V^ GENRE
Hypertrophié da tissa osseaz»
L*bypertn>phie /du ti$su osseux est un des points le# plus intéressants de Fbistoire des hypertrophies, et par su fréquence et par les diverses formes qu'elle peut revêtir.
Lliypertrophie est tantôt circonscrite » tantôt non cîr* ooDscrite ; elle occupe toute l'épaisseur de los , ou bien ses couches externes , ou bien encore ses couches in« temes : elle envahit le tissu compacte aussi bien quç le Kitio spongieux.
jé. L'hypertrophie des os m nmnifeste par une con<^ densation de tissu {h/pertrophkpar cmdmsaiion ),
Cette espèce d'hypertrophie présente dwt variétés pnncipdes:
Première variété : Transformation du ît$$u spongieux en tissu compacte. Ainsi le diploé des os du crAne est quel;* qnefoîs remplacé par du tissu compacte ; il en est. de mène du tissu spongieux du oorps des vertèbres eu voisi*- Bags d'une carie de ces os.
36 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
Deuxième variété : Hypertrophie par augmentation de densité du tissu osseux, i* Par condensation du tissu compacte, lequel, sans aécroissement notable dans son volume , acquiert un poids double de Fétat naturel.
2* La même augmentation de densité s observe aussi dans le tissu spongieux dont les vacuoles sont rétrécies par 1 epaississement de leurs parois.
B. L'hypertrophie se manifeste quelquefois par une ra* ré/action de tissu avec augmentation de poids aussi bien que de volume. Ainsi, on voit au musée Dupuytren une tête qui a été présentée dans le temps à la Société anatomique par M. Andral neveu : tous les os du crâne, base et voûte, ont acquis une épaisseur de quatre à cinq fois plus considérable que de coutume. Les deux tables compactes sont converties en tissu spongieux.
C. L'hypertrophie des os se manifeste tout à la fois par une augmentation considérable de poids^ de volume et de den^ site. Ainsi, on voit au musée Dupuytren des portions dos delà voûte du crâne qui ont acquis jusquâS, A centimètres d'épaisseur, et qui sont constituées par un tissu compacte aussi dense que Tivoire. On y voit encore des fémurs hypertrophiés qui ont la dureté et Taspect de Tivoire. Au niveau de cette éburnation, ou hypertrophie par condensation, le canal médullaire manque complètement.
D. Nous devons encore considérer comme appartenant â rhypertrophie : !• Yexostose^ hypertrophie circonscrite constituant une tumeur proéminente, tantôt à base large, tantôt pédiculée ; 2* les végétations stalactiformes , en aiguilies, ou mamelonnées^ qui naissent à la surface d'un os , hypertrophies végétantes j ou ostéophytes^ qui servent quelquefois de support ou de trame à des lésions composées ( ostéochondrophy tes, cancers).
Mode de produciion de Fhjrperirophie des os. Les hyper* trophies non circonscrites se produisent presque toujours par pénétration^ ou plutôt par intussusception^ tandis que les
hypertrophies circonscrites se produisent le plus ordinairement par 5tfie?7K)5iiion de couches osseuses plus ou moins épaisses; couches qu'il est facile de distinguer de Tos proprement dit, lorsque leur tissu est moins compacte ou plus compacte que celui de los ; la distinction est impossible lorsque le tissu osseux de nouvelle formation présente la même compacité que los lui-même.
Enfin , il est des hypertrophies qui se développent tout i la fois par les deux modes , par intussusception et par superposition de couches osseuses.
Du reste y tous les tissus hypertrophiés sont remarquables par le développement de leurs gouttières vasculaires, surtout dans les premiers temps de la production de lliypertropbie.
Il faut bien se garder de confondre Thypertrophie avec Imflammation des os, ou ostéite, dont elle est souvent la conséquence. Le travail morbide qui constitue l'inflamniation me parait exclusif du travail nutritif qui constitue rhypertrophie. Ce qu*il y a de vrai , c est que Thypertrophie marche souvent à côté de Tinflammation , au voisinage de Tinflanimation.
C*est surtout dans 1 étude de Thypertrophie osseuse qu on peut bien apprécier la valeur des causes générales de rhypertrophie. Ainsi, toutes les fois qu^existe un travail morbide fluxionnaire quelconque, au voisinage d'un os, on sur los lui-même, cet os s*h y pertrophie. Voyez le tibia sons un ulcère ancien de la jambe , voyez les contusions des os qui amènent des exostoses circonscrites ou des hypertrophies générales de l'os.
Toutes les fois qu'un os est très exercé, il acquiert un volume considérable. Ainsi , j'ai vu un jeune homme qui avait perdu par nécrose sans réparation le tiers moyen du tibia. Eh bien , le péroné , triplé de volume , avait acquis une assez grande résisunoe pour servir de support au poids du corps.
LTiyperlrophie des os peut être produite par une causé spécifique avec ou sans carie: telles sont lesexostoses syphilitiques ou strumeuses.
L'hypertrophie des os peut se produire indépendamment de toute cause spécifique et constituer une lésion particulière; telle est l'hypertrophie des os du crâne et de la fSeice, dont il existe de très beaux exemples au musée Dupuytren ; hypertrophie , tantôt limitée à un ou plusieurs os , tantôt occupant tons les os du crâne et même de la face , régulièrement ou irrégulièrement distribuée , se manifestant ici sous la forme d'épaississement sans déformation ; là sous celle de protubérances ou d'exostoses plus ou moins considérables^ proéminant tantôt au dehors, tantôt au dedans des cavités du crâne et de la face, eonstituées tantôt par du tissa Spongieux, tantôt par du tissu compacte, etc.
VI* GENRE, gnitrophi» dn tim giaiidiileiii*
L'hypertrophie du tissu glanduleux est destinée à occuper une place très importante en anatomie pathologique , surtout depuis que le microscope, appliqué à Tétude dea tumeurs développées dans l'épaisseur des- organes glanduleux , a démontré qu'un grand nombre de ces tumeura étaient formées aux dépens des granulations glanduleuse» • elles-mêmes.
On trouve dans le tissu glanduleux les trota espèces d'hypertrophies, à savoir : l'hypertrophie pure et simple, rjbypertrophie par induration, et l'hypertrophie par tmnsformation.
Je vais étudier ces trois espèoes ou plutôt ces trois degrés d'hypertrophie : 1* dans les fbUicules simples on agminés ; V dans les glandules ; ft* et dans les glandes*
OMiftMB GliASSK. 0IS9 HYfBUTROPHlES. 39
1** BnàGB« Hypertrophie» foUiouleme».
Les hypertrophies folliculeuses se manifestent sous la ferme de granulations proéminant soit à la surface de la peta, soit à la surface des membranes muqueuses.
!'• soGS-iSFici. Hypertrophiée foUicoleoieB coUnéet.
Il est des indÎTidas qui ont normalement les follicules catanéf (parmi lesquels je comprends les follicules pileux) tfés développés , surtout dans certaines régions ; mais il est des hypertrophies acquises dans lesquelles Oes ibl|U; cuies doublent, triplent de volume et môme davantage. Toute irritation longtemps continuée sur la peau amène oc résultat. Ainsi le développement des follicules pileux» et par conséquent des poils , est remarquable sur les mmbres qui sont le siège d'une inflammation articulaire chronique. Surpris de voir sur la région antérieure de la poitrine d*un jeune homme un grand nombre de follicules sébacés très développés , j*appris quil avait été fréquemment soumis à l'usage externe de Thuile de croton tiglium sur cette région.
L'hypertrophie des follicules cutanés s'accompagne de la sécrétion d une matière grasse plus abondante que do oootame, laquelle se dépose en partie dans leur cavité. Les tannes ou kystes sébacés de In penti, du cuir chevelu en particolier, avec ou sans oblitération de lorifice excrétear, pourraient , h la rigueur, être considérés comme des hypertrophies folliculeuses \ mais leur place naturelle est dans la classe des kystes (voy. Productions enkystées).
> aoos-iirtaB. Hf^tropbiet d« toUlcnlet owqaeax.
Les hypertrophies folliculeuses des membranes muqoeoses ont fixé laitention des observateurs modernes dans un grand nombre d organes , soutf le titre de phleg-
&2 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNiHALfi.
oouleur» m conMSUiDCe et son épaisaeur accoutumées, luéme au niveau des granulalioos qu'elle recouvrait» Les granulations de tous les ordres étaient imperForées » ce qui n'étonnera pas si Ton considère que dans l'état normul les follicules de Tintestin grêle sont également imperforés, disposition qui na poiiit encore été expliquée, et qui, a fait admettre Thypothèse d'une excrétion par exosmose. * Toutes les granulations intestinales étaient creusées d'une cavité centrale , remplie d'un mucus qui ma paru de même nature que le mucus qui topissait les intestins. Plusieurs étaient de couleur ardoisée ou noirâtre,. mode, de coloration si fréquent sur la membrane muqueuse intestinale, et qui atteste presque toujours Texistence d'une fluxion sanguine antérieure et longtemps continuée. Le mucus contenu dans les follicules noirâtres présentait la même coloration que les parois elles*mémes.
Les follicules ogminés n'avaient pas échappé à cet étonnant développement; ils étaient saillants , de couleur ardoisée.
Les granulations étaient encore plus multipliées dans le gros intestin que dans l'intestin grêle (pi. 3). Elles étaient tellement pressées les unes contre les autres qu'on ne pouvait, dans leur intervalle, apercevoir la moindre partie des parois intestinales. Du reste, ces granulations présentaient identiquement la disposition et la structure des granola* tions de l'intestin grêle. Nulle part on ne découvrait de pertais propre à évacuer le mucus contenu au centre des granulations, si bien que la pression exercée sur elles ne faisait suinter du mucus par aucun point de leur surface* On a d'autant plus lieu de s*étonner de l'identité des fol* licules du gros intestin et des follicules de Tintestiii grêle, sons le rapport de l'imperforation , qu'un de leurs carao** tares différentiels dans l'état sain, c'est la (n-ésence d'un pertuis visible à l'œil nu pour le gros intestin et l'absence de pertuis pour l'intestin grêle.
ONZIÈME CUSSÊ. U£S HYPERTROPHIES. AS
Je ne sais si t'ahération que je viens de dëcrire ne serait pas mieux placée à Tarticle des kyHes mu(/ueux qu à 1 article* des hypertrophies. Cette altération appartient â la fois à iTiypersécrétion, aux kystes et a l'hypertrophie; car si Taugmentation de volume des follicules tient en majeure partie à la présence d'une grande quantité de mucus/ elle tient aussi à laugmentation d'épaisseur des parois du follicule. Je pense qu'à la rigueur on ne devrait admettre' comme hypertrophie folliculeuse que les hypertrophies qui tiennent à IVpaississement des parois, laugmentàtion' de volume par hypersécrétion ne constituant nullement' une hypertrophie.
L'hypertrophie des follicules mnqueux de Futérus mérite aussi une mention spéciale. On lobserve surtout dans le catarrhe chronique de cet organe, lorsque plusieurs folli-^ cules muqueux juxtaposés s'hypertrophient simultanément et constituent des tumeurs plus ou moins cousidérahles qui soulèvent la membrane muqueuse» souvent' hypertrophiée elle-même dans ses autres éléments: c'est là l'origine des polypes muqueux du col de Tutérus, si bien nommés utéro-folliculaires par M, Huguier, polypes qui 6nissent toujours par se pédiculer lorsqu'ils sVngagent dans le col de Tutérus (1). Or, comme lanatomie normale démontre que les follicules sont aussi abondants dans le corps que dans le col de l'utérus, et que ces follicules ne sont pas tous superficiels, mais qu'un grand nombre se trouvent placés à 1 ou 2 millimètres de profondeur (2) et même davantage, on conçoit le rôle que peut jouer le développement hypertrophique de ces follicules dans les lésions de l'utérus , et les erreurs de diagnostic qui peu-
(i) RieD de plos fréquent que les polypes mnqueaz chez les femmes atancées en ào;e : tantôt lliypertroptiie est limitée anz folfienles, et «lori le polype est puremeaf féricnlei» \ Iaiit6t rhypartropkîtf 4^ ittt#ta 414*. ments de la muqueuse prédomine.
(a) Voyet Anaiomie de$cripiiv€^ 3* édition, t. IH, p, 69^ note.
A6 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GBNéBALE.
dai]leurs on ne peut plus facile de ces glandes» est rendue nécessaire par la gène quelles apportent à la déglutition, à la respiration et à la phonation. Ce nest que par un examen superficiel qu'on a pu les prendfte pour des amygdales engorgées ou hypertrophiées. Je viens d observer une tumeur semblable du volume dune petite noix extirpée à riiôpiial de la Charité par M. Velpeau; elle est lobuleuse à sa surface comme dans son épaisseur : plusieurs granulations ou lobules ont la consistance et Taspect cartilagineux.
3" BSpècE. HyperCropliie de la glande prostaCi<|ae (i).
L'hypertrophie de la prostate est peut-être Thypertrophie glandulaire la plus fréquente ; elle est aussi une des lésions les plus graves des voies urinaires.
L'hypertrophie de la prostate peut être partielle ou générale (2). Partielle^ l'hypertrophie peut occuper : 1<> quelques granulations isolées dans l'épaisseur de la prostate; 2o la portion moyenne et inférieure de la prostate, connue improprement, depuis Everard Home, sous le nom de lobe moyen ; â^Tun des lobes latéraux, l'autre lobe latéral étant intact ;&• les deux lobes latéraux, la portion moyenne conservant son volume naturel. I/hypertrophie partielle peut coexister avec l'atrophie du reste delà prostate. Il n*est pas rare de voir la prostate divisée en trois lobes très considérables, deux latéraux, un médian ; ce dernier, occupant un plan postérieur aux premiers, est proéminent dans la ves-
(l) L'hypertrophie de la prof tate étant trèf fréquente, je dirait presque «onttaiite chex let vieillards, mais à des ètf^té% dirers, on pourrait établir «ne sorte d'eppoi&tioe eetre le testicule ec la prwcale sous le le^ |K>rtdttdévelo|>peaieDi ; ainsi, iJ est «n asseï grand nenbrs de vicillMds qui rendent habituellement du suc prostatique par le canal de PorèUre dans Fade de la défécation, pour peu que cet acte soit laborieux.
(3) Voyet Anatomie pathologique avec planches, XTII* lîvr., pi. 9 ^ U« Kvr., pL s, XXVf iifr., pi. S.
OlfZlfcMB CLASSB. DES QTPBRTIIOMIIBS. &7
m, i la idanière d'un fongus, nom sous lequel il a été bien souvent désigné.
