon est confondue avec le cancer* Nous verrons bientôt que les coTffs fibreux de la mamelle ne sont autre chose que le résidtat de la transformation fibreuse d un certain nombre de grains glanduleux mammaires.

Nous avons d'ailleurs vu ( t. III, p. 59 de cet ouvrage ) que la dissection comme le microscope démontrait dans la première période de cette hypertrophie avec transfor* uiation fibreuse tous les éléments normaux de la glande mammaire, à savoir : des granulations et des conduits galactophores entremêlés de tissu fibreux ; et dans une se* conde période tous les éléments du tissu fibreux sans traces de tissu glanduleux.

(<) Voj. DicîlonHaire dt médecine et de chirurgie pratiquet , article Htmditiofiiis, t. Xf, p. a46; et t. III, p. $9 de cet oiifrage,if/perfro|»AM jfMraU avec indwrm$ion f$ tfun^rwuildfm des timu.

TRfilZIÈMR CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. 605

A cùuS de cette transformation fibreuse mammaire hypertrophique , je dois mentionner la transformatioD fibreuse mammaire atrophique dans laquelle la glande mammaire considérablement indurée, se racornit en quelque sorte et s atrophie de telle manière quelle se convertit en une espèce de galette de la dureté d une semelle de soulier.

Je ne saurais assez dire combien il faut se méfier de cette transformation fibreuse atrophique, qui nest autre chose , dans le plus grand nombre des cas, que le cancer fibreux atrophique, celui qui s^accompagne de Tinfection cancéreuse la plus générale* Au reste, le diagnostic aoatomique différeniiel de ce cancer fibreux atrophi([ue nest pas difficile , car, chose remarquable, la pression exercée sur un tissu aussi dense en fait suinter une assez grande quantité de suc cancéreux. Je me suis quelquefois servi d*un ëtau pour cette expression, la pression de mes doigts étant insuffisante pour en extraire le suc cancéreux.

TransfimtiaHon fibreuse du foie. Elle est toujours atrophique et peut avoir lieu de plusieurs manières :

1** Par latrophie des grains glanduleux avec hyper* tropMe du tissu fibreux du foie, double altération , dont la première est bien évidemment consécutive à la seconde, ce qui me parait constituer la maladie , connue depuis Laënnec sons le nom de cirrhose{\). Cette transformation peut être partielle ou générale. G est dans le ras de transformation partielle que I on voit la disparition compicte du tissu glanduleux que remplace une espèce de moignon fibreux.

Dans la cirrhose, l'alrophie granuleuse du foie est produite par la compression exercée sur Fensemble de Torgane, et sur chaque granulation eu particulier par le

(i) Voj. tome Ifl de cet ouvra»», ta* dasic ; AtrophUs^ p. sio et lttîv«niet«

606 AdATOMlE P1TH0U)61Q0£ GÉNÉIAU-

développement du lissu 6breux et cellulaire du foie , et par la constriction qu'il exerce sur le tissu propre.

2*^ Une compression extérieure peut également tnina* former en tissu fibreux la portion du foie qui est le siège de cette compression; c'est ce qu'on observe souvent sur les femmes dont le foie a été étranglé avec leur taille pav Tusage du corset. Souvent les granulations superficiellea l)u foie ont subi plus ou moins complètement la transformation fibreuse. J ai même vu cette transformation occu* per toute l'épaisseur de la portion correspondante du foie, si bien que la portion du foie subjacente à cette transformation ne tenait au reste de lorgaoe que par un pédicule fibreux.

%• La transformation fibreuse atrophiqoe du foie peut avoir lieu par suite d'une compression exercée sur cet organe du dedans au dehors. C'est ce qu'on observa quelquefois dans le cas de rétention complète de bile dans les canaux biliaires inira-hépatiques (1). Le maxi* mum de celte transforipation fibreuse des granulations du foie f 'observe chez les animaux (moutons, bœula) affectés de douves hépatiques. Dans ce cas , les canaux intra hépatiques du foie dilatés et prodigieusement épaissis» .finissent par prédominer sur le tissu propre du foie, à tel point que dans les régions les plus comprimées, et tissu propre disparaît, remplacé qu'il est par des groupef de conduits très volumineux , à parois excessivement épaisses , dans l'intervalle desquels on trouve à peine quelques vestiges du tissu hépatique proprement dit.

Il en est de même dans le cas de kystes acèphalocystet et de masses carcinomateuses du foie. Toutes les granulations hépatiques qui ne peuvent pas échapper à la compression s'atrophient et sont remplacées par une gangue fibreuse.

(ij Voj. datte det Atrophiçâ^ p. «09, t. UI| Toy. «utti eUit^ dej DiUialwns.

TRBlXltMK CLA8S6. 0£S MtTÀMOBMOiBS. 601

Testicules. J*ai vu les tes|icules atrophiés et transformés, en une coque fibreuse, à la suite d'une inflammation cbro* nique strumeuse ou autre, qui avait en quelque sorte vidé le testicule.

J ai fait représenter un cas dans lequel le testicule était remplacé par i|n corps fibreux très volumineux. Il me fut impossible de trouver aucune trace du tissu testiculaire (1).

Ovaires. Les ovaires se transforment très fré(|uemment en tissu fibreux , et cette transformation présente deux modes bien distincts. Tantôt Tuvaire tr^insformé est com* plétement atrophié et réduit au volume d'un pois chicbe ; tantôt, au contraire, il acquiert un volume considérable qui peut atteindre celui des corps fibreux les plas volumineux de Tutérus.

Glandes thyroïde et prostatique. La transformation fibreuse constitue |)oiir la glande thyroïde et pour la prostate une véritable atrophie. Dans la prostate» la dispo* sition granuleuse et canaliculée disparaît et son tissu est remplacé par un tissu fibreux pelotonné d'un blanc terne* Dans la glande ibyroïde des lignes fibreuses ec souveol fibro-cartilagineuses, se voient sur les diverses coupes de cet or^jane, dont les granulations d'abord distinctes finis* sent par disparaître. J*ai vu un lobe de la glande thyroïde converti •• itn petit corps fibreux ou fibro-cartilagineux du volume d'une aveline.

4* iMèCB» TrAtiflforiifeallon ÉbreuM do tistn nenrèni.

Il n*y a pas de transformation proprement dite du tissu nerveux, mais bien disparition atrophique de son tissu. Ainsi les cordons nerveux des membres qui sont comprimés par une tumeur, un anévrysme, par exemple, ou par un névrome fibreux, kysteux ou autre, développé dans Tépaisscur de ces cordons, peuvent sV

(i) ^noComie ^tAoisyif ue arec %aref|?* Vnt^ pi, i, làf. 3.

608 ANATOMIB PATI10L0CIQUC GÉNÉftALft.

tropliier an point que la substance ncn-euse proprement dite disparaisse complètement et qu'il ne reste plus que le névrilème. Dans certains cas de névrome, qu^on pourrail appeler diffus, le névrilème de chaque filet nerveux sliypertrophie d'une manière considérable, à tel point que les plus petits filets acquièrent dans une plus ou moins grande longueur le volume d*une corde de basse et même davantage. [<es cordons nerveux, qu'il est d'ailleurs presque toujours facile de séparer les uns des autres , sont comme entourés d un tissu fibreux noueux qui leur donne un très grand volume ; mais au centre de ces cordons, le tissu nerveux, bien loin d*étre hypertrophié , a subi une atrophie plus ou moins grande et souvent complète : dans plusieurs cas de ce genre que j'ai eu occasion d'observer, Tacide nitrique étendu ne pouvait mettre en évidence aucun filament nerveux proprement dit.

Les névromes fibreux peuvent être divisés : i^ en névromes diffus ou névromes par transformation fibreuse des filets nerveux , qui entrent dans la composition d'un nerf , et en névromes fibreux par production de tissu , tiévromes fibreux parasitaires, corps fibreux qui se développent au sein des cordons nerveux comme les corps fibreux an sein de l'utérus.

5* «ràcK. MctftoiorpboM fibrense des ovçanei composés.

1^ transformation fibreuse des organes composés nVst autre chose que celle du tissu cellulaire contenu dans l'épaisseur de ces organes , ou bien encore l'hypertrophie des tissus fibreux qui entrent dans sa composition. Je ne citerai qu'un exemple : la transformation fibreuse du tissu du poumon. Il n'est pas rare de voir, à la suite d'une inflammation chronique,ou mémed'un travail tuberculeux chronique circonscrit de cet organe, le tissu cellulaireiuterlobuluire, si délié dans l'état ordinaire, subir la transfor* mation fibreuse, s*épaissir d'une manière extraordinaire,

TBElZIÈMe CLASSE. DES MÉTAMOtlPHOSES. 609 *

et circonscrire de toutes parts les lobules correspondants. Cette transformation fibreuse finit par s*étendre aux parois des vésicules pulmonaires elles-mêmes ; et suivant les circonstances, ce tissu fibreux Fonne tantôt uu kyste d'isolement qui localise la lésion tuberculeuse, tantôt une masse fibreuse criant sous le scalpel, et dont la véritable origine ne nous est révélée que par des points noirs disséminés , par des granulations tuberculeuses excessivement denses, inertes, noires , que je considère comme un des modes de guérisou les plus fréquents de Taffection tuberculeuse (j'ai appelé ces granulations tuberculeuses, tubercules deguérison) , et souvent par des concrétions crétacées.

