III
au ANATOMTE PATHOLOGIQUE GÉNCrALB.
pratique M. Bernard pour étudier la di(jestion ches les animdiix, parvenait h dilater lorifice pylorique cancéreux ou simplement rétréci, elle obtiendrait des résultats non moins extraordinaires que ceux (|u'on obtient sur le rec* tum é{;alement rétréci ; la nutrition, empêchée par le vomissement de toutes les matières alimentaires, repren* drait tous ses droits, et Tembonpoint et toutes les apparences de la santé succédciTiient au moins pour un temps au mara^^me squeicttiqne qui, dans ce cas, eit Tefiet de labsence de nutrition en uon de la lésion organique con* sidérée en elle-mcme.
Le bon, lexccllent, Tingénieux Récamier,qui a laissé en médecine et en chirurgie de si grandes traces de son pas* sage dans la science, ne croyait-ii pas guérir aussi les can* cersde la mamelle par la compression? Les guérissait-il? Non certainement; mais il atrophiait la glande mammaire, il atrophiait aussi quelquefois un peu les tumeurs mam» maires suspectes. S il avait affaire à une mamelle caoocreuse, le mal pei*sistait ou s'aggravait; mais quand il tombait sur quelque induration mammaire hypertro* pbique, sur quelque induration par œdème mammaire chronique, les résultats de la compression étaient merveilleux. En quelques jours , leni^orgeraent cedcmateux circonscrit ou non ciramscrit, dur ou non, disparaissait comme par enchantement; mais la compression guérissait-^elle le cancer? Kon, mille fois non ; elle ne guérissait même pas ces petites tumeurs mammaires chroniques mobiles que j'ai appelées des corps fibreux.
Si le cancer pouvait guérir par i atrophie « la nature en guérirait elle-méuie toute seule un certain nombre; car il est une espèce de cancer mammaire qu'on peut appeler aiivpliif/ue, et qui a pour eFFct de donner aux tissus qu'il envahit une dureté de marbre, en mémo temps qu'il les resserre par une sorte de corrugation, et qu'U les réduit à un extrêmement petit volume. On voit quelquefois sous rio-
ftOmfcME CLASSE. DES ATROPHIES. 115
flueore de cette compression spontanée, par corrugation, les mamelles les plus volumineuses disparaître en quel* ques mois, si bien qu*on dirait que la glande mammaire elle-même a été extirpée par une opération sous-cutanée , et qu il n'existe plus à sa place que le tégument mammaire fortement induré et adhérent aux cèles. Ce cancer atropbique marche très lentement, d autant plus lentement que Tatropliie est plus considérable ; mais aucune espèce de cancer n est plus certainement liée à une infection cancéreuse générale, aucune ne se généralise plus complète* ment, ce qui tient sans doute à sa longue durée que n abr^* l^nt que bien rarement des accidents locaux.
La compression comme moyen atrophique peut ëtr# employée avec le plus grand avantage dans une foule de COS. et surtout dans Thypertrophie. Ainsi, jai donné mes soins à un jeune homme âgé de quatorze à quinee ans^qui, par suite d*une contusion violente du itbia, était afFecié d'une hypertrophie telle de la moitié inférieure du tibia , qu on avait proposé aux parents lamputation de la jambe. Après avoir acquis la conviction qu il s'agissait non d'une nécrose avec os nouveau, mais d'une hypertrophie pure et simple, je soumis la partie hypertrophiée du membre à une compression circulaire exercée tout simplement à laide d'une bande de flanelle, et au bout de trois eu qtiaiiie ans le tibia, qui, au moment oji j'ai été consulté pour 1% première fois, avait trois fois le volume de celui opposai lutrédltiit à un volume qui ne dépasse que de bien peu le volume ordinaire. J*ai vu également la coropressiou inëihodiquedu membre supérieui*,dans un cas d'éiépbunlîasîs monstrueux, réduire ce membre à son volume ordi^ Bail», mais la peau avait été tellement distendue qu'elle n'a pu revenir sur elle-même et qu elle est restée flaS4|u# et plissée.
Enfin , il est des médicaments qui portent !• 0901 à*atrophÎ4fU€S ^ parce qu'ils ont la propriété d'atrophier
116 ANaTOMIE pathologique GÉNÉftALC.
certains organes : tel est en particulier Tiode, et ses préparations» qui font la base de la médication dite atrophique. On connaît Tinfluence de Tiode sur la glande thyroïde hypertrophiée : cette influence n'est pas moins remarquable sur les ganglions lymphatiques hypertrophiés dans TafFection scrofuleuse. D'après plusieurs observateurs , l'influence des préparations d'iode s exercerait non seulement sur les organes glanduleux hypertrophiés, mais encore sur les organes glanduleux sains, et en particulier sur la mamelle chez la femme et sur le testicule chez l'homme.
Ces généralités ainsi posées , je vais étudier l'atrophie dans les quatre grands tissus de l'économie; car l'atrophie, comme l'hypertrophie, appartient à tous les organes, à tous les tissus; elle est aussi générale que la nutrition dont elle n'est qu un abaissement. Je commencerai par l'atrophie du tissu musculaire.
PREIIIBR GENRE.
Atrophie du Uhu mtuculaire.
liO tissu musculaire, que nous avons vu être en quelque sorte le triomphe de l'hypertrophie , est aussi le triomphe de l'atrophie. C'est que les muscles sont d'une manière tonte particulière sous l'influence de leurs nerfs: l'activité est leur vie tout entière; aussi voyez avec quelle rapidité se produit l'atrophie des muscles sous l'influence de leur Inactivité fonctionnelle.
Lorsque les nerfs qui animent un muscle ont été divisés, Tabsence de contraction de ce muscle étant absolue, Tatropliie se produit en quelques jours. Je crois qu'on peut affirmer que la nutrition d'aucun organe n'est plus profondément que celle des mnsdes sons l'empire des nerfs rachidiens (1),
(i) Cela Mt si mi, «{ue poar Uen roir ceHêint tottsclei, c«dK de la
DOUZIÈME CLASSE. DES ATROPHIES. tl7
Nous nous occuperons d*abord de latrophiedes muscles de la vie de relation.
Les muscles présentent toutes les formes , tous les degrés possibles de Tatrophie : 1* L atrophie pure et simple, ou atrophie par macilence : c'est le premier degré de Tatrophie musculaire; S"" l'atrophie avec transformation de tissu : c'est le degré ultime de l'atrophie musculaire qui peut être celluleuse, fibreuse ou adipeuse ; ^ on pourrait admettre un degré intermédiaire caractérisé par la déco* loration de tissu dans laquelle la fibre des muscles volontaires prodigieusement atténuée prend laspect de la fibre musculaire de la vie nutritive.
Latropbie musculaire peut occuper tous les faisceanx d*un muscle, ou bien une partie plus ou moins considérable des faisceaux de ce muscle. L*atropfaie partielle s'observe surtout dans les muscles composés, le trapèze, le triceps crural, le triceps snral.
Premier degré, — Atrophie musculaire par macilence. L'exercice, c'est-à-dire la mise en jeu de leur myotilité^ est plus nécessaire aux muscles qu'aux autres organes pour le maintien de leur nutrition. Tout muscle qui ne se contracte qu'à un feible degré s'atrophie dans la proportion de son défaut de contraction, et tout muscle qui ne se contracte pas du tout ne tarde pas à atteindre le dernier degré de l'atrophie.
L'immobiUté ou le défaut de contraction , c'est à la fois pour le muscle la diminution de l'influx nerveux et la diminution dans l'abord du sang artériel.
L'atrophie musculaire par macilence est générale ou locale.
L'atrophie musculaire par macilence générale s'observe dans les longues maladies avec épuisement général des
face en particulier, il fant avoir recours à dei sujets morts accident ellement dans la pléoiiade de leurs forces : ce sont les musclai des suppliciés qfii m'r'Ot surtout serri k ffvditr 1m niuilef de la lace.
118 AVATOMTC PATnotOCTQTIB GÉKtttALfe.
forces : tcU les suppurations abondantes , la phihisie pulmonaire, le cancer de lestomac, etc.; dans ce cas, les muscles sontréduits au quart, au dixième, au vingtième de leur volume ordinaire (voy. les muscles Fessiers , triceps fénotnl^ etc.)* Et cependant, comme le malade a continue h exécuter quelques mouvements, si restreinte quaii été sa locomotion , les muscles sont amaigris pUiiôt qu'atrophiés ; et Ton est tout étonné de voir des muscles exté* Dués, presque réduits au volume que leur donne la dessiccation dans les préparations anatomir|ues , apparaître avec leur coloration , leur densité et leur force de cohésion.
Il n'en est pas de même dans les cas d'atrophie par ftiacilence, qui est la conséquence de Timmobilité absolue. En même temps qu'il s*amoindrit, le muscle perd de sa couleur, de sa densité, de sa force de cohésion. GTest Tatrophie au degré intermédiaire; et si Timmobilité absolue se prolonge, le muscle finit par subir rati*ophie avec trnnsfonnation adipeuse.
Deuxième degré. — Atrophie au degré intermédiaire. Elle est caractérisée non seulement par lamaigrissement , Texténuation des muscles, mais encore par la décolorfttiôA du tissu musculaire qui conserve à peine une légère teinté rose : on dirait que la chair musculaire de la vie de rela* tion a été transformée en chair musculaire de la vie nutritive. Souvent la couleur de la fibre musculaire présente une nuance jaune pâle, pean de daim. La fibre musculaire a en même temps perdu de sa densité, de sa force de cohésion. Il est bien rare que les muscles qui ont perdu notablement de leur couleur, de leur densité, de leur force de cohésion , n'aient pas déjà snbi un commencement de transformation adipeuse, nu moins dans quelques uns de leurs faisceaux.
Les limites enire l'atrophie avec décoloration et latropbie adipeuse sont bien difficile» à saUir sans le secours
du microscope. Une forte loupe ma suffi dans un grand nombre de cas.
Troisième degré. — Atrophie musculaire avec ttxmsjbrma* tion. Cette transformation , en général adipeuse, peut être cellulcuse ^ fibreuse.
1» Transformation celiuleuse des muscles. J ai peu de chose à dire sur latrophie par transformation celiuleuse du tissu musculaire. Dans certains cas, il semble que la fibre musculaire ait complciement disparu et que le muscle soit réduit il sa charpente celiuleuse et fibreuse. Une distension coDsidéiuble des muscles amène quelquefois ce résultat.
Ainsi, lorsqu'une tumeur volumineuse se développe audessous d*un muscle, elle le distend, Tamincit quelquefois d^une manière extraordinaire, si bien que les fibres musculaires finissent par disparaître, et Ton ne reconnaît la présence antérieure du muscle qu à sa trame celiuleuse et fibreuse.