Vhyperttofhie générale de la prostate peut être unifonne on inégale , avee ou sans tumeur proéminente dans la Tessie. Dans un cas représenté XXII* livr., pi. 2, qui peut être considéré comme le type de l'hypeftrophîe prostatique générale , la prostate bi lobée avait i pouces de hauteur sur 3 pouces dans son diamètre antéro - postérieur , et 2 pouces 1/2 dans son diamètre transversal. Les deux lobes prostatiques , parfaitement indépendants Tun de Tautre , étaient unis en haut tt en bas à laide d*une membrane épaisse ; il n'y arait point de trace de cette portion médiane inférieure de la prostate qu'on appelle improprement lobe moyen.
Les deux lobes prostatiques, inégaux dans ce cas (dans d*autres cas je les ai vus parfaitement égaux ), interceplatent une cavité on plutôt un ventricule ayant bcaucoop d'analogie avec le ventricule moyen du cerveau. Ce ventricule, qui pouvait contenir de deux à trois cuillerées de liquide, constituait une cavité intermédiaire à la vessie et au reste du canal de Turètre. La paroi inférieure de ce ventricule prostatique se présentait sous l'aspecc d'une gouttière profonde à concavité supérieure, M ploiét sous l'aspect d'un plan incliné curviligne, dont Textrémité postérieure , beaucoup plus relevée que Textrémité antérieure, formait une bride transversale contre laquelle devait buter le bac de la sonde dans le catbétérisme»
\jà forme lobuleuse de l'hypertrophie prostatique est une des plus intéressantes ; elle appartient presque toujours à rhypertrpphie partielle de la partie moyenne et inférieure de la prostate. Cette hypertrophie se présente sons Taspect d'une végétation fort îrrégulière, tantôt pédiculée, tantôt non pédiculée, qui proéraine dans la vessie, et qui
llB ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
S Oppose, à la manière d'une valvule ou soupape, à Texpulsion des urines (1).
La disposition lobuleuse peut également appartenir à Tun ou à lautre lobe latéral, et même à la partiemoyenne et supérieure de la prostate. Ainsi, dans un cas d*hypertrophie générale de la prostate représenté XXVI* liv. , pi. 5 (2), la prostate était divisée en plusieurs lobules, dont deux proéminaient dans la cavité de la vessie : ces deux lobules naissaient, Tun, inférieur, qui était le plus considérable, de la partie moyenne inférieure de la pro* State ; l'autre, supérieur, qui était moins considérable, de la partie moyenne supérieure; entre ces deux tumeurs était lorifice vésical de Turètre, qui avait laspect d'une fente transversalement dirigée; deux très petits lobules étaient situés, Tun à droite, l'autre à gauche de cet orifice.
La prostate formait un cylindre complet autour du canal de Turètre, et même, par une disposition bien rare, la prostate manquait en partie autour de la partie inférieure de ce canal, ou plutôt elle était remplacée par les lobules décrits, tandis qu elle était très épaisse autour de la partie supérieure de lurètre. Ce n'est pas la première fois que je remarque cette disposition, qui s'explique ou par l'atrophie d'une portion de la prostate, ou par le déplacement d'un certain nombre de f;rains glanduleux qui sont rejetés de l'un ou de l'autre côté.
(i) Ce lobnlfl médian, lorsqu'il est pédîcalé, natt, non do corps de la prostate, nais en qoelqoe sorte derrière la prostate, an niveau da roi Tësical proprement dit, sur la partie moyenne d*ane bride transversale étendue de reitrtfmité postérieure d'un lobe à l'autre. Le plus ordinal* rament» dans ce cas , le v9rumonianum forme une bride antéro-postérieure, plus proéminente et plus détachée que de coutume, qui vient, à la manière d*un pédicule, et souvent en se bifurquant ou le trilun|ttaiit, s'attacher à la partie postérieure de ce lobule médian,
(s) Présenté à la Société anatomique parBf. Mercier»
OHZliaCB CLASSE. DBS HTPERTB0PBIE9. M
La facilité avec laquelle les granulations prostatiques se déplacent n'explique- t-elle pas en partie pourquoi Tusage longtemps continué de très grosses sondes a pu guérir certaines rétentions d'urine par hypertrophie de la prostate? On pourrait également admettre que ces très grosses sondes peuvent , par leur présence, atrophier la partie inférieure de la prostate.
Avant les modifications ingénieuses apportées dans ces derniers temps à la sonde pour pénétrer dans la vessie en éludant, pour ainsi dire, le plancher de la prostate (à savoir le raccourcissement du bec et sa disposition nngu* leuse), il était presque impossible de pratiquer le cathé* térisme dans le cas d'hypertrophie considérable de la prostate, et surtout de sa partie inférieure , sans entamer plus ou moins profondément le tissu de la prostate, et même sans faire de fiausses routes à travers son tissu. On peut voir au musée Dnpuytren plusieurs prostates qui présentent deux , trois , jusqu'à cinq fausses routes. L'innocuité de ces perforations de la prostate dans un grand nombre de cas m'avait fait proposer (1) comme méthode de traitement la ponction de la vessie à travers la prostate.
L'hypertrophie des grains glanduleux de la prostate s'accompagne constamment de l'hypertrophie des deux couches musculaires, dont Tune revêt sa surfoce externe, et l'autre tapisse sa cavité ; or Tépaisseur de la couche musculaire externe et la ténuité de la couche musculaire ÎDteme n expliquent-elles pas pourquoi, dans l'hypertrophie de la prostate, les lobules proéminent constamment à l'intérieur et jamais à l'extérieur de la prostate. L'hyper'^ trophie partielle ou générale de la prostate s'accompagne presque toujours d'une hypertrophie considérable de la tunique musculaire de la vessie, par suite des efforts ré«
(i) Voyct Anatomie patholo^ut du corps humain^ grand in Folio avec plaodiet.
50 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉlliRAtB.
pétés de miction dont elle s accompagne ou de Pusage de la sonde.
Voici d ailleurs les particularités que m'a présentées la dissection attentive d*un grand nombre de prostates hypertrophiées (i).
Le tissu de la glande, devenu ptos fragile que de ooii-> tume, se déchire avec facilité et peut se séparer en sphéroïdes inégaux, dont j ai vu quelques uns égaler le volume d'une noisette.
Chacun de ces sphéroïdes est un grain glanduleux hypertrophié. Le tissu de chaque grain présente une texture aréolaire. Les aréoles, d'inégale dimension , sont remplies de suc prostatique. Quelques granulations , plus volumineuses, sont converties en cellules communiquant toutes les unes avec les autres et contenant une matière îaun&ire, visqueuse. Ces gros grains glanduleux, parbile* ment distincts, sont réunis par une trame de nature mus* culeuse, que je ne puis mieus^ comparer qu'au tissu de l'utérus chargé du produit de la conception. La prostate est d'ailleurs traversée par des canaux sinueux, pleins de liquide , ofErant des dilatations et des rétrédssiemenu alternatifs, et dont la face interne m'a présenté un aspect réticulé à la manière des canaux hépatiques. Ces canaux sont les conduits excréteurs propres de Ja prostate.
La prostate est donc constituée par de gros grains glanduleux de structure aréolaire , disséminés au milieu d'une trame musculaire qui m'a paru bien manifeste» ment la continuation des fibres musculaires de la vessie. La disposition bosselée de la surface, externe de la prostate, disposition facile à reconnaître à travers le rectum , me parait appartenir au cancer de cet organe et non à son hypertrophie.
Hypertrophie des glandes lacrymales. Je crois devoir
(i) Vcïjei XVII* lirr., pi. a, p. 3 du lexfe.
QMUftliB CLÀ8SB. BBS HYP£QT|^QPH4B9. Si
rapporter à i*bypertrophie des glande^ lacryipales le fait suivant que j*aî observé cheik une ^ix^ de qus^r^Qie ana« Les deux paupières supérieures étaient volquiiDeiisea « surtout à leur partie mpérieure et externe. Cette tuméfaction était due à une tumeur dure qui se prolongeait duna l'orbite, sous la voûte orbitaire, J ai cru d abord avoir afifeire à une production enkystée ou auu^ \ mtàs uq examen attentif m'a démontré que cette tumeur n'était autre chose quelaglande lacrymaiebypertrophiée.Celledu c6té gauche était beaucoup plus développée que celle du côté droit. La conjonctive était constamment injectée. Ou avait dit k la malade qu elle avait Upe Ipupe dans Tépaisseur de la paupière supérieure.
Hyp^trophie de la glande thytoX<i^, Il u est peut-être aucun organe dans l'économie qui soit plus sujet à Thy» pertrophie que la gkinde thyroïde , et o^tte byperuropbie constitue la majeure partie des goitres (1). On ne saurait contester Tinfluenc^ du climat et surtout de cerlaines eaux sur la production de l'hypertrophie thyro!* dienne » pas plus que la spécificité de Tiode coqtre cette lésion.
Les recherches pleines d'intérêt de M. Ghatin ont établi que les localités dans lesquelles les eaux sont naturellement iodées dans certaines proportions sont complètement exemptes de goitres, tandis que le goitre se produit dans les pay$ moins iavorisés, sous ce rapport, en proportion de la diminution du principe iodique, et qu il règne endémiquement dans les contrées qui en sont complètement dépourvues.
L'hypertrophie de la glande thyroïde peut être générale
(i) n B*ttt pas tmxe àê voir êm gUndet tliyr<»iiie« hj p^fCropliiéM d^ni le poida s'élève à Soa graounet, i kilogramma ; oa dit fo avoir vu qui pétaient jusqu'à 5 Idlograinmea. J'ai vainement cherche des conduits eacr^teurs dans plusieurs cas d'hypertrophie de la glande tfiyroïJe.
ai ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
OU partielle. Générale^ elle occupe la totalité de cette glande qui entoure comme un cylindre les deux tiers de la trachée et de Fœsophage ; partielle^ elle occupe tantôt le lobe médian seul (goitre médian) , tantôt lun des lobes latéraux {goitre unilatéral), tantôt les deux lobes latéraux ( goitre bilatéral)^ quelquefois encore, Tundes lobes latéraux et le lobe médian. Enfin, il est des hypertrophies qui sont limitées à ce prolongement glandultforme de la thyroïde r|u'on est toujours tenté de prendre pour son conduit excréteur, et qui vient se terminer an niveau de la mem-* brane hyo-thyroïdienne.
L^hypertrophie de la glande thyroïde (et cette réflexion me paraît pouvoir s appliquer à beaucoup d'organes) est le point de départ du plus grand nombre des lésions si diverses qui constituent le goitre. Lorsque Thypertrophie goitreuse existe depuis plusieurs années , lorsque les in« dividus qui en sont affectés restent soumis à Tinfluence sans cesse agissante des causes productrices de cette maladie, et n'ont été assujettis à aucun traitement iodé, alors à Thypertrophie succèdent diverses altérations, parmi lesquelles la production des kystes, les transforma* tions fibreuses , cartilagineuses et osseuses , tiennent le premier rang.
Relativement au tissu de la glande thyroïde hypertro-* phiée , la forme la plus commune est celle dans laquelle les granulations sont converties en vésicules à parois transparentes, remplies par une matière opaline, de la couleur et de la consistance du cristallin. Ces vési-* cules ou groupes de vésicules sont plus ou moins com« plétement isolés les uns des autres par des cloisons fibreuses quelquefois très épaisses. Les artères et les veines thyroïdiennes ont éprouvé alors un développement hypertrophique considérable; surtout les veines, qui subissent quelquefois la dilatation variqueuse serpenline et forment des çmnpes qui leur donnent
1 aspect de la tête de Méduse ( varices inédusiennes thyroïdiennes) (i).
Nous avons vu (2) que la glande thyroïdienne hypertrophiée , qui se moule en général d'une manière fort régulière sur la trachée, devenait quelquefois une des causes de compression les plus graves de la région cervicale des voies aériennes, qu'elle agissait en aplatissant la trachée , tantôt d avant en arrière, tantôt latéralement, et que c'était surtout le prolongement sous-sternal du lobe médian hypertrophié qui donnait aux goitres de ce lobe une gravité plus grande.
Hypertrophie du thymus. J ai dit ailleurs (3) que chez un certain nombre d'enfants nouveau-nés, et même dans le cours de la première année, le thymus, organe fœtal, ne subissait pas l'atrophie relative qu'il doit subir après la naissance; mais je ne connais aucun fait d'anatomie pathologique qui établisse qae le thymus soit susceptible d*hy« pertrophie proprement dite ; à plus forte raison, que le thymus hypertrophié puisse exercer sur la trachée une compression suffisante pour produire des accidents de dyspnée et de suffocation : je suis donc forcé de rejeter jusqu'à démonstration anatomique et à considérer comme une affection spasmodique , une angine striduleuse , Vasihme thymiquc^ ï angine ihymique deKopp et des auteurs qui l'ont suivi, bien que les accidents asphyxiques éprouvés par les petits malades représentent exactement ceux qui seraient le résultat de la compression des gros vaisseaux et de la trachée. J'ai (]uelques raisons de croire qu'on a pris, au moins dans un cas particulier, pour le thymus hypertrophié, le prolongement sous-sternal du lobe moyen de la glande thyroïde.
(i) Voyei f. H, classe des Dilatations^ p. 807. (3^ Tome H, classe des Hétréeissements et obtitérations, p. 34^* (3) Anatomie pathologique^ U II, p. 3 $9, et Anatomit éetcriptive^ Iroisieme éditioo, t. Il|, p. S68«
5h ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
Hypertrophie mammaire, I/hyperlrophie joue un rôle important dans les lésions de la glande tnonamaire. On y réftcontre les m)is modes d'hypertrophie :
1* L'hyperlrophie simple ; 2" Thyperirophie aveé îttdufdtion ; 3* Thyperlrophie avec transformation. Nous rétihifons ces deux derniers modes qui sont toujours confondus, l'hypertrophie avec induration s*accompagnant constamment de la transformation tibretise pins ou moins complète de l'organe.
Le développement de la glande mammaire à Tépoqae de la puberté chez les jeunes filles et assez souvent chtt les garçons, dépasse quelquefois les proportions de l'état {)iiy5iologique et devient pathologique : cette hypertrophie d& développement se manifeste parutie induration plus ou moins douloureuse qui persiste quelquefois pendant un temps assez long, et qui , négligée , peut passer à Tétat inflammatoire et se terminer par suppuration.
Il en est de même de Thypertrophie physiologique de la glande mammaire, après laccouchement, faypeitrophie qui peut être considérée comme pathologique pendant tout le temps que la mamelle hypertrophiée reâte douloureuse. On peut également considérer comme pathologique Thy-» pertrophie mammaire, pendant toute la durée de la lactation, chez les femmes délicates f|u épuise la sécrétion lactée. O^est dans ces conditions, c'est-à-dire chez les femmes mortes pendant la lactation, qu'il faut étudier la toamelle, si Ton veut se faire une idée du tissu glanduleux mammaire, qui est vraiment dans un état d atrophie en dehors de la lactation (1), de même que Tntérus en dehors de Tétat de grossesse.
