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III

27^ ANATOxMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

Une deuxième loi qui préside aux métamorphoses organiques, c'est que les tissus spéciaux ne peuvent pas se transformer les uns dans les autres.

Une troisième loi, qui régit toutes les productions de tissu, c'est que les tissus spéciaux ne peuvent pas se produire de toutes pièces au sein de nos organes; ainsi jamais, dans aucune circonstance donnée de l'organisme, il ne peut se produire ni tissu musculaire, ni tissu nerveux, ni tissu glanduleux.

Une quatrième loi, c'est que, lorsque les tissus ont subi une métamorphose complète^ et cette mélamorphose est toujours descendante^ ils ?ie peuvent plus remonter dans réchclle, ni à plus forte raison revenir à leur état premier ; que si l'on cite des cas d'organes transformés qui ont recouvré leurs caractères normaux, c'est que ces organes n'avaient subi qu'une métamorphose incomplète ou apparente.

Les métamorphoses organiques se réduisent donc , en dernière analyse, 1° à la transiormaiion du tissu cellulaire en ses dérivés, tissus fibreux, cartilagineux et osseux ; V à la transformation des tissus spéciaux, musculaire, nerveux, glanduleux en tissu cellulaire et ses dérivés.

Les productions organiques qui, au fond, ne sont autre chose que des transformations de tissu, se réduisent 1® à des masses graisseuses développées au milieu du tissu adipeux ou celluleux ; 2" à des kystes ou poches sans ouverture contenant des ])roduits divers, et qu'on peut considérer commodes mcnd)ranes séreuses accidentelles ; 3" à des corps fibreux qui se développent au sein des organes, toujours, je crois, aux dépens d'une portion de ces organes ; 4" à des membranes tégumentaires; 5° à des tissus vasculaires tout à fait analogues au tissu érectile du corps caverneux (tumeurs érectiles).

considéras à juste tifre comme des dérives du tissu cellulaire, ne jamais redevenir celluleux, tandis que des tissus (|ui occupent un rany bien plus élevé dans la liiérarchie de la vitalité redeviennent du tissu cellulaire ?

En conséquence, j'admettrai sept espèces de métamorphoses et productions de tissu :

l""^ espèce. Métamorphoses et productions celluleuses.

2* espèce. Métamorphoses et productions adipeuses.

3^ espèce. Métamorphoses et productions kysteuses.

U^ espèce. Métamorphoses et productions fibreuses.

5* espèce. Métamorphoses et productions cartilagineuses.

6*^ espèce. Métamorphoses et productions osseuses.

1^ espèce. Métamorphoses et productions tégumenteuses.

7*" espèce. Métamorphoses et productions vasculaires ou érectiles.

i" ESPÈCE. Métamorphoses et productions celluleuses.

La métamorphose celluleuse peut être considérée comme le dernier terme de Fatrophie des organes (voyez Atrophie)] il y a, en effet, dans cette métamorphose, disparition de tous les tissus propres que remplace une gangue celluleuse qui n'est autre chose que la trame de Torgane. Et comme d'une autre part, dans les premiers temps de la vie embryonnaire, le germe fécondé paraît n'être autre chose qu'un peu de tissu cellulaire, on a pu dire que l'état celluleux était le point de départ et l'aboutissant de toute organisation.

Les métamorphoses cehuleuses ne sont donc, en général, autre chose que des métamorphoses atrophiques (1).

Les métamorphoses celluleuses complètes ne sont pas susceptibles de rétrogradation. Je veux dire que les orga-

(i) On a posé la question de savoir si, dans la transformation celluleuse complète, la jijangue celluleuse de l'organe disparaissait complètement avec l'organe, et si le tissu cellulaire qui occupe sa place n'appartient pas au tissu cellulaire ambiant développé. Je ne le pense pas : l'organe m'a toujours paru représenté par son tissu cellulaiie propre.

lies ainsi métamorphosés ne reprennent jamais leur état antérieur.

L'état physiologique nous présente le type le plus élevé (le la métamorphose celluleuse dans deux organes glanduleux, savoir : l'^ dans les corps de Wolff, organes transitoires de la vie embryonnaire, et dont les vestiges étudiés par M. Follin chez la femme expliquent si bien la production des petits kystes si communs dans les ligaments larges;

2" Dans le thymus, organe glanduleux si considérable de la vie foetale, qui va en diminuant de volume, au moins d'une manière relative, dans les deux premières années de la vie extra-utérine, et qui finit par disparaître complètement à l'époque de la puberté, époque à laquelle il n'est plus représenté que par du tissu cellulaire (1).