Tous les kystes adventifs qui se développent soit dans le tissu cellulaire libre, soit dans le tissu cellulaire interstitiel des organes, sont primitivement ou secondairement des kystes fibreux. Toutes les cicatrices sont constituées par du tissu fibreux que Ton peut appeler tissu fibreux cicatricieL

Gela posé sur les transformations fibreuses des organes, je vais m'occuper des productions parasitaires fibreuses,

DEUXIÈME ORDRE

Dans les métamorphoses fibreuses dont je viens de tracer Thistoire, il y a substitution du tissu fibreux au tissu propre, et cette substitution n'est antre chose que le résultat composé :

1* De la transformation fibreuse du tissu cellulaire interstitiel ;

2* De Thypertrophie des éléments fibreux qui peuvent entrer dans la composition de Torgane ;

V De latrophie des éléments propres.

Les productions fibreuses sont des espèces de corps m. S»

purasitaires qui se développent tantôt dans i épaisseur des organes , tantôt à la surfece des membranes , organes et membranes qui leur fournissent des moyens de nuihtioo, mais dont ils sont en quelque sorte indépendants.

Je diviserai les productions parasitaires fibreuses eti deux catégories :

1* Productions parasitaires fibreuses implantées.

2* Productions parasitaires fibreuses enchatonnées.

I* ProductioDS parasitaires fibreoses implantées, on fibropfaytes.

Les productions fibreuses implantées appartiennent exclusivement aux organes disposés en membranes, et se présentent sous laspect de végétations qui naissent par un pédicule plus ou moins considérable. Leur type est le polype fibreux des membranes muqueuses; leur caractère est d^étre constituées par du tissu fibreux, qui est ordinairement enroulé ou pelotonné. Je les appellerai, d'une manière générale , des fibrophytes , pai- opposition aux chondrophytes et aux ostéophytes, avec lesquels ils ont des rapports si intimes. Nous verrons bientôt qu'il existe aussi des productions parasitaires composées, qu^on peut appe* 1er des chondro-fibrophytes^ des osléo-fibrophytes, des ostéfhchondrophytes^ et des ostéô^chùnàrO'fiiifrophytes.

Les fibrophytes doivent être étudiés i

1® Sur les membranes tégumentaires (membranes muqueuses et peau) ;

2^ Sur les membranes séreuses et synoviales ;

V Sur les membranes vasculaires ;

ft* Sur les membranes fibreuses.

i"* Bspici. Fibrophytes des membranes maipieasen.

Les fibrophytes des membtanes muquenses constituent les polypes durs ou charnus des autetirs (1), ainsi nommés

(i) Il est des polypes à la fois vésiculeux et fibreax f «iosi, dans ua cas

TBKlttkllE CLAS8E. OfiS MÉTAMORKHOSeS. 611

par opposilioD aux polypes métis ou x>éuculeux. Je dois dire cependant que la distinction entre les polypes durs et ieê polypes mous ou vésiculeux n^est pas aussi radicale qu'il le senblerait au premier abord ; que le pédicule du polype mou est toujours fibreux, queli]uefois même extrêmement résistant^ malgré sa ténuité» d'un aspect nacré, et que le tissu fibreux forme la charpente du corps de ce polype. La grande différenèe qui existe entre les polypes durs et les polyfies inous(l), c'estque ces derniers sont exclusivement oonsiitaës par les membranes muqueuses dont le derme seul forme le pédicule et la charpente, et dont les follicules rouqueux, convertis en kystes ou vésicules, et les papilles siogolièrement hypertrophiées, constituent lecoqM, tandis que les fibropbytes naissent de la couche fibreuse sttbjacente à la muqueuse ; car il est à remarquer que toutes les membranes muqueuses ont un support fibreux et pour quelques*unes même ce support fibreux leur est si intimement uni qu'il fait corps avec elles, et que ces membranes sont désignées sous le nom de fibro^muqmeustê. Ainsi la membrane pituitaire a pour suppott le périoste i la muqueuse des voies digestives a pour support la tunique fibreuse dont elle nest séparée que par une couche mince de tissu cellulaire. Ne pourrait«on pas considéreri au moins dans 1 état de vacuité , le tissu propre de Tutérus (lequel est si intimement uni à la membrane muqueuse, qu'il est presque impossible de leu séparer par le secours de la dissection ) comme un support fibreux de cette membrane?

Indépendamment des pol/pes véskukux qui sont essea-

de polype ucérin qui coDteaaic un grand nombre de vésicules ou kystes, U charpente filamenlense qui séparait ces Tésicules était constituée par

(i) PoLfPB, mot figurai appliqué par Galien aux «icr«HMaaees cll•^• nues des fosses nasales» et par eitension à toutes les excroissances, à toutes les tumeurs Téfiétantes des membranes muqueuses , k cause de Wor fgwiiiifctatice grossière atee le poulpe ou polype marm*

612 ANATOMie PATHOLOGIQUE OÉNÉRALE.

tieilement constitués par le développeiuent des follicules muqueux , j'ai cru devoir admettre des polypes viiieux , qui sont le résultat du développement du corps papiljaire, et qui se présentent sons l'aspect de longues papilles juxtaposées , tantôt isolées les unes des autres , tanlèt groupées de manière à constituer des végétations plus ou moins considérables.

L'anatomie pathologique des fibropbytes des membranes muqueuses se réduit à ceci : « Tumeur Bbreuse tantôt pédiculée, tantôt naissant par une large base, revêtue par une membrane muqueuse très amincie et d'une adhérence intime avec la tumeur. »

L'anatomie pathologique me parait avoir démontré de la manière la plus positive, contrairement à une opinion longtemps accréditée et qui est encore soutenue aujourd'hui par plusieurs observateurs , que les 6bt*ophytes ou polypes fibreux des muqueuses, comme aussi les polypes mous, n ont jamais qu'un seul pédicule, une seule racine, mais qu en revanche ils peuvent presenter plusieurs divisions ou prolongements ; et je ferai remarquer que , par le fait de ces divisions, la comparaison des polypes avec le poulpe ou polype marin est bien plus exacte que s'ils avaient plusieurs racines. Disons toutefois que ces divisions ou prolongements sont presque toujours , sinon constamment , la conséquence des obstacles que les polypes rencontrent dans leur développement. (Voy • Polypes des fosses nasales. )

Les fibropbytes des membranes muqueuses sont susceptibles d'un accroissement illimité, et triomphent en quelque sorte de toutes les résistances; d'où les ravages qu'ils exercent dans les fosses nasales.

Du reste, les accidents qu'ils produisent tiennent non à leur nature , mais à la gène mécanique qu'ils apportent à l'exercice des fonctions.

Doués d'une grande vitalité , les polypes fibreux peu-

TAEIZIÊBIE CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. 6iS

venl devenir aclliéi*ents aux surAtces muqueuses avec le£«« quelles ils sont en contact ; circonstance qui peut aisément en imposer pour une seconde , une troisième racine. Que si Ton niait la possibilité de cette adhérence, je répondrais par les faits qui établissent que si les membranes muqueuses saines sont réfractaires à Todhérence , il n'en est pas de même des membranes muqueuses ébarbées en quelque sorte par un travail d'érosion. ( Voy. classe II, * Adhésions des membranes muqueuses^ t. I, p. 292.)

Les fibrophytes muqueux peuvent tomber spontané* ment par Tétranglenient de leur pédicule. Souvent ils nét*essitent Tintervention de Tart, qui a imoginé des pro« cèdes plus ou moins ingénieux, soit pour leur arrachement, soit pour leur section, soit pour leur ligature.

Les fibrophytes muqueux peuvent-ils se reproduire? Il est probable que leur reproduction peut avoir lieu lors* qu'ils n*ont été qu'incomplètement extirpés ou détruits. Cependant il ne serait pas impossible que des polypes incomplètement enlevés ne se fléiHssent dans leur pédi« cule (1). Il Faut d'ailleurs bien distinguer les prétendues reproductions de polypes du développement de petits polypes qui existaient avant l'opération ou qui se sont produits plus tard.

Je viens de dire qu'il ne serait pas impossible que des polypes fibreux incomplètement enlevés ne se flétrissent dans leur pédicule , et cette pensée m'a été suggérée par un fait de polype fibreux pharyngien , que j'ai observé en 182 S sur un paysan limousin de quatorze à quinze ans, et dont je lai débarrassé par la ligature (i). Bien certainement la ligature n'a pas porté sur la racine ou base du polype, et cependant rien n'avait repullulé an l)Out d'un an. J'ignore ce qu'est devenu ce malade. I^e polype fibreux étranglé par la ligature ne tomba nulle*

(i) Voy. t. Il, p. i4o. ClatM dM Corpi éirumgen.