I /hypertrophie mammaire. simple, comme rhyperln>* phie avec induration et transformation de tissu, peut être générale^ partielle ^ lobuleme^ granuleuse. Générale^ elle
(i) Anatomit dticriptivt^ 3* édit., c. III, p. 3^4*
O^IZlèMB CLASSE. D&S HTPERTflOPHieS. 55
occupe la totalité de la glande; partielle^ elle n'en occupe qu ttne partie ; granuleuse ou hbukuie , elle est circonscrite à une granulation, à un lobule, et se présente sous Taspect de granulations ou de glandes déposées au milieu d'un tissu sain. Quelquefois elle s'accompagne d'œdème, ce qui constitue une yariété que j'appellerai hypertfvpMe txâéma* ieuse.
Premier mode d'hypertrophie mammaire. — Hypertrophié simple. Dans Thypertrophie simple, il y a augmentation de volume de la glande mammaire, qui conserve ses caractères normaux , et dans sa densité , qui n*est augmentée que par la tension, et dans sa structure, qui présentée Tceil nu et à la loupe, comme au microscope , tous les caractères de ià glande mammaire et des glandes en ^nérai.
En voici quelques exemples.
Hypertrophie générale de ta glande mammaire droite tkez wat homme. Le fait suivant prouve que Thypertrophie Jégère que subit la glande mammaire chez les jeunes garçons, à Tépoque de la puberté, peut prendre un développement considérable et devenir permanente. Cette hypertrophie anormale ne saurait être considérée comme un état morbide. Conrad (Jacob) , âgé de vingt-cinq ans, cordon** nier» entré dans mon service en octobre 1850, pour une variole, m'a présenté une mamelle droite qui avait le volume moyen de la glande mammaire d'une femme. C était du tissu glanduleux, noueux, et nullement de k graisse. Il raconte que cette glande n'a commencé à se développer qu'à l'âge de vingt et un ans « et qu elle a mis six mois à acquérir son développement complet. Pendant tout ce temps cet organe était tellement douloureux que h tnalade avait sollicité plusieurs fois ses médecins d'en faire l'extirpation. Depuis cette époque il n'y éprouve aucune douleur. Aucun liquide ne suinte par le fuaitteloji(i).
(i) Je viens d observer un cas tout à fait semblaUle chez un homme de
56 ANiTOMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
Hypertrophie générale de la glande mammaire droite. Chez une femme âgée de-cinquante-trois ans, qui avait eu quatre enfants, la mamelle droite est deux fois plus considérable que la mamelle gauche ; elle est au moins deux fois plus lourde. La peau qui revêt la mamelle est d'une couleur rosée. Il y a absence de mamelon , qui est rentré ou plutôt invaginé au dedans de lui-même et ferme une espèce de godet (1).
Hypertrophie simple^ granuleuse et lobuleuse. L'hyper*trophie peut affecter isolément une granulation ou plu. sieurs granulations distinctes , plusieurs lobules isolés ou contigus de la glaude mammaire.
I* Hypertrophie mammaire granuleuse , ou granula* tions hypertrophigues. J ai été bien souvent consulté pour des granulations mammaires douloureuses à la pression et indépendamment de la pression , occupant en général un des points de la circonférence de la glande mammaire « bien distinctes du corps de la glande, dont elles sont souvent séparées de quelques millimètres. Je dois faire observer que ces granulations mammaires isolées , hors de rang, appartiennent principalement aux mamelles granuleuses , c'est-à-dire aux mamelles dont les grains glanduleux paraissent distincts les uns des autres au lieu d'être groupés en lobules. Les douleurs vives que
quarante-dnq ant. Chez lai, c'est la mamelle gauche qui est hypertrophiée. Cette hypertrophie, qui f*est produite à l*âge de dii-huic aus, donne « la mamelle toutes les conditions de forme et de consistance d'une mamelle de femme bien constituée. Son tissu est granuleux et nullement adipeux, le mamelon est très deTeloppé. Par contre, j'ai été consulté pour une jeune fille de dix-neuf ans dont la mamelle droite n*est pas plus développée que celle d'un homme , l'autre mamelle ayant son volume accoutumé.
(i) J'ai TU invoquer avec beaucoup d'insistance comme atgoc propre au cancer cette invagination du mamelon, qui s'observe en effet dans le cas de cancer central avec rétraction des canaux galactophores ; maïs cette disposition, quelquefois congéniale, me parait tout à fait indépendante du cancer proprement dit.
OSiZlËME CLASSE. DhS HYPtIBTAOPHIËS. 57
détermineai assez souvent ces granulations s'irradient le long du bras : elles reconnaissent souvent {K)ur cause une forte pression ou contusion. Il suffitdelinimentscalmantSy de cataplasmes, du soin de ne pas irriter sans cesse ces granulations par la pression des doigts, pour iaire cesser la douleur à laquelle la petite granulation, bien dtire, bien nettement circonscrite » survit ordinairement.
Hypertrophie mammaire lobuleuse. La même réflexion s'applique à l'hypertrophie simple lobuleuse. Ici c'est un lobule, c'est-a*dire un groupede granulations juxtaposées, parfaitement distinct des lobules voisins par sa consistance, par son volume, par sa mobilité, assez souvent par sa sensibilité. Le lobule simplement hypertrophié est ordinairement superficiel, plus ou moins rapproché du centre ou de la circonférence de la glande mammaire. Cette hypertrophie cède aux émollients et souvent aussi aux emplâtres fondants. Les malades rapportent ordinairement cette hypertrophie à une contusion antérieure.
Hypertrophie simple œdémateuse. Je crois devoir rattacher à rhypertrophie simple, sous le titre d* hypertrophie eedémateuse^ une augmentation considérable du volume de la mamelle , laquelle débute par un oedème actif érysîpélateux de la peau de la mamelle, et qui s'étend au tissu mammaire lui-même. Cette lésion peut tout aussi bien être placée parmi les œdèmes que parmi les hypertrophies. Elle s'augmente par une fluxion érysipélateuse nouvelle qui se produit de temps en temps, et aboutit à Imduration hyperti*ophique de la glande mammaire, et quelquefois à Téléphantiasis de la peau de cet organe. L'hypertrophie œdémateuse de la mamelle est générale ou partielle.
i* Hypertrophie tedémateuse générale. G est dans cette catégorie que j'ai placé un cas que le hasard m^a fait observer dans le service de M. Velpeau, et qui a fait le sujet d'une dissertation inaugurale, soutenue le 28 août
1852 (l). L'auteur de la thèse concluait de ses observations qu'il y avait dans ce cas cancer en masse sous forme squîrrheuse plutôt que sous forme encéphalotde; et comme la surface delà mamelle présentait de petits vaisseaux cutanés variqueux, avec des ecchymoses sousnépidermiques, lesquelles formaient de petites indurations circonscrites, Fauteur admet qu'il y avait en même temps prodiiction de tissu ërectite à la peau. Chez cette malade, âgée de soixante-huit ans, qui faisait remonter sa maladie à sept mois, la mamelle gauche avait à peu près le volume de la tête d*un adulte. Elle était uniformément développée; son poids était très considérable. La température de la peau mammaire était plus élevée que celle des parties voisines; la résistance élastique de la tumeur à ia pression était uniforme, sans granulations, sans lobules distincts. On peut dire qu'il y avait dans cette mamelle trois éléments : !• l'élétrent hémorrhagique cutané et sous-cutané, qui n'était qu*un incident; 2» l'œdème; S» l'hypertrophie. L'oedème me paraissait dominer, car il y avait commencement d*éléphantiasis.
Dans le cas suivant , l'hypertrophie oedémateuse était partielle.
Hypertrophie œdémateuse partielle. J'ai été consulté plusieurs fois par une demoiselle âgée de trente et un ans, dont la mamelle droite avait un volume de trois à quati^ fois plus considérable que la mamelle gauche. Cette augmentation de volume n'occupait que la moitié inférieure de l'organe. Le poids de la mamelle incommodait beau*coup la malade , qui avait imaginé plusieurs moyens de
( i) Etude diagnostique d'un cas insolite de tumeur du stfM, pM* OmvMTft de 8alla. — L'auieur, qai considère ceue tumeur coomm osncéreas», se fonde eti grande partit* sur cet axiome de Bayle, d'après lequel toutes les fois qu'une tumeur de la mamelle ne présente pas francbement les caractères d'une tumeur bénigne, d'une tumeur inflammatoire sans lésion, e*«si «a cancer qn^il faut la rapporter.
ONZIÈME CtÀSSK. DES HYP£RTBOt»HIES. 59
contention pour la soutenir. De très grosses veines par* courarent sa surface. Il y avait un peu d'oedème. Quand on saisissait la mamelle entre deux doigts , on sentait des masses dures et lobuleuses. Cette hypertrophie datait de Tépocpie de la puberté , et avait été précédée d'une fièvre lente dont le type était rémittent. Dans le principe, ce n'était qu'à l'époque menstruelle que la mamelle préêen^ lait ce mouvement fluxionnaire et hypertrophique, tou» jours douloureux. Plus tard, le développement et la douleur devinrent permanents. A l'époque menstruelle la mamelle devenait si volumineuse, que, suivant rexpression de la malade, elle passait sous le bras, qui ne pouvait plus être rapproché du corps. Les astringents, les lotions alumineuses, les bains alcalins, les laxatifs » n'ont feit que ralentir la marche de la maladie.
Il y a bien évidemment , dans les cas de ce genre, deux éléments morbides bien distincts, l'oedème et l'hypertrophie; et Ion conçoit combien il est difficile de faire, d'une manière rigoureuse, la part de l'une et de l'autre.
Deuxième mode d'hypertrophie mammaire. — Hyperiro^ phie axftc rnduratîon tî transformation de tissu. Je l'ai déji dit, dans la glande mammaire, l'hypertrophie avec induration s'accompagne constamment, mais à des degrés di«> vers, de U transformation de son tissu en tissu fibreux. Elle se divise, comme l'hypertrophie simple^ en générak^ en partielle^ en gramtleuse et en lobukuse.
Hypertrophie générale avec induration et transjormtaion et tissu. Je n'ai jamais vu d'hypertrophie mammaire plus considérable et plus généraleque che&s une jeune paysanne âgée de dix-huit ans, parfaitement bien constituée d'aiU leurs , dont les deux mamelles, monstrueuses par leur vo*^ kme, qui égalait an moins cetni de la tête d'un adulte, IW commodaient tellement, que cette malheureuse, incapable de se livrer à aucun tiavail» entra dans un hôpital pour s'en feîre pratiquer l'ablation dans le cas oii il serait im»-
60 ANATOMIE PATHOLOGIQUK GÉNÉRALE.
possible de pouvoir la guérir par un autre moyeu (l). Les chirurgiens de rhôpital, MM. Thibaut et Tuilier, voyant que le volume de cet organe allait toujours grossissant, se décidèrent, après plusieurs mois de soins inutiles, à enlever successiveipent les deux mamelles, avec la précaution de mettre trois mois au moins d'intervalle entre les deux opérations, lesquelles ^ont parfaitement réussi. Chacune de ces tumeurs pesait dix Jivres. Les glandes mammaires étaient converties en un tissu fibreux lobuleux, qui me rappelait les corps fibreux de l'utérus, mais qui offrait une densité un peu moindre. J ajoutais, en rapportant ce fiut (2), que j avais rencontré plusieurs fois cette hypertrophie avec transformation de la glande mammaire ; que plusieurs glandes mammaires extirpées comme cancé* reuses m'avaient paru n'être autre chose que des glandes mammaires qui avaient subi cette hypertrophie*
Hypertrophie mammaire pariielie avec induration et trans^ formation de tissu. Cette induration hypertrophique partielle quon pourrait appeler diffuse, parce qu*elle n'est pas nettement circonscrite, parce qu'elle se continue sans ligne de démarcation avec la portion saine de glande mammaire dont elle ne peut être distinguée que par une diffé* rence de consistance, ceue induration hypertrophique, dis*je , simule le cancer à s'y méprendre , si bien que la marche si différente de la maladie, dans les deux cas, peut seule les différencier.
Ainsi M. Lebert a présenté à la Société anatomique une mamelle extirpée par un chirurgien distingué. Le tiers environ de cette mamelle, sa partie centrale, celle qui entoure le mamelon , était indurée et se continuait sans ligne de démarcation avec la portion saine. Le tissu malade était granuleux, très dur, de couleur rosée. Il prësen-
(i) Cest à l'hôpilal de Limoges en iSaS que j'ai observé ce ^ait. {2) Dictionnaire de médecine et de chirurgie prati^ues^ article H tpbktiio* nui, t. X, p. a47i i833.
ONZIÈME CLASSE. DES IIYPERTfiOPIIIES. 61
tait plusieurs petits kystes contenant une matière l)runâtre, petits kystes que le microscope a démontré être formés aux dépens des culs*de«sac glanduleux. Le microscope a démontré dans toute l'étendue de la tumeur des culs-de« sac glanduleux, et nulle part la cellule cancéreuse. C'est un cas d'hypertrophie avec induration et transformation fibreuse. Il est une variété d'induration, hypertrophique diffuse dans laquelle la portion de mamelle hypertrophiée, sans augmenter de volume, sans changer de forme et sans perdre sa disposition granuleuse, présente une très grande consistance. C'est le mode d'induration hypertrophique que l'on confond le plus ordinairement avec le cancer dur ou squirrhe , et que Ton extirpe comme tel.
Hypertrophie avec induration et transformation fibreuse circonscrite^ granuleuse et lobuleuse, La mamelle est extré» mement sujette à tme induration circonscrite , qui se pré* sente sous l'aspect de granulations ou de tumeurs glandunformes, d'un volume variable depuis un grain de mil, un noyau de cerise, jusqu^au volume des deux poings réunis et même bien davantage, d'une dureté pierreuse, mobiles, par&itement distinctes du reste de la glande mammaire, à laquelle elles ne tiennent que par un tissu cellulaire plus ou moins lâche.
Ces tumeurs, ordinairement sous-cutanées, peuvent oc-* cuper presque indifféremment tous les points delasurface de la glande mammaire, mais ne se développent que rare* ment dans son épaisseur ; elles sont ordinairement sphéroïdales, tantôt lisses à leur surface, tantôt tuberculeuses, moriformes : ce sont ces tumeurs, qui étaient presque toujours confondues avec les cancers durs ou squirrheux de la mamelle et extirpées comme tels , que j'ai décrites dans une note communiquée à l'Académie de médecine sous le titre de corps fibreux {i) incapables de dégénération
(i) Voy. Bulletin de t Académie de médecine^ p!iris, 1844) t. IX, p. 33o et mÎT,
cancéreuse» lesquels tantôt restent stationnaires pendant toute la vie» tantôt sont susceptibles de prendre un très grand développement. Cependant les micrographes modernes, et plus particulièrement M< Lebert, ayant reconnu dans un grand nombre de ces tumeurs tous les éléments bistologiques du tissu de la glande mammaire, à savoir, d une part les culs-de-sac glanduleux et les conduits galactophores, d'une autre part les tissus fibreux inter* posés à ces culs-de-sac et aux conduits , ont considéré comme n étant autre chose que des hypertrophies mammaires un grand nombre de ces tumeurs que j'ai désignées sous le nom de cor/75 fibreux. Je me suis moimême assuré de l'exactitude de ces laits, je veux dire de la présence des culs-de-sac glanduleux et des conduits galactophores dans le plus grand nombre de ce9 tumeurs.
