SEPTIÈME SOUS-CLASSE
IMtaaiprfhoMt et proéaeHoiu CrceiUM («).
Lanatomie normale démontre qu'il existe dans Téconomie un tissu érectile signalé par Bell en 1796 (3), omis par Bichat, parfaitement décrit par Dupuytren, tissQ érectile dont le type est dans le tissu vasculaireet aréolaiit du corps caverneux de la verge.
Or, lanatomie pathologique nous apprend qu'il » développe aux dépens de la plupart des organes un tissa tout à fait semblable au tissu érectile naturel.
Les métamorphoses et productions érectiles ont reço différents noms dont les principaux sont les suivants :
(i) J*ai ét^ consulté par un jeune homme de vingt-deus ani , éiwli*"* en droit , pour «ne tumeur née de la face interne du aeapulaa 4|W rcmpliitail le creoi de raUselle.
(a) \ajtt Essai $ur tanat. pathologique f i8t6, t. Il, p. t3^ (3) Bell avait déjà rapproché le tissu érectile accidentel du tisf a crtc^ tile naturel.
tumeurs variqueuses, tumeurs fongueuses sanguines^ fongus hématodes, anéinysmes par anastomose (1). Le nom de ces tumeurs éreciiles qui leur a été donné par Dupuytren» mérite d'éti*e conservé.
C'est à la peau et dans le tissu cellulaire sons-cutané que ces lésions ont été d'abord observées , et voilà pourquoi les chirurgiens sont les premiers qui aient appelé lattention sur elles; J.-L. Petit en particulier, qui leur a donné le nom de tumeurs variqueuses ^ dénomination qui est peut-être la plus exactes.
Mais qu'on ne croie pas que la peau et le tissu cellulaire puissent être seuls atteints de tumeurs érectiies : on observe ces tumeurs dans tous les tissus, aux membranes muqneuses, au périoste, aux os, aux muscles, au foie , jusque dans 1 épaisseur des nerfs.
Les métamorphoses et productions érectiies constituent donc une lésiongénéralei et cette généralisation se conçoit, car ces métamorphoses et productions ne sont autre chose que le développement hypertrophique du réseau capil* laire.
Il existe aussi des métamorphoses et productions éreetiles congénitales qui ont reçu différents noms, et en particulier le nom de nmvi matemi. J'ajoute que ces producuons congé* nitales sont extrêmement fréquentes.
Mais qu'est-ce qu'une tumeur érectiie au point de vue de Tanalomie pathologique ? CTest un tissu vasculaire et aréolaire dont les mailles contiennent une quantité de sang plus ou moins considérable, tissu aréolaire tont à faic semblable au lissu érectiie naturel , au tissa spongieux du corps caverneux de la verge, du cHtoris, du bulbe vaginal, de l'urètre, de la rate, du placenta : au fend, les tumeurs érectiies peuvent être considérées comme une aggloméra*
(i) Cm noms divers ne doivent pas être n^liga, car ebacnn d*eui reprë»enle nne doctrine plot ou moint rapprocli^ de la vérité.
t78 AKATOMIS PATHOLOGIQirS GÉNÉRALR.
tioQ de varjces capilIaU^e», comme une hypertrophie avee diialalioD du réseau capillaire.
Tout ce que j ai dit ail)eiir9(l) sor ranalomie de textore du tissu érectile naturel s applique donc exactement as ûsfiu éredile acctdenteh
Si Toa pousse de 1 air ou un liquide queieooquedaBsiiDe des racines du corps caveriieux, on verra la verge aoqnérir ie volume qu'elle offre daos Térection et la matière injectée passer sans efïbrt dans les veines. On peut donc éttbiir, d'après les résultats de cette expérience, i^ que toutes les cellules du corps caverneux communiquent entre elles; a« qu'elles coaMnuniqiieDt librement avec les veines. Si après avoir laissé se solidifier une injection de suif poassêe dans le corps caverneux , oo prive ce corps du suif qs'il contient en le plongeant dans l'essence de térébentbiae tiède, on verra que le corps caverneux présente une disposttioD spongieuse analogue à celle de la rate. On peot auivre dans le» plexus veineux qui occupent la ladDede la verge tous les degrés de la transformation des veines en tissu érectile : ce sont d'abord des veines qui coidids* niquent entre elles latéralement et conune par des espèces de perforation ; puis les communications deviennent de plus en plus multipliées ; et enfin dans lé corpe cavemeax lui-même toute trace de vaisseaux dietincte s'effiBice,et Ion me voit plus qu'un amas de cellules qui semblent résaluir de cottmuBications ou anestomosies veineuses. La struc* lore du tissu spongieuir du corps caverneux, ou tissu érectile, est donc essentiellement veineuse. L*injection des artères n'amène hi distension du corps caverneux que lorsque la matière injectée a passé des artères dans les veines. Or, telle est exactement la disposition du tissu érectile pathologique, tel est le résultat des injections poussées directement dans les mailles de ce tissu, qui est d ailleurs
(i) Truite ftmatomîe ieteripiùvt^ %. III, p. 6s6.
TasmillB CLAS8E. DES MftTAMORPHMES. 879
lellemeot semblable de ferme et de structure au tissu érectile naturel , que si l'on plaçait à côté Tun de Tautre deux fSragmeots de ce tissu , Tun appartenant au corps caverneux ou au bulbe du vagin, lautre à une tumeur éreclile » il serait impossible de déterminer quel est celui qui a appartenu au tissu érectile naturel et quel est celui qui a appartenu au tisisu érectile pathologique.
Le siège anatomique du tissu érectile, c'est le système capillaire; et je crois avoir démontré que le système capillaire était eeaentiellement veineux.
Le tissu érectile accidentel, c'est l'hypertrophie, la dUatatîon ou mieux encore l'état variqueux du réseau <3apiUaire(i).
La tumeur érectile est donc essentiellement veineuse , et je regarde comme erronée , comme une conception à priori fondée sur des fisiits incomplètement observés , la cUatinction qui a été faite dans ces derniers temps (2) des tumeurs érectiles en (rois catégories : tumeurs érecliles >' veineuses^ tumeurs érectiles artérielles, et tumeurs érec- * tiles artérioso- veineuses.
La source de cette erreur vient de ce qu'on a voulu 1^ résoudre des questions d'analomie pathologique par
^ l'obaervatiao clinique toute seule : on a vu des tumeurs
f affiectant le même aspect, la même forme , dont les unes
t étaient exemptes de pulsations , et dont les autres présen«
i* taient des pulsations reconnaissabies à la matn appliquée
b sur elles ^ reconnaissabies à l'oreille par une sorte de
ji itfstirritf, et l'on a dit : Il n*entre que des veines dans
^ la composition des premières ; il entre des artères dans la
^ composition des secondes : on a même été jusqu'à rap-
f procher de œs dernières les varices artérielles. La seule
f {%) Toj. U ckuie des Bypertrophiet tfeînetuet et cenedet Dilotaiiont
(2) On ne sera pat ëtoMié de k favaw avee l«fitUe e M arr—iJM ce point de dectrîne , puit^'il t*appttis sur TiBiposiateL avUrité da regrettable profetaear Roux.
880 ANATOMIB PATHOLOGIQUe GÉlléRALS.
conclusion légitime qu on aurait dû tirer de ces obsenra* tiotts cliniques, c'est que parmi des tumeurs vasculaires en apparence semblables, il y en a qui sont pnisatiles et d'autres qui ne sont pas pulsatiles : c'était à Tanatomie pathologique à foire le reste. Or lanatoroie pathologii|ue a démontré que celles de ces tumeurs qui sont palsattles appartiennent toutes au système osseux, et ne sont autre chose que des cancers encépbaloîdes des os.
Et comme toutes les questions anatomiques doivent se résoudre anatomiquement , je vais me contenter d exposer ici :
1* Le résumé de deux cas. de tumeurs érectiles moltiples que j ai fait représenter dans mon anatomie pathologique avec planches*
2* Le résumé de deux faits de tumeurs pulsatiles du cuir chevelu, dont Tune est représentée dans mes plandies, et dont j ai recueilli l'autre tout récemment à l'hôpital de la Charité*
Premier faii. Voici le résumé du fait 6guré plan cbes 3 et & (XXIII' livi*aison), sous le titre suivant :
Maladies des veines ; tumeurs érectiles occupani la main t tavani-^bras. — Tumeurs sanguines très nombreuses,!' présentant sous l'aspect de petites masses spbérotdales, bo» selées, bleuâtres, de volumes divers, recouvertes par nu peau amincie , mais saine , mobile. Pour quelques-noe seulement la peau participait à laltération , et alors i tumeur était bosselée i la manière du fruit du mûrier dont elle avait d ailleurs la couleur.
La dissection de ces tumeurs m'a permis de déterminer
1^ Leur siège: elles occupaient non- seulement le ùss\ cellulaire sous-cutané et la peau, mais encore la ooucb superficielle et l'épaisseur des muscles : on en voyi aussi le long des tendons , des nerfs , et sur le périost contre lequel elles étaient appliquées.
2* La nature de ces tumeurs : isolées de la peau (f
THEIZIÈME CLASSE. DES MÊTAM0BPHO.)ES. 891
f;lissaît sur elles avec la plus grande facilité par Tintermédiaire d'une synoviale, à Texcepiion toutefois des points où la peau avait été envahie, ces tumeurs se pressentaient sous laspect de petites agglomérations i>osse* lées, tuberculeuses à la manière d'une framboise ou d'une mûre. Elles étaient libres de toutes parts , comme jetées au hasard au milieu du tissu cellulaire.
Ces agglomérations ne sont pas des varices ordinaires ; car elles ne se trouvent pas placées sur le trajet des veines dont les branches , rameaux et ramuscnles sont parfaitement sains au voisinage; mais elles constituent un véritable tissu érectile accidentel , tissu caverneux ou spongieux qui se présente sous des étau divers, lesquels peuvent être considérés comme les degrés de la même altération.
Voici ces degrés : 1* Tissu caverneux ou érectile dans lequel le sang est en circulation, comme dans le corps caverneux de la verge; 2^ tissu caverneux avec sang concret, arrondi en globules ou diversement configuré suivant la forme des aréoles ou cellules dans lesquelles il est contenu ; 5* globules ossiformes ou phlébolithes jaunâtres, de dimensions diverses, depuis le volume d'un grain de mil jusqu'à celui d'un gros pois, présentant ^•^ d ailleurs toutes les variétés de forme et d'aspect des phlébolithes si communs dans les varices bémorroîdales, vésicalcs et ovariques.
Deuxième fait (pi. 5, XXX* livr.) Maladie des veines, tissu éreciiie accidentel. — Le sujet de cette observation , (y)mme le précédent, était tme femme de la Sulpétrière, ^'-'^^ âgée de soixante-quinze ans, hémiplégif|ue. C'était sur le ''^^' membre supérieur hémiplégique qu'existait cette aitéra- •i ^ tion. L'état menUil de cette malade ne me permit d'obtenir 9^ aucun rcnscigneuient sur le rapport qui existait entre r'-^ l'invasion de l'hémiplégie et l'apparition des tumeurs
varit|ucuses.
lif* ni. 5«
882 ANATOMIE PATHOLOGIQCE GÉNÉRALE.
Le membre supérieur présente une raultimde de tumeurs variqueuses sous ta forme de petites masses bleuâtres , molles , flouieSf s'affaissani en partie soas le doigt qui les comprime, et donnapt la sensation de cellules distinctes ou celle d'un paquet de veines variqueuses. Pendant la vie de la malade , je ne les ai jamais vues en érection.
La clavicule était en haut la limite de ces tumeurs : il y en avait plusieurs petites au-<lessous de cet os; une volumineuse sur le moignon de 1 épaule; une autre sur le bord antérieur du creux de 1 aisselle ; plusieurs le longda bras et de Tavant^bras. Les plus inférieures occupaient le bord radial de Tavant-bras, et la face dorsale de Tindex et du pouce.
De ces tumeurs érectiles, les unes étaient cutanées, je veux dire formées aux dépens de la peau ; elles offraient une couleur bleu foncé qui en décelait le véritable caractère ; les autres étaient sous-cutanées et soulevaient la pean amincie , mais non altérée dans sa texture. Avant la dissection, la nature variqueuse pouvait être seulement soupçonnée dans les tumeurs profondément situées.
La peau ayant été incisée et disséquée, les musdes divisés, voici les particularités que m'a présentées b dissection du membre :
!• Les tumeurs couleur bleu foncé étaient dévelop[)ées aux dépens de la peau, dont les divers éléments, Këpiderme excepté, avaient en quelque sorte disparu pour faire place au tissu érectile.
2« Les tumeurs érectiles sous-cutanées, développées dans l'épaisseur du tissu adipeux , étaient à la fois iodé pendantes de la peau et de l'aponévrose d'env^ppe subjacente.