61 & ANATOMIE PATHOLOGIQCB GÉNÉRALE.

ment en gangrène et. représentait exactement les caraotares anatomiques d'un corps fibreux deruténis.A Tappui de la flétrissure ou de la séparation spontanée des débris de polypes fibreux incomplètement extirpés, je dois citer encore les polypes fibreux de Tutérus.

Les fibrophytes sont-ils susceptibles de dégénérer eo cancer? On le dit généralement; mais je ne sache pas qu'il existe un seul fait bien positif de cette dégéoération. Cependant si Ton me demandait de déclarer s*il est absolument impossible que les fibrophytes dégénèrent en cancer, je répondrais que je ne crois pas à une impossi* bili té absolue» vu TafR ni té qui existe entre le fibrophyte et rhypertropbie du tissu fibreux. Et ne voyons-nous pas tous les jours Thypertrophie précéder la dégénératk» cancéreuse (ex. : cancer de lestomac ) ? Mais lorsque le fibrophyte dépasse le degré de l'hypertrophie et atteint celui de la transformation, la dégénération est impossible- Ainsi nous verrons, à l'occasion des productions fibreuses enchatonnées , qu'il n'existe aucun exemple de dégénéra* tion de corps fibreux eu cancer; et quelque analogie qu'il y ait entre le tissu fibreux normal et le tissu des produc* tions fibreuses, il est bien difficile d'admettre qu'il n'y ait pas dans ces dernières une modification de texture plus ou moins considérable.

Je suis donc porté à considérer les cas de dégénératiou cancéreuse des polypes fibreux qui ont été invoqués, comme appartenant ou à des cancers méconnus dans leur principe, ou à des altérations consécutives , phlegroasiques, gangreneuses, ulcéreuses, de ces productions, qui ont été prises pour des altérations cancéreuses. Ainsi Dupuytren avait signalé que les polypes fibreux des fosses nasales qui franchissent leur orifice antérieur, étranglés par cet orifice, deviennent sanieux , s'ulcèrent, se gangrènent dans la partie correspoudante, ce qui a pu faire croire à la natui^e cancéreuse de ces produc*

TRKUiÉMK CLASSK. DBS M^AMORPHOSES. 615

tions, tandis que la partie du polype qui n a pas étë soumise à la même constriction , aux mêmes causes d'irritation, conserve ses caractères primitifs.

Toutes les membranes muqueuses peuvent présenter des productions fibreuses implantées ; mais ce sont surtout les fosses nasales et Tutérus qui sont leur sié(;e de prédilection. C'est donc des fibrophytes ou polypes fibreux des fosses nasales et de i*utérus que je vais surtout m*occuper ici.

Fibrophytes ou polypes fibreux des fosses nasales. Gomme type, je rapporterai textuellement la description anatomique de deux polypes fibreux des fosses nasales que j'ai publiée dans mon premier ouvrage (1).

« Un soldat, âgé de vingt ans environ^ d'une constitu* y tion débile, avait dans les fosses nasales des jiolypes » qui empêchaient complètement le passage de l'air, et » pouvaient être intérieurement sentis avec le doigt intro* M duit par la bouche au-dessus du voile du palais : il V mourut d'une maladie tout à fait étrangère à ces polypes. » Nous ftmes la section verticale de la face , et nous trou* » vàmes un polype très considérable dans chaque narine:

• leur couleur était la même que celle de la pituitaire ; le » polype de la narine gauche naissait par un pédicule » étroit du méat supérieur et du repli fibro-muqueux » qui prolonge en arrière le cornet moyen. Nous voulûmes

• déterminer si ce polype était foraié aux dépens de la » pituitaire ou seulement recouvert par elle. H nous fut » facile d enlever cette membrane par lambeaux , et de » voir que sous elle le tissu du |>olype semblait nattre de 9 la membrane périostique blanchâtre , qui recouvrait le » cornet moyen. Le tissu propre de ce polype était très

• dense, composé de parties disposées linéairement, afFec*

(i) Etsat sur Vanatomie pathologique^ t. 1, p- 391, 1816. J'ai fait ceUf «nioptie •▼«€ nptt camarade dVtudet et ami Lallemand,

616 ANATOMIE PATHOLOGIQUE OÉNlfettALE.

» tant toutes à peu près la même direction et ayant plus » d analogie avec le tissu fibro*cartilagineux qu'avec tout » autre tissu.

» L'autre polype naissait au-dessous de Torifice du n sinus sphcnoïdal , par un pédicule très mince qui s*esl » d<$chiré à la moindre traction. Ce polype se divisait en I» quatre lobes, dont ic supérieur était reçu dans le sinus » sphénoïdal droit , et les trois inférieurs dans les trois » méats. Le tissu de ce polype était moins dense que celui « du précédent, mais d'ailleurs de même nature. »

Il suit de cette observation que les deux polyj^es nais* saicnt essentiellement du périoste qui recouvre le cornet moyen. Tons les faits qui ont été recueillis depuis sur les poly|)es fibreuxdes fosses nasales sont venus a Tappuî de cette dissection.

La réflexion qui termine cette observation me pai*ait importante, à savoir : que le tissu du deuxième polype était moins dense que celui du premier, mais d'ailleurs de même nature. Elle vient à Tappui de ce fait, que les polypes des fosses nasales , comme d'ailleurs tous les corps fibreux, peuvent, dans certaines circonstances^ se pénétrer de sérosité, et, sans perdre leur caractère fibreux, présenter une assez grande mollesse par suite de Técar* tement de leurs fibres.

Dans le cas qui précode, le point de départ du polype fibreux était au cornet moyen pour l'un des polypes, et au pourtour de Torifice sphénoïdal pour le polype inférieur ; mais, dans lu plupart des cas, les polypes durs qui occupent le pharynx naissent de la voûte du pharynx , c'est-à-dire du périoste épais qui revêt la face inférieure de l'apophyse basiluire de l'occipital, et la portion de la fiice inférieure du corps du sj>héuoïde qui lui fait suite.

Il résulterait d'une observation présentée à la Société de chirurgie, séances du 13 et du 20 décembre 185'i, qu'un

polype fibreux naissait de la face inférieure du corps du sphénoïde par de petites digitations qui pénétraient dans 1 épaisseur du tissu spongieux de fos. La lame com|)acte était détruite. On dit inéine avoir vu ces prolcngemenls radiculaires traverser toute l'épaisseur de la base du crâne et pénétrer dans la cavité crânienne. Je n*ai jamais vu de cas de ce genre.

Les polypes des fosses nasales» ti*ouvant au dehors un développement facile, ne doivent nullement tendre à se prolonger dans Pépaisseur des os et a pénétrer dans la cavité crânienne.

On dit généralement aujourd'hui (|ue les polypes fibreux naissent de la pariie postérieure des fosses nasales, et les polypes rauqueux ou vésiculeux de la région antérieure. Cette proposition, généralement vraie, souffre quelques exceptions. J ai vu un polype fibreux naître de la paroi externe des fosses nasales immédiate* n.ent au devant du cornet moyen.

On a vu des polypes fibreux naître de la face inférieure du sphénoïde, d*autres du bord postérieur de la cloison des fosses nasales.

Jai dit, dans l'observation précédente , que le tissu fibreux qui constituait le polype fibreux supérieur était composé de parties disposées linéairement et suivant la même direction. J'ai eu occasion dobserver plusieurs cas de polypes fibreux de la voûte pharyngienne, qui pi^éseiitiient la même disposition, celle de fibres parallèles juxtapcsées ; mais il n'en est pas toujours ainsi, le tissu fibreux de ces polyjies offre souvent, en effet, une forme pelotonnée ou tournoyante , qui donne à la coupe de ces tumeurs un aspect lobuleux.

Telle était la disposition d'un polype fibreux naso«pharyngien, extirpé par M. Nélaton par ton ingénieuse méthode de section verticale du voile du palais, avec ablation d un fragment en forme d^ V i}ç 1^ paf tje posté-

618 ARATOMIB PATIIOLOGIQUR CfiNÉRALC.

Heure de la voûte palatine. Ce polype a clé présenté à la Société anatomique, dans sa séance du 17 mars 1854. J'ai constatéqu'il présentait la mollesse des polypes fibreux infiltrés, et qu'il offrait au contact une disposition lobuleuse, laquelle s'expliquait parla forme enrotilée ou pelotonnée de ses fibres.

f.orsque les polypes fibreux sont nés de Tapophyse basilaire et trouvent dans le pharynx un développement facile , il est rare qu'ils présentent des prolongements ou bras dans d autres directions ; mais quand ils naissent des fosses nasales, ou quand ils y ont pénétré, ils envoient des prolongements dans toutes les directions, dans toutes les cavités, en éludant les obstacles ou en les écartant , élargissant les fosses nasales, amincissant ou brisant les os eux mêmes, les détruisant s'ils résistent, et pénétrant par des voies nouvelles ou par les ouvertures naturelles dilatées, les trous spliéno-palatins, par exemple, dans les cavités qui entourent les fosses nasales, et particulièrement dans la fosse zygomaiique. Rien n égale la force de développement de ces polypes fibt*eux.