D'un autre côté» il n'est pas douteux qu'un certain nombre de ces corps fibreux ne présentent tous les caractères de tissu des corps fibreux» sans mélange aucun des éléments bistologiques du tissu glanduleux» sous la lentille du microscope aussi bien qu'à la loupe, è l'œil nu et sous le scalpel.
Et qu'on ne croie pas que la distinction entre ces corps fibreux qui contiennent des éléments de la glande mammaire» à savoir les culs-de-sac glanduleux et des canaux galactophores» et les corps fibreux purs, exempts de tout vestige de tissu mammaire» soit facile à l'œil nu. iiinsi l'énorme tumeur mammaire du volume du poing que M. Hippolyte Larrey a présentée à l'Académie de médecine» et déposée au musée Dupuytreu, a été reconnue comme corps fibreux par tous les observateurs auxquels elle a été soumise. Eh bien ! les micrographes y ont reconnu des culs*de-sac glanduleux, et en l'examinant avec soin moi-même, à l'œil nu et à une forte loupe, j'ai trouvé sur les diverses coupes qui ont été faites louverture des
caoaux galaclophoreg ec quelques traces de tissu glauduleux.
Que résuUe-t-il des recherches de la micrographie? Que les tumeurs mammaires dures , mobiles , qui présentent à la dissection tous les caractères du tissu fibreux 9 et dans lesquelles cependant le microscope dé« montre des cub*de*&acs glanduleux, sont de simples hypertrophies mammaires? Kon, certainement ; elles resteront» pour nous, des corps fibreux, mais des corps fibrenx qui ne sont pas encore arrivés à lapogëe de leur développement» et qui contiennent encore des éléments glanduleux. Je le demande» dénierait-on le nom de cancéreuse à une altération qui présenterait avec tous les caroctères du cancer quelques uns des caractères du tissu propre de lorgane ?
Je diviserai donc les tumeurs que j*ai appelées corps fibreux de la mamelle en deux catégories : i» Les corps fibreux au premier degré; c est leur première période ; la totalité des éléments du tissu de la glande mammaire n'est pas encore envahie» il reste encore vestige du tissu glanduleux et des canaux galactophores» qu'une dissection attentive» aussi bien que le microscope » permet encore de reconnatire.
30 Les corps fibreux au deuxième degré» c est-à-dire à leur naaximum de développement : tout vestige de tissu glanduleux a disparu aussi bien à Tceil nu qu'au microscope ; tout vestige des canaux galactopbores a également disparu » à moins qu'ils ne se soient convei*tis en kystes. Et cette distinction est si vraie» que maintes fois dans les mêmes tumeurs» j'ai rencontré ces deux degrés juxtaposés : une partie de la tumeur présentant à Tceil pu comme au microscope tous les caractères du (issu fibreux le plus pur, et une autre partie présentant encore à la dissection comme au microscope des traces de granula* tions mammaires et de conduits galactopliores; et la tran«
6/l ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉnAtE.
sition du tissu mammaire sain en tissu mammaire complètement transformé en tissu fibreux se faisant par degrés insensibles.
Le microscope me parait donc avoir résolu, par rapport à la mamelle , la question relative au mode de développe* ment des corps fibreux. J'avais la pensée que les corps fibreux mammaires , comme les corps fibreux utérins (i), se développaient de toutes pièces, sans intermédiaire, comme s'ils étaient déposés au milieu du tissu mammaire intact par génération spontanée. Or le microscope a démontré qu ils étaient formés aux dépens du tissu mammaire , et que les choses se passaient comme s'ils étaient le résultat de Thyperlrophie du tissu fibreux si abondant dans la glande mammaire avec atrophie graduelle et enfin disparition complète du tissu propre de la glande, et la dissection attentive d un grand nombre de corps fibreux mammaires à la première période est venue confirmer, par sa sanction toujours nécessaire, les résultats de la micrographie.
Ainsi les corps fibreux mammaires sont le résultat d'une transformation ou métamorphose du tissu mammaire, et plus exactement d'un développement hypertrophique du tissu fibreux avec atrophie incomplète d'ahord, puis complète du tissu glanduleux lui-même. Les canaux galactophores, qui résistent plus longtemps que les autres éléments de la glande, finissent eux-mêmes par disparattre,à moins qu'il ne s'en isole une portion plus ou moins considérable par inflammation adhésive, et que cette portion isolée ne constitue un kyste ordinairement multiloculaire.
Je renvoie à l'article Corps fibreux ^ métamorphoses fibreuses^ le complément de ces réflexions : je dirai seulement que
(i)Le microtcope n'a pas encore démontré que lei corps fibreai ultfrins foieot formés aui dépens da tissa propre de l'atéras.
ONZIÈME CLASSE. DES HyPERTBOPHIES. 65
j'ai eu occasion de voie des tumeurs mamoiaires que javais pendant la vie caractérisées du nom de corps fibreux, etquiy ayant été extirpées, m ont présenté, dans une partie de leur étendue, les caractères de la transformation fibreuse hypertrophique avec vestige de tissu mammaire , et dans une autre partie de leur étendue le caractère fibreux et même chondroïde le plus prononcé, sans aucpn vestige de tissu marainaire; que plusieurs corps fibreux ayant été extirpés 8uccessivement.de la même glande mammaire^ les uns présentaient à J'œiLnu comme au microscope les caractères de l'hypertrophie mammaire, cest-^-dire la disposition granuleuse avec canaux galactophores, et les autres les caractères microscopiques aussi bien que les caractères àlœil nu.des corps fibreux les plus purs. Ce Sût est une véritable démonstration.
Voici d ailleurs quels sont les caructères de Thypertrophie avec induration et transfoi*matioii fibreuse, ou mieux des corps fibreux incomplets » c'est-à-dire qui n'ont pas subi complètement la transFormation fibreuse :
1* A 1 œil nu et à la loupe , la tumeur est dure et granuleuse ; la dissection, aussi bien que la macération , en dissociant ses éléments, la décompose en granulations ou en lobules dans lesquels l'œil nu ou la loupe ne recon<» naissent plus de vestiges des granulations glanduleuses. On voit dans son épaisseur des conduits galactophores; on trouve souvent de petites poches ou kystes à parois blandies remplies de végétations qui naissent de divers points de la poche comme par des espèces de racines, et qui se divisent à la manière de branches rameuses^ Quelquefois il n*y a qu'une végétation, d'autres fois il yen a plusieurs qui naissent de divers points de la poche : il est difficile de se rendre compte de ces végétations que j*ai décrites avec beaucoup de soin (XI* livr.), à moins qu'on n'admette une pénétration des grains glanduleux comprimés et hypertrophiés dans les conduits galactophores. 111. 5
66 ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
2^ Au microscope, on voit des culs-de-sac glaaduleux se présenter sous Taspect de li(;nes étroites, courbes, dont les extrémités se réunissent à angles; ces culs-de-sac sont pleins de granulations qu'on considère comme de 1 epithélium. Entre les culs-de-sac glanduleux on voit un tissu linéairement disposé plus ou moins abondant : c est le tissu Bbreux.
Quand la métamorphose du tissu glanduleux est coni' plète, les culs-de-^ac glanduleux ont disparu, et Ton ne trouve plus que du tissu fibreux (1).
Hypertrophie du foie. J'étudierai cette hypertrophie : i^ dans le foie eh masse ; 2*" dans les granulations.
i"" Hyperbvphie générale du Joie. Il n^est aucun organe dans 1 économie qui présente plus de différences que le foie dans son poids et dans son volume (2) chez les divers individus, même dans Tétat physiologique, doù ladiffi* culte dnpprécier son hypertrophie. On connaît sa prédominance relative chez le tinetus; prédominance qui va en diminuant à mesure qu'on approche de l'époque de la naissance. Cependant Lobstein (^Anat. paîh, gén.^\i.ik) parle d'un enfant nouveau-né dont le foie était si considé' rable, qu'il avait rendu l'accouchement laborieux. Suivant M. Andral [Anat. pathoL^ t. Il, p. 59S), l'excès de volume que le foie conserve pendant toute la durée de l'enfance , et même pendant toute la vie, chez certains individus, n'est pas un phénomène isolé, mais se lie à d'autres perversions de nutrition qui fondent cette manière d'être à
(i) Y a-t-il, ind^pendaminent de répoque de la lactation, une k^pertrophie mammaire qui porte exclosivement et princi paiement aurrélément glanduleux de la mamelle? Cette opinion a été soutenue par M. Lebertqui rapporte à celle hypertrophie des tumeurs friables et blanches, confondues, suivant lui, jusqu'à ce jour, avec des tumeurs enccphaloîdes. Je n'ai pas eu occasion de les observer.
(i) J'ai dit» p. 385, t. Ml, Anatomie descriptive, que le rapport du poids entre les foies de divers individus était de i à 3, en l'absence de toute lésion morbide. Le poids mojen du foie est de i kiloçramme et demi à a kilogrammes.
Laquelle on donne le nom de constitution scro/uleuse. C'est, d après le même observateur, un des signes locaux d'une affection générale. J'avoue n'avoir pas remarqué que le foie soit plus volumineux chez les scrofuleux que chez les individus d'une autre constitution.
La fièvre intermittente est une des causes les plus re-* marquables de l'hypertrophie du foie , et il n'est pas rare de voir cette fièvre, qui porte en général ses e^Tets exclusif vement sur la rate , déterminer à la fois , et une hypertro-' pbie du foie , et une hypertrophie de la rate.
Y a-til quelques rapports entre Thypertrophie du foie et celle de la rate? Je n'ai connaissance d aucun ordre de faits qui établisse à cet égard soit une loi d'antagonisme, soit une loi de simultanéité de développement. J'ai rencontré de gros foies en même temps que de grosses ou de petites rates, et récipro<|ttement (i).
L'hypertrophie du foie peut avoir lieu dans ses trois
(i) Chez une dame qui habite Vertus- a ux-Loges (Loiret), sur les bords du canal d'Orléans, lieu très fécond en fièvres intermittentes, et qui, depois sepc ans, avait été atteinte à plnsiears reprises d*ane fièvre intermittente, laquelle résistait souvent ai^ sulfate de quinine et qui se reproduisait avec la plusgrande fdcilifé, j'ai trouvé en même temps, et une rate volumineuse et un foie très considérable quidescendaitjuiiqu'àla fosse iliaque droite, et pourtant la fièvre ne sVtait pas reproduite depuis deux ans.
J'ai rencontré plusieurs fois dans ma pratique des individus qui m'ont présenté une hypertrophie simultanée du foie et de la rate sans fièvre intemnif tente préalable; mais le plus ordinairement la fièvre intermittente a précédé.
L*|]ypertropbie da foie se révèle non seulement par un volume plus ooosidcrabte dn foie, mais encore par une tension considérable de cet organe ^i représenta exactement l'état d'un foie dont la veine porte « été inicctée par un liquide solidifiable. Le foie présente dans ce cas une Compacité, une densité, «ne cohésion plus considérables que d« cottta^e, des émioenoet pl«s prononcées, des dépressions plus profondes.
U t'en iiotbien que tout les foies qui débordent les cÀles ois qni pro^ miaesi m répi|{afltre, ou qni te proloo^ent jusque dana l'bjpoclMMidre fradM, tMeni «les foica hypertrophiés. Cette observation t'appli^^pie ten? iamanl «as fcmiMa , à causa de la déformalioa imphméa au foia par Fatale da corset.
6S ANATOMfB PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
dimensions a la fois , dans deux ou dans une. Ces différences tiennent presque toujours à des circonstances mécaniques ; car, malgré sa densité , aucun organe ne se moule plus facilement que le foie sur les parties qui Tenvironnent ; aucun organe ne se nu>difie davantage dans sa forme. En outre, la division du foie en lobe droit et en lobe gauche étant tout à fait artificielle chez Thoniine, il est, dans beaucoup de cas, impossible de dire qu'il y a hypertrophie du lobe droit ou du lobe gauche ; car, par IcfFet de la compression du lobe droit , les granulations qui constituent ce lobe peuvent être en partie refoulées h gauche, comme dans d autres cas les granulations du lobe gauche peuvent être en partie refoulées à droite. L^étude de Thypertrophie du foie, considérée sous le point de vue clinique, appelle de nouvelles recherches (1).
Il faut bien distinguer Taugmentation du volume du foie qui tient à Thyperirophie de celle qui tient au développement de masses cancéreuses , de kystes dans son épaisseur. Ce développement s accompagne souvent d atrophie du foie au moins dans les points qui sont le siège d'une compression. Il m'a paru, dans un certain nombre de cas , que le travail morbide dont s'accompagne la présence des tumeurs cancéreuses disséminées du foie avait eu pour résultat une fluxion nutritive sur les granulations de cet organe, et par conséquent une hypertrophie.
a® Hypertrophie granuleuse du foie. Nous verrons à Turticle Cirrhose du foie^ classe des Jtrophies, que Thyperirophio joue un grand rôle dans cette lésion qui est essentlollomont caractérisée , au moins dans sa dernière pé-
(i) Il n'Mi Miicune mal««lie dans loqaelle le foie soit plas sujet ï des
ymlnlltMii «le volume que dans les maladies da cœurpenrenuesà une pé-
»lH(le HVMiH'i^e. J'«i vu eliei quelques malades le foie se tuméfier dookm-
fuMsaitiMil en ¥ln(tl«quatre heares, descendre jusqu'à la fosse ilieqnecc
' 'mNi4Ner lorsque la oirouUtîon cardiaque avait recouvré un peu plut
nU I le méuie phidiomène s'est quelquefois reproduit à plttsiesn
s itliM le même individu*
riode, par lalropbie du plus grand nombre des grains glanduleux du foie et par l'hypertrophie de ceux qui ont échappé à latrophie. Nous verrons également que dans la cirrhose il y a hypertrophie du tissu fibreux.
Hypertrophie de la rate. L*hypertrophie de la rate est la lésion la plus fréquente et , sans contredit , la plus im« portante de cet organe, et peut-être un des points les plus iotéressants de la pathologie.
Cette hypertrophie est caractérisée par une augmentation plus ou moins considérable de volume, de poids et de densité avec des modifications notables dans la texture de cet organe. Souvent même on trouve en même temps que Thypertrophie de la rate des foyers hémorrhagiques à diverses périodes (apoplexie de la rate), et même des traces de phlegmosic partielle.
