‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 4)Chapitre 27 sur 36 · PREMIER GENRE · texte numérisé non relu

PREMIER GENRE

Des productions caitilagiDeiues des os (cfaondromes des os) (S>

IjCs productions cartilagineuses des os se divisent en deux catégories : 1* tantôt elles naissent du périoste et se présentent sous la forme de végétations ; je les ai désignées sous le nom de chondrophytes lorsqu'elles sont pures de tout mélange, et sous celui d*osié(xhondrophyteSj lors-

(i) Les cartilages de nourdle formation presenlent Ions les canc«ères microsropiqufs du cartilage normal , k savoir, une subslauco honogèoe, solide, creosée de cavités coolonant on liquide clair, des corpnfcnles ou des cellules.

()) I jre & ce sujet feiccllent travail de Millier sur renchondrome.

TREIZIÈME CLASSE. DES MtTAMmPHOSES. 781

quelles sont associées au tissu osseux (1) (on pourrait encore les appeler p^rtcAondronies); tantôt les productions cartilagineuses se développent dans rëpaisseur des os , probablement aux dépens de la membrane médullaire^ ce sont les enchondromes proprement dits.

Cette division n*est autre que celle de Mûller, qui dé^iigne les enchondromes (c'est le nom quHl donne à toutes les tumeurs cartilagineuses) en deux catégories : 1* en enchondromes des os avec coque osseuse (ce sont les encbon-* dromes proprement dits) ; 2* en enchondromes sans coque osseuse (ce sont les chondrophytes ou péricbondroines) ; elle correspond à la division des exostoses d'Astley Gooper en périostiques et en médullaires.

Que si Ton me demande si les productions cartilagi* neuses sont ou non formées aux dépens du tissu osseux qui se métamorphoserait en cartilage, je répondrai que telle n'est pas ma manière de voir, que la loi qui préside aux métamorphoses organiques, c'est que ces métamorphoses soient toujours ascendantes et jamais descendantes ; de telle sorte que je regarde les productions cartilagineuses comme formées non aux dépens du tissu osseux qui aurait rétrogradé vers Tétat cartilagineux, mais bien comme for* mées, savoir : les péricbondromes ou clumdrophytes aux dépens du périoste, et les enchondromes aux dépens de la membrane médullaire.

I'* Bs»àci« Dei chondrophytes ou përichondromei des os.

On en trouvera deux beaux types {Anai pathoL^ planches bet 5,liv.XXXIV),sous le titre d'ostéo-chondrophytes.

L une de ces tumeurs est constituée par une énorme niasse irrégulièrement ovoïde^ bosselée, qui entoure de toutes parts les quatre cinquièmes supérieurs de Tliu-

(i) Voy. Anatomit pathologique <i avec planches ( XXXIV* lirraitoû , pliQchei 4 et 5).

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nieras quelle débordait en haut , si bieo que l'habile professeur Boux, qui m'adressa cette pièce, avait cm que langk antérieur de Tomoplate , (apophyse acrooiioQ et rextrémîtë externe de la clavicule avaient été envahis, et qu'il s'était décidé à en faire l'ablation. Nous verrons plus bas que jamais ce genre de tumeurs ne franchit. la limite arôcnlaire , et que » si deux os voisins sont simultanément et successivement affectés, ce qui n'est pas rare» constamment il existe deux centres bien distincts d'altération. Cette loi s'applique aux chondrophytes aussi bien qu'aux enchondromes. L'outre- tumeur, qui me fut adressée par le docteur Flaubert père (1), naissait de la face antérieure du corps et de la branche du pubis gaudie, débordait considérablement en haut et en bas le corps de cet os» et s'étendait jusqu'à sa&ce posiérieare.

Voici le résumé de la description de ces deux tumeurs qui étaient identiques quant à leur conformation eitériaure et à leur conformation intérieure, au. moins dans leurs caractères essentiels, identiques avec toutes les tumeurs du même genre que j'ai observées depuis.

ConfkrmaUon exiérieure. Disposition lobuleuse et luamelonnée fort remarquable. Les lobules sont séparés les uns des autres par des sillons profonds que remplissent des brides fibreuses. La tumeur est enveloppée d'un kyste fibreux, espèce de gangue très dense, d'iuégale épaisseur, qui s'enfonce dans les sillons qui séparent les lobules et adhère intimement à la tumeur qu'elle isole parfiaitement des parties environnantes. Ce kyste enlevé, la ligne de démarcation des lobules apparaît d'une manière bien plus évidente; en outre il se révèle la disposition marne* lonnée ou tuberculeuse de la surfiace de cbaque lobule; l'indépendance des mamelons, dont le volume varie

(i) CbiroiigieD très distingué de Ronen, dont ]e fils marche »r te* traces.

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entre celui d*un grain de groseille et celui d'un grain de raisin, mamelons qui sont groupés par petites masses correspondant à chaque lobule, mais parfaitement distincts les uns des auti*es et simplement juxtaposés; enfin, on voit Timplantation de ces mamelons par un pé-> dicule sur un noyau commun ; et chaque masse lobuleuse représente si exactement la disposition du chou -fleur, que cette comparaison est venoe à lesprit de tous ceux qui ont observé ce genre de tumeurs.

Du reste, toute la surface de la tumeur présentait l'aspect cartilagineux.

Conformation intérieure. Lies coupes faites à la tumeur présentaient les particularités suivantes : la plupart des lobules et mamelons ne sont cartilagineux qu'à la surftice; pour quelques mamelons, la couche cartilagineuse est extrêmement mince, et la partie centrale complètement osseuse. D autres mamelons sont cartilagineux dans toute leur épaisseur et même dans leur pédicule; mais le centre des lobules dont ils font partie est osseux ; enfin, il est des lobules qui sont entièrement cartilagineux. Parmi ces derniers (et ce sont les plus volumineux), il en est qui, moins résistants à la pression que les autres, sont creusés de cel* Iules irrégulières ou de géodes à parois rugueuses, sans membrane de revêtement, en un mot, de cavités akystiques,et néanmoins ils sont remplis d^un liquide visqueux assez analogue à la synovie.

La coupe de ces tumeurs démontre que si, à leurs limites, elles ne sont que juxtaposées, contiguës à l'os dont elles émanent, elles sont véritablement implantées sur Tos dans la plus grande partie de leur étendue, et que cette implantation semble consister dans un épanouissement à larges mailles des couches superficielles de los, lesquelles s'enfonçaient et se perdaient dans l'épaisseur de la tumeur, pour constituer sa partie centrale.