V II y avait des tumeurs variqueuses développées dao^ Tépaisseur des muscles, les unes aux dépens de lears couches supei ficielles, les autres aux dépens de leurs couches
TRSmÈMB CLASSE. DBS MÉTAMORPHOSES. 88S
centrales, un certain nombre dans l'épaisseur de leurs
ï ooncbes profondes.
ft« Les tendons, le périoste, les synoviales, n'avaient pas été à t'abridela transformation vari(]ueuse, qui s*était
i insinuée même dans Tépaisseur des nerfs, et en avait dis-
socié les filets d'ailleurs exempts de toute altération. Relativement è leur structure, les tumeurs cutanées
ï étaient : 1^ t antôt de petites dilatations variqueuses, des
t varices capitlaires^ aplaties, bleuâtres. Ce n'étaient pas
des tumeurs, mais de simples varices isolées, grou. pées, mais indépendantes les unes des autres et se
r. continuant manifestement avec les veinules de la |)eau.
V Tantôt c'étaient des tumeurs bien circonscrites, formées par un groupe de dilatations variqueuses, communiquant
; les unes avec les autres, et développées dans l'épaisseur
^ de la peau dont elles étaient une dépendance.
^ Les tumeurs sous-cutanées se divisaient en celles qui se
dirigeaient du côté de la peau , et en celles (|ui restaient plongées au milieu du tissu adipeux et prenaient leur accroissement du côté des muscles. Les premières avaient
^ écarté le tissu adipeux sous-cutané, et soulevé la peau
, amincie dont le derme transparent permettait d'apprécier
^ le caractère variqueux de la tumeur. Plusieurs adhéraient
intimement à la peau. Celles de ces tumeurs, au contraire,
, qui se dirigeaient profondément étaient accolées à laponé-
vrose éraillée qu'elles traversaient pour aller se continuer
I avec le tissu érectile des muscles transformés. Il y avait
en outre dans les veines sous-cutanées quelques varices
^ simples dont l'une contenait un phlébolithe. Le grand
pectoral et le deltoïde piésentaientdes tumeurs érectiles dans leur épaisseur.
Le muscle biceps était presque entièrement converti en tissu érectile. On pouvait suivre dans l'épaisseur de ce muscle tous les degrés de la transformation érectile. On rencontrait encore un assez grand nombre de fibres mus*
8Sd ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉHÉRALB.
culaires sur ses faces antérieure et postérieure ; mais dans son épaisseur on ne voyait plus que du tissu érectileavec ses aréoles , ici très étroiles, là très amples, formaotde vastes sinus oblongs, reuiplis de sang. J'ai trouvé trois phlébolithes dans l'épaisseur de ce muscle.
Dans beaucoup de points le tissu érectile du biceps éttit aussi parfaitement organisé que possible , et représenuit trait pour trait le corps caverneux de la verge : les aréoles communiquant toutes les unes avec les autres, étaiest formées par des filaments noueux : ici d apparence fibreuse, là d'apparence musculaire.
Je ferai remarquer à cette occasion que le tissu érectile à parois musculaires n'est pas sans exemples. Le tisso caverneux de Turètre du cheval contient manifestement des fibres musculaires. Il a est pas démontré que le canal ui*étral de Thorame ne présente pas une disposition semblable.
Un fait bien remarquable , mais dont il existe un graiid nombre d'exemples, c'est qu'il y avait du iissu adipeux autour d'un grand nombre des aréoles du tissu érectile en le(|uel était converti le biceps.
La transformation érectile du muscle brachial antérieur était beaucoup moins avancée que celle du musde biceps. Le triceps humerai avait été respecté. Le coraco-bracliial présentait à son attache inférieure et dans Tépaisseur de son tendon une tumeur érectile.
Autour de {'articulation du coude: i^en avant, soasie muscle brachial antérieur, était un foyer sanguin qui m'a paru pénétrer dans l'articulation ; derrière Tarticulation, an devant du triceps, tissu érectile à très larges mailles , constitué par de simples filaments entrecroisés; et à ce niveau l'humérus, privé de son périoste, était érodé.
Le nerf cubital présente à la partie inférieure de sa portion brachiale une série de tumeurs érectiles.
A Yavant^braSy tous les muscles de la région antérienre
TREIZIÊMB CLASSe DES MKTaMORPHOSKS. 885
sont convertis en un vaste réseau variqueux. La transFor* niation ërectile de ces muscles est beaucoup plus complète encore que celle du biceps humerai. On ne trouve de fibres musculaires qu'à leur attache supérieure; leurs tendons sont parfaitement conservés. Ce tissu érectile présente d^nilleurs la même disposition qn^au bi*as. Ici il est à mailles très fines , là à mailles très amples : on voit çà et là des foyers sanguins considérables , quelques phlébolithes, et comme au biceps, ce tissu érectile est entremêlé de graisse qui remplit les intervalles des petites masses aréolaires. Quelques fibres tendineuses qui avaient échappé à la métamorphose contrastaient par leur aspect avec la couleur des aréoles pleines de sang. Le nerf médian avait été envahi , ou plutôt la transformation variqueuse 1 avait traversé en écartant ses filaments qui d'ailleurs avaient été respectés dans leur tissu.
Je ne sais si la coexistence assez fréquente du tissu adipeux avec le tissu érectile avait été indiquée au moment où ces observations ont été i*édigée8 (1835 et 1836); mais, pour mon compte, c^était la première fois que je l'observais, et j*ai expliqué la présence de ce tissu adipeux par le vide qui tendait à s'établir entre les faisceaux mus* culaires transformés» le tissu adipeux étant destiné r remplir les vides partout où il va absence de mouvement.
Voici les réflexions dont je faisais suivre la desoriptiofi de la planche 5, XXX' livr. Je les reproduis textuellement J'aurais bien peu de changements à y faire aujourd'hui.
« La irans/ormaiion iniriqueuse ou érectile a pour siège » le système capillaire , et nous savons que le système » capillaire est essentiellement veineux : aucun tissu » n'échappe à cette transformation , qui s'explique par » l'atrophie de tous les élémens organiques autres que le » système capillaire. Ainsi il ne faut pas croire qtie dans « la transformation variqueuse (érectile), comme d ailleurs
886 AJIATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNiftALB.
» dans toutes les dégénérations, ce sont les fibres muscu* « laireSy les aponévroses, la peau , le tissu cellulaire, qui » subissent la transformation ; mais ud élément orga- » nique se développe ou dégénère , et tous les autres » éléments sont atrophiés par suite de ce développement » ou de cette dégénération : cette théorie générale trouve » ici son application de la manière la plus formelle.
» Ainsi nous avons pu suivre tous les degrés de la » transformation des muscles en tissu érectile ou vari- » queux. Dans un premier degré, la transformation occo-
V pait une portion plus ou moins limitée d'un iaisceau » musculaire; mais le reste du faisceau était intact, et » Taltération de ce faisceau était distincte de celle des » faisceaux voisins : plus tard les faisceaux variqueux du 9 même muscle se confondent ; plus tard encore les M tumeurs érectiles des différents muscles forment uo
V tout continu.
» On conçoit que si le développement variqueux cou- » tinue à avoir lieu, il doit tout envahir : les tissus fibreux » sont dissociés ; leurs fibres resplendissantes, longtemps » visibles à raison de leur aspect nacré , finissent par » disparaître. Les os eux-mêmes ne résisteraient pas si le
V développement variqueux se propageait dans leur épaiâ* » seur; et il faut bien distinguer cette participation des os » à Tétat variqueux de Térosion que les tumeurs sanguioes » déterminent sur les os qu*elles avoisiuent. J'ai pu voir » sur ce sujet la manière dont les ueth finissent par éire » envahis. C'est entre leurs fibres que s'insinue |>our » ainsi dire le tissu variqueux qui les dissocie pour les » atrophier , les détruire par atrophie sans pouvoir les u pénétrer. Ainsi les filets du nerf médian avaient été 9 écartés, disséminés. L'un de ces filets traversait le tissu 9 érectile sans avoir subi d'altération dans sa texture.
9 La présence des phlcbolithes dans le tissu aréolaire 9 des tumeurs variqueuses ( phlébolithes qui étaient bieo
TABIZliMB CLASSE. DBS MÉTAMOfiPHOSES. 887
» plus multipliés doDS le cas représenté planches 5 el 4,
V XXIU*" livr. ), montre laffiniié qui existe entre le tissu
V érectile et les varices ordinaires. Le tissu érecii le con- » siste dans Thypertrophie du système capillaire vei- 9 neux ; et la preuve qu'iV n existe pas (Tarières dans le » système capillaire , cest quil n existe pas de tumeurs • irectiles artérielles en opposition avec les tumeurs érectiles » veineuses. Toutes les tumeurs érectiles sont veineuses : « elles communiquent sans doute avec les artcres, par » lesquelles on parvient souvent ù les injecter; mais, » semblables en cela au corps caverneux de la verge, elles 9 communiquent bien plus largement avec le système 9 veineux. Si, en effet, on injecte directement une tumeur 9 variqueuse à luide d*un tube plongé dans son épaisseur, 9 le liquide de Tinjection passe immédiatement dans les 9 veines et ne revient jamais par les artères. »
J ajoute que ces faits prouvent (]ue la métamorphose érectile a cela de commun avec la dégénération cancéreuse , qu elle peut envahir de proche en proche tous les tissus et se les assimiler en quelque sorte par voie de continuité; mais la grande différence entre le tissu érectile et le tissu cancéreux, c'est que la métamorphose ou production érectile n'a en elle aucune puissance d'infection générale.
Je me hâte de dire que toutes les tumeurs érectiles nont pas la même propriété d'envahissement, comme aussi la même propriété de développement.
Sous le rapport de leur propriété envahissante, les tumeurs éi^ectiles peuvent se diviser en deux catégories bien distinctes , et cette distinction est fondamentale : les unes sont douées d'une Faculté d'envahissement illimité; les autres, au contraire, ne dépassent pas leurs limites de circonscription. Cette différence réiiilte de l'absence ou de la présence d'un kyste de circonscription.
Sous le rapport du développement , il est des tumeurs
888 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNÊftALE.
érectiles (|ui restent stationnaires ; il en est, au contraire, qui augmentent beaucoup de volume, sans sortir des limites de leur circonscription primitive.
Ce sont les tumeurs érectiles envahissantes qui se reproduisent, lorsque leur oblitération, leur extirpation ou leur destruction, par quelque moyen que ce soit, n a pas été complète; mais le nombre des tumeurs érectiles nu envahissantes est infiniment plus considérable que ccloi des tumeurs en vahissantes.
Pour les tumeurs érectiles superficielles, cutanées oa sous-cutanées (et ce sont incomparablement les plus nombreuses) , lanatoraie pathologique peut se faire sur le vivant. Ainsi , on les reconnaîtra toujours à une tumeur bleuâtre, bosselée, molle, donnant à la pression la sensation d'une éponge qu'on exprime ou d'une masse divisée en cellules communicantes, s'afFaissant, se flétrissant et reprenant lentement leur volume , lorsque la pression a cessé. Ces tumeurs sont susceptibles d*une espèce d'érection, par les diverses causes physiques qui augmenteoi la circulation capillaire: ainsi elles se disteudent par les cris, les efforts ; elles safiaissent lorsque la cause d'excitation a cessé d'agir.
Ces tumeurs préscntent^eUes des battements isochrones aux battements artériels ? Non , mille fois non : elles peu vent être soulevées comme un lipome par la diastole artérielle , lorsqu'elles sont placées sur le trajet d*nne artère; mais elles sont incapables de tout mouvement d'expansion et de resserrement; toujourset partout elles se comportent comme des varices veineuses, et non comn)e des varices artérielles.
Toute tumeur pulsatile, c'est-à-dire avec mouvement d'expansion et de resserrement alternatifs, n appartient donc pas à la catégorie des tumeurs érectiles.
Les tumeurs érectiles peuvent-elles dégénérer en cancer, et la confusion qui a été faite par un grand nombre de
TREIZIÈME CLA8.se. DES MÉTAMORPHOSKS. 880
praticiens entre les tumeurs encéphaloïdes avec {p*and développement vasculaire et les tumeurs ërectiles, n'estelle autre chose qu'une confusion de périodes?
Aucun fait positif ne me parait démontrer la dégonération cancéreuse du tissu érectiie. Sans doute on peut trouver juxtaposées dans le même organe une masse de ti^su érectiie et une masse cancéreuse ; pour mon compte, f ai observé trois fois au moins cette juxtaposition dans le foie. J ajouterai même que j*ai été bien tenté d'admettre dans ce cas qu'il y avait non juxtaposition fortuite , mais communauté d'origine avec différence de période ; mais la distinction paifaitement tranchée entre les deux lésions juxtaposées ma paru prouver bien plutôt la ligne de démarcation que la fusion. Je suis convaincu qu'on a souvent pris le tissu encéphaloïde très vasculaire pour le tissu érectiie.