Dans un cas comnmuiqué à la même Société par M. r.ebert , le 2 février 1852 , au nom de M. Maisonneuve, le polype fibreux sortait en avant par lorifice antérieur des fosses nasales , en même teoips qu'il proéminait en arrière dans Je pharynx, au -dessus du voile du palais, qu'il déprimait. M. Maisonneuve avait enlevé l'os maxillaire supérieur |K)ur faciliter l'extraction de celte tumeur qui envoyait un prolongement à travers le trou sphéno-palatin dans la fosse zygomatique, et (entourait le c^té externe de los maxillaire supérieur.

Ce polype était constitué par un tissu fibreux sous la forme lobuleuse. On a même trouvé des points osseux dans nn petit prolongetnent grêle , qu'on a cru être le pédicule de la tumeur.

Dans un cas communiqué à la Société anatomique par

TREIZI^^ME CLASSR. DEA M^AMORPHOSES. 6f9

M. Broca, deux embranchements de polypes fibreux étaient parvenus par deux points difFérents dans la fosse r.ygomatîqne, et ces deux embranchements étaient de« venus adhérents entre eux à leur extrémité en manière d*anse.

Le itiit suivant de fibrophytes ( polypes fibreux ) du sinus maxillaire, que j^ai consigné dans mon premier ouvrage (1), fournit un exemple remarquable de Timmense force de développement dont sont douées ces productions, et me paratt un argument invincible en faveur de la doctrine que jai cherché à établir, sur la distinction des espèces en anatnmie pathologique , et sur rindélébiiité du caractère d*espèce.

Villot (Jeanne-Marie), âgée de soixante-dix-httit*ans, vmt à l'Hôtel-Dieu le 19 janvier 1811 (service de Dupuytren), pour une tumeur énorme qu'elle avait depuis trente ans dans l'épaisseur de la mâchoire supérieure. Ce qui frappait d abord, c'était la saillie prodigieuse que faisait en avant la moitié gauche de la fieice : le côté correspondant du nez, au lieu de regarder en dehors , était tout à fait antérieur ; la pommette et la fosse canine étaient singulièrement soulevées ; Toeil , chassé de r<H-bite et en mdme temps poussé en dehors , ne servait plus h la vision ; la narine du même côté était obstruée , la cloison déjetée et accolée è la paroi externe de la narine droite ; la voûte palatine était un peu repoussée en bas et surtout très amincie ; elle cédait à une pression légère et revenait sur elle-même è la manière d*une lame mince d'écaillé. A toua ces signes , è la présence d'un petit ulcère résultant de l'ouverture d'un abcès, on reconnut un polype qui occupait à la fois et le sinus maxillaire et les fosses nasales. Le siège primitif était bien évidemment le sinus; car les polypes des fosses nasales, quelque volumineux qu'on

(i) B$9mi mr tammtomie ^(Aoloyif ue, !• I9 p. 393.

A3Û ÀNàTOMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

les suppose, ne |)^nè(reDt jamais dans le sinus maxilluire, attendu cjue leur développement est plus facile dans d autres sens, tandis que ceux du sinus maxillaire, après avoir rempli ce sinus, trouvent une issue facile par son orifice dilaté et pénètrent dans les fosses nasales. Lart était impuissant contre de semblables désordres : on se borna à pallier les douleurs excessives qucprouvait la malade et à soutenir ses forces ; elle ne tarda pas à suc* comber à un état adynamique.

Louverture du cadavre fut faite par Dupuytren luimême, dans son amphithéâtre. En exerçant snrlcsos amincis et distendus une pression assez forte, qui aurait été douloureuse pendant la vie de la malade , il rendit sensible à ses nombreux auditeurs une flexibilité très grande dans les os , ce qui indiquait un amincissement considérable et peut-être une dégénération.

La peau et les muscles enlevés, on coupa sans effort, avec un scalpel, la partie antérieure du sinus , los propre du nez et les fibro-cartilages de ce côté : alors s*esi pré* sente un polype énorme qu*on a cherché à arracher, mais la pression que nécessitait cet arrachement a déterminé la rupture d*un kyste dont le liquide s est échappé avec force : néanmoins le polype conservait encore le volume d'un œuf de poule d*Inde, était bosselé, d'une consistance osseuse dans beaucoup de points , fournissait par près* sion , dans diverses parties, du pus louche et une matière tantôt séreuse et limpide, tantôt 6lnnte et brunâtre. Divisé dans plusieurs sens , il offrait un grand nombre de kystes à parois lisses , fibreuses et osseuses , contenant encore une certaine quantité des liquides dont je viens de parler. La caverne profonde qui renfermait cette masse polypeuse était formée aux dépens des capacités réunies du sinus maxillaire gauche triplé de volume, de k fosse nasale gauche et d'une grande partie de la droite, de la cavité orbitaire dont la paroi inférieure était détiiiite, et

TnRiziÈME cr.Asse. des métamoiiphoses. 62 1

enfin des sinns spbénoltlaux eC frontaux largement ouverts.

Le nerf optique était aplati , presque détruit. Une légère pression m'a suffi pour rompre la voûte orbttaire et pénétrer dans rintérieur du crâne. li m'a été également fecile de briser avec le doigt la fragile cloison qui séparait le sinus maxillaire de la fosse ptérygoide. H n'existait de la cloison des fosses nasales que la membrane muqueuse qui en revêt le côté droit. Cette membrane adhérait intimement avec celle qui tapisse la paroi externe.

Cette observation prouve, entre autres choses, l'affinité qui existe entre les polypes fibreux et les productions enkystées d*une part, et la métamorphose osseuse d'une antre {lart. Sur aucun point de la tumeur il n*y avait apparence de tissu cancéreux, bien que la dégénération cancéreuse eût été soupçonnée par Dupuy tren , qui , en présence de la pièce anatomique, reconnut qu'il n'en existait aucune trace.

La présence des kystes nombreux dans Fépaissear de la tumetir peut-elle être rapportée au développement des follicules du sinus maxillaire, si bien décrits par M. 6iraldès ? Je suis très disposé à adopter cette manière de voir, bien que j'admette aussi la possibilité de la forma* tion de toutes pièces de ces kystes.

Un chapitre bien important dans l'histoire des maladies des fosses nasales serait celui qui aurait pour objet les tumeurs qui , développées dans une cavité voisine, ont pénétitS dans les fosses nasales et en ont imposé pour des polypes. Le fait suivant établit qtie des tumeurs de la dui*e-mère peuvent traverser la base du crâne et proé* miner dans les fosses nasales.

Ainsi, sur le corps d'une vieille femme de la Salpétrière, morte amaurotique et subitement, je trouvai que la fosse nasale droite était remplie par uu polype pédicule d'un

t22 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉBALB.

volume considérable qui avait déjeié le vomer à gauche el détruit les cellules de reihmoïde (1). En exerçant d^ tractions âur ce polype, nous vtmes qui! «e continnait avec les membranes du cerveau » lesquelles avaient fait hernie dans la narine droite à travers la lame criblée détruite» et constituaient une poche conoïde dont la partie rétrécie répondait à la perforation du crâne. Cette pociie était remplie par un liquide puriforme et par la substance cérébrale qui s engageait dans la cavité du pédicule. La dure-^mère, épaissie , fongueuse , qui formait la poche extérieure, représentait très bien la surface d un polype fibreux.

La cause de cette hernie du cerveau et de ses membranes était dans une tumeur fibreuse hémisphérique, du volume d'un œuf de poule, qui naissait de la face supérieure du rocher et exerçait une forte compression sur le cerveau.

Jai fait représenter ( VHP livr., pi. 3, fig. 2) la coupe verticale d'une tumeur carcinomaleuse qui naissait des gouttières olfactives et envoyait un prolongement dans les fosses nasales à travers la lame criblée de Tethmoïde.

Dans le cas suivant, le prétendu polype des fosses nasales n'était autre chose qu'un névrome fibreux de la deuxième branche de la cinquième paire (2). Ce prétendu polype des fosses nasales avait été soumis à plusieurs tentatives infructueuses d arrachement. Le malade mourut après la troisième tentative. A l'ouverture, on trouva une inflammation avec exsudation puriforme de la base du cerveau. La tumeur des fosses nasales n'était autre cliose que Tun des embranchements d'un névrome fibreux formé aux dépens du névrilème de la deuxième brauche de la cinquième paire. Ce névrome constituait une masse

(i) Voy. XXVI* Uvr.) explication de la planche ii, p. 5 et 6 «lu texte.

(3) Jrthivei f énergies de méétàne^ t. jlXlil, p. 43f .

fibreuse qui occupait la fosse zygoinatique) cVst-à-dire rintervalle qui sépare Tarcade zygomatique de la fosse temporale, de la tubérosité maxillaire et de Taile exterue de I apophyse ptérygoïde. Cette masse fibreuse se divisait en cinq lobes, dont deux plus gros avaient le volume d uoe pèche , et dont Tun des plus petits |)énétrait dans lorbite ;i travers la fente sphéno-maxillaire. Le prolongement qui occupait la fosse nasale y avait pénétré par le trou sphéno-palatin, qui était dilaté au point d'admettre le petit doigt. Ce prolongement se renflait dans la fosse nasale et formait la tumeur mobile qui avait été prise pour un polype.