Aucune métamorphose celluleuse pathologique n'est aussi complète que la métamorphose normale de ces deux organes glanduleux.

C'est encore par atrophie qu'ont lieu les transformations celluleuses pathologiques qu'on observe après la naissance, mais cette transformation est restreinte dans de bien étroites limites.

Ainsi les tissus osseux, cartilagineux et fibreux ne se transforment jamais en tissu cellulaire.

Il n'en est pas de même des tissus plus avancés dans l'organisation, savoir : le tissu musculaire, le tissu nerveux, le tissu glanduleux.

Ainsi les muscles et les nerfs, distendus par une tumeur, finissent par être réduits à leur gangue celluleuse; ainsi le testicule, dans la tunicpie albuginée du(juel se développe une masse cancéreuse ou une tumeur quelconque, finit par se réduire à un peu de tissu cellulaire à peine recon-

(i) Anatomic deicriptive^ t, llî, p, 5.')i, 3* ♦'dition.

naissable. Mais cette métamorphose atrophique ne se fait que par degrés insensibles, si bien que jusqu'à ce qu'elle soit complètement opérée, on pourrait conserver Tcspérance de rétablir lorgane dans son état normal, si la cause comprimante venait à cesser. Il en est de même de tous les organes glanduleux qui sont le siège du développement de tumeurs volumineuses ; la substance de l'organe refoulée à la surflice s'amoindrit, perd sa couleur, son aspect, et finit par se convertir en tissu cellulaire ou fibreux, si bien qu'on croirait que l'organe tout en lier a été converti en tissu morbide.

Les membranes séreuses, qui d'ailleurs ne sont qu'une dépendance du tissu cellulaire, se transforment souvent en tissu cellulaire. Toutefois il faut bien remarquer que dans leurs adhérences celluleuses ces membranes séreuses subsistent encore et qu'elles peuvent être facilement mises en évidence par la dissection; que le tissu cellulaire plus ou moins abondant, interposé aux deux lames séreuses, est un produit de nouvelle formation dont la fausse membrane est le point de départ. Je ne connais de productions celluleuses proprement dites que celles qui constituent les adhérences, et la production celluleuse est d'autant plus abondante que les fausses membranes qui en sont le point de départ étaient plus épaisses (1).

(i) L'inflammation pseudo-membraneuse est donc la source des productions celluleuses : or ce n'est que par une production celluleuse qu'on peut oblitérer les membi ânes séreuses. L'opération de l'hydrocèle n'a d'autre but que cette production qui transforme une membrane se'reuse en cellulosité. On a eu l'idée d'appliquer ce mode de guérison de 1 bydropisie de la tunique vaginale au péritoine, au péricarde, aux synoviales; en un mot, à toutes les membranes séreuses normales aussi bien qu'aux kystes accidentels; et l'on croit avoir trouvé dans la solution d'iode ua moyen irritant spécial. Mais trop de dangers sont attachés à l'inflammation des membranes séreuses et synoviales pour qn'on doive adopter l'emploi des injections iode'es comme méthode générale de traitement dans les hydropisies de ces membranes.

D'une autre part, la métamorphose du tissu cellulaire en membrane séreuse est un fait extrêmement fréquent. Règle générale : toutes les fois que deux surfaces frottent accidentellement et fortement Tune contre rautre,ilya production d'une membrane séreuse destinée à les lubrifier.

La métamorphose des membranes muqueuses en membranes séreuses n'est pas très rare. Ainsi lorsque la vésicule biliaire est isolée du reste des voies biliaires et qu'elle renferme encore quelques calculs , il arrive souvent que cette vésicule est transformée en poche contenant une sérosité parfaitement limpide, tout à fait analogue au sérum des hydropisies séreuses. Sa surface interne présente Taspect lisse et poli des membranes séreuses au lieu de Taspecl tomenteux, villeux, lozangique qui lui appartient dans Tétat normal.