Cependant je dois dire que la tumeur érectiie étant une tumeur morbide par hypertrophie , par dilatation , je ne crois pas qu'il y ait incompatibilité absolue entre ce tissu et le cancer. C*était cette pensée (|ui m'avait saisi lorsque j'ai écrit le paragraphe suivant à la suite de l'observation de la planches, XXX* livr. de mon Anatomiepathologiijue,
■ Il y a plus d'analogie qu'on ne le croit, au moins sous é le rapport de la structure, entre la transformation vari* » qucuse (érectiie) et la dégénération cancéreuse : je dis » sous le rapport de la structure, car la présence du suc » cancéreux établit pour le cancer une différence de nature 9 qu'aucun autre caractère ne saurait dominer. Eh bien ! » lorsqu'un tissu cancéreux normal, si je puis m'exprimer n ainsi , a été dépouillé du suc cancéreux par le lavage et 9 la macération , et qu'on le place à côté d'un tissu vari- « cpieux (érectiie) dépouillé du sang qui remplissait ses » inailles, il est impossible de les différencier l'un de * l'autre. Sous le rapport de sa charpente , le cancer, c'est I* un tissu variqueux ; sous le même point de vue, la trans*
800 AITATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
• formation variqueuse (érectile), c esl un tissu cancéreai 9 dont les mailles sont remplies de sang. La grande di(- » férence, c'est que le tissu variqueux (érectile) d a en lui
• aucune puissance d'infection. Que peut le sang? Il se » concrète, il est remplacé par des phlébolithes, taodisque » le tissu cancéreux a en lui une puissance d*infection, en
• même temps c|u'une puissance de désorganisatioo to- » cale : d'une part, le suc cancéreux étant iocessammeot » sécrété, et d'une autre part les limites apportées par 9 la phlébite adhésive pouvant être franchies, et le suc
■ cancéreux se mêler au sang en circulation. La seule » analogie qui existe entre le tissu variqueux (érectile; et » le tissu cancéreux, sous le rapport du mode d'exteosioo, V c'est que l'un et l'autre peuvent envahir de proche en
■ proche et s'assimiler en quelque sorte tous les tissus par
• voie de continuité. •
Voici un exemple de coïncidence du tissu érectile da foie avec le tissu cancéreux :
Sur un foie garni de masses cancéreuses, j'ai troufé à côté d'une de ces masses cancéreuses superficielles uoe tumeur érectile également superficielle du volume dune grosse aveline. La juxtaposition n'était pas complète. Uœ couche mince de foie décoloré séparait ces deux lésioos l'une (le l'autre.
En coupant le foie au niveau de la tumeur érectile , on voyait queceltetumeurétait parfaitement distincte duiis'u du foie et exactement limitée de toutes parts, si bien (jue j'ai pu l'énucléer sans solution de continuité : on eûtcii: qu'une petite masse de foie avait été remplacée par une mas^e égale en volume de tissu érectile.
A la surface du ibie la ligne de démarcation entre le tissu érectile et le tissu hépatique était parfaitement trao< chée. La portion érectile se présentait sous l'aspect cltin< ecchymose dont le niveau était au-dessous du niveau i^ la suriisice du foie. Tout autour, le foie se terminait par uo
TRBIZIÈMB CLASSE. DBS MÉTAMORPHOSES. Mi
rebord saillant qui ench^ssaîl le tissu érectileà peu près comme la scléroii(|ue enchâsse la cornée.
Siruciure. Une membrane mince circonscrivait de toutes parts la tumeur ércctile, qui présentait de petites bosse* iures. La coupe présentait un tissu aréolaire i mailles communicantes. Les filaments ou lamelles qui interceptaient les mailles avaient un aspect noueux sans structure fibreuse.
A côté de cette tumeur il existait une altération qui ma paru le début d'une autre tumeur érectile : celait une portion de tissu hépatique décolorée, au centre duquel se voyait une grande tache de sang, laquelle présentait la disposition réticulée.
Voici les considérations dont j ai fait suivre cette des* cription dans uies notes :
i^ La métamorphose érectile du foie est plus fréquente qu'on ne le pense généralement.
2* Pour la production du tissu érectile du foie il y a métamorphose et non production : je veux dire que le tissu érectile est formé aux dépens d'un certain nombre de {jraunlations hépatiques.
5*" Le tissu érectile peut se produire au voisinage d'un cancer, comme il se produit sans cancer.
6* Dans le cas de juxtaposiiion du cancer et du tissu érectile , il n'est pas impossible que le cancer envahisse le tissu érectile, attendu ipie le tissu érectile n'est autre chose qu'un réseau veineux capillaire variqueux ; mais aucun iait ne prouve qu'en l'absence d'une masse cancéreuse placée au voisinage, le tissu érectile puisse spontanément dégénérer en cancer; il n'existe même pas de fiiît bien positif qui établisse la propagation de la dégénëration cancéreuse au tissu érectile; c'est la possibilité que je ne crois pas devoir nier.
On ne saurait admettre, comme on l'a déjà tenté, deux espèces de tissu érectile, une cancéreuse et tme non cancé-
892 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNÂfiALE.
reusc : il y a entre le tissu éreciile et le tissu caDcérenx non-seulement clifFérence d'espèce , mais différence de nature ; voilà pourquoi le mot vague de fongus hémaloJe doit être banni de la science (1).
Transformation du ibsu érectUé en i issu fibreux. Le tissu érectile peut se transformer en lissuyîArewx, et cette iransformation qui a lieu spontanément dans quelques cas, p suite d'une solution de continuité accidentelle, il un érysi. pèle, est devenue, entre les mains des chirurgiens modernes, le moyen principal de guérison de ces tumeurs. C'est surtout, ainsi (|ue je Tai dit ailleurs, à mon ancien camarade d*études et ami Lallemancl (de Montpellier), qu'on doit cette belle application de lanatomie pathologique au traitement de cette maladie : déterminer dans le réseau érectile une phlébite oblitérante, voilà le but; le péril, c'est la transformation de la phlébite oblitéranie en phlébite suppurative. Le choix des procédés doit être établi d'après cette double indication. Or la cautérisatioo à laide d'aiguilles rougies au feu, qui traversent la petite tumeur en divers sens, parait la remplir parfaitement.
La transformation du tissu érectile en tissu fibreux, c'est l'atrophie du tissu érectile : cette atrophie a eu lieu spontanément dans quelques cas.
Transformation kysieusedu tissu érectile. Le tissu érectile peut-il subir la transformation kysteuse? J'ai déjà traité et résolu affirmativement cette question à l'occasion des kystes vasculaires (2). Cette transformation kysteuse peut être spontanée ; elle a été plusieurs fois la conséquence des méthodes et procédés chirurgicaux mis en usage |)oar oblitérer les aréoles vasculaires, lorsque loblitération a été incomplète ; alors celles des cellules ou aréoles qui ont
(i) Ijet cas de reprod action du ti«tu érectile, après eatirpaùoa o« dettmcfion complètej me paraissent appartenir à des cas de cancer.
(a) Voy. tome III, page 48 1 et page 489, où il eii questioD des kyiki vasculaires formés aux dépens du tissu érectilt.
TRKIZIÈME CLASSB. DCS MÉTAMOBPHQBES. 808
éciia|ipé à rob'itération et qui sont isolées de toutes purts se transforment en kystes parfaitement indépendants.
Cette transformation kysteusedu tissu érectiie enkystes multiples serait facilitée par la présence de valvules veineases très développées et très rapprochées» que M. Verneoil a constatées dans un cas particulier, si toutefois de nouveaux faits établissaient que cette disposition est générale dans les tumeurs érectiles (1).
Telle est lanatomie pathologique du tissu érectiie, lésion générale qui peut envahir tous les tissus.
Je terminerai ces considérations par Tétude sommaire du tissu érectiie considéré dans les os.
Du iitsu érectiie des ou
Le tissu érectiie peut-il envahir le tissu osseux? Les lésions connues sous les noms de tumeurs sanguines des os^ fongus hématodes^ anévrysmes des os^ anévrysmes par ana* stomose de Bell et de Scarpa, tumeurs pulsatiles des os, ne sont-elles que diverses formes, diverses périodes de développement du tissu érectiie, ou bien ces tumeurs sontelles autre chose, à savoir: les tumeurs non pulsatiles de simples kystes hématiqucs , et les tumeurs pulsatiles des encéphuloïdes du tissu osseux ?
Voilà des questions du plus grand intérêt, et sur lesquelles les considérations et les faits suivants pourront jeter quehpie jour.
(i) C'était sur un cas de tumeur érectiie conp,t'nitale occupant la région lombaire, eilirpée par M. Alph. Robert. I«a tumeur était constituée par une sorte d'épon(;e vasculaire à Knes mailles entremêlées d^nne quantité considérable de tissu adipeui. A la circonférence, surtout vers h face profonde, se Toynient des veines très volumineuses, très iné^lement dilatées, offrant des bosselures on ampoules séparées par des rétrécîssenenls. La lumière de ces vaisseaui aurait pu, en certains points, admettre Teitrémilé do petit doigt.
Mk ANATOMIB PAT1U>L0G1QUE GÉHÉia.B.
i* Le tissu érectik peut-il envahir le tissii osseux ! î a-t'il des exempks de tumeurs érediles osseuses ?
Rappelons d abord qu'il n'y a qu'une espèce de lisso érectile, le tissu érectile veineux ; qu'il n'y a pas, qniloe peut y avoir ni tissu â-ectile artériel , ni tissu érectile arlërioso-veineux ; que jamais^ par conséquent, le usa érectile ne saurait être- pulsatile par lui-même; que ttHries les tumeurs pulsatries doivent donc appartenir à d autres tissus morbides que le tissu érectile, soit à un anévrysoe ordinaire, soit à un anévrysme artérioso-veinenx, soit à une tumeur carcinomaieuse, au sein de laquelle s est établie la communication artérioso^-veineuse : en un mot, que la distinction des tumeurs érectiles des os en artérielles et en veineuses, est fondée non sur des dissections comparatives, qui établissent qu'on a trouvé dans certains cas on tissu érectile constitué par un tissu aréolaire artériel , dans d autres cas un tissu érectile formé par un tissu aréolaire veineux; mais bien sur une vue à priori^ sur ce fait incontestable d'observation clinique, à savoir, que parmi les tumeurs vasculaires, il en est qui battent et il en est qoi ne battent pas.
Je ne connais de tissu érectile osseux que le tissu érec tile périostique. Je ne connais aucun exemple de tisso érectile développé aux dépens de la membrane médullaire, appartenant soit au canal des os longs, soit au tissu spongieux des os.
Or voici ce qui se passe dans le cas de tissu érectile périostique : Le périoste se présente sous le même aspect qu'une tumeur érectile des parties molles. Lacouchelaplits externe du périoste est soulevée par une tumeur sanguine, laquelle est formée par du sang contenu dans des mailles plus ou moins considérables: on dirait quelquefois , an premier abord, qu'on a affaire à un foyer sanguin ordinaire. La surface de l'os est érodée plus ou moins profoo dément, creusée de cellules plus ou moins oonâidéraUeii
nais d ailleurs le tissn osseux, en lui-même, ne présente aucune trace de tumeur ërectile, la résistance des os s'y oppose : leur tissu est détruit par érosion. C est ce que jai observé plusieurs fois et nommétnent dans le cas publié XXX* livraison.
Comme type de tumeur ërectile périostitfue^ je rapporterai le (ait suivant que j'ai étudié avec beaucoup de soin, et que jai décrit sous le titre de tfssu ërectile des oSj ou varices capillaires des os.
Le ft septembre 1851, M. Verneuil m'apporta le bassin d'une femme âgée de cinquante ans environ , qui lui avait servi pour démontrer la splauchnologie.
Les 09 du bassin présentaient en quelque sorte tous les degrés de la tumeur érectile périostique; laltération occupait non-seulement les os coxaux , mais encore le sacrum et les deux dernières vertèbres lombaires.
L os coxal droit était le plus profondément affecté, surtout dans sa portion iliaque. La lésion occupait la surface externe aussi bien que la surface interne de cet os , et c'était 1 altération périostique de la fosse iliaque interne qui semblait s'être propagée à la base du sacrum ; d'une part le corps du pubis, surtout dans la portion de cet os qui concourt à former la cavité cotyloïde, et d'une autre part la branche descendante du pubis dans sa jonc^ tion avec le corps, participaient fortement à cette altération, qui présentait, ai-je dit , tous les degrés.
Premier degré. Taches rouges sous-périostiques à la manière d'ecchymoses ; le périoste est soulevé , ses vaisseaux veineux sont très développés.
Deuxième degrë. Périoste soulevé et constituant une tumeur sanguine plus ou moins considérable, à poches mul* tiloculaires , remplies par du sang coagulé. Plusieurs de ces tumeurs étaient proéminentes, à large base, comme surajoutées à l'os, soulevant la couche périostique superficielle : un certain nombre étaient en grande partie formées par un tissu osseux de nouvelle formation, aréolaire, tissu
886 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉMÉnALR.
osseux à larges mailles remplies par du sang et parles vaisseaux sanguins considéraLleiiient rjéveloppes. (Tmu érectile osseux.)
Une partie de ces aréoles appartenmt à Tos ancien, qui était profondément excavé dans une fouie de points, si ])ien que Tos affaibli se brisait par un effort pea considérablei L^altération du corps du pubis droit s*était dirigée, ai-je dit , du côté de la cavité cotylo!de dont le cartilage était usé au point correspondant.
Sur toute la surface du bassin, le périoste est soulevé par des tupieurs sanguines : sa lacération fait suinter du sang, au niveau duquel Tos subjacept présente des aréoles plus vastes, dont les unes étaient de nouvelle formation , dont les autres étaient constituée» par Tusore du tissu osseux ancien.