2^ Trans/ofTnation fibreuse des muscles. La transformalion fibreuse du tissu musculaire est assez rare. Je Tai souvent observée au cœur (i). Il v a deux variéiés. Tantôt les fibres musculaires se continuent nianircslement avec les fibres albugiuées, qui redeviennent musculaires après un trajet plus ou moins long ; tantôt cette ti^ansforraation fibreuse est constituée par de simples intersections aponévrotiques.
La coque fibreuse , fibro-cartiingineuse , osseuse des anévrismes partiels du cœur, est constituée par les fibi^es musculaires du cœur transformées.
La tininsformation fibreuse ])i*oprement dite des muscles nesVbscrve guère que dans deux circonstances : 1" lorsque les fibres musculaires ont été soumises à des tiMCtions ou distensions considérables; 2® lorsrjuc les muscles sont le siège d'une inflammation chronique. Ainsi on observe ,
(i) JÊimt. ptâh.y XXII* li«r.
122 ANATOMIB ^ATHOLOGIQUB OÉNÉHALB.
transForoiation ; souvent même tous ces degrés s'observent dans le même muscle.
Ainsi, dans le premier degré, les faisceaux musculaires subsistent encore, mais ils sont décolorés, amoindris; les vésicules adipeuses sont disposées autour de chaque faisceau, autour de chaque fibre, dans la proportion rigoureuse de la diminution de volume de ces faisceaux, de ces fibres. Il semble que le dépôt adipeux n ait d autre but que de remplir les vides; en vertu de cette loi de Téconomie, sur laquelle je crois avoir appelé l'attention, à savoir, que quand il setablit un vide quelque part, s'il y a immobilité, c'est de la graisse qui le remplit; s'il y a mouvement, c'est delà sérosité. Il n*y a donc pas transformation adipeuse proprement dite, il n'y u même pas substitution, remplacement dans le véritable sens de ce mot; il y a vide rempli par suite du retrait atrophique delà fibre musculaire* Après que l'atrophie a atteint son dernier terme, c'est-à-dire quand il ne reste plus vestige de fibre musculaire, le muscle est littéralement remplacé parla graisse; et cette transformation, ou, comme on le dit ou;ourd'bui , cette substitution graisseuse présente cela de remanpiable que les faisceaux adipeux conservent exactement la forme des faisceaux de muscles, que la graisse de chaque fibre est linéairement disposée, que ces fibres adipeuses s'insèrent aux aponévroses et aux tendons à la manière des fibres charnues, que le muscle adipeux conserve le volume et la forme du muscle normal et remplit parfaitement la gaine aponévrotique qui lui est destinée.
Je me suis demandé bien souvent s'il y avait réellement dans ce qu'on appelle muscles graisseux disparition complète des fibres charnues , et je me suis assuré que les fibres musculaires, longtemps encore appréciables au milieu du tissu adi])eux qui les enveloppe et les pénètre de toute part, finissent par disparaître. Les choses se passent
DOraiÈIIB CLA8SB. DBS ATBOraiES. 125
p*ar les roasctesexactemenicomipe pour ces tiges ligneuset que Ion plonge dans une source chargée de principes minérauB : les petite cristaux incrustent d abord cIia(|uo fibre végétale qui est visible encore pendant quelque temps; mais peu à peu, à mesure que de nouveaux cris* taux sont déposés, les fibres végétales, envahies de toute port, finissent par disparaître, si bien que lorsque la pétrification est complète, il ne reste plus vestige de tissu végétal dont on ne peut reconnalire le genre et Tespèoeque par les formes extérieures. Il en est de même de kl transformation graisseuse ou adipification dos muscles.
Tout le temps que la transformation adipeuse n'est pas oooiplète, on peut encore espérer de rappeler la nutritioo et la vie dans le muscle; mais la transformation Qoe fois consommée, le muscle est à tout jamais enlevé i Tappareil locomoteur. Je me suis assuré que dans la traosfemiation adipeuse des muscles, les artères et même les veines partageaient à un haut degré Fatropliie muscufaire. Les nerfis eux-mêmes qui ont conservé leur volume apparent ne doivent souvent ce volume qu*à la graisse con» tenue dans leur gaine névrilématique générale. Le tissu oer^'eox lui-même parait amoindri.
Poor compléter ce qui a trait à Tatrophie adipeuse du système muscnlaire, j'ai désiré que M. le docteur Gai llet, oMa ancien interne, aiijonrd*liui professeur d anatomie A BcliBS, dont le mérite et Texactitude consciencieuses me s0Bt parfaitement connus, At Texamen microscopique des miscles atrophiés (1 ). Cet examen eut lieu sur le deltoïde qm présentait, en effet* tous les degrés de latrophie. Voici la note qu'il ma remise à ce sujet :
■ Dans les parties où ce muscle a conservé laspect rosé,
• am troMve les faisceaux primitifi du tissu musculaire
• avec kttrt stries transversales assex nettes ; mais b cou-
(l) Cctaît djoi le cat de paraljsie moscolaire airof>1iiq«e <!• LecoMte ^aiûlkseittésiMlBcMm à rAcadëime d« bm^ccm*. (AcilKm ^ JAmêhmmdéwMmimt^ Pam, iS53,t. XVm,p. 490, 546.)
» leur de ces faisceaux est plus pâle qu'à Fétat normal, et » entre les stries on voit déjà de fines granulations, les » unes grises, les autres brillantes, arrondies, pins volu* » mineuses (de O'^yOOS à 0*,008 de diamètre), rappelant
• par leur éclat les granulations graisseuses.
» Dans les parties complètement décolorées qui à Toeil » nu présentent la coloration jaune^paille, on peut encore » reconnaître des cylindres allongés, représentant les
• faisceaux primitifs du tissu musculaire. La mem- » brane amorpiie (sclerema) qui enveloppe chaque fais-
V ccau primitif est conservée, mais la substance contenue » a perdu l'aspect strié; elle est remplacée par une masse
• gt*anulense uniforme, présentant une foule de petits » points gris (granulations moléculaires) qui, par leur pe*
V tit volume, échappent à l'appréciation micrométrique. » Dautres granulations brillantes, de nature graisseuse, » sont éparses et en assez grande quantité au sein de cette » masse gt^anuleuse. Dans quelques points rares de la
■ préparation^ les cylindres présentent encore un aspect 9 Strie , mais que Ion ne peut apercevoir qu'après un
■ examen très attentif; car il est presque complètement » obscurci par la masse granuleuse.
» L altération ne s arrête pas à ces cylindres granuleux, 9 qui conservent encore la forme et le volume du feisceau 9 primitif qu'ils remplacent. On voit ces cylindres grann-
■ leux diminuer de volume, s'amincir. Les plus volumi* 9 neux ont 0»,02 0*",0S de diamètre ; or, c*est à peu près 9 le volume des faisceaux primitifs du tissu musculaire, » et ce volume ne varie ({ue dans des limites très restrein- 1 tes, comme ou le voit dans les muscles de la vie animale. a Les cylindres granuleut les plus fins ont, au contraire, 9 h peine 0",008 à 0*,009 de diamètre. On voit même 9 dans ces derniers des ihterruptions plus ou moins nom* » breuscs, arrondies sur leurs limites, et qui ne mesem-
• blent nullement dues au mode de préparation , car les
DOUZIÈME CLASSE. Drs ATBOPHIES. 125
» plus volumineuses ne présentent pas ces interceptions , 9 et celles qui sont accidentelles sont beaucoup plus irré- » gnlières. Dans ces derniers cylindres granuleux, la • membrane des faisceaux primitifs du tissu musculaire a 9 disparu , et la masse granuleuse me semblait à nu dans 9 le tissu cellulaire. Enfin , on voyait dans la préparation 9 du tissu cellulaire fort isolé et très abondant.
• Ainsi les faisceaux primitifs des muscles ont disparu » plus ou moins complètement. Dans les points les plus » altérés on n en reconnaît plus de traces. La substance 9 Striée ne disparait pas d'emblée, elle passe dabord à » Tétat de cylindres granulo-graisseux , qui deviennent 9 consécutivement le siège d'une absorption complète , » comme le montre ce que je viens de dire; en sorte que » là où les faisceaux primitifs ont disparu, il ne reste pour 9 constituer ce muscle que quelques cylindres granulo* » graisseux d'un petit diamètre et le squelette celluleux » du muscle. 9
Ces recherches me paraissent d'autant plus importantes qa'elles établissent que Fexamen microscopique démontre la présence de granulations et de vésicules adipeuses là où Tœil nu ne pouvait pas encore reconnaître le caractère adipenx de la fibre musculaire, et constatait seulement nne décoloration jaunâtre, jaune pâle ou peau de daim.
Ainsi, bien convaincu par lobservaiion microscopique que la transformation graisseuse du muscle commence là où Tœil nu ne la démontre pas encore , j ai étudié , à laide d'ane loupe fortement grossissante, des portions de muscles qui, à l'œil nu, me paraissaient simplement décolorées; et, à mon grand étonnement, j'ai vu, dans un grand nombre de points, des vésicules graisseuses entou* nul chaque fibre musculaire. D abord c'étaient des vésicules peu nombreuses ou disséminées ; puis ces vésicules cntonraîent la totalité de la fibre, qui devenait de moins en moins distincte et qui finissait par disparaître complet
120 ANATOMIB PATBOLOGIQDB GÉKÉBALS.
teroeot. Après avoir isolé ainsi quelques fragmentt de muscles atrophiés qui , à Fœt! ou , partiissaieDt siinplement décolorés, je les ai placés dans du papier et malaxés entre les doigts. Ce papier ayant été desséché au poêle , il y est resté des caches de graisse très prononcées.
Les résultais des observations microscopiques de M. le docteur Guillet sont exactement semblables à ceux obtenus par M. le docteur Edward Meryon, qui vieot de publier (1) une observation de transFoi*matioa graisseuse des muscles volontaires , sous le titre suivant : On granular andfatty degeneratt'on o/ifte voluniary mmelei. Ce travail est accompagné de figures qui représentent la fibre musculaire dégénérée , étudiée au microscope. Ces figiu'eSf qui sont au nombre de quatre , représentent les degrés divers à travers lesquels passe le muscle avant d arriver à la transformation graisseuse complète. Dans la première, ou voit les stries transverses qui sont le caraatère microscopi(|ue de la fibre musculaire dans l'état sain ; dans la deuxième , les striés transverses comraencent à disparaître et sont i*emplacées par des granules ; dans la troisième et la quatrième, les stries ti^aosverses ont disparu et sont remplacées par des granules et par des vésicules adipeuses. Enfin j'ajouterai que M. Du* clienne (de Boulogne) ayant fait examiner par M. Mandl quelques portions du système musculaire ati*opliié de Le* comte, M. Mandl o dessiné, les pièces sous les yeux, des figures qui sont la représentation fidèle de colles du docteur Meryon. A mon avis, aucune preuve plus péremptoire ne peut être fournie en faveur de Timportance dea études microscopiques, que cette uniformité de résuluts.