Indépendamment du tissu osseux , il existait dans Té»

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paisseur de ces tumeurs une matière calcaire, laquelle ne présentait aucun caractère d organisation, matière calcaire disposée tantôt en grosses masses amorphes, tantôt en petits corps globuleux et granuleux , qui étaient enveloppés par des couches inégalement épaisses de cartilage ; ces conci*éiions plus ou moins dures semblaient supplémentaires du tissu osseux proprement dit, auquel elles faisaient suite et dont il était, d ailleurs, extrémemeot iacile de les distinguer.

. La proportion entre la partie osseuse et la partie calcaire de la tumeur m'a paru très variable dans les diverses régions de ces tumeurs. Il est des régions dans lesquelles la matiéi^e pbosphatique prédomine ; d autres régions dans lesquelles c'est la portion osseuse. Au reste, cette matière pbosphatique ne parait pas exister constamment dans l'ostéo-cbondrophyte.

Les coupes faites à ces tumeurs démontrent aussi qne, dans un grand nombre de cas , la portion cartilagineuse n est nullement limitée à la circonférence de la tumeur, et qu'il existe en même temps des masses centrales de cartilage , plus ou moins considérables , interposées aui niasses de substance osseuse ou calcaire.

Soumises à la dessiccation, ces énormes tumeurs se ré* duisent à un volume beaucoup moindre, réduction qui est en rapport avec la proportion du cartilage superficiel. J'ai vu cette réduction d'un bon tiers ; la diflférence est bien plus considérable encore qimot a la déperdition du poids, ce qui s'explique facilement par la dessiccation de la \)Qftion centrale du cartilage. Ainsi la tumeur bamérale représentée planche 4, livr. XXXfV, avait perdu les deu\ tiers de son poids, preuve bien évidente que le tissu susceptible de dessiccation, à savoir le cartilage, entrait pour les deux tiers dans la composition de la tumeur. Je ferai remarquer que par la desâiccation , ce tissu cartilagîneui de nouvelle formation se réduisit à de simples pdlicules,

TRBIZièME CLASSE. DES MÉrAMÛRl^lIOSES. 785

et qu'il De conserve aucune trace de sa Forme première, prouve évidemment que ce cartilage est pénétré d'une bien plus grande quantité de liquide que les cartilages normaux.

La coupe de ces tumeurs desséchées permet de voir les vides que la dessiccation a laissés au milieu de la portion dure de la tumeur. Elle permet aussi de distinguer dans cette portion dure la partie constituée par du tissu osseux de celle qui est formée par du phosphate calcaire. La portion calcaire, qui est parfaitement blanche, qui éclate souvent sous la scie en raison de sa dureté, qui 8*éciase quand elle est molle , n'est bien évidemment qu un agrégat plus ou moins compacte de petits grains de phosphate calcaire, déposés au milieu d'une gangue cartilagineuse; en un mot, les molécules constituantes de ces masses calcaires sont réunies par l'agrégation, et nullement par l'organisation.

Les vides que laisse dans l'épaisseur de ces tumeurs la soustraction du tissu cartilagineux sont encore bien plus prononcés dans les pièces soumises à la macération jusqu'à destruction complète du tissu cartilagineux. On trouve, au musée Dupuytren , un osiéo-chondrophyte considérable du tiers supérieur dci tibia qui a été traité de cette manière. Sa légèreté tient sans doute essentielleroeut aux nombreuses et irrégulières vacuoles laissées dans son épaisseur par la disparition du cartilage, mais die tiçnt aussi, en grande partie, à ce que la presque totalité de la portion dure est constituée par une matière calcaire amorphe et peu cohérente.

Voici les réflexions dont je fais suivre la description des deux ostéo-chondrophytes représentés, liv. XXXIV, pi. A et 5 (p. 2 du texte) :

« A quelle catégorie de lésions appartiennent ces tu- » meurs? Doit-on les considérer comme des dégénérations • des os, des ostéo-sarcôroes ou cancers du tissu osseux, III. 50

786 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉVÉftALE.

Il me semble résulter, de lexameo approfondi de ces tumeurs, qu elles coostituent puremeol et siinplemeot des productions cartilagineuses et osseuses» susceptibles d*un accroissement indéfini, mais incapables de d^énération. Ce sont des végétations, des excroissances, des parasites, nés du périoste et du tissu osseux lui-même, appartenant à la classe si complexe des exostoses, et auxquels peut très bien s'appliquer la dénominaiioa d'ostéophjrie^ donnée par Lobstein à toute végétation qui natt soit à la surface des os, soit autour des articulations; or, comme le tissu cartilagineux entre au moins pour moitié dans la composition de ces tumeurs, et comme il est impossible, sous le point de vue pratique, non moins que sous le point de vue théorique, de ne pas faire mention de la présence du tissu cartilagineux, je les désignerai sous le nom d'ostéo^hondrophytes. La couleur blanc-grisâtre de la surface de la tumeur, couleur due à la couche cartilagineuse qui la revêt, la mollesse élastique de celles des parties de cette tumeur, dans lesquelles dominait le cartilage, a dû en imposer à beaucoup d'observateurs et leur faire croire à un ostéo-sarcôme, alors qu'il n'existait qu'une productiou cartilagineuse et osseuse. N est-ce pas dans la catégorie des ostéo-chondropUytes plutôt que dans celle des maladies cancéreuses que nous devons ranger une tumeur de la cuisse, décrite avec beaucoup de soin |jar Boyer? » {Traité des mal. chirurg.^ liv. III, p. 600) (1). Les phalanges des doigts, que nous verrons dans un instant être très sujettes aux enchondromes médullaires, pré

(i) Après avoir rapporté la descriplion de Boyer, j'ajoutais qu'en liiaot attentivement et en interprétant conTcnablement certains points vaguet de la description de cette tumeur, que Boyer n*héaitait pas & considérer comme appartenant à une maladie cancéreutt^ on trouve une analogie évidente entre les déiaiU descriptifs de cette tumeur et let ostéo-ehoodrophytes que j*ui de^^rit).

TRBIZitME CLASSE. DES MÉTAMORPHOSES. 787

sentent quelquefois des ostéo-chondrophyles: tel est le cas suivant, qui a pour sujet un ostéo-chondrophyte de ia première phalange du deuxième orteil gauche (1).

Ostéo<hondrophyte de la prennère phalange du deuxième orteil, La tumeur sphëroîdale, bosselée , était du volume d'une petite pomme : elle naissait de la face supérieure et des bords de la première phalange , qu'elle débordait beaucou|) eu arrière et de chaque côté, si bien qu'elle couvrait 1" en dedans la première phalangedu gros orteil, qu elle débordait encore, 2^ en dehors la première phalange du deuxième orteil, et en arrière, la tète des os métacarpiens correspondants.