Dans aucun autre organe Thypertrophie ne détermine iiDe augmentation plus considérable de poids et de volume, si bien que la rate qui, dans Tétat normal, attachée à la partie postérieure de la grosse tubérosité de Testomac, ne saurait être aperçue à louverture de Tabdomen , remplit dans certains cas une bonne partie de la cavité abdominale; de même le poids de cet organe, qui varie dans letat ordinaire de 60 à 250 grammes (2 à 8 onces), pieut s'élever jusqu'à 10, 20, 50 livres (i). On cite même un cas où la rate pesait kl livres. Nous verrons bientôt (12* classe , Atrophies) que, par opposition, Talrophie peut réduire la rate au poids de 8 grammes (2 gros).
En même temps quelle s'hypertrophie, la rate conserve en général sa forme normale de croissant ou de segment d^ellipsoïde. Ou y retrouve exagérés Texcavation de sa face interne qui répond à la convexité de la
(i) Il faut bien distin{;uer au lit du malade raugmentation de volume ^ la raie qui fienf à 11) jpertrophie de celle qui tient au développement <r«i kjflte acvpbalocjBte daot répaisseor de cet organe. Dans ce dernier cuiily a déformation de la rate et posaibilité d'y déterminer d« la flactoation.
70 AKATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
grosse tnbérosité de lestomacet les sillons ou échancrures plus ou moins profondes de son bord antérieur : or, cette considération de la forme de la rate hypertrophiée n'est pas à dédaigner, car elle ma servi dans plusieurs cas dou* teux à rapporter à la rate des tumeurs qu on avait considérées comme appartenant à d autres organes.
Duns quelques cas» la rate hypertrophiée, au lieu de présenter la forme recourbée d'un croissant , offre celle d un ovoïde à axe verticalement dirigé.
Sur un sujet qui fut porté à mon laboratoire, je constatai avant Tautopsie une tumeur à surface convexe, très dure, oblongue, verticalement placée, mesurant toute la hauteur de la moitié latérale gauche de labdomen (hypochondre, régions lombaire et iliaque). Cette tumeur, qui était itnmé* diatement placée derrière les parois abdominales , était mobile , si bien que je pus la faire tourner sur son axe et palper son bord antérieur qui était comme tranchant, mais sans dentelures; à ce bord tranchant, je reconnus la rate, car je savais c|ue les rates les plus hypertrophiées conservent toujours la disposition normale de leurs bords. Les dentelures ou scissures plus ou moins profondes que pré* sente si souvent la partie inférieure du bord antérieur de cet organe auraient rendu le diagnostic encore plus facile. C'était en effet la rate, dure, cassante, se comportant à la manière d'un raisiné coagulé. Elle était pourvue d'un mésentère propre [mésoraie ^ épîploon gasiro^splénùiue) qui m*a paru formé de quatre feuillets, comme le grand épiploon auquel il faisait suite.
La mobilité de la rate était la con8é<|uence de cette disposition, qui est asscE fréquente et qui explique les déviations ou diastases de cet organe dont je me suis occupé * ailleurs (1). La rate, toujours fidèle à la grosse tubérosité de l'estomac dans l'état ordinaire, en devient donc indépendante par suite de cet allongement du repli péritonéal gastro-spténique.
(i) Anmî, path, yén.^ 1. 1, VI*cl«9se des Déviatiom ou DîattMa, p. 716.
OHZliME CLASSE. DES UYPEaTROPHlES. 71
Les déplacements de la rate hypertrophiée seraient peut être beaucoup plus fréquents sans les adhérences fibreuses très denses et très serrées qu'elle contracte assez souvent avec le diaphra^pne et avec les autres parties qui Tavoisinenu Dans le cas suivant déjà nnentionné (tome I, page 716), I epiploon gastro - splénique n'ayant subi aucun allongement, la grosse tubérosité de Festomac avait suivi la rate dans son déplacement. Je fus appelé en consultation auprès d'une^ malade affectée de vomissements continuels. Ck>mme lésion matérielle, je constatai une tumeur considérable à la région ombilicale, tumeur déjà reconnue par mon confrère, et que nous jugeâmes Y un et Tautre formée par Testomac cam éreux. Cetle malade mourut dans le marasme. A louverture, nous trouvâmes, d'une part, que cette tumeur était formée par la rate déplacée, ayant le triple environ de son volume ordinaire, et, d'une antre part, que la rate avait entraîné la grosse tubérosité de Testomac qui faisait une espèce de coude avec le corps de Testomac resté en place. Est-ce au déplacement de In grosse tubérosité de Testomac, entraînée elle-même par la rate hypertrophiée qu'il faut rapporter les vomissements, le marasme et la mort? Je suis disposé à le croire.
Comme type de raie hypertrophiée flottante^ je citerai Tobservation suivante, déjà mentionnée ailleurs ( tome I, page 716), qui est aussi un exemple remarquable d'hyperirophie de la rate sans fièvre intermittente préalable. Femme Hotte, vingt-sept ans, mère de deux enfants dont le dernier avait deux ans, vint chez moi me consulter le 3 novembre 18&3. pour une tumeur abdominale quou lui avait dit être une tumeur de lovaire, et dont elle faisait remonter lorigine à six mois. Cette tumeur, qui remplissait les régions lombaire et iliaque du côté gauche, Thypogasire et la région iliaque droite, se présentait sous laspect duo énorme croissant à concavité supérieure, à
72 ANATOMie PATHOLOGIQUE GÉMÉRALK.
convexité inférieure qui affleurait ]e détroit supérieur du bassin, et à bord antérieur tranchant et même échancré. Cette tumeur était d'ailleurs très dure, sensible à la près* sion et très mobile. A ces signes ; je reconnus une rate hypertrophiée et flottante. La malade assure navoir jamais eu de fièvre intermittente, et cependant sa face est anémique, à la manière des chlorotiques. Jenai noté ni bruitde rouet aux jugulaires , ni souffle au cœur. Il y a sept mois qu'elle s*est aperçue que son ventre augmentait de volume, si bien qu'elle s'est crue grosse. Les règles ont néanmoins continué à paraître pendant trois mois. Elles sont complètement supprimées depuis quatre mois, et remplacées par des saignements de nez qui ont lieu tous les jours. La malade attribue sa maladie à des fatigues excessives, causées par un changement de profession. De couturière qu'elle était auparavant , elle s'était faite res* taurateur et s'était livrée à des travaux trop forts pour sa constitution délicatei Elle signalait surtout comme bien au-dessus de ses forces l'action de soulever une marmite très lourde, ce qui lui arrivait plusieurs fois le jour.
Pour compléter ce tableau , je dirai que je constatai la présence d'un peu de liquide dans l'abdomen, et un peu d'oedème aux membres inférieurs. Il y avait absence complète de fièvre. L'appétit était naturel. La malade insistait beaucoup sur l'oppression extrême qu'elle éprouvait en montant un escalier et même dans la progression ordi* naire, et pourtant rien au cœur.
Je reçois cette malade dans mon service à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Joseph, n* 1 , où elle fut pour moi l'objet d'une observation de chaque jour. La rate, dont j'ai déjà indiqué la mobilité, subissait souvent des changemcnts spontanés de position ; elle pouvait en outre être déplacée par l'observateur, et ce déplacement était favorisé par la présence de la petite quantité de sérosité con* tenue dans l'abdomen. Une chose qui me surprit d'abord i
ONZIÈME CLASSE. DES UYPERTHOPHlfîS. 75
cest que, parmi les évolutions spontauées que présentait la rate, jamais cet organe ne remontait à sa place naturelle, à savoir, dans lliypochondre gauche , tandis que le refoulement de la rate par pression dans ce même hypochondre s efFecluait avec la plus grande facilité; il est vrai de dire qu a peine la main qui la refoulait avait-elle cessé d'agir que la rate abandonnait immédiatement Thypochondre gauche. La raison de ce phénomène , c'est que Thypochondre gauche était entièrement occupé par l'intestin grêle, ainsi qu'il était iisicile de s'en assurer par la percussion ; en sorte que la rate, chassée par l'élasticité de l'intestin comprimé, reprenait sa position première aussitôt que cessait la compression.
Une des évolutions spontanées les plus singulières de celte rate, était la suivante : la rate, devenue verticale, occupoit la région médiane de l'abdomen ; son axe était dans la direction de la ligne blanche; sa face convexe regardait en avant, sa fiace concave eu arrière; son extrémité supérieure occupait l'épigastre , et son extrémité inférieure plongeait dans l'excavation du bassin. Cette position de la tumeur était incommode et même douloureuse, et la malade disait alors que Fa rate changeait de forme et doublait de volume.
Jeus recours sans succès au sulfate de quinine à la dose d'un gramme par jour. J'usai au contraire avec beaucoup davantage d'un électuaire composé avec fer et poudre de quinquina, dont jai en souvent l'occasion de constater leiBcacité dans les cas d'hypertrophie de la rate. Pendant cette médication, une phlébite se déclara au membre inférieur gauche, caractérisée par une douleur très vive à la région antérieure de la cuisse, au creux poplité et au mollet, douleur parfaitement circonscrite au trajet des vaisseaux et accompagnée d'oedème du membre. Quinze sangsues appliquées sur le trajet de la douleur donnèrent énormément et nécessitèrent la cautérisation.
7& ANATOMIE PATHOLOGIQUE OÉNÔIALE.
La malade se trouvant beaucoup mieux le 1^' janvier, et le volume de la rate ayant notablement diminué, elle voulut absolument sortir de Thôpital où elle se fit rapporter le 2 février, et mourut asphyxiée au moment où on la déshabillait pour la mettre au lit.
Autopsie, Lia cavité gauche de la plèvre est entièrement remplie d'une eau limpide et tapissée dans toute son étendue par une fausse membrane granuleuse, rouge, vasculaire;le poumon, atrophié par compression, est refoulé contre le médiastin; la rate, qui me parait avoir à peu de chose près le volume qu'elle avait au moment de l'entrée de la malade, était très fortement recourbée sur elle-* même. Son volume, son poids, m'ont paru être un peu plus de la moitié du volume et du poids d'un foie ordinaire. Son tissu, très compacte, présentait au premier abord l'aspect et la consistance du tissu du foie; mais il était beaucoup plus cohérent et se déchirait avec une extrême difficulté. J'ai fait injecter les vaisseaux spléniques, mais l'injection n'a pas pu pénétrer le tissu de la rate. J'avais déjà fait remarquer il y a bien longtemps, à l'occasion de la pneumonie, que l'injection n'arrive jamais aux capil* laires des tissus enflammés. Il parait en être de u éme de la rate hypertrophiée, dont les cellules, qui sont vraiment le tissu capillaire de cet organe, sont remplies avec distension par une substance rouge , concrète, qui parait n'être autre chose que la fibrine coagulée.
La rate tenait à la grosse tubérosité de l'estomac par l'épiploou gastro-splénique, très allongé, contenant dans son épaisseur des vaisseaux spléniques très considérables. La grosse tubérosité de l'estomac, comtne d ailleurs le reste de l'estomac, n'a pas changé de place. L'œsophage est un peu allongé dans sa portion abdominale. L'hypochondre gauche est rempli en partie par l'intestin grêle et en partie par le foie.
Le foie, qui avait le double de son volume ordinaire i
ONZIÈME CLASSE. D£j» HYPERTROPHIES. 75
présentait une sorte de tension, de dureté, de compadté remarquable (voy. Hypertrophie du /b/e). On aurait dit d'un foie injecte par une matière susceptible de se solidifier. Il ne s*af{aisse pas sur lui-même; ses formes sont mieux dessinées ; ses dépressions et sillons sont plus profonds , comme aussi ses éminences plus prononcées. Le foie débordait le rebord de Thypochondre droit, faisait une saillie considérable à Tépigastre, et se prolongeait jusque dans rhypochondre gauche qu'il remplissait en partie. Dans cette dernière région , sa face inférieure présentait une excavation qui semblait destinée à se mouler sur la convexité renflée de l'extrémité supérieure de la rate.
En même temps quVlle augmente de volume, la rate hypertrophiée acc|uiert une plus grande densité (i) et une plus grande fragilité.
Sous le rapport de la fragilité ou friabilité (2) il faut distinguer deux périodes dans l'hypertrophie de la raie. Dans une première période, le tissu induré et sec de la rate, d*une extrême friabilité, se brise comme une masse de raisiné compacte homogène, dans laquelle on ne distingue nPcellules ni boue splénique. Dans une seconde période, le tissu de la rate perd sa friabilité ou fragilité, et acquiert une force de cohésion très remarcjuable. Il résiste à une forte pression, et se déchire difficilement entre les doigts : l'élément fibreux de la rate est évidemment hypertrophié. On conçoit qu'une violence extérieure, qui à cette seconde période n'aurait produit aucun accident, puisse déterminer une rupture dans la première période. Tel est le cas d'un
(i)II serait bien de déterminer par deschtffres les difFéreitceidepesan* teiir ipécifique que présente la rate dans les diverses conditions d*hyperirophie où elle peat se trouver.
(a) J*ai dit ailleurs ( royes Anatùmie Jescnptive^ t. III, p. 44^) <)u*ua dca cartctères âm tissu propre de la rate était son e&tréme friabilité, que son tissa se déchirait en criant sous le doigt qui le presse et faisait éprouver uoe seimlion de craquement analogue k celle qui est connue en mioeralogîe soos le nom de cri de Pétain,
76 ANATOMIE PATHOLOGIQdE GÉNÉilALE.
jeune boiume qui m avait demandé conseil pour une rate très volumineuse, suite d'une fièvre intermittente. Dans une promenade à cheval, son cheval s étant abattu, la partie supérieure et gauche de labdomen vint frapper violemment contre le pommeau de sa selle, dite à la hussarde. Sa face se décolore, et il meurt. A Touyerture, on trouve une hémorrhagie péritonéale dont la source était dans une déchirure de la rate.
H y a beaucoup d'analogie entre la rate hypertrophiée à la deuxième période et le foie induré. Sur une rate du poids de trois livres et un quart qui me fut adressée dans le temps par lexcellent docteur Lherminier, médecin de THôiel-Dieu, et qui appartenait à une femme hydropique, morte d'une attaque d apoplexie foudroyante, la rate était d'une densité remarquable. J eus beau la comprimer, la malaxer sous 1 eau après Tavoir divisée, la boue splénique avait com])Iétemeot disparu ; rien ne sortait de ces cellules, qui étaient pleines d'une chair non musculaire ou de tissu solide; et je pus m'assurcr que les parois fibreuses des cellules avaient singulièrement augmenté d'épaisseur. Les coupes faites dans le tissu de cette rate présentaient diverses nuances, depuis la couleur lie de vin clair jusqu'à la couleur noire. On rencontrait dans un très grand nombre de points une coloration jaune orangé qui est findice certain d'une extravasation sanguine très ancienne. L'artère et la veine spléniqucs présentaient un grand développement, mais qui ne m'a pas paru proportionnel à l'augmentation du volume de la rate.