Telle est lanalouiie palliologi(|ue de latrophie muscu- Uiii*e; tels sont les degrés et péiîodes de cette atrophie» dont la transformation en tissu adipeux est le dernitr terme.
DOUZifcUE CLASSE. DES ATB0PH1ES. 131
La grande loi qui préside à toutes les atrophies museulaires,c'e^/*immo6//i/^ou rsibsencc plus ou moins complète de contractions musculaires, quelle qu'en soit la cause: Tatropliie musculaire absolue stippose une immobilité absolue ; car si peu qu un muscle se contracte, sa nutrition est maintenue au moins en tant que fibre musculaire.
Ainsi la paralysie incomplète du mouvement d*un membre a pour conséquence latrophie incomplète des muscles de ce membrei à savoir, latrophie par macilence avec ou sans décoloration de tissu; mais la paralysie complète du membre a pour conséquence Tatrophte complète des muscles. Voila pourquoi la paralysie par lésion du centre nerveux cépbalo-racliidien, paralysie qui est très rarement complète, n exerce pas, à beaucoup près, onc influence aussi considérable sur la nutrition musculaire que latrophie par section des nerfs : par exemple, Tatrophte par section du nerf radial , du nerf cubital ou * du médian : lesquels, en paralysant immédiatement et complètement les muscles auxquels ils se disti*ibuent, ont pour conséquence une atrophie musculaire bientôt portée à sa dernière limite, a ladipification.
Les lésions de la moelle produisent le même résultat •or les muscles des membres inférieurs, quand elles interceptent complètement Taciion nerveuse. Mais pour pea que la conti^action musculaire soit maintenue , soit contraction involontaire ou spasmodique, soit contraction volontaire, les muscles peuvent éti*e atrophiés par macilence et par décoloration , mais jamais par adi'pification; et si Ion trouve une sorte de mélange de mtiscles atrophiés adipeux et de muscles atrophiés non adipeux, c'estparcequerinnervation a été complètement interceptée dans les premiers et incomplètement dans les seconds. — Qui na vu des paralysies de tout un membre, du membre supérieur, ou du membre inférieur, survenir
128 AN'ATOMIE PATH()L<»GIQUF. GÉNKRAli:.
siibilciuent chez un eiiiunr, soit à la suite de convulsions, soit à la suite d'une maladie grave, soit enfin à la suite d*une très vive douleur coxo-fémorale et sdatique? Eh bien, il est des cas dans lesquels il ne reste pas la plus légère contraction ; plus souvent il existe encore un certain nombre de mouvements faibles, incomplets (1), que le temps, bien plus que les moyens de l'art, augmente plus ou moins ; mais le membre reste atrophié; il ne perd pas en longueur, il prend même de Taccroissement dans ce sens, mais il n augmente pas à beaucoup près dans la même proportion que le membre du côté opposé. Les os de cet individu, devenu adulte, représentent pour le volume ceux d*un enfant de huit à dix ans , plus ou moins, suivant le degré de Tatrophie musculaire. Eh bien, les muscles qui répondent aux mouvements exercés pendant la vie n ont subi que les deux premières périodes de latrophie, celle par macilence et celle par décoloration : le degré de la décoloration est en rapport avec le degré de la diminution dans la myotilité; mais les muscles qui répondent aux mouvements complètement absents ont subi Tatrophie adipeuse la plus complète.
Il est probable que Faction nerveuse exerce sur les muscles, relativement à leur atrophie , une double influence : 1* une action directe sur la nutrition ; 2* une action indirecte par Timmobilité à laquelle le muscle esc condamné par suite de l'absence deTinflux nerveux; mais il est bien démontré que rimmobiUté pure et simple, indépendamment de toute lésion nerveuse, suffit à elle seule pour déterminer Tatrophie musculaire.
(i) J'ai TU plttti«ari cai clans lesquels il ne restait pu le plus U^fr monvemeiit dans les muscles de la jambe et du pied , tandis que les mooTemenu de la caisse et da bassin subsistaient encore pour la plupart, mais à un faible dt^ré. Alors le pied est flasque, les ligamenu qui ratiackeni à la jambe sont relâcbcs; le pied se ment en tout sens à la manière d*nne masse inerte ; la sensibilité est en général reapfct^e dans les cas de ce genre.
DOUZiiME CLASSE. DES ATROPHIES. IM
Ainsi rimmobtiité absolue de certains muscles, par suite d'une luxation non réduite, a pour conséquence latro* pbie adipeuse de ces muscles. C'est de la même manière quagit une ankylose complète qui condamne certains muscles à un repos absolu : j'ai vu dans un cas d-ankylosô de larticulaiion scapulo*humérale le muscle deltoïde réduit à une lame très mince, qui avait subi en partie la transformation graisseuse; les muscles qui meuvent Tépaule étaient au contraire hypertrophiés, attendu que chez ce malade les mouvements de l'épaule remplaçaient en quelque sorte ceux qui manquaient du côté de l'articulation scapulo-humérale.
C'est encore de la même manière qu'agit la rigidité articulaire par suite d'immobilité longtemps continuée, à la suite de fractures, de maladies articulaires, de paralysie par lésion cérébrale.
Je ne saurais trop appeler l'attention sur cette dernière cause d'atrophie par immobilité, je veux dire sur la rigidité articulaire qui présente toutes les apparences des paralysies.
Je ne saurais non plus trop insister sur la nécessité de s'assurer de l'état réel de la myotilité à la suite des Ion* gués immobilités. Ainsi j'ai vu dans ma pratique bien des membres en apparence privés de toute contraction mus-* culaire, qui paraissaient perdus à tout jamais pour la locomotion, soit à la suite d'une paralysie incomplète par lésion du centre cérébral, soit par suite d'une maladie articulaire; j'ai vu, dis-je, ces mêmes membres recouvrer peu à peu et quelquefois rapidement leur myotilité en totalité ou en partie^ par le fait des mouvements imprimés aux articulations rigides , de frictions , de massage, de sti« mulants de toute espèce , à la tête desquels je place réiectricité, que je considère comme le meilleur moyen pour nous feire distinguer la paralysie apparente de la paralysie réelle. Mais pour cela , il faut que ces moyens ui. 9
ISO ANATOMIE PATHOLOGIQUE GANÉAALC.
de revivificatioa musculaire soient mis en usage avant que radipifactioB des muscles soit consommée , car l'éiectricité ne peut que réveiller, développer par Texercice de la myotilité les fibres musculaires existantes; il ne leur est pas donné de refaire de la chair musculaire.
Ainsi, une jeune fille qui , par suite d'une chute d*un lieu élevé, avait éprouvé plusieurs fractures, et en particulier une fracture de la partie supérieure du péroné, et dont le membre avait été maintenu pendant longtemps par un- appareil contentif, fut dirigée dans mon service comme paralysée du membre inférieur, et plus particulièremcnt de la jambe et du pied, si bien qu'au premier abord je crus que le nerf sciatique poplité externe avait été déchiré au moment où il se contourne sur le péroné iounédiatement au-dessous de Textrémité supérieure de cet os ; mais ayant cru m apercevoir de quelques légers mouvements dans les fibres musculaires, je priai M. Duchenoe de s assurer par Télectricité de Tétat des muscles de la jambe ; tous jouissaient de la contractilité, et en quelques jours le membre recouvra la Uberté de ses mouvements.
Comme type de l'influence que le défaut absolu de contraction peut exercer sur la nutrition musculaire, je citerai le pied bot congénital. Assurément, dans le pied bot congénital il n y a atrophie congénitale d aucun des muscles du membre intérieur : la dissection de plusieurs pieds bots appartenant à des enfants nouveau-nés ma démontré l'intégrité parfaite de tous les muscles de la jambe et du pied , intégrité parfaite révélée d'ailleurs par celle des mouvements; mais tous les pieds bots d'adultes que j'ai eu occasion de disséquer m'ont présenté l'atrophie musculaire d'un certain nombre de muscles, de tons ceux que l'attitude du membre et le mode de progression dans ce vice de conformation condamnent à l'immobilité abiulue.
Tel ost le cas de pied bot qtie j ai feit représenter {Jim-
lanùe pathologique y W livraison, pL 3), et qui a pour sujet une feiuoie âgée de quarante et un ans, pied bot de nais<< sance. Tous les muscles de la jambe, moins le jumeau interne (lequel n'avait subi (|ue latropliie par maqilepce en épaisseur et en longueur), étaient passés à Tétat grais^ seux ; quelques fibres rougeàtrea se voyaient encore dans Tépaisseur du jumeau externe et du soléaire. Chose remarquable ! les muscles de la plante du pied avaient conservé leur coloration et à peu près leur volume naturel, à lexception de l'accessoire du long fléchisseur commun des orteils qui avait partagé le sort de ce dernier muscle, c'est-à-dire la transformation adipeuse. Les tendons de toos les muscles atrophiés étaient fort grêles. Le tendon d'Achille n^avait certainement pas la moitié du volume dv tendon d'Achille du côté opposé, et les aponévroses de 1^ jambe participaient à la même atrophie. J'avais fait injep* ter, avant la dissection, l'artère du membre inférieur. Qr lartère poplitée, de même que ses divisions, était remar-* quable par la petitesse de son calibre.
Je ne pense donc pas que, lorsqu'on rencontre sur le cadavre un pied bot avec atrophie adipeuse des muscles de la jambe, on puisse en conclure (1) que ce pied bot c'était pas congénital et qu'il reconnaissait pour cause l'atrophie adipeuse, suite de la paralysie d'un certain
(f ) Cette opinion a été tonlenue par M. Broca , au sujet d*un membre ■fcrieiir droit affecté de pied bpt Tarus , qail a présenté à la Société aoMoaii<|Qe , en aYril 1 849. Ce membre ioféricar provenait da eadavra i*«Qindivida é(é de quarante ans environ, 8urle<|uel il n'avait aucun renseignement. Le renversement du pied en dedans était tellement coetidérable, que cet individu devait marcher sur la téie de l'astrafjale et far f extrémité inféfienre de la malléole externe. Tous les musclaa de la jaabe, sauf le jumeau êxtemêy avaient subi Tatropbie graisseuse; il eu était de même de tous les muscles de la cuisse , à l'eiception du droit interne, du couturier et du muscle du /aseia lata , lequel était très byper* tropbié. M. Broca a conclu de eetfe transformathon graisseuse que et fied bot était la eonséquince de la paralysie musculaire, at qu« par oon* téqaeat il était consécutif. Dans la discussion qui suivit eatte <
Dans une deuxième observation avec autopsie (1) que jai recueillie h l'hôpital de la Charité en avril 1868, observation qui pi'csentait trait pour trait les caractères clini* ques de lobservation précédente, je constatai également Tintégrité parfaite du centre nerveux céphalo-rachidien; mats je reconnus, en outre, que tous les muscles étaient atrophiés à des degrés divers, que les uns avaient encore leur couleur presque naturelle, c'étaient ceux que l'observation clinique nous avait montrés jouir de quelque contractilité, que d'autres avaient une couleur rose pAle, ailleurs une couleur jaune pâle, jaune peau de daim, jaune de bois, mais qu'un très grand nombre de ces muscles avaient entièrement passé à Tétat graisseux.