Fibrophytes de l'utérus. Existe-t-il des polypes durs utérins autres que les corps fibreux développés sous la muqueuse utérine ou soos les couches les plus profondes de lutérust au voisinage de la membrane muqueuse, autres que les hypertrophies partielles pédicnlées du tissu de l'utérus ?

Je ne le pense pas.

1» Relativement aux corps fihreux, toute la différence entre les corps fibreux enchatonnés et les corps fibreux implantés ou pédicules nest autre chose qu'une diffé** renée de siège.

Ainsi les cor|)S fibreux développés immédiatement audessous de la muqueuse utérine, ou bien sous les couches utérines les plus profondes , proéminent nécessairement dans la cavité de Tutérus et de là dans le vagin « et revêtent la forme polypeuse.

Il résulte d'une pièce pathologique présentée à la Société anatomique en 1850, que deux corps fibreux peuvent entrer dans la composition d'un polype. Ce polype pédicule venait d'être extirpé par le professeur Laugier : lun des corps fibreux, qui était ovoïde, était contenu dans une espèce de co()ue ibrt épaisse formée par un autre corps fibreux qui s'était aplati, renversé sur luimémey et

62 Û ANATOMIË PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

moulé sur ie corps fibreux ovoïde, qu'il euveloppait daus les cinq sixièmes de sa circonférence (1). J ai vu un cas de tumeur polypense consiiuiée par deux corps fibreux juxtaposés. M. Jnrjavay a Fait représenter dans sa thèse de concours un polype également constitué par deux corps fibreux.

Lorsque les corps fibreux sont développés immédiate^ ment au-dessous de la muqueuse utérine, ils se pédiculent dès ie premier moment de leur apparition, comme les corps fibreux sous- péri tonéaux , et leur pédicule très mince est exclusivement constitué par la membrane muqueuse. Ces polypes sont susceptibles de se détacher spontanément ; leur adhérence avec la muqueuse, qui les enveloppe de toutes paris, est tellement intime , qu'on dirait qu'ils se sont développés dans son épaisseur.

Dans un cas de corps fibreux utérins multi[des, présenté h la Société anatomique par M. Foucher (janvier 1855 }, il y avait deux polypes sous-muqueux juxtaposés, con* tenus dans la cavité du corps de l'utérus. Le col était parfaitement sain , peut-être même plus allongé que do coutume. De ces deux polypes juxtaposés Tun avait la forme et le volume d'une noix, Tautre était oblong. La muqueuse qui les recouvrait était si mince , que la couleur blanche du corps fibreux apparaissait à travers sa demi-transparence.

Je dois dire, relativement aux corps fibreux sous-muqueux, qu'il en est qui sont primitivement sous-muqueux, ' et d'autres qui le sont consécutivement , c'est-à-dire qui ne le deviennent qu'après avoir écarté les couches de fibres qui les séparaient de la membrane muqueuse; qu'il est des polypes qui sont en partie sous-muqueux, en partie contenus dans l'épaisseur de l'utéms.

(i) Cela t*eipUqne par la moUesie qii*acquièrent les corps fibreux infiltrés de sérosité*

TnCtZIÈME CLAS^K. DES MÉTAMOBPHO^BS. 625

Il arrive quelquefois que le polype fibreux sous-mu* queux est mamelonnë et ramolli par infiltration : dans un cas de ce genre, la membrane muqueuse adliérenie au corps fibreux ayant été érodée dans un point, une grave erreur de diagnostic fut commise, et elle se conçoit facilement : on crut à un cancer.

Il ne faut donc pas oublier que les corps fibreux sont quelquefois mamelonnés, et comme tuberculeux, sur une partie ou sur la totalité de leur surface.

G est dans la catégorie des corps fibreux sons-muqueux que je placerai le fait suivant de polype utérin pédicule , que j ai extirpé avec les doigts.

Je fus consulté, à Limoges, en septembre 18&0, par |ioe femme du peuple, âgée de quarante-cinq ans, pour une perte sanguine considérable qu'elle éprouvait depuis un an environ et qui l'obligeait de s aliter; son faciès jnune-paille était celui de Tanémie la plus prononcée. Je touche et je trouve à un pouce de la vulve une tumeur arrondie du volume d'une pomme ordinaire. Cette tumeur était pédiculée et le pédicule sortait du col utérin dilaté. La malade était debout lorsque je fis cet examen; et comme le pédicule était très mince, que, d'une part, rien n'était plus facile que de saisir la tumeur entre le pouce et Tindex, j'introduisis ces deux doigts et j*arracbai la tumeur, qui tomba sur le plancher.

Sa surfiice était rouge, son tissu était fibreux et ressemblait exactement à celui des corps fibreux utérins, mais il éuit pénétré d'un peu de sérosité. L adhérence entre le corps fibreux et la muqueuse était intime. Le pédicule ma paru constitué par la membrane muqueuse toute seule.

Mais le plus grand nombre des corps fibreux polypi*

formes se développent dans l'épaisseur des couches pro«

fondes de l'utérus; et alors il peut se présenter deux

circonstances : ou bien , et c est le cas le plus ordinaire ,

iiu AO

636 ANAT0M1E PATHOLOGIQUE GÉNÉftALfi*

ees corps fibreux, simplement enchatonnés et comme enkystés , sont facilement énucléés; il suffit poaf cela d exciser la conche extérieure qui les revêt ; ou bien il y a adhérence entre le corps fibreux et les couches profondes sous-muqueuses qui le recouvrent. Dansée dernier cas , ladhérence est quelquefois st intime que le corpis fibreux ne peut être que difficilement séparé du tissu nférin par le secours de la dissection, et c{ue c'est uniquement par la différence du tissu quil est possible d'établir la ligne de démarcation. J'ajoute que cette ligne de démarcutiony par la différence de tissu ^ est même quelquefois difficile à (Iémonti*er, vu le ramolUssemenl et le développement vas* culaire que subissent quelquefois ces corps fibreux.

Ainsi , dans un cas de polype pédicule considérable ^ présenté à la Société anatomique , le polype tout entier était contenu dans le vagin; son pédicule naissait delà lèvnî antérieure du museau de tanche et dé la partie attenante de la paroi antérieure de Tutérus.

Une section verticale de ce polype ayant été pratiquée^ la ligne de démarcation entre le tissu de Tutérus et le tissu polypeuxa été très difficile à établir. Il y avait, en effet, dune part, continuité, d*une autre part identité presque parfaite de tissu , et je m explique ainsi pourquoi d*habiles chirurgiens ont pu preudre un polype fibreux pour le corps de lutérus^ et réciproquement le corps de lutéius invaginé pour un polype fibi*eax.

Je suis donc convaincu que , dans un grand nombre de caS| les corps fibreux enchatonoés sous^muqueux, non facilement énucléables , ont été pris pour des végétations formées par le tissu propre de lutërus partteiiement hypertrophié.

J aurais méitie été disposé à rapporter aux corps filM^nx tous les polypes durs de Tutérus, si le cas svivantque j ai fait représenter planche 6, XI* livraison, ne m'avait démontré de hi maaière la fJus positive rexistenca da po«

TREIZIÈME CLASSE. DES M ÉTAMOfi PROSES. 637

lypesulértns par hypertrophie du tissu utérin iui-roéme, lesquels simulent pnriaiteraent par leur consistance les polypes formés par des corps fibreux sous-muqueux.

Cbex une ferome, morte phthisique dans mon ser* vice , à la Maison-Royale de santé , j avais constaté pendant la vie » par le toucher, à travers l'orifice utérin dilaté, la présence d'un polype dur encore contenu dans la cavité utérine.

A Touvertfire, je trouvai (fig. 3) que ce polype piriforme naissait du fond de Tutérus par son extrémité étroite, et atteignait par sa grosse extrémité Torifice utérin, dans lequel il n aurait pas tardé à s'engager.

Une coupe antéro-posiérieure comprenant à la fois Ttitérus et le polype m*a permis de constater de la ma* nière la plus évidente que le tissu du polype se continuait sans aucune ligne de démarcation avec le tissu propre de Tutérus ; qu'il était un prolongement du tissu propre et non point un corps fibreux ou autre développé dans Tépaisseur de lutérus. L'identité entre le tissu de Tutérus et le tissu du polype était telle que lexamen le plus attentif ne perodit pas d'y déinontrer la plus légère différence. On retrouvait même dans Tépaisseur du polype les cavités veineuses ou sinus utérins qui appartiennent au tissu de l'utérus hypertrophié.

Quelle différence entre ce cas de polype dur qui con* siste dans le développement partiel et pédicule du tissu de l'organe , et les polypes durs constitués par des tumeurs fibreuses développées sous la muqueuse ou sous les couches les plus profondes de l'utérus lui-même, ttuneurs fibreuses qui proéminent dans la cavité utérine, et qui généralement ne deviennent pédiculées que lorsqu'elles se sont engagées dans l'orifice du col utérin l

Le fait suivant représenté planche 1, XXIV* livraison , peut en être considéré comme le type :

628 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GI^.NÉRALf:.