Chez un sujet femme dont la rate pesait une livre et demie (750 grammes), j'avais comparé l'aspect du tissu de la rate chroniquement hypertrophiée, non plus au foie, mais à un poumon qui a subi i'hépatisation rouge, avec cette différence que la rate est beaucoup plus dura et plus cohérente. Il ma semblé que cet aspect était la conséquence de Tétat particuHer du sang contenu daus les
aréoles fibreuses de la rate. Or, de même que les granulations de la pneumonie indurée sont constituées par des cellules pulmonaires pleines, de même le tissu compacte de la rate hypertrophiée est formé par une substance dure, d'apparence charnue, qui remplit les cellules spléniques. J'ajoutais que, pour compléter 1 anatomie pathologique de la rate hypertrophiée, il faudrait étudier à fond la nature de cette espèce de chair splénique, qui, suivant toutes les apparences, était constituée par la fibrine du sang coagulé. Dans plusieurs injections que j'ai faites des vaisseaux spléniqnes, artères et veines, la matière à injection s'est arrêtée dans les vaisseaux et n'a pas pénétré dans les cellules spléniques ; or on sait que, dans l'état normal, l'injection la plus faible et la plus grossière, poussée par la veine splénique, remplit immédiatement les cellules spléniques et donne à l'organe un très grand développement (2).
Comme type de rate chroniquement hypertrophiée, je crois devoir encore rapporter le fait suivant, que j'ai étudié avec le plus grand soin.
Anatomie pathologique d'une rate chroniquement hypertrO' phtée. Une jeune femme ascitique, avec infiltration des membres inférieurs, est apportée mourante à la Charité, le Mi septembre 1852 ; elle mourut pendant la nuit. A l'au* topsie, nous trouvons une rate hypertrophiée, un foie atrophié, décoloré, sans altération de tissu, et n'ayant pas la moitié de son volume ; des reins atrophiés, décolorés, non granuleux, présentant quelques dépressions linéaires à leur surface, ayant à peu près la moitié de leur volume ordinaire (3).
Voici la dissection de la rate, qui pesait deux livres et
(i) Jaunwlde médtcint de GonriiarCi Laroux et Boyer, t. II. (a) Anatomie descriptive^ p. Sg.
(3) Je ne sois pas éloigoé de considérer Tatrophie da foie et des reins comme ëtaoC dans quelques cas une conséquence de l'ascice*
(Icnne (1,250 grammes). Sa forme est celle d un ellipsoïde ou ovoïde aplati , suivant ses faces, qui sont toutes deux convexes. Son axe est vertical ; sa circonférence régulière, sans la moindre dentelure; elle adhérait au diaphragme par sa face externe a laide de liens fibreux très denses et très serrés; elle adhérait aussi à sa face interne par des liens celluleux. Sa couleur est d'un blanc mat, qui tient à répaississetuent fibreux de ses membranes; à sa partie interne et supérieure était accolée une tumeur hémisphé* rique du volume d'une grosse noix : c'était une rate surnuméraire probablement hypertrophiée (1), qui était très adhérente à la membrane propre de la rate.
Le tissu de la rate était très dense ; son aspect était celui du foie ou plutôt d'un poumon chroniquemei^t hépatisé, et il résistait fortement à la pression, mais il finissait par se lacérer; on pouvait également le lacérer par une forte traction dans deux sens opposés.
A l'œil nu , et surtout à une loupe d'un grossissement de & à S diamètres , l'aspect d'une section de la rate faite par l'instrument tranchant, par lacération, comme aussi l'aspectde la surface de la rate dépouillée de son enveloppe, présente une disposition granuleuse : ce sont des myriades de granulations du volume d'un grain de mil, demi-transparentes, juxtaposées, groupées, placées au milieu d*une substance rouge, comme dans une gangue. En étudiant plus à fond ces granulations, j'ai vu qu'elles n'étaient autre chose que l'extrémité arrondie, ampullaire de petits tubes juxtaposés, sans comumnication les uns avec les autres, qu'il ma été impossible de poursuivre jusqu'à leur point d'origine. Ce sont bien des tubes creux, car sur toutes les coupes de la rate jai parfaitement reconnu leur cavité.
Il y a donc deux substances dans la rate hypertrophiée,
(i) Je dit probablement, car elle avait la même ilrncUire que lavande raie.
ONZIÈME GLASSB. DES ItYPERTROPHIES. 79
une substauce grise légèrement rosée, tubulée, une substance rouge prédominante et qui donne aux coupes de la rate un aspect rouge généralement peu foncé.
Les coupes présentaient çà et là des extravasations de sang« les unes capillaires Jes autres par foyers trréguliers; ceux*ci occupaient toute la circonférence de la rate. Pour mieux les étudier, jai voulu dépouiller la rate de son enveloppe fibreuse; j'ai vu que cette enveloppe, qui était irrégulièrement épaisse, mais partout extrêmement résistante, se détachait avec la plus grande facilité , i la manière d'une rate saine, dans la plus grande partie de son étendue, mais que, dans un certain nombre de ré» gions, dans celles occupées par les foyers sanguins, le dé- GoUement était impossible, et qu'une couche plus Ou moins épaisse de la substance de la rate était entraînée avec les membranes, lesquelles avaient en général acquis une plus grande épaisseur et une plus grande densité. Dans un certain nombre de points, ladhérence était tellement intime, que le grattage ne pouvait len séparer, ce qui ma paru résulierdeThypertrophie des prolongements fibreux que la membrane propre de la rate envoie dans Tépaisseur de cet organe.
Du i-este, il existait un très grand nombre de foyers sanguins (apoplexie spléoique) appartenant à des dates bien différentes dans les couches superficielles de la rate: ks plus anciens présentaient une couleur ocre qui avait pénétré la membrane propre; d autres, récents, présentaient une couleur noir de jais. J'ai trouvé un foyer plus considérable qui pénétrait à un centimètre de profondeur, au centre duquel était une substance blanche, coriace, qui m'a paru être de la fibrine décolorée. Non seulement fenveloppe fibreuse de la rate était très épaisse, mais en* oore les prolongements fibreux canaliculés qu'elle envoie autour des vaisseaux veineux de la rate.
lia description des ganglions lymphatiques spléniques
80 AKATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉAALE.
et abilomînaux de ce sujet m'a paru digne d'inférét. A la face interne de la rate , au voisinage de la scissure, il exis« tait une traînée de ganglions lymphatiques volumineux, au nombre de dix à douze, très adhérents à la rate ; ils étaient tous d^une couleur rouge plus ou moins foncée et pénétrés d'une grande quantité de sérum trouble. Deux de ces ganglions, qui tenaient à un repli péritonéal, avaient été pris pour des rates surnuméraires.
Les ganglions lymphatiques les plus considérables Ion-* geaient le pancréas derrière lequel ils étaient placés, et ils constituaient une masse plus considérable que le pancréas lui-même; la veine porte placée entre le pancréas et ces ganglions devait étrecomprimée. Enfin, d autres ganglions volumineux longeaient laorte et la veine |cave inférieure: tous étaient pénétrés de suc séreux plus ou moins trou* ble. Il est difficile de ne pas voir une connexion intime entre ce développement ganglionnaire et Thypertrophie de la rate.
Ce fait établit laffinité de l'hypertrophie et de rhéroorrbagie splénique (apoplexie delà rate), et cette affinité est telle qu'il est bien rare de voir des rates hypertrophiées sans quelque foyer apoplectique. La fréquence de ces apoplexies spléniques établit que les accès fébriles s accompagnent d'un raptus sanguin de la rate, raptus qui va souvent jusqu a Thémorrhagie.
L'affinité de l'hypertrophie de la rate avecl'ascite n'est pas moins démontrée. Or, cette affinité me paraît la conséquence de l'obstacle qu'éprouve la circulation dans la rate.
il ne faut pas toujours juger sur le vivant le degré d'hy« pertrophie de la rate d'après la saillie plus ou moins considérable que fait cet organe au-dessous de Thypo* chondre gauche (1) ; il arrive souvent que la rate hypertro-
(i) Cette différcacedoit tenir en partie aux différence! dani la laxîté des mofyent d'nnion de la rate à rettomac; tantôt la rate se dëteloppe,
pbîée fait surtout ses progrès du côté du diaphragme qu'elle soulève en rupiiUquant contre les parois costales : il en résulte pour la partie inférieure du thorax une maiitë qui pourrait en imposer au premier abord pour un épanchement plenrëtique. Ici la percussion est d une précision admirable et a été portée par M. le professeur Piorry à un point de perfection dont nos moyens d'exploration sont très rarement susceptibles* La rate hypertrophiée m ayant toujours paru sensible à la pression et surtout à la com*^ motion, je mets souvent à profit cette exploration delà rate par commotion , qui me permet de délimiter exactement la place occupée par la rate. Ainsi , je percute le thorax en priant le malade de m avertir aussitôt que j'arriverai sur une région douloureuse ou seulement sensible; con«« stamment la matité splénique correspond aux endroits endoloris. Cette sensibilité de la rate est portée jusqu'à la douleor vive, jusqu'au point de côtéj chez quelques individus» pendant la durée de l'accès et même dans l'intervalle des accès.
Des effets de t hypertrophie splénique sur ^économie. L'hypertrophie de la rate n'est point une lésion isolée ; mais de même que sa production se lie en général à un état fiâ>rile particulier, la fièvre intermittente, de même lorsqu'elle est produite et qu elle a atteint un certain degré de développement, elle se lie à unétat général del'économie.
Cet état général de l'économie^ qui me parait parfaite* ment caractérisé par la dénomination de cachexie splénique^ se compose de deux phénomènes principaux : l^la chlorose ou chlaro^anémk ; 2^ la suffusion séreuse qui a pour siège et le tissu cellulaire sous-cutané et la cavité péritonéale.
1* La chloro - anémie splénique s'observe chez tons les individus dont la rate est considérablement hypertro* phiée. Elle se manifeste d'ailleurs par les mêmes symptô-
pour ainsi dire, tar place da c6té da diaphragme, tantôt elle pnnd surtool MO «ccffomcaMiit da c6té de rabdomen.
Ht. C
82 AHATOMIB PATHOLOOfQDB GÉNÉRALE.
mes que la chlorose ordinaire, savoir : la décoloration couleur de cire de la face et de toute Thabitude du corps, le sonifle anémique ou bruit de rouet des jugulaires, le son clair des battements du cœur. Dans un cas particulier, la rate étint devenue très dcmloureuse, je fis appli(|uerdes ventouses scarifiées sur la ré(>iou splénique en arrière ^ or, le sauf; étudie au microscope par M. Gaillet, ne lui a pas foit découvrir un plus grand nonabre de globules blancs que dans le sang normal.
2<> La sufFusion séreuse occupe principalement le péritoine et le tissu cellulaire sous-cuuné : il est rare de 1 observer dans des cavités séreuses autres que le péritoine. La sufFusion séreuse du tissu cellulaire est générale comme dans Talbuininurie, si bien qu'au premier abord on croirait avoir affaire à cette dernière maladie. J'ai eu occasion de m assurer plusieurs fois que lurine dans Tbydropisie splénique n'est nullement albumineuse.
La coïncidence de la chlorose et de la sufFusion séreuse est un caractère qui me parait propre à la cachexie splénique ; car il est extrêmement rare de voir la chlorose ordinaire accompagnée dinfiltration.
Relativement à Thydropisie ascite qui accompagne ai souvent Thypertrophie splénique, cette hydropisie comme celle i|ue Ion observe dans les maladies du foie, est la conséquence du trouble de la circulation imprimé aa systèmede la veine-porte. Il peut étreaussi la conséquence d*une irritation étendue du tissu de la rate au péritoine, et je serais d'autant plus porté à admettre cette dernière cause, que j'ai vu des individus avec une rate tellement volumineuse qu'au premier abord je les avais regardés comme liydropiques, et chez lesquels cepeudaut je n'ai pu ctmstater la luouidre truce de liquide. L hydropisie ascite n est pas toujours eu rapport avec le volume de la rate, c'est-à-dire avec l'iniensitéde Tliyperti^ophie.
C'est bien à tort qu'on a regardé l'hypertrophie de la
OHSIÈME CLASSE. 0E& HYPERTROPHIES. 81
rate comme produite par lubtis du (|uinqiiina; car on Tobserve chez des individus qui n'en ont jamais fuit u»age. Le quinquina devrait, au contraire et à bien pbis ju$te titre, être considéré comme le remède à rhy|iertraphie splénique en guérissant la firvre dont chaque accès augmente le développement delà rate; en outre, le quinquina à petites doses concourt à la guérison de Thypertrophie après la chute de la fièvre (1). J'ai dit ailleurs que les ferrugineux associés au quinquina ou alternés avec le quinquina peuvent être considérés comme le spécifique de rhypertrophie de la rate.
Relativement a la connexion qui existe entre la fièvre intermittente et Thyperti^ophie splénique, on sait avec quel talent et quelle percsévirance M. le professeur Piorry (2) a cherché à établir que la lésion de la rate est à la fièvre intermittente ce que la lésion d'un organe est à la fièvre symptomatique qui laccompagne, et je suis d autant plus disposé à admettre cette manière de voir, que je disais en 1829 (5)y à Toccasion d'une malade qui avait succombé à une splénite suppurée, après avoir éprouvé plusieurs accès de fièvre intermittente :
« Ainsi cette malade a succombé à une inflammation 9 subaiguë de la rate, et pourtant aucun symptôme local » n'a indiqué cette inflammation : voilà donc expliqué
V tout ce qu'il y a eu de pénodi(|ue et dans les premiers
V jours et à une époque plus avancée de la maladie. Cette ■ splénite a-t-elle été ici la cause , a-t-elle été leffet 9 de la fièvre? Klle me panilt cause au même titre que la
• pneomonie Test de la fièvre qui laccompagne. Toutes
* les maladies de la rate que j'ai eu occasion d observer
(0 ^ojes Dictionnaire de médecine et de chirurgie prati^uet^ t. X, p. 344* na<^" ariicif HtpeR'iauphie.
(?) Traité de médecine pratii^ue, 1 845, t, Vf.
(3) Voyes Anutcmie patholoyititie •▼«c planclies, II* litr.; nplicition a* tapi. S;p.3do texte, 1899.
êft ANATOM1E PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE..
ont présenté des caractères de rémittence ou d'intermittcDCc que je me suis expliqués par la rémittence ou Tîntermittence des fonctions de cet organe, et si dans les premiers accès d'une fièvre intermittente il est per* mis de douter si la rate joue un rôle tel quel dans la maladie , il ne peut y avoir aucune espèce de doute à une époque plus avancée. J^ai donné mes soins, dans le département de la Haute-Vienne, a un grand nombre de fébricitants chez lesquels chaque accès était caractérisé non seulement par uu sentiment de gène , de tumé* faciion et même de douleur à la rate accusée par des malades, mais par une augmentation de volume manifeste pour le médecin. Il n'estd'ailleurs personne qui n*ait vu des obstructions spléniques réduites de moitié , des trois quarts , par suite de la cessation de la fièvre, re* prendre tout leur développement antérieur à la suite de plusieurs accès fébriles.