La troisième observation (2), avec autopsie, confirma le fésultat des deux observations précédentes , quant à Tin* tégrité du centre céphalo-rachidien ; le résultat de la deuxième observation, quant h Tatrophie musculaire ; mats elle établit en outre de la manière la plus |K>sitive Tatrophie des racines antérieures des nerFs spinaux, atrophie dont j'ai pu suivre les divers degrés , depuis la simple diminution de volume de ces rociues sans altération notable de leur tissu jusqu'à leur réduction au névrilème, dernier terme de 1 atrophie nerveuse.
Je crois avoir établi (3) que cest de l'époque de la deuxiètne autopsie (celle du berger Legrand , avril i8&8), que datent la détermination de cette espèce de paralysie et sa séparation définitive d'avec les paralysies qui ont leur principe au cerveau et à la moelle : l'anatomie ]>atho> logiqae seule pouvait donner un corps A cette Forme aymptomatique, et dire au pathologiste : « Cette paralysie
(t) Observatiôtt de Lei^rand (Adolphe), I»«r(j6r, â(;é de du-hait aïkt, fOlrë dao« mon service le 3o mai 1S4S, »or( de variole le ea avril.
(}) Celle de Lecomte (Prosper), âge de trenie^deui ans, eiilr^ dans mon service eu juillet iS5o, où il est niori le xa Février i853.
(3) Voy. Bulletin de VAcadémie de médecine^ t. XVIII.
DOUZlilfK CLASSE. DES ATBOPHIBS. iSS
» progressive du mouvement, partielle ou générale, qui » simule les maladies par lésion de la moelle avec les- » quelles elle était confond ne, a ponr siège, pour point 9 de départ, non le centre céphalo-rachidien, mais bien > les muscles eux-mêmes. La nature, la cause organique de » cette paralysie, c'est une atrophie musculaire , atrophie » poussée jusqu'à la destruction complète de la fibre
• musculaire , jusqu'à son remplacement par du tissu
• adipeux. Tout le temps qu'existera une fibre musculaire 9 intacte ou encore capable de contractions, Faction mus- 9 cnlaire pourra s'exercer. Sans doute on reùeontre Tatro- 9 phie musculaire à la suite des paralysies du mouvement 9 par lésion des centres nerveux ; mais il y a cette énorme 9 différence que, dans les paralysies ordinab*es, Tatrophie
• musculaire est consécutive à la paralysie et d'ailleurs » rarement aussi complète, tandis que, dans la paralysie
• dont il s agit, l'atrophie débute avec la paralysie, si même » elle ne la précède pas ; elle est primitive ou idiopà- 9 thkfue. 9
A dater de cette époque (18&8), j'ai consacré chaque année à mon cours d'anatomie pathologique un chapitre particulier, dans la classe des atrophies , à l'étude de ïatrophie muêculaire primitive ou idiopathique , que je considérais jusqu'à plus ample informé comme la cause de la paralysie du mouvement dans les maladies que je décris.
Toutefois j'étais loin de me dissimuler qu'une lacune importante n'existât dans l'anatomie pathologique de cette maladie; je voyais bien dans l'atrophie graduelle des muscles une cause suffisante de l'atrophie graduelle du mouvement; mais quelle était la source de Tatrophie musculaire? Etait «elle dans los muscles? n'était-elle pas plutôt dans les nerfs ? Que sont les muscles sans les nerfe (|ui les animent? Je disais donc sans cesse, à Foccasiou de cette maladie, (|ue nous n avions pas le dernier mot de cette paralysie : que j'avais la certitude que la centre
136 ANATOMlË PATHOLOGIQUI': GÉNéBALC.
nerveux céphalo-rachidien était clans TéiaC d'intégrité, mais que je n avais pas la même certitude quant aux cordons nerveux eux-raémes. C'est cette lacune que la troisième autopsie a comblée en démontrant que l'atrophie musculaire n'était pas la cause organique première de la maladie, qu elle n était elle-même qu'un effet dont Ja cause était dans Vatrophie des racines antérieures des nerfs spinaux (voy. Airophifi des nerfs) ; en sorte que la maladie que je décris devait être définitivement placée non dans la classe des atrophies musculaires primitives, mais dans la classe des atrophies nerveuses primitives, sous le titre de Paralysies musculaires airopkiques^ dénomination déjà adoptée, comme par anticipation, par M. Thonvenet, mon interne, dans sa dissertation inaugurale.
Ce qu'il y a de spécial dans la poralysie musculaire atrophique , c'est que, tandis que dans les paralysies ordinaires qui ont leur principe dans le centre nerveux (cerveau et moelle), l'atrophie succède plus ou moins tardivement à la paralysie (qu'elle complète sonvent); dans la paralysie musculaire atrophique, l'atrophie et la paralysie semblent se confondre , marchent parallèlement et graduellement, d'un pas égal {uno tenore)^ et que la paralysie n'est complète que lorsque latrophie a atteint •elle-même sa dernière limite, la transformation graisseuse, et que tout le temps qu'il reste une fibre non adipifiée, cette fibre se contracte encore sous Tinfluence de la volonté. Avant que la troisième autopsie eût révélé l'état des racines antérieures des nerfs spiuaux, il était donc raisonnable de dire que dans la paralysie musculaire atrophique Vatrophie précédait la paralysie , tandis que dans la paralysie ordinaire l'atrophie était consécutive à la paralysie. Ce qu'il y a de spécial dans la paralysie musculaire atrophique, c'est son point dedéparldansTatrophiedes racines antérieures des nerfs spinaux ; ce qu'il y a de spécial, c est que le premier effet de cette atrophie des racines
antérieures est d agir sur la nutrition des muscles avant d'agir ou en même temps quelle agit 3ur la myotilité; c est que les choses se passent comme si la lésion atrophique des muscles était un intermédiaire nécessaire entre la lésion des nerCs et la paralysie.
Ce qu il y a de spécial dans Tatrophie musculaire de cette maladie, c est TenvahUsement successif et gradué! des diverses fractions du système musculaire; envahissement qui a lieu tantôt par régions, tantôt suivant Tordre de leur action : ici par grrâpes, là un à un, Caisceau par faisceau, fibre par fibre.
Or cet envahissement successif est parfSaitement en rapport avec Tindépendance anatomique aussi bien que physiologique des filaments nerveux ; indépendance qui explique pourquoi tel groupe de muscles, tel muscle en particulier, peut être affecté isolément; pourquoi, dans le même muscle on rencontre quelquefois tous les degrés de 1 atrophie; pourquoi tel faisceau musculaire peut être passé au gras, tandis que le faisceau voisin aura à peine éprouvé le premier degré de latrophie ou même présentera son caractère normal.
Cette indépendance explique pourquoi la paralysie ninscttlaire atrophique offre en quelque sorte autant de variétés que d'individus, pourquoi elle ne débute presque jamais de la même manière; jamais sous forme hémiplégique on paraplégique : pourquoi cette paralysie atrophique tantôt se généralise et envahit tous ou presque tous les muscles volontaires, tantôt se localise à un membre, à un segment de membre, aux muscles de la paume de la niain,audelt<nde, aux muscles qui meuvent Tépaule, aux extenseurs et aux fléchisseurs des doigts, à la langue* Quant au caractère de Tatrophie musculaire considérée en dle^même; cest que latrophie adipeuse n envahit la fibre musculaire que lorsqu'elle a passé par tous les degrés de 1 atrophie par macilence.
1S8 ANATOMIB PATHOLOGIQUE gAkÉIIALE.
Pour terminer Tétade de l'atrophie muscolaire , je vais dire un mot sur Tatrophie des muscles de la vie nutritive.
Atrophie dei muscles de la vie nutritive.
L atrophie des muscles de la vie nutritive est rare, jamais complète; car avant que latrophie devint cômplate, la fonction à laquelle appartient le tissu musculaire atrophié deviendrait impossible.
atrophie des fibres musculaires du canal digestif. Je n'ai observé d atrophie adipeuse de la tunique muscubûre de Tintestin que dans le cas (1) de noyaux de cerises retenus dans le côlon ascendant, par suite d'un rétrécissement cancéreux de l'intestin. Dans toute la portion d'intestin occupée par les corps étrangers la tunique musculeuse était remplacée par du tissu adipeux ; ce qui s'explique par l'inertie absolue de cette portion d'intestin pendant un an environ.
On peut considérer comme une atrophie des fibres musculaires, soit de lestomac, soit de lœsophage, soit de rintestin : 1* l'envahissement par le cancer de ces fibres musculaires qui finissent par disparaître ; 2« leur transfer*» mation en tissu fibreux par une inflammation chronique ; dans ces deux cas , Tatropbie succède presque toujours à rhypertropbie.
Dans plusieurs cas de déplaoeinent ou invagination du rectum, et surtout dans un cas où ce déplacement très ancien et très considérable avait le volume du poing, j ai trouvé le sphincter réduit à quelques fibres palet, à peint reconnaissables. Cette atrophiedu sphincter, qui s étendait àla plu|)artdes musdesdu périnée (c'était ches un liomme)^ explique la difficulté de maintenir le rectum en place après sa réduction, et par conséquent doit être un des obstacles principaux à la gnérison définitive de la chute ou invagi^ natiou de cet oq][aue.
(i) Voy. Anatomie pathoUgique^uret plaoelits, XXVT* Ihr., pi. 6.
DOUZIÈME CLASSE. 0B& ATAOPHIBS. 1S0
Atrophie de la vessie. Dans certains cas de rétention d urine chronique avec regorgement , la vessie amincie présentait à peine quelques vestiges de sa tunique mus* colaire. I) en était de même dans quelques cas où cet or^ne était en quelque sorte envahi par le tissu adipeux, qui formait une couche extrêmement épaisse tout autour de loi.