Corps fibreux pofypi/orme proémmant dam la cavité du vagin. J'ai trouvé ce corps fibreux polypiforme sur le corps d'une Femme de la Salpétrière , âgée de soixantedix-huit ans, morte dans mon service, d'une maladie tout à Fait étrangère à cette lésion.

Les deux tiers supérieurs du vagin sont remplis par une tumeur ovoïde, ou polype non pédicule, se prolongeant dans l'épaisseur du col de Tutérus. Je crus d'abord que ce polype naissait du museau de tanche , mais évidemment il ne pouvait nattre que de Tune ou de l'autre lèvre de cet orifice. Or, un examen attentiF et surtout une coupe verticale an téro -postérieure comprenant a la fers le polype et l'utérus, m'ont permis de voir que la tumeur naissait au-dessus du museau de tanche, mais que les lèvres du museau de tanche, très allongées et transFormées en valvules minces, se prolongeaient sur la partie supérieure de la tumeur^ à laquelle ellesHidhéraient dans toute leur étendue.

Cette même coupe démontre que ce polype n'était autre chose qu'un corps fibreux développé dans l'épaisseur du col utérin, sous la couche la plus interne de ce col, laquelle était soulevée par le corps fibrenx de manière à lui Former uue espèce de coque. La structure de ce corps fibreux polypiForme était exactement la même que celle d'un autre corps fibreux enchatonné qui occopait le fond du même utérus.

Il résulte d'un grand nombre de faits relatiFs aux corps fibreux sous-muqueux polypiFormes : 1* que ceux de ces corps fibreux qui sont développés dans l'épaisseur du corps de l'utérus n'ont pas de tendance à s'engager dans le vogin, qu'ils prennent d'abord leur accroissement dans la cavité du corps de l'utérus, où ils restent souvent io* carcérés toute la vie; 2* que plus tard, le col participe au développement du corps de Tutérus suivant les mêmes lois que dans la grossesse ; mais qu'à raison du volume

TfiE12tÈàlE CLASSE. DBS MÉTAMORPHOSES. 6!29

âiorme que ces corps fibreux acquièrent dans un QvùnA nombre de cas, leur expulsion ou protusion dans le vagin est physiquement impossible.

Les corps fibreux sous-muqueux du col utérin ont au contraire beaucoup de tendance à s engager, dès les pre* miera temps de leur formation, à travers le museau de tanche, dans le vagio, qui leur offre moins de résistance que la cavité du corps et du col de Futérus.

Quant aux caractères cliniques différentiels entre les polypes durs par hy}iertropbie et les polypes durs formés par des corps fibreux sous-muqueux , je crois ce diagnostic différentiel bien difficile à établir sans dissection de la tumeur ; car ils ont même forme, méine aspect, même consistance : cependant Texamen attentif du corps fibreux polypiforme décrit planche 1, XXIV* livraisoni m'avait fiaiit diagnostiquer sa nature, et je me suis fondé surtout dans cette détermination sur la couleur du polype, dont une bonne partie de la surface présentait la blan» cheur des corps fibreux, tant était peu épaisse la couche du tissu utérin qui la recouvrait. Joignez à cela que les polypes hypertrophiques proprement dits sont extrêmement rares.

Ainsi , et cette distinction est de la plus haute importance, il y a des polypes durs de l'utérus qui sont ua prolongement bypertrophique du tissu propre de Forgane, et des polypes durs qui sont formés par des tumeurs fibreuses en quelque sorte indépendantes du tissu propre de Torgane, et Ion peut dire que ces derniers sont aussi fréquents que les premiers sont rares. Il suit de là que dans les polypes fibreux proprement dits, ou corps fibreux polypifbrmes, le tissu de l'utérus est en quelque sorte étranger aux altérations qui pourraient survenir dans la tumeur fibreuse, tandis qu'il participe nécessairement aux altérations qui peuvent se produire dans un polype qui n est autre chose que le prolongement de ce tissu propre

<S0 AMATOMIE PATUOLOGIQDB GÉNÉftAUBt

lui-même. Vne seconde réflexion, c est que dans le cas ék on polype du tissu propre (polype hypertrophiqoe), 06 du fond de Vutérus , s'engage dans le cd «itéria et de là dans le vagin, il est bien difficile q«e la portion des parois utérines sur laqtielle ce polype est impianlé ne sok paa entraînée avec le polype, tandis q«e daoa le cas detoimeur fibreuse, le passage du polype de la cavité utériae dans la cavité vaginale se fait exclusivement aux dépens de la couche du tissu utérin qui recouvre la tumettr fibreuse , laquelle couche s'allonge pour oonstitoer lepédiciife.

Une troisième considération , c est que le polype dur hypertrophique de Tutérus peut dégénérer en cancer, tandis que le corps fibreux polypifbrme ne dégénère jamais*

Ces réflexions me sont suggérées par ua fieik que j'ai rapporté dans le texte explicatif de la planche ê , XP livraison, page 2.

Sur le corps d'une femme de la Salpétrière, conAée dans la division des Incurables, et qui mourut de ^pacumonie, je trouvai dans le vagin une végétation cancéreuse très considérable couverte d'un détritus putride, vëgéttr tion qui sortait à travers le col utérin dilaté. En examinant l'utérus du côté du bassin, je vis le fond de cet organe déprimé en entonnoir; et la section de rutérus me «oatra que cette végétation cancéreuse faisait snite à nn polype dur hypertrophique , né du fond de l'utérus qu'il avait entraîné. Une particularisé digne d'être notée, c'est que le pédicule du polype était formé par le fend de Tulénis lui-même, de telle sorte que si l'on avait vouia «Mre la section du polype sur le pédioule , on aurait eaiporté la partie du fond de Tutérns sur laquelle ce palype était implanté; ii est même probable ^uon serait arrivé dans la cavité péritonéale.

Une autre particularité non moins digue de remarque , c'est que lu portion du polype qui était conteone dane la cavité utérine présentait tous les caractères du tissa

propre de lutérus (polype Iiypertropbique), tandis que la poriion de polype coDteoue daos le col uiérin présentait seule la dégéoération Gaseéreuse (1).

Il suit de là qu'il ne £ftui nullement décider de la nature d'un polype utérin par les caractères de la partie de ce polype quiefrancki le col ul^io ou qui est encore engagée dans ce col. Dupuytren avait fait la même r^emarque reW tivemeot aux polypes des fosses nasales, qui envoient quelquefois des prolongements à travers les orifices antérieurs des narines. En effet, toute la partie de ces polypes qui déborde les narines présente qu^uelbis un aspeot fongueux, saignant, ulcéreux, gangreneux, careinomar teuz ; tandis que la partie de la meneur qui est encore contenue dans les narines présente les caractères des polypes fibreux sans dégénérescence. Dans les cas signalés par Dupuytren, c'était à Fétranglement et nullement à une dégénérescence cancéreuse qu'était dû l'aspect fon* gueux, ulcéreux , gangreneux de la portion du polype qui débordait l'orifice antérieur des fosses nasales. Si la même disposition existe rarement pour les polypes utérins qui ont pénétré dans le vagin à travers le museau de taophe » c'est que ce museau de tanche n'est pas inextensible comme l'orifice antérieur des fosses nasales , attendu que la présence du polype lui fait a^bir un^ transformation de tissu analogue à celle qu'il revêt dans les cas de grossesse* et lui donne par consé[]uent une mollesse et une extensibilité qui lui permettent une dilatation facile.

N'oublions pas dans le diagnoatic des tumeurs polypenses qu'il existe des polypes primitivement cancéreux de l'utérus qui proéminent dans le vagin, et qui présentent dans la première période les caractères des polypes uté*

;i) Je ne sois demamlé depuis tt je n'aurtit pas prit pour d^^génènlion cancéreuse une allération fon((uease , gangreneuse de la portion do polype étrangice par le col de l'utérus.

652 itlATOMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

rins (i) : on les reconnaîtra à leur mollesse et à leur (ragilité , qui permet de les entamer. Les polypes fibreux peuvent bien contracter une grande mollesse lorsquMis s'infiltrent de sérosité ; mais cette mollesse n'exclut pas une grande ténacité ^ et le doigt qui entame les polypes cancéreux de Tutérus n a aucune prise sur les polypes fibreux , à quelque degré de mollesse qu'ils soient par* venus. J'ai déjà fait remarquer que c'était bien à tort qu'on a considéré la disposition bosselée de la tumeur polypeuse comme propre aux polypes cancéreux de l'u^ térus ; car il est un grand nombre de corps fibreux qui présentent également cette disposition bosselée.

Jedii*ai, en terminant ces considérations sur les productions fibreuses implantées ou polypiformes des membranes muqueuses, qu'il n'est peut-être aucun point de la surface des muqueuses qui ne puisse être affecté de productions polypiformes, lesquelles se présentent (ou* jours sous les deux formes classiques, soit de polypes mous , soit de polypes durs ou fibreux , ces derniers constamment formés aux dépens du tissu fibreux sub« jacent.