« Dans le plus grand nombre des cas , la fluxion san* guine sur la rate qui accompagne ( si toutefois elle n en est pas la cause matérielle) les accès fébriles , ne passe pas à Tétat inflammatoire; cependant I analogie qui existe entre cette fluxion sanguine et l'inflammation se manifeste par les adhérences quelquefois intimes que contracte la rate avec le diaphragme, adhérences qui se propagent même à la plèvre et s'étendent de la plèvre costale à la plèvre pulmonaire , de la plèvre diaphrag*matique à la base des poumons.
v La fluxion sanguine sur lu rate qui accompague« si toutefois elle ne produit pas la fièvre intermittente, a donc beaucoup de points de contact avec la fluxion inflammatoire, et cette affinité est d autant plus grande que la fièvre se rapproche davantage du type quotidien, etc. »
J admets donc une intime connexion entre la fluxion sanguine hypertropliique de la rate et la fièvre intermil-
ONZlÊliB CLA&SE. DES HYPERTROPHIES. 85
lente, et cependant je ne pfiis.ne pas reconnaître que la rate a été rencontrée extrèmeoient considérable non seulement sur des individus qui n éprouvaient pas de fièvre interaiittenteactueUe, mais encore sur des individus qui n avaient jamais éprouvé le moindre accès de fièvre intermittente.
Ainsi , j'ai donné mes soins pendant plusieurs années à une jeune personne de dix^huit ans dont la raie énorme se conciliait avec Téuit de santé le plus florissant, la fraîcheur du teint la plus vive et même un très grand embonpoint» et cependant cette jeune personne et sa mère m'ont affirmé que jamais elle n'avait éprouvé le moindre accès de fièvre intenaittentei bien qu'elle eût habité une localité où les fièvres intermittentes sont très communes, le Berry. Cette jeune personne s'est mariée : on redoutait beaucoup pour elle les conséquences de la grossesse et de raccouchement : cependant tout s'est bicD passé, dans une première comme dans une seconde grossesse, et la rate a conservé le volume considérable qu'elle avait auparavant.
Je terminerai cet article, trop long peut-être sur l'hy** pertrophie de la rate, par le résumé suivant :
L'hypertrophie de la rate est caractérisée par une imperméabilité des cellules spléniques , au moins dans les degrés considérables. L'injection poussée aussi fortement que possible dans la veine, aussi bien que dans l'artère spiénique, ne pénètre jamais au delà des vaisseaux.
Cette hypertrophie s'accompagne très souvent d'une péritonite locale adhésive, d'où les adhérences.
L'affinité de l'hypertrophie avec l'apoplexie spiénique est intime.
L'affinité de l'hypertrophie de la rate avec l'inflammation beaucoup moinsintime, s'observe quelquefois. Il faut bien distinguer dans cette appréciation la décoloration des foyers sanguins du pus concret. Dans plusieurs cas, cette transformation de l'hypertrophie ^e |a r^tp i^n phlegma*
9S AMATOMIË PATHOLOGIQUE GÉMÉHALC.
en existe un seul exemple bien ooustaté par lanatomie palhologique.
Hypertrophie testiculaire. Je considère comme appartenanlà d*aulres lésions et plus particulièrement au développement de tumeurs de diverse nature , dans Tëpaisseur du testicule , les cas d'hypertrophie tesiiculaire qui ont été indiqués.
Hypertrophie des ovaires. Gomme pour le testicule, cette hypertrophie est restreinte dans de bien étroites limites : chez les femmes c|ui meurent dans l'état de grossesse , ou peu de temps après laccoucheroent , les ovaires présentent un accroissement sensible de volume qui tient aux connexions intimes qui relient la circulation sanguine ovarienne à la circulation sanguine uté* rine. On pourrait rapporter à l'hypertrophie avec transformation un grand nombre^ de lésions des ovaires; mais il est plus exact de dire que Thypertrophie joue un rôle plus ou moins important, au moius dans la première période, dans toutes les lésions où cet organe acquiert un grand développement, et en particulier dans la production des corps fibreux de lovaire et dans Thydropisie enkystée de cet organe.
vu* GENRE.
Hypertrophie du lyttème oerreui.
Hypertrophie du cerveau. Le cerveau est soumis à cette loi physiologique en vertu de laquelle tout organe fortement et longuement exercé augmente de volume non moins que d activité vitale et devient prédominant. Or, lexercice pour le cerveau, c est le travail de la pensée : il est donc hors de doute que le cerveau peut s'hypertrophier comme le cœur, le foie, les glandes salivaires : or, tout le temps que la boite crânienne n est pas complètement ossifiée ; tout le temps qu'il reste encore une couche cartila-
oazIBME CLA:$SE. DKS HTM^BTROPHIES. 89^
gîneose dans les sutures,cetle botte osseuse peui se prêter à Faugmeoladoo graduelle de la masse encéphalique, et il ne répugne poiut d admettre que le crànë des hommes dont le cerveau a été longtemps et fortement surexcité, puisse obéir au mouv^nent d'expansion du cerveau. On dit que Napoléon , sur la fin de sa carrière politique, avait le crâne beaucoup plus volumineux que dans les premières années de sa vie politique; mais ce pourrait bien n être là qu une apparence.
Dans le cas où le développement du cràne ne serait point en rapport avec le moavement expansiFdu cerveau, on conçoit qu'il devrait en résulter des symptômes de compression de cet organe.
Au reste, ici, comme dans la plupart des bj^rtrophies, le point de la dirficulté consiste à tracer la ligne de démarcation entre Tétat physiologique et letat pathologique. Or, en comparant le poids et le volume des cerveaux d'un grand nombre d'individus sains, j'ai pu m assm^er que les extrêmes de la difFérence sous ce double rapport étaient dans la proportion de 2 à 3.
L'hypertrophie du cerveau a été notée parMorgagni , qui rapporte que chez quelques sujets le cerveau très vo> lumineux, relativement à la capacité du crâne, paraissait avoir subi une compression notable pendant la vie. Jade* lot a fait les mêmes remarques chez les enfants; il a même noté qu'un certain nombre d'enfisnts qui succombaient avec tons les symptômes de l'hydrocéphale interne , ne présentaient pour tonte lésion qu*ime disproportion entre le volume du cerveau et la capacité du crâne.
Laennec, dans un très bon rapport sur les recherches de 11 Mattbey, rehitives à Thydrocéphale interne (i), dit que, sur quelques sujets qu'il avait regardés comme attaqués d'hydrocéphale interne, il n avait trouvé qu'une
(i ) Jowmal de wMtcine ds Conriaarl, Leroiu el Boyer, t. IV.
90 AIIATOIIIB PATHOU>GIQOB GlillÉftALB.
petite quantité d eau dans les ventricules , tandis que les circonvolutions du cerveau, fortement aplaties, annon* çaient que cet organe avait subi une compression, laquelle ne pouvait être attribuée qu*à un volume trop grand et par conséquent à une augmentation de nutrition de la substance cérébrale.
' Dance présenta à la Société anatomique et publia ei»* suite dans le Répertoire général danaiomie de Breschet(t. V, 1828), quatre observations très détaillées sur ce sujet; mais comme il le dit lui-même, et cette remarque 8*âpplique à tous les cas publiés d'hypertrophie du cerveau, Tanalyse de ces observations montre que Thypertrophie du cerveau doit être admise piotôt comme probable que comme démontrée.
Quels sont, en eiïet, les caractères anatomiques de l'hypertrophie du cerveau? Son volume, sa consistance, les signes de sa compression , tels que le tassement des circonvolutions qui sont fortement rapprochées et sem* blent s'échapper de la dure*mère aussitôt qu on incise cette membrane; la sécheresse de larachnoïde , du tissu cellulaire sous^radinoïdien et de la substance cérébrale? Mais tout cela s'observe dans des cas où le cerveau a paru étranger à la maladie. Quant aux symptômes indiqués, ce sont en général ceux de la compression cérébrale, comme dans rhydropisie aiguë des ventricules du cerveau ; cépha* laigie, éiat obtus des Faculté:» intellectuelles, stupeur; et dans la dernière période, mouvements convulsifs ou perte complète du sentiment et du mouvement.
Il n'y aurait donc entre rfayperttx)phie physiologique et rhyperirophie pathologique du cerveau d autre diftérence que l'existence de symptômes cérébraux , dans le second cas, et leur absence dans le premier; or ce n'est pas sur une base semblable que peuvent reposer les faiu d anatomie patholo{;ique.
L'hypertrophie du oervean a été signalée dans quelques
cas en même temps que d'autres lésions de cet organe. Ainsi, dans plusieurs cas d'hydrocéphale chronique observés chez des enfants en has âge, on a dit que le poids et le volume de la masse cérébrale étaient au moins aussi considérables que chez l'adulte. Dans un cas de tubercules du cervelet dans lequel le cervelet atrophié- était réduit à une membrane mince , le cerveau m'a offert un volume extrêmement considérable.
L*hypertrophie du cerveau peut être relative : ainsi , dans le cas d'épàississement considérable des os du crânei lorsque cet épaississement n'est pas la conséquence du retrait du cerveau, on conçoit qu'il puisse en résulter sur le cerveau une compression funeste.
L'hypertrophie cérébrale peut être partielle; mais dans l'appréciation de ces hypertrophies partielles, H faut bien se rappeler que les deux hémisphères cérébraux n'otit jamais exactement le même volume, et que les circonvolu» lions correspondantes de l'hémisphère droit et de l'hémi* tphèi^ gauche sont rarement semblables.
Hypertrophie du cervelet. Les réflexions (|ue je viens de présenter sur rhyjiertrophie du cerveau s'appliquent exactement au cervelet, dont le poids et le volume pré* sentent des difierences individuelles non moins remarquables que le volume et le poids du cerveau.
Hypertrophie de ta moelle épinière Jusqu'à ce moment, on peut considérer comme de simples assertions tout ce qui a été dit à cesujet. Les cas d'hypertrophie de la moelle publiés par quelques auteurs peuvent être rapportés à l'état normal.
Je ferai remarquer que laugmentation de densité delà moelle, de même que relie du cerveau et du cervelet^ accompagne l'atrophie bien plutôt que rhypertro|ihie.
Il suit de ce qui précède qu'il n^est pas anatomi<|uemeiit démontré que les centres nerveux ^ient suscep* tibles d'hypertrophie proprement dite.
92 ASfATOMlË PATHOLOGIQUE GÊNÉHALIS.
Hypertrophie des nerfs. Il faut bien distinguer Tliypertropbie apparente des nerfs de l'hypertrophie réelle» Thyper* trophie du névrilème de l'hypertrophie de la substance nerveuse.
Il y a en effet deux choses dans un cordon nerveux» la substance nerveuse et Fenveloppe névrilématique : la substance nerveuse, qui se présente sous laspect de filaments juxtaposés extrêmement déliés, aussi déliés que le fil du ver à soie ; Fenveloppe névrilématique, qui se corn* pose : 1® d'une gaine lubrifiante qui enveloppe immédia* tement les filaments nerveux, dont la réunion constitue un filet, gaine lubrifiante que je considère comme de nature séreuse; 2» d'une gaine protectrice fibreuse qui recouvre la gatne séreuse ; ^^ d'une enveloppe protectrice générale qui enveloppe la totalité du cordon nerveux.
Or, la fibre nerveuse proprement dite n est pas susceptible d'hypertrophie. Comment, en effet, se manifesterait cette hypertrophie ? Ce ne pourrait être que par une aug« mentation dans le nombre des filaments nerveux, ou par une augmentation de volume de chaque filament. L'augmentation dans le nombre des filaments me parait une impossibilité, et l'augmentation de volume de chaque filament n'a encore été prouvée par aucun fait. Ches tous les sujets dont j'ai examiné la fibre nerveuse après macération dans l'acide nitrique étendu , le filament nerveux m'a toujours paru de la même ténuité.
Dans tous les organes hypertrophiés que j'ai eu occasion d'étudier, j'ai toujours remarqué un contraste frappant entre le développement, quelquefois si considérable, de l'appareil vasculaire de l'organe, et le non-développement de l'appareil nerveux, je veux parler de la substance nerveuse. On peut dire que ce développement est nul. 11 est probable que la suractivité de la fibre nerveuse remplace en quelque sorte l'hypertrophie des autres éléments organiques.
C est au névrilème que doit se rapporter tout ce qui a été dit sur Thypertrophiedes nerfs, hy/jertrophie diffase ou cylindrdidej qui occupe une longueur plus ou moins considérable du nerF, hypertrophie circonscrite^ qui a reçu le nom de névrôme^ mot aussi vague que celui de tumeur, et qoi comprend toute Fanaiomie pathologique des cordons nerveux.
C'est à rhypertropbie du névri4ème que je rapporte ce beau cas de développement énorme des ganglions cervî* eaux du grand sympathique et du trond nerveux de communication entre ces ganglions, que j*ai fait représenter planche 3, 1" livr. {^nat, pathoL). C*est également à l'hypertrophie du névrilème que je rapporte tous les cas de névrômes fibreux qui ont été décrits et dont le type le plus remari|uable a été observé dans ces derniers temps à Tbô* pital des cliniques, dans le service de M. Nélaton, et conservé au musée Dupuytren par les soins deM.Houelle. Je reviendrai sur cette hypertrophie à Toccasion des corps fibreux. Je dirai seulement que cette hypertrophie névriiématîqtie peut porter sur un seul des filets qui appartiennent au tronc nerveux , sur plusieurs filets, sur tous les filets ;que, dans cette hypertrophie, les filaments nerveux proprement dits comprimés , éparpillés , finissent par s'atrophier en raison directe de Thypertrophie du névrilème.
C est à la même catégorie, c'est-à-dire à l'hypertrophie du névrilème (|ue je rapporte Thypertrophie apparente des nerfs qui résulte de leur compression, Thypertrophie qui double , triple le volume du cordon nerveux^ Ainsi M. Broca a présenté à la Société nnatomique la portion pétiieiise du nerf sapfaène externe appartenant à un piedbot adulte. Or cette portion pédieusc présentait un renflement cylindroïde semblable au ucvrôme diffus dans toute la portion de son trajet , qui était le siège de la compression.C'est ainsi qiiej ai rapporté à la compression
9 k ANATOMIB PATHOU)GIQUE OÉlfilALE,
des espèces de renflements gnngliformes que j ai rencon* Iréslelongdu trajet des nerfs, sur des |)oiiit$ soumis à des compressions continuelles à raison de leur pO:$iiion sous-cutanée au voisinage d'un os.