Atrophie du cœur. Le cœur est certainement de tous les organes musculaires celui qui est le moins sujet à 1 atro" phie; car, dans aucune circonstance possible, son défaut de contraction ne saurait être observé, mais il se rapetisse Botablemeot lorsqu'il n*est pas sollicité à une contraction •ctive.
Dans les cachexies non fébriles, la circulation du coeur devenant de plus en plus faible, le cœur présente une diminution proportionnelle de volume et d'épaisseur, dans ses parois : ches une femme morte de carie de la colonne vertébrale, j'ai trouvé que le cœur avait à peine le volutne d*uo œof de poule.
Dans plusieurs cas de cachexie cancéreuse, et surtout dans le cancer dn pylore avec vomissements continuels , 00 a trouvé le cœur tellement amoindri , qu'on a cru devoir invoquer, pour s'en œndre compte, une atrophie congénitale de Torgane ou un arrêt de développement : t«l est le cas d'un individu âgé de cinquante ans, qiri niOQrat d un cancer du pylore, et chez lequel le volume dn cœur égalait à peine celui du cœur d'un petit enfant. Mais cette atrophie du cœur s'explique comme celle de ^s les autres muscles ; elle est en rapport direct avec l> diminution dans l'accivité de sa Contraction. Pour avoir ^ droit d'admettre un arrêt de développement congé** oital,il faudrait au moins avoir observé les malades depois leur en&nce. Or il est à remarquer que , dans les bits qu'on invoque en faveur .de l'atrophie congénitale, >' n est question d'aucune circonstance qui indique qu'A
t&O ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
aucune autre époque de la vie la circulation du cœur ait été troublée.
Quant aux limites de latrophie du cœur, d après M. Bouillaud (1), latrophie peut faire perdre à cet organe le quarti le tiers et même la moitié de son poidset de son volume normaux : bien certainement, il n'y a pas d'exagération dans cette appréciation. J ai noté dans un cas que le cœur avait le tiers en volume et en poids d*un cœur ordinaire.
On parle, comme cause d atrophie du cœur, deia compression exercée sur le cœur : 1* parle liquide épanché dans le cas d'hydropëricarde, d'hydropéricardite ou de péricardite chronique; 2"" par des adhérences; y par des tumeurs développées dans le médiastin antérieur; mais le cœur élude les effets de la compression par la diastole dont il est doué , et par son déplacement facile. J ai vu beaucoup d'hydropéricardites et d adhérences péricardiques coïncidant avec un grand développement du cœur.
Dans un cas particulier rapporté par Laënnec, une femme âgée de cinquante-cinq ans, qu'il avait traitée par la méthode de Valsai va, deux ans avant sa mort, d'une hypertrophie du cœur, ayant succombé à une autre maladie, il trouva le cœur notablement atrophié. « Le cœur, dit-il, 9 n'était pas plus gros que celui d'un enfant de douze 9 ans. Son aspect extérieur rappelait tout à feit celui » d une pomme ridée. » On a dit aussi que dans plusieurs cas de péricardite chronique le cœur paraissait ratatiné ; mais ce ratatinement , ces rides du cœur ne sont évidemment qu'une apparence produite soit par des fausses membranes, soit par de petits amas de graisse ou de sérosité infiltrée sous le feuillet séreux du cœur (2).
(i) Traité cHnUfue de$ malmditsdu cauf^ Paris, x64', >• U) p* S93.
(a) Il n'eiistfl de plissement du cœur qu'au inoinent de sa conUtction, ainsi que Je Tai parfaitement vu sur un enfant nouveau-né donc le cœur dépofûUë de ton péricarde était «tué hors de la poitrine.
nOVZiÈME CUSSE. DBS ATROPHIES. ^ i&S
la graisse dans l'épaisseur du cœur, dans le cas de rupture de cet organe, pour qu on ne doive pas ranger Tadipiiactioii du cœur parmi les causes de cette rupture. Comment coucevoir que le tissu musculaire du cœur, organe contioueilemeut en mouvement ^t pendant la diastole et pendant la systole, puisse subir la transformation graisseuse? J'ai déjà parlé de la transformation fibreuse atropbique du c<»ur (voyez plus haut, page 119).
U* GENRE, Atrophie du système ner?eux.
L'atrophie du système, ou mieux du tissu nerveux, doit être étudiée : 1* dans sa portion périphérique , nerh rachidiens , système nerveux ganglionnaire ; 2"" dans sa portion centrale , cerveau et moelle épinière«
Disons d'abord que lanatomie pathologique du système Derveux est encore à faire et qu elle est sans contredit un des points les plus difficiles et les plus délicats de la science. On pourrait admettre d'une manière générale, dans le système nerveux, une atrophie congénitale, une atrophie postérieure à la naissance , une atrophie sénile. Je dois dire toutefois, relativement à cette dernière espèce datrophie, que de tous les organes, le système nerveux est peut-être celui qui s'atrophie le moins à 1 âge ultime de la vie, que le cerveau lui-même ne présente des signes d*atrophie que lorsqu'il a existé pendant la vie un affaiblissement notable des facultés intellectuelles. Il est des atrophies par compression , par traction , comme aussi des atrophies spontanées sans cause matérielle appréciable. Il est des atrophies nerveuses primitives, il en est de consécutives.
J'ai cru devoir admettre deux espèces ou deux degrés d*atrophie dans la fibre nerveuse comme dans la fibre musculaire , à savoir, \ atrophie par macilence et V atrophie par transformation de tissu^ou plutôt par déjiénérat ion grise.
1A& ANATOMIB PATHOLOGIQOR CÉNÉIIALE.
fSOUS-GINlIB. Atrophie de la portion péri pbcri que da syftèioe nenrent. |t« soos-ispfcci. Atrophie île la portion périphérique gangllotuaire.
Ce nest que pour mémoire que je fais mention de 1 airophie de la portion périphérique ganglionnaire du système nerveux, et pour constater les vides de la science à cet égard. Rien, absolument rien , n a été ftiit sur cette question. Il est vrai que pour pouvoir Taborder avec quelque succès, un travail préalable serait nécessaire, à savoir , une bonne anatomie normale du sysième nerveux ganglionnaire et des nombreuses variétés qu*il présente : aiusi rien de plus fréquent que de voir des gan* glions extrêmement petits ou absents remplacés par des ganglions du voisinage, un seul ganglion en représenter plusieurs, ou plusieurs ganglions en représenter un seul. On pourrait dire, au sujet du système nerveux péripfaérique, que si Tuniformité préside quant au système nerveux céphalo-rachidien» la variété préside quant au système nerveux ganglionnaire.
T SOCS-GIllftB* Atrophie des aerft cëréhro-raehtdieiM (i).
L atrophie des nerfs ne se mesure pas toujours par la diminution de leur volume : un nerf atrophié peut en effet avoir conservé son volume normal ou même avoir augmenté de volume. Ce volume peut dépendre de deux causes : 1* de Taccumulalion du tissu graisseux dans la gaine névrilématique; 2*del cpaississementdu névrilème. Je suis fondé à croire que, dans un certain nombre de cas, Tcnvahissement du nerf par le tissu adipeux est un effet de Tatropiiie, le vide qui résulte du retrait du tissu nerveux dans la gatne névrilématique étant rempli par de la graisse. De même, lorsqu'un cordon nerveux , dans un
(1} Voyex XXXV* lÎTmiion, explication delà planche a.
OOUSIÈMB CLASSE. DES ATROPHies. ià5
point de son trajet , est le siège d'une pression avec ou sans Frottement , il s'épaissit considérablement dans toute la région comprimée; j*ai dit ailleurs (1) que les renflements gangliformes de quelques nerfs n avaient pas d'autre origine et qu ils étaient le résultat de Tépaississement du névrilème*
Une troisième cause d'hypertrophie apparente de volume des nerfs avec atrophie réelle, c est le développement de tumeurs dans leur épaisseur.
On ne peut donc déterminer d'une manière positive latrophie d'un nerf qu'après l'avoir dépouillé de son névrilème.
Le peu de progrès de l'anatomie pathologique des nerfs vient, en effet, de ce qu'ils ne sont généralement étudiés qu'à leur surface. Us ne sont pas disséqués. Or, la dissection d'un nerf comprend l'étude des cordons nerveux et des filets qui le constituent, et dans leur névrilème et dans leur tissu pn^re.
Des deux degrés d'atrophie que j'ai admis dans les nerfs, l'atrophie par macilence est extrêmement difficile à constater.
Il n en est pas de même de l'atrophie par dégéniration grise. Dans cette dernière espèce d'atrophie, qu'on peut considérer comme l'atrophie nerveuse à son maximum d'intensité, les nerfs ont considérablement perdu de leur volame. Us sont gris, demi-*transparents : on y cherche vainement la substance nerveuse proprement dite ; on n'y trouve qu'une substance grise asseE analogue , quant à laspect , à la substance grise des ganglions. On dirait que les fibres nerveuses sont transformées en substance grise disposée en filaments. Le type de cette espèce d'atrophie est dans le nerf optique, où elle est assez fréquente et très facile à étudier, à raison du volume de ce nerf. Dans le
(i) iïiiaf. pathologique» XXXV* livr., pi. j, p. 9 dateite.
1A6 AVATOMIB PATHOLOCIQtTK GÉNÉKALK.
degré le plus complet, les nerfs optiques sont convertis en tissu grisâtre, demi - transparent , qui ne remplit plus leur gotne fibreuse : et ce qu'il y a de remarquable, c'est que jamais la graisse ne remplit le vide de la gaine, •et que le tissu nerveux semble imprégné de sérosité. La substance propre des nerfs optiques a perdu sa disposition -fiisciculée et se réduit par la traction, par la dissection en ane membrane grise demi-transparente : quelquefois aussi elle se présente sous la ferme d'une gelée concrète.
Cette transformation grise gongliferme des nerfs optiques peut s'observer dans toute la longueur du nerf optique, en avant du cliiasma , au niveau du chiasma , et en arrière du cbiasma , dans toute la portion du ruban optique qui contourne le pédoncule cérébral antérieur, jusqu'ati corps genouillë externe qui est vraiment Ton- 0ine du nerf optique.
L'atrophie des nerfs optiques me parilt résoudre la question si débattue delVntre croiseiupui de ces nerfs (1), et établir de la manière la plus positive que reteotre-croise* tnent est incomplet ; car lorsque l'atiophie occupe un seul nerf optique, tantôt elle se continue du même côté à travers le chiasma, tantôt elle se continue du côté opposé.