Les polypes mous ne sont vraiment qu'une bypertro* phie de la membrane muqueuse. C'est incomparablement la forme la plus fréquente. On peut en admettre deux variétés, suivant que l'hypertrophie a porté plus particulièrement sur les follicules ou sur les villosités : dans le premier cas, le polype mérite parfaitement la dénomina* tion de polype visicukux ou kysteux; dans le second cas,

(t) J*ai vu un cm de polype cancéreux dans lequel ropératiou avait été décidée, lorsque des accidents graves survenus la firent ajourner. L.i malade succomba. A Touvcrtare , nous trouvâmes les débris d*ttn polype caiiccrcui tombé en gangrène.

I^ ganf^rène esi aussi commune dans les poljpes c«océreux quelle est rare d.-ins les polypes fibrenx ; et il arrive quelquefois que la gangrène envahit non-svulem(;nt le* polype, mais encore la portion d*nle'rus sur laquelle il est implanté*

TMEIZIÈME CLASSK. DUS MÊTAMOHPUOSES. 65 S

il mérite le nom de pofype villeux^ attendu qu'il est constitué par des groupes de villosîtés hypertrophiées ; il est des cas dans lesquels l'hypertrophie porte à peu près également et sur rélément fblliculeux et sur réiéracnt vîlleux : il n'est pas un point de la surface des membrones muqueuses qui ne puisse présenter des polypes villeux par hypertrophie des villosités.

Voici la description du fait le plus intéressant que j'aie observé do polype villeux des membranes muqueuses :

Chez un individu mort de dysenterie chronique qu'il avait rapportée d'Afrique, jai trouvé trois végétations polypeuses dans le gros intestin. La plus considérable , qui avait le volume d'une grosse noix, était molle, fbngueuse, d'un rouge très foncé, supportée par un mince pédicule formé par la membrane moqueuse*

Celte production, durcie par Taicool avec addition d'un |)eu d'acide nitrique, ma présenté d'énormes papilles juxtaposées, dont l'extrémité libre était comme tronquée. Les deux autres végétations, moins considérables, présentaient la même disposition. Il existait en outre au voisinage un très grand nombre de petites végétations vési* culeuses constituées par un follicule intestinal supporté par un pédicule muqueux.

En6n , l'étude microscopique de deux polypes do larynx présentés à la Société anatomique (voy. Comjie rendu des travaux de la Société anatomique , en 1851, par M. Leudet ) a démontré l'existence de polypes villeux épithéliaux.

Ainsi, dans un cas présenté par M.Bauchet, le polype, do volume d'une petite noix, était implanté derrière l'épi* glotte, sur le repli épiglotti-aryténoïdien droit. LVxamen microscopique démontra que la nature de la tumeur était épitliéliale.

La forme villeuse était bien plus prononcée dans un cas

63^ iJKATQMm PATHOLOGIQUE GÉDl£a4LLB.

présenté |>ar M. Dufour. C'étaient ({es végétations dénature épithéliale, rouges » saillantes, formant oomme un gazon serré, développées dan$ le larynx d'un enjant, et en particulierdans les ventricules, dont il s efEaçaient presque complètement la cavité.

Gest dans la catégorie des polypes villeuz que me parait devoir être classé le fait de M, Andral (i), quî a vu un larynx dont louverture supérieure était en grande partie obstruée par une végétation blanchâtre mamelonnée , ayant la plus exacte ressemblance avec une tête de chou-fleur : cette végétation se continuait intimement par une large base avec la membrane muqueuse.

Mais les végétations polypiformes du larynx sont constituées par du tissu fibreux, lorsqu'elles naissent du tissu fibreux sous-muqueux. Tel est, en particulier, le cas rois sous les yeux de la Société anatomique par M. LeudeL C'était UD petit corps polypiforme , rougeàtre« développé Stur une des cordes vocales inférieures; son tissa était fibreux.

Parmi les tumeurs polypiformes des voies dige&tiyesi je signalerai les faits suivants que j'ai eu occasion d'observer : 1° Un polype buccal dur, aplati, pédicule, naissant de la face interne de la joue au niveau des petites n^olaires de la mâchoire inférieure : ce petit polype, du volume d'un pois chiche, incommodait beaucoup la jmalade, parce qu'il se plaçait souvent entre les dents avec les aliments; 2'' Un petit polype pédicule, du volume d'un pépin de raisin, naissant sur la pointe de la langue;

3» Un grand nombre de cas de polypes de l'œsophage, de l'estomac, des intestins , polypes toujours primitivement vésiculeux, mais qui peuvent devenir fibreux, au moins dans leur pédicule, par une irritation longtemps continuée.

(i) Précis dant^ton^UpaUiol^igve^ t. U^p. 47 >•

TReiZitMB GLAS3E. D^$ MlÎTAlfÛfiPHOSES. SS5

J ai fiaût représenter (pi. 6, XXXVIU* livr. ) un cas dq v^étations polypenses multiples de Toesopha^e, dont un double de membrane muqueuse constituait le pédicule.

Jai £Edt également représenter (pi. 2,XXX^ livr») un estomac de la face interne duquel s'élevait une multitude de végétations polypeuses de diverses formes et de divei^es dimensîoiis. Toutes étaient exclusivement formées aux dépens de la membrane muqueuse. Celles des v^tations qui étaient, pour ainsi dire, h letat naissant , n étaient pas pédiculées. La longueur du pédicule était en rapport avec le poids de la végétation. Le plus grand de ces polypes émit bifurqué et lobuleux : la coupe des pédicules a établi que les membranes de lestomuc, auM*es que la muqueuse^ étaient complètement étrangères à la formation de ces polypes. J ai rapporté à ce sujet un cas dans lequel \t polype qui avoisioait le pylore déterminait momentanément, en s engageant dans lorifice pylorique à la manière d'un obturateur, des accidents de ritention intermittents. La mort fut la suite de Tocclusion permanente de cet (rîfice pylorique par la même tuwieur étranglée.

J ai J^ rapréfw^er dam no gss dmvaginalion de lïnte&tin un polype iottestinai assex considérable^ qui peut avoir contriibué à cette invagination.

Mais JLOHs ces polyjpes des voies digeatives sont formés, au moins dans le principe, jpar tm épaississement^ une bypertrophie «jrcon&crite de la muqueuse , et par cooséx|uciit ae doivent pa3 être classés parmi les polypes fibreux* K oublions pas, toutefidis, que 1 élément fibreux y tient toujours une place plus ou moins grande.

«r flitàQa. FihrDpb|tM enisntt.

La peau est sujette a des eX(Q>oissaaces ou produc* tions pédiculées ou non pédiculées, qui pauveiU être jaagées dans la çlaasedes pi^odactions fihrwses implan-

636 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNEBALB.

tées, OU Sbrophytes. Ces producitons sont fermées aox dépens da derme et du corps papiliaire: on pourrait donc les appeler^6n>/;A/£f5 dermiques et papiliaires.

Ces productions sont les unes congénitales et les antres postérieures à la naissance.

Dans la catégorie des fibrophytes cutanés se rangent les excroissances dites verruqueuses^ à surface mamelonnée, sillonnée, papiliaire, qui se détachent de la peau par une base tantôt large, tantôt étroite.

La dissection démontre que ces végétations , dont les unes sont accidentelles, dont les autres sont congénitales, sont constituées par un groupe de papilles très dévelop* pées , dont chacune est recouverte par un étui épidermi* que ou corné plus ou moins considéi-able; papilles juxia* posées, sans adhérence entre elles, et soutenues par un derme hypertrophié d'une épaisseur plus ou moins grande. Il arrive quelquefois que ces papilles , au lien d*étre disposées en groupes, sont isolées et plus ou moins espacées.

Ces végétations, dont les fermes diverses leur ont fait imposer des noms différents, contiennent presque toujours dans leur épaisseur des vaisseaux sanguins , lesquels présentent beaucoup de variétés sous le rapport du nombre et du calibre. Parmi ces végétations, il en est qui restent stationnaires , d^autres qui prennent de raccrois* sèment à une certaine époque de la vie, et plus particulièrement dans la vieillesse, il est évident que ces végé« tations ou fibrophytes papillaires correspondent aux polypes villeux des membranes muqueuses.

Les fibrophytes cutanés congénitaux ne sont le plus souvent que des indurations bypertrophiques circonscrites du derme; indurations tantôt hémisphériques, tantôt fermant les deux tiers d une sphère, et souvent hérissées de poils roides.

Les fibrophytes dermiques et papillaires congénitaux

TRCtZIÈME CLASSE. DES MET AMOII PROSES. 657

tieoDent une gramlc place parmi les nœvimaterni. Gertotas auteurs les regardent comme étant plus susceptibles de dégënëration cancéreuse que les tissus normaux. Assurément je ne conteste pas la possibilité de cette dégénération , car les fibrophytes cutanés sont une expansion, un dévelop* pement hypertrophique de la peau et non point un tissu nouveau, mais je nie la plus grande fréquence. J ai même TU un cas de cancer mammaire squin-heux , largement ulcéré, entouré de tubercules cancéreux cutanés et sous* cutanés , cancer qui avoisinait un nœvns : eb bien l la portion de peau qui soutenait le nspvus , et le naevus lui-même , qui était très vasculaire , avaient été respectés.