On pouvait diviser ces tumeurs en trois cat^ories : les unes étaient constituées par du sang contenu dans des veines dilatées (tumeurs érectiles molles) ; les autres pai une tumeur osseuse a larges cellules remplies de sang, d'api^arence érectile (tumeurs érectiles dures), d'autres étant constituées à la fois par du tissu érectile ordinaire et par du tissu érectile osseux.
[.a partie inférieure du corps de fémur présentait aodessusde son extrémité inférieure deux tumeurs, runeérec* tile molle, Tautre érectile osseuse. Aucune de ces tumeor» ne présentait la moindre appai*ence de tissu encéphalofak.
Voilà le véritable tissu érectile des os; je n'en connais pas d'autre, et je ne saurais, sous aucun point de vue, rapporter h cet ordre de faits les tumeurs sanguines pulsatih des oSf que Breschet a considérées comme le résultat d uo anévrysme des artères propres du tissu osseux (1) , analogue
(i) Voy. IVxcellent mëmoire de Breschet, Observations et réjkxicti sur tes tumeurs sanguines y à la suite d'une très renuirqttable oliserratiot de I^llemand , sur une tumeur anévrysmate accoropa^ée de cancièrM insolites. {Répertoire générât tVanatomie^ de physiotogie, de diiti^^ chirurgicale^ Paris, 1816, t. lî, p. a53,)
aux anëvrysmes proprement dits, tumeurs qui présentent les caractères suivants :
Développement considérable de Textrémité spongieuse de los transformé en kyste osseux plus ou moins complet, rempli par des caillots sanguins disposés par couches concentriques, comme dans les tumeurs anévrysmales anciennes, et ces caillots formant tantôt un foyer unique (Pearson, Scarpa), tantôt des foyers multiples (Breschet) communiquant chacun avec une branche artérielle.
Or, Tinjection des artèresdu membre a démontré que les vaisseaux de ce membre étaient sains , que seules, les artères propres à la substance des os, artères dont le nombre est considérable aux extrémités des os longs, étaient plus volumineuses, plus dilatées que dans Tëtat ordinaire (Breschet), et qu elles venaient s*ouvrir au centre de l'os, dans la poche anévrysmale, par plusieurs orifices (Pearson, Scarpa, Breschet).
Enfin , la guërison sans récidive de la tumeur sanguine par la ligature de I artère principale du membre, n*est-elle pas la démonstration positive que ce genre de maladie n'appartient nullement à la classe des af« feciions cancéreuses, et qu'elle consiste essentiellement, non dans une tumeur erec/î/e,mais dans un kyste hématique pulsatile en communication permanente avec un ou plusieurs vaisseaux artériels ?
De nouvelles observations me paraissent nécessaires pour résoudre toutes les questions qui se rattachent à ce genre de faits dont 1 etiologie est encore bien incertaine.
Mais n y a-t-il que ce genre de tumeurs sanguines artérielles des os qui présente des battements? Non assuré* ment. Je puis même dire que ces cas , dont je regrette de n'avoir observé par moi-même aucun exemple, sont Texception, et que la règle, c'est que les tumeurs pulsatiles des os sont constituées par du tissu cancéreux, ordinoiremcnt encéphaldide. J'ai surtout compris le vide de la III. 57
898 ANAT0M1E PATHOLOGIQUE CÉNÉRALB.
science à cet égard dans rinlerpréiaiîon d^un fiiit de tumeurs piilsatiles des os du crâne que j'ai fait représenter XXXIII« livr., pi. m, et dont voici le résumé : on me permettra d'y ajouter un autre fait que j'ai recueilli avec beaucoup de soin , que j ai étudié sous toutes ses faces, et qui, rapproché de plusieurs autres faits que j ai eu occasion d'observer, m'a permis de conclure que toutes ou presque toutes les tumeurs pulsatiles sanguines des os sont des tumeurs carcinomateuses (1).
Premier fait. Résumé du fait représenté livr. XXXUI, pi. III.
Cette observation est intitulée : Tumeurs érectiles des a» du crâne.
Je fu8 appelé en consultation , en juin iSSS, par M. le docteur Dewif, atiprès de madame Rigot que je trouvai dans l'état suivant : battements du pouls, du cœur, de tout le système artériel, extrêmement vigoureux. L'auscultation démontre sur tous les points accessibles de ce système un bruit de souffle fort intense. Je constatai au cuir chevelu la présence de douze tumeurs du volume d'une grosse noix, pulsatiles, offrant au tact et à Tceil des battements isochrones à ceux du pouls, et à l'oreille appliquée sur elles un bruit de souffle tout à feit sem* blable à celui des artères : ces tumeurs étaient insen* sibles à la pression, molles, excepté à leur base où elles avaient la dureté de l'exostose, susceptibles d'être réduites ou plutôt flétries par l'effet d'une pression graduelle, susceptibles d'augmentation, de tension par Feflet de toute émotion physique ou morale qui précipitait les batte^ ments du cœur.
Quelle était la nature de ces douze tumeurs ?
Une observation que Dupuytren rapportait souvent
(i) Let deux obtenrationt avec auiopiie , qaeScarpa a rapporirei dans ion Mémoire sur Vanévryime par anattamose^ ne paraisaeni appa^ reoir ans tumeurs carcinomatenses.
TnemÈME classk. des métamorphoses. 899 dans ses leçons, et qui avait pour éujet un individu dont toutes les artères du cuir chevelu anévrysmatiques battaient avec violence, se présente incontinent à mon esprit et me parait le type du cas soumis à mon examen. Plusieurs de ces tumeurs étaient efFectivement sur le trajet des divisions principales des artères temporales et occipitales. En outre, au côté interne de la cuisse, immédiatement au-dessus de larticulation du {«enou, se voyait une tumeur du volume du poing; , ([ui offrait les mêmes caractères de pulsation et de bruit de souffle. Une autre tumeur existait sous le deltoïde, autour de la partie supérieure de Thuniérus droit, et donnait au tact et à Toreille les mêmes sensations que les tumeurs précédentes.
Sur la fin de juin, une quinzième tumeur pulsatile apparut à l'épaule gauche, précédée et accompagnée de douleurs très vives , en sorte que depuis cette époque la malade ne pouvait porter à la bouche ni la main droite ni la main gauche.
Une seizième tumeur également pulsatile se développait en même temps sur l'extrémité antérieure de la côte où elle détermina une solution de continuité.
Depuis cette é|)oque jusqu'à la mort de la malade, qui eut lieu le 27 septembre, il ne se manifesta aucune nouvelle tumeur. Les tumeurs déjà existantes ne s'accrurent pas d'une manière sensible. La malade mourut, épuisée par une fièvre vive avec sueurs abondantes : elle conserva ses facultés intellectuelles jusqu'au dernier moment.
Ouverture du cadavre. Toutes les tumeurs pulsatiles étaient constituées par une tissu caverneux dont les aréoles fibreuses , très inégales quant & la capacité , étaient remplies d'un sang liquide.
Leur enveloppe est fibreuse, et c'est de sa face interne que naissent les filaments entrecroisés qui constituent la trame de la tumeur : le doigt, porté au fond de ces tumeurs, sent à nu les os inégaux et comme érodés.
900 AHATOMIE PATHOLOGIQUE GÉliitALE.
La dégénération s^était étendue à la bme eiterne de It dure^mère, laquelle présentait des espèces de yégétatioi» qui s enfonçaient dans les pertes de substance de os da crâne.
Les tumeurs des autres parties du corps , soit qa elles fussent implantées sur les os aux dépens desquels elles paraissaient formées, soit qu'elles fussent étrangères au système osseux, présentaient absolument les mêmes caractères : la tumeur de Thumérus droit avait détruit la presque totalité de cet os, dont la tête ne tenait plus au corps de Tes que par une languette.
Réflexions. Je ne pouvais méconnattre la différence qui existait entre les tumeurs pulsatiles décrites dans lobservation précédente , et les tumeurs érectiles représentées XX^ et XXII !• livraisons. Les tumeurs érectiles proprement dites sont bien susceptibles d'une certaine turgescence, d'alternatives de flaccidité et d'érection, mais jamais elles ne présentent de pulsations sensibles au tact, ni de bruit de souffle perceptible à loreille. « Il y aurait » donc, disais-je, deux sortes de tumeurs érectiles, lesune$ » qni battent, les autres qui ne battent pas : celles-ci for- M niées par le système capillaire veineux, celles-là parle * système capillaire artériel. » De nouveaux faits pouvaient seuls éclairer ce point obscur d anatomie pathologique.
Or le fait suivant que j'ai observé avec le plus grand soin me parait résoudre la question d'une manière \m tive et établir une ligne de démarcation infranchissable entre les tumeurs érectiles et les tumeurs pulsatiles : celles-ci étant constituées tantôt par une communication artérioso-veineuse pure et simple, tantôt par une tumeur carcinomateuse et les tumeurs érectiles élant constituée» par une dilatation variqueuse du tissu capillaire vei neux (1).
(i) J'ai rrcneilli cette obsen^adon en jnUItt i853, Mlle Saîote*flotr lenrire de M. G*rdy, alors remplacé par M, Giraldès.
TBBIZliMK CLASSE. DES MÉTAMOBPIIOSES. f^Ol
Deuxième fait. — Marie Chaudofu 6 b ans, portait à la moitié droite du crâne et de la face une volumineuse tumeur violacée d*apparence variqueuse qui présentait au premier abord tous les caractères des tumeurs érectiles. Cette énorme tumeur qui déformait la tête d'une manière singulière était parfaitement délimitée par sa couleur, par sa proéminence et par sa consistance (i) : 1* par sa couleur, elle est bleuâtre ou violacée; sa surfeceest parcourue par des veines extrêmement considérables et tellement superficielles qu'on dirait qu'elles ne sont recouvertes que par l'épiderme.
2* Par sa pro^mmencf, qui est considérable, mais inégale; sa hauteur moyenne est de 8 à 10 millimètres au-dessus du niveau du crâne ; elle est séparée en plusieurs tumeurs ou bosselures y par des dépressions, parmi lesquelles je signalerai ane dépression verticale située au niveau de la ligne qui sépare la région frontale de la région temporale ; dépression qui divise la tumeur crânienne en deux moitiés, lune antérieure, l'autre postérieure.
3* La consistance de la tumeur est molle, pâteuse et donne la sensation de nœuds, de cellules ; la compression l'affaisse, la flétrit, mais elle reprend de suite sa tension première. Elle présente spontanément des alternatives de turgescence et de flaccidité; la compression permet de reconnaître des points qui cèdent, d'autres points qui résistent : on sent des points durs dans la profondeur de la tumeur; on reconnaît aussi que la suriace de l'os est inégale et présente même des pointes saillantes séparées par des dépressions.
(i) La tumenr éiaît divisée en dens parties : rune/ronto-noWe, qui te terminait au-desions de la racine du nés ; elle débordait à gauche la li|;ne médiane du fronul; l'autre /ronlo-(em;>oro-fHiriero-aairictt/aireqtti contonmail la partie antérieure, la partie supérieure et la partie postérieure de Toreille. Une tumeur vasculaire violacée occupait aussi la joue droite à côté de la commissure de la boncbe*
902 ANATOMIË PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
MoQ premier diagnostic, d après l'aspect général de la tuineur,Futcelui-ci: tumeur ^rectiVe.En continuant iDOD eumen, je fus frappé du développement énorme delà veioe jugulaire externe, remplacée ici par la veine jugulaire antérieure; son volume était celui de Tiudex : elle desoeolait verticalement le long de la région antérieure du cou jusqu a Textrémité interne de la clavicule : là elle se portait horizontalement en dehors, immédiatement au-dessus de la clavicule, pour se jeter dans la sous-clavière au niveao de l'extrémité externe de cet os. Mon doigt, prouienésur le vaisseau, éprouve un frémissement cataire des plus intenses, ou plutôt un frémissement continu tout à fait senjhiable à la sensation que j avais éprouvée la veille, es appliquant le doigt sur le trajet des vaisseaux cruraux d'un individu (couché dans le service <le M. Velpeau)qoi était affecté d'une communication artérioso-veineuse de ces vaisseaux au pli de Taine.
. J'applique loreille : c'est un bruit de rouet continu avec alternatives de renforcement et de diminution, mais avec une intensité telle que je ne me rappelais pas eu avoir entendu de pareil, même sur 1 individu à anévrysme artérioso -veineux dont je parlais tout à Theure.
La malade, qui percevait parfaitement ce bruit, le comparait à celui des palettes d'un bateau à vapeur, à la vanne d*un moulin. Ce bruit Tempéchait de dormir.
Mon premier diagnostic provisoire avait été : tumeur éreciile; mon deuxième, également provisoire, fut celui-ci: anévry'sme ariérioso^veineux ^ ou, s'il en existe, tumeur éreciile artérioso^veineuse, Jlnterroge la malade dans ce dernier sens : il y avait douze ans qu'elle avait été violemment frappée par l'angle d'une porte sur )a partie latérale de In région frontale, et qu'il était resté uo creux dans celle rcyion. C'est k celte époque qoe la tumeur s'est produite. La malade assure que depuis dix ans cette tumeur avait le volume qu'elle présemait au
moment de mon observation. Une cataracte à Toeil droit (côté malade) était survenue de|)uis quelques années.