Un fait non moins remarquable qui ressort de cette atrophie, c'est l'indépendance des nerfs optiques et des tubercules quadi ijumeaux chez Thomme ; car j*ai vu constamment ces tubercules intacts dans lotrophie des nerfs optiques, tandis que le corps genouillé externe est con* •tamment atrophié avec la portion du nerf optique postérieur au chiasma (2).
L'atrophie des nerfs ne peut se mesurer par la diminu* tioD de volume seulement sans altération de tissu, que
(i) Voyet Ânatomie descriptive^ t. IV, p. 6f i» 3* édition,
(s) Souvent le corps genouillc interne pi, dans des cba rares, ta coucb*
optique ille-mémr, sont aCmphiés en iiiéme temps que le corps ^nonillt
citerne.
DOtJZIÈMB CLASSE. DRS ATROPHIES. 141
lorsque cette diminiiliori est bien tranchée; mais il n'est pas rare de voir à une diminution notable de volume s associer un changement dans la couleur du tissu propre* AÎDsi, j ai disséqué avec beaucoup de soin les nerfs sciatiques d'individus qui avaient succombé à des paraplégies d une date ancienne. Ces nerfs avaient conservé leur volume apparent; mais la dissection démontrait, sous le névrilème d enveloppe, une grande quantité de tissu adipeux interposé aux filets nerveux , qui avaient singulièrement diminué de volume. Ces filets nerveux eux-mêmes étaient Gonstilués par un tissu propre, moindre en volume et d'une couleur grise presque transparente, tout à fait différente de la couleur blanc de lait du tissu nerveux dans 1 euit d'intégrité. Il est bien difficile de déterminer d'une manière rigoureuse si chacun des filaments nerveux, aussi ténus que le fil de ver à soie, a diminué de volume ; mais il fiaut bien qu'il en soit ainsi, puisque la réunion de ces filaments forme un volume moindre que le nerf correspondant qui n'a pas été soumis à des causes d'atrophie.
Cnedes causes les pi us fréquentes de l'atrophie des nerfs, c'est leur compression ou mieux leur distension par une uuneur développée, soit au voisinage du nerf, soit dans son épaisseur. Cette atrophie peut être portée jusqu*à la disparition complète du nerf. Le cordon nerveux s'aplatit, devient rubané, ses filets s'éparpillent, le tissu propre du ocrf devient grisâtre, et finit par disparaître complé* leroent.
Comme exemple d'atrophie des nerfs par compression extérieure, je citerai les nerfs pneumo-gastriques dan$ on cas danévrisme de la crosse , que j'ai fait représenter planches l et ft, III* livraison. On voit le nerf pneumo-gastrique gauche aplati, réduit à une lame mince, fibreuse, sans vestige de tissu nerveux , dans l'étendue de quelques lignes.
J*ai fait également représenter un çai 4e tumeur can«
ihS ANAT0M1K PATHOLOCIQUK OI^.NÉRALE.
céreusede ta base du crâne, sur laquelle le nerf trijumeau éparpillé constituait nn ruban très large et très mince , formé par des filaments nerveux juxtaposés ; un degré de plus dans la compression, et la dégénération grise aurait eu lieu.
Mais de tous les exemples d'atrophie nerveuse par compression, le plus remarquable sans contredit est celui du nerf lingual , comprimé à son passage dans le trou condylien antérieur par un kyste acéphalocyste (1).
J'ai étudié avec beaucoup de soin la langue de cet individu qui fut présentée à la Société anatomique : la moitié gauche de cette langue, entièrement graisseuse et très mince, contrastait avec le développement considérable de la moitié droite dont les fibres musculaires étaient parfaitement intactes. Le nerf lingual du côté atrophié était aussi développé que le nerf lingual du côté sain ; le nerf grand hypoglosse du côté atrophié, au contraire, n'avait pas le tiers du volume de celui de 1 autre côté. En outre, ce nerf atrophié avait subi la dégénération grise.
Les degrés de Tatrophie par compression extérieure des nerfs, du plexus brachial, par exemple, s'observent dans les cas de tumeurs cancéreuses ou strumeuses, développées dans le creux axillaire. Ces nerfs distendus « com* primés, s'aplatissent, subissent la dégénération grise et finissent par disparaître complètement. Cest dans des cas de cette espèce qu'il est permis de constater combien les nerfs sont réfractaires à la dégénéraiion cancéreuse. Il est cependant incontestable qu'ils finissent par subir le niveau fatal de la dégéncration ; car il arrive un degré où ils sont confondus avec le reste* de In masse cancéreuse.
(i) Pièce présentée à la Société anaiooiique par M. MonCaulc. Le ma* bde qai faisait le »njet de celte observation avait été qaelqnc teropi dans le service dfi Dapuytren et est mort dans le service de M. Gendrin, qui en a ptiblié Tobtervation.
DOCZIUIE CLASSE. DES ATIIOPIIIES. 1/|9
Je suis fondé à croire que leur absence, dans ce cas» tient plutôt à leur disparition atrophique qu'à leur dégénéra» tion proprement dite.
Une des causes les plus fréquentes de l'atrophie des nerfs, cest la présence de névromes fibreux, kysteux ou cancéreux, développés dans l'épaisseur de ces nerfs (1). Ces névromes se comportent de diverses manières relativement aux filets nerveux dont la réunion constitue le nerf. Ainsi, il arrive quelquefois que les filets nerveux sont tous ou presque tous rejetës sur un des points de la circonférence de la tumeur, et qu ils éludent alors plus ou moins la compression et par conséquent Tairophie ; mais lorsque la tumeur se développe au centre du cordon nerveux dont elle écarte les filets, qu elle rejette d'une manière plus ou moins régulière à sa suriace , il est bien difficile qu'ils échappent à l'atropbie; or, pour un cer* tain nombre et même quelquefois pour tous, l'atrophie de la fibre nerveuse, d'abord par macilence, passe au gris, pour disparaître complètement, si bien que des cordons nerveux il ne reste plus que le névrilème, qui lui-même finit par se confondre avec la tumeur.
La disposition qu'affectent les névromes par rapport aux filets qui constituent le cordon nerveux, rend un compte satisfaisant et des atroces douleurs que présentent les uns et de l'absence de douleurs que présentent les autres, et de la disparition complète de la douleur à une certaine période du névrome douloureux.
Latrophie nerveuse joue un rôle extrêmement important dans la paralysie mmcufaire atrophique dont j'ai déjà en occasion de parler à l'occasion de Tatrophie mus* Golaire;et cette atrophie nerveuse présente cela de re^ marquable, qu'elle a son siège dans les racines antérieures des nerft spinaux et coîncideavec l'intégrité du centre ner*
(i) Voy« XXXV* livraison, pi. î.
456 ANATOMIB PATHOLOGIQUE OÉMÉRALB.
veux eéphaio-^rachidien , 6t des racines postérieures des ttérfs spinaux. J'ai constaté dans ces racines antérieures les divers degrés de latrophie nerveuse , Tatrophie par macilence, latrophie par dégénération grise, latrophie par disparition ou absorption du tissu nerveut.
L'atrophie par macilence occupait les racines anté» rieures des nerfs dorsaux et lombaires : le volume des radnes postérieures était^en effet, à celui des raciueaanté* rieures comme & : 1, au lieu du rapport normal qui est comme 1 et 1/2 : 1 pour les paires dorsales, et comme S : 1 pour les paires lombaires.
L atrophie par dégénération grise occupait les racines spinales antérieures de la région cervicale. Dan s plusieurs paires cervicales , ces racines antérieui^es étaient réduites à leur névrilème et se présentaient sous l'aspect de petits filaments gris extrêmement déliés , lesquels se groupaient comme de coutume pour traverser la dure-mère par un canal spécial antérieur à celui des racines postérieures» L^xtrémement petit faisceau qui résultait de ce groupement était également gris et venait se réuniri 6omme de cou tu me, au gros cordon cylindrique qui sortait du ganglion rachidien correspondant. Ces filaments gris» exAminés à l'aide d'une forte loupe, ne présentaient aucune trac9 de tissu nerveux proprement dit ; il n'y avait là que du nëvri* lème. Que devient le [faisceau gris fermé par le groupe» ment des racines antérieures après sa conjugaison avec le cordon émané du ganglion des racines postérieures? Se mâle-t^l, se combine^t-il avec ce cordon nerveux? J ai inutilement cherché à résoudre ce problème analomique) il ne m'a pas été possible de suivre ce tissu gris au delà de son point d'immersion ou de conjugaison*
J'ai étudié les nerfs musculaires appartenant aux mut» eles atrophiés, au moment où ces nerfs se détachaient da tronc nerveux pour pénétrer dans les muscles. £h bien , j'ai trouvé ces nerfs d'une infériorité relative remarqaable
DOUZIÈMB CLAS5B. DES ATfiOPUIES. 151
•1 en quelque sorte proportionnelle à l'atrophie du muscle correspondant : la proportion du névrilèine comparé à la substance nerveuse m'a paru également beaucoup plus considérable» et c'est à peine si l'on pouvait distinguer autre chose que du névrilème dans les filets qui pénétraient les muscles interosseux de la main et les muscles de l'éminence hypolhënar, lesquels muscles étaient réduits à des lames graisseuses très ténues, présentant à pein^ quelque vestige de fibres musculaires décolorées.
Mais c'est surtout à la langue, dont le tissu musculaire était presque entièrement transformé en tissu adipeux » qu'il m'a été donné d'étudier l'atrophie nerveuse. On sait que le nerf grand hypoglosse est essentiellement le nerf moteur de la langue.
Malheureubcuiciu la destruction du bulbe rachidien cbex le sujet soumis à mon observation no me permit pas d'étudier : racines d'origine, mais j'ai pu suivre parfaitement c; erf depuis sa sortie du trou condylien antérieur jusque dans l'épaisseur de la langue elle-même. Or, avant son immersion dans l'acide nitrique, ce nerl paraissait n'avoir tout au plus que le tiers de son volume ordinaire ; mais après l'immersion dans l'acide nitrique étendu, suivie de l'immersion dans l'eau, le névrilème ayant été réduit à une gelée transparente, j'ai vu que la substance nerveuse proprement dite était réduite à des proportions qui ne dépassaient pas la sixième partie et peut-être même un chiffre plus inférieur de l'état normal, plusieurs divisions de ce nerf étaient même réduites au névrilème \ d'autres ne présentaient qu'un filament nerveux, très déUé, moins blanc que de coutume ^ mais ce qui rendait latrophie du nerf grand hypoglosse plus frap* panie encore, c^était la comparaison de ce iicrf avec le nerf lingual du côté opposé, nerf lin^nul qui avni( conservé son volume normal, et dont les gros filets ncr* veuK, bien blancs et bien nourris, contrastaient avec la
152 ANATOMIE PATHOLOGIQUB GÉNÉRALE.
couleur grise, Texiguiié du tronc et des divisions du nerf grand hypoglosse (1 ).