La coupe de cette phalange présentait trois choses bien distinctes : 1* une portion cartilagineuse; 2* qne portion osseuse ; 3^ une portion calcaire.

La portion cartilagineuse, qui était la plus superficielle, formait une couche mamelonnée , mais à surface lisae , d'inégale épaisseur, ici mince, là plus épaisse, et envoyait, dans l'épaisseiu* de la tumeur, des prolongemenu considérables.

La portion crétacée, subjacente à la portion cartilagineuse, était reconnaissable à sa grande blancheur et à sa grande compacité. Elle formait des masses amorphes plus ou moins irrégulières, qui avaient l'aspect ébumé, nullement poreux ou spongieux.

Au-dessous de la portion crétacée qui constituait le noyau de chaque mamelon ou bosselure, se voyait du tissu osseux, qui fbnnait la plus grande partie de la tiuneur et qui présentait à son centre des vestiges de canal médullaire dans des géodes irréguhères remplies de suc médullaire ou de matière grasse.

Il n'y avait point de ligne de démarcation appréciable

(i) Je dois U cooiauoication de celte pièce âBatpiiàqiic A l'ohlifeance de M. le professe ^»«- D#»n'^nTilIi»*n qui venait de IVxitrper.

788 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉUALE.

entre la portion hypertrophiée de la phalange et 1 osléochondrophyte.

Fariétés. Tous les ostéo-chondrophytes ne présentent pnsla matière crétacéequeje viens d'indiquer; il enestun bon nombre qui ne sont constitués que par deux éléments ou tissus, à savoir: le tissu osseux et le tissu cartilagineux; les proportions diverses de ces deux tissus établissent les principales différences de ces productions organiques.

OstéO'chondrophyie des métacarpiens. J'ai eu occasion d'étudier un ostéo-chondrophyte monstrueux du volume de la tète d'un fœtus à terme, du poids de trois livres deux onces, qui occupait la main tout entière. C'était chez une jeune fille de la campagne , âgée de vin<;t-cinq ans. La main n'était reconnaissable que par les dernières phalanges des doigts , prodigieusement écartées les unes des autres et saines , qui émergeaient de la circonférence de la tumeur comme autant de petits appendices. Ces phnlanges étaient sans mouvement. Cette tumeur avait débuté six ans auparavant par une tumeur du volume d'une noisette , située à la paume de la main : l'amputation de l'avant-bras pouvait seule débarrasser la malade de ce poids incommode. Elle fut habilement pratiquée par M. Velpeau.

Avant l'opération, j'avaiç reconnu qu'on avait aflàireà un ostéo-chondrophyte et non à un ostéo-sarcoroe. La dissection démontra que la tumeur, bosselée et mamelonnée, était profondément sillonnée à sa face dorsale par les tendons extenseurs. L'une de ces rigoles était si profonde que les tendons extenseurs correspondants étaient complètement enveloppés par la tumeur. Les tendons des fléchisseurs et les nerfs de la paume de la main étaient également enveloppés dans toute leur circonférence par la tumeur.

La surface de la tumeur était mamelonnée, à mamelons irréguliers pour le volume, d'un aspect cartilagineux.

Les mamelons étaient entièrement constitués par du cartilage, à Texcepiion de quelques-uns qui présentaient à leur centre un noyau osseux : des masses cartilagineuses étaient en outre disséminées dans Tépaisseur de la tumeur et comme infiltrées au milieu du tissu osseux , qui constituait la base de cette tumeur.

La section de cette tumeur montra qu elle était formée aux dépens de trois métacarpiens : celui de Tindes, celui du médius et celui de Fannulaire. Le premier et le cinquième métacarpien , de même que les phalanges de ces doigts, étaient recouverts par la tumeur, mais sans adhérence et d ailleurs parfaitement sains.

Les chondromes périostiques des os ont-ils nécessairement pour charpente des osiéophytes ? Non certainement ; mais la charpente osseuse est la règle, et son absence {^exception. Il est plus que probable d'ailleurs que , dans le principe , les ostéo - chondrophytes sont purement cartilagineux.

Un des points les plus importants de l'histoire des chondromes périostiques des os est relatif à leur pédicule^ qui peut être plus ou moins considérable. Or, s'il est des péricbondromes qui naissent par une très large base, aussi étendue que la portion d os qu'ils recouvrent , il en est qui naissent par un pédicule grêle et qui se ren* versent sur los dont ils proviennent , ou sur les os voisins à la manière d'un champignon. Il peut donc se fiaire qu'une tumeur qui parait naître par une large surfiace , ait en réalité un pédicule peu considérable ; et c'est sans doute parce qu ils éuient pédicules que plusieurs ostéo-chondrophytes ont été décrits comme des tumeurs primitivement nées ou développées dans le tissu cellulaire avoisinant un os , lesquelles ne seraient devenues adhé* rentes à cet os que consécutivement, ce que je nie absolument. Ce point de vue de Tétude des ostéo-chondrophyies, à savoir : qu il ne faut pas toujours mesurer le voliune du

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pédicule d'un chondropliyte par la portion d'os qnil recouvre , me parait des plus importants , sous le rapport thérapeutique ; car, si après «voir mis la tumeur à nu, on reconnaissait qu'elle était pédiculée, on pourrait peut-être, au lieu de pratiquer l'amputation du membre , (aire purement et simplement l'ablation de la tumeur : or, dans quelques cas , le pédicule d'une tumeur ostéo-cardlagineuse est purement cartilagineux : dans d'autres cas , le tissu osseux ne forme qu'une partie de ce pédicule, de telle façon qu'on peut , par une traction forte , arracher la tumeur en totalité ou en partie.

Qu'on me permette de dire ici toute ma pensée , que je soumets entièrement à ceux de mes confrères qui s'occupent avec tant de succès de la pratique de la chirurgie , parce qu'ils ont pris pour règle invariable de marcher toujours à la lumière du flambeau de l'anatomie pathologique ; et certes, ce ne sera pas moi qui leur donnerai des conseils de témérité. Eh bien , les ostéo-chondrophytes étant certainement des tumeurs inofFensives , incapables de repullulation, pourquoi donc, au lieu d'une amputation du membre, n'attaquerait-on pas directement le mal par la scie à chaînette, par la gouge et le maillet? Cette idée m'est venue en étudiant un ostéo-chondrophyte du tibia pour lequel l'amputation de la cuisse avait été pratiquée.