Je ne percevais pas avec les doigts le Frémissement cataire, et je n'entendaispas avec loreille le bruit ronflant continu avec alternatives d'augmentation et de diminution sur tous les points de la surface de la tumeur; mais je percevais très bien cette double sensation suivant des lignes qui correspondaient à peu près au trajet des grosses veines et des grosses artères du cuir chevelu : du côté suin, j'entendais un bruit de souffle intermittent, mais non continu.
Mes premières observations avaient été faites le 26 septembre : un second examen, aussi complet que le précé* dent, fut fait le premier août.
La malade avait été prise de fièvre, et se plaignait de douleurs vives à la tête dans tout le côté malade. La tête était fortement inclinée sur lepaule droite: c'est, disait la malade, son poids qui l'entraîne (1). La tumeur me paraissait plus proéminente que de coutume, sa tension plus considérable, sa couleur violacée plus rapprochée de la couletir du vin. Dans cet état de turgescence je pus reconnaître le souffle continu avec renforcement sur tous les points de la tumeur, mais à des degrés divers.
Cette malade que je quittai pleine de vie, et qui était remarquable par son intelligence et par sa bonté, fut trouvée le lendemain morte dans son lit.
Autopsie, C'était une tumeur encéphaloïde extrêmement vasculaire développée aux dépens des os du crâne; cette tumeur était comme enchâssée par sa circonférence dans les débris des os frontal» pariétal et occipital.
(i) Le poids de la tête était tel, que la malade ne poavait la chan|fer de place sans le secours d'une infirmière, qui prenait la téie àdeuimalns. Depuis longtemps la malade était sujette à des étourdissemenis qa*elle attribuait an poidi de la léte, qui fetttrvinalt ea lui faisant pardr« céiH
90& ÂNATOMIE PATHOLOGIQUE CÉMÉRALB.
Elle était libre d*ac1hérence avec le cuir chevelu et avec Tapoiiévrose épicrânienne que je pus séparer à laide des doigts par une sorte d^énucléation ; c'était aux dépens des veines capillaires cutanées qu'étaient développées ces grosses veines sousépidermiques qui donnaient à la tumeur Taspect d'une tumeur érectile. Le péricràne ou périoste crânien formait la coque de la tumeur : facile à séparer à la circonférence, il adhérait intimement dans le reste de son étendue. Entre le péricràne et la tumeur se voyaient de très grosses veines sinueuses très adhérentes.
II y avait également adhérence intime entre la duitmère et la tumeur : la dure-mère avait été perforée dans beaucoup de points par des prolongements de la tumeur qui formaient à sa face interne de petites végétations polypiformes, mamelonnées, pédiculées.
Les os qui manquaient étaient la plus grande partie du frontal droit, du pariétal droit, la partie voisine de Toccipital , et la portion écailleuse du temporal.
La table interne, qui avait plus résisté à la destruction que la table externe, constituait de larges écailles très minces, flexibles, à bords dentelés irréguliers, qui adhéraient intimement à la dure-mère et formaient seules la paroi dans une assez grande étendue du crâne osseux.
La tumeur était constituée par une masse carcioomateuse très considérable mêlée à des débris osseux de diverses dimensions , dont quelques-uns étaient parsemés de piquants osseux. Cette masse carcinomateuse était couleur lie de vin plus ou moins foncée , et présentait divers degrés de consistance , de rougeur et de vascularisation; les parties les moins ramollies offraient une char pente celluleuse résistante , et étaient traversées paf des conduits vasculaires sans parois distinctes. Le reste de la tumeur se présentait sous i aspect d*une bouillie lie de vin foncée au milieu de laquelle on distinguait à peine un parenchyme. Jamais je n ai vu une tumeur caràno-
muteuse pénétrée d'une plus grande quantité de suc cancéreux.
La circonférence très irrégulière de la perte de substance du crâne présentait une rainure plus ou moins profonde dans laquelle s'engageait la tumeur carcinomaieuse. Il était bien évident que le point de départ de cette altération était dans le diploé des os du crâne.
NEUVIÈME SOUS-CLASSB.
MéttinMrpboiei et prodœtlOBS cottuiécs.
Il n'y a à proprement parler, dans Téconomie , qu*une métamorphose cutanée^ celle des membranes muqueuses. C est, en effet, aux productions de tissu et non aux metamorpliuses qu'il faut rapporter le tissu cutané accidentel qui coosiitae les cicatrices. Nous verrons en outre ce quil faut penser du mode de formation de certains kystes pileux que tapisse un tissu cutané plus ou moins parfaitement organisé. Ainsi, métamorphose des muqueuses en membranes cutanées; tissu cutané cicatriciel ou accidentel; kystes pileux cutanés; voilà les trois ordres de faits que présente l'étude des métamorphoses cutanées : j'en ferai trois genres.
PREMIER GBNRB.
Mètinorphoie de» menltrsDes muqaeoscs en memlNranei cutSDées.
Quelque grande que soit l'analogie qui existe, philosophiquement parlant, entre la peau, tégument externe, et les membranes muqueuses, tégument interne, il s'en fiiut bien que toutes les membranes muqueuses soient susceptibles de se transformer en membrane cutanée. Cette transformation n'a été observée que dans la petite portion des membranes muqueuses qui est revêtue d'épiderme. Si donc on divisait les membranes muqueuses en épider*
906 ANATOMIË PATHOLOGIQUR GÉN^IIALB.
mitjues et ea épithéliales^ on pourrait dire dTuue manière générale que la métamorphose cutanée ne peut avoir lieu qu'aux dépens des muqueuses épidermiques, jamais aux dépens des muqueuses épithéliules.
Ainsi> dans la maladie connue sous le nom de chuie de Tutérus, déplacement qui n'est autre chose qu'une invagination du vagin (1), la muqueuse vaginale, sans cesse en contact avec l'air extérieur et soumise à de continuels frottements , revêt tous les caractères de la peau. Elle perd avec sa couleur, qui devient d'un blanc à peine rosé, la faculté de sécréter de la mucosité. Son épiderme acquiert plus d épaisseur* de même que son derme. Ses follicules muqueux paraissent s'atrophier : aucun bit n'établit que ces follicules puissent se transformer en follicules sébacés, et, à plus forte raison, en follicula pileux. Il m'a semblé qu'une perspiration analogue à la sueur pouvait avoir lieu à sa surface.
Voyez, au contraire, ce qui se passe dans l'invagination ou extroversion de l'utérus, lorsque cet organe est renversé au dedans de lub-méme à la manière d'une bourse. La surface muqueuse utérine a beau être en contact permanent avec l'air extérieur, elle reste toujours molle. fongueuse, toujours sécrétant du mucus et même en pins grande quantité que de coutume, à raison des causes d'irritation auxquelles elle est soumise. D où vient cette différence entre deux portions de membrane muqueose placées dans des conditions identiques? Evidemment de l'absence d'épiderme dans la muqueuse utérine et de sa présence dans In muqueuse vaginale.
Si donc la métamorphose cutanée des membranes muqueuses s'observe seulement au voisinage des orifices, c'est parce que toutes les muqueuses épidermiques avoi-
(i) Vqy. Anatomie pathoio^itfuê gén^fnie^ 4* ^^^^ *•• /«i^ff"*****"» K i, p. 167.
TUmÈMB GLAS8B. OBS MÉTAMDBraOSES. 9dT
sioeni ces orifices ; ce qui ne veut pas dire que toutes les muqueuses qui avoisinent tes orifices soient épidermiques. Ainsi, en 0[>position avec la muqueuse de la bouchei du pharynx et de Tœsophage, qui est ëpiderroique, la muqueuse du rectum est coroplëtement dépourvue d'épiderme. Voilà pourquoi les chutes ou plus exactement les invaginations du rectum présentent toujours le caractère muqueux. Aussi les invaginations si fréquentes des anus contre nature présentent-eltes, après un grand nombre d années, le caractère muqueux d'une manière aussi prononcée qu'au moment où finvagination venait de se produire. Voyez aussi la muqueuse vésicale dans lexstropbie de vessie en opposition avec la muqueose du canal de Turètre lequel est presque constamment divisé dans ce cas par sa paroi supérieure.
Mais est-ce bien une véritable transformation cutanée que cette apparence cutanée des muqueuses épidermiques longtemps exposées au contact de Tair? Non certainement : car lorsque la muqueuse vaginale, après plusieurs années de déplacement par invagination , est réduite et maintenue avec le vagin pendant un certain temps dans ses conditions premières, elle perd ses qualités de membrane cutanée et reprend celles de mtiqueuse épidermique; et après comme avant la réduction, son épiderme est toujours un épithélinm pavimenteux, à couches plus ou moins épaisses; ses follicules sont toujours des follicules muqueux.
Pourquoi donc les portions de muqueuse autres que les mu<|iieuse8 épidermiques ne peuvent-elles jamais cbanf;er de caractère lorsqu'elles sont exposées au contact de lair? N'y a-t-il donc entre la muquetise épidermique et la muqueuse ëpithéliale d autres diflérences que celles qui résultent de la difFérence de leur éphhéliom, pavimenteux dans les muqueuses épidermiques, cylindrique avec ou sans cils vibratiles, dans iea muqueuses épithéitales ?
Sans doute c est là une différence remarquable, d aaianl plus remarquable que jamais on n'a vu répithélium pavimenteux se transformer en épitbélium cylindrique avec ou sans cils vibrattles et réciproquement ; mais une difiiérence qui me parait dominer tout le reste , c est que les membranes muqueuses épidermiques sont papillaires comme la peau, et que les membranes muqueuses épitbéliales sont villeuses. Il y a donc entre ces deux ordres de membranes muqueuses toute la différence qui sépare la papille de la villosité.
II* GENRE. Produelions cnUiDèet cicauîeiettet*
Toutes les fois qu il existe une solution de contiDuiie avec perte de substance , une plaie exposée , suivant le langage de Hunter, par cela seul qu elle doit faire partie de lu surface du corps , elle se couvre d*un tissu cutaoé nouveau , membrane cicatricielle qui remplit plus ou moins complètement les lonctions de la peau, c'est-à-dire celles d'une limite sensible et résistante, destinée par ïi sensibilité à nous avertir de la présence des objets extérieurs, et par sa résistance à nous protéger contre lacuca de ces corps.
Les membranes cutanées cicatricielles sont identiqi^eN quel que soit le tissu qui leur serve de base ou de support. tissu cellulaire, tissu fibreux, tissu musculaire, tissu gltf* duleux, etc., c est ce qui m avait fait dire (i) que loiiii^ lissus étaient susceptibles de la transformation cutanée^ paro^ que tous les tissus mis à nu se recouvrent d'une peau ik nouvelle formation.
Caractères anatomiques et physiologiques des tissus cut'ifi^' cicatriciels. Les cicatrices» rouges dans le principe, poi^
(i) Essai sur Canaiomie patkotogi^ucj Pari», t8i6, t. U, p. i49*
TRE1Z1ÈMB CLASSE. DRS MiiTAllORl>HOSe8. 9ù9
blanches , ne sont presque point extensibles : d^où la né* cessité, dans les plaies avec perte de substance, de placer le membre dans une position telle que la cicatrice ne gène pas les mouvements. Elles sont enfoncées ou au niveau de la peau, libres ou adhérentes, quelquefois sous forme de brides. Leur aspect révèle souvent la nature des pertes de substance auxquelles elles ont succédé. Ainsi , des cicatrices inégales , déprimées , comme dentelées au cou, aux aines, aux aisselles, sont le cachet des scrofules; des cicatrices multiples, adhérentes, dentelées, situées au devant du sternum, des clavicules, du tibia, révèlent un caractère syphilitique.
Une couche fibreuse ou dermique, et une couche épi« dermique, voilà les deux éléments anatomiques auxquels se réduit la structure des membranes cutanées de nouvelle formation. Il n est pas fort rare de voir Tépiderme cicatriciel remplacé par une lame cornée. Le derme ou chorion cicatriciel est très imparfait ; c est un tissu blanchâtre , dense, sans disposition linéaire, mais aussi sans la disposition aréolaire ou alvéolaire du chorion normal; on cherche vainement dans son épaisseur ces espaces coniques qui font du derme normal une espèce de crible dans les mailles duquel sont reçus les prolongements du tissu adipeux sous-cutané : aussi est-il sans exemple qu une éruption furonculeuse ait eu lieu dans son épaisseur.
L'anatomie ne démontre dans le tissu cutané cicatriciel ni follicules sébacés, ni follicules pileux, ni réseau lym* phatique, ni pi^,mentum , ni glandes sudoripares. La couleur des cicatrices est la même chez les nègres que chez les blancs. J*ai vu une femme qui avait un tissu cutané cicatriciel à la joue. Quand les passions coloraient son visage, la cicatrice ne participait nullement à ce changement de couleur. Le corps papillaire n^existe pas non plus dans les cicatrices, aussi leur sensibilité est-elle très
9!# AMATOMIB PATflOLOGIQUB GÉMélKAtK.
obtuse : les cicatrices paraissent également être dépourvues (] organes d exhalation et d absorption.