La coïncidence de Tatrophie musculaire et de latrophie des racines antérieures des nerfs spinaux et des nerfs qui pénétraient les muscles atrophiés de ce sujet (Lecomie)ue saurait être considérée comme purement fortuite. Il y a con* nexion et connexion intime entre ces deux lésions, et il ne peut exister entre elles d'autre rapport qu*un rapport de subordination. Mais de ces deux lésions qnelle est celle qui est cause, point de départ? quelle est celle qui est effet? Ces deux hypothèses peuvent être soutenues. Je n entrerai pas dans les détails de la discussion qui a eu lieu à ce sujet au sein de l'Académie de médecine (2) ; je dirai seulement que j'ai conclu à la subordination de Fatfophie musculaire, à Tatrophie nerveuse, laquelle me parait la lésion primitive; et ce qu'il y a de remarquable dans cette maladie, ce qui constitue son caractère spé* cial, c'est que latrophie des racines antérieures est com« plétement indépendante de toute lésion du cerveau, de la moelle épinière et des racines postérieures.
Il résulte de ce qui précède qu'il existe une atrophie des racines antérieures des nerfs spinaux coïncidant avec une atrophie proportionnelle des muscles correspondants, et que l'atrophie musculaire est subordonnée à latrophie nerveuse.- Il existe donc par conséquent une atrophie ner* iHfuse prùniiive.
Existe- t- il une atrophie nerveuse consécutive? Gela ne me paraît nullement douteux, et de même que le système vasculaire d'un organe diminue et s^atrophie ou proportion de la diminution et de l'atrophie de cet organe, de même le système nerveux, devenu inactif, doit
(i) J*ai déposé au musée Dupujtren la moelle épioière , la langue et es régions les plus importances des membres supérieurs de Lecomtc,donC * %mest attaché à la détermination delà paralysie musculaire atrophiqiic. ^)Voyei Bulletin de V Académie de médecine, t. XVHI.
bOCZIÈME CLASSE. DES ATROPHIES. 153
éprouver y dans les mêmes circonstances, une réduction proportionnelle. Ne voit-on pas, en effet, le nerf optique satrophier et passer à la dégénération grise lorsque le globe oculaire a été atteint par une maladie ou par une lésion physique qui Fa rendu inapte à remplir ses fonctions?
Le même phénomène devrait certainement se produira dans les nerfs du mouvement, s il existait une atrophie musculaire primitive ou idiopatbique, je veux dire indépendante du système nerveux. Je suis même persuadé qua la suite de lamputation d'un membre, les racines spinales antérieures et postérieures qui présidaient au mouvement et au sentiment des parties qui n existent plus, doivent présenter des atro])liies correspondantes.
J'ai vu plusieurs cas d atrophie des racines spinales , soit antérieures, soit postérieures, consécutives à une compression exercée sur elles par des tunieuis développées dans le rachis sur le trajet de ces racines. Ainsi , M. Monod a présenté à la Société anatomique un segment de cordon rachidien ayant appartenu à un individu affecté de paralysie incomplète du mouvement des extrémités inférieures avec douleur excessive de ces mêmes extré* mités. Comme cause de cette paralysie douloureuse, nous avons vu, au niveau des huitième et neuvième vertèbres dorsales, trois petites tumeurs fibreuses oblongues , situées sur le trajet et dans 1 épaisseur des racines antérieures. Ces racines étaient atrophiées et comme confon^ dues avec les tumeurs : les racines postérieures étaient intactes.
Si Tahération alrophique des racines des nerfs spinaux peut avoir lieu , indépendamment de toute lésion de la moelle , comme dans la paralysie musculaire atrophique, il arrive quelquefois que cette atrophie des racines est consécutive a celle des faisceaux correspondants de hi moelle. C'est ainsi que j'ai fuit représenter, XXX ÎT livr.,
ISft ANATOMIB PATHOLOGIQUE GÉNABALB.
pi. 2, plusieurs cas de paraplégie qui mont offert, en métaé temps que Talrophie des racines postérieures des nerb spinaux, une dégénération grise des faisceaux postérieurs de la moelle.
Dans le premier cas, représenté figure S, les cordons médians et postérieurs de la moelle étaient transforiDéf en une bande grise, gris jaunâtre et indurée, qui occupait toute la longueur de la m^^elle; or, les racines postérieures étaient complètement atrophiées, extrêmement grêles, transparentes, et contrastaient avec les racines antérieures qui avaient conservé leur volume et leur aspect naturels. L*atrophie des racines était un peu moins considérable à la région cervicale qu'aux régions dorsale et lombaire.
Dans un autre cas, tout à fiiit semblable au précédent, les deux cordons médians et postérieurs de la moelle étaient convertis en une pulpe molle, gris rosé, pénétrée de vaisseaux sanguins : cette altération était plus profondo à la partie inférieure qu'à la partie supérieure de la moelle : or, les racines postérieures des nerfs spinaux étaient très grêles , surtout en bas. Je n ai pas suivi les nerfs spinaux au delà du canal rachidien. Dans un troi* sième cas de dégénérescence grise du cordon postérieur de la moelle, il y avait également atropbie des racînea postérieures des nerfs spinaux.
N est-il pas évident que, dans ces cas, latrophie dcft racines postérieures était consécutive à latropbie des faisceaux postérieurs de la moelle T
Il suit des faits qui précèdent que latrophie des nerfii peut avoir- lieu indépendamment de Tatrophie de la moelle, mais que latrophie de la moelle entraîne nécessairement Tatropbie des uerfs correspondants. Noua voyons en outre que l'atrophie du cordon antérieur de la moelle a pour conséquence nécessaire latrophie det racines antérieures, et latrophie du cordon postérieur, Tatrophie des racines postérieures.
MOSkilB 0LA8SB. OB8 ATBOPBIES. iS5
Gala posé sur lairophie des nerfs et de leurs racioes , je vais passer à 1 étude de Tairophie de la moelle.
3* SODS-GElfU* Atrophies de la moelle épinîêre.
La moelle ëpioière ma paru notablement atrophiée et indurée sar le corps d un certain nombre de vieillards qui étaient restés immobiles au lit pendant les dernières années de leur vie. Il est à peine besoin de dire que la quantité de liquide racbidien était augmentée dans la même proportion pour remplir le vide laissé par le retrait de la moelle.
Il fout d'ailleurs, dans cette appréciation du volume et de la densité relative de la moelle cbei les vieillards, bien distin{pier Tutrophie morbide de latrophie physiologique de la moelle à cet âge de la vie , atrophie sénile déjà signalée par Gotugno. Cette atrophie sénile porterait aiusi sur la longueur, suivant M. Ghaussard (1).
Onconçoit que> pour arriver à une détermination rigon* rease du degré de Tatrophie de la moelle, il fiiudrait oon- Mitre avec plus de précision que nous ne le bisons , le volume, le poids et la consistance de la moelle dans I état normal aum divers âges de la vie.
J*ai cherché inutilement dans des cas d'hémiplégie la diminution de la moitié correspondante de la moelle épinière notée par Morgagni. De nouvelles recherches doivent être laites à œt égard , comme aussi sur Tétat de la moelle i la suite d une amputation des membres supérieurs et inférieurs : il est bien difficile d'admettre èprieri que la portion de moelle d où partent et oii aboutissent les nerfii de ces membres n éprouve pas une atrophie notable à la suite de Tamputation dans Tarticle scapulo* homënl ou ooxo-fémoral, par exemple (2).
(i) Atcherchtimur torganiêoiioH dtt vieilimtdi^ diMartation ioaoQ;vdc, Part», iSss.
(s) U «Mt <|sliisat coavsiectt <|vs Isi iadividM 4|eî ^
^56 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉBALE.
J*ai eu occasion d'observer plusieurs fois 1 atrophie de la moelle dans la paraplégie, soit que cette paraplégie fût la conséquence d'une compression , soit qu'elle fût indé* pendante de toute compression.
Exemple d'atrophie de la moelle par compression ^ ou cofim sécutive. Celte atrophie est caractérisée par un étranglement, un aplatissement au niveau de la cause de cette compression. Je n'ui jamais observé que» dans le cas d atrophie par compression de la moelle , cet organe fût atrophié, soit au-dessus, soit au-dessous du point com* primé.
On trouvera le type de cette atrophie par compression de la moelle, XXXII* livr., pK i, fig. 2, 2', 2", 2"'. La malade était morte paraplégique avec flexion et rigidité permanente des membres inférieurs. La cause comprimante était une tumeur cancéreuse sous-arachnoïdienne entourant la portion de moelle qui répond à la troisième vertèbre dorsale. La figure 2'^, qui représente une coupe antéro-postérieure de la moelle au niveau de la tumeur, permet de voir que la moelle était comme étranglée dans ce point ; on eût dit qu il y avait absence presque oom«* plète de tissu propre, à peu près comme il arriverait si Ton comprimait fortement la moelle entre deux doigts, lesquels refouleraient la substance médullaire au-dessus et au*dessou8 du point comprimé.
Exemple d atrophie de la moelle sans compression, ou idio* pathique. J'ai rapporté ailleurs (i) deux cas de paraplégie du sentiment et du mouvement qui avait pour cause une induration avec atrophie de la moelle.
Le premier cas a pour sujet une femme de quarante* sept ans qui avait présenté pendant sa vie une paraplégie presque complète du sentiment et du mouvement des
monde sans bras et sans jambes doiTenc présenter um atrophie des parties de moelle correupondanfe* (i) XXXII* rivratson, explication de la planche f, p. i3, i5 du texte.
DOUZIÈME CLASSE. DFS ATROPHIES. 157
membres inférieurs; je trouvai pour toute lésion une diminution notable du volume de la moelle avec aplatissement d avant en arrière. Le névrilème enlevé , je reconnus que le tissu de cette moelle était considérablement induré, plus dur que celui d'une moelle qui a macéré dans lalcool concentré. L atrophie avait porté surja substance grise encore plus que sur la substance blanche. Cette substance grise avait presque complètement disparu, et ce qui restait était un peu plus blanc que de coutume. Eq outre, les racines des nerfs qui naissaient de la portion indurée et atrophiée étaient atrophiées. Le bulbe rachidien supérieur était sain , le bulbe rachidien inférieur moins atrophié que le reste de la moelle. Le cerveau, le cervelet et Tisthme de Tencéphale étaient parfaitement sains.