La tumeur très volumineuse qui entourait le tiers supérieur du tibia, débordait en haut l'articulation fémorotibiale dans l'étendue de plusieurs centimètres : on pratiqua l'amputation de la cuisse, parce qu'on craignait que le fémur ne fùt compromis. Mais aujourd'hui que les ostéo^chondrophytes sont mieux connus, et qu^on n'est plus exposé à confondre ce genre de tumeur avec les ostéo-sarcomes , on n'aurait plus la même appréhension ; car on sait que les chondrophytes et ostéo-chondrophytes ne se propagent jamais d'un 6s à Toft voisin ; que le

cartilage articulaire reste toujours intact comme une barrière infranchissable.

La tumeur dont je parle était divisée en lobules ou <;rosses masses séparées les unes des autres par des sillons superBciels, et les lobules eux-mêmes étaient divisés en mamelons à la manière du chou-fleur.

La coupe de la tumeur m'a montré qu'elle naissait par des milliers d'aiguilles osseuses et cartilagineuses de la surface de Textrémilé supérieure du tibia et du tiers supérieur environ de son corps , que la portion cartilagineuse remportait de beaucoup sur la portion osseuse, en sorte qu'en écartant avec violence la tumeur de Tos , je parvins à Tenlever en grande partie par arrachement. La surface du tibia mise à nu présentait des inégalités , de petites excavations ou petits godets, qui annonçaient que cet os avait subi une perte de substance dans ses couches superficielles en même temps quil avait été le siège d*un grand nombre de végétations.

La portion cartilagineuse l'emportait d'ailleurs sur la portion osseuse dans toute l'étendue de la tumeur. L'extrémité supérieure du tibia avait subi une hypertrophie, non dans son volume, mais dans sa texture, qui était extrêmement compacte.

OstéO'Chondtvphytes naissant du corps du pubis. C'est aux osléo-chondrophytes pédicules , nés par un pédicule très étroit , que je rapporte la tumeur extirpée sur une femme â[;ée de cinquante ans, par M. Uenonvilliers, à la partie supérieure et antérieure de la cuisse, tumeur qui s'appuyait sur le corps du pubis (1).

Cette tumeur, grosse comme la tête d'un enfant à terme, était enveloppée d'un kyste fibreux adhérent, qui la circonscrivait parfaitement.

La coupe de la tumeur nous a présenté une structure

(i) Pièce présentée à la Société anaioiDir|ue par M, Leber(.

792 AEIATOMIE PATHOLOGIQGE GÉMÉftALE.

osiéo-cartilagÎDeuse. Li portion carlilagioeusey de même r|ue la |)orlioD osseuse, ne formait pas nne masse cootinue; le cartilage était disposé en petites masses oo fragments dont les intervalles étaient remplis par du tissu osseux. Dans Tépaisscur de la tumeur, il j avait une vasie poclie sanguine.

J'ai été consulté pour deux cas de tumeur sphérolJale d'une dureté pierreuse , nées de la fosse iliaque intenie, au voisinage de Fépine iliaque antérieure et sopérieure, et offrant trait pour trait les mêmes caractères cliniques: Tune de ces tumeurs , qui a pour sujet un client que j*ïii souvent occasion de voir, a le volume du poing ; elle soulève les muscles de la paroi antérieure de l'abdomen, à travers laquelle elle peut être facilement explorée. Sa su^ face est légèrement bosselée. J'ai dissuadé ce malade de se faire extirper celte tumeur, qui me parait tenir à la fosse iliaque par un pédicule étroit, et qui d'ailleurs De llncommode en aucune manière. Il y a onze ans que j*ai été consulté pour la première fois et la tumeur n'a pas augmenté de volume. J'ai considéré ces tumeurs comme des ostcochondrophyles.

Doit-on admettre que ces tumeurs pelviennes se sont développées primitivement dans le tissu cellulaij*e au voisinage du corps du pubis, et que ce n'est que consécutivement qu'elles ont contracté adhérence avec les os ?

Je ne saurais nullement admettre cette interprétation, qui a été appliquée à un certain nombre de tumeurs ostéo-cartilagineuses pédiculées.

Existe-t-il des exemples de chondrophyles périostiques parfaitement purs, je veux dire exempts de tout mélange de tissu osseux ? Oui certainement, mais le nombre de ces cas est bien plus limité que celui des ostéo-ciiondro* phytes. Voici les principaux cas que j'ai eu l'occasion d'étudier :

1© PericftotifJrome pur du saaiim. Ce cas a été présenté

à lu Sociélë anatomiqiic , sous le nom d'enchondrome , par M. Deville, en novembre i8A9. C'était chez un jeune homme. Une tumeur purement cartilagineuse était appliquée contre la face antérieure du sacrum dont elle remplissait la concavité au niveau des deux dernières vertèbres sacrées. Cette tumeur, formée aux dépens du périoste , avait atrophié, usé la couche superficielle du corps de ces vertèbres : elle était molle, comme gélatineuse et fragile dans une certaine étendue.

2" Pirichohdrome pur des côtes. Cette pièce intéressante a été présentée à la Société anatomique en mars 1852 : elle consistait dans plusieurs tumeurs chondroïdes, dont chacune enveloppait comme une gaine volumineuse, ovoïde y chacune des cinq dernières côtes. Ces tumeurs étaient très irrégulièrement bosselées sur toute leur surlace. La coupe de la tumeur a montré 1* que ces tumeurs, qui étaient très dures , présentaient tous les caractères du tissu cartilagineux le plus pur ; 2* qu'il n'y avait pas dans leur épaisseur vestige de tissu osseux : la portion de côte correspondante avait été complètement remplacée par du tissu cartilagineux. Dans une petite partie de leur étendue , ces tumeurs présentaient des cavités nnfractueuses sans parois ou géodes , comme creusées dans l'épaisseur du cartilage , et remplies par un liquide synoviforme , ici transparent , là semblable à du blanc d'œuf épaissi. Les cartilages avaient donc subi dans quelques points un commencement d'altération consécutive.

Troisième fait, — Périchondrœne pur de la dernière pha* lange du pouce. Au moment où je corrige l'épreuve de cet article, M. Adolphe Richard (1) a fait présenter à la Société anatomique une tumeur cartilagineuse très remarquable,

(i) Jeuoe chintrQi€n des |>lus graodet espértorei, fils de notre eiceU lent et \ jamais re|;retuble oollèQue , Achille Ricbard , proftssear de bulanique à la Faculté.

79& ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉMÉRALE.

formée aux dépens de la dernière phalange da pouce , qu'il venait d'extirper à Tbôpital Saint-Louis, sur un jeuoe homrne âgé de vingt ans , lequel faisait remonter sa maladie à Tâge de quinze ans. C est une masse cartilagineuse, ellipsoïde, du volume d'une prune de reine-Claude, intimement adhérente à la peau qui revêt Textréroité ungoéale de la phalange (1). Cette tumeur est légèrement bosselée ou plutôt inégale à sa surface. Sa face supérieure , qui répondait à la première phalange du ponce, était un peu excavée, complètement dépourvue de cartilage articulaire.

Ce cartilage était très dense , comme grenu , de couleur légèrement rosée : la section de ce cartilage a montré à son centre la phalange singulièrement atrophiée et constituant comme le noyau de la tumeur.

Il a été bien évident pour tous que l'on avait aifairek une production cartilagineuse périostique (périchoodrome). La phalange atrophiée n'envoyait aucun prolongement dans l'épaisseur de la tumeur que constituait le cartilage le plus pur (2).

Quatrième fait. — Périchondrome de tomoptate. M. Ri* chet (9) a présenté à la Société de chirurgie et déposé aa

(i) Celte adhérence ëtaittelle, qn*en voulant séparer la pean de la tameur, celle-ci s'est dééhirée et qu'un fragment assez conaidërable deU tumeur est resté adhérent a la peau; »i bien que quelques personnes oui pu croire que l'altération cartilagineuse s'était propagée à la peau; mais un eiamen approfondi m*a montré qu'il y a? ait seulement adhérence incime avec atrophie de b peau par distension,

(a) Comme complément d opération^ M. Richard a cru devoir pratiquer la section de l'extrémité phalangienne du premier méiacarpieO) laquelle était parfaitement saine. On sait , en effet, que jamais les productions cartilagineuses ne franchissent l'articnlaiion contiguC. On s*est demandé ce qu'était devenue Tépiphyse de la phalange unguéale, épiphyse qui se sonde en générai de dix-huit à vingt ans (Voy. AnêU descripi,^ t. I, p. 179}; mais elle devait être soudée , bien que le maUée fit remonter le principe de la maladie à l'âge de quinze ana,

(3) Voy. Goaetie dts hépitaux du 19 juin i855,

musée Dupuytren un périchondrome du volume de la téce d*un adulte, implanté sur Tomoplate droite dont il remplissait la fosse sous-épineuse tout entière.

L'opération a consisté dans Fablation de la tumeur et de toute la portion de Tomoplate qui lui donnait naissance, c*e$t-à-dire de toute la portion de Tos située au<lessous de Tépine scapulaire.

La tumenr naissait de toute Tétendue de la fkce postérieure de la fosse sous-épineuse. Sa coupe présentait au centre de la tumeur, un vaste foyer purulent rempli par one matière pultacée; ce foyer purulent et gangreneux communiquait à Textérieur par un conduit fistuleux. Les parois de ce foyer étaient constituées par une couche épaisse de tissu cartilagineux qui avait par places de 3 à & centimètres d'épaisseur ; à ces parois étaient attachés les débris de la matière pultacée dont je parlais tout à Theure, preuve bien évidente que cette matière pultacée, inégalement cohérente, était formée aux dépens des couches profondes du cartilage. Comme complément de preuve , je dois ajouter qu'on voyait tous les degrés de transition depuis la portion cartilagineuse de la tumeur jusqu'à cette matière pultacée.

Le fond du foyer appuyait sur Tomoplate de la surface duquel se détachait une grande quantité de cette matière pultacée, et auquel adhéraient les débris de cartilage qui avaient été respectés par l'altération consécutive.

La surface de l'omoplate était érodée; mais aucune aiguille osseuse ne s'en détachait; et les espèces de géodes que présentait la surface de l'os étaient remplies de« substance cartilagineuse.

J'ai été curieux d'examiner la face costale du scapulum. Cette lace était recouverte par une couche mince de cartilage qui adhérait intimement à los, lequel était rugueux» corame excavé, sans présenter aucune trace de carie; et ses excavations étaient remplies de cartilage.

796 AN4T0M1E PATHOLOGIQUE GÉNÊBALE.

L'omoplate avait subi une hypertrophie fort remar* quabie dans sa densité et dans son épaisseur.

Ainsi dans ce cas , bien loin que los qui supportait la production caclilagineu^se présentât des productions osseuses qui servissent eu quelque sorte de base à la tumeur, c'était le cartilajje qui semblait tendre à pénétrer Tos dont il avait déprimé la surface.

Quant à la structure de ce cartilage (je parle de la portion intacte de ce cartilage) , elle présentait une forme qu'on peut appeler aréolaire^ c'est-à-dire que sa surface externe comme sa coupe représentaient assez bien l'aspect d'un kyste aréolaire de l'ovaire à mailles très serrées ; ainsi des portions parfaitement transparentes et un pea molles du cartilage étaient séparées les unes des autres par des cloisons épaisses blanches et opaques , entrecroisées sur toutes sortes de directions : la partie transparente était molle, mais sans difQuence et ne s'écoulait pas des cellules ouvertes. Cette variété de cartilage morbide peut s'appeler aréolaire (1).

Ce fait établit un mode d'altération très rare dans les tumeurs cartilagineuses, une espèce de mortification avec purulence et fistule.

La portion de cartilage qui avoisinait le foyer pultacê décrit présentait des conduits sans parois à travers lesquels on faisait suinter le pus. Aucun travail inflammatoire ou autre , aucune vascularisation ne pouvait d'ailleurs se reconnaître dans les parois du foyer.

Cela posé sur les choridrophytes, ou périchondromes des os, je vais m'occuper de la deuxième espèce de productions cartilagineuses, à savoir : des enchondromts.

(i) L'eiamen microscopique, fait par MM. Giraldèi, Broca et Vernenil, a démontré que la tumeur était eicIusÎTement formée par àt larges cellules et des noyaux cartilaçineui. M. Richet vieot de n'apprendre que, aon malade étant mort, il «Tait trouvé plusieurs lameon ée même nature attachées aux TÎscères abdominanx.

TREIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMORPIIOSES. 7d7

a' BSPicB. Des enchondronef proprement iliU (production cartilâgineose , médallêiroi înlersiîtielle d«t of)*

C'estcetteforine de production cartilagineuse des os qui a surtout occupé Millier (t) etquil a si parfaitement dé. crite sous le nom à'enchondrome à coque osseuse. En efFet, le cartilage accidentel développé dans l'épaisseur des os soulève en lamincissant la couche osseuse sous laquelle il est situé et la convertit en une coque ovoïde ou sphéroïdale, à contours assez réguliers, et qui acquiert quelquefois un volume extrêmement considérable.