La métamorphose de la vésicule biliaire en tissu cellulaire s'observe dans les conditions suivantes : 1° lorsque cette vésicule est complètement isolée des voies biliaires; 2° lorsqu'elle est dépourvue de tout calcul, de toute accumulation de liquide : alors inie adhérence s'établit entre les parois opposées contiguës et la vésicule se réduit en une petite masse celluleuse, si bien que, dans quelques uns de ces cas, on a pu croire à l'absence congénitale de la vésicule. J'ai eu occasion de voir plusieurs fois la transformation d'une membrane muqueuse en membrane séreuse, l^dans les trompes utérines oblitérées qui se transforment en kystes séreux ; 2** dans la cavité du corps de l'utérus chez les vieilles femmes, lorscpie ce corps, séparé du col, constitue un kyste séreux ; 3° dans le rein et dans les uretères séparés des voies urinaires par une oblitération et convertis en une poche séreuse, cylindroïde dans la portion qui correspond à l'uretère, mulliloculaire dans la portion cjui corresj)ond au rein, ne contenant qu'une sérosité transparente, identique au sérum le plus pur.

Congénitalement ^ tous les organes en défaut sont remplacés par du tissu cellulaire, quelquefois par du tissu fibreux. C'est ce qu'on voit dans les Cas d'absence congénitale du vagin, du rectum, etc.

2* ESPÈCE. Métamorphoses et productions adipeuses (i).

Je distinguerai les métamorphoses des productions adipeuses. Dans les métamorphoses ou transformations, il y a substitution du tissu adipeux h un autre tissu; dans les productions , il y a développement au milieu des organes d'une masse adipeuse enchatonnée. Je dois faire remarquer que cette distinction entre les métamorphoses et les productions adipeuses, quoique importante, est peut être purement nominale ; car au fond, dans les métamorphoses adipeuses des tissus, ce ne sont pas ces tissus qui se transforment eux-mêmes en graisse, mais bien la graisse qui remplace le vide laissé par l'atrophie du tissu propre. Les travaux de plusieurs médecins modernes, et plus particulièrement ceux de MM. Rokitanski, Bowman, Johnson et Quain tendent à faire jouer un rôle important en anatomie pathologique à ce qu'ils appellent la dégénérescence gr^aisseuse. J'étudierai successivement : 1° les métamorphoses ; 2° les transformations adipeuses.

A. JMétamorphoses adipeuses.

Pour résoudre toutes les questions relatives à cette transformation, il faut bien distinguer l'exhalation surabondante ou l'accumulation de la graisse delà transformation graisseuse proprement dite : l'exhalation graisseuse est une obésité locale, qui respecte le tissu propre de l'or-

(i) Le tissu adipeux est constitué par des globules de graisse contenus dans autant de vésicules. La graisse et la vésicule naissent et disparaissent à la fois. (J. Muller, Manuel de physiologie^ Paris, i85i. T. I, p. 3oo.)

gane ; la transformation [graisseuse, au contraire, semble attaquer directement le tissu même de l'organe qui est remplacé par la graisse.

Ainsi les muscles sont susceptibles de ces deux modes bien distincts d'accumulation graisseuse; tantôt, en effet, la graisse envahit le tissu cellulaire interposé aux muscles et aux faisceaux de chaque muscle, tantôt elle envahit les fibres musculaires elles-mêmes. Le foie n'est susceptible que de métamorphose adipeuse ; la granulation hépatique se transforme en graisse ou plutôt est remplacée par la graisse; le tissu cellulaire intermédiaire aux granulations y est complètement étranger.

La première question qui se présente est celle de savoir si le tissu cellulaire proprement dit peut se transformer en tissu adipeux; cela nest nullement démontré, car il y a des départements considérables de tissu cellulaire qui ne présentent jamais un atome de graisse. Ainsi, au milieu de Fobésité la plus grande, jamais on n'a vu le tissu adipeux envahir, soit la cavité crânienne, soit la cavité rachidienne, soit Tépaisseur du poumon, les parois du canal intestinal, la verge, les paupières, Fintérieur du globe de lœil.

La métamorphose adipeuse est Tatrophie par excellence. Elle exige pour se produire certaines conditions : 1° l'immobilité de Forgane et des parties environnantes; 2" une vitalité au-dessous du type physiolo[^ique (1), Fabsence de tout stimulus.