Quant au raécanisnie de la formation da tissu cntiiM cicatriciel, nous avons vu (1) que ce tissu avait poar point de départ une membrane rouge, grenue, coBstitoéc par des granulations juxtaposées qui semblent bourgeonner de tous les points de la surface de la solution de oostinuitéy d oà le nom de bourgtons charnus^ sous lequel m granulations Font encore désignées.
Nous avons vu que cette membrane granuleuse circonscrite» qu'on appelle si bien membrane its bourjetm charnuSj n*était autre chose que le résultat de J'of]ganisition de la fausse membrane, qui, dès les premières heures de la solution de continuité, se produit sur la surfecede la plaie ; feusse membrane qui, dans les plaies réunies par première intention, devient l'agent de la réunion immédiate, et qui, dans les plaies exposées, devient lageDi de la cicatrisation en constituant la membrane des bourgeons charnus : mais ce que nous ne savions pas, ce qœ les beaux travaux de M. le professeur Laugier(2) vienoeot de nous apprendre, c est que cette membrane des ixMirgeons charnus ne se produit pas en une seule fois, quelV augmente continuellement d'épaisseur par stratification de couches de lymphe organisable, lesquelles s'organiseoi immédiatement par le développement de vaisseaux eo grappes distinctes (3).
Le signal de la cicatrisation définitive est annoncé par le défaut de vascularisation d^une dernière couche pseu^lo-
(i) Traité ctanatomie pathologiquey clatse dtê j4dhnion$y U I, p> i^^ {%) Mémoire $ur l'anatomic pathologique des bourgeons charnus, Tor
parcelle de charbon porphyrisé déposé tar la plate est recoovertt ^
IrndemaÎQ dune pellicule blanciiàtre.
(3) Ct»i de la même manière que s*or^amaaot let fan«if»t mtmhnB»
de la plèvre par îlots distincts, dont chacun représente un petit s;»tfir«
de la ytïnt porte, et qui finissent par s*aboucher entre eui et avec v
•yaièMe Visineiiz ^éoérvl.
TBBiaÈMB CLAMS. DBS lfÉTAM0BPH0SB3. 911
membraneuse qui se dessèche immédiatement et constitue Tépiderme.
Pour compléter cette étude des tissus- cutanés cicatriciels, j ai quelques mots à dire sur une altération consécutive de ces tissus qu'on peut caractériser du nom dVn* duraiion hyperirophique.
De Vinduratfon /lyperirophique des tissus cutanés cicatriciels. Les cicatrices, dont l'organisation est si simple et la vitalité si peu développée, sont suscepiibles de lésions de nutrition par hypertrophie avec induration , qui ont été plusieurs fois prises pour des dégénérations cancéreuses. Une irritation fréquemment répétée de ces cicatrices, soit par des tractions, lorsque la cicatrice impose des limites à quelque mouvement, soit par des applications irritantes, est la cause la plus ordinaire de ces indurations. Je me contenterai d'en rapporter ici deux exemples :
1^ Un ecclésiastique du diocèse d'Orléans me fut adressé pour une tumeur extrêmement irrégulière qu'il portait à la région épigastrique et dont voici la description : d'une induration centrale très proéminente, extrêmement dense, de 3 ou ft centimètres de diamètre, partaient et s'irradiaient cinf| ou six prolongements inégaux en largeur, en forme de cordes dures également très proéminentes, qui donnaient A la tumeur l'aspect d'une étoile de mer. L'idée du cancroïdeou kéloïded'Alibert se présentait incontinent à l'esprit, en vo jant cette tumeur qui était chaude, rouge, et déterminait un prurit considérahle. Cette tumeur était profondément ulcérée dans un point d'où découlait une sérosité abondante. Le médecin du malade, craignant un cancer, voulut avoir mon avis. Cette lésion reconnaissait pour cause l'application de la pommade stibiée. H me fut facile de reconnaître dans cette altération une cicatrice indurée et énormément hypertrophiée par suite de frol» temeots, d'une irritation consécutive : un bandage compressif, lapplication permanente de compresses imbibées
942 ' ANATOMIE PATHOLOGIQUE GéeiÉRALfi.
d acétate de plomb liquide étendu, voilà les seuls mnyens que je conseillai (1).
2® C'était encore une induration cicatricielle liypertrophique, mais pédiculée, en forme de champignon, qu une ,tumeur qui venait d'être extirpée sur l'épaule d'un ancien militaire, autrefois frappé dans cette région d'un coup de biscalen. Cette tumeur aplatie, ellipsoïde , de 7 à 8 ceDUmètres dans son plus grand diamètre, présentait à sa circonférence des découpures profondes qui occupaient toute son épaisseur. C'était encore pour me consulter sur sa nature que cette tumeur extirpée m'avait été adressée. J'y reconnus tous les caractères du tissu cicatriciel hypertro* phique , et je pensai que la forme pédiculée était la conséquence de fongosités considérables nées de la surface de la plaie, fongosités indurées qui s'étaient développées et renversées à la manière d'un champignon, et qui avaient fini par se cicatriser.
III* GENRE
Kystes à parois colanées.
Les kystes à parois cutanées s'observent: i*dan$le> ovaires; 2^ dans le tissu cellulaire sous-cutané. La présence des poils dans leur cavité est le caractère le plas constant de ces kystes; aussi sont^ils généralement connus sous le nom de kystes pileux.
Les détails dans lesquels je suis entré sur les kystes pileux de l'ovaire (2) et sur les kystes pileux sous-cutanés ne me permettent ici qu'un simple résumé.
(i) J'ai été consulté par une femme pour une groise bride traosmgale trèi proéminente en forme de corde extrêmement dure, chaude, ronge, située entre les deux mamen<*i. Cette bride, qui existait depui« q^ an, était encore la conséquence de l'application de la pommade stibit^
(2) Voy. t. III, p. 57a, et AnaUnnU pathoiogiffue eu corps humaà, XV m* livrais., texte des planches 3, 4> 5, Kjrttes pamsitairtSy 1 I, p. 3ft'-
TRPJ7.IÈMR CLASSE. DBS MÉTAMORPHOSES. 915
Kystes pileux de Tovairr*
D*après ce principe, que la présence des poils suppose nécessaîremeut la présence d*un bulbe formateur, ei par conséquent celle de la peau, il semblerait que tous les kystes pileux ovariques ou autres dussent constamment présenter dans leurs parois des traces de tissu cutané. Il n en est pas cependant ainsi dans les kystes pileux de lovaire. L absence du tissu cutané est la règle, et sa présence Texception, et encore jamais le kyste pileux n*est tapissé eu entier par une membrane cutanée. Ce n'est que dans une région très circonscrite qu'on observe une peau parfaitement constituée, et voilà pourquoi la présence de ce tissu cutané dans les kystes pileux de lovaire a éckappé à la plupart des observateurs.
On trouvera dans la XVII I« livraison de YAnatomie pathologique , avec planches , deux exemples de kystes pileux de Tovaire avec tissu cutané, qui peuvent servir de type pour ce genre de lésions.
Le premier (pi. III, fig. k) offre, à côté d'une plaque osseuse, une petite tumeur pédiculée, criblée de trous , par lesquels sortent des poils pourvus chacun d'un bulbe. Cette petite tumeur, examinée avec le plus grand soin, m'a présenté tous les caractères du tissu cutané. • Dans les figures 1, 2, 3 de la planche 5, on voit une masse pileuse ovoïde formée pur des cheveux intriqués et comme feutres, d'une longueur extraordinaire, tenant aux parois du kyste à laide d'une mèche bien peignée , dont la couleur était d*un châtain foncé. La partie du kyste d'où naissait la mèche était convexe et formait deux tumeurs séparées Tune de l'autre par un sillon vertical. Toute la surface de ces tumeurs était criblée de trous dont chacun correspondait à un follicule pileux. Une partie de cette surface était dégarnie de poils; mais III. 58
91 & ANATOMIE FATHOLOGIQDB GÉSiiBALB.
sur la partie qui en était pourvue, on les voyait sortir du fond de ces trous ou pores. H ne ma pas été difEcile de reconnaître dans la membrane d'où naissaient ces poils un tissu cutané parfaitement organisé. En outre, Inné de ces tumeurs, bifurquée à son extrémité inferieore, pré* sentait deux petits étuis cornés, un véritable tissu aaguëal qui revêtait les extrémités dé cette bifurcation.
Je ferai remarquer : i^ que les poils des kystes pileui ont généralement beaucoup plus de rapport avec lesclnvenx qu avec les poils proprement dits, et que dans les cas rares, où j'ai rencontré des portions de peau sur lo parois de ces kystes, ces portions de peau présentaieot une identité parfaite avec la peau du cuir chevelu.
Mais dans Timmense majorité des cas, il n y a pas vestige de tissu cutané dans les kystes pileux de Tovaire. Les parois de ces kystes sont très résistantes, de structure fibreuse : leur surface interne, quelquefois lisse, est le plus souvent inégale , rugueuse , parsemée de plaques cartilagineuses ou crétacées. A cette surface interne sont attachés en plus ou moins grand nombre des poils tantôt isolés, tantôt groupés en petites mèches.
Les poils des kystes de lovaire sont adhérents ou libres. Les poils libres sont disséminés au milieu dW matière grasse, à la manière de la bourre dans du mortier. Les poils adhérents tiennent par une de leurs extrémités (ce cas est le plus rare), ou par un des points de leur longueur : les premiers sont pourvus d'un bulbe pileux, et s implantant dans un tissu cutané; les seconds sont dépourvus de bulbe et sont maintenus par un anneau ou cylindre fibreux, ou bien par une couche fibreuse très ténue et comme transparente, formée par les parois du kyste, quelquefois à l'aide de plaques crétacées.
Les kystes ovariques pileux contiennent souvent des dents et des portions de mâchoires dans lesquelles elles sont implantées. Ainsi, le contenu d'un kyste consiste.
TRBIZIÀMB CLASSB. DES mATAMORPHOSKS. 91 S
1* dans UDe roaiière grasse ; 2® dans des poils libres ; l^ dans des poils adhérents soit par une de leurs extrémités» soit par un des points de leur longueur.
Le contenant est un ky^tle fibreux, souvent parsemé de plaques crétacées, et présentant dans un grand nombre de cas» des dents de divers ordres, des portions de mâchoires faciles à reconnaître, et même des débris plus ou moins informes d autres parties du sfjuelette : dans un petit nombre de cas, des fragments de tissu cutané tapissant la surface interne de la poche. Voilà tous les éléments dont se composent les kystes pileux ovariqoes.
Au plus bas degré de Téchelie se voient des kystea à peine plus volumineux que des ovaires ordinaires, con* tenant une matière grasse et des poils libres ou adhérents. Au plus haut degré, ce sont des kystes contenant des poils libres, des poils adhérents par leur extrémité bulbeuse, un tissu cutané parfaitement constitué, ressemblant au cuir chevelu, des dents en plus ou moins grand nombre de première dentition, et suivant quelques auteurs de deuxième dentition, des portions de mâchoires facilement reconnaissables , et même quelquefois d autres portions oonfuses du squelette : telle est la série des faits qui me paraissent établir (i) : i' que la présence des poils dans les kystes de Tovaire ne peut s^expliquer que par la présence d'un tissu cutané; que si Ion ne trouve pas constamment du tissu cutané, c'est qtie ce tissu aura été détruit ou plutôt transformé en tissu fibreux, par suite du travail morbide qui a lieu néoessairemeat dans ces poches accidentelles.
La production des poils dans les kystes pileux pourrait donc s'expliquer par la prodtiction d'un tissu cutané de nouvelle formation. Mais avec cette théorie comment se
(i) Voy. Amaiùmit pûthologi^uf 9^90 plaochct, ZVIH* livr , teiU de* planchet 3, 4* ^y ^^ ^^J' Adhéthnty kjrtt€$ parasitairt»^ t. 1, p. 363 ; MjrsÊM piUux oiwn^itff, t« 111, p. 58o.
916 AMATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
rendre compte des kysies pileux avec présence de dents, présence d'alvéoles, de portions parftiiteinent distinctes d os maxillaires, du S(]uelette. Or, je crois avoir établi que la conception extra-utérine dans Timmense majorité des cas (1), que l'inclusion parasitaire, dans quelques cas, répondent pleinement à tous les faits, et que Fidentité delà lésion n'excluait pas ce double mode d'origine ; car ce qui importe essentiellement ici, c'est la présence d'un genne fécondé. Comment donc se rendre compte de la présence d'un tissu cutané à la surface interne des parois du kyste de l'ovaire? Ce tissu cutané, comme les dents, comme les fragments de squelette, est le vestige d'un germe fécondé qui a été détruit en presque totalité dès les premiers moments de sa formation, et dont les débris vivants ont contracté adhérence avec la poche dans laquelle ils étaient contenus.