C'est cette forme ovoïJe assez régulière , à surfiice plus ou moins lisse , c'est cet enkysteraent parfait dans l'épaisseur de l'os qui établit le caractère différentiel entre l'enchondrome et le périchondrome ou chondrophyte, celuici étant presque toujours bosselé , irrégulier, sillonné , mamelonné.

Siège de tenchondrome. Tandis que le cbondrophyte a été surtout observé autour des os longs les plus volumineux, fémur, tibia, humérus, ou aux os du bassin, l'enchondrome n a été observé qu'aux phalanges des doigts et des orteils, aux métacarpiens et aux métatarsiens.

Une chose remarquable, c'est que Tenchondrome débute presque toujours dans le jeune âge, sans doute à cause de la vitalité plus grande des os à cette époque de la vie.

Anatomiquement considéré, l'enchondrome se présente rarement sous Taspect d'une masse cartilagineuse continue enveloppée d'une coque osseuse formée par l'os dilaté. Dans le plus grand nombre des cas, la portion cartilagineuse est divisée en un grand nombre de petites masses

(a) Millier fait observer avec beancoop de ^if\\» qoe let encbondroinet des os avec coque osseuse se rapportent aoi cas qoe sir Asdey Cooper, dans son Ettai sur les exostoses^ appelle rxosfoses cartiU aineustt méduU lairesy par oppotiiion aux eiotlotes pértostatea.

1S& ahàtomu^ pathologique généiule.

irrégulières, interposées dans des proportions diverses au tîs3.u osseux ; et ce tis3u osseux m'a paru toujours spongieux, jamais compacte. Il y a donc le plus souvent à la fois enostose et enchondrome« de même que nous avons vu qu'il y avait à la fois ostéophyte et choodrophyte.

Lorsque Tenchondrome se développe centralement, c'est-à-dire au centre de los, l'os tout entier concourt à la formation de la coque osseuse; lorsque, au contraire, Tenchondrome se développe latéralement ou sous la couche superficielle de l'os , Tenchondrome se présente sous la forme d'une exostose latérale.

Je suis de temps en temps consulté par un jeune homme âgé de vingt ans , pour une tumeur hémisphéroïdale du volume d'une très grosse noix implantée par une très large base sur la face palmaire , et sur le bord externe de la première phalange de Tindex de la main gauche. Sa hauteur est de & centimètres, sa largeur et son épaisseur de 8 centimètres. Cette tumeur est extrêmement dure, sous-cutanée : la peau glisse librement sur sa surfece, qui est égale et parfaitement lisse. Cette facilité de glissement de la peau pouvait induire eci erreur sur la question de l'adhérence ou de In non-adhérence de la tumeur; après quelques hésitations, je constatai ladhérence.

Le malade feit remonter sa tumeur à Page de huit ans, et à l'introduction sous la peau d'une écharde de bois qui fut extraite immédiatement avec la pointe d*un canif. Quelques jours après, il s'aperçut d'une petite élevure qui est longtemps demeurée stationnaire et du volume d'un pois. Cette petite tumeur a grossi peu à peu, ce qnil attribue à son état de graveur qui l'obligeait à tenir constamment un instrument de bois lequel exerçait une forte pression sur la partie antérieure de la phalange malade : la tumeur faisant sans cesse de nouveaux progrès, il avait

THBIZIÊME CLASSB. OB8 MÉTAMORPHOSES. 7 Ad

renoDcë à sa profession de graveur, et depuis cette époque (deux ans) la tumeur était restée stationnaire.

Ce jeune bomme voulut avoir mon avis sur l'opportu^ Dite d'une opération qui lui avait été proposée. Ck>nune cette tumeur ne l'incommodait en aucune manière, et que dailleurs elle restait stationnaire depuis trois ans qu'il m avait consulté pour la première fois , je lui ai conseillé dene faire rien autre cliose que de comprimer cette tumeur à laide d'un petit appareil. Si l'opération devenait nécessaire y je serais d'avis qu'au lieu d'amputer la première phalange, c'est-à-dire le doigt tout entier, on fit l'excision de la tumeur par un trait de scie. Je ne doute nullement que cette tumeur ne soit un enchondrome formé sous les couches les plus superficielles de la face palmaire et du bord externe de la première phalange. Le côté interne et la face dorsale de l'index présentent la disposition la plus régulière.

Lorsque l'encbondrome fait des progrès, et c'est le cas. le plus ordinaire, si les parois de la coque osseuse offrent une égale résistance à son développement , la coque est parfaitement régulière; mais s'il arriva, ({jae, tel ou tel point de la coque présente une résistance moindre , alors la tumeur offre des bosselures plus ou moins nombreuses, plus ou moins irrégulières , plus ou moins résistantes sous le doigt. II arrive même quelquefois que telle ou telle bosselure étranglée à sa base par la. présence des tendons restés en place , se pédiculise et constitue une espèce d'appendice qui pourrait en imposer pour uue tumeur indépendante. Cette disposition peut être la conséquence de la résistance moindre que présente une partie de la coque , indépendamment de toute c^use de compression. Il n'est pas rare de voir les veines souscutanées laisser leur empreinte sur la surface de la coque.

Celte disposition bosselée , lobuleuse plus ou moins superficielle, s observe surtout dans le.s cas où, au lieu de

800 ANAT0M1B PATHOLOGIQUE GÉNÉnALE.

ehondrine , il se sécrète dans Vépaisseur du cartilage un liquide transparent , visqueux, analogue an corps vitré. Dans ce cas, la coque osseuse, si résistante, se transfbi*ine dans les points correspondants en une lame mince d^écaille qui cède sous le doigt et se relève par son élasticité, et qui, en définitive , peut s'user, se perforer, si bien que la production enchondroniateuse peut s'échapper en partie à travers la perforation et feire des progrès an dehors.

Il y a bien longtemps que j'ai été consulté pour une jeune personne de seize ans dont la première phalange de l'index de la main droite était monstrueuse, du volume et de la forme d un gros œuf de poule. Les deux dernières pha* langes étaient d'ailleurs parfaitement saines, ainsi que le métacarpien correspondant. Cette tumeur était bosselée sur toute sa surface, mais surtout au'voisinage de son extrémité inférieure : là, plusieurs de ces bosselures étaient transparentes , tant la peau d'une part, tant les débris de la coque osseuse, d'une autre part, étaient amincis. Ces points transparents cédaient sous le doigt sans pouvoir se relever.