Chose bien remarquable, les métamorphoses adipeuses s'observent principalement dans le tissu dont la structure et les fonctions semblent le plus en opposition avec ce mode de transformation, savoir dans le tissu musculaire.

(i) Aussi Dupuytren avait-il classé les transformations adipeuses parmi es atonies sécréloircs.

Métamorphose adipeuse des muscles.

La métamorphose adipeuse des muscles, qui est le dernier degré do Tatrophie musculaire, s'observe généralement toutes les fois que les muscles restent inactifs ; mais pour cela, il est nécessaire que leur inaction soit complète et longtemps continuée; car, pour peu qu'il y ait de contraction, les fibres musculaires se maintiennent amoindries, décolorées, atrophiées, mais conservant encore leur caractère essentiel. Nous verrons dans un instant que l'atrophie musculaire adipeuse la plus complète est celle qui est consécutive à Tatrophie des nerfs musculaires.

Avant Vicq-d'Azir, on avait vu des muscles graisseux, mais on n'en avait pas apprécié le véritable caractère. Vicq-d'Azir (1) avait observé trois fois la métamorphose graisseuse,, et particulièrement sur les muscles des membres inférieurs d'un homme qui s'était servi d'une béquille pendant les dernières années de sa vie. On voyait la transformation graisseuse se faire par degrés insensibles. « Ce n'est point, dit Vicq-d'Azir, entre les lames que le suc graisseux paraissait épanché, mais entre les éléments de la fibre musculaire elle-même. »

Dans tous les cas où un muscle reste complètement inactif, il passe nécessairement à l'état graisseux. Ainsi , chez les vieillards paralytiques qui sont restés immobiles au lit pendant les dernières années de leur vie, dans Tankylose, dans certains éléphantiasis, dans le cas d'ulcères anciens qui s'opposaient depuis longtemps aux mouvements du membre, dans le pied-bot, etc., les muscles inactifs deviennent graisseux.

C'est en conséquence du même principe que les muscles dont les nerfs excitateurs ont été coupés passent

(i) Mémoires de l'Académie des sciences^ savantes et étrangères, t. VII, p. 3oi.

282 ANAtOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

à l'ctat graisseux. Un des cas les plus remarquables que j'aie observés de transformation adipeuse atrophique des muscles est celui de l'atrophie complète d'une moitié de langue par suite de l'atrophie complète du nerf grand hypoglosse comprimé à son passage par le trou condylien ante'rieur. La moitié de la langue correspondante était très amincie et les fibres musculaires entièrement converties en graisse.

C'est dans la même catégorie, c'est-à-dire parmi les transformations adipeuses atrophiques des muscles par suite de l'atrophie des nerfs correspondants, que doit être placée la paralysie musculaire atrophique qu'une première autopsie m'avait fait considérer d'abord comme le résultat d'une atrophie musculaire graisseuse primitive, et qu'une seconde autopsie m'a démontré être une atrophie musculaire graisseuse subordonnée à une atrophie des racines spinales antérieures. Et ce qui est bien remarquable, ce qui semblerait en opposition avec cette loi que tout muscle complètement inactif passe à l'état graisseux ^ c'est que cette transformation adipeuse atrophique des muscles s'observe presque toujours chez les individus qui mènent une vie extrêmement active et dans les muscles qui ont été le plus exercés et souvent d'une manière exagérée. Cette apparente contradiction se trouve expliquée par le fait de l'atrophie antérieure des nerfs présidant en quelque sorte à l'atrophie musculaire graisseuse.

La métamorphose adipeuse des muscles présente deux variétés bien distinctes. Dans une première variété, le muscle conserve son volume, sa forme et sa disposition fasciculée; il est évident que , dans ce cas, la transformation s'est opérée, le muscle jouissant encore de tout son volume.

Dans un(; seconde variété dont on trouve le type dans la paialysie musculaire atrophique, la transformation graisseuse est précédée de l'atrophie par macilence,

et ce n'est que lorsque le muscle a été réduit pour ainsi dire à sa plus simple expression comme volume quil passe à l'état graisseux (voyez Atrophie musculaire).