I^ d^ré le plus remarquable, et si Ton peut ainsi parler, le plus élevé des fibrophytes dermiques et papiU laires, se voit dans une certaine forme d*éléphantiasis dans laquelle la peau, extrêmement épaissie, constitue des tumeurs séparées les unes des autres par des sillons profonds, tumeurs plus ou moins développées, dont quelques-unes du volume d^une noix , qui sont hérissées de végétations papillaires et épidermiques , pressées les unes contre les autres.

Il est des végétations verruqueuses qui se développent a la face des vieillards , végétations susceptibles d érosion et qui se couvrent ordinairement de productions épidermiques ou cornées.

Aux végétations polypiformesdc la peau se rapportent encore certaines végétations dites himorrhoïdalts ou marisques , plus ou moins denses , qui ne sont autre chose qu'un prolongement de la peau et qui forment quelquefois autour de i orifice anal une couronne ou. fraise circulaire dure, bosselée , sillonnée, dentelée.

A ces mêmes végétations polypiformes de la peau se rapportent les excroissances syphilitiques du prépuce de rimmme » des grandes et petites lèvres de la femme,

638 AlfATOMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

excroissances connues sous les noms de condylomes, de porreaux et de choux-fleurs^ à pédicule étroit ou à base large. Leur structure est fibreuse et vasculaire : leur origine syphilitique ne saurait être contestée dans le plus grand nombre des cas ; mais elles résistent ordinairement au traitement antisyphiliiique. Les végétations les plus considérables en ce genre que j*aie observées m'ont été offertes, en 1820, par une fille publique du dépôt de mendicité de Limoges. La vulve, depuis la commissure antérieure jusqu'à la commissure postérieure, était recouverte d'énormes végétations pressées les unes contre les autres , dont plusieurs avaient te volume d'une grosse noix. Ces végétations occupaient non-seulement la face externe et le bord libre des grandes lèvres , mais encore leur face interne , la surface des petites lèvres , si bien que cette malade était condamnée à garder le lit , les jambes écartées. De ces végétations érodées suintait un liquide purulent d'une excessive fétidité , en sorte que cette malheureuse était un objet d'horreur pour elle-même et pour toute la salle. Les traitements antisyphiiitiques les plus variés furent sans résultats; Texcision tentée partiellement fut abandonnée. Cette malheureuse succomba à une fièvre que je caractérisai de fièvre dô douleur et d'épuisement. L'autopsie démontra que tous les organes internes étaient parfaitement sains.

Les fibrophy tes cutanés se présentent quelquefois sous la forme d'un polype pédicule. J'ai vu une tumeur pédiculée qui occupait la région fessière et dont le malade réclama l'extirpation. Cette tumeur, qui avait le volume d'une noix, était divisée en plusieurs lobules. Elle avait pour charpente un tissu fibreux recouvert par une peau mince qui lui adhérait intimement. Je me suis demandé si cette tumeur était constituée par la peau toute seule, ou bien si elle s'était produite dans le tissu cellulaire

souS'Cntané devenu tissu fibreut et ayatit soulevé Id peau.

J ai été consulté par un adulte qui portait ft la région occipitale une tumeur aplatie très consicférable y ayant S centimètres de large sur 5 de hauteur, tumeur suppor» tëe par un étroit pédicule. Cette tumeur, de couleur blanche , tout à fait indépendante des os du crâne sur lesquels elle était très mobile , était parsemée de sillons assez profonds. Sa consistance était celle du corps fibreui le plus dur J'ai pensé que cette tumeur était formée aux dépens dn derme cutané.

J'ai parlé ( voy. Adipomts ) de petites végétations cutanées pédiculées, molles, qui sont constituées par du tissu adipeux contenu dans une poche cutanée très mince. Ces petites végétations polypiformes doivent être bien distinguées des tumeurs fibreuses.

Fihrophytes cutanés cicatriciek. On doit rapprocher des fibrophytes cutanés les indurations plus ou moins pro^imntes qui succèdent à des cicatrices. J'ai vu nu jeune Savoyard qui présentait sur le sternum de petites excroissaoces très dures, qui se détachaient du derme et qui ^ étaient sorvenoes à la suite de l'application d*un vésica*

^ toire longtemps entretenu. Il est probable qu elles ont

f succédé à des bourgeons celluleut exubérants. Ce cas

^ doit être rapproché de certaines cicatrices très proémi**

1^ oentes ^ très denses , dont k développement considérable

est le résultat de l'irritation chronique dont ces cicatrices sont le siège paf suite do frottement et surtout du tiraiilemêtii dont elles sont le siège.

V ttvèec. Pibro(>bytet pAriosiic|iiét.

Nous avons vu que les polypes fibreux des fosses nasales étaient une émanation du périoste qui tapisse ces cavités. Je rapprocherai de ces polypes fibreux périosti.

6bO ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉiNKRALF.

ques des fosses nasales les (ibropliyies qui noissent du périoste gingival soit intra-aivcolaire soit extra-alvéoiaire des os maxillaires supérieur et inférieur.

Fibrophyte périostal de tos maxillaire supérieur. M. Dubourg a présenté à la Société anatoonique une tumeur pédiculée extrêmement dure , qui naissait de Tos maxil* laire supérieur, et dont M» le professeur Roux avait fait Jl'oblation. La tumeur était tellement dure que Thabile opérateur, croyant qu*il avait affaire à une tumeur os* seuse, s'était propose de lenlever avec la gouge et le maillet ; mais il lui fut possible de pratiquer la section du pédicule à Taide d*un fort bistouri. Cette tumeur, qui éuit essentiellement constituée par un tissu fibreux d'une excessive densité, présentait du lissu osseux à son pédicule et à son centre, et même quelques végétations osseuses à sa surface. On doit donc la classer parmi les asîio'fibrophyies^ avec prédominance du tissu fibreux.

Fibrophyte périostal intra^gingival de tos maxillaire infé^ rieur. J'ai été consulté par un jeune homme pour une végétation extrêmement dure qui naissait de la iace interne de t os maxillaire inférieur, au niveau de la preonière molaire, et qui avait pris son développement du c6té de la langue, qu'elle gênait dans ses mouvements. Ck>miiie la lame interne de Vos maxillaire inférieur avait été soulevée, j'ai pensé que cette tumeur s'était formée aux dépens du tissu intra-gingival correspondant aux dents molaires.

Cétait bien évidemment aux dépens du tissu gingival întra-alvéolaire de Tos maxillaire inférieur que s'était développée une tumeur fibreuse, extirpée par M. Bérard atné, sur un enfant de treize ans. Voici la description de cette tumeur, que j ai étudiée avec beaucoup de soin :

Cette tumeur fibreuse était très considérable: deux fois extirpée incomplètement , elle s'était deux fois reproduite ; elle proéminait entre la deuxième incisive et la canine gauches, qu elle avait considérablement éçar*

TRBlZI&Mfi CLA3SB. DES MÉTAMOBPHOSES. 641

tées Tune de l'autre, et s'était renversée en arrière sur la face postérieure du bord alvéolaire, ce qui s'explique aisément par le rapprochement des mâchoires : la tumeur s'enfonçait dans l'épaisseur de l'os maxillaire infé* rieur, dont la lame antérieure avait disparu par atrophie, tandis que la paroi postérieure du bord alvéolaire avait résisté.

L'opération, pratiquée parM. Bérard, avait présenté cela de remarquable , qu'au Heu d'emporter toute la hnut.eur de l'os maxillaire inférieur, l'opérateur n'avait enlevé que la portion alvéolaire, et avait respecté la partie qui a voisine le bord inférieur.

La tumeur fut donc cernée par trois incisions, deux verticales et une horizontale. On fut obligé de cautériser au fer rouge un débris de tumeur fibreuse qui était resté dans lépaisseur de l'os après cette ablation.

La tumeur était constituée par le tissu fibreux le plus dense.

Fibrophyte périosial des vertèbres. Il y a bien des années que dans mes dissections j'ai rencontré sur la paKiie latérale gauche de la deuxième vertèbre dorsale, une tumeur sphéroïdale très dure, du volume d'une pomme d'api. Cette tumeur naissait par un pédicule étroit di^ corps de la deuxième vertèbre dorsale. Son tissu était très dense, essentiellement constitué par du tissu fibreux à forme lobulaire, pelotonnée. A son centre était une espèce de géode remplie par du sang concret et par un liquide visqueux.

Cette tumeur présentait dans son épaisseur, et plus particulièrement dans sa cottche superficielle, une certaine quantité de tissu cartilagineux. C'était donc un fibro-chonJrophyte. L'affinité entre le tissu fibreux, le tissu cartilagineux et le tissu osseux morbides est extrême, si bien qu'il est rare de trouver des fibrophytes complètement exempts de ces deux derniers tissus.

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