J'ignorais alors l'enchondrome , je n'en avais jamais vu : ridée d'un cancer aréolaire et gélatiniforme de Tes se présenta b mon esprit , mais je ne m'y arrêtai pas un seul instant : la comparaison de cette tumeur bosselée et transparente, évidemment vésiculaire ou aréolaire , aux kystes vésiculaires et aréolaires de l'ovaire, me parut bien plus légitime. Je conseillai la première fois des moyens insignifiants, un emplâtre de Vigo et la compression; mais , à une seconde visite, je ne pus résistera la pensée de vider par une petite incision la bosselure la plus molle, la plus transparente et la plus proéminente de la tumeur, celle qui avoisinait la deuxième phalange, petite tumeur quiparaissaitdailleurspréteàs'ouvrir. Cette petiteincisioD, à peine sentie par le malade , me permit de faire sortir, à

TAEIZIÈME CLASSE. DES MÉTAMOfiPHOSES. 801

laide d'une pressbn latérale, uue malière viscjueuse parfaitement transparente, ayant e.\actement laspect du corps vitré.

J'étais préoccupé des suites de cette petite opération ; mais quatre jours après, je fus rassuré par la présence de la malade , qui me raconta qu elle avait elle-même fait sortir par la petite ouverture restée béante une asses grande quantité de liquide vitriforme; et en efFet, les deux bosselures les plus saillantes s'étaient complètement vidées , et aucun travail morbide n avait été la consé^ quence de ce qui avait été fait. Encouragé par la jeune malade, je pratiquai la même opération sur une deuxième bosselure molle et transparente, et les choses se pas* sèrent de la même mapière. J'ouvris ainsi successivement cinq ou six bosselures, et lorsque toute la portion molle de la tumeur eut été réduite à sa plus simple expression, je pratiquai une compression permanente qui , au bout d'un certain temps, me parut réduire notablement le volume de ce qui restait de la tumeur. J'estime à une réduction de moitié au moins le résultat obtenu par ces évacuations successives et par la compression. Je regrette d'avoir perdu de vue cette jeune personne qui était pensionnaire à Paris , et que ses pai*ents rappelèrent auprès d'eux à la fin de son éducation.

Le liquide hyalin n'est pas propre aux encbondromes, ou cbondromes médullaires; on l'observe aussi , et quelquefois dans de très grandes proportions, dans les diondrophy tes ou chondromes périostiques , mais jamais je ne l'ai rencontré d'une pureté aussi remarquable.

Ce liquide hyalin ou vitriforme est-il une altération consécutive du cartilage, ou bien est-il un produit de sécrétion distinct qui succède h la sécrétion de la cliondrine ou qui se produit simultanément? Cette dernière manière de voir me paraît bien plus probable. Au reste , on voit pour ainsi dire dans ces tumeurs tous les degrés intermê^ m. St

802 AVAT0M1K PATHOLOGIQUE GJ^.NÉRALE.

diaires au cartilage proprement dit et au liquide hyalin ou vitriforme. Ainsi, Mûller compare cette sobstanœ distincte du cartilage au cartilage hyaloîde des poissons cartilagineux ; quelquefois elle a la consistance d*une gelée très ferme, d'une masse friable qui peut être enlievée facilement de Tintérieur des cellules dans lesquelles elle est contenue, et comme le cartilage hyaloîde des poissons eartilagineux» elle conserve sa transparence dans Falcool. La masse hyaloîde, examinée au microscope par Mijiler, lui a présenté tous les caractères du cartilage.

Un des grands caractères des enchondromes , comme aussi des chondrophytes, cest d'être incapables de dëgéaération cancéreuse. Je ne connais pas d'exemple positif de chondrophytes^ multiples; mais les enchondromes multiples ne sont pas rares : or, la multiplicité dane lésion dans le même appareil d organes nW nullement me preuve de la nature cancéreuse de cette lésion; elle constitue une diaihèse limitée à un tissu , à un appareil , tels tes névromes ou corps fibreux multiples des nerfs.

La maladie cancéreuse ne se concentre jamais dans un seul tissu, elle les envahit tous sans exception , et elle les envahit de toutes manières, c'est-à^ire par continuité de tissu aussi bien que par une infection générate qai se manifeste par masses disséminées. Or, il est peut-être sans exemple que le choadrophyte aussi bien que TenelMadrome se soient généralisés ou développés daas d'autres organes que les os, et jamais ils ne se propagent par conCiiiuité de tissu aux tissas ambiants.

Des enchondromes multiples.

Je dois à lobligeance de M. Lenoir une observation d enchondroroe multiple qui peut servir de type, et quant à la question de multiplicité de renchondrome,etqiwot

TRBiaaAifB CLASSE. DES IléTAMOIlPHOSBS. 803

aux questions de morche et de structure de ces productions.

Pujol, vingt-six ans, qui présentait des traces non ëqni- Toques de rachitisme (1), portait de nombreuses tumenrs aux deux mains, mais surtout à la main droite.

Main droite, A la main droite , le pouce seul avait été respecté dans ses phalanges et dans son métacarpien.

Première tumeur, \jà plus volumineuse des tumeurs arait apparu la première, à Fàge de trois ans, et occupait la première phalange du médius. Il parait qu elle resta statioanaire jusqu'à l'âge de huit ans; qu'à cette époque elle pril de l'accroissement jusqu'à Fàge de quirnse ans, et que depuis elle était restée stationnaire. Cest à cette même époque qu'ont commencé à se développer d'autres tomeurs , et à la main droite et à la main gauche.

Au moment où M. Lenoir fus consulté (ainsi qu'on peut le voir, et sur le moule en plâtre pris à cette époque et sur la tumeur conservée), la première phalange du médius monstrueuse formait Une masse irrégalièrement sphéroidale qui faisait une plus grande saillie à la iace dorsale de la main qu'à la face palmaire, qui présentait quatre pouces et demi de diamètre , et qui recouvrait les phalasges «les doigte voisins. En dedans, cette tumeur oflrait un appendice du volume d'une noix, séparé de la tumeur principale par un sillon profend circulaire. La surface de la tumeur était parcourue par de grosses veines qui correspondaîent toutes à des sillons plus ou moins prononcés, lesquels étaient bien évidemment déterminés par leur

( i) C« fait et quelqaet autres faiti analogues, cette circonstance qae les pnchoodromes se prodoiaeot presque toujours dans I enfance et dans la première jeunesse, c'e*t-à-dire à l'époque du développen)ent des os , n« semblent-iN pas indiquer que Taberration de nulrilion qui constitue l'encliondronie a quelque affinité avec le rachitisme et constituerait un radiitiame local ; cette opinion est partage par M. I.«noir, qui prépare dapttia longtamps une monographie sur renchondrome.

présence. Les deux dernières phalanges du médius apparaissaient comme un petit appendice à rextrénûté inférieure de la tumeur.