Dans l'appréciation de la métamorphose adipeuse des muscles, il faut bien distinguer l'embonpoint ou Fobésité musculaire, c'est-à-dire l'accumulation de la graisse dans le tissu cellulaire qui unit entre eux les faisceaux musculaires, de la métamorphose proprement dite qui envahit la fibre musculaire elle-même, et qui s'observe chez les individus les plus émaciés.

J'ai pu suivre un grand nombre de fois sur les muscles transformés en graisse tous les degrés de cette métamorphose, non seulement dans des muscles différents, mais encore dans les divers faisceaux du même muscle.

Ainsi , dans un premier degré , les fibres musculaires sont moins rouges que de coutume, puis elles prennent une couleur blanchâtre; on dirait, au premier abord, que ces fibres blanchâtres ne sont pas graisseuses, mais en les lacérant, on en exprune une matière huileuse qui tache les doigts, le linge et le papier absolument comme Fhuile, Dans d'autres points, la métamorphose graisseuse est complète, il ne reste plus un seul vestige de fibres musculaires : et ce qu'il y a de remarquable, c'est que constamment les muscles graisseux conservent leur même forme, leur même volume, leur même disposition fasciculée, la même implantation obliquedes fibres devenues graisseuses sur les plans aponévrotiques et sur les tendons : de telle sorte qu'ils peuvent être disséqués et sont parfaitement reconnaissables. Les aponévroses d'enveloppe, de même que les enveloppes d'insertion et les tendons, ont perdu de leur épaisseur et de leur aspect nacré. Il est aisé de voir dans le passage des muscles à Tétat graisseux, que la graisse envahit le muscle non en masse, mais progressivement, faisceau par faisceau, fibre par fibre, en sorte qu'il

n'est pas rare de voir quelques faisceaux rester étrangers à la transformation.

Quelle différence entre les cas de métamorphose graisseuse de la fibre musculaire et ceux dans lesquels la graisse occupe exclusivement le tissu cellulaire intermédiaire aux faisceaux musculaires 1 C'est surtout dans les cas de cette dernière espèce qu'on a pu dire que, dans les muscles graisseux, la fibre était respectée (1).

Si, par le secours des injections, on étudie les vaisseaux des muscles passés à l'état graisseux, on voit une diminution notable de calibre dans les vaisseaux artériels et veineux : on voit encore que leurs nerfs sont comme atrophiés et que le tissu propre de la fibre nerveuse a pris une couleur grisâtre.

2« SOUS-ESPÈCE. Métamorphose graisseuse des muscles de la vie nutritive.

La métamorphose graisseuse des muscles de la vie nutritive est aussi rare que celle des muscles de la vie de relation est fréquente.

Chose bien remarquable, c'est le cœur qui offre les exemples les plus fréquents de métamorphose graisseuse. Or. le cœur est susceptible d'obésité; il est également susceptible de métamorphose adipeuse.

(i) Voici les détails de l'analyse chimique de deux muscles passés à l'état graisseux, que j'ai rapportés dans mon premier ouvrage. [Essai sur l'anatomie patlioloyique, 1816, t. I, p. 188.)

1° Un muscle et son tendon, du poids do i once 7 gros, a donné : Matière huileuse nageant sur l'eau froide, 1 /2 gros.

Matière semblable à des muscles cuits , 36 grains.

Gélatine, 4 —

JNLntière adipocireuse, 4 —

Matière huileuse retirée par l'alcool, semblable à celle qui nageait sur l'eau froide, C).\ — Graisse solide, i once ?. gros. Perte, 2 —

Par conséquent, le muscle contient en graisse i once, 3 gros, 32 grains.

L'obésité du cœur a son siégea la surface de cet organe, entre le feuillet séreux et la couche musculaire superficielle. Le centre de ce dépôt adipeux est autour des gros vaisseaux, par conséquent dans le sillon auriculo-ventriculaire et dans le sillon interventriculaire. La pointe du cœur est également un des lieux de prédilection de cette accumulation graisseuse.