Ces débris vivants ont pu se développer ; les bolbes pileux de la portion crânienne de peau conservée ont produit les cheveux ; les germes dentaires contenus dans les alvéoles ont produit les dents de première dentition d'abord, puis de deuxième dentition ; et enfin les portions du germe fécondé qui devaient (aire le squelette , conservées, fusion nées, ont produit ces masses osseuses informes qu'il est presque toujours impossible de déterminer.
Le fait d'inclusion scrotale que j'ai observé dans le service de M. Velpeau (2) vient à l'appui de ces considérations. Chez cet individu, la tumeur scrotale présentait une zone de peau complètement insensible, contrastant en outre par sa blancheur, par sa finesse, par l'absence de plis, par le duvet fin qui la recouvrait, avec la couleur brune, les plis, les poils longs et contournés du scrotum; on eût dit d'un cas d'autoplastie dans lequel on aurait
(i) Page 58o, livr. III; — page 367, livr. I. (a) Tome I, p. 374, classe tles Adhéfionu
TliEiZIÈMC CLASSE. DES BJkTAMOAPHOSFS. 917
transporté sur le scrotum un lambeau considérable de peau appartenante la face antérieure du bras. En outre, en arrière de la fumeur, existaient trois ouvertures fistuleuses, d'où suintait une matière grasse. Par une de ces ouvertures s'échappait une toufFe de poils excessivement fins, que le malade disait avoir observés dès la plus tendre enfance.
Évidemment les kystes pileux de Tovaire à parois cutanées appartiennent exactement à la même catégorie que ce cas d^inclusion scrotale, et trouvent dans ce fait une explication touie naturelle.
Les kystes pileux ovariens à parois cutanées, dont je viens de parler, ne sont pas les seuls qui contiennent dos poils. On trouve aussi des poils, mais sans parois cutanées, soit à la suite de conceptions extra-utérines, quel que soit leur siège (les grossesses ovariennes y comprises), soit dans les inclusions parasitaires (1), lorsque le fœtus, libre de toute adhérence avec les parois du kyste, n'a succombé qu'après avoir parcouru le plus grand nombre des périodes de la vie fœtale. Il n'est pas rare de voir dans ce cas, à la suite d'un travail d'élimination, les cheveux du foetus rendus par touffes avec les autres débris de son corps. Ce n'est que dans les kystes ovariques qu'on a trouvé des fragments de peau et de squelette adhérents aux parois de l'ovaire.
Kyfiés pileux soas-^QUntft,
Renvoyant à ce que j'ai dit plus haut sur les fystet sébacés pileux (2), je me contenterai de rappeler que j'admets deux modes de productions de ces kystes pileux :
(i) J*at dit qae le jeune Biicieu, (|ai ma servi d exemple pour I'uicIq* •ion parasitaire péritootfale, avait rendu par les telles une Ivnffe de poils roelés sur eux-mêmes (livr. 1, $77).
(1) Tome ni, p. 340, claisedei MéUm^^^tn.
918 ANATOMI£ PATflOLOGlQUK GittlifiALS.
i^ des kystes pileux constitués aux dépens d'tm fbllicuk pileux dans la cavité duquel s'accumule un nombre plas ou moins considérable de poils libres pelotonnés ; V des kystes pileux par production de toutes pièces d'un ttsso cutané nouveau.
Des poils sur les membranes mttqueuses»
J'ai dit que la présence des follicules pileux était le caractère le plus général et le plus constant de la peau, et leur absence le caractère des membranes muqueuses. Cela est vrai en général : cependant il y a quelques exceptions à cet égard, et sans |)arler des poils normaux de la caroncule lacrymale, des poils qu on pourrait considérer comme normaux de la face interne des grandes lèvres; de ceux qu'on rencontre quelquefois sur la conjonctive palpébrale, ranatomie comparée nous en fournit un exempte remarquable dans les voies digestives des grands animaux herbivores et surtout chez le cheval. Des faits de ce geore ont été plusieurs fois t objet de communications à la Société aoatomique par M. Mailler, chef de clinique à Técoled^Alfort, médecin vétérinaire des plus grandes espérances (11-
Ces Faits que j ai étudiés avec beaucoup de soin, et ('ont je puis garantir rautbeniictté , établissent qu'il existe des poils apparents, à la vue simple, chee presque tous les chevaux : l^' au pylore et à Torigine de Tintestin grêle; 2"* dans la portion repliée de lare du côlon , surtout vers les courbures pelvienne et gastrique : chez beaucoup de chevaux, mais moins Fréquemment que dans les régions
( I ) Voy . Bulletins de la Société anatomitfue, i S36, Bulletin n* S. H k Compte rendu des travaux pendant la même année, p. 376. Les olxserTalioRë lit Ai. Maillet ont éie faites mr près de 300 chevans 2 il lui a «(< impotsible de los découvrir sur 10 ou 1 3 chevaoi ; il est vrai «pie to«t«> ses observations ont éie' faiies h la uue simple* De ncNiVfllee lechercbw doivent é(re faiies avee des lospes §roasies«iites»
THBIZIÈMB CI.ASSR. DR5 MATAM0IIPH08ëS. 91 f
précédentes , on trouve des poils : i* dans toute Tctendue de Tintestin côlon; 2' dans le cœcum» surtout vers l'insertion de Tîntestin grêle; 3^ dans Tintestin grêle, au voisi* nage des cananx biliaire et pancréatique ; jamais ni dans le tiers moyen de Tintestin grète, ni dans le rectum, jnresque toujours dans la portion pylorique ou épithcliale de Festomac , jamais dans la portion cardiaque ou épidermique de cet organe.
Quant aux caractères des poils intestinaux, leur longueur est très variable; le plus ordinairement elle ne dépasse pas une ligne et demie, deux lignes ; il est des poils qui sont si petits quMs sont presque imperceptibles. Les plus longs sont en général ceux qui se trouvent sur des groupes de follicules muqueux ; ils sont plus longs au pylore que dans le côlon, et dans celui-ci que dans le cœcum.
La couleur de ces poils est en général de la même nuance que celle de la peau. Il y en a (|ui ont la grosseur d'un crin; d autres, et ce sont les plus nombreux, sont excessivement déliés ; tous ont & leur base un renflement bulbaire. Relativement à leur nombre, on en voit des miU liers vers le pylore, on en trouve aussi beaucoup dans les courbures pelvienne et gastrique du côlon, beaucoup moins au cœcum et dans le reste du côlon où ils sont clairsemés.
Ces poils existent-ils cbex les animaux autres que le cheval ? M. Maillet les a cherchés inutilement sur la muqueuse digestive de la chèvre et do mouton. Il en a trouvé une fois dans le feuillet d'une vache.
Les poils manquent chez les carnivores* sur le chien en particulier. Je les ai cherchés inutilement dans lespèce humaine; et je suis porté à croire, avec M. Maillet, que les usages des poils sur In muqueuse des grands herbivores sont de protéger mécaniquement cette muqueuse
920 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉHÉBALE.
contre laction irritante des aliments fibreux dont ils se nourrissent (1).
Un mot sur la pUùniciion (2) : i^ Il n^est pas douteux que des kystes pileux ovariques ou autres , suite <le conception extra-utérine ou d^inclusion parasitaire, peuvent s'ouvrir dans la vessie comme ils s'ouvrent dans le rectum, et devenir la source d'un pilimtction. Le cas si remarquable observé par le bien regrettable professeur Delpecli est un type de ce genre (3).
(i) Cet poilft ont été trouvés par MM. Rayer et Davaioe, et rtwlics par eux avec beaucoup do soin sur la portion pjiorique de restomacdi cheval.
(a) Lire à ce sujet rezcellent mémoire de M, Rayer, tur le tnclim des voies uiinaîivs, et tur la piUmiction [Gazette médicale de Pam^ i85i).
(3) Observation d'une piUmiction reconnaissant pour cause un hftt pileux faisant saillie dans la cavité vésicale, {Chir, clin, de Montpel» liery t. II, p. Sai, i8a8). En ▼oici le résumé : Femme de vingt-quant anit, grosse pour la deuûème fois; douleurs vives de Tesste; èmisnv^ avec les urines de poils dont plusieurs sont chargés de coriaétions st- Unes. Les urines charriaient toujours des poils dont plusieurs furroi extraits p.ir le mari de la malade avec un crochet introduit dans l'urètre; elle accouche heureusement. Peu de temps après, Delpech, app«iê, soupçonnant la présence d'un calcul vésical, fend la partie sopérieon du canal de l'urètre et retire un petit calcul avec plusieurs mècka de poils. Le doigt, porté dans la cavité de la vessie, reconnaît d*aoim poils qu*on extrait avec une pince à pansement : la malade ti de mieux en mieux. Deux mois après, nouvelles douleurs avec eipolsion de poils. On explore la vessie et Ton retire un corps gros conme un œuf de poule, présentant à Tune de ses extrémités an fragmeat de peau à laquelle étaient implantés des cheveux^ et renfermant un os lenblable k Vapophyse xygomatique. Cet os présentait un alvéole daw laquelle était log<«e une petite dent molaire. — Je rapprocherai de ceh^ le cas non moins remarquable publié par noire si honorable et si eicellent collègue M. Hipp. Larrey (Mémoires de t Académie de médeoMt, t. XII), et dont voici le résumé : Femme do creule-trois ans, trois po** sesses; tumeur du volume d*un œuf dans la région iliaque gancbe; abcès h Thypogastre, suivi d'une fistule d'où sorUient du pus, des p»h et de Tunne. Émission des poil^ avec Funiie; calcul ayant des poils pow noyau; extraction d'une tumeur pileuse et d*un calcul, Guérisoo,
TaElKlBMK CLASSE. DES METAMORPHOSES. 921
2* H est également hors de doute que des poils ont été trouvés au centre d*un calcul urinaîre, et la présence de ces poils pourrait sans doute être la conséquence de Ton* verture d'un kyste pileux dans la vessie; mais dans le cas suivant, qui est le seul de ce geure que je connaisse et que j ai rapporté dans mon premier ouvrage (i), il est plus que probable , il est même certain que la mèche de cheveux qui servait de noyau au calcul avait été introduite par le canal de Turètre par une main monoroaniaque. Voici cette observation :
Le 23 juillet iSift, un chirurgien anglais nous montra^ a la clinique de Dupuyli*en, un calcul urinaire formé par du phosphate de chaux et du phosphate ammoniaco-roa* gnésien, ayant pour noyau une mèche de cheveux. Cette mèche était très longue : une de ses extrémités était bon* clée et semblait se terminer par un tissu lanugineux; l'autre extrémité était roide, encroûtée de phosphate calcaire qu'on avait pu prendre pour les bulbes des poils. Cette pierre avait été retirée, à Ijondres, de la vessie d'une dame de qualité, de mœurs pures, qui assura ne s'éire jamais rien introduit dans la vessie. Le chirurgien anglais était persuadé que la mèche de cheveux s'était formée dans cet organe, d autant plus, disait-il, que sa couleur n'était pas celle des cheveux de la malade : mais il nous a paru beaucoup plus probable qu elle y avait été introduite. Il est des femmes qui, pour satisfaire des goûts dépravés, ont poussé par mégarde des corps étrangers jusque dans la vessie. On a vu des malheureuses le faire pour prolon* ger leur séjour dans les hôpitaux. Mais il en est chez qui c'est une espèce de folie. Telle était une dame qui, sans aucun motif raisonnable, faisait accroire à son mari que des morceaux de porcelaine se formaient dans sa vessie, et continua longtemps son manège, malgré les douleurs
(i) Eami sur tmmmt, pmikpi.^ i8f6, U II, p. 17S.
923 AWATOMIR PATHOLOGIQUE GÉNÉIIAUS.
que devait OEiaser FintroductioD et l'expulsion de ces corps étrangers. Telle était encore cette femme qni fut reçue à ThApital Saine-Antoine , do teraps de Brasdor, et opérée par le bas appareil, pour retirer des petits cailloux quelle avait fait parvenir jusque dans la vessie. A peine guérie, eilerépéta la même introduction, nouvelle opération. Eofio elle en introduisit un si considérable qu^on fut (rf)ligé de recourir à la taille hypogastrique à laquelle elle succomba.
M. Rayer, alors mon collègue d'internat à THôteUDieo et qui assista, à la clinique de Dupuytren le jour de la présentation du calcul , ajoute un détail (i) que j'ignorais, et qui établit le fait de Tintroduction des cheveux dune manière positive, c'est qu'il fut reconnu plus tard que les cheveux étaient liés par un fil.
Mais les poils peuvent-ils se former dans les voies urinaires ? L'anatomie pathologique se tait complétemeot à cet égard. M. Bayer, dans ses savantes recherches , d'« trouvé que le passage suivant de Bichat (2), qui établisse la possibilité de l'existence des poils dans les voies urinaires et sur les muqueuses en général. « Quelquefois, (b w Bichat, il se forme des poils à la surface interne des » membranes muqueuses : on en a vu dans la vessie, » Tesiomac, les intestins; divers auteurs en citent des « exemples : j'en ai trouvé sur les caicuis du rein ; la fési- » cule An fiel m en a offert aussi une douzaine Junpeuceà 9 peu près et qui étaient évidemment implantés à ^ » surface. »
J'ajouterai , avec M. Rayer, qu'il est regrettable qu w présence d'un fait aussi rare Bichat se soit borné à uo simple énoncé, et n'ait rien dit de l'état de la membrtoc
(i) Lùco citato^ pagn 4o«
(a) Bichat [Anatomie générale)^ nouvelle édition, i83o, U 11, p*^
TREIZIÈME GLAMK. P&i MÉTAMOftPHOSES. 92S
muqueuse du bassinet, et des calices (l)dans le cas de calculs rénaux qu'il a observés.