Ihns le deuxième cas, qui a pour sujet une femme âgée de soixante ans, ayant une paralysie incomplète des mem* bres inférieurs, une paralysie moindre des membres supérieurs, maladie qui datait de dix-ueuf ans , j ai trouvé la moelle épinière atrophiée , aplatie, extrêmement dure. On aurait dit d'une moelle durcie par la macération dans Talcool. Rien dans le cerveau et le cervelet. Je n ai pas noté dans ce cas si les racines des nerfs spinaux étaient atrophiées. Cela est plus que probable.
Je crois devoir rapporter à Tatrophie , mais à Totrophie consécutive à un travail morbide (au ramollissement, par exemple), un cas de destruction du tissu propre de la moelle 7«f remplaçait tmc cellulosité infiltrée de liquide gélatineux représenté XXXIi* livr., pi. 1, fig. 1, 1', l^ Dans ce cas, il y avait en même temps dégénération gris jaunâtre des. iordons médians postérieurs et une tumeur encépli a loïde autour àf la queue-de^cheval. La femme qui fait le sujet de cette observation m'avait présenté une paralysie complète du sentiment et du mouvement des membres inférieurs.
La figure i" représente une coupe verticale antéropostérieure de la moelle. On voit (|ue le tissu méilullaire
158 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉBALK.
a complètement disparu au niveau des trois on quatre premières vertèbres dorsales ; que là elle est réduite au névrilème ou membrane propre constituant une poche remplie par une cellulosité lâche , infiltrée de matière gélatiniforme , transparente , aa milieu de laquelle se voyaient des vaisseaux longs et flexueux. Quelques filaments blanchâtres de la moelle avaient échappé â la des* truction. Il n'y avait destruction complète de la moelle qu'au centre de laltération ; à mesure qu'on s éloignait de ce point central, la matière gélatiniforme diminuait et la substance médullaire augmentait. Les nerfs qui procédaient de la portion de moelle, convertie en poche, étaient complètement atrophiés dans leurs racines. Il est plus que probable que la cellulosité infiltrée de matière gélatiniforme qui remplissait la gaine névrilématique est un mode de cicatrisation d'une lésion profonde de la moelle t lésion que je suppose être un ramollissement, car il y a une grande afBniié entre cette altération et les cicatrices du cerveau qui succèdent aux apoplexies capillaires.
Atrophie partielle de la moelle. Il existe dans la science quelques exemples dalropbie de la moelle limitée au bulbe lombaire chez des individus dont les membres inférieurs avaient été condamnés â rimmobilité pendant de longues années; mais, dans lappréciation de ces faits, il faut bien distinguer latrophie par lésion primitive de la moelle de latrophie consécutive â Timmobilité des mem* bres. G est dans la catégorie des atrophies primitives de la moelle que je place le foit suivant, rapporté par M. Hutin (1) : chez un rachitique âgé de quarante-neuf ans , cul-de-jatte depuis I âge de sept ans , le renflement lombaire était réduit au volume d'une plume ordinaire et dune dureté très considérable; il était impossible d'y reconnaître la substance grise ('i).
(i) BuUetin àtta Société anatomique^ année l8a6. (•) Toat Itt eu d« ettlt-dt^jttu q«# f ai •« <
MmtMB CtASSE. ABS ATROMIBS. 150
Dans un cas de paraplégie complète avec atrophie des membres inférieurs (la paraplégie datait de douze ans ), le même observateur a trouvé, immédiatement au-dessous de la deuxième paire lombaire, la moelle épiuière réduite à ton enveloppe et ressemblant exactement à un cordon Kgaoïenteux.
Atrophie pariitUe (k la moelle dans le spina hifida. Il résulte d*un grand nombre de dissections que j ai eu occa* eiOD de faire, que dans le spina bifida la moelle avec ses enveloppes va se perdre dans Tépaisseur des parois de la poche qui constitue le tissu lombaire, et que cette portion de moelle, quelquefois saine , est souvent atrophiée (1).
Jlîrophie partielle avec déyénératton grise des cordons de la moelle. Je crois devoir rapporter à latrophie les cas que j ai décrits ( même livr., pi. 3 ) sous le titre de Para^ pligie par dégénération grise des cordons de la moelle. Cette altération se présente sous deux formes : 1* sous celle d'îles gris rougeàtre qui remplacent la substance blanche dont les fibres sont coupées net au*des8us et au-dessous de laltération. Ces iles rougeàtres n occupent pas seulement la sur&ce de la moelle , mais elles pénètrent plus ou Qioins profondément dans l'épaisseur de cet organe : tant6t elles sont bornées à un faisceau, tantôt elles occupent plusieurs faisceaux. Il n'y a pas seulement changement de couleur, mais altération profonde de texture, disparition complète du tissu médullaire au niveau des iles rougeàtres dont le tissu est dense, demi -transparent, sans disposition linéaire.
3^ Dans d autres cas, la transformation grise occupe tonte la longueur ou une bonne partie de la longueur d'un Caisceau médullaire. Ainsi , dans le cas représenté fig. S,
é9$ cas <le paraplégie complète arec atrophie ritréme des membres infi^ rieors , parapléjpe surreone subitement dans la première enfance ; les ■aembres paralysés avaient à peine participé au développement eMral. (I) Toyw XVI* livraiMNi, pi. <.
160 ANATOMIE PATHOLOGIQOB GÉHÉRAU.
XXXII' livr.y pi. 2 , qui apparUent à une malade affectée de danse de SaintrGuy chronique, avec paralysie incom* plète du sentiment et du mouvement, les cordons médians et postérieurs de la moelle ont été transformés en une bande gi*is jaunâtre indurée qui occupe toute la longueur de la moelle. La coupe de cet organe a établi que laitération était très exactement limitée aux cordons mé« dians postérieurs et qu elle occupait toute Tépaisseur de ces cordons. Les racines postérieures des nerfs spinaux sont entièrement atrophiées dans toute la longueur de la moelle. Elles sont transparentes, filiformes, et contrastent avec les racines antérieures, qui ont conservé leur volume et leur aspect naturels. L'atrophie des racines postérieures est un peu moins considérable à la région cervicale qu'aux régions dorsale et lombaire. Indépendamment de cette atrophie partielle avec dégénération grise des cordons postérieurs , la moelle tout entière atrophiée présentait à peu près les deux tiers de son volume ordinaire.
J ai noté dans un autre cas que les deux cordons médians et postérieurs de la moelle étaient convertis en une pulpe molle, gris rosé, pénétrée de vaisseaux sanguins. L altération allait en diminuant de bas en haut. Dans tous les cas de dégénération grise des cordons postérieurs que j'ni en occasion d'observer constamment, j'ai trouvé les racines postérieures des nerfs spinaux atrophiées.
Voici par quelles réflexions je faisais suivre ces obser^ vations (texte de la XXXir livr., pi. 1 et 2, p. 21): « A quelle espèce d altération faut-il rapporter cette transn formation grise, gris jaunâtre, gris rougeâtre de la » substance blancbe ? est-ce une atrophie ? est*ce la con^ * séquence d'une inflammation? est-ce une dégénération? 9 Attendons pour prononcera cet égard. Toujours est-il n que cette transformation, d'une part, est une des lésions » les plus fré(|uentes de la moelle, et d'une autre part, 9 tend h s'étendre suivant In longueur des fibres et non
DOUZIÈME CLASSE. DBS ATROPHIES. 161
« suivant la circonférence de la moelle, v L'étude que j'ai faite» depuis celte époque, de I atrophie des nerfs avec altération grise, ma convaincu que cette altération grise des cordons de la moelle n'était ni une dégénération cancéreuse y ni la conséquence d'une inflammation , mais bien une atrophie complète de la substance nerveuse.
Cette dégénération grise des cordons de la moelle peut s'étendre an bulbe , à la protubérance, aux pédoncules cérébelleux, aux couches optiques, au corps calleux, à la voûte à trois piliers, ainsi que j'en ai cité quelques exem* pies (même livraison). Enfin , on peut considérer comme appartenant à l'atrophie congénitale les cas, assez nombreux dans la science, de fœtus sans moelle. Certes, on ne peut douter que, dans les faits de ce genre, la moelle n'ait pas primitivement existé , et que son absence ne soit la conséquence d'une lésion de la moelle. Il est à remarquer que l'absence de la moelle suppose nécessairement l'absence du cerveau , tandis que l'absence du cerveau ne suppose nullement l'absence de la moelle.
A* SOUS-GENSE. Atrophie du ceryean et dn cervelet.
L'atrophie me parait jouer un très grand rôle dans les lésions morbides de l'encéphale (cerveau, cervelet, isthme de l'encéphale ).
Or, l'atrophie de la masse encéphalique peut être divisée en congénitale et en postérieure à la naissance; l'une et l'autre peuvent être subdivisées en partielle et en générale.
L'atrophie congénitale partielle ou générale de l'encéphale est une des causes les plus fréquentes de l'idiotie congénitale, de même que son atrophie postérieure à la naissance est la cause la plus fréquente de l'idiotie acquise.
162 ANATOMie PATHOLOGIQUE GÉNÉaALE.
I '* ESPàcB« Atrophie con^ëniule.
L^atrophie congéoilale de Tencéphale est un des points les plus intéressants de l'histoire des lésions decet organe; elle a reçu le nom d^açénésie cérébrale^ parce qu'on a admis qu'elle était la conséquence d'un arrêt de développement ou d'un défaut de développement; mais on cherche vainement dans cette lésion un arrêt de développement proprement dit y on n'y trouve rien autre chose que les tfaces de lésions morbides éprouvées pendant la vie intra-utéritie. Je préfère donc le mot atrophie congénitale qui exprime un feit et non une théorie susceptible de controverse.
Ce que j'ai dit ailleurs sur les maladies du ftetus (XV* livr.) prouve de la manière la plus péremptotre que le cerveau , comme d'ailleurs tous les organes , peut éprouver pendant la vie Foetale les mêmes lésions que pendant la vie extra^utérine, et que généralement chez le fœtus ces lésions peuvent être portées, sans occasionner la mort, à un degré d'intensité beaucoup plus considérable qu'après la naissance.
L'atrophie peut occuper toutes les parties constituantes de la masse encéphalique, elle peut être limitée à Tune ou à Tautrede ces parties constituantes (au cerveau, au cervelet, à l'isthme), et, dans chacune de ces parties constituantes, elle peut être partielle ou générale.
Les atrophies partielles de la masse encéphalique sont bien plus fréquentes que les atrophies générales.
La corrélation qui existe entre les atrophies du cerveau et cellesdu cervelet,deristlimeet des diverses parties constituantes de chacune de ces trois grandes divisions, est très importante à étudier sous le rapport de leur connexité anatomique, physiologique et pathologique. J'examinerai successivement l'atrophie du cerveau et du cervelet.
DOUZIÈME CLASSE. DES ATROPHIES. i6S