Il est rare que l'obésité envahisse toute la surface du cœur, presque toujours elle se prolonge le long des vaisseaux superficiels de cet organe, et s'arrête au moment où les vaisseaux pénètrent dans son épaisseur. Cette obésité, qu'on n'observe que chez les individus pourvus d'un gros embonpoint, ne paraît pas exercer une influence notable sur le volume propre du cœur. Mais, dans d'autres circonstances, la fibre musculaire de cet organe passe elle-même à l'état adipeux , et la transformation débute et par le sommet et par les couches superficielles. Les colonnes charnues des cavités ventriculaires et la couche musculaire pariétale qui les avoisine ne sont pas toujours respectées. J'ai trouvé bien manifestement de la graisse dans l'épaisseur des colonnes charnues du ventricule gauche. Le fait le plus remarquable de métamorphose adipeuse du cœur que j'aie observé est consigné dans un premier ouvrage (1); je l'ai recueilli en 1812 à l'hôpital Saint-Antoine, où j'étais élève interne.

Une femme âgée de cinquante-cinq ans, d'un embonpoint extraordinaire, présentait tous les symptômes d'une maladie du cœur parvenue à la dernière période : face violacée, orthopnée, œdème des extrémités inférieures pouls inégal et intermittent, crises de suffocation. La malade mourut dans une de ces crises quinze jours après son entrée. A l'ouverture, cœur très volumineux, surchargé de graisse, laquelle formait la presque totalité de

(i) Esjai sur lanat.pathol.^ t, I, p, 184.

286 ANATOMïE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

Tépaisseur de cet organe. La couche musculaire la plus profonde et les colonnes charnues avaient seules conservé les caractères de la fibre musculaire.

Quant à la pathologie de Fétat graisseux du cœur, elle laisse beaucoup à désirer. M. le docteur Quain (1) a abordé ce sujet difficile. Son mémoire est fondé sur quatre-vingt-trois observations dont vingt-cinq lui sont propres. L'auteur reconnaît que Fétat graisseux du cœur se produit sous deux formes : ou bien la graisse déposée sous le péricarde s'insinue entre les fibres musculaires quelle semble quelquefois avoir fait entièrement disparaître, ou bien une matière graisseuse occupe la place de la fibre musculaire. Dans le second cas, suivant Fauteur, la fibre musculaire aurait dégénéré en tissu graisseux. Point de cause connue. — Efjets^ mort subite, difficulté de respirer, rupture (25 fois sur 68), par apoplexie cardiaque.

La translbrmation graisseuse partielle du cœur, c'està-dire Innitée à une portion du tissu du cœur, soit à sa pointe, soit dans Fépaisseur des parois ventriculaires, a été observée ; et c'est à cette transformation graisseuse qu'on attribue généralement aujourd hui la rupture spontanée du cœur. Si je m'en rapportais à mon observation personnelle , je serais disposé à rejeter cette cause de rupture du cœur; car, dans les dix ou douze cas de rupture du cœur que j'ai étudiés avec soin, je ne Fai pas constatée. J'ai même rapporté ailleurs (2) que, faisant l'autopsie d'une femme de la Salpétrière , morte de cette rupture , plusieurs élèves internes qui assistaient à l'autopsie, et auxcjuels je montrais la couleur jaune de bois de la portion du cœur qui avoisinait la déchirure, couleur qui coïncidait avec une grande fragilité de tissu , couleur et fragilité que j'avais déjà constatées plusieurs fois dans

(i) 77<e London mcd. chir. Irans.^ tom. XXXIII, i85o, et Arch, ^én., j85i, t. XXVI, p. 91.

(a) AnaL pathol. avec planches, XX' Hv., pi. 2, p. 3 du texte.

le cas de rupture du cœur, ces élèves, dis-je, crurent voir de la graisse. Quant à moi , je ne la constatai pas de visu , et je restai fidèle à ma théorie, à savoir : que les ruptures du cœur étaient la conséquence d'une altération préalable du tissu du cœur.

Je rapprocherai des cœurs adipeux par obésité les vessies adipeuses. Il n'est pas rare de voir la graisse souspéritonéale occuper presque toute l'épaisseur de la vessie qui semble constituée, excepté à sa base, par de la graisse et une membrane muqueuse ; mais on trouve toujours dans ce cas une couche musculaire très ténue interposée à la muqueuse et au tissu adipeux.

Je n'ai observé qu'une seule fois la métamorphose graisseuse des fibres musculaires de l'intestin^ c'est chez la femme aux noyaux de cerise, dont j'ai rapporté l'histoire (1). La présence de ces corps étrangers, qui datait de près d'un an, en s'opposant au mouvement péristaltique et antipéristaltique de l'intestin, avait amené l'atrophie graisseuse de la tunique musculaire.