Deuxième tumeur. Une tumeur de moitié moins volumineuse que la précédente, mais présentant exactement le même caractère, occupait la première phalange de Tindex.

3*, ft^i 5*, 6* tumeurs. Deux petites tumeurs ovoïdes et fusiformes se voyaient sur la première phalange de Tannulaire, et enfin deux petites tumeurs de même forme existaient y Tune aux dépens de la première phalange de lauriculaire , Tauire aux dépens du cinquième métacarpien. A ces tumeurs , je dois en ajouter une septième qui na pu être découverte qu'après Topération. Elle occupait lextrémité supérieure de fa deuxième phalange du médius et se manifestait par un renflement peu considérable. La section de cette tumeur a montré cinq très petites masses cartilagineuses disséminées dans l'épaisseur du tissu spongieux de los évidemment hypertrophié. Ce sont bi^a là les premiers rudiments de Tenchondrome.

Main gauche. La main gauche présentait : i^ trois petites tumeurs sur la face dorsale des trois derniers métacarpiens ; 2^ en outre la première phalange du médius , la deuxième de lannulaire et la première de lauriculaire • offraient une tuméfaction fusifbrme dans toute leur longueur. En tout six tumeurs pour la main gauche et sept pour la main droite; mais ces tumeurs sont d'un petit volume et ne causent que de la difformité, sans gêne aucune dans les mouvements.

Pied droit. Deux tumeurs de même nature se voyaient sur le premier et le cinquième métatarsiens. Une autre tumeur, mais d'une nature douteuse , se voyait à la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs dn tibia du même côté. En tout quinze tumeurs, dont quatorze

TûBiaiÈME CLASSe. DBS MÉTAMORPHOSES. 805

présentaient tous les caractères de renchondrome , dont une était douteuse*

M. Lienoir, qui connaissait Texcellent mémoire de M. Miiller sur Tenchondrome, reconnut de suite la nature de la maladie. Les tumeurs du médius et de Tindex de la maia droite, tumeurs très incommodes par leur poids non moins que par leur volume , étaient les seules qui s'opposassent à ce que ce malheureux pût pourvoir à sa subsistance par son travail. M. Lenoir proposa au malade qui accepta, de lui enlever ces deux doigts en lui conservant le reste de la main. Il y avait lieu, en effet, d espérer que les autres tumeurs resteraient stationnaires , attendu que depuis dix ans aucune d*elles n'ayait augmenté de volume.

Cette amputation neut aucune suite fâcheuse. Les prévisions de M. Lenoir se sont parfaitement justifiées; .car depuis cette époque (18&8) jusqu'à ce jour (1855), aucune tumeur n a pris le moindre accroissement. C'est ce qui résulte d'un moule en plâtre que le malade reconnaissant a adressé depuis peu à son habile et sage opérateur.

Les deux tumeurs extirpées par M. Lenoir, ayant été soumises à Tébullition , sont devenues excessivement légères^ de très lourdes qu'elles étaient avant Tébullition ; car c'était surtout par leur poids qu elles incommodaient le malade.

La coupe de ces tumeurs présente une coque mince , constituée par une lame de tissu compact. Cette coque est remplie par un tissu osseux spongieux à mailles très déliées, présentant çà et là des vides ou vacuoles qui, avant l*ébullition, étaient remplis par du tissu cartilagineux. Il ra*a paru que dans ce cas il n y avait nullement production osseuse. La coque et le tissu spongieux ne semblent pas dépasser en poids la phalange correspondante. Dans ce cas, la substance cartilagineuse était disséminée par fragments dans l'épaisseur du tissu spongieux central de

806 ANATOIUE PATUOU)GlQUB GÉNÉHALB.

loB ; et j ai dit plus haut que oette disposition était Ineii plus fréquente que celle qui consiste en une masse cartilagineuse unique, contenue dans une coque osseuse aniloculaire sans vestige aucun de tissu spongieux central. Cette dernière disposition existait sur Tune des deux tumeurs que présentait la main d'une jeune femme morte dune maladie étrangère à l'enchondrome (cette main a été conservée par M. Lenoir). L*une des tumean occupait la faœ dorsale de la première phalange de l'index : c'est une tumeur ovo!de du volume d'un œof de pigeon parfeitement régulière. La coupe de cette tumeur m'a montré une coque complètement vide, la dessiccation ayant réduit la substance cartilagineuse i an état membraneux. L'autre tumeur du même genre, que ^présente la première phalange du médius , contient aa contraire une certaine quantité de tissu spongieux.

Il résulte d'un grand nombre de fiiits que les tumean enchondromateuses peuvent , sous le rapport du développement, se diviser en deux classes : les unes qui restent stationnaires après un certain degré de développement ; les autres qui sont susceptibles d'un accroissement indéfini. Dans le premier cas , s'il n'en résulte qaW simple incommodité , une légère difformité , il est d'on praticien prudent de s'abstenir de toute opération.

Ces tumeurs sont-elles susceptibles de s'atrophiert Cela ne me parait pas impossible, et c'est dans oette espérance que j'ai conseillé à plusieurs personnes qui en sont affectées d'exercer sur ces tumeurs une coropressioa continue. On sait que le tissu osseux , malgré sa dureté, finit par devenir en quelque sorte ductile sous l'influence de pressions ou de tractions peu considérables , mais exercées d*une manière permanente.

Relativemeut aux altérations consécutives qu'éprouvent les enchondromes 9 je ne connais d'une manière positive que la tvansformatioa du cartilage en liquide vitiiferme,

TREIZLÈMB CLASSE. UËS MÉTAMOHPUOSES. 807

je veux dire aiialo5ue à Thumeur vitrée, encore d e&t-tl pas positif que la présence de ce liquide soit le résultat d'une véritable transformation. Je serais porté à le considérer comme un produit de sécrétion surajouté à la production cartilagineuse.

Lenchondrome est-il susceptible d ossification? Seraitil dans quelques cas la première période de lexosiose? Les faits me semblent répondre négativement à cet égard, d'où Ton doit conclure que les cartilages morbides diffèrent i quelques égards des cartilages normaux, lesquels sout tous, moins les cartilages articulaires, susceptibles de se pénétrer de phosphate calcaire.

Il n'existe dans la science aucun exemple de productieD cartilagineuse qui ait subi la dégénérescence cancéreuse.

L'enchondrome des os est une production cartilagineuse déposée au sein du tissu osseux et non une transformation cartilagineuse du tissu osseux lui-même (1).

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