Cela posé sur rhy|)ertrophie des quatre grands tissus de réconouiie, tissu musculaire, tissu cellulaire et ses dé* rivés, tissu glanduleux et tissu nerveux, je pourrais passer en revue tous les organes composés de 1 économie et étudier le rôle que joue Tliypertrophie daos leurs lésions. Je mécontenterai dédire un mot des membranes tégumentaires , peau et membrane muqueuse , des vaisseaux et de certaines hypertrophies des doigts et des orteils.
Uyperiropkie de la peau. La peau peut être byperfro« phiée dans tous ses éléments à la fois , dans tel ou tel de ses éléments.
On peut étudier a la peau Thypertropbie du derme, rhypertrophie des papilles, Thypertrophie du réseau vasculairei l'hypertrophie des follicules sébacés et pileux. Oa trouve toutes ces hypertrophies réunies dans Vélé^ phautiasis des Arabes. On ne peut pas donner le nom d'hypertrophie de Tépiderrae à Tépaississement de cette membrane ou à des productions cornées, pas plus qu'on ne peut admettre une hypertrophie du pigmentum : l'épi'» derme et le pigmentum étant bien évidemment des produits de sécrétion.
Hypertrophie du derme. Le derme est sujet à une hypertrophie circonscrite (i) sphcroïdaie ou bémisphéroïdale» qu'il est très facile de prendre pour un cancer dur de la peau, avec lequel il a été souvent confondu.
(j) M. DenoDrilliers m'a montre one tamcor de ce ^enrp, hrâitph^riqae, très pruéminenie, du volume d^une petitecerise, qu'il avait «itiipée au-devaot du sternum rhet un jeune homme. Cette tumeur est ei?esftivemeni dure, incompressible; on dirait d nn tissu c^rtiligiiieum. La seclîoo a démontra q«i'elle était constituée par un tissa fibreux eatrém«'meot danaei c'éuit no vériubU corps fibre«B forme ans dépena du derme.
omiÈMB GLASSB. DBS HTPBRTBOPHIBS. 95
Ainsi j'ai VU une portion de peau cpii avuit été extirpée comme cancéreuse et qui n'était autre chcise qu'une induration bypertrophique. La seule différence, cesl que, dans te cancer du derme^ on fait suinter par la pression du suc cancéreux. Dans les cancers atrophiques de la mamelle, Thypertrophie du derme joue un grand rôle et précède toujours Textension de la maladie cancéreuse. Quelquefois une sone de peau hypertrophiée de ^ à 0. lignes d'épaisseur entoure les parties dégénérée9. Le derme s^hypertropbie considérablement au voisinage d'un ulcère de la jambe. 11 est souvent difficile de distinguer cette hypertrophiede celle du tissu cellulaire sous-cutané, qui devient également fibreux.
Hypertrophie des papilles. Certaines productions ver ruqueuses de la peau ne sont autre chose que des groupes de papilles hypertrophiées recouvertes d'un étui épi* denni(|ue ou corné plus ou moins épais; souvent il existe en même temps une augmentation remarquable du pîgmentum.
Vhyperirophie du réseau capillaire veineux de la peau s'observe dans les tumeurs ou couches érectiles sous-épi« dermiques, soit congénitales, soit accidentelles. Je ne connais pas de cas d'hypertrophie du réseau lymphatique cutané analomiquement démontrée.
V hypertrophie des follicules pileux et sébacés de la peau est souvent physiologique et donne à la peau Taspect de la chair de poule. Leur hypertrophie pathologique constitue les kystes sébacés.
C'est dans Véléphantiasis des Arabes que la peau présente rbypertrophie la plus remarquable : on peut même dire que Téléphantiasis constitue une des hypertrophies les plus considérables qui existent dans Téconomie, et cette hypertrophie, c|ui me parait la conséquence d'un oedème éryaipélateux longtemps continué (voy. adhtiie)^ donne à la peau une épaisseur et un développement mon-
96 ANATOMIB FATHOLOGfQUK OÉNÉRALE»
strueux, si bien quon a vu le scrotum transformé en une masse de 20, 30 kilogrammes qui descendait jusqu'audessons du creux du jarret (£x. de Delpedi). Le derme cutané acquiert dans ce cas une épaisseur prodigieuse. Les papilles sont très développées et recouvertes de gatnes épidermiques. Le pigmentum de blanc devient noir. On peut admettre deux formes dans Téléphantiasis , suivant que les papilles restent isolées, ou suivant qu elles sont réunies en groupes plus ou moins considérables qui forment des espèces de lobules.
Hypertrophie des tnembranes muquettses, J*ai déjà parlé de rhypertrophie folliculeuse des membranes moqueuses; les autres éléments de ces membranes sont susceptibles d'hypertrophie. Ainsi, les membranes muqueuses qui ont été le siège d'une fluxion longtemps continuée, s'épaississent , et cet épaississement, qui peut être circonscrit ou non circonscrit, entraîne des accidents très variés, suivant le siège qu'il occupe. Comme exemple d'épaississement non circonscrit des membranes muqueuses, je citerai la membrane mucfueuse de l'estomac , laquelle peut être hypertrophiée au point d'être séparable par la dissection dans toute son étendue : Tépaississement circon* scrit des membranes muqueuses constitue un certain nombre de polypes pédicules ou non pédicules. L'étade de plusieurs polypes de l'estomac , de l'utérus, des fosses nasales ma démontré qu'un certain nombre était formé aux dépens de la muqueuse toute seule, dont tous les éléments s'étaient considérablement développés : derme, papilles, vaisseaux, follicules muqueux.
Les papilles ou villosités des membranes muqueuses peuvent s'Iiypertrophier. Ce développement s'observe et dans Tinflammaiion chronique de ces membranes et dans les cas de cancer sous-muqueux.
Dans certains cas de phlegmasie chronique de la meni* hrane muqueuse du gros intestin , de l'intestin grêle , on
ONZIÈME CLASSE. DES llYPEHTnOPHIES. 97
voit sur un fond noiràlre se détacher des papilles également noirâtres extrêmement développées.
Dans le cancer encéphuloïde de Testomac ou de Tintestin » lorsqu'on plonge lorgane dans l'eau , on voit flotter à sa surface interne un nombre plus ou moins considérable de prolongements villeux , les uns simples, les autres composés ; ces derniers , constitués par une sorte de tige qui soutient un plus ou moins grand nombre de papilles : vues à la ioupe , ces papilles, ridées à leur surface, ressemblent  une poche vide et comme flétrie : elles sont quelquefois à demi pleines et semblables à des vésisicules ou kystes. Cette disposition vésîculeuse s*observe bien plus souvent a la vessie , dans le cas où le cancer de Tatérus s étend au bas-fond de cet organe.
Il estarrivé bien souvent que l'hypertrophie simultanée avec induration des trois tuniques internes de lestomac ou de Tintestin , à savoir : membrane muqueuse, tunique fibreuse et tunique musculaire, a été prise pour un cancer de Testomac : dans ce cas, la muqueuse, qui a triplé d'épaisseur, et qui présente un aspect fongueux , la tunique fibreuse, le tissu cellulaire intermédiaire à la muqueuse et à la tunique fibreuse et la membrane musculeuse qui ont acquis une épaisseur considérable, donnent à la coupe de l'estomac un aspect grisâtre, demi-transparent, qui pourrait aisément induire en erreur. Nous verrons plus tard que le caractère univoque du cancer dur ou mon, cest la présence du suc cancéreux.
Les papilles ou viUosités de la muqueuse bronchique et trachéale peuvent se développer. Ainsi, chez un individu mort de catarrhe pulmonaire chronique, j'ai vu les viUosités de la muqueuse trachéale et bronchique tellement développées, qu'elles constituaient des prolongements ro« lioïdes visibles a l'œil nu et flottants.
Hypertrophie des vaisseaux, L'hypertiopbie des vais* seaux se compose de plusieurs éléments :
ni. 7
98 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉMALB.
1* De laugmentation de leur calibre sons dîmioudon d^épaisseur ;
2* De leur allongement et par conséquent de leurs flexuositéa ;
19 Des transformations de tissu qui peuvent s'opérer dans leurs parois.
Les causes générales des hypertrophies vascuiaires se réduisent à deux : i^ Hypertrophie ou travail morbide dans les organes auxquels ces vaisseaux appartiennent ; 2* oblitération du vaisseau principal. Une cause particulière au système veineux , c'est la communication arté» rioso- veineuse. Dans ce dernier cas, toute la poriion de lappareil veineux dans lequel retentit le choc artériel , présente un développement remarquable , et comme dilatation vasculaire et comme épaississement des parois, ce qui a fait dire que dans ce cas les veines étaient arté* riaiisces.
Des faits nombreux m'autorisent à établir que le système veineux preud une part bien plus active que le système artériel aux mouvements nutritifs soit réguliers, soit morbides, qui se passent dans les organes.
On pourrait considérer comme appartenant à la classe des hypertrophies , ces tumeurs dites variqueuses , éi^ctiles , qui représentent si exactement la structure du corps caverneux et dont le siège est dans le système capillaire veineux.
Hypertrophie des vaisseaux et ganglions lymphatiques. 1^ Les vaisseaux lymphatiques se développent dans des proportions considérables lorsque les organes auxquels ils corresjïondcnt sont le siège d'un mouvement nutritif insolite : on peut s en faire une idée par le volume vraiment prodigieux qu acquièrent les vaisseaux lymphatiques utérins pendant la grossesse. Des observations nouvelles sont nécessaires pour lappréciation du rôle que jouent les vaisseaux lymphatiques dans les diverses lésions organiques.
2o Les exemples abondent relativement à Thypertrophie des ganglions lymphatiques qui acquièrent qaelquefois un volume considérable indépendant de toute sécrétion morbide dans leur épaisseur ; mais il faut bien distinguer le développement ganglionnaire tuberculeux et surtout cancéreux, du développement ganglionnaire bypertropbi* que. Nous verrons plus tard que le cancer peut attaquer primitivement les ganglions lyropliatiques de toute une région ou de plusieurs régions de réconomie, leur donner un volume prodigieux et simuler Tbypertrophie pure et simple.
Hypertrophie des dernières phalanges. Un mot sur cette hypertrophie qui a été considérée comme un sigue de la plitbisie pulmonaire. Je ne nie pas que dans un certain nombre de pbibisies ce phénomène nuit été observé, mais ce que je puis afHrmer, c'est i|ue je Tui rencontré a son plus haut degré chez plusieurs individus aft'ectés de maladies du cœur avec gène considérable de la circulation et de la respiration. I^a première fois que j'ai eu occasion de foire cette observation , c'était chez un maréchal de France qui pendant les trois dernières années de sa vie , avait éprouvé les angoisses de circulation et de respiration les plus cruelles , si cruelles qu'il avait sans cesse à lutter contre la |>ensée du suicide, et chez lequel cependant l'auscultation ne m'avait démontré aucun bruit anormal du cœur : seulement la percussion de la région sternale révélait une matité complète et très éten* due, comme dans les tumeurs développées dans le médiastin.
X Touverture, je trouvai nne masse cancéreuse raé« dîastine qui entourait, étreignait dans toute sa circonférence la portion ascendante de la crosse aortiqiie et en avait rétréci le calibre de moitié au moins. Pendant tout le cours de la maladie, j'avais été firappë du dëveloppe- ; considérable de la dernière phalange des doigts des
100 ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
deux mains y dernière phalange qui avait un diamètre transversal presque double du diamètre de la deuxième et un ëpaississement proportionnel. L^ongie correspondant était très développé et fortement convexe.
J'ai fait la même observation : i« sur un menuisier Agé de trente-cin(| ans , qui entra dans mon service pour une deuxième attaque d*apoplexie, suite d'une maladie du cœur très prononcée; 2*^ sur une jeune femme de vingtquatre ans, cuisinière, aFfectée de rétrécissement de Ton* fice aortique. Chez cette femme, ce développement liypertrophique n'occupait pas toutes les dernières phalanges ; 3® Tout récemment , appelé en consultation en province, auprès d*un malade âgé de quarante ans, arrivé à la dernière période d*un anévristne hypertrophique du cœur, le médecin ordinaire me fit observer un développement hypertrophique des dernières phalanges, développement très considérable qui avait lieu dans les trois dimensions. Il en avait conclu que ce malade avait, indépendamment de sa maladie du cœur, une phthisie pulmonaire, bien que l'exploration du thorax n*en fournit aucun caractère.
Il m*est bien démontré que certaines professions qui exercent beaucoup les dernières phalanges ont pour conséquence un développement proportionnel de ces phalanges^ tel est le cas d un tourneur en porcelaine, chez lequel les dernières phalanges ont une épaisseur et une largeur à peu près double de I état ordinaire ; et ce qui rend cette observation péremptoire, cest que la dernière phalange de la main gauche, que la profession de tourneur en porcelaine exerce beaucoup moins que la droite, pré* sentait un développement ordinaire.
Hypertrophie congénitale des orteils. M. Broca a plusieurs fois appelé fatteution de la Société anatomique sur rhypertropbie congénitale des orteils, et en particulier sur celle du gros orteil, qui dans un cas semblait appartenir
ONUÉME CLASSE. DES HYPERTROPHIES. 101
à UD corps de géant, et par ia longueur qui dépassaîl de 3 à A centimètres celle des autres orteils et par les autres dimensions; les autres orteils étaient, au contraire, atrophiés. Dans un autre cas, également présenté à la Société aoatomique , le médius et Tindex d'une main étaient considérablement hypertrophiés. Il existe au musée Dupuytrea des modèles en plâtre qui présentent une disposition en quelque sorte colossale pour certains doigts des mains et des pieds (1).
Un £iit intéressant et qui vient à 1 appui de cette remarque qu^une grande suractivité circulatoire a pour con* séquence l'hypertrophie des organes, c est que chez un individu affecté de communication artérioso-veineuse trau* matique de la partie supérieure de la cuisse, le membre inférieur du côté malade a 6 centimètres de longueur, et le pied 2 centimètres de longueur eu sus du membre du o6té saÎD..
Telles sont les hypertrophies. Pour tracer leur histoire complète, il aurait fallu parcourir toutes les lésions mor* bides et apprécier le rôle que joue l'hypertrophie dans chacune de ces lésions. Ce rôle est immense, car nos tissus sont inaltérables : ils ne sont, à proprement parler, susceptibles que d'hypertrophie et d'atrophie.'
Les lésions morbides qui se développent dans nos or« ganes sont le résultat des produits de diverses natures organisables ou non orgaoisables qui y sont déposés.
( i) Je OM fuii demandé siroo ne pouTait pas rapporter k Thypertroplùa rnnyinitaln de la pean les plis flotuots de ce tëgament observés s«r to^ta la soffaee du corps cbel an enfant nonveau-né.
i02 ahatomib pathologique générale.