A défaut de preuves directes du développement des poils sur la muqueuse des voies urinaires et sur la vessie en particulier, peut-on admettre comme preuve indirecte de ce développement la présence de poils au milieu de calculs urinaires, ou certains cas de pilimiclion ?
La présence de poils au milieu des calculs urinaires est-elle suffisamment établie par lobservation suivante de Maurice HofTniann (2) ?
Enlîint de six ans. Ténesme vésical ; de temps en temps, expulsion de quelques poils avec les urines. L enfant étant mort, on trouva dans la vessie deux calculs (que lauteur a fait figurer) dont Tun était reçu dans Fexcavation de Vautre. Ce calcul double paraissait formé par une matière blanchâtre comme du plâtre. Des poils minces se trotivaieni çà et là soit droits^ soit enroulés et parsemés Je particules Jibro- muqueuses assez dures*
S'agissait-il de véritables poils? Ces poils avaient-ils é\é formés aux dépens de la muqueuse de la vessie ou de celle du bassinet et des uretères?
Je crois devoir résoudre avec M. Rayer la première question par Taffirmative. Les données pour résoudre la deuxième question nous manquent con»plétement.
Quant aux cas de pilimiction , je n'en ai observé par moi-même qu'un seul exemple que je regarde comme positif. Il a pour sujet une dame étrangère de la plus
(f) Relativement aux poils trouvés dans U vessie, J.- Pi ëd. Meelkel , après avoir dit {M/m. sur les poils, Journ. complémeniairt^ t. IV) qu'il n'ëtait pas rare que (a vessie fftt hérissée de poî/s, ajoute que Tautopsie cadavérique o*ft, dans aucao cas, démontre »aus réplique que cet poils se fussent formés réellement dans la vessie ou même seulement dans les voies urinaires.
(a) Trichiasis cum calrulo vesicss i^enuino sibi in roedio iocumbenti [Ephemerides naU ciir. cent. V et VI, obs. 4^> rapporté par Bl Kajer, op. ctf, page i3).
92 & ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉBALE.
grande distinction et de la plus haute vertu , âgée de dn* «[uante ans, d'une forte constitution, à système pileux irès noir et très développé. Cette dame éprouvait quelquefois de légères coliques néphrétiques. Je la priai de me conserver ses urines. Quel ne Fut pas son étonnement de trouver avec du sable rouge une certaine quantité de petits poils comparables aux poils des cils ! Je constatai le lait; mais je fus loin detre convaincu sur l'origine des poils ; je crus même que c'étaient quelques poils détacha des parties génitales qui étaient tombés dans le vase de nuit. Je priai la malade d^uriner chaque fois dans un vase bien propre et de verser ses urines sur un filtre. Toujours même phénomène. J'épuisai toutes les hypothèses pour expli(|uer le fait ; je soupçonnai même une monoroaDie qui aurait porté la malade non à introduire des cheveux coupés fins dans sa vessie, mais à en jeter dans son urine. Pendant trois ans au moins que celte malade est restée soumise h mon observation , le même phénomène sW produit, et j'ai dû admettre le fait comme positif, sans pouvoir m'en rendre compte.
N est-ce pas à la même catégorie que doit être rapporta le fait de M. le docteur Paulin décrit avec déiail par M. Rayer (1) ?
Une dame de province fut toute surprise de voir de [«• tits poils dans le vase i|ui avait reçu l'urine de son enfant. Les précautions les plus grandes furent prises pour éviter toute erreur. Le même phénomène se reproduisit pendant plusieurs jours. Vivement préoccupée de ce pliénomcne. cette mère conduisit à Paris son enfant pour consulter M. Paulin, son médecin ordinaire, qui fit uriner Tenfaot en sa présence , et constata à son tour la présence de petits poils avec le sédiment de l'urine.
M. Paulin accompagna la mère et leufant chei
(I) Op. cit., puge 3i.
M. Rayer, auquel il remit une partie du sédiment urinaire qu il avait recueilli Examiné au microscope, ce sédiment présentait de petits poils isolés, des fragments de poils plus ou moins volumineux et de nombreux cristaux d acide urique. Ces poils étaient reconnaissables au mi« croscope par leur enveloppe cornée et par leur substance médullaire. Malheureusement l'enfant n a pas pu uriner en présence de M. Rayer. Mais on ne saurait élever le moindre doute sur le fiiit de rémission des poils avec Tiirine : le témoignage de la mère, celui de M. Paulin, les précautions dont ils s'étaient entourés, enfin la petitesse et la finesse de ces poils qui n'avaient point leurs sem« blables sur le corps de Tenfant , toutes ces circonstances entraînèrent la conviction de M. Rayer; plus tard la pili* miction disparut complètement.
DES PRODUCTIONS EPIDERMIQUES.
Ce sont les cors et les productions cornées : les verrues sont ù la fois des productions dermiques et ]>apillaires, et des productions épidermiques. Je m'occuperai d abord de ces dernières.
ihi verrues.
Les verruei ne sont pas, comme les cors, des productions épidermiques et par conséquent non vivantes, ce sont à la fuis des productions dermiques, papillaires et épider* miques, des excroissances ou végétations cutanées : elles occupent en général la face dorsale de la main et des doigts, et par conséquent elles ne sont pas, comme le cor aux pieds» le résultat mécanique d*une pression qui provoque une sécrétion surabondante avec modification de Tépiderme.
Ij^ verrues sont vivantes, vasculairas, et fournissent du sang quand on les écorche. J ai vu, en 1S5&, un paysan
920 ANATOMIB PATHaU»GIQUR GÉNÉRALE.
limousin qui avait beaucoup de peine à arrêter les hëmorrhagîes de grosses verrues qui s'entamaient souvent pir le fait de son travail. Ce paysan, âgé de cinquante-six aoSt qui portait sur la face dorsale de la main et des doigis et sur la partie latérale de ces derniers, surtout an voisinage de la région dorsale, un très grand nombre de vemwi de toutes dimensions, m'a dit que ces verrues existaient ckei lui depuis Tàge de doose ans, et que depuis cette époque elles s'étaient succédé continuellement ; il en avait de tous les &ges. Celles qui étaient à Tétat naissant semblaicDi un petit épaississement dermique et épidermique; cellei qui étaient plus anciennes constituaient des excroissances papillaires juxtaposées dont chacune était recoo- Yerte d*un étui épidermique. Les plus anciennes étaient comme tronquées, et leurs papilles munies de leurs étois épidermiques beaucoup plus distinctes et même séparées les uiies des autres, ce qui donnait à ces verrues un aspect fendillé.
Quand on coupe verticalement une verrue on peu volumineuse, prise sur le cadavre ou sur un individu cpi a voulu s'en débarrasser, on voit que le cborion , Tépi* derme et le corps papillaire concourent à sa prDda^ tion; que la verrue est essentiellement constituée par une agglomération de papilles considérablement déve loppées et juxtaposées, parallèles, indépendantes, fortement pressées les unes contre les autres et néanmoia^ faciles à séparer; que chaque papille est pourvue de vaisseaux presque centralement placés qui parcourent toute sa longueur. On dit que le sang qu elles foumisieot a la propriété contagieuse. Cette opinion est trop généralement répandue pour qu'elle n'ait pas quelque fonde ment. Bamiel père, chimiste distingué , m'avait montré dans le temps une traînée de verrues sur la fiice dorsale de sa main, il affirmait qu'elles s étaient formées sur le trajet du sang qu'avftit fourni la section d'une verrue.
TRBiaAMB CLASSfl. DBS MÉTAMOBPIiOSBS. §97
Des cors.
Les cors sont des productions épidermîques circonscrites que I on observe sur la iace dorsale et sur la face latérale des orteils, au niveau des articulations pbalangieones, dans tous les points qui sont le siège d'une pression considérable par suite d une chaussure plus ou moins serrée.
Voici ce que lanatomie pathologique démontre :
Si l'on coupe un cor, ou mieux si on Fextirpe, ce que certains pédicures Font avec beaucoup d*habileté, on voit qu'indépendamment des couches épidermiques superfi* cielles , le cor est essentiellement constitué par un noyau très dur, de consistauce cornée, qui déprime plus ou moins profondément le derme , lequel est très aminci , comme atrophié à son niveau et semble même perforé.
Si Ton fait macérer l'orteil d'un cadavre qui porte un cor plus ou moins considérable, au bout de quelques jours le cor s enlève avec facilité : une bonne partie, la partie superficielle, est convertie en farine, le centre, qui a résisté a la macération, est figuré comme un clou, et il n est pas rare de voir le derme complètement perforé. On trouve assez souvent une petite bourse muqueuse entre le cor et los ; l'os lui-même présente quelquefois à ce niveau de petites végétations bypertrophiques^ jamais je n'ai vu de cor pénétrer dans l'articulation correspondante. Les filets nerveux correspondants sont quelquefois le siège d'une hypertrophie névrilématique qui se révèle par de petits renflements gangUformes.
Des prodoctiont eoném»
En anatomie pathologique, on donne le nom de frodmciions cornées à des excroissances ou à des lames d'appa*
028 ANATOMIB l>ATHOLOGIQUe G6MÊRALE.
rcnce cornée , qui naissent accidentellement sur divers points de la peau.
Renvoyant pour les détails aux figures et au texte relatifs à ces productions (pi. 6, Vll'livr., etpl.S, XXIV'livr-, je me contenterai ici d'une description succincte.
i^ Des ongles enjbrme de corne de bélier. Les ongles desorteils présentent quelquefois un développement extraordinaire qui porteàlafois sur leur longueur, sur leur épaisseoft sur leur forme et sur leur direction :• celle-ci estremar* c{uable , elle est curviligne et contournée en spirale à la manière d'une corne de bélier. Nous verrons qae celle forme en corne de bélier est commune à toutes les productions cornées.Tel est longle du gros orteil, représenté figure 2 et 2', planche 6, VII* livraison.
La face dorsale ou convexe de longle est lisse et silloo* née par des stries parallèles à concavité postérieure dirigée du côté de la racine de Tongle. La face palmaire de loDgle est rugueuse, sans cohérence, et se morcelle aveclaplos grande facilité : la coupe de longle présente des ligaesou stries qui attestent qu'il est constitué par des lamelles ou écailles superposées qui correspondent aux stries de la fece dorsale.
Cette hypertrophie de longle (qu ou me passe Fexpi^es^ sion) ne doit pas être considérée comme le développeineoi normal de longle abandonné à lui-même, mais il constitue un élat morbide qui est la conséquence, moins du défaut de section de l'ongle que d'une irritation exercée surb papilles sécrétantes. Ainsi les ongles en corne de bélier du gros orteil s'observent souvent chez les vieillards qui gardent le lit depuis longues années. Il me paraît infiniment probable que, dans ce cas, le poids des couvertures eo appuyant sur l'extrémité libre de Tongle, détermine, par le fait de la compression, un tiraillement douloureux sur les papilles, d'où une sécrétion beaucoup plus active.
TREIZIÈME Cr.ASSK. DES MÉTAMORPHOSES. 929
P'rodueiiont épidermiques cornées accidenteUes»
1® Production cornée lamelleuse. Ce sont de véritables productions cornées que les lamelles dures qui recouvrent quelques cicatrices : ainsi j'ai vu plusieurs fois des cicatriées de In jambe revêtues d'une lame cornée tout à Fait semblable a un ongle. Une cicatrice située au devant dii tibia , mentionnée dans mon premier ouvrage (1), était recouverte d'une espèce d'ongle qui avait un pouce de long sur un demi-pouce de large.
Productions cornées en formt de cornes de bélier.
Sous le rapport du siège , les productions cornées présentent une particularité fort remarquable, c'est qu'on les rencontre au moins aussi souvent à la partie postérieure et interne des cuisses, au-dessus du creux des jarrets, que dans toutes les autres régions réunies, y compris inéme la fiice et le crâne. Plusieurs faits que j'ai observés à la Salpéirière m'ont donné la clef de ce phénomène. C'est, en effet, du milieu de vergetures linéaires noires comme la peau du uègre , que j'ai vu naître plusieurs de ces concrétions cornées. Or ces vergetures attestent que la peau a été le siège d'une irritation répétée par Tusage immodéré de la cliaufTerette : c'est donc ches les femmes du peuple et dans les pays où l'usage des chaufferettes est très répandu qu'on rencontre le plus souvent ces productions cornée!!.
Du reste, les productions cornées peuvent occuper tous les points de la surfiice de la peau : nous assistons bien souvent à de semblables productions à la région faciale , où rien n'est plus commun que la formation de cornes en forme d'ergots de coq on de griffes de chien, recouvrant
l) CtlAI, I, II, p. IIM.