Je ne connais aucun fait qui établisse que Tutérus puisse subir la transformation graisseuse.

Que se passe-t-il dans la transformation ou métamorphose adipeuse des muscles ? Y a-t-il transformation de la fibre musculaire proprement dite , ou bien le dépôt adipeux se faisant autour de chaque fibre, dans la gangue celluleuse qui l'entoure, la disparition de la fibre musculaire est-elle le résultat de la compression exercée par cette graisse circulairement amassée autour d'elle? L'étude des changements successifs qui s'opèrent dans les muscles qui subissent la métamorphose graisseuse est favorable à cette dernière manière de voir, que l'examen microscopique démontre d'une manière non moins évidente : elle vient, d'ailleurs, à l'appui de celte loi que je

(i) Anat. pathol.y livr, XXVI, pi. 6.

crois avoir formulée le premier, à savoir : que les tissus vivants sont inaltérables , et qu'ils ne sont susceptibles par eux-mêmes que d'hypertrophie et d'atrophie. Il n'y a donc pas métamorphose proprement dite de la (ibre musculaire en tissu adipeux ; il y a substitution du tissu adipeux à la fibre musculaire. Il se passe ici le même phénomène que dans la pétrification des plantes qu'on laisse plongées dans une eau chargée de sels; le tissu de la plante est remplacé par des sels , et la forme de la plante est parfai tement conservé ; et lorsque la pétrification est complète, il ne reste ])lus un atome du tissu de la plante. Reste à savoir jusqu'à quel degré le muscle qui a subi l'atrophie adipeuse est susceptible de reprendre ses caractères normaux par la soustraction de la cause qui l'a produite.

Peut-on désigner sous le nom de métamorphose congénitale des muscles les cas où chez le fœtus les muscles d'un membre sont remplacés par une masse amorphe de graisse? Dans ce cas, il y a absence de muscles, agénésie musculaire et non métamorphose.

Métamorphose graisseuse alrophique des tissîis fibreux , cartilagineux^ osseux. Je ne connais pas d'exemple de métamorphose complète du tissu fibreux en graisse. Dans le cas de métamorphose complète des muscles, la graisse entoure le tendon amoindri , pénètre même dans son épaisseur, mais ne le remplace jamais. Je ne connais aucun exemple de métamorphose adipeuse des cartilages, en tant que cartilages : chez plusieurs vieillards les cartilages ossifiés du larynx présentent une grande quantité de graisse dans leur épaisseur.

Peut-on désigner sous le nom de métamorphose adipeuse des os ces cas d'atrophie osseuse dans lesquels le tissu osseux disparaît en grande partie pour être remplacé par de la graisse? Les os, ai-je dit(voy. classe (\qs Atrophies) , conservent leur forme, leur volume, mais ils sont en quelque sorte envahis par la graisse. Les parois du cylindre

des OS longs sont converties en une ]ame mince ; la cavité médullaire singulièrementagrandie est remplie de graisse. Les os se coupent avec le scalpel et se brisent par le plus léger effort; les os spongieux, excessivement légers comme les os longs, présentent de très grandes aréoles remplies de suc adipeux ; la couche compacte qui les revêt est excessivement mince.

Certes , on ne saurait dire qu'il y ait là métamorphose adipeuse, mais il y a envahissement du tissu osseux par la graisse. Les os s'atrophiant, les fibres et lames osseuses s'amincissent;, et les vacuoles qui les séparent, singulièrement agrandies, se remplissent de graisse, par suite de cette loi que les vides qui se font dans l'économie se remplissent de graisse, lorsque ces vides ont lieu dans une région où il ne se passe aucun mouvement.

Ce qui se voit dans les os qui passent à l'état adipeux me paraît la fidèle image de ce qui se passe dans les muscles graisseux; la fibre osseuse n'est pas plus transformée en tissu adipeux que la fibre musculaire ; mais de même qu'à mesure que la fibre osseuse s'atrophie et disparaît, les vésicules adipeuses les remplacent; de même quand la fibre musculaire s'atrophie et disparaît , les vésicules adipeuses remplissent les vides. L'atrophie delà fibre musculaire précède donc le dépôt de la graisse.

Métamorphose graisseuse des organes glanduleux. La métamorphose adipeuse la plus importante des organes glanduleux est , sans contredit, celle du foie. On connaît les inventions du luxe des tables pour opérer cette transformation sur les oies et sur les canards.

Chez l'homme elle est assez fréquente; et, chose remarquable , c'est l'affinité de cette altération avec la tuberculisation pulmonaire, affinité telle que plusieurs observateurs assurent l'avoir rencontrée sur le tiers des phthisiques , plus souvent chez la femme que chez 1 homme. Il s'en faut bien que je l'aie rencontrée dans la m. 19

même proportion. Pourquoi cette affinité non contestée entre la luberculisation pulmonaire et fétat {graisseux du foie? Pourquoi celte luberculisation imprime-t-elle au foie la même altération que le double supplice de Timmobilité et de rin(]fur(]italion forcée des aliments quon fait subir à cei'tains animaux?

La métamorphose adipeuse du foie se rencontre-t-elle dans d'autres maladies que la luberculisation pulmonaire avancée? Pouiquoi ne se produit-elle que sur un certain nombie de pbtliisiques , et (pjelles sont les conditions particulières dans ies(piel!es se trouvent les philiisiques chez lesquels elle se produit ? enfin à quels si(jnes peut-on reconnaîire sur le vivant la métamorphose adipeuse du foie? Les faits se taisent à cet é^nnd. Je ne connais d'autre si^ne que son au(]mentation de volume.

Au reste la métamorphose adipeuse n'est pas propre aux phthisies tuberculeuses; elle s'observe encore dans plusieurs maladies , et en particulier chez les sujets morts de maladie cancéreuse. M. Barth Ta même rencontrée sans aucune aliératiou viscérale. Je Tai observée récemment chez une femme affectée de dévoiement chronique, qui a succombé dans le délire. Les poumons étaient parfaitement sains.

On peut d'ailleurs observer chez Thomme tous les degrés de la métamorphose adipeuse, depuis la couleur rou^e-jaunatre où la présence de la {^raisse est didicile à apprécier aulrement que par des procédés chimicjues , jusfpi'A la couleur jaune-pâle ou fauve, qui est tout à fait caractéiisiicpie. Du reste, les foies adipeux sont remarquables par leur volume qui est quehpiefois double de fétat ordinaire; si bien qu'ils atteijjnent l'ombilic et même la ré(jion hypo(jastrique : leur consistance est modifiée, elle est comme pâteuse, et le foie comprimé conserve rem|)reintedu doigt; il se déchire à la marjièi e du foie cuit; il graisse les doigts, les instruments, le linge, le papier.

J'ai constamment trouvé de la bile dans la vésicule

des foies gras ; mais cette bile est peu colorée et d'un jaune serin. M. Tlienard,qui a analyse dans six cas différents la bile des foies gras, Ta trouvée cinq fois albumineuse; une seule fois elle avait de ramertume. Il est bien évident que si la bile est sécrétée, c'est qu'un certain nombre de granulations bépaticjues a échappé à la métamorphose. Il serait intéressant d'injecter les vaisseaux et conduits du foie passé à l'état gras (1).

r^es métamorphoses adipeuses du foie sont presque toujours générales , quel quefois cependant elles sont partielles , c'est-à-dire limitées à une portion de lobe , à

(i) Voici le résultat de quelques expériences chimiques faites sur un foie gias, en l'an viii, par Vauquelin :

« Ce foie, envoyé par le professeur Leclerc, pesait 5 livres 8 onces environ ; son poids était à peu près égal à celui de l'eau; car, plongé dans ce liqiiiîle, il ne surnngeait que d'une quantité infiniment petite : aussi l'on peut dire que le volume du fuie était égal à celui de 5 livres 8 onces d'eau, ou à 260 pouces cubes (5,36o centimètres cubes). La couleur de cet organe était jaune-pâle; il n'avait aucune élasticité; il conservait l'impression du corps compiimant; sa consistance était très légère : le plus petit effort en déchirait le tissu. Son intérieur graissait les doigts et les instruments avec lesquels on le coupait; <les fragments ou seclions de ce foie , exposés à une chaleur douce et incapable de décomposer la matière animale, ont fourni (ternie moyen des opérations) :

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